Éloges académiques et discours. Volume pub. par la Comité du jubilé scientifique de M. Gaton Darboux.
Darboux, Gaston, 1842-1917.

Page  [unnumbered] BIBLIOGRAPHIC RECORD TARGET Graduate Library University of Michigan Preservation Office Storage Number: AAN9165 UL FMT B RT a BL m T/C DT 07/15/88 R/DT 07/15/88 CC STAT mm E/L 1 035/1:: |a (RLIN)MIUG84-B51182 035/2:: a (CaOTULAS)160099533 040:: aMiU c MiU 100:1: | a Darboux, Gaston, I d 1842-1917. 245:00: 1 a Eloges academiques et discours. | c Volume pub. par la Comite du jubile scientifique de M. Gaton Darboux. 260:: | a Paris, I b A. Hermann et fils, I c 1912. 300/1:: I a 3 p.l., 524 p., 1 1. I b front. (port.) I c 19 cm. 650/1: 0: a Mathematics 650/2: 0: | a Science 998:: cEM s9124 Scanned by Imagenes Digitales Nogales, AZ On behalf of Preservation Division The University of Michigan Libraries Date work Began: Camera Operator:

Page  [unnumbered] ELOGES ACADEMIQUES ET DISCOURS

Page  [unnumbered]

Page  [unnumbered] PREFACE Le Corniite du Jubile' scientifique de M. Darboux 4ient 'a c~eur, avant de se dissoudre, d'adresser ses nieilleurs remerciem-ents aux nonmbreux souscripteurs qui, dans toutes les situations, dans tous les pays, ont r~pondu 'a son appel. GrAce 'a leur nombre, grace "a leur ge'nerosite', le Comnite' a pu, non -seulemzent faire execeuter par e'~minent artiste M. Vernon une me It z daillc ' l'effigi"e du grand savant, mais encore offrir a chaqu6 souscripteur le present volume contenant les discours et les e'loges acaderniiques prononce's par M. Darboux, les discours et les adres-. ses de la fete du Jubile', et les nonis de tons les adherents. Le Comnite' adresse e-galement tons ses remnerciements 'a M. Vernon pour F'exe'cution de sa belle oeuvre, et 'a M. llermanni pour les soins qu'il a donne's 'a limpression du volume. Le pr~sident dut Cownite', PAUL APPELL.

Page  [unnumbered] GASTON DARBOUX F ~~~~~~~~f ELOGES ACADEMIQUES ET DISCOURS Volume public par Ie ComitC du Jubild scientifique de M. GASTON DARBOUX PARIS LIBRAiRIE SCIENTIFIQUE A. HERMANN ET FILS 6, RUE DE LA SORBONNE, 6 I912

Page  1 ELOGE HISTORIQUE DE JOSEPH-LOUJS-FRAN\IOJS- BERTRAND Lu dans la seance publique annuelle du lundi 16 dkcembre 1901. Messieurs, Appelh' pour la premie're fois 'ai prendre la parole dans cette enceinte, je crois reinplir un dev oir en vous presentant d'abord le'loge d'un homine que j'ai beaucoup aime' et profondernent admire', Mon illustre mailtre Joseph Bertrand. Je suis loin de me dissirnuler toutes les difficult~s que je rencontre, en v'enant 'a la suite de MM'. Berthelot et Jules Lerriailtre qui, dans la se'ance du 2 Mai dernier, pre'sentaient 'a l'Acade'mie francaise un tableau si attachant de la vie de notre Secre'taire perpetue1; pourtant ma tache sera belle encore si je parviens a la remplir; car elle consiste 'a vous introduire dans le detail de la glorieuse carrie're de Joseph Bertrand, 'a vous rappeler plus particulie'rement ses travaux d'ordre scientifique, en un motI a mettre en pleine lumie're les e'leiments de cedte brillante synthe'se qui vous a eA presentee avec tant de charme et d'autorite'. I Bertmnd (Josepli-Louis-Fran~,ois) naquit 'a Paris, rue Saint-Andre'des-Arts, le 11 mars 1822. Sa famille I

Page  2 2 ELOGE HISTORIQUE etait originaire de Rennes. Son grand-pere maternel, M. Blin, s'etait acquis l'estime et l'affection de ses concitoyens par le role qu'il avait jout pendant notre premiere Revolution. I1 avait appris le m'tier des armes, commrne on disait alors, au Rtegiment d'Auvergne. Choisi comrme capitaine par 15() volontaires de Rennes, il concourut avec eux It la dffense de la Champagne envahie par les Prussiens. A son passage dans la ville de Reims, il sauvait, au peril de sa vie, un pretre que des soldats indisciplini(s voulaient briuler sur un buhcher. De retour h Rennes, oui il etait directeur des postes, il prit la part la plus honorable. en qualit6 de( capitaine de grenadiers dans la garde nationale, a la guerre civile qui dtchirait alors la Vendee. Chez V1. Blin, le courage civique etait (i la hauteur des vertus militaires. On conserve ta Rennes le souvenir de la lutte qu'il engagea contre le proconsul Carrier. II contribua par son energie t sauver trois ou quatre cents personnes que Carrier voulait transferer a Nantes pour les y faire noyer. Ses concitovens reconnaissants l'envoyerent au Conseil des CinqCents D)estitue en 181o par la Restauration, profondement affecte par la perte de deux tils qu'il aimait tendrernent, il s'teignit le 23 juillet 1834, ayant eu du moins la consolation de s'associer, avant de mourir, aux esperances que donnait it toute la famille la precocite de son petit-fils Joseph, alors $age de 12 ans et deja orphelin. Le gendre de M. Blin, le Dr Alexandre Bertrand, pere de notre cher maitre, etait ne h Rennes en 1795. II fit ses 6tudes au college de cette ville avec Duhamel, Louis Roulin, Dubois de la Loire et Pierre Leroux. Ce dernier, avec qui il a fonde le Glohe, nous a laisse des renseignements pr6cieux sur sa jeunesse. Nous savons que ses camarades de college etaient tous frap

Page  3 JOSEPH-LOUIS-FRAN~0IS BERTRAND3 3 pes de sa supe'iorite' mo rale; il est inte'ressant de -rerriarquer aussi que', lorsqu'il commenta e'~tude des.mathe'matiques, ii fit paralitre une aptitude exceptionnelle. Pourtant, re~u a l'Ecole Polytechnique en 1814 -en me'me temps que son camarade 'Duhamel et qu'Auguste Comte, il quitta L'Ecole au bout de quelque temps et se tourna vers la me'decine, sur'le conseil de son ami Roqlin. C'e'ait un homme des plus eminents, qu'une mort pr~mature'e a seuleM emp ch 6 de remplir tout son nm~rite. Son fills en e'tait tier, et ii est naturel que, dans l'hoinmage que nous voulons rendre a Joseph B~ertrand, nous disions qucilques mots de Memu qui a veille' 'a sa premiere education et qui, le seili peut-etre, a en quelque influence sur la formation de son esprit. Le Dr Alexandre Bertrand s'est fait connaltre par divers ouvragres de vulg~arisation, des Lellres siar la Physique et surtout les Letires sur les LiB co/u/lbus dua Globe qui, depuis leur~ apparition en 182i, ont eni huit editions successives, dont les dernieres out 'tc pub~lie'es par son fils, be plan de ces Lettres est excellent; le style en est clair et atteint souvent a Felelvation. L'auteur, qui suivait les cours de Cuvier, de, Cordier, de Geoffrov Saint-Ifilaire, 'a uine e6poque oft la Ge'ologie 6tait encore tre's ne'gligee, inais cornnienc~ait 'a etre en lionneur, s'y niontre tin -6oloogue tr~s instruit, et surtout tre's au courant des the'ories qui sont le plus no'cessaires auL d6veloppernent de cette. belle, science. Mlais lc principal titre, dn DI' Alexandre Bertrand reside dans des recherches d'une tout autre nature, vers lesquelles ii s'6'tait senti attire', d~s sa jeunesse, par ue prdilection invincible qIl avait n-i're coimenic~es pendant son se'jour at l'Ecole Polvteclhnique. Son Traile (lit SomnnuinbutlisMe, paru en t8242,

Page  4 4 4 ~~~~ELOGE HISTORIQUE son Traitu' dit Magne'isine animial en France et def l'Extase dan~s les Tnaitemients nmagnetliqlaes, paru en '1826, marqnent, on pent le dire, tin progr~s d~cisif dans 1'histoire du miagnetisme animial. Alexandre Bertrand, qni avait le goiuit des ide'es g-ene'rales, a su. associer dans ces onvragTes L'esprit du philosophe anx connaissances du physioloogiste. Bans tine (tude abandonn~e' j usque-la aux faiseurs de miracles et aux gcno rants, I a institu' le prem -ier des investigations m'tbodiques et consciencieuses. be premier aussi, ii a fait entendre, commne conseqnence de ses tr~avaux, n-ne protestation contre les arre~ts dont les jurvs et les, jngles frappaient de ve'ritables insense's, de'pourvus de toute responsabilite' morale. On sait assez qn'Iaujonrd'hui cette protestation a produit tons ses efiets. Je ne sanrais onblier ici ce qni concerne los relations d'Alexandre Bertrand avec notre Compagnie. De son temps, la publicite' de -nos se'ances e'tait des pins restrein~tes. Quelqnes savants, en principe ceux dont les travanx e'taient approuve's par nne commission, e'taient senis antorises th e&outer les discnssions acad~miqnes. be Dr Bertrand voulut supprirner ces barrie'res et faire connaitre an public ce qui se passait a I'Acade'mie. On anra peine 'a croire que, ponr re'aliser cc projet, ii ent 'a sunrmonter de tre's grandes dif'liciilte's. Cuvier, dont 1'influence &'ait pre'ponde'rante, fit voter, pour le bannir des seances, les re'glements les plus draconiens. Malgre' ces obstacles, que devait faire disparai'tre Arago, dev'enu secre'taire perp~tuel, 'Alexandre Bertrand inaugurait, en 1825, dans le.Globe, les comptes rendus, de nos se'ances, qui, avant lui, O~taient tout 'a fait inconnus. C'est donc 'a lui qu'il faut faire remonter la creation de cette presse scientifqe, qiest deveu uor'hni pour les Academies un auxiliaire dont -elles ne~sauraient se passer.

Page  5 JOSEPR-LOUIS-FRAN~0JS BERTRAIND.5 14 tjes comptes rendus scientifiques, du Globe cesse& rent avec la mort d'Alexandre Bertrand, survenu'e en 1831; mais ils furent continue's dans le, journal le Temps par le Dr Roulin, que beaucoup d'entre nous 6nt connu et qui est- modt en '1874, memnbre libre de I'Acade'mie des Sciences et bibliothe'caire do l'ns~titut. La reunion des articles du Dr Roulin ayant forme un volume plein d'inte'ret, les secr~taires perpe'uels Arago et Flourens reconnurent la possibilite' de le publier dor~navant an nom de I'Acade'mie. Telle est l'origine de nos Corniples rendus hebdoinadaires, dont M. Roulin a, pendant trente ans, surveillb' la re'daction, et qui ont contribu6e d'une mnani~re si efficace aux progres de la recherche scientifique. Le DI' Roulin avait e'pouse, comme Alexandre Bertrand, une des filles de M. Blin. D'autre part, Duhamel, leur cornpatriote et leur camarade du collk-re de Rennes, avait e'pouse' une des sceurs d'Alexandre Bertrand. Les trois families Bertrand, Duhainel et Roulin e'taient ktroitement unies. C'est an milieu d'elles que se sont kcoule'es les premieres annees de Joseph Bertrand. 11 Sa jeunesse a donne' lieu 'a bien des l1'ge-ndes. Heureusement, lorsqu'il fut 61u en 1884 'a I'Acade'mie Fran~aise, ii eut l'ide'e de re'liger pour son ami Pasteur, qui devait le recevoir, des notes ktendues, qui nous ont ke pre'cieusement conseti'v'es. Elles vont me permettre de retracer devant -vous une enfance qui doit compter parmi les plus inte'ressantes de toutes celles stir lesquelles on a pu recuejillir des renseignements prtecis et authentiques.

Page  6 6 6 PL~~~fOGE HISTOLUQUE Tendremient aini., nous dit-il, par des parents qui pourraient "tre comiptes parmi les hommnes e'minents de leur tenmps, j'ai recti dFeux, pour rues premriires Rtides, la direction la nioinus faite pour d~velopper chez moi l'habitude dii travail et l'ariour dle la science On nie, croyait pas queje fusse dlestino h vivre, jusqui'a l'Xge d'hotnime. Les (4udes de's lors, pour moi, Rtaient traite'es conrne un passe-temps intitile et, si j'v prenais trop de goiMt. dangereux. eA l'Age de 16 ans, lorsque je, fus reeu Li lEcole Polytec-hnique, je ne savais conjiiguer aucun vere e acune. lang-1~ue. J'kais prodligiensetment ignorant, J'en tai dit la raison. Ii faut dire aussi potirquoi j'atais, en niiime temps. prodig-ieusernent instruit, pour mon 'acre. Y Iai appris Li lire pendtant, une longue mnaladie, en entendant donner 'a mon fre're des lecons, danes la chambre, o"i jtas alit'. Je connaissais les leltres, et rico de plus. En entendant r4p~ter B, A, BA; C. RI, 0, CRO), je gravais toutes les conmbinaisons dans mna mermoire. J ai le souvenir tre's distinct de la stupffaction de mes parents lorsque, m'3apportant pendant ma convalescence un livre d'histoire naturelle pour me montrer les images, ils mi'entend-irent lire le texte couramment. Je Ins sans cepeler, je me le rappelle, La Brebis et Ic Chiien-loup. Mon pa're effrayi6 m'arracha Ie livre et de'fendit, que, sous auicun pre'texte, on me fit travailler. Je n'avais pas encore cinq ans. 'IMon pL.~re mi'ermplchait d'~tudier, monintuio cependant e'tait sa plus che're preoccupation. Je ne le quittais pas; A pied ou en voiture, il ne sortait jarnais sans mener avec Iui son Joseph. II me parlait sur tous les sujets, toujours en latin. Je le comprenais. Je l'ai perdu pendant ma neuvime rneann&e. II m'avait pre'dit que je s'erais re~u le premier 'a I'Ecole Polytechnique et membre de l'Acaddmie des Sciences. Je n Ien doutais pas et, pendant mon enfance, ma more n'en faisait non plus aucun doute. Lorsque, 4 l'Age de neuf ans, j'eus le. grand malheur de

Page  7 JOSEPI{-LOUIS-FRANCOIS..BERTRAND perdre Mon pe're, j'avai's appris par surprise, en. quelquesorte, 'les eM6ments de la g6om6trie e t la partie 6le'renta ire de l'alg~bre. Voici comment: mon p~re, dans la dernie're partie de sa vie', demeurait chez mon oncle, M D-uhamel, qui dirigeait alors une institution pre'paratoire N l'Ecole Polytechnique. Les 61~ves, dont les plus jeunes avaient le double de mon AgYe, m'aimaient beaucoup etje me trouvais tre's heureux au milieu d'eux. Assidu 'a leurs re'er~ations, je les suivis bient~M dans, les, classes. Les maitres me re-ardaient avec. etonnement et ne s'occuipaient gun're de mo1i. Les 61'6ves s'aper~u rent que je comprenais; et, quand une demonstration semblait difficile, le premier qui mi'apercevait courail apre's moi, m'emportait dans ses bras me fiaisait monter sur une chaise pour que je pusse atteinclre le tableau, et me faisait r~p~ter. (( Ma m~re quitta Paris, mon fre're fut plac6 conime interne au colle'ge de Re nnes et je restai 'a Paris. Pendant ma dixic'me annde, je suilvis r~gulie'rement, chez M. Duhamel, le cours de Mathe'matiques spe'eiales. J'ftais consid~r6 comme le pius fort de la classe; mais jamais on n Iexigealt de moi le moindre, devoir, on ne me mettlait entre les mains aucun. lhye. Mla petite sup~rioritd paraissait, lorsque M. Duhiamel, interrogeant un 6le've, lui faisait qnelques objections dont il ne se tirait pas. 11 interpellait alors successiveruent tous les forts de la classe; et bien -souvent, quand personne n'avait r~pondu, il termninait en mie re-ardant pour dire: Joseph. Presque toujours, je r6pondais sans h~siter. A VA le deo onze ans. c-,'etait en 1833, mon onele. n'envoya au colle'ge Saint-Louis suivre ha classe de M. 1)elishe, espe'rant que j anrais Ic Prix au. coneours g~h~ral. 11 savait mal le r~ghemnent; j'ktais entr6 an mois de jnin et ne pouvais concourir. On ne fit d'aihheurs aunenne composition pendant Ie mois of'i je suivis la classe. Lorsque je vis Ia, question prapose'e an concours, il me sembla qtie je haurais ais6ment r~solue. q La m~nme anne'e, M. Duhamel demanda pour moi h'autorisation de suivre les cours de l'Ecole Pohytechnique. Le

Page  8 8 8 E~~~~~,LOGE HISSTORIQIOE directeur des 6tudes, N.I. Dulong, exigea quc je suhisse un examen et M. Lef~bure de Fourcy, apr~s rn'avoir interrogre pendant une heure, d~cara qu'il rn'aurait classi6 le second de sa liste. C'~tait au mois d'aou't 1833; j'avais alors onze ans et cinq mois. A partir de cette e'poque. on me laissa seul diriger me-s e'tudes et mues lectures. Je suivais les cours de l'Ecole Polytechnique quand cela me plaisait; J'allais hi la biblioth~que de l'institut oi'i Iexcellent NI. Feuillet, bibl.iothecaire de 1'Lnstitut, mc pre'ai t des livrcs; j e suivais le cours de Gay-Lussac au Jardin des Plantes, celui de Saint-Marc Girardin 'a la Sorbonne, de, Lernminier anl Col1,ge de France, sans aucune sanction et sans qu'on shinfornidt jamais du profit que j'cn tirais. AlMon pare m'avait appris un peu de latin, en mnc parlant sur tous les sujets et en me raconta-nt l'histoire universelic, presque toujours en latin. Depuis I'iAge (lc neuf ans, on ne songealt plus 'a entretenir cc que j,ava-is Pu apprendre dela sorte. Javais In cependant et compris toute l'Evm'ide, en m'aidant d'une traduction Y). Tel est le re'cit que nous devons 'a Bertrand des premie'res 6tudes de son enfance. Ii se passe de tout -commentaire. Je hasarderai cependant une rd'lexion. On a fait 'a M. Duhamel la reputation d'un grrand et habile e'ducateur. Cette reputation, il me semble qu'il l'a me'rite'e au plus haut decrre, le jour oii il a. pris la resolution de laisser son ne-veu de'velopper librement tons les dons d'une nature admirablement doue'e. Mais il ne faut pas oublier que nous sommes en France. Bient6t va se de'velopper la preoccupation des,examens. Un jour, M. Duhamel entra dans la chambre de son neveu et lui dit: Ii faut te faire recevoir bachelier es lettres, cela te servira plus tard. On mit 4i la disposition du jeune homrne tons les livres qu'il put

Page  9 JOSEPH-LOUIS-FRAN~OIS BERMAND9 19 desirer; mais on le laissa -se tirer d'affaire, sans Iui imposer iii le~ons, ni devoirs. Comme iitfallait s'y attendre, son examnen fut trs ine'gal. Villlemain, qui etait un~ des juges, liii dit graeieusement: V~ous voila 'bachelier, comme Almaviva. Je -ne'sais s'il aj outa, comme Poinsot dans, une circonstance analogue.: T~chez de re'ussir comme liii. Re~u bachelier ~s lettres le 20 mars 1838, Bertrand passait, le 10 avril suivant, son examen de bachelie es sciences; il obtint cette fois toutes boules blanches. II fut re~,u licenci6 &s sciences, le 4 rnai de la me'me ann~e. Cela faisait trois examens en six semaines. L'anne'e suivante, il se pre'senta au doctorat 'es sciences. Suivant un usage assez fre~quent 'a cette 6poque, il passa l'examen en deux fois, le 9 avril et le 22 j uin 1839, devant un jury compose' de Franc~eur, Libri et Lef~bure de Fourcy. Dans sa thUse, qui traitait de la the'orie des phe'nome'nes thermome'caniques, Ii appliquait les m~thodes de Duhamel et de Poisson et de'veloppait, sur les unite's et les exposants de dimensions, des ide'es qui, plus tard, se sont montre'es f6condes entre ses mains. Au mois de juillet de la me'me annee, il concourut pour l'Ecole Polytechnique et fut re~u le premier. 11 nous a laisse' des details curieux sur les examens qu'il passa avec Bourdon et Auguste Comte. Je me hernerai 'a ce, qui regarde Bourdon. X( ai, dit-il, le, souvenir de 1't6tonnement tie M. Bourdon qui, sacha-nt que jI'this docteur &s sciences, mnavait fait unl examen difficile. A La suit~e de je ne sais queule re'ponse, 'I me dit: o Vous n'avez donc jainais ouivert. une table de Iogarithmes? - Je hui r~pondis: Non, Monsieur, jamais. IIprit cela pour une impertinence;c'ktait la pure v~rit6. Je. n'avais fait alors aucun devoir scientifique ou litte'raire, Jamais aucun calcul demande' par aucuin malitr e.

Page  10 10 10 E~~~~fLOGEI- IISTORiIQUE A 1'Ecole Polytochnique, j'ktais un proble'ne pour mes camarades. Repu le premier et gardant le premnier rang dans toutes, les 6preuves, je les e6tonnais do temps en ternps par une ignorance scandaleuse sur des notions qu'on enseigno en septie'uo. IBoaucoup d'entre eux croyaient "a uno ignorance atfecte'e; j'en 6tais tr~s honteux. auw contraire. J'ignorais compldtenent, par exemple, quelle sorto de, mots los g1rammairiens de'signent par le terme d'adverbes. Co quo Bortrar'd no ditpas, c'ost quo sos camarados e'taiont 'a la fois ploins d'admiration pour sos dons naturols, ot roenplis d'affoction pour sa naturo vivo., g 6ne'rouso ot loyalo. Dans lours riunions d-i dimanche, Us so plaisaiont 'a mottro-a Feprouvo sa rnemoiro vraimont prodigTiouso. 1i savait par cceur tout iMussot, uno grando partio do Victor Hugro, boanicoup do Lamartino, et il n'onbliait jamais nonD. Cinquanto ans ap' e'tro sorti do FEcolo, so trouvant h' uno soirod l'Obsorvatoire oii 1'on re'citait uno dos Nldis do MAhssot, il disait 'a Tissorand e:< Si 1A1mo Bartot avait. uno d~faillanco do me'm<-ire, jo. pourrais lui souftior lo vors exact )). Ii aimait boancoup la poe'sio ot on sontait vivoenont lo rytlimo. Un vors faux lo faisait souffrir. Jusqu'ah la fin do sa vio, il a rotonu sans o ffort tout co qu'il voulait approndro. Dans un dos dorniors, dinors do promotion auxquols il ait assiste', uin do sos camarados ayant re'eit6 uno pi'co do vors assoz longuo qu.'il avait compose'o pour la eirconstan-,o,, Bortrapd, youlant l'intriguer, lui dit: ( Mais co, rorcoau. n'ost pds de toi, je le connais dopuis longtomps, ot la prouve, e'est que je vais to le reciter. )) Et il le fit comme il I'avait promis. A la fin de s a premi~ire anne'e Lt 1Ecole Polytechnique, Bertrand se pre'se-nta aJ'agr~gation des Facultes. Cette agre'gation venait d'e'tre institue'e par Cou

Page  11 JOSEPH-LOUJIS-FRAN~OIS BERTRAND 1 Ii sialors ministre de l'nstruction publique. Copi~ee sMir l'institution analogrue qui a rendu tant de services dans 1'enseignement secondaire, elle se trouvait, par cea meme, ne pouvoir c,)nvenir a l'enseignement Supe'rieur. CQest le don d'invention, c'est l'aptitude auix recherches, qui sont, dans le haut enseignement, kRs qualite's les plus essentielles8, et ces qualite's-la' n'apparaissent pas n~cessairement dans un concours. Ii y aura-cit fort 'a dire stir ce sujet; je, me bornerai 'a remarquer que 1'expe'rience a prononce et que, malgre' les tentati-ves faites 'a diffehrentes (poques. les concours institue's par Cousin n'ont jamnais ke renouvelbSs. Q uoi qu'il en soit, ume des conditions dui concours e'tait d'e"tre Acre de vi ngt-cinq ans. Bertrand demanda, tine dispense de sept ans qu'on luii accorda, et ili fut re~u. Jobtins, dit-il, le premier raing pour les compositions ecrites; et vingt ans a pros, lorsque m-ourut Poinsot, pr6 -sident du concours, i'eus le grand plaisir d'apprendire que, parmi le trs petit nomnbre de papiers trouv~s dans son bureau, figurait ma composition de me'canique qu'il avait emporte'e et gnrd~e. Pen. de temps apre's ce concours, il accoinplit un acte de de'voueinent qui me'rite de'Ctre rapporV(. 11 ktait alle' se reposer aL Rennes, au. mois de novembre, et se prornenait sur le bord de la Vilaine, lorsqu'il aper~,ut une femme se jetant dans cette rivie're. Sans prendre la peine de se de'barrasseir de ses vktements, sans r~tb~cir qu'une course sur la berge le rapprocherait du lieu de l'accident, il se jeta dans la rivi~re et -parvint (h sanver la panuvre d,~sesperee, qui. se nmontra tre's reconnaissante et proinit, comnie il. arrive toLujours, de ne plus reconmmencer.

Page  12 1.2 12 E~~~~'LOGE IIISTORIQUEE MNois hab~il en dessin qu'en mathe'niatiques, B-Iertrand sortit to sixie'me seulernent de t'Ecole Polytechnique. Co rang- tui assurait nc',anmoins t'entre'e (h, FEcole des Mines, dont it devint e'leve en novembro '1841. Mais, auparavant, il se presentar Ii'agrr'gation des Colle'lges, une annee seuleinent apre's avoir kc- recu agr Ieg des Facult's. Pour cc -nouveau concours, l'Ecole Normale pre'sentait un candidat d'un me'rite exceptionnel, Charles Briot, dont Ia, carrie're s Iannongait aussi sous les plus heureux auspices. Los deux concurrents no so connaissaicut pas; tous deux ne'anmoins avaient acquis, par le te'yroigrnage do, tours ma"itres et do leurs caniarades, le sentiment d'une r~eele supe'riorite' its savaient qu'i.IS ariuis disputer la premie're place dans to concours. Ce sentiment a des otlets ditfe'ronts suivant los differences do natures; mnais Bertrand et Briot avaient, F'un ett'antre, lo occur o-6ne'reux. Au lieu do so sentir rivaux, its devunrent amis tout do suite. Toujours bonne et de'voun'o, Mmne Duharnel avait muni Bertrand du viatique necessairo pour faire face aux fatigues d'unn longuo composition. Jo no sais si to Mataga rentre dans ce quo ious nommons aujourdlini los boissons. hygie'niques. En tous cas, Minte Duhamot on avait donn6 quetque pen 'a son fovea. Cetni-ci s Iempressa d'en offinir 'a B riot. be Mataga fnt accopttri sans fa~,on; it no parai't pas avoir nui aux deux jeunos gons, qni so to partag~rent arnicatoenent pendant toute la dure'O des compositions. Cette promie're se'rie d'e'preuves se termina pour oux de la mani~re ta-plus favorable;,its avaient acquis uni avantage d~cisif sur tons los concurrents. Entre oux copendant, la balance restait inde'cise; 1'attribution dui premier rang d~pendait enti~rement dii re'sultat des le~ons qu'ils avaiont 'encore ai faire devant to jury. La chance fut de'favorable 'a Briot,

Page  13 JOSEPH-L0UIS-F11ANCOIS BERTRhAND 1 13 I ~ui tira au sort un sujet tr~s difficile, pour une leqon ~tpreparer dans uin d'lai tr~s court. Ii se trouvait fort embarrasse' Bertrand s'empressa de lui venir en aide. I Je connais, Iui dit-il, un beau me'moire que Sturm vient de publier, precise'ment sur le sujet que vous a~vez Ai traiter; je vais vous 1'indiquer. Avec cela, vous ferez une tre's bonne et tre's neuve leqon. )) Cest ainsi qu'agissaient en l8'11 les candidats au concours d'agr&gation. Cette loyaute' ge'n6reuse ne sest sans doute pas perdue; elle m'a parti po urtant m6riter d'e'tre rappeleke. Bertrand et Briot furent rectus premiers ex, xf3 911. Us reste'rent totite la vie, Fun pour 1Fautre, des, amis de'vouies. Un des rares chagri-ns de Bertrand a e'te de ne pouivoir comlpter son an-i Briot an nombre de, ses confre'res de l1'Acadc'mie des Sciences. A I1Age, de 19. ans, Bertrand pouvait done se parer des titres de docteur 'es sciences, dXancien (daeve de 1'Ecole Polvtec~hnique, d'ag-r~oge des Faculte's.. d'aogre ge des Co11e'ges,et 1'on a vu daus quelles conditions brillantes tons ces titres liii avaient W, acquis. its lui donnaient droit, tout aunimois, 4t une situation dans lenseignemnent secondaire; il dut attendre un emploi pendant deux ans. It est vrai que ces deux anne'es furent bien employ(~.es. It avait publie', de's son entr~ee ~?t lEcole Polytechnique, quelques trava,~ux qui annoncaient un veritahle ~,ometre, un notamment, sur la distribution de l"Iectnicit(> qui fut accutejili avec grande faveur par Liounville. A l'Lcole des Mlines, il fit paralitre, coup sur coup, plusieurs M-Umoires importants et sur lesquelsj'aurai l'occasion de. revenir. C'est

Page  14 14 *14 ~~~ELOGE, HISTORIQUE' vers cette 6poque (Ju'eut lieu le faneste, accident dle chemin deo fer (lout il fat -victime et dont les Parisiens out conserve' ita mulnioire. G'1tait le 8 maiii 1842., jour de g-randes cmux it Ver~sailles. IBertraud et son fr~re AleXanldre, alors 616ve (h I'L:~cole Norimate dans la section (les tettres, afiectaeusement recu1s depiiis queique temips dans Ia famnille de leur camiarade MAtrcel AclocqueC, a\vajent fitm6 lc projet d'aller passer avec ellelajornrrue ii Versailles. Au. dernier momnent, les dames renoucerentit l excursion et les jeunes gens partirent seuls. Pour rev\enir it Par-is, us prru etri e rive gauche qui partait de Versailles vers 5 heures. Ce train, qui coniprenait 1 8 wvagons et portait 600 personnes, 6tiut remnorqe lpar deux locomotives, plac~es toutes, deax en te'te du convoi. 11 marchait it Ia vitesse, qa LI Fon1 t rouvai t alors exage'r~e, de iO kliilome'tres i Fheure. Poar des causes quo lou nIa pu d&terminer, l'essieul ante'riear de I'a premiere locomotive se rompit a ses deux bouts, puts de Ia station de JBelle-vu, 'a l'endroit metme oh' s'tlitve aajourd'hui, en souvenir de Ia catastrophe, la petite chapelle de Notreo-Dam-e des Flatnimes. Les deax locomotives furent renverstes, et atrrttrent le train;mais les cinq prenmiers wagrons, sautanit par dessus, -vinrent s'enflamnmer au contact du coke bruhlant sorti du foyer de Ia seconde locomnotive. Alalheureausement, pour SO Ustraire les, voyagears aux effets de leur imlprudence, on avait, 'a cette epoque, Ihahitudo de les enfermer at clef daus loeirs co~mpartiments. C'ost ainsi qu'en an court ospaco de, toeups, 41 personnes periront dans los flammes. Parmi ellos so trouvait un illustre navigate ur, 1'amiral Durnont d'Urville, qui n'avait e'chappe' aux ptril de deux voyages autour du monde quo pour mourir aux portos de Paris avec sa fommo et son fils. B~ertrand et son fretre, ainsi quo leur camarado Aeloc

Page  15 JOSEPII-LOUIS-FRAINC~OIS BERTRAIND que, purent echapper a une mort terrible; miats ils furent grie'vemnent blesse's. Ils no, purent &'tre ramene's a Paris que dix jours apre's 1'accident, par les soins, de neuif infirmiers militaires que le mar'ch'al Soult, alors ministre de la Guerre, mit 'a la disposition de M. Duhamel. On sait que le visag~e de Bertrand conserva toute sa, vie la trace de, ses blessures; mais cet accident ne fit pas disparai'tre l'expression de vivacite" spirituelle et puissante qui etait le caracte're de sa, phvsionomie, et que nos illustres confre'res Bonnat et Chaplain ont si bien rendue, lorsqu'ils ont voulu, ainsi que Franz Ilals Ya fait pouir Descartes, conserver pour nos successeurs l'image, fide'e et vi v aite (le notre Secr(4Aaire perpe'tuel. Deux- ans apr~s, en d6cembre 184, Bertrand contractait avec la suwur de son carnarade, Mille Aclocque, tine union qui 6tait destin('e 'a faire le bonheur de sa vie. DWs les prem-iers mnois de cette anne'e 184', ii avait kt6 nommnn, I-i la fois professeur de mathe'matiques C'lementaires an. collR'ge Saint-Louis et r4-'pe'titeur d'analvse 'a i'Ecole Polytechnique. On conl~oit que. ces nonvelles occupations, jointes it. des traVaux personnels qui croissaient en nombre et en importance, devaient beauLcoup troubler ses O'tides d' 61&v7 - in- Knieur' des mines. -Adinis, en considieration de son mi(rite. C't passer $t 1'Lcole des MIines tine ann~ee de phis que, sees camariades, -Bertrand en sortit it la fin de, Ia cinqulinme anne'3e, apres avoir r~ussi tous ses ex~arnenrs, etrectu6- ses deux oagsd'ifistructicn; et ii I'nt dclar5.1 snivant. la formule. consacr~e, qiie vcet eleVe I-on va-it trecevoir (les fonctions administratiVes ~ -S'il na'~ jamais exerce' les fonctions dmiaegnientr des mines, pou1I, lesqnelleS il ne se-_ sentait, je le crois, qun ne, vocation mnoderee, c'est que, de's ce momtent, la voie lui 3tait ouverte du c de (Cineueet

Page  16 16 16 E~~~f'LOGE HISTORIQUI: Liouville, Lamn6, Coruibes, Cauchy, accuefilaient avec bienveillance ses moindres productions et les honoraient d'un rapport. Ses camarades Ossian B~onnet, Alfred Serret e'tudiaient ses travaux. et souivent se creaient des titres en dc'montrant par des voies nonvelles les re'sultats auxquels il e'ait parvenu. A SaintLouis, oiui ses eWleves e'taient 'a peine moins Age's que lui, ses chefs, heuireux de posse'der un mailtre, si distingue', se plaisaient 'a signaler aussi les qualite's morales, le de'vouement parfait qu'il apportait 'a toutes les -parties de son enseignMement. 11 quitta cc Coll~e',r vers 1848, parce que des devoirs nouveaux I'appelaient 'a l'Ecole Polytechnique, oui ili fut nomme examinateur d'admission, et an Colkg'oe de France out, apres Cauchy et Liouville. il fut charg-6 de remplacer Biot. C'est 'a cette 6,poque qu'il faut placer un 6pisode.de sa carrie're, dont ii aimait 'a raconter au momns la premie're partie. Un soir des premiers mois de 1848. il se promenait avec Alfred Serr'et, charge' comne, lui des fonctions d'examinateur 'a P'Ecole. Les deux amis, 6tant entre's dans une salle de re'uni~on publique, reste'rent pour ecouter lorateur, publiciste connu dont on pourrait citer le nom. Bertrand, impatiente' d'entendre exposrala tribune des Wdes qui lui paraissaient fan-sses et (langereuses, demanda la parole et recueillit, des applaudissements unanimes en de'eloppant ic contre-pied de la the'se qui venait d1e'tre soutenue. Rentre' chez lui et sur le point de se coucher, on vint le pre~venir'que queiques personnes demandaient 'a lnii parler. C'e'taient ses auditeurs de la reunion publique, qui l'ayant e'lu, se'ance tenante, capitaine de la garde nationale, tenaient 'a lui faire connalitre sans retard leur choix unanime' et venaient solliciter son acceptation. Les fonctions ainsi offertes ta-ient loin

Page  17 JOSEPll-LOUIS-FRAN~j0IS BERTRAND 1 17 d'Atre une sinecure; Bertrand ne voulut pas se refuser a equ'il conside'rait comme un, devoir civique. Li demeurait a cette epoque rue des Francs -Bourgreois;:un jour qu'il exer~ait sa. compagnie sur la place de 1'.Ode'on, sa bonne vint At passer, portant son fils aine', Marcel, notre confre're aujourd'hui. On 6tait 'a une periode de repos, les armes 6taient croise'es, les hommes disperses, Bertrand prit l'enfant pour I'amnser un instant. Soudain retentit le roulement du tambour qni met fin 'a la pause. Bertrand veut rendre son fils I a bonne ne'tait plus la'. Que faire?, il se voit re'duit 'a commander l'exercice sans abandonner son fills. Quelques-uns de ses amnis, qni [aisatent partie, de sa compagnie, entendirent alors dans les ranggs des 'flexions de'sobligeantes: Notre, capitaine, disait-on, est peut-e'tre fort en mathe'matiques; mais ii n'est pas fait pour commander, ii n'a pas l'esprit militaire. )) Quneiques jours apre's cependant, an moment des n'fastes journ'es de Jain, le jeune capitaine de 2(i ans rece-vait l'ordre d'enlever avec sa compagnmie, nne barricade de la rue Sonfflot En digne petit-fills de M Blin, ii s'6'lan~ait 'a IFassaut, malgre' les halles qui sifflaient a ses oreilles; mais, arri ve an pied de la barricade, il s'y tronvait 'a pen press seni. Ceux. qui lui reprochaient de mnanquer d'esprit militaire n'a-vaient pas ea le couragre de le suivre jusque-la. Mahgre' les -vicissitudes politiques, Bertrand cependant continuait 'a trviller. Lest a cette epoque notamrnent que. parurent deux. ouvrag'es 616rnentaires, fruit de son enseignement a Saint-Louis, le, Traid6 d'Arihon.0iqieu, publie' en 1849 et le TraiU '(IA,c4~bre, qui date de 185O. Ils ont en, l'nn et l'antre, I'intluence la plus henreuse snr 1'enseig-nement des rmathemnatiques dans nos lyc~es. J}e me sonviens, aujourd'hui encore, du temps oi', modeste eMleve d'un lyc~te de

Page  18 18 18 ~~~~ELOGE, HISTOLIJLE' province, jte'tudiais ces ouvrages, u11 pen trop conci's tpeut-O'tre, et surtout leurs, exercices difficiles, enuprunhtes aIUx oTrands maitres de la science. Des trade6s de cette nature 6-veillent, les vocations, donnent le -o 'tt die la, recherche et, par l1t, rendent des services i nap - preciables. II est inte'ressant aussi (ie constater cornbien its contiennent d'ides neuves et justes. Par exenmple, dans son 111m7'qc ertranid s'affranchit s~ans effort de cette, viedlle tlh~orie des incom~mensurahies ofi Yon confondait le nomnbre, et la g-randeur. et ii se montre ainsi le pr~curseur avise. des the'oriciens modernes qui ont fait cesser cette he're'sie. Quatrnd FEmpire s'e'tablit en 18i52, on entreprit, sous Flmiputlsion de be Verrier et (le Durn-as, tine r~organisation cornplte ties etudes dans nos lyc6,es, et le cotou -vernernent fit appel, pour les chai res importantes, aux professeurs les plus 6prouve's. IBriut fut nomme' an11 i~vce'e Saint-Louis, bouquiet ani lvc~e bonaparte; et l'on offrit (-'I Bertrand la chaire de M-athernatiques, sp 'c'iales, de Fancien Colle'ge Henri- IV, devenu. le lyce'e Napo1Mon. A bandonnant alors ses fonctions d'examinateur at 1Ecole, il se consacra sans re'ser-ve h a in tche MUVressante qu'it ava~it acceptc'e. Non content d'instrui re les 1&leves en classe, ii. s'entretenait avec euxI s occulpant de leurs e'tudes et de leurs exarnens. allant les, Voi r I)enda~nt tes re'cr~ations, faisant travailter $i' part les 6(kves dont la reception lui paraissait, douteuse. Lui, qui sIest 61ev' pltus tardt d'tne maniene si piquante contre les de'fauts de notre svsteme d'exaMens, ne craignait, pas d'ernployer, dans l'inte'ret de ses dves, les artifices les pins inge'nieux. C'est ainsi. que, tenant de son arni Serret, reste' examinateiur a 1'Ecole, qu'un hon esprit seul est capable de re'peter sans faute le the'oreme de Descartes, it s'e'tait attache" et avait re'ussi 'a le faire apprendre a tous ses edleves.

