• RSS

Le 10 février 1763, la France signe le traité de Paris. C’en est terminé de son empire, son premier empire colonial qui raye la plupart de ses possessions en Amérique et ne laisse que des comptoirs indéfendables en Inde. Peu importe la débâcle, Voltaire raille dans Candide ces quelques arpents de neige pour lesquels on s’est battu si longtemps. Le duc de Choiseul, secrétaire d’Etat à la Marine et aux Colonies, artisan et la paix, ignore superbement les conséquences politiques, économiques de cette défaite. En public seulement, car à peine semaine plus tard, il nomme Etienne François Turgot, académicien, physiocrate, chevalier de Malte, frère puiné de l’intendant du Limousin Anne-Robert Turgot, gouverneur de Guyane. La Guyane? Une colonie médiocre, auquel nul ne prêt attention et qui devient le centre des préoccupations du ministre comme du cabinet de Londres, avide et inquiet de la fantastique ambition française: créer en Guyane une colonie sans esclaves, de peuplement, qui en quatre ans damera le pion aux Treize colonies et pire, les appuiera le jour d’une rébellion que pressent, treize ans auparavant, le visionnaire ministre.

Trente millions de livre tournois – autant que la fortune de Mazarin – plus de quinze allemands débauchés de Rhénanie, les plus audacieux projets politiques et coloniaux ne pourront faire face au désastre d’un épidémie sur place, à Kourou, à l’opprobre jetée sur l’intendant Chanvalon, et surtout à “l’affaire” qui en naitra jusqu’à provoquer les remontrances du Parlement de Paris (1768). La lecture de cette entreprise s’est alors restreinte à sa seule importance locale (une page notable de l’histoire guyanaise), ou causale (motifs de l’épidémie).[1] Kourou se résumait donc à Kourou sans autres enjeux historiographiques. Peu d’études scientifiques l’ont interrogé ou alors selon des angles judicaires, romancés, de quelques articles, ou de quelques chapitres de thèse.[2] Ce fait notable tient pour partie dans une réécriture l’expédition en 1844,[3] qui entendait démontrer que la Guyane n’était en rien un tombeau de l’homme de blanc, et que le désastre ne valait que par un succession de désordres, de précipitions et de hasards malheureux.[4]

Une double erreur s’est alors érigée en vérité. L’entreprise de Kourou n’était qu’une entreprise parmi d’autres dans celles qui furent sous le ministère Choiseul (Kerguelen, Bougainville), et la perte du Canada n’avait pas provoqué de réflexions politiques sur la nature et l’implantation du premier colonial français. Affaire classée. Pourtant, sans même dépouiller plusieurs séries d’archives, ces informations liminaires interpellent: pourquoi au lendemain d’une guerre ruineuse, le gouvernement se serait lancé dans un projet de colonisation sans équivalent engageant des sommes conséquentes? Le gouvernement se serait appuyé sur un notable de Guyane, Brulletout de Préfontaine, un presque inconnu et sur la foi de ces informations aurait décidé du choix de la Guyane? Le même gouvernement aurait, sans ciller, rompu facilement avec le commerce de la traite, le régime de l’exclusif ou le monopole des compagnies? Quinze mille colons auraient traversé du jour au lendemain l’Europe puis l’Océan atlantique pour s’établir en Guyane? Enfin, pourquoi, soixante-dix ans après les faits, en 1844, le ministère de la Marine éprouvait-il la nécessité d’écrire, ou peut-être de réécrire l’histoire de Kourou?

Ces simples éléments interrogent ce qu’est en événement en fonction de l’historiographie dans laquelle il s’inscrit. Dans ce cas de l’entreprise de Kourou, il est nécessaire de décloisonner les perspectives, de ne pas interroger la question de l’échec selon l’angle épidémiologique. La position actuelle d’un gouvernement qui clôt le chapitre de la guerre sans prendre la mesure des basculements géopolitiques profonds n’est donc pas tenable.[5] Il s’agit ainsi dans un premier temps de mesurer la réaction française à la guerre de Sept ans dès les années 1760. Cette réaction montre les réseaux, le travail du bureau des colonies, les hommes sur lesquels le gouvernement s’appui. Ces hommes, Académiciens, physiocrates, ou créoles montrent à quel point ils sont des individualités parfois utilisées les unes contre les autres, et combien les Lumières ne peuvent être considérées comme un visage unique. Nous entrons ici dans la question précise de cette intervention puisqu’est posée l’appréhension atlantique à travers le jeu d’archives qui pose la question d’une politique scientifique.

Dans un second temps, l’enseignement permet de mesurer la portée d’un recrutement hommes, à la fois trans-continental et trans-atlantique. Par la liste des colons, par les modes de recrutement, se dessiner pour la première fois une étude précise de la sociologie des migrants et des modalités de circulation dans l’Europe de l’Ancien Régime. C’est l’aspect que je développerais le moins, si ce n’est pour montrer combien les logiques de circulation reprennent celle de l’entreprise de guerre, qui survivent à travers le modèle du recrutement. Enfin, troisième et dernier moment, à travers le procès intenté contre l’intendant à Cayenne, la formation d’une commission extraordinaire du Conseil, et la tentative avortée du Parlement de Paris de s’emparer de l’affaire, ce sont les réseaux politiques et judiciaires qui entrent en jeu par une “affaire.”