Page  19 JOSEPH-LOUIS-FRANYOIS BERTRAND 19 D'eclatants succes recompenserent de tels efforts. I1 avait d'ailleurs une methode excellente d'enseignement. A chaque interrogation, il posait une question, relevait toute faute d'exposition, de raisonnement ou de langage, s'attachant a supprimer tout mot inutile. A la leqon suivante, il reprenait la meme question, et continuait ainsi jusqu'a ce que l'eleve atteignit dans son exposition la perfection du maitre, ou en approchat tout au moins. Employ6e pour un certain nombre de questions bien choisies, cette nmthode devient inutile pour tout le reste, et elle suffit a la formation de lesprit. Bertrand ne resta que trois ans au lycee Napol'on; il quitta detinitivement l'enseignement secondaire en 1856, pour remplacer Sturm, t la fois a l'Ecole Polytechnique et a l'lnstitut, et pour entrer comme maitre de conferences Ci l'Ecole Normale, ou il avait fait une apparition vers 1S'i. et oil il devait passer cinq ans, de 18:i7 a 1862. A partir de ce momnent, sa carriere se developpa sans lutte et sans efforts. En voici les etapes principales: A FEcole Polytechnique, nomurnt r6petiteur adjoint d'Analyse le 18 mars 1S'ii, il devint professeuf d'Analyse le 30 janvier 1856, et se trouva ainsi le cotllO ue de DIuhamel, (ui occupait depuis 1851 FIautre chaire d'analvso. L'oncle et le neveu so sont partag6e 'enseignement du Calcul infinitesimal jusqLu'i l a date de '1869, ou Duhamnl, prenant sa retraite, fut remplac6 par Al. lerumite. Quant ta Bertrand, il a conserve la chaire d'Analyse jusqu'au 1J a avril 1895i, epoqt1e oi il fut atteint par les rigolemlents relatifs ia la limite lt';ge. II est done reste6 l'Ecole pendant une p6riode ininterrompue de 51 ans, et ii a.occup6q la chaire d'analyse pendant 40 ans. ('est ainsi que plus de 3.000 anciens

Page  20 C20 1,(ELO)E lISTl)RIQJUE eleves de l'Ecole Poiltechnique ont entendu ses excellentes lecons. Le Colleoge de France peut etre fier aussi de l'avoir garde longtemps. Nornmln remplaQant lde Biot en 1817, il etait, en 1852, chargt des fonctions de suppleant, et devenait 1) ans apres. le 19 avril 1862, apres quinze ans de stage, titulaire de la chaire de Physique mathematique, qa'il a occup6e jusqu'tl sa mort. Nomnme sans concurrent, et par.-t suffrages, membre de l'Acad6mie des Sciences, le 28 avr-il 18:56, a 1'a(e de 34 ans, il succeda at Elie de IBeaumont comme secretaire perpetuel pour les sciences mathllmatiques, le 23 novembre 187', et fut elu, dix ans apres, le 4 decembre 1884, a l Academie Franclise, en remplacement de J.-Bl. Dumas. 11 a ainsi appartenu it lflnstitut pendant pres de 44 ans. IV Telle a ete la carriere de Bertrand, active, eclatante, utile, accompagnaee d'ailleurs du bonheur domestique et des joies de la famille. Je parlerai plus loin de son r6le dans les eve'nements de 1870(; mais le moment me parait venu d'exposer d'une maniere detaillee son euvre scientifique et litt(eraire. Cette oeuvre, vous le savez, est des plus considerables. C'est que Bertrand travaillait sans cesse. Dans la rue meme, quand il etait seul, on le voyait entretenir avec lui-meme une conversation, accompagnee Je plus souvent de gestes tres significatifs. II nous donna, un jour, a l'Ecole une proposition que nous nommions le theorbme de la rue Saint-Jacques, parce qu'il l'avait trouvee en remontant cette rue pour venir

Page  21 JOSEPl-LOVIJS-Fi1AN4,OIS BIERTRAND 21 acofrnc.Sa conversation brillante, et spirituelle, qui portait toujours sur les sujets les plus e'1eve's, son enseignement du Colle'ge de France, de 1'Ecole Normale, de l'Ecole Polytechnique, lui sugg&e' raient sans cesse de nouvelles recherches. Aifranchi par ses go-outs, et aussi par la liberte' m~mede sn eucatonde tout commerce avec lesauteurs de seconde main ou de second ordre, ii puisait la science 'a sa source mneme et contribuait 'ai l'accroitre, soit par d'inge'nieuses remarques, soit par de nouvelles d~couveirtes. 1i avait appris de bonne heure 'a lire avec profit pour lu-mme, et cc n'est pas la' tin mince aviintage. Ku 1 ne suffiit pas, disait-il, d'aborder les bons auteurs et de les parcourir dans une lecture rapide; ii faut vivre avec eux, les aimner, je, dirai presque se faire aimer d'eux, obtenir, par une assiduit6, patiente d'abord et bientOt emnpresse'e, le secret de leur grttce et de leur force. )) Cette etude approfondie qu'il a faite des chefs-d'cwuvre scientifiques et litte'raires imlprime 'a ses recherches -Ln cachet d'61l'vation et d'ori-inalite'; on le reconnai'tra aise'ment dans I'expos6, dctailI6 qui me reste 't presenter. Jle commencerai par ses travaux matli~matiques. Dej'' pendant son sejour at lEcole Polytechnique, Bertrand avait publi6, en dehors diu tra-vail d-j(t cito6 sur la- distribution de 161ectricite', des re'gl-es nonvelles relatives 'a la convergence des se'ries 'a termies Positifs, des complM'ments importants aLIX propositions dIEuler, de Lag-rangre et de Jacobi sur les conditions d'inte'grabil it&' des fotictions dit~rentielles. Mais, cc furent surtout les ann~es 1843 et 1.845 qui ftirent fe'coid-es, pour le jeune ge'omwtre, en travatix v~ritablemnent importants. En 1843, Lt l'A~ge de 21 ans", il pr~sentait 'a I'Acadknie deux Mlemoires stir les syvste'mes triples de surfaces orthogonoales. t~tait, (LA

Page  22 ILOGE HISTORIQUE cette epoque, une theorie toute neuve et qui donnait les plus grandes esperances pour le developpement de la physique math6matiqe; elle avait et6 cr6ee par Lame qui, introduisant dans la science, avec les coordonnees curvilignes, la plus belle genralisation de la deometrie de Descartes. s'6tait servi de cc nouvel instrument de recherche pour aborder, dans toute sa generalite. le probleme de la distribution de la chaleur l l interieur d'un ellipsoide. Le premier AMemoire de Bertrand est consacre aux systemes orthogonaux qui sont compostes de trois families isothermes. L'auteur y demolntre en particulier la belle proposition suivante: Toute surface susceptible d'appartenir aL un systelme triple ortbogonal et isotherme est divisible en carl's infiniment petits par ses lignes de courbure, espalcees d'une maniere convenable. Le second MIemn-oire contient des dellonstrations nouvelles des propriettes que Lame avait obtenues par l'analyse, relativement aux courbures des surfaces composantes, et des ge6n6ralisations de ces propriites. La methode suivie dans ces deux travaux est exclusivement,gometrique; elle repose sur l'emploi des infiniment petits qui, sous l'influence de Lagrange, etaient tomb6s dans un trop grand discredit. Bertrand a toujours montre pour la geomdetrie une preference toute particuliere, qui s'explique par la nature de son esprit, desireux par-dessus tout de ne perdre de vue, a aucun moment, 1'objet de sa recherche. I1 n'appreciait pas outre mesure les methodes generales et les comparait spirituellement a ces grandes routes que l'ingenieur a tracees d'un point a un autre, sans se preoccuper, ni de la beaute des sites, ni de la situation de la contree qu'elles traversent. I1 conve

Page  23 JOSEIIH-LOUIS-FRANCOIS BERTRAND 23 nait qu'il fallait les connaitre et les poss6der; mais il recommandait de ne jamais les appliquer qu'en tenant compte des conditions speciales du probleme auquel on s'est attache. La meme marche geometrique se trouve encore suivie dans un remarquable M6moire sur la theorie des surfaces qu'il publia la meme annee, et ouf se trouve une proposition comparable par son eletgance aux cMelbres theoremes d'Euler et de Monge relatifs t la courbure. Bertrand y5 envisage d'une maniCrte genilale ces svstemes de rayons rectilignes qui dleendent (le deux parain'etres et auxquels, depuis les travaux de Pliicker, nous donnons le nom de conr(/uerces rectiliyles;1 il fait connaitre une propri6et caract6ristique de ceux d'entre eux qui sont form6s de normiales at une meme surface. Cette propriete lui permet, en particulier, de retrouver les beaux th6ormnes de Mallus et de l)upin sur les surfaces normales (i une scrie de rayons lumineux 11 moontre ensuite que la loi de r6fraction de Descartes est la seule pour laquelle ces th6ortmnes puissent etre vrerifi6s. Avec toute autte loi, les rayons normaux a' une surface epourraient perdte cette propriete aprtes leur rtfraction. Le succis que B'ertrand avait obtenu dans la recherche precedente l'engagen tt ltudier une question toute selmblable qui se priesente dans la theorie des courles it double courbure. En essayant de caracter'iser les norm;iles ptincipales d'ane courbe gauche, il a et1t conduit it definir une classe de courbes dont les noirmales principales sont aussi les normales principales d'une autre ceurbe. Elles resteront dans la science sous le noam de cottl'bes dle Ber'lrad, et leur etude est devenue aujourdl'bii tout it fait classique. A c't6t dle ces travaux develo)ppds, Bertrand publiait des notes plus courtes, dont l'analyse ne sne rait tr'ou ver place ici, et out I'on trouve pourtant bien des propositions originales; je ie contenterai de citer les deux suivantlcs

Page  24 24 tILOGE IlSTOltIul E Si une courbe est telle que le lieu des milieux d'une sIerie de cordes paralleles soit toujours une droite, cette courhe est une conique. Si une surface est telle que les sections par des plans paralleles soient toujours des courbes seinblables, elle est algebrique et du second degre. La -gometrie n'a pas 6te le seui objet des premiers travaux de Bertrand; la physique mathemratique, la mecanique, F'analyse, ont ete tour 'a tour l'objet de ses 6tudes. Parmi ses travaux d'analyse, il en est In que l'on doit mettre hors de pair: c'est le MeAtmoir stur le 'now1mre des caleurs que p)eut lrendre une fonction quand on y pe'rmute le. lettres qu'elle refermne, public en 184;5 dans le Journdal de l'Ecole Potl!techn ique. Lagrange, dont on retrouve le noinl a l'origine de toute grande theorie matheinatique, avait remarqu6 le premier que le probleme de la rPsolution generale des equations algdbriques est lie a l'tude de cette belle et difficile question: Etant donn(e une fonction de plusieurs lettres, determiner le notmbre des valeurs distinctes qu'elle prend, lorsqu'on y permute, de toutes les maniires possibles, les lettres qu'elle renferme. Et il a fait connaitre, sur ce sujet, un theoreme fondamental: Le nombre des valeurs distinctes d'une fonction de it lettres est toujours un diviseur du nombre total de permutations de ces lettres. Ruflini, dans sa theorie des equations, avait considere plus specialement les fonctions de cinq lettres, et il etait arrive, par une methode assez compliquee, a demontrer le theoreme suivant: Si une fonction de 5 lettres a moins de 5 valeurs distinctes, elle n'en saurait avoir plus de deux. Cauchy, qui, conmme Lagrange, a laisse partout son

Page  25 JOSEPH-LOUIS-FRAN(COIS BERTRA ND empreinte, avait- obtenu une proposition plus 6tendue, en mnontrant que, si une fonction de n lettres a moins de p valeurs, p etant le plus grand nombre premier infdrieur a n, elle en a au plus deux. Bertrand, dans son iemoire, generalise beaucoup ce thWoreme: il etablit, entre autres r6sultats, que, si une fonction de n lettres a plus de deux valeurs, elle en a au moins n. Le cas oui n = 4 est excepte. Sa dtmonstration est de la forine la plus originale. Elle repose sur un postulatumn relatif aux nornbres premiers, qu'il s'est contentU de verifier a l'aide des tables, jusqu'h la limite 6 millions, sans toutefois chercher (I le d6montrer. Les efforts, couronnes de succes, que Tchebychef et le prince de Polignac ont dci f;lire pour etablir ce postul(tum, nous ont fait connaitre de curieuses propriiets des nombres premiers. En mecanique, Bertrand a debute par un Memoire sur la theorie des mouvements relatifs, qui donnait lieu aux appreciations suivantes de Combes: (( Le fruit que MI. Bertrand a tire de la lecture des ouvrages de la tin du xviie siecle et de la premiere rnoitie du xvirle siicle engagera sans doute les jeunes mathematiciens 'a etudier les euvres, peut-rtre trop n6gligees, des grands nmaitres de la science. > Ces reflexions pourraient s'appliquer ia Iecrit que Bertrand publia l'annee suivante, en 1Si8, sous le titre rnodeste: Nole sura la similitcude fet reca/uique. Cette note a Stt souvent citee et souvent utilisee. Le sujet est d'ailleurs de ceux qui sont facilement accessibles. Nous allons nous y arreter un instant. Galilte, dans un de ses Di/logues, examine une question int6ressante, qu'ont dii se poser, plus d'une fois, tons les esprits r6fl6chis, desireux d'approfondir l'etude (e e1 statique. Commen-t se fait-il, demande un des inlotelocters qu'il met en scn, e, que des

Page  26 2) 6 26 EL~~~'O(GE, BISTORIQUE -machines ayant r~sien petit devienueont imp ratica1)les sur tine 0i1ralnde, e'chIelle? S'il est admis que, la geomk~rie est ta b~ase de la stalique, de mueque leurs dimensions plus ou moins grande s ne clian-eut pas les propri(te's des cercies, des trianjs, des cvlindres ou des canes, de me'mne une, -ranid.e. machine, enti~rement semblable 4 unne autre, plus petite, paraitrait devoir rntussir dans les rnuomes cii'constaiuces et resister aux nmtmes causes de destruction. A cela, Gaflbe n'a aucnne peine Iih r4~pondre par des raisons fir~es de la nature, des mnate'riaux qui composent tes machines;et ili montre qu tune miachine plus g)rande, mais composde des me'mes nmatie'res que la plus petite, ou bien ne sera pas rY~alisabile, ou bien sera m-omns apte, 'a resister aux efforts ext~rieuirs. II 6tAend ni'-me cette conclusion aux e'tres an~ninmts et aux vKax Qui ne v\.oit, dit-il en substance, qu'un cheval tombant dune, hauteur de trois ou quiatre brasses se rornpra siurenment les os, mais qu'uD chien tonmbant de la meme, hauteur, ou un chat tombant de huit ti ' dix 1)rasses, ne se feront aucuin mal, nion plus quIunn (-rilton tombant dune tour, ou une fourmi prdcipite'e de la lune. Les petits enfants ne se blessent pas dans leurs chutes, tandis que, les hommes avance's en Auge se rompent la te'te ou les membres. Et, cominie les antmaux plus petits sont, 'am proportion, plus robuistes et pins forts que. les plus gros, ainsi les plantes les plus petites sont celles qui se soutiennent le mieux. Un che'ne d'nne hanteur de 200 Ibrasses n'e'tend pas ses rameaux a' la manie're d'un che'ne beaucoup, plus petit. Croire ~que, paruli les machines, les plus grandes et les plus petites peuvent e~tre uigalernent construites et kgalement conserve'es, est u'ne erreur manifeste. Newton, dans le Iivre des Princip es, a examine une question beaucoup plus generale, et il a donn6

Page  27 JOSEPI1-LOUIS-FRAN(,OIS BERATRAMN une tre's belle proposition, qui 6tend de la manie're la pins nette la th'orie de la similitude, non seulement a la statique, mais encore 'a la dynamique des syste'mes materiels. En lisant diflY~rentes parties de son immortel ouvrage, il est facile d'apercevoir le parti que Newton a tire' de ces considerations de similitude pour les Ibelles demonstrations synthe'tiques que le progr~s de l'analxrse a trop fait ne'gliger. Seutlement, et c'est Ila un point essentiel, 'an lieu d'un sevil rapport de similitude, ii y a lieu ici d'en conside'rer quatre celui des lonuge-urs, celui des temps, celui. des forces et celui des Masses. Its sont li(.s par une relation tre's simple, qui a t'46 donne'e par Newvton. Y avouc, dit Bertrand, que ce the'ornine de, Nexvton, qui1, it ma connaissance, n a ete reproduit dans aucun trait(" de me3canique, mie parailt devoir C~tre mis an nombre des principes les plus fe'conds et le s plus simples de la science. )) Et ii en donne i~mme'diatement la preuve par des applications du. plus haut inte're't. Je cite au hasard,: les lois de loscillation des pendules simples, les vibrations des cordes, les vitesses de propagation du son darns les dilfhrents milieux. Ii y a quelque chose qui parailt, au premier abord, paradoxal dans celte d~m.n:nstration de lois expe'rimentales it 1' aide do si m pes consid3 rations mathehnatiquos d'bomogl'ene't6, dans los formnuies. Bertrand a fait,, plus tard, d'autres applications du Principe (le similitude; mais les quelques pages qu.Iil liii a consacri~es de's 18i18 suffilraient it pre'servNer son nom. de ioul)li. Clest grithee an principe de simillitude que les iii-e'nieurs des constructions navales souit parveu i lucider los lois de Ia, Ksistance oppos'epa lFean aunimouvement des navires, ou du momns cette partie dle la, resistauce qui est inde'.pendante des frottemients et do Ia viscositL. Tote les -randes marines

Page  28 OR *Md ki 28 E~~~~~fLOGE II1ISToIIUQV;E, po'ident a ujourd'hui des bassins d'eprncsds ateliers de construction pour les inode'les et atucun type nouveau nIest miis de'sormnais stir les chantiers sans que l'on n'ait ainsi soumnis sa re3sistance hl la marche 4 un contrc'le pre'alable qui fournit les plus precieuses indications. J'ajouterai que ce principe peut etre aussi tre's utilemient invoqu' dtans une question qui pr~occupe aujourd'hui les inveuteurs, celle de la navigation aerienne. On objecte aux partisans du j-uius haird gle f'ai, de l'aviation, que le principe de similitude parai't contraire 'a leurs pre'tentions, puisque la' nature, qui a realis6 taut d'oiseaux, tant d'insectes, taut de nianmife'res mneme volant dans los airs, parailt le-ur retirer cette facult6 do s'e'lcver et de se soutenir, dies que leu~r volum-e on letir poids augm-ente au delk diune certaine proportion. Mlais le principe invoque' doit ('1tre judiciensement interpre'te; les partisans de Faviation penvent re~pondre qu'il comnporto trois rapports distincts de similitude. II suffira, par exemple, pour eichapper ih lobjection, de construire des moteurs qui, sons un vNolLIme ou un poids donne, soient plus puissants que tons ceux dont Ia nature dispose dans les e'tres anim-tes. La conclusion est bien simple:il no faut decouraoger personne, et Fon doit laisser le champ, libro aux inventeurs. Presque en me'me temps quo la Note sin' la similitude en mWcanique, Bertrand publia des travaux e'tendus sur la the'orie des courbes tautochrones. Le probIme des tau tochrones avait Wt pose par Liuygens, h l'occasion de l'une do ses plus belles d~couvertes I'rapplication du pendule aux horloges it poids. Huygens deihnontra le ta'utochronismne de la cycloYde et, pour faire dicrire au pendule cette courbe, ii inventa son adni~irableltlh6orie des d~veloppe'es. Newton,

Page  29 JOSEPH-LOUIS-FRANC~0l5 BERTRAND 2 29 dans le livre des Principes, e'tendit beaucoup, et dans des sens divers, la proposition de liuygens. Euler et Bernoulli, Fontaine et Lagrange revinrent sur cette question. Lagrange crut en avoir trouve' la solution g6n~rale et ses resuliats parurent assez importants 'a d'Alerubert pour que cel'ui-ei en cherchalt une demonstration nouvelle. Bertrand, en revenant sur ce stijet, (tails un MWruoire qui n'a pas toujours 6t bien comnpris, replace Iti question sur son v~ritable terrain, et montre que Ia formnule d e Lag~range est bien loin d'avoir la og6n(ralite' et Il inportancee que lui attribuait son illustre auteur. 1I fait connfltre aussi dies cas nouveaux et remarquables de tautochronistne. Qunello quo soit la valeur des tra-vaux prn'c'dents, its sont loin d'avoir l'importanco de ceux quo B~ertrand consacra, 'a partir de 1851, au proble'me g~ne'rat de la me'caniquo. 1I raconte quelque part que Mauipertuis, se carrant un jour dans 'un fautouji, s'6eria aJo -voudrais bion avoir un beau proble~me a resoudro, et qui ne serait pas difficite. " Los essais quo fit Manpertuis dans cetto voie no furont pas heureux, et jo n'!ai pas bosomn do rappeler tous los d('h'oiros quo lui valut. par oxemplo, son famneux principo do la moindro action. Bertrand airnait aussi 'a so, poser do beaux problernos; mais, ii no so preoccLupait pas do savoir sits e'taient facilos on difficiles. L'essontiol, uiso vx, 6,tai, ul usn dans lo grand courant do Lam science, et do naturo, 'a, servir h 505 progre's. La question quit aborda dans son JAlemonep SM /es vnkQ/rales connmutnes a' pltswur')IS /)roh1(iflws do/ nworanyiqe remplhssait -vraiment tonutos ces conditions. Les th~or~,mues g~neraux do Ia m6canique, nous dit-il. peuvent so divisor en deux classes. Los uns, comme Ic1 principe, des forces vives, sout des propri~t('s g~n~rales dans tour (Puonc(,, mais variables dans leur expression ana

Page  30 30 IE,;LO1;E ItISTOflIOUE lytique avec les forces q(ui agissent sur le systeme. Les autres, comnle le principe des aires et le principe du mouvement (In centre de aravit6, exigent seulernent que les forces reltplissent certaines conditions et fournissent alors des integrales independantes (ie leur expression precise., Cela condlnit Bertrand ( se proposer la belle question suivante: ( Queelles sont les intograles qui penvent etre commnunes a plusieurs probl6mes de m6canique et partagent sous ce rapport les propri6ts des integrales des aires ou dlu mouvelmnt du centre de gravit? )) II en donne la solution pour le cas d'un seul point materiel Ses recherches ne pouvaient 6puiser un Iproblmile aussi etenlu. Notre confrere MI. Rouche, d'autres aussi, y out ddjht puisc les elements cd'ledgants Melmoires. Bertrand lui-memne est revenu sur ce sujet, dans un travail que je rencontrerai plus loin. Mais il s'engagea bientot dans une autre voie. 't l'occasion l'une commnunication de l'illustre Jacobi ht l'Acadceie des Sciences. Peu de mois apres la rnort de Poisson, Jacobi ecrivait a l'Academie pour lui signaler, disait-il, la plus profonde decouverte du grand geometre qu'elle venait de perdre. Cette decouertte, qui se trouve dans le premier Mlmoire de Poisson.sn 1( /a caiction des (colhlniles 'l) 'bi'ai/)'ei consiste en ce que, deux integrales d'un probleme de mecanique et<ant donnees, on peut, sans nouvelle int6gration, former une nouvelle expression dont la valeur est constante, ce qui fournit en general une troisierme inteogrle. Celle-ci, a, son tour, peut etre combin6e avec les deux premilires, et ainsi de suite, jusqu'a cc que le probleme soit resolu. Malheureusement, cette decouverte fondamentale n'avait ete bien comprise, ni par son auteur, ni par Lagrange, ni par les geometres qui avaient suivi. ls s'etaient uniquement pr6occupes du probleme important, mais special, auquel Poisson apportait une contribution nouvelle, sans songer 'a d6gager, comme

Page  31 JOSEPH-LOUIS-FRANCOIS BERTRAND 3 31 Jacobi l'a fait le premier, les applications du r'sultat,de Poisson 'a, la solution du problI'me general de la dynamiq ne. Dans un Me'moire justement admire', Bertrand reprit, 'a la suite de Jacobi, e'~tude du th~or~nme'de Poisson, non pour en faire des applications. crg'nerales, inais pour e'tudier les cas oiui il se trouve en de'faut et ne donue auictne notivelle inte'grale. Cette e'tude. se montra entre ses mains extre'mernent f~conde En lappliquant au ce'leI)re prolble'lne (les trois corps, il rt'lussit a obternir une classification des inte'grale s et, comme Bour la reconnu plus tard, (t faire entrer (laus une voie nouvelle ce prolble'me (h hi fois difficile et fondamental. Ainsi le nom de Bertrand figurera de Ia manie're, la plus honorable dans lFhistoire d' Lne question qni constitue 4 elle seule presque tonte la nmhcanique. celeste. Cette histoire pourra se diviser ht lavenir en deux periodes bien distinctes: lune, qui conimence avec, les travaux (le Newton, exposts dans le, livre des I11ii,,cilpes, et oii la France sera glorieuseninent repr(,,seit~ee par les r'echerches de Clairauit, de, dAlenmbert. de Lagran -e, (le, Laplace, de Jlosejph Bertrand, d'Edniond lBour et d'autres encore; lautre, qni vient Ci peine, de slouvrir, et oil noues somines a~ssur('s de conserver une, place. d'honneur, char elle a kt& iriauguiree par los profondos et pers6-veiantes recherches (le notre eonfr~re Henri Poincaro-. Les travaux (lout je -viens (10, pr-csenter lanalyse sent ceuix quo Bertrand [put L'ire valoir, lorsqir'en 1 8;56 la mort (lo Stilr-uI brissa tine place vacante, danas la, Section de Weorn-ietrie,. Ap-ro',s avoir roctleili sans opposition la succession de, Sturmn, Bertrand p~ubtiai, en gurise de, bienvenne, deux nonlVea-ux MVmo-ires, qui doivent ktre joints aux pruecedents.

Page  32 132 32 EL~~IOGE HISTOMIQUE' Le premier est intitui~i6 Menwire snr que/qeS-_UneS dfes formes les plus sirnpies que peuvent prendre les init',crales des equtations di/fjIrentielles dut rnouventent duin p~oiot niaterief, Dans un travail que j'ai cit6 de'j'a, il avait mnontre' que, Si l'on se donne au hasard one inte'grale d'un probl1'nie de m~canique, ou' l'on suppose seulemnentque les forces de'pendent uniquemnent des positions des points do syst~,me et nullernent des vitesses de ces points, non seulemnent les forces sont en -6n~ral d~ternmin6es, mais il peut nxihne arriver que, l'on soit conduit 'a tone contradiction, et qu'il n'existe aucun probIe'me admnettant l'intKgrale. donnk-e. Cette int6 —rale ne saurait done e'tre choisie arbitr-ilrninent, edie doit satisfaire 'a des (conditions. Ce sont ces conditions, que Bertrand se propose, de rechercher et., corn me it remnarque que les int~grales des,tires et celles des forces vive.s sont enti1'res par rapport aux comnposantes des v-itesses. it se propose la question suivainte Chercher tons les prolil1'mies de ine'canique qui admettent des integrales entie'~res 00 raitionnlelles par rapport aux composa-ntes des vitesses. Un tel probl'me serait, aujourd'hui encore., au-dlessus de nos forces. Bertrand en a (,bauch6' la solution g6n1'rale pour le cas du point mattriel mnobile dans Lin plan.- D'autres sont venus, ii sa suite M 1assieu, H3our, Ossian Bonnet. Tout, ce que nou-s savons aujourdlhufi sur la de'terminaion1401 des ligfnes g1'(-,od(!sIques des suirfaces a sa source doans son M&~moire, dont L'effet est loin d'(1tre e'puise'. Le second travail que publia Bertrand apre's son M1ection est d'une nature toute dilfehrente. 1I lui a 'e inspire,' an doute, par one lecon de 1'Ecole Normale et a pour objet la the'orie des polvy'dres r1'kuhers. Les cinq polye'~dres re'guliers, Ie titrae'~dre, le cube, I'octadre, le doddca1'~dre, ont 6td connus dOs Ia plus haute antiquit6. Leur d~couverte remonte h l'6poque de Pythagore. Les anciens, sensibles aux propri6t~s mystdrieuses

Page  33 JOSEPfl-LOUIS-FRANg0IS BERTRAND 1 33 des formes et des nombres, leur attribuaient le rcde le plus important dans leurs syste'mes cosmo-oniques. Leur Rtude 6tait conside'r~e comnme le couronnement de la g~ome'trie. Chez les modernes, plus ~positifs, les ides mystiques que les anciens avaient attache'es 4i une recherche purement scientifique avaient beaucoup nui i'a cette thelorie des corps reguliers; et l'historien Montucla la comparait irr~ve'rencieusement 'a ces mines que Ion abandonne, parce que Ie prod uit n'en paierait pas Ie travail. Euclide, dans le xmii livre de ses E1~ments, et Legendre, dans sa. Ge'ometrie, avaient rigoureusernent e'tabli que les emnq solides de Pythagore sont les seuils polye'dres r6(guliers qu'il soit possible le. formner. Poinsot, en supprimiant, pour les polye'dres Ia. condition detOre convexes, cut ici, cormeTI dans la th~orie des couples, a, gloire datttacher son nonm a uine de'couverte imp~rissable, et de nous faire connai'tre quatre solides, r6guliers nouveaux. Cette dkcouverte eut un grand retentissement. Son,auteur, quand II Ia publia en 1810, av~ait appel6 f'attention sur l'utilit6 quill y aurait is la cotn plaer et is, rechercher s'll existe encore d'autres solides r6guliers. Cauchy atlors th ses d "buts, entra dans la lice et publia1t sur cc sujeL,,en 18,13, d-eu-,,, M(oiesdines de sun gctnie. Dans le premier, ii tahlit que les trois dodkca~~res et, l'icosac~dre nonveaux, d~couverts par Poinsot. 6puisaient, avec les poMvdres de Pythagore. la s(,rie des corps re'guliers. Le r~sultat 6tait important, Ia d~inonstration rigoureuse. Mais dlle exigeait uine grande attention et lefnlploi de mode'les en relief. Bertra-nd, que. tant (le liens datfection et, d'admirtationl rattaclbaient it Poinsot, revint suLIr cette belle question et donna Ia ddnmonstration. Ia plus 6h~-ante du thdorkine de Cauchyv. Elle, repose stir Ic letnine suivant Les sommets (le tout poly~dre RtoilV doivent e'tre aussi les sommets d'un polyWdre re'-ulier convexe. 11 n'y a done qu'a' prendre les cinq polyvedres de, Pytlbagore et 'a chereber quels polygones r('g1uliers on peutit ofte nir en groupant convexiablernent leturs son-inets:ces polygones r6gruliers sont les. faces des potyi~dres cherch~s. 3

Page  34 34 i'ELOGE tIlSTORIQrUEl La d6couvtrle de Poinsot acquiert ainsi toute sa valeul et peut Mtre nlise ( lan portee de tous. Ces r'lsaltats intelrsserolnt tous ce(x (qui att:;chetll encore de I1'imiporlttace C lat beaut(1 des fl ormes gometriques. MAessieurs. I'enumeration raplide que je viens de faire des principales deconvertes dle Iertirand na pu vous donner une id6e de l'ele6-nce et de la nettete( avec laquelle leur auteurles a presenteses. En lisant les introdtuctions qu'il placait en tete de ses lI moires et ot il exposaiit, I lexemple de lta'ran'ne, et les r(tsultats acquis antarieurenent, et le lut dle ses propres recherches, on pouvait affirmer. de(s le dlbiut, qutil etait appel! il devenir un veritable ecrivain. Ces (qualites de forme et de style, il les apportait: dans son enseignement. Nous appr(cions beaucoup, en France, la belle ordonnance des cours et des le(ons. J'ai done entendu d'excellents professeurs. Aucun ne m'a laisse les souvenirs que je conserve de l'enstei-nement de Bertrand. On parle soulvent d(e la ditlicult des mathematiques et il a raconte, ce sijett. tine anecdote amusante, Lionville, rappelant une drnmonstration de Galois, la declarait tres facile a comlprendre. ( An geste d'etonnement qu'il me vit faire, dit Bertrand, il ajouta: II suffit d'y consacrer un imois ou deux, sans penser ai autre chose. ), Bertrand aurait volontiers consacre un mois ou deux I une d;nmonstration, mais il aurait eu l'art de la presenter souts tine forme attravante a ses auditeurs. La clarte qu'il apportait dans son exposition n'etait-pas celle de la lampe du mineur, qui se porte successivement et peniblement dans tous les recoins. C'etait la pure lumibre

Page  35 JOSEPH-LOUIIS-FRANOOIS BERTRAND 35 du soleil, baignant toutes les parties du sujet, eclairant les sommets, mettant en evidence les rapports mutuels des choses. C'tait surtout au College de France qu'il etait merveilleux. On y allait pour s'instruire sans doute; mais on goutait, en mermne temps, le plaisir delicat d'entendre son exposition. II 6tudiait soigneusement les questions qu'il avait i traiter, car il avait le respect de son auditoire; mais il ne preparait pas les lecons e tne t une. II avait coutume de dire que, lorsqu'il avait prepare une le;on, it en taisait une (utre; son iinagination l'emportait. Dans l'univers d(e I'ordre, du nonlbre et de la forne, qui comIlpose le domaine du g6onretre, tons les dons de l1'esprit peuvent se donner carriere: la netteti. lat pr('cision sans doute, mais aussi l'616gance, la finesse, l'irma(ination. 1Bertrand r6unissait les qualit6s les plus oplploses: lesprit critique et le don de l'invention. II n'ietait jamais plus interessant que lorsqu'il rencontrait quelque difficulte imprevue. Alors, sans trop se troubler, il travaillait en quelqie sorte devant nous. II letai lt a difficultei le plus souvent, pas toujours; allis, dans tous les cas, il mettait sous nos veux le plus instl't tic'f model de d 'art d'inventer. II vaiit un auditoire d'elite, qui compreInait toujotrs des maitres d&ja form6s, professeurs de nos lvc(:es, de nos g'randes 6coles, de la Sorbonne. On cttiss;it (ivec lui a)prs la lecon, sentretenant des suijets dl re chelrches qu'il avait proposes. Plusieurs d e'rlre vons, ines chers confrri'es, peuv-\nt sur cc )poIlt, laitc' aippl ai leurs souvenirs. I)t'Ix des jeunes 'gens qlui suivaient le cours nme en'vinien t nmaintenant en tmemoire. Leur histoire est tocrli(anut et ji'en veux (lire qu.elques niots. Fllnilc I;lrbier, 6,leve de I'lEcole Normale, avait pour B lertrand une sorte de v6tneration; il est, je le crois

Page  36 36 AG fi~~~~~~~~~~,o; iv ii,ro Ii TRQ UE lbien, avec, De'sire' A-ndr(e, le seuil de ses '16ves qui se soit occuIpe dle sa science favorite, le Calcul des Probabitites. Lutre Li FMbservatoire apre's sa sortie (le l'Ecole, Barbier le quitta en 18-Th pour aller soigner nos blesse's avec uin de'Vouement que rien ne put rebuter. A cette e'poque, on le perdit de vue. Bertrand le retrouva, longtenips apre's, 'a Charenton. L'exaitation regieuse de Barbir son impuissanc~e a se conduire dans la vie ii donnait aux pauvres tout l'argent qu'il recevait) avaient de'terninL sa familile th lc faire interner. Bertrand alla le voir p~lus Xu'Lne lois et lui offrit de le placer dans les nieilleures conditions de s~j our. Barbier ne voulut accepter quntne chambre. s~park~ afin de pouvoir sly livrer, sans etre troulbh1, Ch ses recherches inathtbnatiques. Il envoyait ret-guli~reinent aI'Acadeinie des com-tmunications ing-6uieuses et lines qui lui m(~ritaieiit chaque ann~e notre prix Francuwur. ii1 a VOLIIn passionnenirent, e're libre et quitter lasile ouil iitait aimi6 de tons; et ii est mort, loin de nous, sans doute h la suite des jeiunes r~pe'te~s et des privations de toute sorte qu'il s'iniposait. Au nioyen Lige, ii anrait k( v6n'rT3 comme uni saint. Un autre des' IU'ves de Bertrand, Clad ect annonc~ait, aussi de brillantes dispositions matlirnatI.ques. 11 tnt enlev6 L la fleur de IPAge, et la famille dont il avait et(' l'unique espoir vonlut perpe'tuer la. memoire de lenfant qu'elle avait perdu. Bertrand lni donna l'ide'e et le plan de cette fondation si int6ressante qui permet h de jeunes math6maticiens, soit de travailler sans souci de I'aven~ir, soit de faire conna'ltre leurs recherches par une se'rie de leqons faites au Colle'ge de France. L'inangauration de la fondation Peccot a eu lieu I'anne'e me'me de la mort de Bertrand, et le succe's dui premier titulaire desigrni par luii a 6te une de ses derni~res joies.