Ainsi, en inscrivant l’expédition de Kourou dans une chronologie précise, on montre son ampleur au sein de trois historiographies principales: l’histoire atlantique, l’histoire des migrations et enfin l’histoire politique de la société d’Ancien régime en France. Le fil rouge de ces trois questions répond à cette interrogation: la France a-t-elle tout perdu en 1763? L’exemple s’inscrit ainsi parfaitement dans les propos de Bernard Bailyn: “The concept of the Atlantic world as a coherent whole involves a creative shift in orientation from nationalistic, longitudinal, and teleological structures towards horizontal, transnational, trans-imperial, and multicultural views, as the mind’s eye sweeps laterally, across the past’s contemporary world rather than forward to its later outcomes.”[6]

Notre réflexion se déploiera en deux moments principaux. Le premier examinera la perte du Canada et la conception de l’Amérique, et dessinera ainsi pour la première fois, dans les rapports franco-américains une logique étatique de peuplement. Le second aura pour objet les dynamiques mises en jeu et l’identité coloniale, à travers le déplacement unique des colons rhénans vers la Guyane.

Une politique atlantiste?

La césure de 1760

En 1749, sept ans avant le commencement officiel de la guerre de Sept ans, le maréchal de Noailles avait pressenti l’intérêt de l’Amérique, et la lutte qui en résulterait pour les empires franco britanniques en adressant un mémoire à Louis XV:

Tout enfin doit faire sentir et penser que l’Angleterre n’attend qu’une conjoncture favorable, que peut être même elle fera naître sous le léger prétexte pour nous faire la guerre en Amérique, s’y emparer de toutes nos possessions, détruire entièrement notre commerce, et nous mettre là hors d’état d’avoir jamais une marine telle qu’il convient à un aussi grand État que la France, telle qu’elle l’a eue pendant une grande partie du règne de feu roi, et telle que nous voyons dans nos histoires que l’ont eues les rois ses prédécesseurs dans un temps où l’Angleterre était inférieure en forces maritimes.[7]
La citation contient le lieu des évènements (l’Amérique comprise d’un bloc), l’ambition (mettre à mal la marine française), et la lutte constante entre Français et Anglais. Il ne manque guère qu’un rappel d’Hastings et le propos serait parfait. Cette vue pourtant demeure incomplète puis la réflexion ne s’établie que sous l’angle de la réaction, et n’interroge pas, ne définit pas ce qui définit la nature de l’empire français en Amérique.

Ce mouvement n’est perceptible qu’à partir des années 1760, à partir du moment où les pensées françaises ne sont pas guidées par une anglophobie,[8] mais au contraire prennent la mesure de la nature de la puissance anglaise et établissent une échelle de comparaison. En 1714, la Nouvelle France accueillait 19 315 habitants, contre 250 000 âmes Britanniques coincées sur la côte Est, dans les Treize colonies. En 1750, les sujets de George II étaient plus d’un million, contre moins de 100 000 Français. New York en 1760  comptait 60 000 habitants contre 5 000 âmes à Montréal. Quant aux ambitions anglaises, la fondation d’Harvard en 1636, tandis que les Français pataugeaient dans la boue au Canada résume l’ensemble. Ce même écart se retrouve sur un autre plan: En 1760, le ministre Berryer disposait de trente millions de livres alors que le budget de la Navy s’élevait à cent cinquante millions.

Rappeler ces éléments de comparaison et affirmer que les contemporains les avaient à l’esprit est cependant différent. Cependant, le dépouillement des catalogues de bibliothèques, et précisément celui des familles Turgot et Choiseul, permet de vérifier cette hypothèse, particulièrement lorsqu’on y trouve entre cinq et dix mentions d’histoire de la Virginie ou de la Pennsylvanie. Certes, le dénombrement n’y figure pas mais les cartes élaborées, et maintenant du côté anglais signalent cette disproportion, à l’image de celle de Bowen, imprimée en 1755 et intitulée An Accurate Map of North America, Describing and distinguishing the British, Spanish and French dominions on this great continent. Sur cette carte, le choix des couleurs employees par le cartographe est eloquent. L’Amérique française est représentée en vert. Elle apparaît comme vaste. Elle figure une barrière “naturelle” à la croissance des Treize colonies, qui sont représentées en rouge et jaune. La présence française se poursuit en mer des Caraïbes, dans les Antilles, apportant un contrôle partiel du golfe du Mexique.

Les années 1760 signalent donc un changement d’appréhension, la nécessité de repenser les logiques politiques. Cette nécessité est appuyée par un contexte militaire. En effet, la conjoncture des années 1760 est celle d’une débâcle. En 1759, la Guadeloupe est tombée aux mains de l’ennemi sans qu’un coup de feu ne soit échangé. En effet, la flotte anglaise n’a pas eu à batailler, mais simplement à proposer un arrangement: la sauvegarde des habitations – ces plantations, selon le terme usité aux Antilles – contre la docilité. Pire, les Britanniques ont procuré des esclaves, et financé la construction d’un port à Pointe-à-Pitre. On saurait mieux trouver en matière de patriotisme. Dès ce moment, l’avancée anglaise s’est poursuivie dans les Caraïbes. Leur marine lançait une offensive éclatante contre l’île de La Dominique. Elle remontait l’arc caraïbe, précipitant la chute de la Martinique. Le point d’orgue était le siège de La Havane, débuté le 6 juin 1762 et terminé par une capitulation sanglante, le 10 août. Après une ultime défaite, à Terre Neuve (Signal Hill, le 15 septembre 1762), les Britanniques étaient devenus les maîtres, sur terre et sur mer. Le duc Noailles avait raison.

Le gouvernement et l’Amérique: de l’attention à l’action

En 1759, Choiseul succédait à Louis Antoine Rouillé, malade, au secrétariat d’État aux Affaires étrangères. Une entrée officielle au gouvernement qui se poursuivait au poste de secrétaire d’État à la Guerre en 1760, et à la Marine en 1761. À quarante deux ans, dans la force de l’âge, aussi ennemi des jésuites qu’il est proche des philosophes, il apparaît comme une “bête de Cour” dont il a toutes les “qualités” et tous les “vices” selon son biographe Guy Chaussinand-Nogaret. D’un caractère “variable” et “précipité,” d’un tempérament “léger” dans son “administration” comme dans ses “promesses,” l’abbé Véri a raillé un ministre “nuisible par ses prodigalités” et “par quelques folies politiques.”[9] L’entrée du duc de Choiseul et la versatilité de sa position illustre l’importance du Canada aux yeux de la politique gouvernementale. Abordant la question d’une paix éventuelle avec l’Angleterre dès 1759, le ministre notait dans un courrier adressé au ministre des affaires étrangères du Danemark, le comte de Bernstorff: “Je n’ai nulle difficulté de vous confier le système du Roi. Il est court, simple et sera maintenu, je vous assure, tant que j’aurai l’honneur d’être son ministre, que le Roi est déterminé à faire la guerre aux Anglais jusqu’à son dernier écu et son dernier homme.”[10] Quelques mois plus tard, la réalité de la situation militaire est connue:

L’espoir de reconquérir le Canada pendant cette guerre ne peut même pas se présenter à l’imagination, celui de conserver la Louisiane après avoir perdu le Canada ne serait pas beaucoup plus vraisemblable... [...] À la paix, il faudra donc opter, ou de recevoir la restitution telle quelle du Canada circonscrit au gré de l’Angleterre, ou d’y renoncer en faveur de celle qu’on a déjà [...] Dans le dernier cas où la France serait forcée de céder l’un et l’autre, c’est -à -dire le Canada et la Louisiane, quel espoir, quelle consolation pourrait- il nous rester dans la perspective d’un avenir quelconque? [11]

L’abandon n’était pas encore à l’ordre du jour, le duc de Choiseul négociait encore. Il offrait de céder le Canada à l’Angleterre (à l’exception de l’île Royale) et de renoncer à Minorque. Échange de bons procédés, la France aurait conservé la Martinique, Marie-Galante et peut-être Gorée.[12] Mais au printemps 1762, Choiseul ne pouvait que plier devant les injonctions des Britanniques qui exigeaient un abandon complet du Canada. Il écrit ainsi: « La Guadeloupe, Marie-Galante, la Martinique, Sainte-Lucie sont indispensables pour le soutient du commerce des Français. La restitution de Grenade peut-être jointe à celle de la Martinique comme ancienne possession française et par compensation de ces restitutions l’Ange [sic] conservera la Dominique, Saint-Vincent, Tobago et le roi cèdera à l’Ange le port de la Mobile entre la Floride et le Mississipi et conviendra que le fleuve du Mississipi serve de bornes aux deux états depuis sa naissance jusqu’au confluent de ce fleuve avec Belle-Rivière. l’Ange étant souveraine de la rive gauche et la France de la rive droite, et depuis le confluent jusqu’à la mer, le roi sera souverain des deux rives, à une lieue de long de la rive gauche, la ligne de démarcation passant entre les lacs Maurepas et Pontchartrain. La France en cédant plus de 1400 lieux à l’Ange, elle met la Louisiane et la Floride dans la dépendance absolue des colonies anglaises, et s’il est vrai comme on le pense en France que le possesseur de l’Amérique septentrionale le soit aussi de l’Amérique méridionale, la France doit se borner à avoir dans cette dernière partie des îles suffisantes à ses besoins. Mais exempter du moins par le local de la crainte d’être envahie d’un moment à l’autre; c’est d’après ce principe que le roi, pour la restitution de la Guadeloupe, de Marie-Galante, de la Martinique, de Sainte-Lucie et de la Grenade consent à la perte précieuse de la Louisiane et S.M. [Sa Majesté] espère que pour le bien qui résultera pour la continuation de la paix, de la distinction nette des deux possessions de deux couronnes en Amérique; le roi de la Grande Bretagne voudrait bien acquiescer aux restitutions demandées par la France dans cette partie.”[13] Ce long extrait signale ainsi qu’en 1762, la division spatiale entre Amérique septentrionale et méridionale est non seulement actée mais déterminante, que le duc de Choiseul entend être informé du “local” précisément, et que désormais, dans l’esprit du ministre, l’empire se divise entre ce qui est indispensable et ce qui ne l’est pas. La conception politique de l’Amérique ne s’établit plus seulement en termes de gain et de pertes, elle repose également sur une ambition, ambition qui seule permet le renouvèlement définitif des lectures de l’espace colonial.

Une ambition américaine pour la France ?

À posteriori, Choiseul justifie son ambition américaine. Le point de départ de sa réflexion est militaire. À ses yeux, l’alliance de 1757 unissant la France et l’Autriche contre le Roi de Prusse a fait négliger la guerre de mer et d’Amérique, qui était la véritable guerre. Cette erreur l’invite à envisager alors le fonctionnement des colonies demeurées dans le giron français suite au traité de Paris, et dans l’hypothèse d’un nouveau conflit. Dans ce cadre: “il serait instant [...] de faire passer en Amérique vingt quatre bataillons qui trouveraient dans les îles ce qui leur serait nécessaire, resteraient pendant toute la guerre en Amérique et seraient alimentés, tant en vivres qu’en munitions par les escadres [...] dans cette partie du monde.”[14]