Page  37 JOSEPLF-LOUIS-FRXNCOIS BERTRAND 3 37 Les cours que- Bertrand a faits au Colle'ge de France ont porte' sur les sujets les plus varies. C'est I" qu'il a prepare, en particulier, ce grand Traite' de Calcul diff~rentiel et-,de Calcul inu~gral dont les premiers volumes ont paru en 1864 et 1810; la preface mme'la de l'onvrage, qui contient l'histoire do la d~couverte du Calcul et des d~bats do Leibniz et do Newton, a ke lue dans une des lecons do Bertrand. 1l faudrait bien se garder de voir dlans cce TraWi une simnpie compilaition. L'auteur, sans doute, y expose los de'couvertes ties autr'es; mais il y joint los siennes. de man iere (h obtenir iune exposition personnelle et originfle. C'est, ainsi que, dans, le premier volume, il donne tin exposcs mnagistr~al de ses travaux et de ceux des g6oni~tres francais, suir la th~orie iufinit~simale des courbes et des surfaces. De m~me, dans lo chapitre sur les d~terminants fonctionnols, il reprend une dc~finition Co~niale donnc~e dans un (le ses.1c1moires, et d6montre, d one, mani~ire intuitive, les nornbreux th(,oruines dle Jacobi. Bertrand a done trouve' dans son cours l'oecasion et la matie're de sos travaux; Ai faut ajouter aussi quo, par son enseignoment, il a inspire' et provoque' on grand nombre de recherchos. Jdo ne panle pas Seudemont dos thi'ses qu'il a suscliteos, cellos do Painv~in, do Lafon, de Mlassieu et do beauicoup d'autres. Mlais on pouit otter plusiours questions inte'ressantes dont la solution a ('t6 &ILucide'o par sos auditours. doen rappellerai an moins one, d'abord parce qu'ele so. rapporto 'a un sujot de re'ollo importance, et aussi parco quoollo noues pernmettra do mottro en lonii~re uno disposition particulie'te do son osprit. Bertrand kait on loj-cien incomnparablo; tons coox qui ont claus6' a-vec hii en conviendront ais "nont. Son raisonnoment %tait touojors irr6prochablo et, pour no,

Page  38 38 EL)OGE HISTOlBlQOE as etre de son avis. c'etait aux pre(misses qu'il fallait s'attaquer. 11 se plaisait it etudier de pros ces e'difices logiques eleve s par les physiciens ou loes r-I(om-e tres. et (i v examiner chaque piece, pour en d(tfinir le Ir(1le et la portee. I1 n'6taitjamnais plus heureux qloe lorsqu'il avait pu reconnaitre qne quel(lu'lune d'entre elles etait inutile et porvait 'tre slppriml'e. (Ce travail d'nalvse et de dissection lociq-ue. il 1'a apliqu t i la th6orie des li-nes de force de Fartaday. snli laquelle il a ecrit des chapitres d6finitifs. et aux d( llonstilations cele6bres par lesquelles Ampere est l)arvenlu L1 la loi des actions electrodynamliques Dans ses cours de 1873 et de 1877. il soumnit I la mi me n preuve les lois de Kipler. 1i etablit ainsi les propositions smi-vantes, qui peuvent d'ailleurs permettre (d'ttend(re aux etoiles doubles les lois de la gravitation newtonienne Parni les lois d'attfraction (manlant dI'uii centre fixe. la loi de la nature et celle des actions proportionnelles t la distance sont les seules pour lesquelles la trajectoire du imobile soit toujours fermlie. Si Kepler n'iavtlit,l(duit (de l'observation qu'une seule de ses lois: (ls p)lan Ltes (dterivent des ellilpses tlont le soleil occupe un des foyers, on laurait pa, die ce seul rSsultat 1'rig en pr'inciple ('nrilnll, conclutre quie la for ce quli les g'ouverne est dirii^e vers le soleil, et en raison inverse 1du calrr' des distances. I1 fut ainsi conduit a proposer a ses auditeurs la belle question suivante: En sachant que les planrtes decrivent des sections coniques et sans rien supposer de plus, trouver les expressions des composantes de la force qui les sollicite, exprim6es en fonction des coordonnees de son point d'application. Deux solutions diffgrentes en furent publiees; cello

Page  39 JOSEPH-LOUIS-FRIANOIS BERTRAND 39 d'Halphen fut la plus remarquee, parce qu'elle faisait revivre et employait l'6quation differentielle des coniques, donn6e par Monge et oubliee depuis. Je revindrai plus loin sur trois autres ouvrages de haute science qui ont ete prepares an College de France; inais il est temps que je rappelle les travaux d'une nature toute diff6rente auxquels Bertrand a consacr t ine part importante de son activitY. VI 1)6s qu'il fut nommcllt membre de 'Institut, ii tint a honneur dle retl)lir dans toute leur 6ttendue ses devoiris d'academicien. I1 faisait des rapports tr's etudits stir les travaux soumis a l'Acadbmie, jugeait les concours auxquels prenaient part des honmmes d'un n(riite 6prouvL. L'un de ces concours est demneure ce'ebre; c'est celui de 186;0, qui avait pour objet la forlmation de 1'[quation aux d6eriv-es partielles des surraces applicables sur une surface donnee. Edmond Bour, Ossian lBonnet, Codazzi envovyrtent tos les trois des lM6moires dans lesquels la question se trouvait resolue. Bour obtint le prix parce qu'il avait donn ie plus unr rdsulltat de haute itlportance: la dlltermination effectiv e e toutes les surfaces applicables sur une surftace de re6volution. M[alhlelt'ceutsement, sa inort )prl'naturee l'a empeclleh do pltblier le detatil de sa solution, qui, depuis, a t6t contestbe. Le travail original, soilneusem-cnt conserve patr I Bertrand, a displ;tru dans les incendies do la Commune, laissant subsister unoe enigime que les l)ro01'~s de la science contribuoront sans doutte a cclaircir. De;s les premiers jours aussi, Bertrand prit la part la plus active aunx 6lections do l'Acaditmie. Se tenanrl

Page  40 40 40 EL~~~~~~,'IOGEI, HISTORIIQI,'E l Y'6art de tons les partis qui, A cette ep)oque, se disputaient linfiluence parmi nous, it n'accordait jamnais son suffrage qu'Ien s'ins-pirant des vties les plus hautes, et des motifs les plus d~sinte'ress's. On conserve le souvenir des efforts qu'il fit en faveuir de son arni Foucault. La lutte fuit ardente, car Foucault n'ktait pas ce que l'on appelle d'ordinaire unf bon candidat. Son esprit caustique, qui no se refusalt (h aucune e'pigramme, son feuilleton des [P'I6als, oui il jugeait librement les communications de sos futurs confreres, avaient contribue' 'a li susciter des adversaires nombreux et re'solus:il n'avait pour lui que ses de'couvertes, ses admirables experiences. Son concurrent d'ailleurs, qui est devenu plus tard notre confre're, 6tait pre'sente' par quelques-uns, je n'ose pas dire commne le candidat, mais an momns comme le collaborateur de l'empereur. Foucault 1 emporta h une voix do majorite'; et ainsi, gralce ~ Bertrand, I'Ac~ade'mie pout revendiquer I'honneur d'a-voir compte' parmi ses, membres un hommo de ge'nie de pins. Plus d'une fois enfin, il accepta de parler aiu nom de l'Acade'mie des Sciences dans los re'unions annuelles tie l'Institut. C'est ainsi que, pe pen, il r'unit ies Mlements de son premier ouvra(~e litte'raire:Les,; fondlateurs dec l'As/ronomiie m'odlerne. Cet essai fut accuoeilli avec la plus grrande faveuir. II n'y a rien do plus beau dans l'bistoire des sciences quo cette se'rie d'efforts et de tra-vaux coordonne's par lesquels nous ont e'te re've'lees les lois ve'itables des mouvemonts, edestes. Bertrand explique leur enchalnmet avec; une mervei'lleuse lucidite'. Les noms illustres de Copernic, de, Tycho Brahe', de Kepler, de Gailk eot de Newton, qui apparaissent successivement dans son r~cit, lui donnent un relief et un charme incomparables. Tous ceux qui n'ont pas e'udie' les hantes,

Page  41 JOSEPH-LOUIS-FRAN~OIS BERTRAND 4 It I mathe'matiques, e'tonne's et flattk's de pouvoir cornprendre les de'couvertes de ces grands hommes, rertetseulement que l'auteur ne les conduise pas.jusqu'aux temps de Laplace et de be Verrier. Bertrand ne se borne pas, d'ailleurs, comme l'ont fait trop souvent les historiens de la science, 'a noues faire connaitre le de'veloppemnent et la transformation des doctrines et des ide'es. Ii introduit les savants en meme temps que leurs travaux, nonus de'peint leur caractre, nous raconte leur vie. It met leur histoire en contact avec celle de leurs contemporains et, par Il, il lui communique un inte'ret tout nouveau. A ce point de vue, on pent rapprocher de ce premier ouvrage litte'raire l'admirable &tude snr Vie'te que, vers la fin de sa vie, en 1897, Bertrand lut, Oil plus exacternent, re'p6ta avec une fide'lite' de me'moire extraordinaire, devant un auditoire, qui, venu uniquement pour l'entendre, remplissait le grand amphitheatre de la Nouvelle Sor-bonne. Les [on dateurs (leC lAsiron oinie inowerrte datent de 1860i. Quatre ans apre's, paraissait un autre volume, L'Acadl'niie dles Scifwcles et les Acadeinicienis de 1666 a' 1793, qui a dii exiger b~ien des recherches. Le sujet est vaste, et l'histoire de notre Acade'mie serait une cenvre de longue, haleine, car elle se confondrait avec l'histoire nehme des sciences depuis Louis XIV. Ilertrandl,il le dit expresse'ment, n'a pas,, en l'intention de l'aborder dans tonte son ampleur. IIa v%,ouiu surtout nous faire connailtre l'orgTanisation de l'ancienne Acad6mie, la, physionomnie deCs seances, les relations de. ses membres" entre eux et avec le gouivernemnent. 1.1 commence en 1666 ~t la fondation de I' Acad~mie par Colbert, et ne'gli ge, p~ar conse'quent, cette Acad("miie avant la lettre, ht laquelle Pas-.cal de'diait, en i16051, uin de ses travaux. II passe aussi

Page  42 7, ) i El,(; l: 1,ISTOfRIl UE tres rapidement sur cette organisation ephemelre, a laquelle Colbert s''tait tout d'abordl arrcetd, et dlans laquelle 'lAcadenmlie reunissait des rudtits et des historiens, aussi bien que des geomn;tres et des physiciens. ( Les r46omaetres et les physiciens s'assemhlaient s(:par6mennt le samedi. puis tous ensemblle le mercredi. Les historiens tenaient seance le lundli et le jeudi. et les litterateurs enfin l'taient reunis le mardi et le vendredi. Tontes les sections cependant composaient un menme corps qui, le pretier jieudi de chaque mois, entendait et discutait, s'il y avait lieu, dans une reunion de tous ses memnbres le compte,rendu des travaux particuliers. L'organisation, on le voit, etait semblable a celle det notre Institlt. ) 11e succomba devant les objections de I'A cad(elie franclaise et de l'AcadSmie des Inscrip)tions; mais. il m'a paru bon de le rappeler, c'est t Colbert que 1Pon doit le plan qui a pre(valu dans l'organisation des Academies etrangeres au xvnIIm siecle. Bertrand ninsiste pas non plus sur cutte seconde periode o'l l'Academie (tait comp)os(ee (le 16 membres qui travaillaient en commun, sans qu'atcun d'eux ect le dlroit de signler (e lechech he particuliere; elle dura seulement trente-trois ans et se termina en 1699, epoque ou l'al)be Biinon. neveu de Pontchartrain, obtint pour 1'Academie une nouvelle oranisation, et aussi un girand aceroissement, qui portait de 16 a '() le nombre de ses meml)res, en les partageant en trois classes, celles des honoraires des pensionnaires et des associ6s. Bertrand avait lu avec grand soin les proces-verbaux de nos seances, precieusement conserves aujourd'hni I la Bibliotheque; il a su en extraire tous les renseignements relatifs aux diverses affaires qui se partageaient 1'activite de l'Academie:

Page  43 JOSEPR-LOUIS-FRAN0OIS BERTRAND 43 Les elections d'abord: 'influence d'une Acadenmie en depend dans une large mesure. Les trop nombreuses candidatures imposees h Laplace ne sont pas oubliees. Les expeditions scientifiques; c'est un des chapitres qui font le plus d'honneur a notre Compagnie. Les unes, comme celles d'Antoine de Jussieu et (de Tournefort, furent consacr;es a( des etudes d'histoire naturelle; les autres, celles de Clairaut et de Maullpertuis, de Bougnoer et de La Condamine, de Lacaille, par exemple, eurent pour but les progres de l'astronomie et de la g-eodesie. Les prix. infiniment mooins nombnreux qll';mliiurd'hui, mais dont Ils commiissaires trotlvaient moven d'accroitre le normre en renonc(ant aux honoraires qui leur etaient attribues pour le jugement des concours. Les rapports. souvent stvieres et impatients, presque tonijours favor)ables ax remiern s essais des grands hommes. Dix m-ille rappolrts, composos en moins d'un siecle l-par nos pred;cessenrs. subsisten t encore dans nos archives Bertrand n'onllie lpas dle mentionner celii quoe laillv out ( t'crire sur les mniseres de l'otel-Dieu de Paris. Ses revel;tions (inumrent toins les ctpiurs; 1ne souscription )lublique Ir'unit rapidement la sommne de (delix millions mnais le gonlvernemenrt, an lioe d1e l'emiloo-er it am;t liorer le sort des malheurenx malades de l'IIotel-D)ieu, o})liigas de coucher.jusqSu'l six dans le memeo lit. s'aplprolia hIonteusement Ie dT6pt sacre c(ui Iii avait etO' conti'. Lat deulxit-me section de l'ouvrale trlaite des Ac\ cidtmiciens. L'altetilr v rappoelle les traits princil (au de leur vie et de leor carac -tre. Nous voyons succossivement passer devant nos veux Duhamel. qui (c'rivait en latin l'histoire le l 'Academriie, Fontenelle, Mairan,

Page  44 Ai 4i ~~~~fI-OGE HISTORtIQ CE Grandjean de Fouchyv, Condorcet, dont Bertrand juge avec une juste s~ve'iite' les e'crits ruathidmatiques, sans appr~cier, peut-e'tre, avec assez de bienveillance son r.0le comme littP'rateur et philosophe. Sur les g'ome'tres, sur les astronomes, sur les physiciens, sur les nahiiralistes, il nous apporte des juyrements on desaper~,us pleins de finesse et d'equith". Son livre a le merite, essentiel en une telle mnatie're, d'etre 6-crit par un savant de haute comnpkence, dIont les affirmations doivent inspirer la plus entie're s~curite'. It me laisse, je l'avroue, 1'impression que des pages trop courtes, trop rapides, soient consacre'es 'a des hommes et it des wuvres dont ihistoire re'clamerait un pins grand daveloppement; je voudrais qu'il nous inspiratt la re'solution de mettre au jour ces proce's-verbaux de nos se'ance ili a puis' les 6le'ments de son attachant re'cit. VII A I'epoque oii ii le publiait, de funestes 6-vrenements se pre'paraient dans lesquels allait sombrer pour un temps la fortune de la France. Nos d('-sastres de 1870 trouve rent Bertrand pr~pare, a remplir tous les devoirs. J.e le rencontrai le lundi ~5 septembre; il se disposait at venir 'a lIAcade'mie pour y participer aux travaux de ses confre'res, uniquement pre'occupe's, de's ce Moment 1, de donner 'a la d~fense nationale leur concours le plus actif et le plus de'voue'. Quand l'investissement fut complet. son fils a'ine' fut emiploy6 en qualit6' d'officier de Ireserve. Son second fis, bien jeune encore, se mit 'a la disposition de Ia defense; toute sa famille s'employait 'a rendre service a des amis, ou a secourir ceux qui 1'entouraient. On ne rendra jamais une justice suffisante au d~vouemnent,

Page  45 JOSEIPII-LOUIS-FRAN~OIS BERTRAND i 45 a. 1'esprit de sacrifice qui animaient alors tous les PariSiens. Bertrand employai t la j orne'e - visi ter ses fills; la nuit, il &'ait de garde au bastion. Ii faisait partie avec Duruy, Ossian Bonnet, de la Gournerie, Jamin, Fre'my, Laguerre, Martha, MM. Wallon, Berthelot et Cornu, pour ne citer que nos confre'res, de cette batterie de l'Ecole Pohrtechni pie 'a laquelle le g'nra I Riffault, commandant de l'Ecole Polytechnique'et dii Ge'nie de la rive gauche, avait conf'16 Lne ta'che qu'il regrardait comme importante: la garde de la partie de l'enceinte voisine de la porte de B3ice~tre. Bertrand aimait 'a rappeler queiques souvenirs de cette. epoque, les tins plaisants. les autres,raves et re'confortants. L'aniiral commt-andant le secteuir de la nyve gauche avait coutume de visiter 'a cheval le front qui liii e'tait. confie'. Ii re'Linit uin jour tous les homrnes presents k la batterie et comimenca par les reniercier de leur zele; puis, les confondant sans doute avec quelques-uns, de leurs -voisins des autres bastions, ii termina son allocution en disant Et surtout, mes anus, ii nie faut pas boi re. ))Bertrand, qui prenait plaisir 'a raconter cette anecdote, ajoutait avec son fin- sourire: Je, crois bien qu'il regardait de nion cotDans le beau discours qu'il prononca. en 187i, conitne presideut de l'Institut, il a rappehe, in. souvenir d'un autre genre. Par Line triste nuit de janvier, a. i m1ilieu du sifflenient ties obus, ses conipagnons de reinpart kchangeaient les rillexions les plus de'sespe'refes. L'avenir C'tait sombre;, qu'allait-il advenir de notre pays?Ulne des personnes pr~sentes prononca alors ces simjples paroles cr'inore CO qni nous attend, nrials, queule que soit Fl~preuve, nous saurons la traverser et hii survivre. Nous somnmes La 'France; cela me suffit. a) Que de choses, M11essieurs, en cc~ pett de paroles.

Page  46 4'G fI,0(G E HISTORIIIQI E Quel lque soit celui de nos confreres auquel on doit cette affirlmation, qui ranima tous les c-ouraL.es, j'ai plaisir ( la rappeler aujourd hni 11 ne faut rien negliger de ce qui peut assurer notre foi en l'avenir de la patrie. Quand le siege fut leve et que le gouvernement fut oblig6 de se retirer ' Versailles, iEcole Polytechnique fut transfleree ' Tours. Bertrand s'empressa de se rendre dans cette ville pour v remplir ses devoirs de professeur. Cest la qu'il apprit que les incendies allum(ns par la Commune, dans les I'tfnestes journ6es de mai 1871, avaient entierement consunme sa maison de la rue de Rivoli et. avec elle sa precieuse bibliotheque, le manuscrit, entierement pret pour l'impression, d'un ouvrage sur la Thermocdynamique, tous les mat6riaux soigneusement classes dtu troisieme volume de son 7'Tra(ii e Ca/cutl dl//!'elulic/! cl de Calcu(l itegral. Rien ne subsista dans ce desastre methodiquement prepar6, rien si ce n'est le buste dun aini, que l'on retrouva au milieu des d6combres ( On voit bien, disait!Bertrand, qu'il avait I'habitude de reussir' dans la vie. 11 s'est tirt d'affaire encore cette fois. > Le fruit de toute une vie de labeur etait ainsi aneanti. Bertrand supporta stoiquement cette l)erte irr6parable; il refit sa bibliotheque autant qu'elle pouvait 'etre, car bien des autographes precieux, bien des pieces uniques, avaient disparu, et il se remit courageusement au travail. Lorsque le moment fut venu pour la Ville de regier les indemnites dues aux personnes qui avaient souffert des suites de Finsurrection, les demandes qu'il forma furent si moderees que, par une exception probablement unique, le jury d'6valuation lui accorda plus qu'il n'avait demande. Apres la guerre et la Commune, Bertrand, prive de

Page  47 JOSEIPH-LOUIS-FRANCOIS BERTRAND 4 47 son domicile de Paris, -vint habiter sa villa de'Se'vres, qui elle aUSSi, avait, Le' pillee et rava-ee. li la quitta Un peu plus tard pour aller s'installer 'a Yiroflav, dans un grand chalet, oit ii 6tait mieux en situation de recevojir sa nombreuse famille, qui ne cessait de s aceroitre par le mariage de ses enfants et de ses petits-enfants. 1i avait la' pour -Noisins nos confre~res Gaiston IBoissier et Claretie. Son camnarade, le -C'ncraf Thournas, Charles Edmond, lintendant Vigro Roussil1 -Ion. Renan et M. Berthelot n'6taient pas loin et venaient le, visiter. On s'asseyait sur la terrasse du chalet. d'oii la rue sYkendaitt sur les bois (le Cliav\ille, et de, Ylizy. et ion gocitait le plaisir de l'entendrie causer aver unre verve ine'puisalble, rappelant les souvenirs iirnoiribrables que sa n~inoire, avatit fide'lement. retetits. Qwiand la famnille e'tait ni~unie, it jouait aver, ses petits-enfants, pour lesquels it avait toUjours des, contes, courts, simiples et charnmants. Lorsque, aui mois dle novenmbre 1874, ii fut nornmCi secrktaire, perpktuel, it se consacra aver joie, 4 ses noveu deor orlesquels ii 6tait si bhen pr6pa( Personne ne connaissait comun-e lui notre hiistoire, nos, traditions, notre r~-lement. LUkude qu'il-avait faite du passw, lardeur que son libre esprit mettait 4r tout c'11tudier et i'i tout coniprendre, dans le priesent, lui asSUraient uie, autori t6 devant laquelle ses confr~res ktaieut toti'ours (lisposes (h silnrliner. II 6tai t vrainent Ia loi vivante dle 1Acaid~ruie. rou~jours attentif 4i nou-s eclairer, 'a nouis -ruider, h d~fendre nos -v,('itables iuteret-ts, quciquefois contre nouis-nmenes, ii a. div lopp4~ et flat pr~valoir dev ant nouts, pendant pr~s de trente atns, la c-onception la plus juiste et la plus noble, quIt soit possible de se faire du r(Je d'une Acad~mie. Si jajtoute u'la W45, pour tous et pour chacuin, Vi-in and siuc~re, pouir beaucoup d'entre nous un aialtre

Page  48 A 8 '18 EL~~fOGE 1HSTOIIIQUE, de'vou6, et plus qu'un mailtre, on comprendra la. gprandeur de la dette que l'Acade'nie a contract'e envers lui. Ii avait abandonn', en 187"8, son cours au Colle'ge, de France et croyait bien avoir renonce' pour toujours aux math6matiques, lorsque. an cours de 1'ann6e 18863, son suppl~ant Laguerre, notre confr~re regrett V, fut atteint de la maladie qui devait 1femporter. Lag-,uerre, n avait pu faire le nombre de leeons exiog6 par le re'glement:Bertrand leva la difficulte6 "Li sa manie're habitucite et prit la resolution de suppl~er son suppl6ant.11 s'aper(cut alors que la se've n etait pas morte, et reprit, avec un int're't'renouvelhS par le repos l'(tude des mathe'matiques. Nous y, avoris Gragne trois volumes, qui peuvent e'tre conside'res comme le couron-. nement de ses rechierches sur les applications des imathe'niatiques 'a la philosophic naturelle, la Titeimo(/qlafu gepub~liee en 1887, le Ca/ct! (ICs Pirohabiliuk~,,, publi6 en 1-889, et les Lecons sur /a Thcorie imat/ue'nalique c/c fE/ec-icite', qui sont de 1890. Pour bien jug'er ces trois ouvragres, ii ne faut pas les reo-arder comme des traite's complets. Bertrand n'y a guere expose que les parties sur lesquelles il avait fait complete lumie're, on Sur lesquelles it avail h dire quelque chose de nouveau. Il n'ignorait certes pas que c'est surtout dans les recgions troubles, et obscures de la science que s'e'laborent les, plus brillantes de'couvertes, de meime qu.'au fond obscur des mers, la -nature prepare les plus e'clatantes manifestations de la vie. Mais il revendiquait pour la ge'oine'trie le droit~ et presque le devoir, de ne pas penetrer dans

Page  49 JOSEPHI-LOLJIS-FRANC~OIS BERTRAND 4 '49 ces regions. Par cette precaution qu'il a eue d'e'carter -les Par-ties de la science qui sont encore en travail, il a assure' plus de duree ai ses ouvrages. Les physiciens auront toujours inte'ret 'a les m~diter; quand ils cherCheront, par exemple, 'a traduire dans des lois math6 -matiques les re'sultats de leurs experiences, uls devront -relire les parties de la Thermiodqamique, oft Bertrand a montre' qu'on peut repre'senter le meme phenomna.n, avec une approximation tre's suffisante, par des formules d'aspects bien dif1Y'rents. Parmi, ces trois volumes, on s'accorde 'a mettre ant premier rang, le Calcal des Probabilites. Le grand trait' de Laplace sur cc sujet est nLn chef-d'(euvre. Celui de Bertrand me'rite le, me~me e'loge, mais ii est,con~u dans un esprit diam~tralement oppose. Laplace a mis en ceuvre les theories mathe'matiques les plus A'eve'es. Bertrand les kcarte re'solument, pour se mettre 'a la porte'e du plus grand nombre de leeten rs. Laplace ktend inde'finiment le domaine du Calcul des Probabilite~s, Bertrand ne sort pas des limites qui peuvent e'tre accepte'es par tons. Les deux traite's se rapprochent par denx. points seulement, la haute valeur des homi-nes qui les out erits, et des introductions, destinies aux gens dui -inonde, mais dout. les geome'tre s seuls peuvent gofoiter la saveur. De tout temps, Bertrand s'e'tait plu au milieu de yces probl~rnes ddlicats, de, ces the'ore'mes merveilleux et utites du Calcul des Probabilit6s. 1I voulait que les e'leves de l'Ecole Polytechnique connussent au. momns les 616ments de cette belle th6orie, et it l'ensei-ruait a chacune de leurs promotions. Mlais ii s'd'evait ae force, contre les applications qui lui out fait le plus (te tort et, en particutier, contre celle qui a kt6 inaugur~e'1

Page  50 PELOG(E HISTOIHUFE par Condorcet, (lans son livre suir la l)jgobajij/Mj des decisions prils e.a In' p/u1ra1i~t' des col.:c. Laplace, Poisson, Cournot sont revenus successivernent sur ce, su~jet, chacun repudli~nt les hypotheses faites par ses, pr dcssus. Auicun (ICux n'a entrain' l'assentiment. On s'est re'volte' contre (( cette prise de possession de l'univers moral par le calcul ).L'assimilation de J'opinion d'un juge at un tirage au. sort dans une nine a toujours choque' le hon sens. Bertrand soule've d'ailleurs dans son livre des difficulte's d'une tout autre nature, auxquelles on n'lavait pa-pis grarde avant lul. La probabilite' est le rapport du noiubre des cas favorables an nombre des cas possibles;C'est la definition. Mais qu'arrive-t-il quand le nombre des cas devient infini? II propose ht ce sujet un veritable paradoxe. Un cercie est trace, dans tin plan sur lequel on jette une barre. Quelle est la probab~ilite pour que la portion de cette barre comprise a l'inte'rieur du cercie soit sup~rieure an c6te' du triang,-le equilateral inscrit dans le cercie? Par des raisonnements qui peuvent paralitre 6galement plausibles, il trouve pour la prob-,iilit6 cherchu~e deux valeurs diffe'rentes, tanto't '172, tantc't 1,3. Cette question Ila ipreoccupe'; il en avait trouve' la solution, mais il. la laisse hi chercher 'a son lecteur. Tout, dans le (Calcitd des Prohalhi/iies, appelle I'&tude et me'rite la re'tlexion;il faut pourtant y sig~naler particulie'rement, et la critique penetrante a laquelle l'anteur soumnet la the'orie des erreurs de Gauss, qui a kt(' lobjet des e'ud~es de toute sa vie, et les d6monstrations si varie'es qu.'il donne de ce farneux th6oreime relatif 'a la repetition des e'venernents, qui paat indiqu' par le bon sens, mais snr lequel Jacques Bernoulli a diui refflkhir pendant plus de vingt,ans., avant d'en apporter une prenve, que les recher

Page  51 JOSEPH-L013IS-FRAN(e0IS BERTRANDM dies de Moivre et de Laplace ont heureusement cornfpket~e. Le Traite' de Laplace est bien peu lu, maiheureusement; j'espe're, au contraire, que le livre de Bertrand rappellora en France lo gou't d'une science dont les applications economniques out la plus haute porte'e, et at la formation do laquelle nous avons eu une part pr~ponde'rante avoc Pascal, Format, Laplace, Fourier, Poisson et Bertrand, pour ne citei' que los grrands noms. Ix En me~me temps que les ouvrages se'veres dont je viens de rondre coinpte, Bertrand publia, dans la Collection des grands~ kriva ins franCa is, uno etude sur d'Alembert. Elle fut unanimomnent admnir~o. Le chapitro sur les rapports do d'Alembert ol, do I'Acade'mio des Sciences doit nous y inte'resser plus particulie'remont; un crrand -cometre, un enmulo dedAemet soul pouvait lY6criro. be d6but on est charrmant; ot Bertrand rappello, le plaisir quo donnait ia d'Alenbert 1'e'tude des rnathe'matiques avec l'6motion d'un hornme qui, liii aussi, a goitt aux pures joies do la rechordie scientifique. 11 met ensuito en pleine lumie'ro los doux g-rands titres quo d'Alombert conservera, toujours aux yeux des historiens do la science:jo voux dire son Trait6, do dvnamiique, si dignernent loue' par Lagrange, ot anssi l explication compt~te qu'il donna le, promnier do Ia pre1cession dos equinoxes, delcouverte+ par llipparque, et du phe'nomn~ne accessoiro do la nutation quo Bradley, depuis tin an it peine, venait do faire connaitre, aux astronomos. Won n'ost oublie' do, co quo nous avons int'r~t itsvirpu bien conna'l tre -lo ge'om&zre en d' Alombort, ni l'insuffisanco do la

Page  52 fLOtGE HISTO-RIQIE fo rme dans ses "enits m-athenmatiques, instiffisance dont B~ertrand propose nne explication in-g6niense en remarquant que dI'Alernbert n'a jamiais vouiu professer, ni cette incapacite' radicale et inexplicable que d'Alernbert a toujours montrK~e en ce qui concerne tes principes mehmes du Calcul des Probabilita~s. Les plus grands g~o mnkres, noues (lit Bertrand, ont (~crit sur le Caulcul des Probabilitc's, presque tous ont cornmis des erreurs. La cause, en est le plus souvent au d~sir d'appliquer les principes (h des prot~lnies qui, par leur nature, kchappent h la science. DiAlembert, comnmet la faute oppos~e, ii nie, les principes. Imposer ou lhasard des lois mnath~matiques est pour lui un contresens. Le reste de Fouvragre rele'verait j)lulto"t de, l'histoire litte'raire. Yy rappellerai pourtant les pages de'licates dans, lesquelles f'auteur, en noues racontant, Fenfance de d'Alernbert, ses succe's an co1llege Mazarin, est amenen a nous parler de e'6ducation telle qu'on la concevait au xvlne sie'cle et, par une, consequence naturelle, a~ nous fatire connailtre queiques-unes des id(es, originales qluil avait suir ce sujet. Ce problerne de I'Mducation 1'a beaucoup pre'occupe'. 1.1 vivait dans nn milieu ofi tout s~obtient par des examens, des examens multipli(,s et encyclope'diques, pour lesquels ii n a jamais montre' qu'un gotki rod-6re'. Aussi a-vec queue joie il nous parle de ces e'tudes du Xy7I I 0 si~c'e, oi Von n'apprenait ni l'histoire, ni la ge'ograpliie, ni les sciences, oii tout se bornait 'a 1'6tude des belleslettres, de la logique et de la physique de Descartes.,K Le1 desir d'-apprendre, nous dit-il, est le mneilleur fruit des bonnes dtudes; on le fait nai'tne en exernant l'esprit, non en fatiguant la mi6moire. Je m'e'tonne quII n'ait pas rappel' ces lointains

Page  53 JOSEPH-LOUIS-FRANCOIS BERTRAND 5.*15 3 usages, soit dans la deposition Si originale qu'il fit e~n 1899 devant la commi ssion parleme ntai re d'enque'te sur 1'Enseignement, soit dans, la preface qu'il a plac~e' enf t~te du Livre die Cerntentaire (le 1'Ecole Polyleclinique. 11 avait le de'sir de reformer les examens d'entr~e' A nos ecoles; mais il sentait que le proble'me e'tait difficile, car il. en a propose' successivernent diverses solutions. Elles sont ingO'nienises; inais, comme clles, reposent en partie sur le tirag-e an sort, elies n'ont, je crois, aucuine chance d'e'tre adopte'es. Dans notre system ecrgalitaire, les chiffres seuls ont conserve, lerempire, alr'~eqils n'ont pins ancnne signification. En qualite6 de secre'aire perpetuel, Be~rtrand a prononce' les. eloges de dix-neuf academiciens:Elie de Beaumont, Poncelet, Lame", Le, \errier, Beigrrand, Charles Dupin, LUon Foncault, Victor Pnisenx, Cornbes, de la Gournerie, Dnpuy de L'me, Villarceau, Ernest Cosson,' Poinsot, Mfichel Chasles, l'amiral Paris, Cordier, Canuchv et Tisserand. Par la finesse de, ses aper~us et la viva cite' de son style, ii. se rapproche de Fontenelle, qu'il admirait beaucoup; mais, bien qu'il la cache trop souvent, sa science, comparable (h, celle de d'Alemhert, est plus haute et Jplts solide qne. celle de Fonitenelle. Sons Ic fin letter', trop d~sireux qnelqnefois de hien e'crire, on sent l'csprit nonirrit aux raisonnements solides 'de la ge'onm6trie. Et lorsqu'il ne craint pas de, s'abandonner 'a sa sympathie et at son admiration, cornme ii arrive par exemple dans leS 'doges, de Lain'~ et de Poinsot, le lecteur goi~te le, plaisir exqnis qne procurent touj ours ]es convres amene'es 'a leur perfection. Qucieques-uns pent-~tre de, ceux qn'il niors a d('peints lui devront tine 6cd6hrite'l Sur Iaquelle ils ne comptaient guere. Ponur tons, ii

Page  54 EL'OGE HISTORUQUE nious a laisse' des portraits pleins de vie et de relief, digne homniage rendu h (les hommes qui ont fte' I'honneur de FVkcade'nmie et qui ont consacri', leur existence tout entie're anx travauix les plus 6levens ou los plus utiles. Les Elogaes, les ouvrag-es d~tach'~s, les inti oductions de ses Melmoires sont loin d'e'tre les setules contribulions que 13ertrand ait apporte'es h i'histoire des Sciences, et nous ne saurions n6-Iicer ici la, collaboration Si active que, depuis' 1863, ii a dionne'e an Jo wualw des,Saxants, ofi il rernpla~,a~ Lionville en 1-865" Plus s-avants dans la forme que les Eloges, s es articles sont do nature d notis eclairer pilis cornplktement. je, ne dirai pas sur sa philosophie, il se serait e'leve' contre une telle expression, mais sur sa mauinire (de compyrendre los questions scientifiques. Comme Poinsot, son maitre et son ami, Bertrand ktait un vigoureux esprit av~ant de're uin grand ge'ome~tre. II 6tait capable do tout comprend~re et dle tout adm~irer: lettres, sciences, beaux-arts 1' exception de la musique, 'a I'e'gard de laquelle iil partaogeait, je le crois. les opinions pleines de re'serves de The'ophile Gautier. 11 ne craint pas d'aborder les questions en apparence les plus e'loi(gnees do ses 6-tudes favorites;il nous parle, par exemple, de [administration des Ponts et Chausse~es sous l'ancion re'gime, do Belgrand et de ses travaux' sur los cours d'eau du Bassin de la Seine, de Dupuy do Lrme et de la transformation de la marine de gruerro. Lo plus souvent pourtant, c'est de math~matiques on de physiquo qu'il nouts entrotiont, passant en revue los grandes ceuvres -du, xxe siecle, to Traite" des p~ro prite's projectives do Poncelet ou la Ge'ometrie

Page  55 JOSEPH-LOUIS-FRANCOIS BERTRAND superieure de Chasles, la Philosophie naturelle de Sir W. Thomson ou le Traite de mecanique de Hertz. II etudie volontiers les ouvrages de ses confreres; et il faut dire, a ce sujet, que le plaisir d'attirer son attention n'est pas sans melange; car les eloges sent, presque toujours, accompagnes dans ses articles, de critiques, bienveillantes sans doute, mais presentees avec la plus grande nettete. II n'oublie pas les grandes collections: les ceuvres de Huygens, de Laplace, de Fresnel, le Bulletin du prince Boncompagni, les Annales scientifiques (de I'Ecole Norinale publiees par Pasteur. II revient ia plusieurs reprises sur les ceuvres de Lagrange, qu'il connait mieux que personne, puisqu'il a donne de la iMecantique arnalftique, chef-d'ceuvre du grand geometre, une edition magistrale enrichie de notes precieuses. Sur Abel, sur Cauchy, sur Poinsot, sur Fedor Thoman, ce calculateur hors de pair qui cachait sans doute sous son pseudonyme une origine des plus illustres, sur cet infortune Galois, qui est mort a vingt ans, apres avoir donne, des sa jeunesse, les preuves d'un genie mathaematique sans egal, il nous apporte des appreciations originales. ou des renseignements inedits. Mais ce qui l'attire surtout, ce sont les su jets et les recherches qui sont en dehors des voies communes, par exemple les travaux de notre confrere Marcel Deprez sur le transport de la force, ceux d(e A. Mouchot sur l'utilisation directe de la chaleur solaire, ceux de notre confriere Marey sur la mecanique aniniale ef sur le vol des insectes et des oiseaux. ItAme dans ce resutne si rapide, il faut citer les articles consacres a ce qu'il appelle si justenoent 1a renaissance de la Physique Cartesienne. 11 les a ecrits ai lepoque ou la theorie nouvelle de la chaleur pas

Page  56 .# 6 I14 56 ~~~~~~fIoGE, II5T'OIRIt']UE sionnait I'Acad&rnie Lotit entie'e, oij Ion allait avecempressement 6couter les leeons que faisait Verdet sur cc sujet 'a la Societe' d'Encouragement. L~es artidles de Bertrand nle'aient pas attendus avec nmons, d'impatience; les historiens futurs de la science auront. h les lire s'its veulent se rendre comnpte nettement de la prodigrieuse transformation qu'ont subie an xixesi' cle les conceptions relatives 'a la philosophics naturielle. Je viens de remrnaquer que Bertrand a mis ses articles stir la Thermodynamnique, en queique sorte, sous le patronag e de Descartes. Le grand philosophe l'avait toujours vivernent inte'resse ii liii avait consacrt une e' tude qu'il n'a pas vouhti pul)Iier. mais dont quelques t6l6ments se trouvent 6pars, soit dans la, Revne (les Deaxr Monudes, soit dans le Joitcaial dles Sarants. Bertrand a kt' souvent se'ire pour Descartes; mais it n'a jamais me'connu son g~i.En voici la pretuve, emprunte'e 'a un de ses articles sur les progres de la me'caniquc: (( Rien de plus ais6, dit-il, quie la condamnationi des kcrits (le Descartes stir la me'eanique. Les assertions inexactes peuvent y thre relev~es en" grand nomubre, et Descartes, toujours siir de WI, les aggrave par le torn tranchant avec lequel il propose comure certain cc quc floustiSrivons inconciliable avec les v~rit6,s les miniux d~tnontr~es. Mais ihist~orien, par de telics critiques, al-til accompli sa talchc? Ne doit-il pas expliquer surtout comment, a (Ies assertions fausses, se m~llent des v~rit(,s -ranrdes et f6condes, qui dominent aujotird'hui la science et lont servie peut-k~re autant que les tlcrits irrt~prochablement jiunortels de Galilt~e et de lluygens? Souvent, 'a propos d'nne publication rl'cente, Bertrand fait des excursions tre's inte're ssantes dans le -passeI. II revient stir Clairaut, sur Euler, suir Denis

Page  57 JOSEPH-LOUIS-FRANCO015 BERTRAND 5 57 Papin', sur Ampetre et l'exquise correspondan'ce de sa jeunesse. Stir tons les sujets, ii a des remargues neuves on. des rensoigrnemerits do premiere main. En relevant, par exempte, dans les Le~ons sur la Me'caniVie an~alyliqzie de Jacobi, los re'flexions si justes et si Profondes que dwetveoppe l'iltustre ge'ome'tre allemnand au sujeet du principe de la moindre action, it rappetle les droits de la science fran~,aiso, les travaux ant&rieurs, et tendant au me'me but, du saint-simonien Ol-inde Rodrigues, dont les trop rares productions mathe'matiques me'ritent toutes d'e'tre pr~serv~es de l'oubti. On doit se fe'liciter que to Journal dles Savants ait donne' ' Bertrand loccasion d'e'crire toutes ces ktudes, d'une e'tonnante -varie'te, et do los publier on tour taissant ta forme scientifique et s~ve're qu. eles n'anraiont Pu conserver dans los revues. L'histoire des sciences no saurait Cetre ne'olig6e sans perit, et comme il la dit lui-me~me sous une formo saisissante, le'tude du passe; est to guide 1le plus stuir do tavenir. Messieurs, Ici so termine to, tableau quo j'ai voutlu vous pr6,senter do cette suite do travaux par lesquets Bertrand Si'est place' an premier rang, des bommes do son temps. En presence dIun tel ensemble d'e'crits, do Me~moires, et do recherch-es, on pourrait so demander si on doit los attribuer 'a uin sent on h plisieurs auteurs. Et pourtaut ils n'absorbaient pas t'activit6 tout entie're do Bertrand. It re'servait une partie importanto do sa vie pour toutes los oeuvres do charite' et do d&Ivoielment. Los oxemptes qu'it avait recus dans to milieu d',lito oiii avait 6t 'tev' avaient trouve' en lui le, terrain le,