Le projet d’une colonie en Amérique est donc à lire sous cet angle. La colonie qu’entend créer le duc est un socle militaire, donc de peuplement et ainsi en dehors des structures coloniales qui ont eut court jusqu’alors. Le choix du ministre se porte ainsi sur la Guyane, dernière colonie continentale d’Amérique, bien plus aisée à défendre qu’une île et sous les vents favorables pour faire partir une escadre vers l’Océan Atlantique ou la mer des Caraïbes. Ainsi, de 1760 à 1763 à mesure que les îles tombent, ou que la Louisiane est cédée au roi Très Chrétien, le gouvernement a glissé d’une réflexion globale sur l’ensemble de la façade atlantique à la question de la “formation,” stricto sensu, d’un territoire. Cette dépendance à l’égard d’une conjoncture a entraîné une réflexion éclatée mais puissante où la pensée coloniale ne dépend pas de la structure d’un territoire et des espoirs qu’il peut nourrir mais d’un contexte évènementiel purement européen. Désormais, le gouvernement représente l’Amérique du Nord contre l’Amérique du Sud, et esquisse une politique de points d’appui qui sera le fait du XIXe siècle.

A l’image d’un mémoire déposé au Bureau des colonies par Lemoyne, ordonnateur à Cayenne, ancien soldat, et surtout évadé des Anglais en Amérique du Nord, la Guyane apparaît comme le dernier espoir, ou le meilleur choix pour accueillir une revanche telle qu’elle est ambitionnée[15]. Cayenne ne possède pas de frontières avec l’Angleterre, ce qui signifie pour Lemoyne une certaine quiétude des lieux[16]. L’avantage est évidemment donné à cette dernière, située entre “deux voisins tranquilles [...], intéressés à ce que les Anglais ne s’établissent point près d’eux [...], toujours dans le respect de la puissance de la France.”[17] Le gouvernement a donc, tôt, décidé du lieu. Il a à cet fin, envoyé deux officiers au printemps 1762 à toutes fins d’arpenter la colonie et définir ses capacités pour accueillir un port, pièce stratégique dans l’ambition révélée. La question est alors de savoir, comment le projet d’une colonie militaire à Cayenne, devient la plus importante entreprise de peuplement du XVIIIe siècle, à Kourou, et ce que changement d’échelle et d’enjeux révèle.

La réponse tient dans les multiples caractères de la “nouvelle colonie de Caïenne.” Il s’agit d’une colonie américaine, dont la localisation s’impose au regard des éléments précédemment exposés. Il s’agit d’une colonie exempte d’esclavages. Cette question signale une rupture avec les pratiques antérieures, et surtout renforce l’enjeu de la revanche puisque dans le cas d’une nouvelle guerre, Choiseul signale qu’un esclave ne défend pas sa terre mais fuit. Ce deuxième critère induit ainsi le troisième – et non l’inverse – d’une colonie de peuplement dont le nombre est décidé en regard des échelles anglaises. Le duc de Choiseul demande le recrutement de l’équivalent de la population de New York, et des Français qui sont partis au Canada pendant le XVIIIe siècle. Le quatrième critère porte sur ceux choisis pour conduire l’expédition, différent de ceux dont on a sollicité une expertise. Les différents canaux de l’Académie des sciences sont ici exposés puisque si les botanistes Jean Baptiste Fusée-Aublet et Michel Adanson ont adressé des mémoires sur les possibilités qu’offrait la Guyane (Fusée-Aublet s’est même rendu en Guyane au printemps 1762), il revient à Etienne François Turgot, associé libre et Jean Baptiste Thibault de Chanvalon créole et ancien directeur de l’Académie de Bordeaux d’être respectivement gouverneur et intendant. Le Bureau des colonies n’investit plus les familles traditionnelles en place à ces charges. Mieux, il les rémunère en entendant ainsi que le gouverneur et l’intendant n’ait plus besoin de commercer et soit donc entièrement dévolus au service du Roi. Le cinquième critère tient dans la conception législative de cette colonie qui voit une liberté de circulation et de commerce des grains avec les colonies voisines, étrangères ou non, de l’Amérique (que Turgot ne parvient qu’imparfaitement à imposer l’année suivante), la suppression du statut de l’aubain (qui réglemente la société d’Ancien régime).

Ainsi, lorsque Numa Broc écrit que “Peu d’entreprises [...] auront été préparées aussi soigneusement, [...] et pour la première fois peut-être un modèle d’appréhension globale de la réalité lointaine par la mobilisation de savants touchant à tous les domaines du savoir se fait jour au sein de l’administration française,”[18] cet historien a à la fois raison et tort: raison dans l’appréhension et la réflexion, tort dans le soin tant les mémoires se sont multipliés et que la décision finale révèle, malgré tout, de la précipitation. L’une des preuves tient dans le rappel chronologique. La nouvelle colonie de Caïenne est affirmée par la nomination du gouverneur Turgot, une semaine après la signature du traité de Paris, mais la conception juridique, coloniale, totale de l’entreprise n’intervient que six mois plus tard.

Cette première partie montre donc que les enjeux de l’événement sont politiques, européens, et américains, très loin de la vision de l’expédition de Kourou comme un épiphénomène régional. La force repose alors dans une migration qui se signale comme l’une des plus rapides et des plus importantes pour la France du XVIIIe siècles. Dès 1762, en effet, les colons se pressent en masse à Strasbourg.

Système d’Amérique?

Ces colons recrutes pour la nouvelle colonie sont-ils Allemands ? Sont-ils Américains ? Quelle est la perception du pouvoir, et quelle est leur propre perception ? Comment les recrute-t-on ? Ce dossier migratoire s’appuie sur plusieurs, les registres d’embarquements, les ordonnances édictées par les principautés Habsbourg. Le point de comparaison demeure l’étude Voyagers to the West de Bernard Bailyn, et notamment du registre de Londres qui permettait de mettre en évidence une zone géographique, des parcours exemplaire, des processus de recrutement mais questionnait peu l’identité coloniale.[19] Cette enquête développe les travaux de Claudia Moatti et Wolfgang Kayser sur la mobilité,[20] et ce à travers plusieurs axes, les pratiques et aires géographiques, l’identité, et l’ampleur de la réponse qui témoigne de l’impact de l’Amérique sur les populations de Rhénanie-Palatinat.

Rollwagen

L’élément principal de ce volet migratoire dans le cadre de Kourou est l’itinéraire d’un embaucheur Jean-Frédéric Rollwagen, âgé de quarante-deux ans lors de l’expédition.[21] Employé à la perception du vingtième, un impôt cédulaire sur les revenus mis en place en 1750 par Machault d’Arnouville, contrôleur général des Finances, devant toucher l’ensemble de la population. Il est capitaine d’équipage et de vivres du prince de Soubise jusqu’en 1757, employé dans divers bureaux à Vienne en 1758-1759, entré au régiment de Nassereau Weilbourg, puis est devenu lieutenant au régiment des fusiliers du duc de Brunswick[22]. Ainsi, ce n’est pas un marginal, mais il est quelque peu mercenaire.

Par son parcours il n’est pas étranger à l’enrôlement. Les levées privées de l’armée correspondent en tous points. Laurence Fontaine a ainsi montré que dans les cantons Suisse, les officiers sont les pivots d’un système, agissant comme des entrepreneurs dans leur ville d’origine. Ils assurent le recrutement des hommes, leurs tenues (ils contrôlent ainsi le crédit). “L’entreprise de guerre” a ainsi éprouvé une mobilité constante, qui n’est pas fondé sur une exclusion.

Rollwagen agit parfois aux frontières de la légalité. Ainsi, la capture de ces embaucheurs fait l’objet de signalements : “Le nommé BEAUREGARD, âgé de 30 à 25 ans, taille de 5 pieds 6 pouces, le visage grêlé, teint extrêmement basané, portant ses cheveux et s’énonçant très bien; il porte un uniforme russe gris de fer, boutons jaunes unis, veste et culottes rouges, il est originaires français, quoiqu’il se dise brabançon, et quelquefois des environs de Bâle.”[23]. Détenu de 1766 à 1769 (à cette date, le duc de Choiseul ordonne de le libérer), on reprochera à Rollwagen de distribuer en Alsace des prospectus pour peupler la Sibérie de Catherine II, et d’avoir ainsi enrôlé près de quatre mille sujets du roi.

Rollwagen a ses habitudes, et un large bassin rhénan, à la fois français-alsacien et palatin se dessine où l’on circule, où l’on fait son marché:

Il y a deux ans huit mois passés que je suis à la Bastille pour être soupçonné d’avoir débauché des sujets de France de quitter le Royaume pour s’établir en Russie... Je n’ai débauché aucun sujet de France et je n’avais pas envie de le faire. Il est vrai qu’il y a chez moi à Worms parmi les gens qui sont venus quelques uns qui sont nés mais je ne les ai pas débauché. C’étaient des gens qui depuis longtemps ont habité ou vagabondé dans le Palatinat dans le dessein d’aller avec les transports de Worms (ce qui se faisait dans cette ville tous les ans et depuis longtemps avant la dernière défense de la part du cercle du Bas-Rhin) dans la Nouvelle Angleterre, encore n’était ce que des gueux et des délinquants.[24]
L’axe de circulation se déploie durant le XVIIIe siècle depuis la région de Mayence, aux confins du Rhin et du Main vers les ports d’Amsterdam, et plus encore de Rotterdam qui croit au même moment. Un contrat est passé entre l’embaucheur et un représentant de l’État, sur le nombre de familles à recruter. En 1765, il doit recruter deux cent quarante cinq têtes pour l’Angleterre. Il fait imprimer et distribuer à ses frais des prospectus qui vantent les mérites d’une nouvelle vie. Ainsi dans les mois de juin et juillet 1764 il a fait une tournée pour les distribuer dans les villes de Neidelberg et dans le Palatinat. Parfois le colon signe un engagement, un imprimé de trois pages, comportant huit articles signés par l’embaucheur, le colon et de l’engagiste. Pratique parfois normative. À titre d’exemple, un tel s’engage à habiter et cultiver la part de portion de terrain de monsieur Canneau de Beauregard, chef d’une nouvelle colonie étrangère[25]. À l’article 2, le colon ne quittera pas les siens sans permission, à l’article 3 il rendra les frais de transport à la Couronne. Ces contrats sont établis en deux exemplaires et en hollandais.

Si Rollwagen dit ignorer le nombre de candidats qui se sont présentés (sic), il précise que les habitants de Rhénanie-Palatinat savaient parfaitement, par exemple, que tous les ans, des bateaux partaient à destination de l’Angleterre. Ainsi, un certain Walrabd, batelier à Worms, précise qu’il procurait aux Anglais depuis plusieurs décennies, tous les ans, des familles pour leurs colonies (chiffre de 800 par convois, ce qui n’est pas négligeable)[26]. Rollwagen ne s’est pas tenu à un simple recrutement, il a aussi accompagné ces familles le long d’un parcours défini. Le batelier Walrabd précise encore qu’en avril 1765 il emmena un convoi de neuf cents personnes, dirigées par Rollwagen, et qui portaient l’uniforme des étrangers français à Rotterdam[27]. En octobre de la même année, ce sont deux cent quarante-cinq têtes qui partent. [28] Il signale enfin deux cents familles d’Alsaciens, “tous de jeunes gens.” La Rhénanie-Palatinat constitue un bassin d’autant plus attractif que le Rhin présente un mode de déplacement rapide et maîtrisé depuis le Haut Moyen Âge, axe principal du Saint-Empire, assurant une liaison entre les Pays-Bas et la mer du Nord, l’Italie et la Méditerranée. Des navires manœuvrés à la godille, qui comportent un ou deux mâts. Au XVIe siècle, sont apparus ainsi des yachts ou coches d’eau à voiles qui transportent les nobles, les armateurs lettrés, et comme le remarque enfin l’historien Daniel Nordman, les voyageurs anglais du XVIIIe siècle.[29] Mais mariniers, pilotes, haleurs, flotteurs constituent toujours les innombrables métiers liés à la vie du fleuve qui serpente à travers une multitude de petites îles, quand l’hiver et les glaces le laissent en paix.