Page  58 F-I 8 k ) 58 E~~~LOGE flISTORIQUE i-nieux prepare'. Ii. avait con tracts" lhabitude (le faire. le bien comme tine chose toute naturelle et snr laquelle il ne convient pas d'insister. Toute sup(%riorit' I'attirait, tonte intelligence d~lite pouvait compter stir son appui. Au cours de ce r'cit, vous avez pu saisir an passage (les traits de g~ne'rosite', de courage, de d~voue~ment. On pourrait en ajonter une infinite' d'autres:je-n rajppellerai queiques uns. En 1.851, il s'etait troive annmbre des jeunes savants qui, sous la direction du baron Tihenard, avNai ent parti ci pe it Ia fondati on de I a S ocit( de secou rs des Arnis des Sciences. It en e'tait reste' totijours le donatenr gTeunereux et il en (lev~int le president actif et de'vou.6 en '1895, apre's la mort (Ie Pasteur. 1i etait aussi le lbienfaiteulr de la Soci't' des anciens Oel~ves de l'Ecole Normale, et it mui abandounait chaque anne'e, en favenir dun agro'ge' de matlh~matiques, une p aszension ase leev'e ii laquelle ii a-vait droit depuis quinze ans. Si. jamais, dans l'histoire de I'Enseignement en France, quelqu'un descend hi s'occuper des mise'res relatives aux snpplkances d'il v a cinquante ans, une place (" part devra e'tre reservee at Bertrand. MalgTr& tons ses titres, ii a d10i rester supple'ant de, Blot pen(taut qufinze ans. Mlais si, comme on la (lit, ii a 6e traite' av'ec quelque parcimonie, ii n'a puise', dans la situation qni lui avait et' faite pendant si longtemnps, que des motifs pour l'epargner it ceux qju'il choisit pour le remplacer, lorsque, pour une cause, on pour une autre, ii aIbandonna son enseicnement. Ai-nsi' 1lorsqu'en 1867, il ent 'a preparer le Rapport sur les Pro qre's (le 1'Analyse mot hematiqae, qni lui e'tait demande' par M. Duruy, il de'signa, pour le remplacer, un de ses plus jeunes eIMves. Et non content de lui assuersan y'tre tenu par le r'cglement, un traite

Page  59 JO0SEPH-LOUIS-FRANCOIS BERTRAND 5 59 raent, Meven qui devait lui permettre de' se consacret, uniqumenta son enseignement, Bertrand luji pro-,digua les conseils et assista menrme 'a quelques-unes de.Ses le~ons. Ce sont th des actes qui ne sauraient s'oublier. Ii re~ut un jour la visite d'un savant distingue, qui venait lui faire ses adieux. Brown-Se'quard, on pent le nomnmer, partait pour l'Ame'rique;it comptait rounir dans une tourune de conferences largent qui devait lui permettre de, se consacrer ensuite ii des travaux de pure science. Ses ressources &'aient e'puisees il allait partir sur un bateau ~'t voiles. Bertrand f'avait vNu quelquefois hf la Societe Philornathique;it le connaissait (-I peine. J\Iais it s'ernut d'une telle situation et de'ternmina son jeune coIIe'gue 'a accepter, au moins hm titre de pre~t, la somme ne'cessaire pour que la traversee se fit dans de meilleures conditions. Telle est Ioric~ine dune amnitie' qui nIa fini qu'7avec la vie de Browvn-Se'quard. Jc ni'arre'te, Messieurs;et de me'me que j'ai crit ob6ir aux dc~sirs de B3ertrand e'n insistant stir son enfance et sur sa jeunesse. je crois de inehrn respecter sa -v olonte en taisant les actes qu.il v\Ioulait tenir caclu~s. rfous ceux qui out pu I'approcher out rendu hommage, (I sa bonit( ine',puisabh(-e, tmux qualitt'~s dle son c(Pur. Seutls, ceux quI ont v('1cu de sa vie out pu complktcm~ent les cornnAltre et les appre'cier. Son 61ection 'a FAcead~mini lrancaise. celle de son fre're aln~, i I'Acadieiiiie des Inscri~tions, de son fits Marcel, de s-es neNveux Emnile Picardl et Paul. Appelt ii, l'Acadt~mie des Sciences, avaient corribile' tons les vw~ux qu'il aNvait pu. ror-nier. Commre ii prenai t, diede, titres divers, la Par-ole daus nos re~unions de Finstitut. ii e'tait deventi, imdtgr~ son aversion de la publicite, ce, q 'il est convenu d'appeler une figutre bie pti

Page  60 60 60 EL~~~fOGE 111STOIIIQUEV sienne. Chacuin de'sirait connaitre, cc savant aussi. bon, q'il 'tait illustre, et aussi spirituel qu'il 'tait bon. En mai 1895, ses confre'res, ses el1eINes avaient votilu f~ter le cinquanti~me anniversaire de son entr6e 'a 1'Ecole Polytechinique et s'&'aient re'unis pour l1ii rernettre la belle me'daille qui a e4 g-rav~e par Chaplain. Et luii, tout en la recevant avec une joic visible, s"tait demands, pourquoi on lui r'servait un honneur qui nia-vait ke' rendu ni 'a Lame', ni 'a Cauchy. Nous, 6itions heureux de le voir exercer une activite' qui ne paraissait pas de'crolitre avec les ann~es. Jamais il n'avait Rt' se'rieusement malade: ii e'tait incommnode' senlernent par queiques insomnies, qui lui faisaient des loisirs pour le travail. Nous esperions le conserver lon,-temps encore I a destinke jalouse en a ordonne' autrement. Ii s'est &eint 'a la suite d'une long-ue maladie, qui lui a heurensement e'.pargne les soufirances, entoure' de sa, farnille dont il e'ait l'idole, tendrement soigne' par Ia compagne de toute sa vie, qui a re'ussi at li cacher jusqu'a' la fin le denouement inevitable, grardant sur sa petite table de malade, 'a cote' de ses fleurs favorites, l'ouvrag-e pre'fer ou nos Comp/es IRendlus, n'ayant d'autre preoccupation que sa che're Societe' des Amis des Sciences et les deux Academies oui i comptait tant de confr~res de'voue's. Sa m~moire nous, restera ch~re, son exemple inspirera nos successeurs, ses e'crits et ses travaux demeureront un titre de gloire pour notre pays.

Page  61 ELOGE HISTORIQUE DE FI{ANQOIS PERIEREi MEMBRE DE L'ACADEMIE41 Lti dans la st~ance publique annuelle dui lundi 21 decemn-bre 1903. Lorsque le voyageur quitte les plaines brcdlantes, icouvertes de vigne s, qui sktendent eiitre Nimnes et Montpellier pout' se'lever vers le nord-ouest, il renacontre d'abord des collines de faible hauteur, des garrigfues arides, parsenehes de che'nes nains et d'oliviers rabougris; umais lorsque, apre's avoir traverse ce paysagre de'sole', il pe'netre dans la rcegion des hautes montagnes, les C61Tennes v~iennent otirir a ses reg'ards charme'~s des vallons riants, ofi les harneaux. et les fermes sont g)racieusernent k~ag~s, sur la pente, des collines, ofi l'eau circule de toutes parts, attestant les soins industrieux dui montagnard et le voisinage des hauts sommets, oh Ia zu~emrdoaebine des prairies verdoyantes, plant~es d'arbres fruitiers qui seinbient emnprunte's au nord. de la France. Dans un de ces vallons, un de ceuix qui pre'sentent les, sites les. plus pittoresques, se trouve situ~e', an confluent de ltti6raUlt, encore bien pros de sa, source, avec le Claron, la petite ville de Valleraug'ue. C'est Un bourg, de 3.000 habitants, uin bout dui monde, entour6 de hauites rmontagynes, parrni lesquelles on distiugute l'Lspe'rou et surtout le 'superbe Aigotial. Valleranouc est fie're d'avoir donn6 le, jour 'a des

Page  62 62 62 ~~~~~f,'LoGE HISTORIQUVE homnines Crninents ou illustres:Fabb6 Etienne Arnal, l'inventeur des moulins ~t feu, qui consurna toute son existenc~e dans ses essais pour renionter les rivie'res, a laide de la vapeur; Pierre Carle, le'mule de Vauban, le plus savant et le plus hiahile inge'nieur militaire du x-vine siecle; Angliviel de la Beaurnelle, qui eut des d~me'les avec Voltaire et fut Fan-i de Montesquieu; notre confr~re Louis Armand de Quatrefag-es, Fun des cre'ateurs de l'anthropolog-ie. Enfin &'est a V alleraugue qu.'est ne' le '18 avril. 18'3~3, Fran~ois Perrier, mort pre'maturi'ment en 1888, apre's avoiraccompli une (euvre que je d~sire remettre aujourd'hui devant vos veux. La famille Perrier e'tait anciennement ktablie et tr~s honorablernent connue 'a Valleraug-ue. Le grand' pere de notne confre're e'tait boulanger; son. ills Scipion lui succY"Ida et acquit, comme ses ance'tres, la reputation dFun homme s~rieux, actif et avise'. Gardant aUpre's de mI son fills aiine, aujourd'hui jugye de.paix ~iValleraugue, il envoya son second fills, le jeuine Fran~ois, comme pensionnaire an lyce'e de Nimes. Les e'tudes ont tkt6 fortes, de tout temups, dans,; cet 6tablissernent; de's le debut, Pernier s'y placa parmi les mneilleurs leR'ves. Dans le pa/mare's de I85O0 precieusement conserve' par les siens, je vois qu.il eut en Philosophic les deux Prix d'honneur:dissertation fran~aise et dissertation latine. Sa part ne fut pas momns belle en sciences, oui il obtint trois prix et un accessit. Devenu bachelier 'es lettres et bachelier 'es sciences~ -ses parents 1'envoyerent an eollege Sainte-Ba~rbe, oi'

Page  63 FRAN~(IS PERRIER 6 63 ii fit deux anne'es d'excellentes mathe'matiques sp&ciales. Adruis 'a 1'Ecole Polytechnique en 18503, le 21e de sa promotion, ii se maintint en hon rang pendant les deux anne'es dY6tudes et fut class' 'a la sortie pour I'Ecole d'Etat-Major, ofi il entra. le je'otbr 85 Depuis lors jusqu'en 1861, sa carrie're ne, se distingrue, en rien de celle, de ses carnarades. 11 est nomm' lieutenant d'Eliat-Mlajor le 12 octobre '185''7, fait son stage dans les r~cgiments, est d6tacihe' pendant deux ans en Ah-gerie, au I or r~giment de chasseurs, devient capitamne le le" f~vrier 1860, et est at~tach6 en cette qualit6, le 2i1 janvier 1861, a FEta -Major de la tOe Division militaire, a Alontpellier. Ceux quitle voyaient hi cette e'poque nous le de'peignent tel 'a pen pres que nous Favons connu. Au physique, ii 'tait grand et fort; il avait le teint colore', Failure toute mnilitaire. Sa conversation, qui s'appuyait sur une instruction ktendue et solide, 6tait des. plus attachantes. 11 savait retenir Fiattention. par sa. parole oim la vi-vacite' me'ridionale se temp~rait do bonne g-race et d'ame'nite'. Ses camarades, dont il avait conquis Ia svrnpathie par l'ouverture et la cordialite' de son caracehre, s'accordaient at lui pr~dire lo plus brillant uvienir. Ces pre'dictions so sont r~alist~os, mais en queique sorto d'une mnani~re indirecte. Une, circons tanco inprev;ue vint larrachor 'a la carriere mnill~taire pr'opIernent dite, et l'amnener 'a orienter' sat -vie du c6t&' of' l'appolaiont, sans peut-6~re qu'it s'en rendilt coinpto 1lui-imi&mr, ses ven'rtablos aptitudes. Lo, 6 mars 1861U, il e.tait de'sign~3 pourt concourir aux Operations qui de-vaient r6aliser' la jonction g~od6sique de, la France et del FAngletorre par dessus lo Pas-de-Calais. C~ette jonction avait 't(, d6ja tent6e plus d'une fois. Lorsque, apr~s la r~betlion doe 175, ernier effort des Jlacobites, ItAn-leterre a-vait entrepris les tryian

Page  64 6 It 154 EL~~~~~~iMO 6E 1IIS TOItI Q UE, g1ulrations ne'cessaires h la confection d'une carte 'a grande eclielle de son territoire, elle avait accepte' avec empressement 1'offre faite par D. Cassini de, relier son re'seau a celui de la France. L'ope'ration, 'a laquelle, prirent part du c6te" fran~ais Legendre, Cas-~ sini et Me'chain, fut contrari~e' par le mauivais temps et ne put re'ussir comphle'teent. Ne'anmnoiris elle marque une date dans i'histoire de l~a ge'ode'sie. A c6te' dtes gyrands theodolites anglais co nstruits pat, Ramsden, qui e'tait alors le premier artiste de f'Europe, les Fran~ais purent montrer sans. de'savantatge les nonveaux cercies que Borda venait de faire construire par Lenoir, et ofi l'emploi de Ia repetition ac'croissait -dans u-ne proportion inespe'r6e Ia. pr~cision que V'on avaiL obtenue jusque-lai, pour les mesures d'angles, dans les triangulations. En 1825, la jonction fut entreprise de nouiveaui par une. commission mixte, qui comprenait, du cd~te' de la France, Arago et Ma thieu, et pour l'AnglAeterre le capitaine Ketter, assist(" de plusieurs officiers du corps des Inge'nieurs. Les de'le'gue6s franeais firent pre'arer des instrnments nouveaux et puissants. Gambey construisi t pour eux un theodolite tie g-ratnde dimension. Des phares perfectionne's furent employe's pour les op&erations. Aussi r6ussirent-elles parfaitement, et la jonction proprement, dite fut effectue~e en deux mois. Mlaiheureusement, comme le gouivernement anglais avait pris 1'initiative. Arago et Mathieu jug-erent qu'it &'ait convenable de remettre leurs regristres d'observations au 'chef de la mission anglaise, le capitaine Ketter Celuici mourut pen. de temps apre's, et les reg~istres ne se retrouv~rent pas dans ses papiers; de sorte que les resultats obtenus ne donn~rent lieu 'a aucune publi-,cat~ion.

Page  65 FRAN~OIS PERIERWR6 65 Un mauiva 1is sort semblait attachP ' cette operation. En 1860, IAngrleterre revint 'a la chargre en proposant de faire effectuer ia jonction tout entie're, 'a la fois par lesofficiers angrlais et les officiers frane.ais, qui pour-.raient ainsi se contrcder niuituellemnent. La France avait ficur' de la mani're la plus honorable dans les essais pro'c6dents. Sans parler dle lillustration des observateur-s qu'elle a\vait pu mettre en hone, eie av~ait, chaque fois, apportt( (des appareils qui re~alisaient dle s(~rieux Jprorre's. Pouti cette notivelle tentative atn contraire, le De'po't (le Ia Guerre 3tait pris h limproviste. Non seulenment, ii ne restait que tt~s peu d'officiers mi lto's Ch la praticjue (les ope'rations g~e0_ de'siques; mais do plus, les, cercies disponibles ('taient trop petits et (lailleutrs ttres fatig ut('s pai- un long service. Miot affirmait qu'a-vec leurs, instruments nos officiers ne parviendraient pas A* voir, hi traveisl de'troit, les sig-naux du rivagre o ppos~~. Cependant le MNare'chal Bandon, Mlinistre (le la Guerre, ne voulut pas r~pondrc par un aveia d'impuissance aux propositions qui liii e'taient faites, et it de'signa les ofticier's qui devaient s'entendro avec les dde 1-ucs an-lais. Ce furent le colonel Levret. savant oflicier, gui avait pris la part ia plus hionorable aux travaux. de, Ia Carte de France, et les capitaines -Beaux. et 'Perr~ier. Cos doux. derniers n'avaient pas en, Ioccasion de soccuper (le greo(desie depuis leur sortie de l"Ecole d'E~tat-Maj or. Tellos e'aient les conditions -veritablenment faceheuses dans lesquelies i'ope'ration so pre'sentait dii c~teS fraticais. Nos de'16-ue's paurtn neprietpas co-uraze. Aux six stations du re'seau (10 jonction, on installa des signaux hiliotropiques. qui apparu rent alors pour la prerniere fois dans Ia pratique de Ia gr 'od'sie fra-ncaise; et los, connaissanmces approfondies

Page  66 66 ELOGE lISTO)IQlUE du colonel Levret, 'ardeur de ses jeunes collaborateurs permirent de suppleer it lFinsuffisance (des cercles r6petiteurs. Les signaux solaires surtout firent merveille. Alors que les b)rumes empechaient de voir les c6tes d'Angleterre, la lumiere reflechie par les miroirs traversait le brouillard et permettait de poursuivre les observations. ( La comparaison de nos resultats avec ccux cles incgnieurs (1aglais, nous (lit Perrier, ne 1rveia qlue des difl'trences iee6res, imputlables (i des erteeurs iacimissibles (dans 1'observation, et nous p(imes nous tenir pourI satisfaits d'un preil alccord, en consider;nmt suIlout comnl)ien notre outillage scientifique ttait inferieur h celui dle nos voisins. (Conimme consPquence immen(cdiate, notre AMeritlite ne de France taiit proloni(ge tie 1 3 vers le Nord, lA travelrs 1'tAngleterre et I'Ecosse, jusqu aux lIes Shetland, et eImbrassait ainsi entre ces iles et Fornmentera une anmplitude de '22)0' )). <( J'ajouterai, dit Perrier, que nous avions p u, pendant ces deux annres, assister au fonctionnement du service geodtlsique chez les Anglais, admirer leurs imagnifiques cercles de RIanlslen et les comnparer 'i )os cercles repetiteurs, i61tlie' a(vec M3. lames et Clatrhe et pl;rtiquer ll in lcme lours inll(iodes d'observal ti)on et (e calcul. La comllparaison ('ttait er;asainte pouI' le Dl) ept cie la (luerre (le 1 rlnce, et j'cn fus si profond(lelnt fra pprz qutie je rsolus tl!s lors tle consa;crlIr Ima vie a la rdegnrlliton du service g'icod(sillue,(e notre armlll'e, si tristlement toilll'b en (l6dfaillan e(. ) Cet engagement que le jeune officier prenait ainsi vis-a-vis de lui-meme, il a su le tenir dans toute son etendue: mais avant de commencer le ricit de ses efforts, et pour le faire mieux compicendre, il est necessaire que je donne quelques indications sur F'origine et les causes de cette d6faillance de la gebdesie francaise, si nettement mise en evidence d6s 1861.

Page  67 FRiANCOIS PERRIER 67 II ( Les deux queCStions de Ia grYandeur' et de la figtlre de la Terre qui exercent depuis lonyle/Imps les c;ometres paraissent de nature a ne'tIr' jamai's (/)tisees. o Ces paroles de Delamnbre pourraient servir de devise a notre compagnie. Depuis sa creation en effet, 1'Academie n'a cesse d'envisager toutes les questions qui, de pres ou de loin, se rattachent a la mesure de notre globe. Au debut, en 1666, elle charge Picard, le savant et trop modeste astronome, de mesurer l'arc de metridien, de 1~ environ, qui s'etend entre la ferme de Malvoisine et la flche de la cathedrale d'Amiens; et le resultat obtenu par Picard permet it Newton de reprendre des calculs qu'il avait abandonnes, et de constituer d'une maniere d6finitive son svsteme de la gravitation universelle. Puis c'est Richer qu'elle envoie Ct Cayenne en 1672, pour y determiner par des mesures pre'cises la longueur du pendule battant la seconde. Les Cassini, aides successivement de La Iire, de La Caille, de Maraldi, mesurent par deux fois la Me6ridienne de France, de Dunkerque i Blarcelone. Pour evaluer des arcs m-eridiens sous des latitudes aussi dit(frentcs que possible, I'Acad(emic, en 1731, envoie au Pl(rout Iouguer, La, Condamin, (odin; et en Laponie, Alaupcrtuis, Clairault, Canmus, Le 51Ionnier, l'ablb)i Outhier. En 1750 La Caille, le grand astronomeIe, nlissionnaire de l'Acadeinie au cap de Ilonne-Esp6rance, y nmsure un arc de m6ridlieln. Tant de travaux cnlfirmcnt d(fliniti vement les thet(ries de Ilu1vgens et (e Newton; ils 6talblissent, sans objection possible, que la v-'ritable formle de notre

Page  68 (68 I8:L(K1]' HISTORIQUl E globe est celle d'un ellipsoide aptlati aux poles; ils dotent en imeine terps la France d'un resseau -geodesique cornplet, que les Cassini 'tendent nmelle au dela de nos frontieres. Et coinm e les sl)culatlions theoriques les plus 6levees finissent toujours par( donner naissance ax alpplications les plus importantes el les plus utiles, lorsque, en l17 17, Ie roi Louis XV, (mnerveile par les plans de blataille que li avait souinis Cassini de Thulry, d(cidte 1'executtion tgenerale dlune carte de son rovaume, ce reseau geodesique, qui a etC6 tabli dans un but uniquemenl scientifique, vient servir de canevas it la carte au 864()0 qui porte le norm de Cait'e (/dC. (Ca.s.ii, et qui conservera toujours Ie mrniiite d'avoir 'etc( la premliere carte h g8rande ichelle d'un pays etendlu. La R6volution de 1789 ouvre pour la geodesie francaise une ere de nouveaux progreis. En 1790, lAssemblee Constituante diecide ltablissenlent d'un systeme universel de poids et de mesures, et c'est i 1'Acadenmie qu'elle s'adresse en la chargeant de tous les travaux propres it delinir les nouvelles unites. Pour obtenir l'unite de longueur, celle de laquelle doivent deriver toutes les autres, l'Academie reprend pour la troisieme fois la mesure de la:leridienne de France elle confie cette operation a deux de ses membres les plus habiles, Delambre et MAlchain, diriges dans leurs travaux par Laplace, Lagrange, Monge, et munis des instruments les plus ingnieux, inventes ou perfectionnes par Borda. Ce n'est pas ici le lieu de rappeler toutes les difficultes que recontrerent Delambre et Mechain: mis en suspicion par le pouvoir central, repousses souvent par les autorites locales, depourvus des ressources necessaires ou mis dans l'impuissance de les utiliser, c'est merveille qu'ils aient pu achever leur tiche, dans des conditions de

Page  69 FRANCOIS PERRIER 69 precision sur lesquelles j';urai t revenir, mais qui, vu les circonstances, leur font le plus grand honneur. Lorsque, en 179., la periode d'organisation stcceda ha 'agitation revolutionnaire, l'Academie, renaissante au sein de l'Institut, provoquait la creation du Bureau des Longitudes, ((in.s/iiti en. v'le dul perfectionnement des di(f. rs.s h' 'branchs (e la.S cience asItronomiqte e (t e lemr a/7p/lircaio" 1 /1a G(; f/raphi;, (. Ia, Navigation et a la PFhysique (dlt lobe,. ('est d'apres la demande du Bureau que Biot et Arago allerent, en 1806, prolonger la le1ridienne en Espagne, et comple6 ter un travail que l'infortune Ailechain avait dui laisser inachev6. C'est le Iutreau qlli envoya lMiot faire des mesures de pendule en Angleterre et en Ecosse, jusque dans les iles Shetland. Son president. Laplace, exercait sur les sciences mathelmatiques et physiques une influence justiti;e par ses immortels travaux. Ses recherches de haute analyse, celles de ses confreres Legendre, Monge. Lagrange. les rn6thodes d'observation et (de calcul imaginees par Borda et par Delambre, avaient fait de la g'odesie une science complete, presque entierement constituee par le genie fran9ais. C'est encore Laplace qui. en 1817, presida la grande commission reunie sur son initiative et chargee d'elaborer le projet dune nouvelle Carte de 1 rance. destine(e a remplacer celle des Cassini, si insuffisante sous le rapport des details et de la confiluration (du sol. L execution de cette carte fut contiee aux Iln'Inieurs geographes militaires du D6p(t (le la (Guerre, qui devinrent ainsi les successeurs et les d61egu(es de 1'Academie des Sciences et du HBlreau des Longitudes.

Page  70 70 fll 1:l.)o;1IE HlS'TORI IQl 11l Les I1n:11nieurts gioraphes me intaient entiifremient la conlimaceO qui leur otait ainsi teirnoinee. Leur corps, cr('6 pr \'aulan en 1TO(, stait toujours montr' d{li'zte de cette illustre ori'ine. Ils (taient, en temps de gluerre, chlar ts de fournir atl Comnmandeient tous les renlsei'gnemenlts — e(ogrlaphiques et topograpl.tiques tilles (i la conduite ldes ope)rations militaires. IEn templs de paix, ils ava.ient i dresser des cartes des batailles, dies sieges et des pays qui avaient et6 occupes par nos armees. Surmenes pendant la guerre, ne-gligis pendant la paix. ils avaient dd sublir bien des vicissitudes; et leur Corps, plus d'une fois supprimil ou transforIml, avait toujours t&6 rltabli. Sous l'Empire, ils avaient d6ploye une activit6 sans eg'ale. En dehors des leo vs rapides, dresses uniquement en vue des operations de guerre, on leur devait un grand nomritre de travaux re (,ulierement excut6s: la Carte des Dt/)rmc/txci/s r(ui'is, les triancgulations de la Suisse, (de la Ilatvi;xre et doe Ieaucoup d'autres pays. On coniptait dans leurs rangs les hom eines les plus devoules et les plus savants: Puissant, dont les ouvrages 6taient entr6s en ligne pour un des prix decennaux fondls par El'lmpereur, et qui devait plus tard succeder at laplace dans la section de Geometrie, Henry, IBonne, Corabll uf. lUne Ecole d'application des Ingrenieurs geographes, oiu des ettudes approfondies etaient consacrees a toutes les parties de leur art: geodesie, topographie, travaux cartographiques, observations astronomiques, reconnaissances militaires, exercices sur le terrain, se recrutait chaque ~annee parmi les meilleurs eleves de l'Ecole Polytechigque..

Page  71 FRANCOIS PERRIER 71 Pendant plus de trente ans, ils se sont livr6s avec ardeur aux travaux de triangulation qui devaiennt donner l'ossature de la nouvelle Carte, s'attachant a assurer la meilleure execution pour la topographic, cr6ant et dirigeant les ateliers de gravure. On peut dire qu'ils sont les veritables organisateurs de notre belle carte an 80.000e, a laquelle leur nom aurait du derneurer attache. Au mnomelnt mnemne o les services qutils avaient rendus 6taient presents a toutes les menlioires, une ordonnance de 1831 vint sup)prilnle leur Corps et leur Ecole (l'alpplication et les confondre avec les ofticiers d'Etat-Major. Nous n'avons as (i iscuter ici les vues theoriqles (uil inspirerent cette ioesure. (in espVrait que, dans le nouveau corps d' Etat-Major, se creeraient des vocations scientifiques. donnant aux Ingenieurs Cgeograplles des successeurs capables de recueillir leur li6ritatze (lorieux. Et dans ce )but, on ouvrit chaque annie l'Ecole -d'Etat-Mlajor iI tin tres petit nombre d'e61ves sortis de l'Ecole I'olytechnique, avec l espoir que leurs connaissances;approfondies en 'nath6eatiques transcendantes les porteraient (1 se diriger du cot6 (de la god6sie. Cormme il atlralil ie6 facile d(lc pI )l'voir, cos esplrances furent loin de se rcaliser. L execution doe l'immlense travail lue le D(pot de a1t (GcTuerr a lvail asslll-me exigeait une r6eularit(', uIle Ipr(cision dans les illstructions qui ne plermettaient altucne initiative. Les methodes d'olservation, les proced(es de calcul, tout avait te codilii; et les cours, n cessairement stlpelriciels, qui se faisaient dans les ecoles d'applicition n'etaient que le conlrentaire des mitllodes emplorioeoes pour l'execution de la Carte. Dans ces conditions, il est naturel que les jeunes ofliicers, dell6(lissant le service geodesique, auquel suflisaient d'ailleurs les anciens

Page  72 72 2' LOG E IISTORIQI'E lngl'(nieurs -(4'o-'ratpes, se soient laiss' tlenteir pt)ar la carridere plus facile et plus brillante des Etatsl ajo rs. Et tandis que, dans notre payvs, l'execution mer'nie de la Carte, i laquello le I l) Dpt de la Guerre devait consacter toutes ses ressources, parciimoniietisemient Mnesurees, conduisait progoressi vement it dellaisser la geodesie. partou t a I'oatranger. on s'applliquait lavec ardelur i suivre les exemplles (ue la Ftrance avaiit (lonnes la I)remielre et qlu'elle avait outlies. les An-lais entreprenaient, dans l'Inde de mag'nificques triangtlations par des umiuthodes qui leur' 2taient propres. Gauss, I3essel. Airy. Clarke, Hansen reprenaient les hautes theories. amtihlioraient les instruinents, les mnthodles d'observation, et recniaient les limites de la precision. On s'adressait encore t notre Dpa o de a Guerre mais c'ettait surtout pou)lr lui (lemander les docuiments precieulx que les lne'nieurs g^eopraphes v avaient accunmules pendant les guerres de la W6volution et de 1'Empire. Ceux-ci disparaissaient peu (i peu. En 1861, au moment on l':Ang-leterre nous fit ses propositions pour la jonction, le colonel Levret 'tait presque le seul d'entre eux qui fcit encore, et pour l)ien peu de temps d'ailleurs, en activite de service. I V Le general Blondel, qui, lui-meme, avait ete Ingenieur g6ographe, 6tait it cette epoque directeur du Depot de la Guerre. Encourage par le succes relatif de la jonction, il fit des efforts pour rendre quelque activite au service geodesique. La triangulation de la Carte de France etait achevee; mais il fallait y comprendre la Corse, jusque-lt completement neglige.

Page  73 FRANCOIS ' PRERR1ER 73 D'autre part, on s'appretait i commencer une carte rethodique de l'Algrie, ce qui devait rendre n6cessaires de grandes operations geodesiques. On resolut de faire appel aux officiers qui avaient montri quelque gout pour les travaux de cette nature. Perrier fut naturellement choisi pour les uns et pour les autres. Ils devaient lui fournir l'occasion de completer son apprentissare et de devenir un maitre en eodesie C'est en Corse qu'il fut d'abord envoNe. On s'y trouvait en pr'sence de mesures anciennes qui faisaient honneur a notre pays. En 1 770, deuLx ans t- peine alpres la cession de la Corse ai ia France, le roi Louis XV ordonnait que le terrier grineral de l'ile serai t illllldiatement entrepris. Les operations g eod6siques et la lev6e des plans cadastraux conimencirent immediatement et se terminirent en vin(t ans. L'lnre nieutr ge(og(raphe Tranchot ex ecuita la triangulation de lfile et, sur un d6sir exprime par I' Acadetmic des Sciences, la rattacha par -ine lonu-te chai ne (e trianoles ( l'observatoire de Pise dont la lonriitdtle avait etc dete rniinnle par MAlchain. Deux rapports Ins en 1785 et 1791 i, l'Academie des Sciences rendirent i( ces belles operations lt justice qui leutr (tait due. Le resultat pratique (les trianglulations de Tranchot, coilmbines avec les lev{es des g'otnie'tres du Cadastre, avai it atte ha publication en 1824. par Ie I )epot de la (Guerre, d'une carte topog'rapl:ique (le aI Corse aft 10(0.00()(. grav{ec stir cuivre en liuit feuilles. Cette carte, remarqlualle colnine (pxuvre ('art, est surcliargee de teintes sonibres, c e lle ne donne qu'un t)ien petit nominre dl'ltittudes, totes calcul:es par Tranchot Eille etait done. en 186(2, devenlue tout ii fait insuffisante pour les besoins des services publics.

Page  74 EIL,OE IHlSTOBIQ1tiE Plour la remplacer, il fallait ererendIre, en partie tout anu imoins, les opterations exstcnt6es par Tranchot. Ine premiere reconnaissance, effectuee enl 1862, nlontra que les signaux de premier ordre d(e 'Tranchot avaient presque tons disparu, et qu'il ktait necessaire de proc6der (i une nouvelle trianrulation. 51MM. les capitaines Blunot, Proust, Perrier fuirent chargres d'ex6cuter ce travail pendant la campag'ne de 1863. A Perrier (elhut toute la partie de V'ile sitnue au-dessus du paralllle de Corte Ce morceau de triangulation comprenait 31I triangles de pretlier ordre et 200 points secondaires. Ne se bornant pas ia exsIcuter cette tache particulire Perrie r se charrea d(e rattacher I'ile i la triantulation fran;aise en calculant une chaine de 100 triangles qui, long-eant le golfe de (,ehnes, vint se rattacller au c(t GIranier-Colombier du r6seau francais. II obtint ainsi, par une voie indirecte, les donnees necessaires pour le calcul des coordonnees gographliques des points principaux. Le nivellement, effectut par distances reciproques, fut soumTis di de nomlbreluses verifications; il eut pour resultat de modifier la plupart des altitudes que Tranchot avait attribuees aux principaux sommets. Le mont Rotondo, consideirr jusque-lai conmme le somniet culminant de l'ile, dut ceder le premier rang an Mont Cinto, dont l'altitude de 2.707 metres d6passe de plus de 80 metres celle du Rotondo. V Comme on vient de le voir, les operations geodesiques executees en Corse n'avaient en aucune maniere le caract6re de mesures primordiales. II n'en fut pas

Page  75 FRANCOIS PERRIER de meme pour celles que Perrier eut ' entreprendre en Algerie, a partir de 1S6i. Les operations g6odesiques et topographiques en Algerie etaient, il est vrai, contemporaines de la conquete. Des 1830, les Ingenieurs geographes. suivant nos armees, les prnecedant souvent, travaillant pendant les haltes, avaient execute utne mesure de base, des leves h a boussole, des triangulations solnaires, suffisantes pour les premiers besoins. En s'appluvant sur les documents qu'ils avaient receucillis, le D)iliot de la Gluerre avait pu faire paraitre lun certain nomnbre de cartes, qui furent trLs utiles aux officiers, aux vova'eurs, aux in{enieutrs. Mais i mnesure quo notre occupation s'etendait, les travaux publics, routes, ports. barrages, chlemins de for, se d6veloppaient rapidement; et il devenait necessaire de construire, pour satisfaire aux demandes qui se produisaient tie tons cotes, une carte topographique il g'rande 6chelle de notre belle colonie. On v songea des 18-51. Pour lIa mesure des bases alerienroes, le savant colonel llossard, renon.cant aux nl6thodes de Ilorda, de Hlessel, de Stlrue, fit construire on appareil nouveau. qui reposait snr i'elmploi des rigles it traits, et dont on devait le lprincipe i un tres habile ingenieur piemontais, le nmaijor Iorro. Avec cet appareil. qui avait recu llapproba'oti n (le I'Acad(l(mie des Sciences et qui, adopt6 plus tard par les Esp agnols, leur a permis ldobtenir avec une extr enme exactitude la c6lebre base de.lMadril(ejos les capitaines Marel et Floster mesur6rent en S1;i-t, dans les enlvirons de tlidal, une base qui devai t servir dle point de l)depart ah toute une chaine de triangles cour'ant )parall.lemernt ia la c6te. (les frontiires de la Tunisie ha celles du Maroc. tPar suite de la configuration tde not re ctolonie, qui s' etend le lonlg de la N lediterlraniea, cotte

Page  76 76 ELOGE HISTORiQUE chaine devait fournir le canevas de la carte projetee et donner les elements de d6part de tortes les triangulaltions ulterieures. Elle jouait ainsi, dans le riseau alg rien, le minme r6le que la tMeridienne (le Paris dans le resealt francais. Interrompuies par la guerre ldItalie, les ope(rations sur le terrain reprilrent des 18)9. On confia lat partie orient;ale de li chaine de trianles, celle qui s'tend entre Blidah et, la Tunisie, (h un officier de grand talent, le capitaine Versignv. C'est h IPerrier que revint l1 tache de continrrer les inesures, i partir de 1 86i, pour la partie de la chaine comprise entre Blidah et 1la frontiere d(u iaroc. La confiance croissante q(l'il inspirait,. ]'ardeur et l'esprit d'initiative qu'il apportait en toutes chloses, firent l)ientot de l lie -v6ritable directelir de l'ensemble de ot'opration. Elle tdura six ans, et ne fit ni sans difficultts, ni sans p6irils. Perrier les signale en quelques mots trIes courts et tr6s simples ( L'ins1urrection des Arabhs en t86i. le typhus et le chole6ra en 1866. la famine en 1867 et 1868, nous ont, dit-il, fait courir souvent les plus gr'ands (langers. l)eux de nos ca maradles, les capit lines Vialla et 1Bon,1ivi -ine, so-nt inorts, l'un de hl fievre. l'aut e l'rune insolati:n, co)ntlraltecs ldns les mia!ais:le 1a IMacta et sur les lbords du ltc de Miserghin. ) Depuis Alger jusqu'au Maroc, 25 stations de prenier ordre furent etablies, dans des rg>ions souvent malsaines,,ou peu accessibles, ou exposees aux attaques des tribus revoltees. Partout les mesures d'angles et de hauteurs furent executees sans que rien fut sacrifie de la precision que pouvaient donner les instruments. Et afin de contr6ler toute la triangulation. Perrier fit etablir et mesura avec tout le soin possible deux bases nouvelles aux deux extretmites de la chalne, l'une pres de B6ne, I'autre pres d'Oran.