Promesses

Toutefois, le succès tient dans les avances que fait l’état: aspect normatif est à nouveau visible. Avis qui s’adresse aux familles et autres particuliers, soit paysans ou gens de métier, qui seront nés hors des terres de la domination du Roi, et qui voudront passer dans la nouvelle colonie de la Guïane ou Nouvelle-Caïenne. Réplique aux questions nombreuses que le candidat pose, l’imprimé décline les conditions de voyage, et emporte par un caractère concret la décision de partir. Ainsi, les dix-neuf paragraphes répondent à tous les problèmes que peut rencontrer le colon, depuis son point de départ (inconnu) jusqu’au lieu d’embarquement (Rochefort). Les deux premiers paragraphes livrent une feuille de route sommaire jusqu’en Charente. Les sept paragraphes suivants, qui représentent un tiers de l’imprimé, concernent les conditions de vie dans la colonie. La seconde page laisse apparaître des thèmes plus restreints: trois paragraphes lèvent toutes craintes quant à l’univers que rencontreront ces familles étrangères; un s’occupe de l’hygiène et de la médecine; un autre concerne les fonds engagés par les candidats. Enfin, les trois derniers paragraphes de la seconde page intéressent des métiers particuliers (charpentiers, chasseurs et musiciens). Les frais de voyage sont pris en charge. Les frais d’installation également: le mobilier de chaque maison (de la batterie de cuisine au lit), un équipement complet de chasse (avec armes, gibecières, poudre et filet pour la pêche), un complet d’agriculteur et le linge de corps (tenue d’hiver, tenue d’été, culottes, guêtres et souliers) les attendent. Et cette aide ne se limite pas à l’installation immédiate puisque durant les deux premières années, le roi nourrira les familles, et pour partie la troisième année.

Dans la pratique, la circulation est contrôlée, avec paiement d’une subsistance de généralité en généralité. Selon la formule de Claudia Moatti, on assiste à une mobilité négociée.[30] De par le passage de lieues en lieues qui montre que ce n’est pas parce qu’on a besoin d’hommes qu’on ne les contrôle pas, reflet d’un ordre public où interfère des logiques individuelles et privées. Cette mobilité est encadrée[31] et reflète une connaissance des routes, relais de postes, auberges, couvents, particuliers, granges et étables qui figurent les étapes indispensables tout autant que les points de contrôle d’une généralité à une autre. Un contrôle régulier d’une population qui pourrait soulever des désordres, mais qui se meut dans une relative indifférence et où les rares conflits sont vite réglés, marquant un certain ordre, malgré tout.

Ce qui est intéressant est ce qui permet de circuler sera aussi ce qui permet de résider. De sorte que l’identité de ces hommes et de ces femmes n’est alors plus celle de leur lieu de naissance mais une identité nouvelle et coloniale pour laquelle ils ont été recrutés. Ils sont Cayens avant même de découvrir les rives de Guyane. Ainsi seront-ils surnommés par la population de Saintonge.

Une dernière question reste en suspens, celle de l’impact. Y répondre suppose d’examiner le second placard qui a été proposé et dont on ne possède que l’exemplaire en français:

Carte de la Guïane française _______________
Cette carte doit être gravée sur bois à la manière allemande avec quelques reliefs des maisons rustiques de Cayenne______________________. Les Européens qui passent dans ce beau paÿs qui donne deux récoltes par an, y obtiennent un terrain en propriété en arrivant. Ils y sont nourris, logés, bien habillées et fournis de tout ce qui leur est nécessaire pour eux, leurs femmes et leurs enfans pendant deux ans et demi, et on leur donne tous les outils dont ils besoin pour la culture des terres et pour différens métiers, ainsi que tous les secours nécessaires en cas de maladie. On ne leur demande aucune droit d’impôts et on ne les inquiète point sur leur croyance. On leur paye le voyage pour se rendre à Rochefort d’où les transports sont gratis jusqu’à la Guyane, et ils ont, en attendant, la subsistance durant le temps qu’ils séjournent dans le port. Il leur est payé, en outre, avant l’embarquement, une somme de cinquante livres par famille composé du père, de la mère, et d’un enfant et de dix livres par chaque tête d’enfant s’il s’en trouve davantage dans la famille, afin de se montrer en état de se pourvoir des hardes les plus nécessaires pour leur traversée, pendant laquelle ils sont aussi nourris gratis. On recevra aussi les Juifs.
À Paris de l’imprimerie MDR

Le tout sera traduit en allemand et les feuilles seront distribuées par les personnes qu’on chargera de faire des recrues au-delà du Rhin.[32]

Beaucoup plus court que l’imprimé bilingue, l’ensemble s’articule autour du rêve d’une terre promise et de fortes compensations numéraires pour un voyage long et risqué. Contrairement au premier avis, aucun métier n’est précisé, on s’attache ici au cadre matériel proposé, et l’on précise une tolérance religieuse, ce qui se conçoit attendu un recrutement en terres luthériennes ou calvinistes. La dernière phrase On recevra aussi les Juifs revêt une grande importance.