Page  77 FRANCOIS PERRIER 77 Une fois en possession de toutes les observations, il prsenta l'ensemble de son travail I l'Academie des Sciences. Notre illustre confrere Faye, apres Favoir soumis a toutes les verifications d'usage, se plaisait a 'declarer qu'il derail er e place a. raitng des meilletrles mesures ffec/tles a" 1't'anlger (cl/iti.s les cperfectionnements tout nlloderfl'e de ta ge(ode(ieC. Cette precision (( rarement atteinte ) surI laquelle insistait IM. Fave, Perrier l'avai voulue et recherchle. II voulait que l operation alg'6rienne vint concourir utilement aux etudes thlleoriques pour la dterlmination de la fiure de la Terre,' et il e'tait heureux d'apporter a la science geodesique un arc de parallele de 10~ environ d'amplitude, situe sous une latitude bien infl'rieure ( celle des arcs europeens. Et puis, ii entrevoyait le moment o tt c lette caine, qu'il avait mesurSe avec tant de soin, viendrait se relier d'une part avec les triangles italiens, d'autre part avec les triangles espagnols, servant ainsi de trait d'union et de controle a tout le reseau europeen. De ces deux jonctions auxquelles ne cessait (de songer Perrier, la plus difficile etait celle qui devait se faire avec le reseau espagnol Mais elle avait pour notre pays un interet de premier ordre. Car elle devait nous permettre de continuer la Mleridienne de France jusqu'au Sahara. D(ejit, lorsqu'en 1806, lSiot et Arago prolongeaient cette neridienne jusqu a Formentera, ils entrevoyaient la possibilite de l'etendre, plus loin vers le Sud, jusqu'aux cimes de l'Atlas Alg6rien. On lit en effet, dans l'introduction au Rlectieil (es Observatiloon.s fgoesiqlue. /aile.s ens Espayge,I le passage suivant: ( Enfin notre operation aura peut-etre dans l'avenir des consequences plus etendues. Si jamais la civilisation euro

Page  78 '78 Q6 ELO()GE l ISTOIlIQE peenne parvient i s'implanter sur les c6tes d'flrique, rien ne sera plus facile lquc (de traverser la M1dcliterranee par quelques trianglles en prolongeant notre chain e de l'Otest jusqu'a la ha uteur d in cap lde Gaia apri'ss qIoi, en relnonltant la cote jusqu',' A;lger, jqui se trouve a pen pr, s sous (e meridien dle Paris, on pourra mesurer la lIatitunle et porter l'extr(nmite australe de notre me ridien- sur le sommet du rnont Atlas. ) Depuis F'epoque loinlaine ou ce passage avait 6tc ecrit, la civilisation europ6enne s'6tait implantee sur les c6tes d'Afrique, et IBiot se gardait bien d'oublier le reve de sa jennesse. 1 le rappelait en 1857, lorsque Struve communiquait i' I'Academie le 'resultat des mesures de l'arc gigantesque russo-siedois. En 188, un de nos confreres, le colonel Laussedal, envoye en mission it Madrid pour y suivre les operations geodesiques, et le colonel Ibanez, chef du service g'eodesique d'Espagne, s'etaient preoccupes de realiser le projet de Biot et \rago. Les officiers espagnols le jugeaient possible, car il leur etait arrive plus d'une fois d'apercevoir de la province e e Grenade les cotes de l'Alg'6rie. D'autre part, en 1862. le colonel Levret, apres a-voir realise la jonction anglo-franqaise, s'etait prlocclipe de completer son oeuvre en prolongeant la Me1ridienne vers le Sud, par-dessus la Mediterranee. Apres avoir etudit' des cartes a grande echelle, il avait meniie designe quatre points qui paraissaient pouvoir former le quadrilattre de jonction entre l'Espagne et l'Algerie. Mais le moment n'etait pas favorable; et d'ailleurs il etait 6vident qu'un projet de cette importance devait etre precede d'une reconnaissance str le terrain. Cette reconnaissance, Perrier l'effectua le premier, et avec un complet succes. C'est au printemps de 1868 qu'il arriva dans la

Page  79 FRAN(OIS PERRIER 79?ioon oi il pouvait entreprendre 1'etude precise du roblefie pose par Biot et Arago. Pendant qu'il faisait construire les signaux de la chaine comprise entre Oran et le Maroc, il interrogea avec insistance les Arabes et les colons; tous s'accorderent a lui affiri:er, meme sous la foi du serment, que la cote d'Espagne apparaissait assez souvent. Cependant, anu cours de cette campagne de printemps, il s'efforca vainement dte la decouvrir. I1 fnt plus heureux a la reprise des operations. Le 18 octobre, il 6tait au Seba Chioukh, qui domine la vallee de la Tatfna prs de son embouchure. Vers o hetires ri soir, il se preparait t rentrier t Tlelmcen, lorsque, jetant les yeux sur I'horizon, il aper(cut toIt a coup, vetrs le Nord, une crete qui s'elevait au-dessus de. la met. Le doute n'etait pas possible: c'etait bien la cote d'Espane. Le soleil, (i son declin, l'eclairait avec la plus grande nettete, et ses rayons obliques determinaient des oppositions d'ombre et de lumieire qui acculsaient la forme et le relief des hautes sierras andalouses. EmA par cette magi:que apparition qui lui apportait laC confirmation (le toutes ses esperances, Perrier se lhitl de prendre un profil de cette ar6te, qui presentait i ses deux extrelmites deux rentlements d'une forlte tout (i 'ait caracteris(e. Puis, sans se laisser arrlter par la fatiague d'lne journee d'observations peniblles, il repla:a son cercle en station; et il prit par rapport it un sommiet alg-rien encore bien visible, les azinuts des deux poin ints culminants de l arete, ainsi ltle leturs distances zenithales et cetle (le l'horizon d(e la Iner. Qulel('es j, urs aIprts. il aperc(:ut la mi'me ra[te dentel6ededle dlill'rentes stations, dil mont Filhaoussen, puts dui Nador de Tler'cen, de Zendal. entin d.

Page  80 80 sELOGE IISTOLIQ1I-E MI'Sabiha, et fit, en chacun de ces points, les inesures necessaires d'angles et de haulteurs. Rentrr en France ai-prs cette leiiruse caml)pagne, il put, gr(lce aux donnees qu'il avail recueillies, formuler un projet de jonction des deux continents d'Europe et d'Afrique, dans lequel figuraient des triangles ayant jusqu'" a 31 i kilomTfres de c-tt. I)e i)preilles dislances-n'avatient jiamais etf rencontrees. (a beaucoutp )pres, rnm(me dans les oplrations e odesiques les plus exceptionnelles.\ A a inontan'ne du l'.t.iei'o d(e ( I. Palma', Arago. a)pres six nmois d'attente, avait r(ussi h voir les signaux pl(iacs dans l'ile d'Ivica; mais la lumiere des r6verberes n'avait alors franchi que 161 kilomeitres. I1 est vrai qu'en 1827, le capitaine Durand. charge6 de trianguler la region de Nice et dle Marseille. avait pu, de piusieurs de ses stations, apercevoir en Corse les monts Cinto et Pag'lia Orba et nlesurer leurs azimuts, h d(es distances qui allaient jusqu'a 267 kilometres. Mais il y a loin de pareils recoupements it des operations geodesiques reguli;eres et reciproques. Toutes ces difficultes n'arreterent pas Perrier. Bien plus, it son projet de jonction, deja si ardu, il ne craignit pas d'en associer un autre, dont l'execution paraissait, sinon plus difficile, au moins plus longue et plus delicate. VI Puisque la jonction hispano-algerienne devait avoir pour resultat de porter a 280 ou 30~ l'amplitude de ce meridien terrestre qui, a travers les regions les plus vari6es, plaines, mers, montagnes moyennes et montagnes elevees, s'6tend des iles Shetland jusqu'h Formentera, il importait que toute l'etendue de cet arc

Page  81 FRANCOIS PERRIER 81 fut determinee avec une egale perfection. Or la partie franQaise etait d'une pr6cision inferieure a celle des autres secments. Ce fait, constate depuis longtellps par les Ingenieurs Cgograplhes, venait encore d'etre mis en evidence par les observations pers6v6rantes et precises de notre confrere Yvon Villarceatu. Ainsi s'imposait la n6cessit6 d'adjoindre ( l'opc';ration hispano alglricnne une revision m1lthodtl que de la M6ridienn e de France. 11 y aurait eu la de quoi faire reculer un hornne moins patriote et mroins d tetrnini. Dans cette immnienso ettendu (e l'c uvrn-e i a accolmlir. Perrier ne voulu[t voir et ne vit cqu'tne chose c'est que son exeicution donnlrrait it notre pa.ys l'octcasion de reprentdre e rang tn q'il avail perdu. Ilc tovn dl'e'fectuer tne rentree digne de son passe dans Ic mouovement ge6od6sique europeen. Et lui, simple capitaine, it peine connu par des travaux qui n'itlaient mlm'in(e pas publibs, il se mit en canlpaglne sans larder, po1)o recueillir les appltis qui lui taient nl'cessaiicTS. C'est au Bureau (les Long'itLudles qu'il s'adiressa toutI tlabord. Dans 'hi ver de '1868 t 18fi9, ii coinl otniqua le resutltat de ses (tudes i( nos illustres conll'rire.'ts liave'( )elattnayv, Laugier. (jui, des ce moment. se minotit'rent ses plus z6,l's d,'lfenseulrs. Apries avoir delmand(l I autorlisation du g'n ral Jarras. directeur du l)tpt( dc lIa Guerre, it 1adritess;(, I[ 14 mlars 1869,S son projet d0e jonction at BIureau l ds Longitudes en insistant sull li necessit dte reIvise'r la M16eridienne et sur la possibilit6e pIour Ie li)()6t tie ltd (;uerre, (d'accomlpli r ces deux oplrations. la 1lla joritle, du lBureau luii e('Sit f'avorablleo mais il avail lieu de craindre (qie 1e I'na~llCal \'aillant, alor s lpr sid(lnt, (iu Bureau, ne fit une olpposition qui eilt elntlaict la 'ui'et de toutes ses espc}rances. lPerrier le sa(lit hlostile; il se decida cependanl t lui faire une visile. iL Mairi'

Page  82 82 lELOG(E HISTOR)IQUE chal le recut fort rldernent, lui declarant qu'il n'offrait pas assez doe gatranties pour l'execution dlu travail projet e, qu 'i son avis on devait, en vue de suppleer i l'insullisance du )D6p t (e la Guerre, reconstituer un Corps special, qui sc recrutIerait (i lF'cole Polxyeclni(ue et setait instruit l' (Otbservatoire. Perrier sortit de cet entrelien profond(,nent navre5. N(anmroins, a la seance suiLvante diu Iureau, le.Ma;tchal, cdant aiux instances des memnlbres devsounos i sa scause, consentit a transmettre au.Ministre de I'listruction j)ublique une lettre Lpreparc e par. 1;Fae et dans laquelle le Ilureau, aplluvant les propositions ct les projets de Perrier, en recommandait l'extccution irmmeniate. IHeureusement les deux ministres auxqulels appartenait 11a d(cision e6taient animl6s, I'un et Ilautre, des vues les Ir:ls (levees et Ies plus patriotiqules. D. luruy, a l'lnstruction putllique, et le M1arechal Niel, a la (Guerre. se nirent facileenlc t d'accord. Ie ilarechal Niel voulut recevoir le jeune capitaine, s'entretint lon-,uement avec lui, se fit soumettre un plan delaille et, un mois it peine ap)res l'envoi de la ettre du lureau, il ecrivaiit at IM. Duruy quo la 1eiridienne de France serait conlmenc6e ds 1870, que cette revision, et plus tard la jonction de l'spagne et de F'Algerie, seraient conti6es h la bri gade,eodlSsiqie dirig'ee par le capitaine PIerrier. Celui-ci devait etre assiste dans cette operation par deux adjoints dont 1'un, le capitaine Bassot, notre confreTre aujourd'hiii, est devenu, des cette epoque, son collaborateur fidele et son ami devoue. Comme l'avait decide le Matrelchal Niel, les op6rations de la AMIridienne furent commencees au mois de fevrier 1870. Elles devaient etre interrompues par la guerre fatale qui eclata au mois de juillet.

Page  83 FRANCOIS PERRIER 83 \ II Perrier partit le 17 juillet pour larmnle du Rhin. 11 6tait attache dans un emploi de son grade a FEtatMajor g6n6ral de la Garde Imperiale. Dans ses campalnes geodesiiqes, il avait brave plus dl'une fois la maladie et la mort, mais il n'avait pas vu le feu. Au moment de partir, il disait modestement t un de ses amis: ' Je n'ai pas encore vu la guerre, je n'ai pas eu le baptOenle du feu; mais je pense que je ferai bonne figure comme mes camarades )). Eten elefet il se montra digne des troupes d'elite anu iilieu desquelles il combattait. I1 prit part aux batailles (le orny, de Gravelotte, de Saint-Privat, et partout il fit tout son dev\oir. Les corres)pondances de cette e6)oque nous montren.t la confiance, lestime. la d6f6rence me'me que lui t6moilnaient alors ceux qui coml)attaient avec lui. Son sens droit, son intelligence claire et rapide, lui assuraient sans effort une -rande intluence sur tons ceux qui lentouraient. 11 subit en soldat soumis, mais impatient et clairvoyant, la longue inaction que Bazaine imposa it ulne armNe dligne de meilleures destin6es; et, lors de la capitulation, il fut envovc" comme prisonnier it \Weissenfels, qu'il de;vait quitter quelque temps apres pour Leipzig. Nous pouvons juger dtes sentiments qu'il (eprouvait it cette cpoque par la partie de sa correspondance qui nous a 6ttc conserve(e. ( Vit-on jamtnis, disnit-il, ine position pluts horril)le que la n6tre? Nous soiics comn tle sttppr'ille (ldu nomi})re des vivants et, ilnomeniitinemnent dllu rt1)ins, nious avonsi perdti le droit de nrous dire rancais. Nos. cI'r( ( s- peuvcnt baltt'rl

Page  84 8<!ilO)GE ItlSTOBIQiE soe rop11'1r' do;llns a; oittrine; mais ii lcur esIt dkefendu de s'1lallncher..N sentille lts, nous ne pounvons Ics expriner. Nos v \ '1x lat Fr'ance, nos conseils, lqui seraient pllt-'tr' ulilte1 se 1?1itl. entt c0ntr)e tla barriol' inftranchissal)le dJ (1 pt r;ii', le dtl1,i. N()s 6p('Ses sont couve(-ltes d'un voil1e n11i0. Ioulis r s OnIInIs des corps sans aines. Nous soinnies hililjs;,;inoId}{ris, 'is, ents. (Cst fini d!e nous, et je sert'is d(-j Inol't de chr lagrin, (de rage {4 de honite, si je ne in'tais cra1l(ponnl au travail coinine il (ne atrcle de salut., lt pllls loin: ((.J r(eslte ll c (oin d{-' 11io fenl et je trtava;ille. I)anls la triste sitnation qui nlous est fait<. le travltil n'est pl)s Selletltlet utie consola;tion l; c'est aussi un dlevoir, si nous vo-tl 1ons tll) joll' (tre capaIl)les et di-nes td prenlde lnotlre revan lcli )). IPerrier travaillait en effet; il lisait et annotait les travaux dle a ' siute o'odsie de (dGauss, de BIssel, d'llansen; mais tout son temps n'etait pas consacre a l'etude. Des associations s'etaient forme.es en France pour venir en aide a nos prisonniers, et il fut plus d'une fois charl'le de distribuer i nos naLl.leureux soldats des1 secoturls destines it leur pernlr tlre se de so igner, de se pourvoir de vetenents plus chaullds. 11 est touchant de lire les remerciements qui lui etaient envoves ii cette occasion, plus touchant encore de voir plusieurts do ceux auxquels il s'ttait adress6 lui renvoyer les quellues thalers dont il leur avail fait part, en le priant de les reserver pour des camarades plus mal partages. Lorsque la paix fut signee, Perrier rentra en France le 27 mars 18771; il fut immediatement reintegre au Depot de la Guerre a Versailles et revint a Paris avec les troupes, le 3 juin 1871. Un mois apres, malgre toutes les difficultes du moment, une decision

Page  85 FRANCOIS PERRIER 85 virile du Ministre de la Guerre confirmait celle du Marechal Niel, relative a la revision de la MTeridienne, et portait que cette operation resterait confiee tl Perrier et a ses precedents collaborateurs. Avant de m'etendre sur la naniere dont elle a ete conduite, il importe que j'indique comment Perrier a voulu contribuer au travail de renovation qui s'accomplissait alors, sous 'influence de nos defaites; dans tons les services de l'arnee franc;aise. VIII Des les premiers mois de 1872, il ptbliait dans le Journal des Sciences militaires un article sur la r(or'ganisation du service geodesique dans l'arnme. ( Nous nous proposons, disait-il. de nmontrer quel a 6et! le role joute aux epoques successives de Ina gen}deisie frl;in-!;aise, par l'\Academie des Sciences et le Bureau (es IoI1igitudes d'abord, par le Corps des Ilrgenieuis. -,or;aplues ensuite, et enfin par le Corlps dl'EItt-1Major, de proulver (ille la difaillance du se'rvice g6odCsique est t relle, (1'en dtliiir les causes, exclusivemetnt illpu;tllles au Corps d 'EltMajor, et d'indiquer les Imesurcs d(e rol6toanliSation fatciles a.appliquer et qui peuvent ieltrle fin itne situation fAcheuse bien faite pour alairer lels esprits Stlr'icux. ) f Tandis, ajoutait-il, que, dans les pays voisitns du notre, en Angleterre, en Espag'ne, en llAetnagl.ne. en lussie, on se passionlle pour les 6tudes et les tra;v;tux de la geoclesie, en France (;1u contra'ire lt scii:t(1c'e -'}1itdsiqtie 'st dle nos jouin's fr;)ppe)( (e d h(ch iAce. C("'t tn tialliur t, un danger q-ue de Ilaisser s'r;laisscl' aUini Il niv'ctitl dt'L science. Des -es Leluli sC crl,ien stOlielux il'ietI'tt e}laq ie jour qu'il faut tinesutir' I 'ip llorta:ii' des clt,.sis (!cu:r resultatt lpratitpiee inllll diat, (t s'a ut)l'int d, ~' 1 I )l'il(:il). 'po(ur prie la I' cice ciien g'Oienal ct la gcodtosic et p;o'

Page  86 86 il. 1)oGE HIlSTORIQIlE ticulier; ils oul)lienlt qul 1e. (lans toute ( ituce lIl(:e p)riode scientifi(lue a toujollu' l' pre'Cl; e t )pric'(t(e tou)Ljours t es applications utilesI. I11e na;tion qui ne sait pas encourageir la science, bio(n q(u'lle ne soit (que l'to(cc:tion tl1lurique de quclques-u ns, consent i laisse.r; d'autroe la loire et 1( plotit les (applications utiles; eltle ( -hoit. lnric:tynhoe lui dedaid-ne les (tudels et les tr;tavaux (I e la; godosio est lientot ent ll-tn<;le l ne linel' Il co(nstLuu(:tion des cal'tes topographt)iqes (et 1'ttlt1de apl)iofondlie des ter'ains siur lesquels elle doit se mouvo)il' et op't l'el nuilitkirement. Tout setait ` citer d(ans cette 6rtude, mais il fait se )orner. Apres avoir constate linsLuffisanee pour le passe, Perrier rechercllait les meilleurs finoVens d'organiser pour 1'avenir un Service 6ograiphique serieux. Ecartant un projet qui avait l'appui de personnes tres comp tentes, et qui consistait ' creter un service central sous lai direction du Ministlre des Travaux publics, il proposait de reconstituer sous un nom nouveau, celui d'(ftficiers gtogratples. le corps des In 'enieurs gographes, en Ie recrutant desormais par voie de concours parmili tous les lieutenants de l'arime, (( Dans l't;at actuel des clioses, disait-il, la production des cartes d'ensenble, la revision frequente des travalux relatifs au terrain, sont indissolublelnent liees i la pr6paration des opelrations nlilitaires, qui sont d'une importance capitale; le service geographique doit done,tre un service militaire, platc tout entier et toujours sous les ordres du Commandement. C'est lt un principe reconnu et appliqu6 dans toutes les armees d'Europe. Cette brochure de Perrier etait un acte. Elle fit impression dans le milieu auquel son auteur F'avait destinee. Un de ses amis lui ecrivait:

Page  87 FRANCOIS PERTIUER 87 ( Vous demontrez avec evidence la necessite de relever la geod6sie en France et vous en indiquez les Inoyens. Je vous fdlicite d'avoir eu le courage de dire la vriit.e. Le bon colonel Peytier, dont vous rappelez les travaux, men disait ( On laisse perdre la tradition, on ne formle plus d'ele.ves pour la godesie. On ne pense qu'a une chose: finir la ~ Carte le plus tot possible; ) et il aurait pu ajouter: ( Quand elle sera tinie, on n,' sera plus en (tat de la ( recomlllencelr. Dans une note plus intime, un ie ses meilleurs camarades lui c'rivait: (( Je t'ai reconnu tout entier, et c'est ava nt tout (le cc qui me faiit l'eflet d'un a;cte (le courage ide ta part!.ue je te felicite. Courage civique, dcvocuement (i 1;a vrlite. Ttl vas t'attirer blien des haines. ('est eigal, tu as bien fait et je suis content d'etre ton aami., Et il aj o u ait: ( Je ne te,lilris peut-e'tre pas cela d'efftsion si ta ((t;ais garr(on. Mais pour peu que cela te papillutte aux yeux, passe le papier (i ta femme qui, si la. modestie est la plus belle vertu de son sexe, n'est pas absoluutent olligee d'etre modeste pour toi. > Perrier en effet ven.ait de se marier le 10 janvier 1872. 11 avait epotus Mlle Antonine Ienoit, fille da Doyen de la F1aculte' de lmedecine de Montpellier. Cette union, qui de-ait assurer son o-,nheur. fut malhetureuseinent bien courte: Almne lerrier inourut apres une annee ie d mariage en lui laissant un fils. Contrairellent aux previsions pessimistes de son ami, le travail de P'errier, oui la mnoderation et la n:lesure rehaussaient la force des argumnents, ne lui attira ni hines ni diifficultes. La constitution d'un

Page  88 88 EiLOGE ItlSTORIQUE' corps d'Ofticiers (iograpl)hes qu'il a-.vait pr)i Conissee ftit accepotee en 1875 par1) la Cctmnmission tde larm6e Dl(elndue it la tribune par le gten ral B1illot et plus tLard. at S(nat, par te ge;nttral Poiurlet, elle ne put prevaloir, pour des raisons d'ordre g-n16 6ai( que nous n avons pas ft apprecier ici. Bornonls-nIous, en restant sur le terrain qui nous est pro~-pre, a constater que, comrne toutes les sciences, la e(-'(losi exie (de ceux qtui la cultivent des 6(tludes perst(ve rantes. des connaissances valries, un culte exclulsif. OQ)lele que soit l'organisation adolptie pour 1 e Service,eo'-ra phique, il faut que la ge(oodsie puisse devenir une carrie re; c'est ce que demontre d'une manimre ddcisive l'etude si inttressante de Perrier. IX Au moment oft il la publiait, il etait sur le point de reto1rner sur le terrain, et de commenccr sa troisieiiie callmpag'ne pour la revision doe la Meridienne. Le moment est ven d'(indiquoer en quelques mots la nature et la portee do cle '-rand travail. La Comlmission rovale de 1817, qui cut a fixer le rmode d'ex"cltion (le la nouvelle Carte de France, n'avait pas j ug necessa(ir e de reprendre la m6ridienne do Delamrbre, et elle availt dcide( que cette nieridienne 'olurnirait les 61rcris dle dl{part de lit nouvelle triangulation de notre pays. C'est en effet sur la n6ridienne de Delambre que vinrent s'appuver les. pantlleles d'A.miens, de Paris, dle Iourges, de Clermont, de Rodez, des PyrIn6es, et plus tard. les meridiennes laterales de Bayeux, de Me\zieres. de Strasbourg, qui par't;ag'r ent la Frannce en grands quadrilatlres, d'environ 200 kilometres de cote, dent l'interieur fut ensuite

Page  89 FRANCOIS PERRIER 89 rempli par de grands triangles de premier ordre qui s'appuyaient sur les cotes de ces quadrilateres. La methode suivie admettait done comme un postiulat l'exactitude des operations de Delambre et de M6chain. Cette exactitude paraissait garantie par la concordance des deux bases de lelun et de Perpignan: la valeur de la seconde, d6duite de celle de la premi6re par le calcul de toute la chaine de triangles qui les s6parent, s'accordait avec la mesure directe L un tiers de m6tre pros. Et cependant, la confection des chaines primordiales ne tarda pas, du vivant merne de Laplace, a faire decouvrir dans lit Aeridienne, particulierement dans la partie comprise entre IBourges et Fontainebletut, des erreurs que les Ingenieurs g6ographes n'hesiterent pas i declarer inadmissibles. Plus tard, vers 1860, Le Verrier, qui relevaitvolontiers ce que les autres laissaient tomber, organisait a l'Observatoire un service de geod6sie, qu'il confiait i son plus hal)ile collaborateur, Yv\on Villarceau. Celui- ci, reprenant t la fois les theories et les observations, effectuait des mesures de longitude, latitude et azimut en huit stations de lai Mleridienne et confirmait par ses propres travaux la conclusion des lngcnieurs geographes: la Aleridienne de Delambre n'avait pas I exactitude qu'on lui avait supposee. 11 6tait bien loin de la pensee de ceux qui signalaient ces erreurs, l'ailleurs insignifiantes an point do vue (de la Carte, (lincriminer la 1elle cruvre qui marque la veritable origine deo la geodesi mrodern. \Mais il est certain qule les circonstances memn e dans losquelles op6rait )elanl)re l'ont plus l'une fois ertmpl)ch6i de satisfaire i( certaines conditions indispensables. Ses triangles no sont pas tOIujOr'S bien conUornIls. La forme do certains edifices pris pour sigina,

Page  90 IDO D0 ELOG~~~',-AE HI1STO14 iQE" ne' 'tait pas assez reo-uliLre. (Juelques angles n'out pas eAt6 stuffisainment repete.s. iDeux d'entre eu i on ruesures, ont dici itre conclus. U~ailleUrs n'est-ce p)as le sort dle tout traailal scientifique d'etre repris dle siiwcle en sie'cle 2? Depuis iDelaninbre, touteOS les tinthodes avaicut k" perfectionn~,es I a prcislon des meSUres avait ke 6t6 ccrte dans d6'nornmes propor-tions, le Calcul. des ProbabifltKs k3tait venu donner des nm6tlhodes sc'res et tu'cises pour la r6.partition des erreuLrs. Toute ]wuuvre e'tait id reprend-re, si Yon voulait qu~elle p dt concourir, Stur tin Pied degalite, avec les nesures 6%tran-26res. a I a d(3termination aussi exacte que p)ossible (le la forine de la Terre. CTest ainsi qu'en jugea Perrier. D'Is J870O. ii avait attact.6, les opt-'rations par le Stid, en rattachant, par le co"iUt6 Canigo-u-F orceral, la nouvlelle triangulation francaise an reseatn espag'nol. -Pour recevoir des rnai'tres de la science g6od6sique les indications les lplus propres at assurer le sncc6s de la nonvelle inesure, ii demanda d6s 18~72 'at M. le, M-inistre de la Gu~erre de sournettre an Bureau des Longitudes et Ih l'Acad~unie des Sciences to —ute la portion de trava-il de'j'a acconmplie. L~a g~rande Commission nominmie par IiAcade'mie requt les carnets d'op6rations de Perrier et de ses deux adjoints, les capitaines -Bassot et Penel. Son examen, tre's complet, porta aussi bien sur les oibserv~ations que sur les me~thodes de calcul. En ce qui concernait le point essentiel, la mesure des angles, la Commission se plaisait 'a constater un perfectionnemnent capital. Les instruments re'petiteurs, pour lesquels le -De'pot de la Guerre avait eu pendant longtemps un respect presque fe'tichiste, e'taient de'finitivement abandonne's. Et la me'hode de la re'it6ration, que Perrier avait vu fonctionner chez les Anglais,

Page  91 FLAANCOIS PERRIER 9 Al ZY q'il avait essay'e en Alg'rie avec un instrument Construit 'a ses frais, venait cette fois se substituer franchement 'a la m6thode de la r~pe'tition. Perrier avait Pu mettre sous les yeux de la Commission un instrument parfaitement adapte' aux operations g-eo-.desiques. Destine' seulenient 'a la inesure des ang'les azimntaux, re'duiL ~'t la plus extrenine simpjicit.6 et pourv. die notables perfectionuetnients, introduits suir les conseils de Lau-ier et de V"illarceau., le cercie azitnutal re'ite'rateur construit par lBrdinner 63tait i-n instrumlen t pour ainsi dire parfait, donnant les angles (h miois d'une seconde centesimale, et (avec. lequtel il nv avait p)luS guere (It craindre que les erreurs provenant des iKJractions irr&.~tulie'res. Pour donner ii linstruinent toute sa valeur, un changTernent radical avait 3t6e introduit aussi dans La nature des si-naux. AIIuX clochers des e'-fises, aux sommets des 6difices 6deve's qui prisentent souivent ce que les gt1odlesiens appeflent des effets de phases, qui pernietten't raremnent de placer les instruinents au centre ni~e t-ie Ie a station, et qui, dXailleurs, subissent de leagers d~placemnents sous linfluence de la tempeorature, Perrier substittiait ddfinitiveinent les si-naux solaires que Settle la re'volte des Akrabes l'avait ernpCech6 demplover en Alg'erie. Conune il l'avait sans doute espe're, La, Coinmission applaudit, ii taut de perfectionneinents. Mais elle ne se, borna pas ft des 6lo-es, elle donna des indications qui s-e montr~reiit prt~cieuses dans la suite. L'h"Iiotrope ktait, elie Ie reconnaissait, un prncieux appareil. Mlais ii iie petit e'tre eiiployec que lorsque le soleil 6claire simnultantrnient tons les points dont les azirnuts doivent A're observes. Et, nuieme dans les journ~es ou' le soleil brille du plus v'if 6clat, il pent se

Page  92 9'2 E ILOGE HISTOILQUEE faire que 1'observateur soit reduit a l'inaction. 11 opere en effet dans des conditions of I'astronome ne oudrait pas observer: les rayons qu'il recoit dans s;i lunette ont traverste des couches d'air trop voisines du sol et, par suite, in',egalenment echaluffes; les images qu'il obtient sont souv-ent tremblantes, vacillantes et metme colorees. La nocessite ou il sc trouve d'attendre les courts instants ot elles de-iennent fixes et reIuulieres est une pr6cieuse garantie pour l'exactitudet memine des resures; mais elle allongoe beaucoup leur dur{ee totale et, par suite, en augmente le prix di, revient. Pour parer it ces inconv6nients, quelquefois intolrables, la Commission recommandait aux observateurs de la MAeridienne de revenir sur une question qu'ils avaient rayee de leur programme et d'examiner si les observations de nuit ne pourraient pas tire adjointes avec avantage aux observations faites pendant le jour. Les signaux de nuit avaient e6t autrefois d'un usage courant dans les mesuros goiod6siques. Delambre n'avait pas ose les employer en France mais Me6chain les utilisa en Espagne d'une maniere sV-stLrmatique. ('est en se servant de feux et de reverberes que oIiot et Arago avaient pu reprendre plus tarl le travail (de MAichain et prolonger la M6eridienne jusqu't Forlmentera. Laplace les avait recomman(des pour la trianglulation de la Carte de France; sur ses indications, les lngnieurs g6eographes les essay.rent a peu pies partout, et dans les conditions les plus varies. Le r6sultat fut loin de paraitre favorable. Les observations donnerent lieu a de grandes discordances, principalement en cc qui concerne les distances zenithales; et comme elles entrainaient, surtout pour les hauts sommets, des difficultes, des fatigues et meme des dangers, elles

Page  93 FRANCOIS PERRIER 93 avaient ete completement abandonnees. Villarceau, au contraire, dans les stations qu'il fit en divers points de la MA'ridienne, les employa de nouveau et avec succes. Fizeau, Elie de Beaumont se joignirent a lui pour qu'on reprit l'etude de cette question et demanderent a Perrier et h ses collaborateurs de faire, a titre d'essai, des observations de nuit pour deux triangles choisis, l'un en lays (e plaine, lauttre en pays de montaguone. L'opinion de Perrier, conminee celle du D'tp(t de la Guerre tout entier, (t'ait tres defavorable aux observations de nuit. 11 s'attacha cependant it faire (lans les lneilleures conditions la comparaison quIi luti 6(tait denrandee. Cherchant d'abord ic obtenir les si'naux de nuit qui poulaient donner les meilleurs r(sultats, il s'arreta (dfinitivement a un systeme tres ingenieux de collimateur invent5 par le colonel MAangin. Puis, se placant scrupuleusemoent dans les conditions qui lui avaient et6 recommnand(les par la Commission, il lit avec le capitaine Bassot les observations les plus vari(es. Le reisultat fut contrlaire Si ses previsions et donna raison it V\illarceau. lPerrier n'hesita pas a le reconnait e, que dis-je! 1- le proclamer. ( 1,es obserlvations. dti -il prot vent que l1(s (obser-; ions Ie0 ntl it, i pl p i tle os scuilc l teit a. des azi t1111t, poss letl t, tin dle-1l ( le I)l'cisiolt stiS;!''i eitlu a' elili (Ides ob).)sctrv';tlio s de jou ' ect qctu'iles s;ti st'olt 0Iieux aux conditions, o lllStriqul<s d( la tria gultlttio. l>. l)epuis cette et)oque, les signaux dle nuit out ';te' Iemplov;Cs (do nouveau par les g-(od6esiens franrtais..'est (rice i eu1x que le gene'ral Bassot a pu, en une seule caminagnee, lmesurer la m5rt'idiennie dAlge'r ia Latlhouat. Perrier recut l'ailleurs plus tard lia plus l)elle r6comllpense de la l)onne humetlur et (d la lovallut

Page  94 94 i LOGE HITSTO()IQUE qu'il avait apportes (dans cette circonstance car c'est uniqutlment par l'emploi des observations dle nuit qu'il a pu ro(aliser la jonction de El'spagnne et de I'A1 -eo rie X App]uy6 sur l'approlation de 1'Acadtmine, il poursnivit avec des methodes desormais tistxs la revision (e la MAeridienne. Nonmmi;. le 16 jiin 1873. melmbre du (Bureau des Longitudes en remplacemenLt du Marechal Vaillant, et promu chef d'escadron le 28 octobre 1871, apres avoir passe plus de quatorze ans dans le grade de capitaine, ii avait acquis au Dtp6t de la Guerre une autorit' q -li lui assurait la plus grande liberte d'action. II put ainsi comp)leter en un point essentiel la r6organisation du Service,,6od6sique. Les triangulations ne sont pas tout en geod6sie; il faut encore leur adjoindre des mesures prises dans le ciel. Pour le geodesien, comme pour le navigateur, c'est la sphere celeste qui fournit les repires et les contr(les. De tout temps, les observations astronomniques ont accomnpagneo toute operation glod(lsique. Elles permettent (de dleterminer exactement les amplitudes des arcs, et de plus elles fournissent les movens (le verification les plus precielux. Engage (, dans une chaine immense de mesures et de calculs, le neodesien trouve dans l'application d'un beau th6oreine de Laplace le moyen de contr6ler les resultats de ses operations terrestres par des observations de longitude, de latitude et d'azimut. Seules, d'ailleurs, ces observations peuvent permettre aujourd'hui de reconnaitre ces variations locales de la surface de notre globe dont l'etude constitue un des problemes fondamentaux de la geod6sie moderne, Perrier n'ignorait

Page  95 FRAINCOIS PERRIER 95, rien de tout cela. Aussi, des 1874, il faisait etablir un pavilion permanent d'astronomie gtodesiq ue, h Ailger, au-dessus de Mustapha, non loin de la colonne Voirol. Ce pavilion, pourvu par ses soins des instruments les plus modernes, devait servir de station initiale et jouer dans la triangulation algerienne le meme role que le Pantheon pour le reseau francais. La mrmoe annee, en dlterminant, de concert avec l'Observatoire (le dParis, la diffeIrence de longitude Paris-Alger. il se familiarisait avec la m6tlode de determination t(elt6raphique (des longituldess qui. employve (d';bord par les Amriains, avait recu trant de, perfectironnements entre les mains de le lVerrier, de Villarceau, de notre confrtre 1. LwI-wv. Ulne fois en possession (le cette mnethodoe, Perrier eut frelquemment occasion de la pratiquer. On lui doit en effet 17 diff6rences de longitude mesurees, soit en Algarie, soit en France, soit dans les pays voisins. Charge i lI'co(le Superieur e (Ce uerre du (Cours de Geodesie qu'il professait avec une rarte superiorite, il se preoccupait (le favoriser le recrultement et d'assurert l'instruction des jeunes officiers que son ardeur et son zele amenaient ( la - 'lod(esie. et son-'eait ta creer un Observatoire, destine a devenir une Tveritable Ecole suplerieulre d' stronomie et ld g'eodesie, lorsqu'une occasion inesoir(T e -int s'otffii r it. lui de r6aliser cette partie de son lpriogranmue. En 187:.' le ]Bureau des Lon-itudes fuit iutorise par la \Villee de laris 5 pirendre )ossession d'un terrtin dans le Pare de.lontsouris. potr v e tablir ses instruments et son materiel d'observ(ation, de maniiere it fournir aux otficiers de marine et aux -vovat'curs '1occasion de s'exercer (i ll pra;tilqe des observations astronorniques et des deterininations dl( position. Sur l'initiative de lPerrier. [e Ministre de la (Iuerre

Page  96 96 EILOGE IIlSTO1lQTUE exprimia le destir qu'ulne parcelle de ce terrain fut reservee au Dtpoti de la Guerre. Le tureaut s'empressa d'accucillir cette tdemandle, et liObservatoire d(u DIp)(iit de la Giterre ne tarda pas h etre pourvu des blatinlents et des appareils n6cessaires ii 1'inst'ruction des ofliciers. (< (o CoMnie on le voit, lit Peioier, inoltre in-stilllation est ac(lxevic, ct lts ofliciers g6deo(siens d(e notl 'e a;'ilee n'ont plus rien (' envie(lr leurs e(lnllls td-es armees etlrang'res. Desolrmanis ils polrront e(tudlicr t' f'ondl Ias ilstrinnm nts, prattiquer les rntlth}, les en ilsa.,-];ns, is ()Il)oprations de haltie geodesitre et exetlri saoit en Fri';lic(, soit en Ailt-rie, soil i<ollament, soil e)n )ll; )rhtl-tion av'cl! es;astrono1mes ftrancai. les,Ti' n(ls I r;ivaux,';lstrtionotlit l, d() )(l(sique qui sent < ' I'(idr du. jor( dln iU 1onrte scilltiii lie europee n.,,( eLa creation de l')servatre (i l Il:iLu ti s t Longitudes, donl celx del 1 i Ali e te t (e l; G(;auereil' s tont des annexes, est ven uc, conal)let'r ull lactlue re'rettabll (dans l'organisation scientiiiqu e I Ide li France. E1li, cotnpl l)te en eftet les grands Oi)servaloiles de notre 1pys, en offrant taux 2oerasl)hps.;tx nlarins et ax officiers tin I ta)r Itoire spSc'ial, i la favetir' diuqu1l la Fi'raniocm p tourr rei'preldre le rang qu'elle a lonlitemps octllp)', et aliuuel ellte le droit -de pretelndtre, da1; s 1l; catrriie re les I;grtali s e lltl -)prises geogrqea p iqS. uts. Perrier pouvait parlor avec autorit;. des plrog'rs realises i 1'e6tranger, car il les avait ('tudies slur place et les suivait avec attention. i1 etait de ceux qui avaient le plus contribue a faire entrer la France dans cette grande Association g6eodesique internationale dont Struve, des 1857, avait demand6 la formation et qui avait ete fondee en 1864, par le igne'ral de Baeyer. Des 1872, il avait suivi, en qualite de repr6sentant de notre Dep6t de la Guerre, toutes les reunions p6rio

Page  97 FRANVOIS PERRIER 97 diques de l'Association, et il etait rapidement devenu l'un de ses merbres les plus actifs et les plus ecout6s. XI Cependant, le moment approchait oll Ia grande opVration entrevue par Perrier di s 18(;8 allait devenir possible. En Espagne, sons l'impulsion diu gKntral Ibanez, les travaux 9zf'odesiques. pousses avec une rare activite, avaient atteint la reglion des sierras qui font face it l'.Afrique. D)e notre c('tt6. li revision (te la Meridienne etait en bonne voie. i n 1878, les deux gouvernelnents de France et d 'Esllp1ne dt6cidtlrent de proceder en comninun a la jonction (les tdeux r',seamux aleri en et espagnol. I1 etait indispensablle tie laire (t'abord ne nouvelle reconnaissance, afin de fixer dlfinitivement les sommets ld polv-gone de jonction, et (ten mesturer les angles (l'tlne maniere approchee. Les points choisis furent Alulhacen et Tetica, en Espane; l illtaoussen et MI' Sabilia, en Algerie. Le Mlulhacen est le point culminant lte la Sierra Nevada. Sa cime scltisteuse, dtpot'rvue tie toute vegetation, atteint la hauteunr enorn i de:..8le ni3tres. Tet. plateau dte quelques metres t pleine de superlicie forme le sommet de la monta;lne, horGd par dtes pentes rapides ou des precipices a pie. l ulhacen, qui appartient i la province de Grenade, est un dtes loints de premier ordre du reseau g(od6sique espagnol. Tetica, situie dans la province d'Alm6ria, appartient egalement a la triangulation espagnole. Le pic calcaire qui la couronne s'e6leve a la hauteur de 2.080 inmtres, et dornine toute la Sierra de los Filabres, it laquelle appartient cette montagne. 7

Page  98 -f-LOGE' IISTORIiIQVE Les sommets choisis en Ah-o-rie zAvajent Fun et lautre des altitudes lbien moins e'lovee1s. Le, Filhaoussen, montatmne forme'e de calcaires schisteux, situke dans la province dOran, pr's de la fronti~ro du Maroc,, s>A'~Ieve ht 1. 137I nmhes. et forme, tin des sommets de premier ordre de la triangu'Ilationl alga rienne. M' Salhiha, qui atteint "591 me'tres so-nloment, et qUi est le point Ie plus e'leve' do la petite chaine, du Alurdjadjo, niappartenait pas, i la triangulation a~-3~rienne mais it e~tait facile do, ly rattacher. L-a reconnaissance pr~liminaire, qui cette fois dovait etre r~ciproque, flut exe'cute'e dans le courant do 1l6t6 et do l'autLonne (10 187 8. Elle-fut confide'e en Espagne, an colonel Monet; on Alge'rie, aux capitaines Derrien et 1{oszutski. Los si graux heliotropiques furont aporc~us d'une manie're tr~s interinittente,; et mkine le colonel Monet no put jamais, (10 Mulhacen, voir le signal do, Al! Sabiha. Los observateurs emport~rent limnpression quo la jonction projetkee tait possible, mais q~ielle prendrait, beaucoup do termps, si I'on no disposait pas (10 signaux dune puissance extraorpnairo. 11 r(",scmltiit 6galemont do cette laborieuse reconnaissance quo la pehiode oui los operations e'taient, possibios so trouivait comprise entre los limites los plus resserrees. Avant la fin d'aomumt, los observations do jour ktaient imupraticables sous le soleil (10 [ Al-grio. Apre's le mois do soptembre, la cime du Mlulhiacen devait dev'enir intenablo pour los observNateurs. La premiere mnoiti6 do Fanne '18719 fut consacr~e aux experiences et auix travaux pre'paratoires. D'un commun accord, Fran~ais ot Espagnols de'cide'rent d'employer, pour los mesures d'angles, le cercle azimutal du De'p6t de la Guerre qui, par suite do sa cons

Page  99 FRANCOIS PERRIER 99 truction, se pretait egalement bien aux observations de jour et de nuit; seulement, pour permettre a chaque observateur de decouvrir ou de retrouver les signaux envoyes par les autres stations, on adjoignit h l'instrument un petit cercle vertical, qui devait permettre de pointer surement, a une hauteur fixee 'a l'avance. Des heliotropes furent commandos, dont la surface etait egale a neuf fois celle des miroirs ordinairement employes. Mais c'est surtout sur les signaux de nuit que se porta toute l'attention de Perrier. On ne pouvait esperer que la lumniere du p6trole, eimployee jusque-la dans les operations de la Meridienne, traverserait la Miditerral'e sur des etendues 6norrmes, qui variaient de 225 a 270 kilonmetres. On essaya sans succes la lumiere Drummond. A cette epoque, l'acetylene n'etait pas utilise dans lindustrie; on s'arreta t lia lumiere de l'arc voltaique, produite a l'aide de machines Gramme, actionn6es par des moteurs t vapeur dont la force variait de I cheval un quart, t 1 clieval et demi. Pour envoyer au loin cette puissante lumiere, on employa des pr1ojecteurs construits specialerent par le colonel Mangin. Pendant qu'au printemps de 1879, les observateurs qui devaient occuper les stations examinaient ces machines si nouvelles pour eux, apprenaient (i les faire fonctionner, et a les reparer en cas die besoim, des centaines de soldats et d'ouvriers kitaient occup's a ouvrir des chemins vers les quatre sornmets d(t quadrilat6re. (C'6tait surtout en EspaIlnIe que 1 opratioII etait difficile; car, non seulement il fallailt aniene strc des sommets eleves et etroits un materiel des )plus enconmbrants, mIais on devait atussi construir e les atblis resistants et les logemnents n(cessaires tau olbservateurs, aux mncaniciens, aux aides et aux soldats.