Jusqu’alors les Juifs n’avaient pas d’existence légale. Or ils apparaissent nettement ici. Deux raisons peuvent présider à cette décision inédite : d’une part, le recrutement outre-Rhin (où les juifs sont plus nombreux, particulièrement dans des villes comme Spire aux communautés établies en ville comme en campagne et anciennes) et à proximité de l’Alsace et de la Lorraine où l’on compte sous l’Ancien Régime près des trois quarts de la population juive de France[33]. Surtout, les Juifs dominent le commerce dans les Caraïbes, dont celui de la Guyane hollandaise, voisine immédiate de celle française.[34]. Or, les intentions du gouvernement, les volontés des physiocrates dans le projet présenté sont celles d’un commerce libre avec les Antilles et les colonies des puissances étrangères. On rejoint certaines pratique de circulation, et notamment la maîtrise par les Juifs de la zone Caraïbe et de l’expansion commerciale.

On se souviendra également que le duc de Choiseul est Lorrain, province où la bourgeoisie juive est d’importance, et qu’il entretient une correspondance avec le négociant Gradis, autre exemple de cette haute bourgeoisie mais à Bordeaux cette fois. On entre bien dans le cadre d’une projection politique et économique qui redéfinit l’importance accordée à cette nouvelle colonie et la leçon prise des erreurs de l’ancienne. L’une des premières relevant de l’identité coloniale que l’on entend instituer et des moyens mis en œuvre pour y arriver.

Conclusion

Kourou n’a existé pendant presque deux cent cinquante ans que pour Kourou. Dans l’historiographie française, l’événement n’était pas même compris comme appartenant à l’histoire atlantique. Cette expédition montre d’une part à travers l’échec tragique d’un projet colonial inspiré des Lumières ce que fut la prise de décision politique sous le ministère Choiseul dans le contexte particulier de la guerre de Sept ans, s’attache d’autre part aux modes de fonctionnement administratifs de la France de la seconde moitié du XVIIIe siècle et dresse enfin la chronique d’une irresponsabilité politique. En ce sens, la lettre qu’adresse le ministre Turgot en 1776 à la veille de son renvoi, maudissant la tragique expédition à laquelle son frère fut mêlé, illustre parfaitement les heurs et manœuvres dans une carrière ministérielle sous l’Ancien régime.

Le présent article juxtapose deux niveaux différents mais qui révèlent l’ampleur et la perspective atlantiste de ce dossier et répond à la question posée en introduction : non, la France n’a pas tout perdu en 1763. Le premier dossier est politique, questionne l’appréhension américaine française, puis dans un second temps sa définition par un gouvernement fort d’une expertise « nationale » au sens où tous les corps de la société sont mobilisés. Le second dossier étudie l’impact de l’Amérique, à nouveau, mais sur l’Ancien monde et ses composantes parfois les moins appréhendables, la société rhénane dans toute ses acceptions, aristocrates, bourgeois et paysans recrutés, comme riches Alsaciens ou ingénieur français. Aux logiques d’implantation correspondent des logiques de circulation éprouvées qui renseignent sur l’identité finale et coloniale comprise, et sur l’appréhension de cette terre d’Amérique en Europe.

L’échec de ce mouvement, qui est peut-être final d’un ensemble plus vaste du XVIIIe se trouve dans l’abandon définitif de 1804, lorsque Napoléon cède le reste de la Louisiane. Peut-être aussi parce que les questions de rivalités coloniales, tout comme celles de patriotismes n’étaient plus au cœur de ses réflexions.

Notes

    1. Céline Ronsseray, “Administrer Cayenne: sociabilités, fidélités et pouvoirs des fonctionnaires coloniaux en Guyane française au XVIIIe siècle” (doctoral thesis, Université de La Rochelle, 2007), 391.return to text

    2. Jacques Michel, La Guyane sous l’Ancien Régime: Le désastre de Kourou et ses scandaleuses suites judiciaires (Paris: L’Harmattan, 1989); Pierre Thibaudault, Échec de la démesure en Guyane: autour de l’expédition de Kourou, une tentative européenne de réforme des conceptions coloniales sous Choiseul (Saint-Maixent-l’École, imprimé privé, 1995); Carol Blum, “Les frères Turgot et l’affaire de Guyane,” Colloque Turgot, Bons, mai 2003; Fritz Braun et al., “Auswanderung aus Weinstrasse, Forst une Niederkirchen nach Südosteuropa und Cajenne im 18. Jahrundert 1971/2”; Jean Chaia, “Échec d’une tentative de colonisation de la Guyane au XVIIIe siècle” in Biologie médicale 47 (1958): 52-75; Andreas Imhoff, Ein Werbezettel für die Auswanderung nach französische Guyana von 1763,” Heimat Jahrbuch (1996): Monique Pouliquen,Jean-Baptiste Thibault de Chanvalon et l’affaire de Kourou,” Généalogie et Histoire de la Caraïbe (2002): Emma Rothschild, A Horrible Tragedy in the French Atlantic,” in Past and Present 192 (2006): 67-108; Jean Tarrade,Alsaciens et Rhénans en Saintonge au XVIIIe siècle,” Bulletin de la société des Antiquaires de l’Ouest et des Musées de Poitiers 8 (1966): 163-82; Joachim Heinz, Bleibe im Lande und nähre dich redlich! zur Geschichte der pfälzischen Auswanderung vom Ende des 17. bis zum Ausgang des 19. Jahrhunderts (Kaiserslautern: Institut für pfälzische Geschichte und Volkskunde, 1989).return to text