Page  100 10 O: l,()G(t;E 1 ISTOI(ll1 I I1 \Vers Ila filn du muois l'taouit, pipris des d iflic.u ltt3s sans nomr11te, rencontrtes )pou1r li tlranspol t du mattriel d'olseivation et de campenen'lt, les qu atre stations du quad(llateie tltaient Ileurlesetllent installees, et les ol)servateulis sO tirovaient tons tau poste qui leur avail ett iasslignl. (C'(taienlt, atl lMulhacen, le colonel; Iriaiquer, chef (.e l1 lt mission espal) nole, avec le conlnlandant Blorres et le cattpitllne C(ebriall; iI T1'tli(:c, I1, l colniandantl Lopoez PIliI c erve, r a (vec le conlltalittl(lnt Iinal; an. FillIIoutsse1 n, en.\Alt ('ri, Ie comm(lllltand (nl t Ilassot, i a ec les c;alitaines S \ve:1 e(st Koszlltski; ( ntlin. a A ' Sabiha, le coommtltndant Plt,ril, avec les c) apitai oes L)errien et [I)e ft'or es. Ces stations excep)tionnell(es no it'esseIblaient ILi 'Ir'O a celles de la t;odlsie ordinaire. \u Alulhttacen, les oiseaunx de )poie et ]es chelvrs santvtaoos avaient dui ceder la plac iat tout un i)ersonnel dte ardiens, de soldats, de mttecniciens, I0 peOrsonnes environ, qul, pendanlt prit s de deux mois, allaient vivre sur ces hautelurs 'lactles, et y -faire enteidrle lpoutr a tpreniere fois le sifilement mIonotone et saiccadet" de la vapeur. I.es deux stations alerllienlnes (litient, il est vrai, beaucoup moins 1elevees; mais colrnrle elles etaient.pres de la friontiere tidu Maroc, elles devaient itre gar(lees militirelment; car il lallait rgarantir les honmmIes et les chevaux, marchant de jour et de nuit, contre les attaques a main arne6e des lnaraudeurs et des tribus insoumises de cette region. Pendant pres de quinze jours, les observateurs connurent l'anxiete profonde qu'avaient 3prouvee autrefois Biot et Arago. Malgre6 les investigations les plus patientes, il leur fut impossible d'apercevoir a aucun moment la lumiere reflechie par les heliotropes; heureusenent, le 9 et le 10 septembre, a la suite

Page  101 FRANCOIS PERRIER 101 de pluies abondantes qlui rendirent t l'attmosphlere toute sa transptarence, les signaux de nuit furent aperqus nettenment des quatre stations. (;'Ctait le gage et la promesse di suIcces. A la station de M1 Sabiha, oht se trouvait Perrier, la soiree du 10 fut particulierement anim'e. Vers dix heures du. soir. (0n alpeircevit I l' fil nl, non seulement les fetux doe lilllhacen ect de 'l'tica, mais (Iassi ceux di Flilhiaontssen, (11d Na(lor, (le 'Tessala, (tlui -brilltaient sir' les cretes de 1'Altlas. ( A ce iCmoment, n1ots flit ilori(i-r, Ufn 1"t (l-I' ()otion: c n:atnifeste a;it0ll no(1; 1O l^s q r ( iS (i'<l)jf dl fS, font onoltern-,-lre do toIsI c; ot e. C(e s; tl los c lns espal):inols (ltel s ft'criles voisinefs (-lqui,ap1):llent letrs coIll t n trLi(o!te (les fel!n(s p lus elointees. (-eux-i -viennent en i,';lrnd nolnbt'e contelnpler les si0na(tlx lutnineux oin:ll(0s d( 1 la ni1re p;ttrie. Espana, LEsp(it! linment-ils ti)ls en (ct1(tnr. lIinlitt apr-'es, lu v(lit;ble ) ( t ncerlC' t (cst )'org; i';. Is e ls (1d(tise's (c()lillit en ent et dnretit ju lsqu'h niinltil. stns qu'il tl.)us soit poss- ilcl d'inite' - rPmpre ces naiifest;itiors joyefases. ) Al Mullihacen assi, les ol)stservatelts tliont heureux, ii-liS leur joie ne dliura g1r1e; e4 l(t 1t's op)erations, souvent interronl-lpues, devinitent dle jplus en plus penilbles. 1,a tolillnratuel' (deoseend it jusqu'l - 12; le vent d(',l)asa 1-1 11s (td'1n l- ois la vitesse de 120 kilomntres. Lol 1S, la temptte redloubli dte 'violence. La foud re tomIba sur la machine a vapour. lIes officiers durent faire les plus graritns efforts pour ranirler les courages et soutenir les travailleurs, qui redoutaient (h bon droit de se voir tolute retraite cou)ee par la neige, qtli ne cessait de s'armonceler. Iieureusenment los d(l'Ats causes part la lf-odre ne fitrent pas irr6parabltes. Le temps s'arn1liora quclque peu. On put observer encore le 22, le 23 et le 29. Eit l'ot

Page  102 102 l IOGE IIlSTORIQIE n abandonna ce somiiet inllospitalier que le 3 octobre, lorsqu'on recut la nouvelle que, dans les trois autres stations, les iesures etaient entierement achev6es. La jonction g6odesique de l'Espagte et dle 1'Alge6rie 6tait heureusement acconmplie. II restait cependant a executer une derniere operation, que Perrier avait prevue des le debut, comme pour accumuller toutes les difficultes qu'il aurait it surinonter. II avait ete d6cide qu'a la jonction geodesique on associerait la jonction astronomique, en mesurant la difference de longitude de deux stations appartenant, l'une au reseau espagnol, l'autre au reseau alge-(rien. Cette d6ternination fut effectute, pendant le courant d'octobre. par Perrier, qui etait reste t M'Sabiha, et par l'astronome espagnol MArino, qui ttait venu s'installer a Tetica. Le catble t6elgraphique faisant d6faut, on employa une methode originale, qui reposait sur l'emploi de signaux rythmes, et avait 6et l'objet de consciencieuses etudes preparatoires de la part des deux observateurs. Et maintenant, je n'ai plus qu'un mot t ajouter. Quand toutes les mesures furent rapprochees, il fut possible de calculer la distance des deux stations algeriennes de deux maniieres diflerentes, en prenant pour base, soit la triangulation alg(,rienne, soit celle de lEspagne: les deux nombres ainsi obtenus pour cette distance de 105 kilome;tres ne different pas de 0 m. 80. Le succes de cette operation, qui reste, aujourd'hui encore, la plus importante de toutes celles qui ont ete tentees en geodesie, eut un grand retentissement. Le general Saussier, qui comrnandait en Algerie et avait prete a la Mission l'appui le plus complet, la portait 'a 'Ordre du jour de l'armee, le 15 octobre 1879. Le 31 decembre suivant, Perrier etait nomme lieu

Page  103 FRANCOIS PERRIER 103 tenant-colonel; et moins d'une semaine apres, le 5 jknvier 1880, l'Academie des Sciences 'appelait a venir occuper la place laissee libre par le d6ces de M. de Tessan dans la Section de Geographie et Navigation. XII A peine nomm6 membre de l'enstitut. il fut charg: d'une mission assez dlicate et dont il s'acquitta avec succes. A la suite de la premiere Conference de Berlin. il y eut, en juin et juillet 1880, une nouvelle Conference dont le but 6itait d'etablir laccord de la Turquie et de la Grece par une delimitation des fronti? res de ces deux pays conforme aux indications gnentrales donnees dans le Traite de Berlin. II avait ete decid6 que cette Conference se composerait des ambassadeurs si6geant t Berlin et d'un delegue technique pour chacun des Etats representes. Notre ambassadeur it Berlin 6tait le conite de Saint-Vallier. Sur la demande (le Gambetta, le Ministre des Affaires etrang'res, qui tait alors AI. de Freycinet, lui adjoignit Perrier. Le diplomnate improvise sut justifier la confiance qui lui etait tPmoignee. S'entourant de tous les documents nkcessaires, il 6tudia soigneusenment toutes les rexions sur lesquelles devait porter la discussion. Aussi. lorsqu'il fit appele' i prendre part atix trravaux des delegues techniques. ses collerules etrangers, rendant hornmage i' ses qualites personnelles et frappes de l'tendue de ses connaissances sur le sujet, le dtsignerent, d'une voix unanirme, pour la reldaction du rapport qui devait itre prtsente en leur noui it la Confirence. Le comte de Saint-Vallier, en 6crivant au MAinistre des Affaires etrange'res, se louait hautement de sa collaboration et se plaisait i reconnaitre qu'elle avait

Page  104 1. 04 ELOGE ilISTORIQU 1 iE puissammenit cont riiuel au s (ucc s Ido 1 'u i\ve ide mediation entrolprise ) ar' les Pluissancces. Le resulltat etait confornrme aux v'eux d( la France et de A'.\, terre. Ai momenit (le son depart, (an - b)ettta avait d(it i lPet ricr: ( 11apl)ptteO-nous.lanina, 11 rapportait Janinll; in(wis il n'ltait lpas ail pouvoir de la Conftlerence de rendrie ses dl'ecisions c'c.utoilres. On sait qlte la roXsistance de la Turquie mno llrnit pas ' la. Gr ce d'obteniri toult co q ui lu i alvait lt( a ccord;. Quelques mois a peine apres son retour, lerrier fut envoyv\ de noi-veaau en Al-erie..a Fr ance se pr6pa rait a occuper la Tunisie;les exllorations q 'il avait faites datns cette ',;ion, les leves et itin6raires que, d1(s 1-87S. il avait itl(lies et pripares, sotsvent ta p6ril de sa vie, fa;isaie-nt (de lui le chtef desill'n a 1 'avance du Service g(';oiaphtique du (Co01'pS eSxpeditionnaire. Noamme le 3 Illi INS 1, il sut montrer au cours des operations tout ce qu1e I'on pewtL attendre en cam-pagne d'un service serieusement organis,. Des topog'raphes haliles furent alttaclhs a toiltes les colonnes; chaque soir, les Etats-Maljoors et les (Lorps de troupes purent recevoir des reftroductions des leves on itintraires executos tains la journ6e. A son retour en France, il etait place, le 1) janvier 1882I, a la; tete diu lDp1) t 'd la C(lGerree, ot, eI 9 mai suivantt il (etait normmi colonel. 11 tint holonneur (le pr0endre patl it I'observal tion dlu Passag~e (le V\Tns et filt le chef dle la mission envoyee ai Saint-Augustin en Floride, oil il observa, lo 6 decembre 1882, avec Bassot et Defforges, ses fideles adjoints du Service,eodelsique. XIII Jusqu'ici Perrier s'etait exclusivement vou. a' la geodesie. Les fonctions de direction qui venaient de

Page  105 FR.ANCOIS PERRIER 105i lii etre confiees au Depot de la Guerre le conduisirent a s'occuper de toutes les sections de ce grand 6tablissement et, en particulier, du service si important et si delicat de la caartographie.:;Depuis le moment ofl notre Carte al 8SO.000(, qui a ete si justement admiree et imitee. avait commnence a paraitrl, (de trs -randls progres avaient (te, realises dans les dlilf'rents modles d( impressions et (te,ravures. La photo-raiphioe otait venue alpporter' des ressources ct des prt(ce('(lss nouveax. Partout. t on recla - mait l'emploi des conlrbes de nivean. si utiles. si indispensal)l s I po,' ) la preplaration et 'i"tnde des priojets de travaux publics. Perrier entrat r'solmelnt Ldans la voie du pro'r. 1 Des cartes nouvelles, dans lesquelles on employa tous les perfectionnemlents les plus r6cents, furent dressces ou L)rp;pare'es piar les soins d'uner Comniission des Travaux,g'o(,raphliques qui se r6unissait soius sa pr6sidence et dont il ava it provoquI la formation. Le 28 joanvier 188i, il prisentait iit I'Ac\cad(l ie los d(loze premiieres fclilles t1e la Carte de del '\lcrie ai l'tchelle (dl:iO.O)!O. Ce tte c(;te. dont ses travaux g6eod(lsiquels ct ccx (tt1 capitlaine \Versignnv av(aint tourni 1(c canc1vas1 fondtamlental, s'apilutl-ai;t sr (ldes lev6s au (}O. 0)(}). )ien sulflisalts pour' n pays encore peu habit6. On v v;tlit atdoptl la pr 'o jection ( a dve(lo)pcment coniq(lue dte Bonne, telle qu'elle;I (i t; employeve pour la (I; arte de France ( C'est, disait Pe'rrier. ta projection f'rtiaiset, (lui convient (admialllerment i I'-\lrrie ct (qle ntos lavons tenu i coinscrver.,, Chaque feuille comp)ortati t sep)t plnriches: 1(. planche de rotf(e pour les lioux labLites et los routes carrossables; celle (te,i/'i, affectee aux elritures, aux chelins dtont la viabilitl', n'ctait pas assur1t'e et aux sen tiers cello de /)/el aux elnux-l celles de v(rf autux bois. dle vio/l

Page  106 106 106 ~~~ELOGE HISITORIQIE aLX Vig-n Cs, de bi.lre aux courlhes de niveau. Une septi~me planche enl gris h/eut( devait fournir le modeh'A du terrain (( par uin estompage an craylonltoga phique b~ase stir la lumie're z~nithale et rehalusse pall uin 1kger sentiment de lumie're obltique a). Les partisans de l'impression en plusicurs couleurs ne pollvaient se plaindr'e qu'on leur ci't refuse' satisfaction. L1-e 17 mears de la m('me ann~e., Perrier offrait it lAcad6mie une nouvelle Carte de Ia Tunisie au '2t4().OOe. ILe Serlvice ge'ographique suivait ici la m~thode, qui avait fte' employee en Ah)g6rie, ce lie que Forn devrait appliquer' i toutes nos colonies. Pour donner satisfaction inmmediate atix dernandes, des e.Kplorateurs, des officiers, des incO'nieurs, ii se huitait de, faire exe'cuter des trianoulations sommaires, bien suffisantes pour une carte provisoire. et ii re'servait pour iine opoqute ultt'.iieure les operations m-nethodiques, ainsi que la carte de'fmitive.' Perrier mettait, it profit l'occasion pour faire valoir les trava-1x de nos officiers.. Si ion pouvait, di~sait-il, planer en ce momenit au-dessuis des chotts tunisiens, on apercevrait nos topographes. circulant (Ions lesz r-~oions inhospnitalier-es et nett s11105, oil l'eau potable est rare., oft d~jh-' la chaleur est di fficilement tol6rable, oblig~s de se garder contre ]es maraud eurs aussi bien que contr-e les fii'~vres, mnais suipportaLnt bravemnent, sanes seplIand re, les mis~res et les p~rils de cette, vie nionade, et tr-ouvant, en eux-tnimes, loin dli mondle, dorins la seule satisfaction de l'accornplissement d'un devoir, Ia force de surmonter les difficulte's et les dangers qtii sont sem~s sur leur route. ~ Mais c'est surtout en ce qui coneerne la Carte de, France qu'il convient de signaler l'activitei de Perrier. Laissant de cotW la belle Carte en couleuir an 20(0.000e qui est -deriveie de la Carte de l'Etat-Major et qui,

Page  107 FRANCOIS PERRIER10 107 construite sons sa direction, a figure' at 1'Exposition de 1889, j'insisterai an contraire suir detix essais qu'il presentait en mars 188" 'a l'Acade'mie; car ils doivent ~teconside'res comme lFamorce de cette nouvelle,carte an 5O.000e, qui est re'clamnee depuis lo-ngtemps par les services publics et par les inge'nieurs. Lorsqne Laplace, en 1817, par son discours 'a la Chambre des Pairs et par l'autorite' qui s'attachait 'a son nom et 'a ses travaux, determina l c gouvernement de la Restanration ah refaire, la carte des Cassini, la, Commission form('e sons sa pre'sidence, et dont nous avons de'ja parl, avait re~~u, conformement auix indi-~ cations me'mes donne'es par F'illustre, savant. Ia, mission precise d'e'laborer le project d'une. Nourelle Caiwte,appw-ojpriee a' bus les seriulces publi'cs et comzbiu~e avec l1es operatiorns du Cala s/re. Ce n'est pas ici le lieu de rapp~eler tons les travaux dle cette grande Commission et d'indiquer d'une mahie're precTise les difticulte's qu'ele rencontra dans sa tAche. Je me bornerai au, point suivNant:Apre's tine discussion approfondie, elle d~'cida que l'echelle des lev~s destine's 'a Ia preparation de la Carte serait le 10.000' et que celle de la Carte elle-nehme serait. le f50. 000e. Si I'on avait donw.' suite ~it cette deceisibn, pitisieurs lois renouveVe, et si Von avait pu, comme Ie demnandait instanmment la, Commission. combiner les ope'rations de la Carte avec celles du Nivellem-ent et dii Cadastre. un serv-ice inappre'ciable auirait 6"te' rendu au pavs. Dans son rapport sutr le Budget des Travaux publics en 1889, Ml. Fe'lix Faure, 6valuait th plusieurs centaines de millions l'o'conomie que la France aurait r~alise'e sur Ie coa't de ses 32.000 kilomktres de cihenuns de fer, Si edie eat possOSd(6 en temps utile une carte precise, et(h ("chelle suffisamnment. grande, de, son territoire.

Page  108 108 l,LOGE HISTOI'0111QtE, La c{)1nn1issancL ' cx;act d1u re1lief (III );l est indispenr salle. Ir1 lsit -il, [) i ur ent 14 ilIren( Ire tI s l s t4r; vAlx publics. 0'ondl!its et d(is'it )litions 1 ies eax1ll c( iil:tl lltio)n dles can;lix 1po;01' l' ir 1itlnr, defl'ense dc s p)laces fo'0 (is: et ce n'est tI1' par I e (Icv toptolu'raI)l i(i ctt I nivellc 11 el t du sol (i'onl ol)ticlt les 1Conn1l1ces Iliecess ilres pot l' l co nfectiotn dles pro jets. ) L'(chlelle it l;quelle s'('tait l0 l Lr (tl'e la. (c ommiiission de 18 7 au ai t dlonn6o na tisfactic)n LI tLto s los leiS if s des inf'-cnieurs. Le problmllne qlu'elle n'avait p)u 1';soudite se reptr;selita en 1S878, lorsquoe iotre (minent confreire,. i(e Fre\-cinet, fit adopter lpar les (ltiamnbres son -vaste pirogrimtime d1e travanx p)hllics. Dis cette;qpoque, M1. de FIrey it-it rutinissait anIl Alinist(re. des Trayval x Il)lics uine (Commissi(In, -qi ttait charge td'tiulier les rimovens {e t)porsuivriI le i)lus rapidement possible 1'exOcution di Nivellement;'nelral de notre pays. Cette Commission, dont Perrier fliaiait partie et ou il exercIa lune I rind i (lIe inlee ne t'ardla i)as (i revenir ailx conclusions de ( ala)lace. et ii rieonnltiltrit qte la (lqestion dl tl Nivelletent g;nraal (etait (troiitellment rattach.ie ii celle det l'ex cution d'lne caitrt dle France i. (chellil slIftisaImeilrent ai(randie. Ses dlhli)btrations aboittitrent (i la rtdaction d'un projet (de loi qui fut pisenIte a.ux Ctianibres en 1881 et qui comp0lortait une idpense de 22 millions, r6partie str dix exercices. Les difticult6s budge6taires ont jusqu'ici empech6 l'adoption de ce projet. Perrier a eu le m6rite d'en amorcer I execution par deux essais bien distincts. Dans l'un, le moins interessant, la Carte an 50.000e est obtenue par l'agrandissement des anciens leves au 40.000c de la Carte de 1'Etat-Major. Mais, dans l'autre, la carte'repose sur des leves au 10.000~, ou les courbes

Page  109 FRANCOIS PERRIER 109 PS:tidtedterminees exactement, et qui sont de veritahles F:loAIes de precision. C'est avec des leves de ce genre que doit etre executee cette carte au )50.)00 dnt:Laplace, Delambre et Puissant ont voulu doter teu pays. xIV En mnem temps qu'ii dirigeait 1e le)ptt de la Guerre, d'une mlain T'erne, et avec uLne bienveilltance pour les personnes ldont on a g'ardll le souvenit. Perrier avait aussi (t remplir des devoirs d'hommne politique dont je dirai qlelques mnots, calr ils Ili ont permis de rendre it la science tn service sinall;. Comme tous les C6ivenols. il avait conserve lt plus vive affection pour ses compatriotes et pour sa ville natale. Au moment ou. plong6e dans les brunmes du detroit, il collaborait avec le colonel ILevret I la jonction anglo-fran;'aise, il ecrivait ces quelques lii'nes ou se montrent, dans toute leur spontan6ite et leur fraicheur, les sentiments qu'il a toujours,'artdes (( Vers les pt'emie rs jou's tle f(vrier, crivarit-il, j'ai iemigre vers SIu, ve' s s chtces Cevcelltis, oct j'ai trouve du soleil et (lquiques amli, lieureux de ftcr Ie retour de l'oiseta vn-toy eur et de s' associr deie toute A'uile $1 la joi e de m; ftll ille. Je ressens avec unte joie toujull's nouvelle les (1ouce; emlotions de la fan-ille. J,'ti beau granldir, vieillir, j'ai beau la isser uelques lambetaux d'illusiol aux ronces du chel-ini que je parcours dans Ima course hasardee et vagal;ionde. Je reviens toujours jeune au foyer de mes jeunes annees. J'oublie ce que je suis pour redevenir ce que j'etais. Je redeviens enfant pour ma meIre. Le souvenir des deux mlois que j'ai passes dtans ma fanmille est, pour moi, coilmr e un phare qui Ideclaire, et dont je mle rapproche sans cesse, pour mte r6ciauetler a ses doux rayons. ))

Page  110 110 -1ELOOGE 1STORIVQUE Aussi, lorsqu'en 1880, les electeurs du Ca(nton de V\alleraugue voulurent Fenvover au Conseil egneral du (Gard, il fut loin de se derober a leurs suffrages. Chaque annee, il prenait part aux travaux du Conseil, (lont il devint bientot le pr6sident. Le Departement tout entier s'appretait (a l'envoyer au S6nat, lorsque la loi sur les incompatibilites vint lui interdire une candidature dont le succes aurait etC trionphal. Ses compatriotes ne tarderent pas h ressentir les bienfaisants effets de linfluence qu'il avait acquise an Conseil general. Grace h lui, des chemins nouveaux, traces dans la haute montagne. vinrent s'ajouter h ceux que Baville avait fait ouvrir pour contenir ( les fanatiques des Cevennes )) et h ceux que nos ingenieurs y avaient construits depuis. Mais son ceuvre de predilection, celle qu'il poursuivit avec le plus d'ardeur, ce fut la creation de l'Observatoire de l'Aigoual. Nos populations du Midi airnent les denominations expressives et sonores. Le nom du mont Ventoux n'a besoin pour personne d'aucune explication. Qu'on le rattache au patois ou au latin, celui d(e I'Ai goual est plus clair encore. Cette montagne est le royaumne de l'eau; il y tombe plus de pluie qu'en tout autre point de France. Flle recoit chaque annee plus de deux metres d'eau, trois fois plus environ que Montpellier, h peine distante de -0 kilometres. Cette abondance de la pluie s'explique par la situation exceptionnelle (de la montagne. La chaine des Cevennes, en meme temps qu'elle est la ligne de partage des eaux, est aussi, dans cette region, l'arete de s6paration de deux climats absolument distincts. Son sommet culminant, l'Aigoual, est le rendez-vous des vents venus de tous les points cardinaux, de l'Ocean, des Pyr6nees, de la Mediterranee.

Page  111 FRIANCOIS PERRIlER11 III, C'est aussi un observatoire naturel d'of.i 1on domine uine immense kendue. Quand le vent du Nord chasse les nuages, la vue se'tend au Sud stir la Me'diterrane'e, dont on peut suivre le rivage jusqu'au Canigou. A I'Est, on aper~oit le Vrentoux et les Alpes du Pelvoux. Au Nord, s'e'tendent les Causses de la Loze're et de. I'Aveyron. L'Aigroual offrait done les conditions les plus favorabie,% pour l'&ablissement d'une station mn'te'orologqede premier rangr. Cette situation privil'(giee, signale'e d'abord par tin professeur de la Faculte' des Sciences de Montpellier, M. Vig~uier, avait appele' "'attention de tous les Corp —s compktents:Bureau Central M11te~orologique, Cong~res NM&t6orolocrique, qui tous avaient 6mis des vcuux et des avis favorables a la creation d'un Observatoire en ce point. Mais, commne le disait,justement Per'rier, des adhesions, des votes de principe ne- suffisent pas. Ii fallait, pour leur assurer une sanction effective., se procurer les fonds ne'cessaires. Cest ici que Perrier intervint avec son habilete' et sdn ardeur accoutum6es. Depuis ougLe mps. I'Adnministratiou. des Forkts, poursuivant dans cette re'gion l'cuvre si belle h. laquelle le norn de Stirell demeuirera attach(6, voulait reboiser les pentes dGnud6es die I'AiL-oual. Elle avait achet, dans ce but plusieurs centainers d'hectares edle son-eait it en acque'rir plus encore. et 'ai construir e sur son nouive~au dloinaine, une maison d'habitatiolu pour deux (Tardcs forestiers. Dans cette re'-ioni tourmente'e, ofit les premier's forestiers aLvaient dt'i attacher leur cabane an sol par des chaines dle fer, la nouvelle inaison aurait sans doute. 6&t6 construite 'a nmi-cote, dans queique anf'ractuosit6 'a I'abri des vents. Pouirquoi. se demanda Perrier, ne la placerait-on pas au som-inet me'me de Ia

Page  112 112 l:I,(OGE 1IlSTO'I O 1 I'E lmontaglne, pirts du signal d1e Cassini? Un des deux gardes. convenalllemnent cllhisi, sufiirait i enrelistrer les obsertvations et ia les trainsmettre tttelegraptiquelment. Quellques pieces, iajoutees aun log'lent des deux gardes, pourraient serv'ir de ret'ue pour les visiteurs et de laboratoires 1polur les savants. Une tour perl'ett'rait d'inlstaller' ls ins truiiens eisx-in' es et les a ip; lle iis. La soltution dtu problitne attait tro ve. elie requt le meilleur accueil d(e I'Adininistration des For,'ts, qui lt seconda de tout son 0poitvoiir. te t'ut ttn jeu pour 1l'trier de rfunir les:O).000 francs u(i'il s';itaiti encgag, ait nettre at la disposition lie cette Adllininstration. Les (Conseils 'tiSntraux tle i l't rauI C t ( et d jard. i cadtemie des Sciences, I'Associatiot Frlantl aise, dte (ene6eux sotlscripteurs, partni lesquels nul ne s' tonnera de trouver not re confi'lre( R. ilisclofishleill, t rlondirent dies le prermier jour il soin appel. Aujourd'hui, grace ia Perrier, 1'()sertvtoire de l' Aigoual s'eleve superbe 'au-dessus de.ll plaine immnnense du I an-uedoc Les observIations s'y font Ireulie renment; mais elles se dtveloptleroIt encore. D'ja trt's apprl'ci coinime station mnietorologique, l'Observatoire parait destin6 it lavoriser ies rechlerches les pluis variees. A ses pieds, suir une cotoupe qui dornine la vallS e dle l'HIrault, s'6tend I'Ilort-Dieu ou jardin c6leste, veritable paradis du botaniste. Dans 1'infinie vari'lti des roclies qui coinposent la montagne, le,eologue trouvera, lui aussi, le sujet d'Ytudes du plus haut interet. De tout temps, les hauts sommets ont attire les hommes. Dans les siecles passes, ils se sont couronnes de temples, d'eglises, de signaux, de monasteres, d'ermitages, de chateaux forts. De nos jours, ils sont visites ou occupes par les savants, qui y trouvent l'oc

Page  113 FRAN~,OIS PERRIER13 113 easi-on d'etudier tant de proble~m-es de'licats dont la nature refuse la solution 'a qui se confine dans les limites e'troites des villes et des laboratoires. A c~t6 des 'Observatoires du Mont Blanc, du Pic du Midi, duL Mounier, dn Ventoux, du Puy de Do'me, 1'Ob)servatoire de l'Aigoual tiendra dignement sa place dansl reseau fran~,ais. II ne devait pats e"tre donne' ih IPerrier de veiller jusqu'au bout Sur sa construction et d'assister ~'i son ache'venient. DWs son retour de sa mission en Floride en 1883, il avait ressenti les premieres atteintes de la rualadie qui devait l'emporter. Pendant les deLuX ou trois ann6es qui suivirent, le mal parnt sommeiller. Perrier put faire face 'a toiis ses devoitrs si varie's direction du hWpot de la G'uerre, missions a 1l>'traiicer, lpresidences des (Congrres de. r6ocgraphie, participation aux travaux (le commtissions sans nomIbre qui se rattachaient de pros on. de loin ht ses ktudes. En 1886, st,)ir une d'mnarche personnelle de plusieurs de sesconfre'res et Sur hI proposition unanime de la Com-fi mnission de classemient, le g~ne'ral IBoulan-er, qui etai t alors Mlinistre, de la Guert~e, avait d-~cid,6 de le nommer g-6ne'ral. Le de'cret pairut le 11 janvier 1887 et requit partout la plus vive, appr~to-bation. lutles Ferrv fut des p~remiers ah f6liciter Perr~ier Mloi gt~~r al, Ili t'11erivaiti, je vous salue. Lu tel patriote, un tet sav~ant, un. Si b)on ne'pubticain, 'approuve, j'acclatne et je vOUs serre les mnains. ) SLmois apre's, le, I, juillet 1881, Perrier 6tait nonmm drcuteu' du. Service g-6ographique nouvelle"tent institm3.. 11 r~vait de comipleter I'ouvlre de rb~or17anisati on qulit avait ac-comptie au A1iniste're de Lat

Page  114 1 i-1 EIO(;LE IH1STOIIQU;E Guerre, et de grouper en un soul faiscea tons. les serAices lpubllics q(ui touchnll tt i la 1 (eoraphcllic, (e lniellrel t cr;er tin Institut national doe 'c;orlphic, analogue I cetux qui fonctionnent dans les Itatts voisins. ll.is djitl ses jollurs taient coin[pts. \pp[el;.;ill l1ois (te jiAnvier 1888. p r ses dev-oi s tde President ldu (lonseil I 'ineral, Ilans e Midi (le i, i de toa France, il o tov n t(lmps reu t V contracta l'affection ptulmonoaire a laquellee il d1evait succomller chez son heau-plre, le 20) [tvrier 1888, i l'ivtge (te i aIns. La veille mrnrne (le sa mort, il terminaitt l datait de Montpellier In travail (lestin a assurer le service des cartes aux armoies en temps do uerre. Le ricit de sa vie doit vous faire comnprendre toute '6tendue des ie-rets qu'inspira cette mort prematture.e M1. Janssen, qui pr6sidait alors l'Acadmnie, sut, en pei d(e mots, exprimer nos sentiments., Pen d'hominies, disait-il en ainnon!ant la trisle nouvelle, ont etc ti ni ins d'un sentiment patriotique plus energique et plus dclvouc'. Notre collelue a rendu d'imiinents serlviees a Ia slience. 11 meurt au moment ocl la position q lui lu etait faite par le l inisttre de la (Guerre lui permettait dl'en ren ire de plus grands encore. D Et maintenant, dans cette petite ville de Valleraugue ohu il naquit, non loin du monument tlevre t de Qualtrefages, Perrier, lui aussi, a son inonument. II est represent6 la tete haute, la main pos6e sur le cercle du geodesien. Ces honneurs qu'on lui a rendus sont justifies. Car il a ete d.u petit nombre de ceux qui realisent dans lVage mur les reves, les pens6es genereuses de la jeunesse, et il a pleinement mierite le titre glorieux de renovateur de la geod6sie franSaise qui lui a te6 decerne d'une voix unanime par ses concitoyens reconnaissants.

Page  115 FRANCOI1S PERRIERII1 Son fills unique, qui n'a. pu. recevoir ses le~,ons, a voulu, du inioins, suivre une. earrie're oti~ it J)otlrrait s'inspirer directement de son exemple. II fait partie en ce moment de cette mission de l'Equateur, confie'e par 1'Acade'mie aux- officiers (In Service ge'od 'sique, qui sauront, nous en av7ons le ferme espoir, maintenir et accroitre, dans la r'-gion difficile oil ils oprent, to renom (le Ia science francaise.

Page  116 NOTIClE HISTORIQUE sun (CHARLES HEI{MIITE IEMBl; 1)E I1..A SECTION DE GfEOMlI'TIE lulc dans la. s;anlce pIiblilne tlnnuelle (lu lutndi 18 dcctrninbre 1905. AMessieurs. ( La imort nous noissonne plus rapideinent qu'autrefois; car si, elepuis l'annee 1666, les progres de la Science ont ren(lu nk'cessaire de tripler le nornbre des Acadlermiciens, ils n'ont pas accru cdans la miinte proportion l dure de e la vie humaine. Chaque Secretaire perpetuel, quel que soit n zle, I1gue h son successeur un arrier6 toujours croissant d'eloges qlu'il n'a pu pronocer; et nous iprouvons chaque anlne, pour choisir entre tant de noms dont la 11Jeinoirie nous est chere. un veritalle et penible embarras A Ces paroles que Joseph Bertrand plaqait, il y a un quart de siecle, en tete de 1'Eloge de Belgrand, on peut les repeter aujourd'hui encore; car elles n'ont pas cesse d'etre vraies. Mais ces progres de la Science, qui ont rendu necessaire de tripler le nombre des Academiciens, determinent des modifications, chaque jour plus profondes, dans les conditions memes de la recherche scientifique. Le nombre etait grand autre

Page  117 CHARLES HERMITE 117 fois de ceux qui pouvaient se faire une idee nette et suffisamment precise des mnthodes propres Ia chacune de nos sciences. Depuis, toutes ces sciences se sont developpees d'une maniere independante, se constituant chacune un langage particulier; de telle sorte qu'il est devenu aussi difficile aujourd'hui de comprendre un chimiste ou un naturaliste quil l'tait autrefois de suivre un matlhenmaticien. Ce d6veloppement autonome des dlilferentes branches particuli/lres est assure'ment legitinme; mais il entraine de graves dangers, et je crois que lavenir est aux nations qui sauront le mieux assurer la coordination des recherches scientifiques. En attendant, lorslu'il s'agit de prononcer 1'eloge d'un de ces homnomes qui ont illustre a la fois 1'Acad6mie et le pays, nous nous trouvons en presence d une difficutlt que Bertrand n'a pas signalee et qui croit cependant de jour en jour. Faut-il renoncer a donner une idle precise de leur tole scientifique et de leutrs importantes decouvertes, ou biien devons-nous, sans craindre de lasser votre attention, entrer dans les explications qui sont necessaires et qui risquent, je dois l'avouer, d'tchlappetr imen it. des homnes tres instruits? Vous m-e pardonnerez, Messieurs. si, vioulant kcrire Itlo'g (e h ( rlltrles Hermite, je me suis rangc ai ce dernier plati. S v-ie s'est ccoulfe sans 6evnetr ents lmarquants, tin soul dte ses travaux pent int6resser ceux qui n'ont qu 'une connaissance 6-enirale des Alatlh6matiques. Mais notre dlevoir envers des horllles tels que lui est de fixer lieut souvenir, avant qu'aient disl)aru tois ceux qui ont Lp vivre i c6te d'eux et recueillir de let o oche l es enseirlnelnents qui ne sont pas conItenus (lans [leurs. {Scrits.

Page  118 118 1NOTICTE 1ISTOI 'Etl, Charles tleri'ite naquit, le 2i d(lcembre 182'2, Dieuze, chef-lieu de c(antonli d Pu dpartemnent do lIa Meurthe, que le traite dte Franclort a fait (passer depuis entre les mains de Al'\lemagne. Son grand-pire du cUte pat emnel etait un armateair. probabllenient orig'inailr e le 1arseille. 11 avait un somlptueux lhtel dans la Claulss6e d'Antin, inais il fut ruine pendant la BRvolution; il nourut en prison, et un de ses freres. qui e(:tait son associe, fut guillotin4. Le pere de notre cher maitre, Ferdinand Helrmite, ttait encore blien jeune oa moment tle la ruline de sa famille. II fit ses etudles d'inc',nieur, mais n'eit jamais b)eaucoup de golt pour son mitier. Autant qu'on me l'a represent6. il e ut ( tt p:lutot un artiste ii faisait un peu de peinture et 6tait excellent musicien. La destinee devait, peut-etre pour son plus grand hien, le mener tris loin des beaux-arts. Entri en Lor raine dans une entreprise de salines, il se fixa ( T)ieuze et epousa bientot Mile Madoeleine Lallemand, fille d'un marchand de drap de cette petite ville. II abandonna alors l'industrie du sel et l'art de I'ing6nieur pour le commerce du drap et succcda ensuite ( ses beaux-parents. AMme Hermite parait avoir etA l'ainme de la inaison de commerce, qu'elle agrandit considerablenent. Chlarles Hermite aimait a raconter que son pere avait peint l'enseigne de la maison: elle repr6sentait un solitaire dans quelque thibaide et on lisait au-dessous: a l'ermite. Dans son affection reconnaissante pour ses parents, il se plaisait aussi a rappeler, et il m'a dit bien des fois, que c'etait a leur activite, a leur labeur pers6verant, qu'il devait la modeste aisance grace a

Page  119 CHARLES HERMITE 119 laquelle il a pu se livrer a ses gouts, et se consacrer sans reserve a ses recherches math6matiques. M. et Mine Ferdinand IHermite eurent sept enfants, deux lilies et cinq fils. Charles HIermite fut l'avantdernier. II avait six ou sept ans quand ses parents vinrent etablir a Nancy leur maison de commerce. La discipline Stait s6vere dans la famille (1). Mais, coimme il arrive ctlez beaucoup de n6gociants, il ne semble pas que MI. et Mile Hlermlite aient trouv\ le temps (le veiller (de pros a l''ducation d(e leurs itls. On les mit al collge dle, Nancy, d'abord comrrle demipensionnaires, ensuite comnme internes; et, cortine a cette epoque les tuedes v laissaient a dcsirer, on envova Charles a Paris, out il suivit les classes de seconde et de rhetorique du College Henri IV. En seconde, ce qui interessa le plus le jeune 1leve, ce fut la classe de Physique, faite par AM5. Despretz, qui devait devenir pein te temps apres prjolesseur la Ia Sorl)onne et membre de l'Institut. Son pr'ofesseur de lettres, MI. Caboche, qui fut plus tard inpectecr '6ncral, lui reprochait de trop aimor le Coutrs de Al. Despretz. Somme toute, les 6tudes classiques d'Hermite ftrent faites sans beaucoup d'ardeur. L'internat ne lui convenait nullement; il avait le sentiment l'etre dans une caserne, dans une g'e6le pour employer sa )propre expression. ('est seulement apres ses classes que nous le verrons reprendre spontaneLmient ses 6tudes classiques et devenir cet humaniste disting-ue qute nous 11 avons contiti. Entraine par l'exemple de son freree aien Hippolyte (2), et sans doute aussi par cette intuition confuse qui dirige souvent les homiines vers les etudes ou les

Page  120 120 NOTICE HISiTORIQ IT travaux qui conviennent le mielux leurs secretes aptitudes, il nt(gli(-ea la Philosopthi et les MAath6inatiques tlamentaires et, au de)bult de lannue scolaire 18i0-1841, il entralit an Coll;te Louis-le-lGrand dans la classe des Ma;thlemaltiques preiparatotires it lEcole Polvtechnique, dont le professeur etait At. Richard (3). I11 avait alors dix-huit ans. CGest it ce moment que se deaeloppa, avec une rapidit6 et une intensite extraordinaires, cette furie rnathr matique quil n'avait pas inontre;e dans les classes de lettres et qu'il ldevait rarder jusqu'iy son dernier jour. I,'excellent Al. Richard. qui, comrnme tous les bons professeurs, savait ju-'er les leyves, reconnut tres pronptement toute la valeur dtlernite. 11 dlisait 1i son piere: (, Ce sera un petit Lagran'-e,; mais il s'inquietait beaucoup de le voir suivre sa fantaisie et nelioer l'examnen. Ilermite n'etait pas de ceux qui s'assujettissent volontiers I un prograllme regulier. Sur ce point caract(eristique, nous pouvons nous en rapporter It ses propres dtclarations. ((,I';i (l;isi ls ts exllnenS en tlorrelur. ccrivait-il qua1'ant.e lnls al)r"s a i son jeunte (amni stiel tjcs, et j'ai p;isse ulle a;inni, etltnt e61(ve dt1 Matei;t lnl; tiques s(ciales, 1 lie, la Bibliotlht ue Saintt-le-enevieve, les (ollect ions ic;idtlniques, los ()uvr;-gcs ld'E ler, etc., an lieu (le d ne melrtte ren isll(iSlle (1 I (' ondlie sutr les (questi()ns l e (dceo tio trie, dle Slatitqi, etc.,M1. G... im 'avait pis i eln (Iversii) e0t j'ai expife par lun htiniiiant echec tries fantaisi{s (I ecolier savant (4). ) Si Ilermite negligeait les questions de Geomletrie, de Statique, il etait bien loin,de perdre son temps, et il acquit avec une rapidit6 extraordinaire des connaissances tre~s 6tendues en Algebre suprieure et en Analyse. Nous pouvons en donner comrnme preuve la

Page  121 CHARLES HERMITE 121 composition qu'il presenta a la fin de l'annee pour le Concours general. Le sujet choisi etait la theorie de 'elimination (5). Hermite eut le premier accessit; le second prix echut a Bresse, qui devait devenir plus fard membre de notre Section de Mecanique. Comme toutes les copies couronnees, celle d'Hermite nous a ee conservee. Apres un si long intervalle de temps, son ecriture est facile ai reconnaitre; elle ne differe presque pas de celle que sa correspondance a r6pandue dans le monde entier. Le jeune (elve fait preuvo d'originalit6 dans son exposition. II connait i fond lat theorie d(es fonctions symrtriques, utilise d ejh cette derivee logarithi-nique qui devait jouer un si grandl r6le dans ses travaiux et applique ce qiue, dans son enthousiasrle juv6nile, il appelle le famneux th6oremno de Lagrange (6). L'ann(e suivanlte, il fut moins heureux. Le sujet choisi, toujours e16lentaire, (tait la regle des signes de Descartes. lTermite consina d(ans son expos6 cette propri6et nouvelle: Lorsque les coefficients de quatro termes cons'ccutifs d'une e6quation alge6lrique sont en prooression arithmtitiquo, l'equation a necessairement des racines inmaginaires. Cette reniarque ingnieuse ne lui valut mime pas un accessit. Au concours de 18iS, le noml, qui ldevait devenir it ja;mais glorielux, tI'llernit e no fiura plus sur le t,o/amrb'v. En revanclic. il fut rectu t l'Ecole Polvtechnique. Son r;ang nC fult )pas brillant; il est vrai; il n'itait que le soixante-luitie e. ( ar( uons-nous cepen(tant (eo jeter la pierre;autt ju'e, s du concoutrs. L'examninateLur de Geomtrntrie descriptive nc1 d(tt pa(s (^tre trs satisfait de ses r6Iiposes. Sul ce point eoncrle. nous pou0vons invoquer le t'ninl e (d' (tllcrite et sa corresl)ondance avec Stieltjes. (inqutlant ans aprts, il 6crivait it son jeune amtli

Page  122 122 NOTICE IIISTORIQlUE '( Si vous no ine prcne z piis eni coinpassion quandi j'essaie rie (comnpren(lre Iqutel(que ch( ose aux 6(lures de (iiomtntrie dlescrilptive, c('est qule vOis avez I c-(ur d1'n ti're t 7)., t aillelurs (.Je ne pu is )vuls dlire a quels et'rt'ts je sais condl-min pour 0omnlprelndll.e u:i lqlt chlose itx S pue. l e (i Ilom6etrie que je d'teste et la dels choses (conme1( fol i'I'le des o nnuitts en A\'ithm ltique, etc. (omlbiei sotit lielruii x c'lux qui pemvent lie songer c(1'a 1'A.\Ilyse y8)., S'il avait etet rie(; par ldes examinintteurs qui ne plaisantaient pas stir a lforirnle des annulites, etc., il avait bien (di travaillcr uln )peu, Ilien peen, tout le programme: mais il avait son-e avant tout a l 'nalyse. Eleve libre de 'lnstitution Mayer, une de celles qui etaient si ilorissantes at cette epoque et rilavitaient conmme de pr(cieulx auxiliaires autour de nos Colleges d'enseig^nement secondlire, il avlit conltinuti ai aller t la Bibliotheque Sainte-Geneviieve lire les Ouvrages des maitres et, parmi eux, le T/aitle (de la r 'f)olttiOn des e(( tacn/ios deiu, '/iqtue i de LaL'ran-e; il achetait avec ses economies la traduction francaise des lisquzisit/iones Arjtil/itnetic' de Gauss. C'est dans ces deux livres, se plaisait-il plus tard at repetter, que j'ai appris 1'Algebre. Le premier fruit de ses 6tudes avait ete un article intitule: Co.sidl'eration.s su lal I resolution a/gebriqtle d(e l'equation. (dl cizllqititnme (degre, qu'il envoya en 1842 aux Nouvelles Alnnales de:Ia/the'atiquees. Comme Abel, comme Jacobi et beaucoup d'autres geometres, Hermite s'attaquait, pour ses debuts, a ce probleme, que l'on rencontre au seuil de la theorie des equations, et ou ses travaux devaient laisser plus tard une trace imp6rissable. Ce premier essai, ou il se propose de demontrer l'impossibilite de la resolution algebrique de l'6quation du cinquiinle degre, a con

Page  123 CHARLES HERMITE 123 serve aujourd'hui encore son interet. On y reconnait que le jeune 6elve avait su s'assimiler, dans toute leur etendue et dans toute leur portee, les principes feconds et les methodes que Lagrange a d6veloppes dans le Traite de la recsolzttion des equatio.ns. III Mais une pretuve plus elatanrte encore dle ses mncrveilleuses aptitudes allait etre Idonncee, dts les premliers tenmps dee son s6jour it I'lcole Polycchiliqute. En janvier 18i3, trois s mois a peine alpres soi (ntlee a l'Ecole, et sur les couseils t(e Liouvlille, il elvo-vait une lettre at Jacobi )our' lui communiquer tiLn Tnravail sur la division (les transcendantes al)bliennes. Seize annrdes auparavant, Jacobi, presque inconnu et simple pri-;vat(ocent ta 1 'niversit doce KIenisterg, icrivait t l'un tie inos grtands (geomnetres, at Legrendre, pour lui conlmuniquer les ge6neralisations qulil avail donn'es i la thlorie de la transformation des fonctions elliptiques, et sa lettre commencaoit en ces termes s Monsieur, un jeune gdtomitre ose vous pr1senter quelques clt(ouvertes firtes dans la tiheorie des follctions ellil)tiques, auxquelles il a 't condl it par 1' l'ltue assil ue,de vos be(aux tr1lvaux. C'est $r vous, MIonsieur, (ue cette par tie brillante de I'Analyse doit le haut der e d perfecltionnelient auquel elle;i (to portee, et ce n'est qu'ern lnarchant sur les vestiges d'un si grand maitre que les Sgeolilres pourront la pousser l;u dela( des lirnites qui lui ont 6tt priescrites jusqu'ici. C'est dtone k vous que je dois offrir ce qui suit comine un juste tribut d'admiration et de reconnaissance. ) Cet homnlage que Jacobi rendait 'a Legendre etait entierement imerite. Dans des d6couvertes particu

Page  124 121 NOTICE IIISTORIQUE liieres de Fagnano et de Landen, dans une inttgration geniale d'Euler, ILegen1dre avait su reconnaitre los premiers lineaments d'une branclhe importante dte lAnalyse; et, tmalgre l'inldifference que rencontraient tons ses travaux aupres de ses' comlpatriotes, il n'avait cesso de travailler pendant pres de cinquante ans t la constitution d'un corps (le doctrine emnbrassant toutes tes inttg-rales dans lesquelles entle une seule irrationnelle, a1; racine carrie d'un tolynome dti quatrieme ldegre. Et c'etait au moment ot Ier cendre venait de coordonner tons ses r(.sultats, de com)mencer nl ptublication de son gtland Traict dcls /oiucti'on. s e/li/)tiques, que les-.dcouvertes te Jacob'i, bient6t suivies de celles de son illustre miule Abel, venaient transformer de fond en comnlile l'difice qu'il avaTit leve et apportaient des e1(tleonts destines i( renouveler l'Analyse Ilatheumatique' tout entiere. En presence de telles decouvertes, et dls le premier jour, Legendre n'eprouva d'autre sentiment que celui de l'admiration. Notre Academie se pnlt i enregistrer ses eloges et t les trainslmettre au monde savant. )eptlis cette epoque n{tnorabl e,.1acol)i ktait deventi u1n des maitres illustres (de la Science math(lmatique; 1pa' ss immortels travaux, par ceux d'Abel, non seulenliet la theiorie des fonctions elliptiques avait etc portee au plus haut degre (e de Svelolppement lmais une theorie nouvelle, prenant sat source (dans le theorelne d'Abel, que Legendre aippelait /aoni/u til('R/t1 (taee peerniiiints, etait nee, qui rattachait l'Ftude des fonctions elliptiques a celle des transcendantes les plus gene6rales produites par l'inte';gration de diffTrentielles algebriques quelconques. C'est a celles d'entre elles qui sont les plus rapprochees des transcendantes elliptiques que se rapportaient les resultats communiques par Hermite h Jacobi.

Page  125 CHARLES HERMITE 125 Mais, pour bien comprendre la portee de ces resultats, il faut se rappeler qu'en 1843 le Memoire, d'un interet capital, dans lequel Jacobi avait donne le veritable sens du th6oreme d'Abel et obtenu la notion des nouvelles transcendantes, etait ignore de la plupart des Analystes. G6pel et Rosenhain n'avaient pas encore coinmence ou publie leurs etudes sur ce sujet difficile. Hermite etendait aux fonctions abeliennes les theoremes donnes par Abel et par Jacobi pour la division de l'argument dans les fonctions elliptiques. Ce que l'on savait faire pour les 6quations ai une inconnue de la theorie des fonctions elliptiques, il parvenait a l'effectler pour les equations a plusieurs inconnues a 'aide desquelles on divise les fonctions abeliennes produites par l'integration des radicaux carres. C'est ainsi, disait Liouville, on me pardonnera ce rapprochement entre l'ancienne et la nouvelle Ecole Polytechnique, qu'a son dtil)ut Poisson Mtendit ta la ddtermination du eegrd e (1'lequation finale resultant de l'limiination des inconnues entre un nonmre quelconque d'tquations la Inethode des fonctions symIletriques dont on n'avaiit d'abord su laire usage que pour deux 6quations t deux inconhues (9). En recevant la communication que lui faisait IIermite, Jacobi dut se reporter par la pensee aux prcmnires annees de sa glorieuse carrire; et cet accueil chaleureux qu'il avait trouve aupres de Legendre, il fut heureux de le reserver a son tour au travail du jeune Franc(ais, ou se trouvait Itilisee pour la premiire fois tune notion qu'il n'avait acquise qu'au prix des plus grands efforts. ( Je vous relercie, e, rit-il 1t Ilerrnite 'e 2 juiln 1843, I)ien sinc;'remlent d e la belle et importante cornltlmunication

Page  126 126 (NOTICE IIIS'T( lht 0t1 I tu i ' sX \'vetz de m1e faire, tou tlluant l;a livision d1es lonehiolls;ililli' ltn. \'IVos vo\ us i'te, o 't, V l arll' l 1 d t' la!couvorte de cette (ivisi ll, c Vastle champ de ritier(ehs t del t d(itOuxe I'tes nouvelles qui donnerl'nit uiin 'rIll essoir (' l'art;Inl;llxlicl. l.e V()tI prie d Ile faile iies cnii plli olents ti moti illstrl'e almi A1. iouNville, je lui sais bon gr- d'avoir bien vtoiilu iiie p)Lrtt)ll-r l grand plaisi quc j' essni que ti en lisail la Ml ll oire d'n jeun l orj e don11 t le t; lent s'annuice aovec t lat d'-clat idans ce que li Sc ie'ile 1 doe plus abistrl it (10). )) 11 seirble qu'apres ce brillant d6lbit. los protluctions dtl ermite auracient dtu se succeder sans reliche. IElles se lirent neanmoins un peu attendre. Son sijour 'I I'Ecole Polytechnique frt trouble par les inquietudes que lui donna tine d(cision ministte!lclle. 11 avail au pied droit une intirmite qui datait de naissance et.tui l'obligeait a( se servir (t'une canne: cette infirmite, qui n'avait pas empeche son admission, d(Sterminal li Ministre a lui refuser une prolongation de s6jour. Co n'est que sur les vives instances des homines politiques de son departernent qu'il fut imaintenu t l'Ecole. mnais sous la reserve qu'il ne ldemanderait aucun. poste dans les carrieres publiques a la sortie. I)ans ces contions, il n'avait aucun interet a prteparer des examens qui ne pouvaient lui ouvrir lentree (les services civils. 11 quitta donc l'Ecole a la fin de la premiere annee. T'outes les incertitudes qu'il eut ainsi ( subir expliquent le long intervalle qui s'est 6coule entre sa preiniere et sa seconde lettre 'a Jacobi. La premiere, nous l'avons dit, est datte de janvier 18i3; la seconde a et, ecrite en aouit 1844. Comme la premieire, cette nouvelle communication re(ut de Jacobi le meilleur accueil. ( Si vous voyez Richelot et Hesse, (}crivait-il, ( un de ses correspondants, dites-leur que j'ai recu d'Ilermite une nou

Page  127 CHA'RLES HERMITE 127 velle grande lettre dans laquelle il etablit pour la premiere fois les formiule s relatives t la transformation des'fonctions elliptiques que j'ai donniees, il y a plus de seize ans, sa;ns demonstration (1 ). )) La m(fthode qui permettait ' Ilermite de conmble cette lacune reposait precisement sur ce caractere, qu'il declar;ait ligne (de toute attention, des trois fonetions elliptiques d'e'-tre exprimables par Ie quotient td deux fonctions, d6velolppables en series toujours convergentes, qui restent les memes. ou ne font qu'acqu6 -rir un facteur commun, lorsqu'on augmente l'arrgu ment de rmultiples ties priodes. En d'autres termes, Hermite inatiuurait la seconde p;riode d(e la tlheorie des fonctions elliptiques. Au lieu (le faire reposer cette th6orie sur les int6egrales do Le endre, il la rattachait a la transcendante ) de Jacobi, par une methode qui lui etait proltre et qui a joue un grand role dans ses travaux ulterieurs et dans son enseinnement. En lui r6pondant le 6 aout 181i, Jacobi revendiquait, en umeme temps que quelques-uns des rnsultats demontres par Hlermite, l'id6e fondamentale de faire reposer sur les fonctions - toute la theorie. II ajoutait inimediatemnent ces paroles qui ont etce souvent reproduites: a Matlis, coe (ui autpravant no, m'est janais venu (dans ' esprit, c'est votrc, idte in g(nieuse et tres orIiinalle de fi'i ressortir cid cts t0(Ilels principes le thtori' e d'Aelw ent talnt tIu il s'appiillue tlx fonotiolns elliptieques.... En chercliant t tirer la tralnsformation dirtte d(s fonctions a( sans faire 1sage (de leur d(Icom position en produtits intinis, vous avez savaninetnt p}ns(' ax cas niilettlrauxs ol proobablemtent I'oti doit se resigner i( l'iilpossi)ilite dl'une dtcomtposition en racteurs. ( Ne sovez pas hache, Monsieur, si quellues-unes de vos decouvertses se sont rencontrees avec mIes anciennes rIecher.

Page  128 128 NOTICE lIST ORIQl: ches Cominre vous dtites colmltenlcer' pin',)il j' ftini, il y a n(ecessaireinent unte petite spher e -le:oltact. 1)anls l suite, si vous mll'honore.z de vos coitnlni ca fl tions, je tL'auI';i (u'; pprendre (12). ) IV AprIs sa sortie de lEcole Polytechlnilue. Ilermite resta a Paris pour y continuer ses travaux. I1 etait devenu une 6nime pour sa famille; 'esprit positif de sa mere ne comprenait rien a cette etrange vocation mathenmatique. 11 semble qu'elle ait 6et' envisagee avec plus d'indulgence par son pere, qui se rappelait sans doute les predictions de 1I. Richard. C'est ai ce moment qu'il fit la connaissance des deux frrres Alexandre et Joseph Bertrand. Ses 6tudes math6matiques n'avaient aucun point commun avec cellos de Joseph; mais il s'6tait mis a faire du grec, et lisait Homere avec Alexandre Bertrand. Les siens l'ont mnlem entendu, plus tard, rappeler en riantqu'il lui avait donn6 d'utiles conseils pour une leQon d'agregation. Nous pouvons nous le representer tel qu'il e(tait a cette (poque en regardant le portrait au crayon que possede, sa famille et qui a et6 reproduit par l'huliogravure dans le Tome I de ses (OE tcres, dont la publication complete est dieji commencee sous les auspices de l'Academie. Sa chevelure est bouclee, son front est large, ses yeux brillants paraissent (,clairis par une lumieire interieure; il a 'air doux et bienveillant. En tenant compte de la differencet d geses, on retrouve une ressemblance parfaite entre ce portrait de sa premiere jeunesse et tous ceux qui nous ont etc conserves de lui. I1 suffit de le comparer A l'esquisse que nous possedons des traits de l'infortune Galois pour apprecier toute la saveur du r6cit suivant de Joseph Bertrand:

Page  129 CHARLES HERMITE 129,( Un des freres de mon pere, le )r Stanislas Bertrand, qui jamais n'etudia les Matllenati(ues, a vdcu dalns l'intinite de Galis. 11 le rencontrait en 1830, tant6t.dans Ies bureaux du journal La Tribune, tantot dans les r6unions secretes de 1a Socite A ide-loi. le ciel t'ide'ra; ce qui les conduisit h( s'asseoir ensemble sur les banes de la police correctionnelle. Quinze ans apr6s, moni oncle, venant me Voir, me trouva causlant avec unl jeune honlime, qu'il sen)blait regardler avec attention et c(,outer avec ttotnenmcnt. 11 me dit le lendemain: j 'i tprouv6 hlier une gratnde tlnotion, j'ai cru, pendlant un quallt d'heure, voir et entendre Evariste (ialois. II avait vu et entendu Cliarles Hlermite (13). )) A cette epoque, l'enseignement public et Ienseignement libre ouvraient volontiers leurs ran-,s aux jeunes polytechniciens qui se sentaient du titut pour la recherche scientilique. Joseph Bertrand, Ossian Bonnet, Alfred Serret, tin p)eu plus anciens it Il'Ecole. n'avaient pas craint de renoncer I des positions assurees pour se faire une carriere dans le professorat. II semble qu'lfermite, sous i'impulsion dle sa famille, ait voulu faire de meme; et lui, que tous saluaient d(jl comme un des maitres de la Science francaise, se preoccupa pendant quelque temps (lacqueerir les grades qui lui 6taient necessaires. 1I se presenta ani baccalaur6at es Lettres le 1"1 juillet 18t-7, lha 'Ae de 24 aris (14). )ouze jours apres, il passait l'examen du baccalaureat es Sciences devant un Jury compose dt son ancien professeur Despretz, de Sturm et de son ami Joseph Bertrand, alors agre)e de la Faculte (15). L'annee suivante, le 9 mai 1818, il subissait avec succes les tpreuves de la licence es Sciences physiques. Ileureusement les circonstances venaient interrompre cette poursuite des grades, qui a pour nous quelque clhose de p6nible; et l'Ecole Polytechnique, 9

Page  130 130.NOTICE IIISTOR1QUE renouvelant pour ltermite ce qu'elle a fait pour plusieurs de ses anciens bleves entres dans la carriere des Sciences, lui confiait, ia partir de juillet 18ti8, les fonctions d'exaninateur d'admlission. 11 V joignait l)ient6t, le 12 Ldecembrre de la meme alnne, celles de rep('titeur d'Analvsc, qu'il a quitt(ees seulement le (; mai 1863 pour devenir examinateur des 6leves. Dt)s ce moment, sa carriiree etait orient'e, au Imoins dans sa. premniere partie. Au milieu de tous ces troubles, de toutes ces preparations, Ilermite n'avait jamais cesse de se consacrer, avec tune ardeur et un succes extraordinaires, i\ ses etu(des de Alath6matiques. Ses dicouvertes de cette epoque se rapportent surtotit i l'Arithmetique sup6rieure; elles ont (t( consign6es dans quatre lettres nouvelles ecrites ac Jacobi. Nots n'avons pas leur date exacte; mais. d'apres tine phrase de la l)rernliere, no.us pouvons affirmer qu'elle remonrte aux premiers mois de 1817. 11 est impossible de lire, sans Atre p(netre d'admliration, ces 6crits (d'n -6omntre de 2' ans. Chez Ilermnite, conlnle chez beaucoup (l'autres. Ie gnie mnatllhmalltique a 6te pre(coce. On sonle ia l(al;wois, faisant h 20 ans ses immortelles d couvertes 1 a (iauss, ecrivant au mlme an- e ses Rcc/h-rc/ie.s cr(iUhli/(li7IIse; it Lagrange, qui, it 23 ans, avait jete les londemlents de tons ses Ouvra)es. Par l'6tendue des questions abordees, par la nature et la ftcondit6 dles )principes emplovys, ces admirables lettres d6passent, et de beaucoup, tout ce qu'IIermite avait ecrit jusqu'alors. Elles contiennent en germe, non setlement ses principales decouvertes, mais aussi celles qu'il a preparees i ses successeurs. A partir du moment ou il les a ecrites, llermite, pour tous les juges compt(tents, devait etre classe au rang des plus grands geomnetres. Dans les fonctions d'examinateur dcadmission, qu'il

Page  131 CHARLES IERMITE 131. a remplies jusqu'en 1860, il succ6dait i un savant eminent, Wantzel, dont il a plus d'une fois evoqu6 le':ouvenir et qu'une mort prematuree a seule empeche de devenir celebre. Tous ceux (Jui ont connu Hermite a cette epoque, ou qui ont, eu la bonne for-::tune d'etre interrog6s par lui, savent avec quelle bienveillance, mais aussi avec quelle sup6riorite, il s'acquittait de ses d6licates lonctions. llien ne'tait banal dans ses examens; sur la question la plus simple. il trouvait nmoyen d'etre ing'nieux et original. Plus tard, quand il etait professeur ih la Sorbonne, j'ai eu plus d'une fois ah aller le trouver. pendant quelques-uns des examens qu il avait ii faire passer pour le baccalaureat. Tous, maitres et el;ves, auraient eu profit a l'entendre. meme sur les sujets qui paraissaient les plus insinifiants. II agrandissait et transformait tout ce qu'il touchait. Au cours de l'anune merlln e ou il fut nommrne examinateur, i se maria avec la sc'ur de ses deux amis, Louise Bertrand, qui devait lui survivre de bien pteu et qui lui donna deux lilles. L'ain6e fut maribe i,M. Georges Forestier, ingenieur des plus distinglues, qui vient de mourir avec le titre d'lnspecteur ge(nrial des Ponts et Chauss[es. La cadette a tl)ous6 M. Emile Picard, qu'Hermite aura eu la joi e e voir sieger a c6te de lui dans la Section de Geomeittrie, pendant pres de douze ans. II habitait, i cette epoque, place de lOdtlton, la memre maison qu'Eugine Burnoutf, ave qui il eut beaucoup de relations. Le souvenir du grand philologue lui etait rest( tris vif. II1 etudiai alors 1( s;anscrit et le vieux persiin. 11 suivait les cours du Coll1ge ode France et fr6quientait le salon doe M. MAohl. Ce n'est pas qu'it et, )pou los langues, ulne Imcn-oire tits Letireuse; mais il aimait Lt tudlier Ie inLicanismee gram'lllllli

Page  132 i '32 OTX rI 'CE;,lS ()TOBIOE tical et v trlluvaii t le mml ine pIlaiir jlll0 (l;ns line translf 7rma nltion all2ibriqllu. (C'est (Ldns cot ordre d'lides qill'Hermite, touljotlrs port( ia s'intri'esser i;ux questions l'lenllseirrnemnt. )puisatit t1des aIrtuiiients L(por 1o 1nainticln dt u ill1le Inltin., aljourd'i sint,'ifiti. 1 pensit cl u o'il jon(e dns I'l (,uc(ation littl lraie le 1timme r61e qlue I,s.Altitlel6miti ques dan(st I'd (tci tion (, t"erale ( ioss( -(l{i' d1s t'(''les fien t)'i'is(:s, 1 i'0 m tC're u:inct il onviOnt aI 1< p,i'lp li:l( er, lcs pplitiie' ll ls ' l'l'ree te mient, vo)il,. iniv;lt lui, (crit 1. Tanneiry, 'e qu'iI fat, auxX enfants (1i.. Cette vie d(e trIavail. passe loiT des ptliisirs du monde, i)pour lesquels Hlermiite n'lvi-iit aucn ln out, n'et;it interrompue que par les vovyales qu'il ldeait faire chaqte anne'e, pour remplir ses fonctions d('exaninateur. 11 etait souvent accompagne par liMne Hermite: et, quand les examens lui laissaient quelque libertr, il allait volontiers se dllasser anl spectacle et v entendre qulelque opera, avec ses coll;,,'ues Serret etf ionnet. Ilermite a:va pour la uitisille nn o,ollt tres vif, qln'il partageait d'ailleurs avec lionnet. Ses parents ne lui avaient fait faire aucune etude (dans co sens, mais il avait tine Igrande m('moire Iinusicale et pouvait facilement retrouver sur le piano tin motif qu'il avait -entendu une seule fois. En revanche, il aurait et6 tres difficile de i'entrainer dans un musee. II a ecrit quelque part que I'Algebre a son elegance et que le sentiment de l Art n'est point etranger aux gieometres; mais son piere ne lui avait transmis aucune de ses aptitudes pour les arts plastiques, et j'ai le regret de dire qu'il manifestait pour la peinture, et surtout pour la sculpture, une veritable aversion.

Page  133 CHARLES HER 1ITE Les loisirs que lui laissaient les fonctions peu absorbantes dont il (tait clhatrg lui p)ermirent alors de se livrer sans relatche a ces meditations qui retiennent et occupent quelquefois penldant des jottrnees entieres Ia pensee du savant, et ii put connaitre cette continuit6 dans le travail qui est nccessaire i i' llaboration d'une euvre vraiment solide. V Les nomnbreux travaux qu'il publia it cette e6poque ne sont que le ld velopp)lement nornial du p rogramme si vaste qu'il s'ttlit propose et des principes ' lconds qu'il avait poses, dans s.es quatre derni/ores lettres ii Jacobi. Au conmmencement de ses rechlelcheis, son seul but, ii le dit lui-mnme, avait ett d'examiner le nouveau mdcle d'approxi mation des irrationnelles, auquel Jacobi avait 6ete coenduit polr etablir l'impossibilite d'une fonction tavant plus de doeux p6riodes; mais peu a peu, et sous I'inlluence doe Ia lecture assitdue des Dis9uisi.Mtione. acn'ithmticat', des problUmes infiniment' plus vastes se pr6senterent i son esprit. (jauss, dans son immortel Ouvrage, avait dievelopp6 la theorie dtes formes quadratiques binaires, et s'etait b)orne i e6baucher celles des formes ternaires. Iermite, p6n;etrant dans cet a dmirable ldiiice, decoulvrant les principes alg'ebriques (qtti v servent die support aux recherches arithnmtiques, ne craignit pas d'alborder les g(randes questions de la theorie des f'ornes dans toute leur generalit. I)ans cette il inmns e 64lendclle de reche rcies qui nous a ete laisse par I 1. Gauss, Jcrit-il t Jacobi, I'Altglebre et l;a Theorie des Nombres tie paraissent levoir se confondre dans un nnmee orldre,de notions analytiquots lont nos counlais

Page  134 13-i NOTICE HIlSTORItQUE sances actuelles ne nous permettent pas encloree de nouls faire une juste id(e. Peut-atre cependant (loit-on entrevoir qu'il appartiendra aI cette partie de la Slience, conlstitule ainsi sur ses veritaileles hises, d'ofirifr le ltaleau de tous les 1lenents, en nom)re fini on illimitii, dont dlejendent les racines des etquations alg-briques, s(ip:ares o'n types ilrrductibles et classes suivant leurs rapports naturels (17., C'est dans la th'orie des formes quadratiques tiun nomblre qluelconque de variables qu'llermite sut trouver les instruments necessaires pour aborder ce vaste ensemble de recherches. Prenant pour point de depart un admirable theoreme relatif au minimum d'une forme quadratique, dans laquelle on substitue aux variables des entiers positifs ou negatifs, il introduisit, pour chaque question, des formes quadratiques convenablement choisies, dont le caractere propre etait de contenir des coefficients variables, que i'on faisait croitre ou decroitre d'une maniere continue. Cette intrl'odilctiont (es var'iables coltiltn.ues dan.s la thleorie des nomibrees a ete, entre les mains d'Hermite. le plus merveilleux et le plus souple des instruments de recherche. C'est grace a elle qu'il put constituer d'une maniere vraiment geniale sa methode d'approximation d'une ou de plusieurs irrationnelles, donner d'une maniere simple la reduction des formes quadratiques a un nombre quelconque de variables, et aussi obtenir la denmonstration de ce remarquable theoreme qui devait etre generaliss plus tard, sous un certain point de vue, par M. Camille Jordan: les racines des equations algebriques a coefficients entiers et d'un menme discriminant s'expriment par un nombre limite d'irrationnelles distinctes. Meme dans ce resume si rapide, il m'est impossible de negliger une autre consideration feconde, celle des formes qtuadratiq ules d indetermin-ees conjuguees, qui

Page  135 CHARILES HER311TE jonent un OlJe si important dans le domnaine de la. -variable complexe et qui permirent ii Hermnite dF~tendre d'une maniere comple'e aux irrationnelles ilnagi`naires, la the'orie et les proprie'tes dui de'veloppement en fraction continue. C'est en continuant los etudes arithme'tiques d'lermite Snr les formes 'a inde'terniine'es con~jiugn'es et sur les formes quadratiques que M. Emile Picard a Pu constituer sa belle the'orio des groupes hyperfuc~hsiens et bhvperabeliens. Je ne saurais abandonner les formes quadratiques et les formes ah inde~terminees, conju' I an ape ler l'usage qu'en fit Hermite pour donner (les de'm1onlstrations nouvelles, et originales des ceIlebres the'ore'rnes de Sturm et de CauchvI relatifs hi la separation des racines. Ses travaux anterieurs Favaient pr~pare' a conside'rer les formes quadratiques formn'es avec des lonctions semnllalbles des racines dXune equation;Us luii avaient me'me donne' sons une forme plus go-~ne'Arale, cette proJprie'tedes formnes quadratiques que SN-1 -vester de'signa sous le noun de /lo (imwrile. L'expr-esSion, que Sylvester obtint. le premier, des poly-nomesde Sturm e'n fonction des racines del'Fequation alga-6 brique permit h Ilermite de constituer une ne'htho~de, eCntierement nouvelle de demonstration, qui n'emPloyait aucune consideration de continuite' et qui surtout avait l'avantage de pouvoir s'appliquer, sous lo-,s fories ls pls vrises,, h plusieurs C({uationls h plinSieurs inconnues. (>s travauix, qui ont ouvert, (105 voies anjourd'hui encore, en partie inexplore'es, se. rat - tachaient 'a d'autres recherchoes dont il importe, mainteniant que nous donnions une id('1e.