    3. Précis historique de l’expédition de Kourou (Paris, 1844).return to text

    4. Marion F. Godfroy, Bagnards (Paris: Tallandier, 2002). return to text

    5. Gilles Havard et Cécile Vidal, Histoire de l’Amérique française (Paris: Flammarion, 2002).return to text

    6. Bernard Bailyn, Soundings in Atlantic History: Latent Structures and Intellectual Currents, 1500-1830 (Cambridge: Harvard University Press, 2009). return to text

    7. Lettre du duc de Noailles à Louis XV, juillet 1749, cité par Edmond Dziembowski, Un nouveau patriotisme français, 1750-1770, la France face à la puissance anglaise à l'époque de la guerre de Sept ans (Oxford: Voltaire Foundation, 1998), 72.return to text

    8. Ibid.return to text

    9. Joseph Alphonse de Véri, Journal (Paris: Tallandier, 1928), 53. return to text

    10. Dziembowski, Un nouveau patriotisme français, 225. Citation d’une lettre de Choiseul au comte de Bernstorff, 29 juillet 1759, dans Correspondance entre le comte Johan Hartvig Ernst Bernstorff et le duc de Choiseul, 1758-1766 (Copenhague, 1871), 45.return to text

    11. Mémoire anonyme, nouvelles acquisitions françaises, no. 1041, folio 48, Bibliothèque nationale de France (BnF), Paris.return to text

    12. Série SP France, 251, Archives du Public Record Office, Londres. return to text

    13. Anglo-French Boundary Disputes in the West 1749-1763, “Collections of the Illinois State Historical Library,” vol. XXVII (Springfield: University of Illinois, 1972), 433-4.return to text

    14. Choiseul, “Mémoires remis au roi” in Pierre-Etienne Bourgeois de Boynes, Journal Inédit, ed. Marion F. Godfroy (Paris: Honoré Champion, 2008), 448.return to text

    15. Manuscrits français, 6235, BnF.return to text

    16. Manuscrits français, 6235, folio 230, BnF.return to text

    17. À la frontière sud il s’agit du Portugal, à la frontière nord de la Guyane hollandaise. L’argument sera contredit par le mémoire de Turgot, et la crainte des révoltes esclaves, notamment au Surinam. return to text

    18. Numa Broc, La géographie des philosophes (Paris: Ophys, 1975), 276.return to text

    19. Bernard Bailyn, Voyagers to the West: A Passage in the Peopling of America on the Eve of the Revolution (New York: Vintage Books, 1987), 172.return to text

    20. Claudia Moatti et Wolfgang Kaiser, eds., Gens de passage en méditerranée de l’antiquité à l’époque moderne: procédures de contrôle et d’identification (Paris: Maison méditerranéenne des sciences de l’Homme, 2007), and Claudia Moatti,Introduction” in La mobilité des personnes en méditerranée de l’antiquité à l’époque moderne (Rome: Ecole Française de Rome, 2004), 1-24.return to text

    21. Manuscrits anciens, dossier personnel 12 299, Archives de la Bastille (AB), Paris.return to text

    22. Marion Godfroy, Kourou 1763: Le dernier rêve de l’Amérique française (Paris: Vendémiaire, 2011), 111-34.return to text

    23. 12 299, AB. return to text

    24. Lettre du 27 mars 1769, 12 299, AB.return to text

    25. 12 299, AB.return to text

    26. Ibid.return to text

    27. Ibid.return to text

    28. Ibid.return to text

    29. Daniel Nordman, Frontières de France (Paris: Gallimard, 1998).return to text

    30. Moatti,Introduction,” 2.return to text

    31. Ibid.return to text

    32. C 14 33, AN.return to text

    33. À la veille de la Révolution française, on dénombre 25 000 juifs en Alsace, jouissant d’un statut.return to text

    34. James Homer Williams, “An Atlantic Perspective on the Jewish Struggle for Rights and Opportunities in Brazil, New Netherland, and New York” in The Jews and the Expansion of Europe to the West, 1450-1800, eds. Paolo Bernardini and Norman Fiering (New York: Berghahn Books, 2001), 369-93; Erik R. Seeman, “Jews in the Early Modern Atlantic: Crossing Boundaries, Keeping Faith” in The Atlantic in Global History, 1500-2000, eds. Jorge Cañizares-Esguerra and Erik R. Seeman (Harlow Gate: Pearson, 2007), 39-59 ; Wim Klooster, “The Place of New Netherland in the West India Company’s Grand Scheme” in Revisiting New Netherland: Perspectives on Early Dutch America, ed. Joyce D. Goodfriend (Leiden: Brill Publishers, 2005), 57-70 ; Wim Klooster, “Anglo-Dutch Trade in the Seventeenth Century: An Atlantic Partnership?” in Shaping the Stuart World, 1603-1714: The Atlantic Connection, eds. Allan I. MacInnes and Arthur H. Williamson (Leiden: Brill Publishers, 2005), 261-84; Wim Klooster, “Manumission in an Entrepôt: The Case of Curaçao” in From Slavery to Freedom: Manumission in the Atlantic World, eds. Rosemary Brana-Shute and Randy Sparks (Columbia: University of South Carolina Press, 2008); Wim Klooster, “Networks of Colonial Entrepreneurs: The Founders of the Jewish Settlements in Dutch America, 1650s and 1660s” in Atlantic Diasporas: Jews, Conversos, and Crypto-Jews in the Age of Mercantilism, 1500-1800, eds. Richard L. Kagan and Philip D. Morgan (Baltimore : The Johns Hopkins University Press, 2008).return to text