Page  136 136 NOTICE' HISTOBIQUE VI 1)ans Ilt th'ortie des formies lqadratitilues, les notirons alt1)ebri, ues q ui servent le soutien o la theorie etaient relativenient simples. La consid6lration du1 dl'te rnli lant de lit forle, cell e le la rfrme adljointe, suftlislstient pour toutes les recherches. lIais, dtls (qu'on s'o'levait auxs forimes b}ilaires (de degr'ri stirieiur, des ele1ments lnovealtl se prei'sentaient, qu'llermite et Eisenstein l vaient dtj(a dut comrirendre dans leurs e Ldtes. Aiussi. loorsqu'en ti8, tin lMe/r[noire celebre de (Caylev mit en pleinte limiere la notion des invariants, que levalit suivkre celle des covariants donnee par Sylvester. llermliite (tait ladmirabl)emenft p)reparet snivrel les tdeux '('lomtitres anllais ldns lat vole nouvelle o() ils comnnlernaient at s'enla'er. {( Hermite, (.avlev et moi. disait plus tard S-ylvester. nous forumins une trinitye intvariantive. La part d'llermite est belle dans cette creation de to te une theorie. C'est it lui i-lt'il faut attribuer la clelebre loi de reciprocite (d'laptles laquelle, a tout covariant d'une forlme de 'der,,i6 o et qui est du degre /) par rapport aux coefficients de cette forme, correspond uin c:ovariant d'une forme de de ogre / qui est du degr',n par rapport aux coefficients de cette formne, les deux covariants etant d'ailleurs dut mTmne (legre par rapport auSx variables hoinogenes), la decouverte d'un covariant quadratique pour toutes les formes binaires de degrt pair a partir du sixieme degre, celle des covariants lineaires pour toutes les formes de degre impair t partir du cinquieme degre, celle de 'invariant gauche du dixhuitieme degre pour les formes du cihquieme ordre, etc. Tous ces resultats sont exposes avec cette extrmne elegance qui caracterise les travaux d'Hermite., I1 avait

Page  137 CHARLES HERMITE 137 le secret de ces transformations analytiques qui permettent de pendtrer au cceur d'une question de la maniere la plus rapide et la plus imprevue. VII Parmi ces travaux qui ont tant contribue6 an d6veloppenient de 1 Alelbre moderne. il faut distinguer celui qu'il a consacr6 i la transformation doe Tsllirnhausen; car il offre ce mrrite inattendu (e faire rentrer dans le (doiaine des invariants une question qui paraissait lemnr 6chlaper; il faut mientionner aussi ses rechherches a lpprofondies snr les folrmes du cinqtliiilme degr6. C'est qu'il ava-it en vne tnn beau problelite (lont il allait blientot apporter la solution. D)6jit en 1817, Borchardt. nln des meilleurs lls dlves o Jacobi, etant de passage a Paris. avait fait la connaissance d'Hermite, et il -crivait (d (xforld a son illustre lnaitre: Il ermite an veifit' et de('ontl( It ls tlhi;orimines dte (Galois relativement I';l';iaisslnent te I'lqulation inodlul(lire pour la transformnation rdu cilnquieulme, (di se pt. iOle et du o nzielce degr6e (es fotiicions elliptiques.. En p;tiicullier, poo(r la trans for'nation du ( ' tin uitnl l ol'(dre. I'('lquation motodol;ire du sixibin1e o01'1re oet la rld('tit de d 'ulinr(;ltiu)i don rlu ('i i ne ordre. Cette oqu;ti,-an ltu i(inqulimii c r ordre peut (one nc tre resolue par les fonctions elliptiq(ies. ITIerl ite s,'et lone pose Io pioltlrme de rechercler si toutes les (qa-luttions (1du cinquiecmeu ordre peuvlent 'tre ramni'oes 1 cetter ('loqutiont speciale, ce q uti Ost tres vra isenll-l;tl le pu isl' ell (contient une constlnte alrbitraire (18)., Ce beau probl'me qu'llerlnite s'etait propose a 1'epoque oo il ecrivait la premier(e de ses quatre lettres a Jacobi. il ne le perdit pas do rue pendant onze ans. Cest en 1858 qu'il en apporta la solution it l'Aca

Page  138 138 NO)TICE L1HSTOIlOVEl d6mie des Sciences, dont il etait devenu mernbre le 13 juillet 18i36, succedant a Binct trans la section de G(eomn-trie. Utilisant la reduction de l'equation du cin. quiiie degr h unue equation trinome, qui avait 6te effectuile depuis longtemps par lBring' et Jerrard a laide de la transformation de Tschirnhausen, Ilermite identifia cette 6quation trinomne it celle que lui fournissait la transformation du cinquiteme ordre des fonctions elliptiques, et put ainsi exprimrer les cinq racines de l'equation du cinquireme degre par des fonctions uniformes d'un merne paramntre. C'etait 1'extension aux equations du cinquieme degre du resutltat obtenu depuis longtemps a l'aide des fonctions trigonotmtriques pour l'equation du troisiemre de('re. Cette decouverte, qu'il etendit inmmediatemient it 1'.quation du quatriemne degre, cut un immense retentissement. II fut bienttt suivi dans la voie qu'il avait ouverte par Kronecker et Brioschi. Kronecker avait trouv6 de son cote, mais sans la publier. tne autre solution du problenme si el'6gamment r6solu par Hermite. S'empressant de communiquer cette nouvelle solution a l'Aclademie, Icermiite en fit plus tard une etude approfondie. VIII La fonction uniforme a 1'aide de laquelle IIermite etait parvenu au resultat qu'il avait en vue depuis si longtemps est la fonltaion modulair)e, une des plus importantes de l'Analyse. Le genie penetrant d'Hermite sut en reconnaitre tout l'interet; il lui consacra un de ses plus beaux Memoires. Elle offre le premier et memorable exemple de ces fonctions engendrees par un groupe discontinu que M. Poincare devait introduire en Analyse et qui, entre autres resultats, ont

Page  139 CHARLES HERMITE 139 donn6e notre confrere les moyens d'integrer toutes les equations lineaires i coefficients alg6briques. Rappelons 6galement qu'entre les mains de M. Emile Picard, la fonction modulaire a permis d'etablir des proprietes caracteristiques et tres cachees des fonctions holomorphes. Ces recherches sur la fonction modulaire se rattachaient ' celles que lHermite n'a jamais cesse de faire sur les fonctions elliptiques. Les formules si elegantes qu'on rencontre dans cette theorie, ces transfolrmations inattendues dont son genie analytique percevait toute la portee, 6taient l'objet de ses incessantes meditations: ( Je ne puis sortir du domaine elliptique, ecrivait-il vers la fin de sa vie; la ou la chevre est attachee, dit le proverbe, il faut qu'elle broute (19). ), Si quelque jeune geometre venait lui demander une direction, il lui assignait comme but de devenir un cir ellipticuzs, ou bien il lui signalait comme digne d'eclaircissement quelque point particulier des Flind(amenta nova de Jacobi. Ce qui l'attirait par-dessus tout, ce sont les relations que Jacoli avait commence i mettre en evidence entre les transcendantes elliptiques et l'Arithmetique superieure. J'aurai plus loin l'occasion d'y revenir. IX Cependant, depuis le premier travail (l'tlermite sur la division des fonctions abeliennes, deux g-(omrntres allemands, (6ipel et Rosenhain, et apries eux reierstrass avec une bien plus grande goneralite, avaient r6solu le probleme pose par Jacobi de l'inversion des fonctions abeliennes a l'aide des fonctions (-) generalisees. En 18t5, une annee avant sa nomination it

Page  140 140 1NOTICE HISITOtIQU:E 'lnstitut, Il'ernmite revint sull cette belle theorie et pu llia, sitr la tiransforimation des fonctions abe'liennes. un lM(loie lue l'on s'accorde h reigairder comrno lune (de ses )pus belles (Prvres. Les i lifticulths qu'il v rencnltr;lit ltaient infiniiment tlus grandes que dans 1 li, rol)l( me corl'esjlondant de la tlieorie des fonctions elliptilqes. Tandis que, dans les fonctions douIlemlent pe'iodiques, les deutx piriodes sont ilndependantes, pour les fonctions abel;'liennes il existait entrt les qua-te )periodes une relation lbilinfaiire qui- devait etre respectee par la transformation. IHernnite a 6et ainsi conduit a constittler, )pour la solution du prohleme, unt roupe ties interessant (1e substitutions lineaires, dont les propriete(s ont enstlite troluve leur emploi dans utn grand nombre d'autres recherches. A1. Camille Jordan l'a iltilise coinie 6eletiment essentiel dans le beau problemne (le la resolution des equations alg'elbriqTes par radicaux; il apptarait atssi dans le Calcul des, st lsees li)neaires de Laguerre, notlte con — frerre regrette. X C'est ainsi qu'Ilermite poutsuivait ses travaux, sans suivre d'autre loi que celle du niouvement naturel de son esprit, sans se preoccuper des tendances qui se manifestaient autour de lui. A l'etranger, ses guides ou ses emules, Gauss, Jacobi, Dirichlet, Cayley, Borchardt, Sylvester, cultivaient, en mnieme temps que la theorie pure, les applications ' la Ga eometrie, a la lMeanique ou t la Physique. En France, Joseph Bertrand, Liouv.ille, Ossian Bonnet s'attachaient a cornpleter les decouvertes de Gauss en Geolnetrie, celles de Jacobi en Mecanique analytique. Quelques annees auparavant, Fourier, en assignant comme but aux:

Page  141 CHARLES LIERMITE 141 Mathematiques Futilite publique et 1'explication des phenomenes naturels, essayait de justifier son opinion par ces paroles, qui, ont etc souvent reproduites et qui, il faut bien le dire, contiennent quelque part de verit: L L'etude approfondie de la nature est la source la plus feconde des decouvlertes malt hratilues. Non seutlement cette etude, en ()t'l; ra t aux re(: her ' lei ut li )ut dl 'rin e, a; l'avantagle d'excluret les (qlestions vi v ues v t les cal (-ul satns issue; elle est encore un inoyecn assiurll (le fl oillcr I'.\a;llyvse elle-mkmle, et l'e l (11COuvtrir les l(ICemnits lt'i l nous iilotoCte le plus dle c onnaiti t en t (ul e celte St (itc( Ie (o1it tol joilS l' (Honserver: ces (el lne rnt s fond;(lnentaul so() t ( te x q i se treprlloduisent (ld ns tous les elet's tllurels. )) Hermite ne se livrait )pas 1'etu(de approfondie de. la nature; il s'attacliait it clltiver 1'Alg'bre, l'Arit-hmetique superieure, 1'\Analyse transcendante, at revteler on a utiliser les relations nmultiples qui unissent l'une ia l'autre ces trois brlanclhes (de la Science; lmais, en restant conlint dans la rg'iion la plus abstraite (des MLath,matiques, dans celle oui regne le nombre pur suivant l'expression de M. Poincar6, il ne croyait pas s'eScarter beaucoup de l opinion de Fourier. 11 pensait, et je cite ici ses propres expressions, que les nomlrres et les fonctions de l'Analyse ne sont pas le produit arbitr aire de notre esprit, qu'ils existent en delhors de nous avec le meme caractere de n6cessite que les choses de la realit6 objective, et que nous les rencontrons, ou les decouvrons et les 6tudions, (te la mrn6me maniLre que les physiciens, les clliiistes, les zoologistes, etc. (20). Cette doctrine ettait chez lui fort ancienne. On la voit poindre daeja, il rme semble, dans un passage de ses lettres a Jacobi ( On ne peut, dit-il, foire( concotrir trop (Il lI1,ments pour

Page  142 142 NOTICE HISTO(IIQOIE jeter quelque lunmiere sur cette variete intinie des irrationnelle< algthbiques dont Ics symlboles (t'extraction des racines ne nous repriscntent que la plus faible partie... mais quelle t.i che immense pour la thtorie dles nomnbres et le catlcul intelral de pon6trer au milieu d'une telle multiplicite d'el,'es (tie raiso, en les classant par groupes irretductibles entre eux, de les constituei tous individuellelment par des dtfinitions calractristiques et ('eltentliaires (21). > Pour' nIloi, criv-ait-il plus tard L Stielljes,.je ne suis qu'al gbriste el jalais je n'ai quillet la sphr e des MIathlTmnati(ques sul jectives, Je suis toLit(fois bien convaincu qu'aux speculltions les plus al)stralites de l'Analyse correspondent dles r'ilites qui exisient en deliors de nous et parviendront <iuejlque jour a notre con0naissance. Je,rois mmne que les efforts des gfomltres reoloivent a leur insu une direction qui les fait tendire vers un tel but, et 1'histoire (le la Science mIe pa'al't pirouver qu'une dcouverte analytique survient atu llmoment nce ssaie pour rendre possible chaque nouveau pirorLcs dants l'etude des pliLnomLnes du lmcande reel qui sonit accessibles au calcul (22)., (.es idees revenaient a clhaque instant dans la conversation 'llermite; il les exprimait souvent aussi sur ses cahiers de calcul, avec plus de lih)erte d'esprit peut-etre, et en laissant Tmie ux transparaitre sa croyance. Je leur emprunte le passage suivant ( II existe, si je ne me trompe, tout un mlolnde qui est 1'ensemble des veritts matl('ematiques, dans lequel nol-us n'avons acces que par l'intelligence, comlme existe le monlde des realit6s physiques; Fun et I'autrIe independants de nous, tous deux de cr6ation divine, qui ne senmblent distincts qu'a cause de la faiblesse de notre esprit, qui ne sent pour une pensee plus puissante qu'une seule et ineme chose, et dont la synthese se revele partielltement dans cette inerveilleuse correspondance entre les Math6matiques abstraites d'une part, 1 Astronomie et toutes les branches de la Physique de l'autre. )

Page  143 CHIRLES HERMITE 1t43 Hermite etait done rcaliste a la mani6re de Platon ou de Guillaume de Champeaux. Discuter ici sa doctrine, qui a quelque rapport aussi avec l'harmonie preetablie, ce serait reprendre la critique des Systemes philosophiques depuis' Pythagore jusqu'a nos jours. II vaut mieux mettre en 6vidence les points de vue qu'il v rattachait. Si les matltematiciens se transforment en naturalistes pour observer les ph{lnomnnes du monde arithmetique, il fant qu' ne part soit faite en Analyse it la methode 'olbservation. lierrmite ne reculait pas devant cette cons(quence; il la (dveloppait dans une Note 6tendue qu'il a icrite pour Chevreul et quo celui-ci a inseree dans un de ses nomlreux A16moires philosophiques (23). i( 1 sera toujciul'rs difficile, rlit Ilerimite, cans toute branche de nos connaissances, dce endre cotLpte avec quelque fidelit6 de la ll(thodle suivie par les inventeur's; i f(lut meme croire que l';uteur d'une (tlcouverte p(ounrrait setil apprenlide commeilet, a;vec les mioyens touLijurs faibles de notre esprit, une v(rit(i nouvelle a ttet oltenue. lais c'esl peut-etre it l''t;i'rd des Ialthilmaiques lqu' le fIait intlllectuel de 1'i ivelition set bll le I plus mtis-i 'ieux; c Iar la -eri ce de ces I ransitions onI l'ont reci ntiait la voie( rIelletmneit. suivie tans iila recherchl lie le plus sou-vnl ln'appt;rit pts d'une 1mniei're sensible dans la de(lmoinstra;ltion. Cette fanilite cl'isoler tinsi li prcuve et (d'(jolter 1( lai concision du raisonnellent, sans lui rien oter e esa ri'ueer ct d(e s;l clarte, expliqu troute laI li fficu(lt( ie I' l(l'aalyse ces me tltlo)des en Mathi-leattilis. ()1t petit nlalltlnoins, t I'dg' ard des pr(oced6s intellectulels piroptres 1aux geonLtrl' s,t faire cette remarque folt simplle, que justifierolr l' istoire menmie de la1 Scietnce, c'e t qlue I'obse'rati on y biet nit e plt / c/ impioritaite et k( Touils le. b1)0tIc/s c- es tcs tlntlltt0titlues fourni selit des preuves a l';tIppli le cette assertion, mais je les choisirai tle

Page  144 1 i I NOTICE lIS'TOriuIQ 'E pref'etrence (dans tile cte ('(l'les ql u'o(l reu1'nIe'a(1 ecomune 7lus ((bsttai/es. Je enx pa)rler dI e tho 1 ' de' s u 'on)),res, Et llerlmite citait. collille exemsple.lls le faits constat s (/'(/^/hor par lol 1ser \vation, la I ) 'jio li cit( (-1 du e loppement en fractions continues cs es racines d'une ]qu8ation diu secondl deire i coe.ttficilets cetilers, la loj de r('cil)rocitc pour les r(sidus (luadratiqutes, la loi de reciprocitl pour les residus cubliqlues qu'on voit, disait-il, 1tans les (qluvres postlhumels d Euler, d6duite par l'observation, (tans les termes melnres oa clle a etc ddmontrl e par Jacobi;i l rappelait e 'atlement que Jacobi, voulant reconnaitre s'il est vrai que tout nombre soit la somme de neuf cubes, suivant une proposition 6nonc6e par \\arinlg, avail fait construire par tin calculateur hlabile des Tables qui donnaient, juqu'atu nonmibre 12,000, toutes les dcom)lpositions d'un entier en ulne sollmme de cubes. Sa Note se terminait par quelques observations suir le role de lobservation dans les procdeds meme s de demronstration des the oreines (2 ). Hernlite rvoait done les faits analvtiqules se dresser devant lui cornime des ( etres de raison ) et son esprit penetrant en d6couvrait sans peine les caract6res essentiels; mais ce qui lattirait et le fascinait par-dessus tout, ce sont les rapports nmysttrieux, inattendus, que manifeste la marche de la Science entre ceux qui, au premier abord, peuvent paraitre le plus distincts. C'est un point sur lequel il ne se lasse pas de revenir. ( C'est Riemann, nous dit-il quelque part, qui a reconnu le r6le important des points multiples et rev6le par ses profondes decouvertes une correspondance imprevue et du plus haut inter6t entre la Geomntrie et les th6ories les plus abstraites du Calcul integral (25). -

Page  145 CHARLES HERMITE 145 En parlant des travaux de Legendre et de Gauss sur la decomposition des nombres en carres, il ecrivait:; Ces illustres geometres, en poursuivant aux prix de tant d'et'orts leurs profondes recherches sur cette partie de I'Arithmetique superieure, tendaient ainsi a( leur insu vers une autre region de la Science et donnaient un exemple de cette mysterieuse unite qui se mIanifeste parfois entre les travaux analytiques s le us eloign6s (26). ) Et dans sa belle notice sur Kronecker, voici les reflexions qu'il presente, i propos des rapports si singuliers entre la th6orie des fonctions elliptiques et celle des formes quadratiques ( M. Kronecker a mis en 6vidence que la thlorie des formes quadratiques de determinant negatif a et6 une anticipation de la tlhorie des fonctions elliptiques; de telle sorte que les notions de classes et de genres. celles des deternminants reguliers et de l'expos:int d'irregularite auraient pu s'obteni' par I'etude analytique et l'examen des propriItehSs de Ia tra(nscendante. Cette correspondance lue rien ne pouvnit faire prevoir entre deux orlres si distincts, si eloignes, de connaissances lnathematiques est une surprise pour l'esprit. Elle appelle l'attention sur la marche de la Science qui nous est en partie cachlee et suI une secrete coordination de nos travausx qui seconde nos el'fcrts et concourt it son dlveloppelnent. ), On pourrait multiplier les citations, nais il importe que je continue le recit de la glorieuse carriere d'Hernmite. XI1 Pendant qu'il remplissait ses fonctions d'examinater, ses amis et ses camarades entres dans l'Enseigne10

Page  146 H 6 NOTICE HI1ST'ORIQU F, ment proprement dit etaient nolmmls an College ide F]rance, (ia l'1colc Po:lytechnique, ' la Sorbonne. Hei-i lite leturl tiart 1-tt de son l dsir d'obltenir une c(aire o il p)tSt t-xpor seses travautx; alleureus-ment. et nalre toins leiiis efforts, cette ambtiition si leV'itilne ne put rec'voirt (ql'lne stsacts'action tardive. I)6ji lo 1orsqu'en 1848. l.ibri. ol)lig'e de quitter la France, laissa vacant son enslit'nement au (C1'le- e dof France. Hlerlite y tl't cllar '6,,>, slr 1a proposition unanim tles professeurs, d'un coLer de Alathlnmatiques qui dtra deIux ans (27). L f ruit tic c(t ensei"ncmeint fuit n Mltinoire o11 lierlite (eXPlOstilt la theorie des I'onetions dotulenient l riodiques isons n point dte vue essentiellement ori,inal. Ce travail, piresente a 1l'nstitut en 18i9, ne nous a pas ete: conserver. Nous le connaissons seulement par le Rlapport que lui Ja consacr6 (Canch. Malis il devait xitre raplpel' ici, car il inaugure ce que I'on peut appleler lt 1)r, i.,ii,? p/)'l;,iode de la ttheorie dles /6Jnc/iot)/' l/lip/iqtle.S celle oh les theories de (iauchy donnent entin le secret et la veritable explication (de la dou0bl)e pe'riodicit't. Des indications donnrees par (Cachv dains son ltapl)ort et dans une Note qui parit en tintrne tenmps (28), on i)ent conclure que, des cette epoque, Hlermite s>'itait arret(' au mode d'exposition de la th6orie des fonctions elliptiques qIt'il adopta plus tard dans son enseignement et dans la Note cl'l)bre ajouttee l'ouvrage (de Lacroix. En 1862, et sur l'initiative de Pasteur, qui voulait accroitre I'tclat de l'enseignement mathematique a 1'Ecole Normale, une nouvelle Maitrise de conferences fut creee dans cette 6cole et confite tc Iermite, qui devait loccuper pendant sept ans. J'ai eteo un des premiers a recueillir son enseignement; mais je prefere laisser la parole i celui qui, dans le livre du Centen'aire, s'est fait l'interprete de nos sentiments communs.

Page  147 CHARLES I1ERMITE 1 A7 (( Qu do( retnarques lines on profondes, 6(,r il M. Tanner-,, propo.s re sulelj s rebalttus. Queile luI tiiir(i j(lee sur d'autres s jets quo le ie in;titre, plaisnait i clairer fde loin. Que 'exenmples merveilleusement propres (h illustrer la mnti(ere, touto en captivant l'luditeur par l'interOt q'lils porttient en eux. ) J'ai entendu (lire a M1. (Giard que l'enseigneinent qu'il avalit le plus g)ilt a l'Ecoie tait eelui d(e MI. Ilerlinite. M1. Gir(l n'av;ii t pIourtanlt, dtis ce:tte 'l>poq e, ailcu'C he sitation surt' la i voul os' il vyoulat son, c:'tt.ogienot les sciefnces lnattlrelles (qui l'attil'raient, la science de c qui est vivant. En ecoutant 3M. lleriite, il avait l'illusion (l'tre dns I l doinaine o0i il se coInplais:l;it d 'iej, (1 y vo)ir ls etrles se (listinguer. se classec, se, oetatrl pht oser, t ir nsfomer les uns dian los le tltres (2)). En 1869, M. Duhamel ayant pris sa retraite, Hermite lui succeda (i la fois a l'Ecole Polvtechnique et it la Sorbonne. Apres une courte suppleance, ii fut nomni6e professeur (dAl-'lbre suporieeure it lit Faculte des Sciences, le 18 mai 1870; il avait ete noraneM professeur d'Analyse ' 1l'Ecole Polytechlnique. le 11 novermbre 1869. 11 devait occuper cette derniore chaire jusqu'en 1876. A cette epoque. il voulut se consacrer exclusivement i son enseinlnement (te la Sorbonne et fut remplact h l'Ecole Polytechnique par i\I. Camille.Jordan. Nous ne connaissons guere son enseicnenment I I'Ecole Polytechnique que par quelques cours autographies, qui n'ont pas reeu de v ritable publication, et par un volume inprimn, le (our^s (I'Aall/Se de 'Ecole Polyf/tcchnrique, dont la premiere partie seule a paru. Cest un ouvragre ayant cette e(lgance concise, cet accent original et personnel qui permettent de reconnaitre toutes les (euvres du maitre. Le lion se reconnait it la g:riffe. Mlais, dans les feuilles auto(ra

Page  148 1 -i8 INOTIC,1 HIISTORIQUE phiees, il v a aussi be(aucoujp de parties originales qui mneriteraient di'etre reprises et publiees. Dans une te eses lettres a Legendre, Jacobi expriniait, en 1832, le vwiu suivant: U Los fonctions elliptiques et la science des nombres ne devraient pas tianquer h1 l'avenir dans les lecons donndes aux Ill v es de'Ecole E Polytechnique, si l'on veut que ces lecons soient confornes aux proitre.s du tenps. O)uant 1 moi. je donne des lecons r!gmilieres str ces belles theories, et je vois avec plaisir les eleves de notre I niversit6 s'emparer vec eitnpiesseinent. de ces matwi.res. Vous vetrrez plusieurs de lenurs tinravtux d(als les volumes suivants du Jouratl de Crelle. (Ce sont encore, Monsieur, les fruits de vos travaux que ces bratnclhes dle la Science, jadis peu connues, vont devenir la possession commune des geometres. ) Ce desir efait forlnule dans une lettre particuliere; mais, alors me'me qu'il 'aurait et, publiquement, il n'aurait pas ete ecoute. Les preoccupations des geometres francais etaient ailleurs. Si 1'on avait a ce moment song6e developper l'enseignement, on aurait ajoute sans doute quelques leQons sur le calcul des probabilites, sur les theories de lattraction, (le la chaleur. et peut-etre de la capillarite. Malgre toute lautorite de Legendre, les fonctions elliptiques auraient ete sans doute r6duites ta ce que nous en avait appris Euler. C'est liermite qui, pour la premiere lois, a donne satisfaction r6elle et complete, au moins en ce qui concerne les fonctions elliptiques, au vceu si legitime de Jacobi. I1 exprimait parfois le regret que la theorie des nombres fut encore exclue de notre enseignement regulier. Malheureusement il n'a jamais fait sur ce sujet une proposition a laquelle sa situation scientifique aurait donn6 une autorite irresistible; mais, en ce qui concerne les fonctions elliptiques et la

Page  149 CHARLES HEIRMITE 149 theorie des fonctions, son enseignement de la Sorbonne a ete, non seulerent, a la hauteur de tous les progres; il a ete encore, et surtout, un guide et un initiateur. Pour savoir quelle action il a exerc6e, ecoutons quelques-uns de ses meilleurs ele6ves. (Ceux qui 'ont entendu, nots dit Mi. Picard, garderont toujours le souvenir d(e cet enseilnernent ilncomplarable. Quelles merveilleuses causeries, l rlln ton I(r; ve que releva lit par moment I'enthousiasine, ou, a propols (e la question la plus e6mnentaire, il f;isait sulgir tout (L coup d'imnmenscs horizons et oil. tA c6tt d( la Science (l'aujouriT l'ui, on aptrcevait tont h coup la Science (le delin in. Janltis pr'ofesset r ne fut mloins did;cttiiqu, ilnai net fut plus vivant (30). ( Ceux qui ont eu I'lheurcuse fort une d'(trle (les 1lev5es du grand geobmtre, ecrit1 M. Painlev, ne sairaient oublier l'accent presque religieux de son enseignementt, le frisson de beaut6 ou de mysttre qu'il faisait passer i travers soi auditoire devant quelq(ue admlnirlabCle dCecouverte ou devant. l'inconnu..Ilerlite fut un professetcu incomp;trable, sa parole saisissante ouvrait brusquelment de ltkr-es horizons sur les re'ions de la Science; elle su-deratit (' l;a curiosit( 't a l'attention les plroblnlles nouveauxs et esscntiels rmais surtout elle coltmuniquart 1' allour et le respect des id6le;les verites. Dans 'inoublilable journ ee (de son jub ilt, en actueillant I'hommtae (l'; tdmiration ide tous Is Ipa.ys civilis(s, I'illustre Analyste parle ern termCes; pleirns de tCnollesse (le ia eorrelation ctroite etf ecr(f'e q i i('ise t' r / c s),' v 'tim lt 1'e 1/C.justice et (It deroir' el/ 'ilnelli/ler, e td's rritc'';.', (.bso./ s f,e Gedomet6riC. Cette corre(;lation setllbll;it ^,vicl(nlt (11uall( on ecoutait ses Iec!ons!' ). ) ( Nos el vcs, nous (dit t. 'Tannery en l)r tIlat-nt die I' (Icul Normale, contiuetItLct de recev-oir I' 1( So'orb(nnc un ense0ignerient (lont lll fit 'at t e ranidlil; ils c;toul tent cette parole 1 d'un11 l louence si parti culiire o(i il y;t (:It reueilleiment, (le la solennitt et une sorte te telledresse passionnee. lls jouissCelt de cette lumlit.re lqui va jusijqu'au fond 'eIs choses, c(uii les siq)are et les rSiunit, (lui en rlontre les

Page  150 150 -NOt1I: 11 SOIQI' E liens le plus dolic'its. (lii don1r lta x;lstlltiopns mlathlm aliques;l 'oi leui el t lal vie, (2}).,, ( C'es 7t la Sor )olte, (' (''it M1.,lo el. que j'ai st ivi le Ic:onis di'Ilerlnite; c':(t l ue i (,lu ntendu cltte plarle si \viv nite exposel,;.1ve\c r'leslc (t a lt fois o'.t tvlec amour, les I)ellcs v 1rit( s de I i'\ll;nlyse. ( il1t t1it l ut ';Itl( pitt e te la divinitet 1 d tu ilUl'e cui i l l)us t-, I II Ivoil;it los mixstCre l'(dolltitabls ct satci'l's. Los qulest iu s les plus;l idces, les ialCuls eni app)l;llie los p1iti inliats, - I.' tii'nsitl;tlient, talt il av i it l'iiit ition d, le.tl's scriOli's i e,;lites. Qt)U( ues-uns lplnt-eie lint 'u1 alta t {t'IIerii, Il e -MVU i (le failT,o pl'endri '' " l tlt i 'il i' l's.lt hlthl, aliq('.s ~ ill;' 1 sU }Ies faire aimer aussi p)lofolnd(llielit que lui (32.,, Ces citations, tue je pourrais multiplier, sont de nature i. mettre en evidence laction pr, pond6rante qne l'enseinement d'1ermite a eu dans los dernieres annees dn xixs siecle surI le d6veloppenient de la jeune ecole math inatique francaise. A l' tranger, son influence n'a pas et6 moins grande, et sa chaire de la Sorbonne a ete, pendant trente ans, un (les foyers les plus acti's du travail mnathlmatique. Quatre editions successives (ot reipandul le CoGlrs d'llermite. 11 a 6et etudi6 et comlnente dans toutes les Vniversites du monde. En Allemagne, en Italie, en Suede, en Amerique, c'est dans les lec:ons de la Sorbonne que 1'on etudiait la theorie des fonctions elliptiques et la theorie des fonctions. On les louait (i lta fois pour le soin tdonni la parLtie historique et pour la simplicite de 1'exposition. On 6tait charms de la lumiere que le maitre repandait sur les parties les plus difficiles et les plus delicates, des exemples le6gants dont il enrichissait les theories. Que dis-je, l'enthousiasme que provoquaient ses Lecons s'etendait jusqu'aux 6tudiants qui les suivaient. On les felicitait de leur ardeur, des efforts couronnes de succes qu'ils de

Page  151 CHARLES HERMITE 151t ployaient pour elargir leur horizon et s'assimiler des theories aussi elevees. Aux 6tudiants francais venaient d'ailleurs se joindre des camarades e'trangelrs. lHermito les accueillait les uns et les autres, toujours pret t prodiguer les encouragements et les conseils. Ce n'6tait pas d'ailleurs a de simples conseils qu'il limitait son action bienfaisante et tous ceux qui avaient acquis a ses yeux le droit de se reclaier l de lui 1e trouvaient prlet a Inultiplier les demntarchlles, i,donnler les temoiginages qui pouvaient faciliter leur carriere ou assurer leur avenir. Les devoirs d'uin enseignement ainsi compris 6taient lourds, ils n'arrete3rent pas pourtant l'activite creatrice d'lermite. Son cours l'entraina sans doute ia s'occuper de quelques questions imnportantes (le Calcul integral, les integrales Euliriennes, les fonctions de Bernoulli, par exemple, dont il renouvela la tIhorie; mais ii resta fidele m;ux 6tudes favorites de sa jeunesse; et son plus beau Mernoire peut-etre, celui qu'il a consacre 1. la Fonction exponentielle et qui date de 1873, n'est qu' une application des rnthodes,ene'rales d'approxination des irrationnelles dont il avait fait tonnaitre Ie principe dans ses,ettres ia Jacobi. Ce MAleoire marque une date et contient une des plus belles d6couvertes que les Alathlenatiques aient faites dans tous les temps ) mais, pour la faire bien comnprendre, il est necessaire que nous entrions dans des developpements assez Stendus. Des leurs preinieres 6tudes, les Mathenlaticiens ont rencontre, S cote des entiers et des fractions, r6unis sous la denomnination de iomlibre., col/,ne/i.surthles, les nomnbres dits ilcoimmens.irahles, ou mieux

Page  152 I 52.NOTICE HISTORIQilE ir'rattiolle.pl. Les Grecs alpprirent ai construire, avec la regle et le comipas, certains d(e ces notmbres irrationnels qui s'expriment ai I'aide (de radicaux carrsts; ils pIurent, par exemple, resoudre le problelmle de la duplication du carr6; mais, mLalg't tous leurs efforts poursuivis pendant des siecles, il leur fut impossible de r'ssoudre jpare les miles mnoyens les problmles analotues de la duplication dul cube et de la trisection dle l'angle, c'est-a-dir e de construire, it l'aide dte linnes droite t e ees et de le seulement, des irrationnelles ldefinies par une equation irreductible du troisieme degre. Archiniede fut condulit, par ses recherches sur la quadrature du cercle et l rectification de la circonference, i, reconnaitre que ces deux problinems se ramenaient l'un ]l'autre et d6peend;ient de la dfterinination d'une irrationnelle d'un genre tout Inouveau, le nomlbre., puisqu'il faut l'appeler piar son noin. Les trois prob1lenes de la lluplication du cube, de la trisection de l'an-le et de la quadrature du cercle nous ont t6t e16gues par les anciens. Si l'on v joint la recherche (du mouvemlent plerp)'tuel. on pett dire qu'ils constituent une cllarge lourde et tin eml;l)arras pour les Acadelmies. 11 ne se passe pas dc s6ance que nous ne recevions de communication sur l'un ou 1'autre (e ces quatre probllmes, souvent sur tons "t la fois. Ce qui aijoute au zele (les inventeurs, c est la crovance tres roepandue q(ile, commei il est arriv- autrefois pour le celTbr e prol)leme 1des l de ls lo it s, es uvernements ont en reserve une forte solnine d'argent, destinee ia celui qui les resoudra; ]'inventeur du mouvement perpetuel est d'ailleurs tres fond(t i penser, et c'est le seul point sur lequel il raisonne juste d'ordinaire, qu'il trouvera dans sa dc:ouverte mrntme la recolmpense et le prix de ses efforts. En 1775, notre Academie decida IoIrmellenment qu'elle ne s'occuperait

Page  153 CHARLES HERMITE 153 plus d6sormais des colnmunications relatives a ces quatres problemes. Les motifs de sa resolution sont consign6s dans une declaration qui fut r6digee par Condorcet, alors Secr6taire perpetuel, et qui a ete imprimee dans nos Mlemoires (33). ls ont ete resumes en 1791 dans une lettre ecrite par Condorcet a l'Assemnbl6e Constituante qui, ayant recu d'un pttitionnaire une solution du probleme de la trisection de l'angle, I'avait renvoyee a l'examen de I'Academie. En 1775), (lit Condorcet, I'A\caderie a pris et rendu. publique la resolution de ne plus examinler ni trisection del l'angle, ni (luplicrtion dCu culle, ni qua(draltture du cercle, ni mouvetinnt. perptiuel. ) Les prol)leOies dle la trisection de l'angle et de la duplication du cube sont resolus depuis deux mille ans. et, si I'on cherc he encore a les resoudre, ce n'est que par une ignorance a(lsolue dle ces questions. L'inllossi ilito de la quadrature lut cercle est aussi de(montre-e que peut l')tre une chose dle ce genre, et celle du nmouvclnent perpStuel l'est 6ealement. Ainsi, en reton(lant ai exailiner les prttendues solutions nouvelles de tous ces probl)liins, l'A\cad(tlni( a et6e ien s\re de n'excluire aucun tr'avail utile.,, Le mnotif (qui 1'; d(letelrmindee a les exm;iner p encdant longtetnlps;it te nl ni{lielnent la crainte d paraitre adopter en corps u e opinion, et elle a liiieux aime emplovel cquelquefois 1 Ie la lanimnl're la plus inutile le ttllips (-ds;ca6 -Miciens lce d'avoir l'ai i de (idotler son jugetnocnt. comme une cose lio trnelle. Mais le noIbrl e (1e:l ux qui coIsument une parl'ie d(e leur vir (' ces vailnes 'ech'ercll(s, osdoit tout le Itruil t est le nilre i leur f'tlortuleo n t tt'op stuvelt d'altdrcr leur riaisc!r, 1'a deter t ie0e at peendt-e ulte t'esoltition qu'elle a crTu iropro i les I' tourtlelr (1 cc ttec occi}pation. Elile a craint lqu, si (110 conli nlt il ii ( lliller leurs solutions, eI!! pl'lt Cir accnus(le (le les encoura'l gel a s',ei occuper, et (qIl'elle n11 s, i-crt(dit e '11 qu(etlqlU sotrte c(o:l)lt ice. des m;alheurs qui le'or a rN'iveit (>4.).,

Page  154 15: 1NOTICE 1llSTO15 7101E Oni peut soulseril slans hlsita.tion a1x conlsid6rations morales Jqut (tdveloppe (Coxldolrcet; a ujolurdlihui encore leolr veritt nous 1'fr1ppe torts (ls jor111s ou du oins11 tous les jolrs de sac. allc Mais la ptaritie mlhatlenlatique dte la lettre laisse plus i d {isireri. C(ondorcet C tai un es rJ'it universeol; le ten1ps lui 111anqua1 it pour donier a ses travaux mlathllmatlliqes lat rigelou et la precision necessairls. 11 n'etait pas vrai qclle ie probleme de la duplication du cube et celii de lia trisection de l'tanlle fLssenl resolus depuis deux mille ans. 11 n'etait Ilas vrai non plus que limpossibilit6 de la quadrature di! cercle fut d&montree atitant que peut 1'tre une chose de ce genre. Ce qui etait vrai, c'est que l'Acadtrlie avait allaire quatrc-vin-lt-dix-neuf fois sur cent ai des inventeurs qui ne se rendaient mene pas compte de 1'enonc6 des problmnes lont ils recherchaient imprudemrnent la solution. Descartes et iNe wton n'avaient pas dedaign6 de s'occuper de la duplication du cube et de la trisection de l'angle. Descartes, en particulier, en avait donn6 de belles solutions, en enmployant seulenent u1n parabole et un cercle. En r6alite, c'est a un g6eorntre tout contemporain, Wa \\antzel dont j'ai dejat pronone6 le nor, que l'on doit, je crois, la premiere denlonstration connue de l'impossibilite de r6soudre ces deux problenmes a l'aide de la regle et du compas. En ce qui concerne la quadrature du cercle, on avait calcu16 le nolmbre. avec une grande approximation, soit en suivant la methode meme d'Archimede, soit en utilisant les developpenments en s6rie fournis par le Calcul infinitesimal; mais, en r6alite, tout ce que l'on savait a l'epoque de Condorcet sur la nature mnme de ce nonbre, c'est qu'il est incommensurable. La demonstration en avait ete donnee pour la premiere fois en 17t61 par un geometre des plus penetrants, Lambert, dans les Mcmoi

Page  155 CHARLES HERMITEL 155 res de l'Acad'mic (le Berlin. On n'avait pas meme demontre que ce nombre ne peut 6tre racine d'une equation du second degre 'a coefficients entiers; (t, a plus forte raison, il n'etait pas etabli qu'on ne peut le construire a l'aide de la reg'le et du compas. II y avait une difference essentielle entre les diverses irrationnelles qui se presentent dans les trois problemes que pous venons d'enumrlerel. Pour la duplication dui cube ot la trisection de l'angle, les inconnues, d(ltinies par une eq( uation dtl troisimoe degr6, etaient comprises dans cette classe ~(eiln6rale d'irrationnelles qui sont les racines des 6quations altebriques de tons les dei'rs. Mais en dehors dte ces nombres al(Jf'/iqitc.s, dont les pro'ondes recherlches d'Herrite ont commnence letude et la classilication, l'Analyse intinitsimale nous en fournit d'autres, formant des classes encore plus etendues: tel est le rapport de la circonlrtrence au diametre; tels sont le nombre e, base des log'arithmes naturels, la colisllnf 'Euelelr et une foule d'autres qu'il serait mueme i mpossible d'enumrrer. Pour en )pen6tlrerl la nature, il faut se demander d'abord si ces irrationnelles ne seraient pas, dans tous les cas, assujetties ia satisfaire a une equation alge6brique de degre convenablement choisi. On pourrait le soutenir. Tout nombre rationnel est donn6 par une equation du premier degre h coet'icients entiers: pour un nombre irrationnel donn6, nIe )puton s'adresser d'abord aux equations du second de —re pour voir s'il en est une qu'il verifie, puis, si les essais sont infructueux, passer aux 6quations du troisiame, du quatrieme der6, et ainsi de suite ind6hiinment. iNe finira-t-on pas ainsi, puisque le nombre des essais est illimite, par obtenir une 6quation algebrique delinissant l irrationnelle et permettant de l'6tudier? Ce raisonnenent, si c'en est un, ne serait pas accepte,

Page  156 15 6 NOTICE fIlSTORIQUE httons-nous de le dire, par les bons esprits. Legendre, en reprenant dans sa GeC;oRetiic la dtelmonstration que Lamblert a donn6e de lincommensurabilite de r. et en l'dtendant au cartr de ce nomnbre, ajotite en terminant: ~ II est probable qcue le nonMbre:. n'est inlLne pas compris dans les irrationnelles algtbriques, c'est-i-dire qu'il ne peut etre la racine d'une equation algebrique d'un nom. bre fini de termes dont les coefficients soient rationnels: mais il parait clifticile de demontrer rigoureuseiuent cette proposition. ) C'est i un g'domelre francais, Liouville, qu'on doit la premiere demonstration connue de ce fait qu'en dehors des irrationnelles algedbriques, il peut en exister une infinite d'autres, que nous appellerons desornmais n ombres trat.scellda.ts. G( neralisant le beau theoreme de Lagrange sur les proprieites de periodicite du developpement en fraction continue des racines des 6quations quadratiques, Liouville a demontre une propriet' necessaire du d1tveloppement de toute irrationnelle algelbrique en fraction continue. Colrme il etait Facile de construire une infinite& d'irrationnelles pour lesquelles cetle propriete necessaire n'a pas lieu, il etait ainsi etabli qu'il existe des classes etendues de nombres transcendants. Deplpis Liouville, les belles et philosophiques recherches de 1A. G. Cantor sur l Ila eorie des ensembles nous ont appris que les noimbres algtl'briques ne forment qu'une classe tres particuliere dans la foule immense des nombres transcendants; mais cette classe est si dense que l'on comprend tres lien la remarque de Legendre et l'extreme difficult qu'il doit y avoir it etablir la preuve qu'une irrationnelle ne peut lui appartenir.

Page  157 CHARLES HERMITE 157 C'est cette preuve si difficile qu'Hermite nous a apportee, pour le nombre Ie plus important (e I'Anal l'se, le nombre e, base des logarithmes n6periens. II 'a obtenue en appliquant aux diverses puissances de e les methodes generales qu'il avait donnees pour l'approximation simultanee de plusieurs irrationnelles. II est inutile de faire reniarquer la diffrence tres nette entre ce resultat capital et celui de Liouville. Dans les considerations, si ingenieuses d'ailleurs, qu'il a presentees, Liouville disposait, en quelque sorte, et du nombre, et de la demonstration. Ses irrationnelles ont 6te imagin6es pour que la demonstration put s'y appliquer et, d'ailleurs, elles ne se rattachent a aucune question d'Analyse. Herrnite, au contraire, s'adressait a une irrationnelle determinee, jouant en Analyse un role fondamental. Quand son beau Memoire commenca h paraitre en 1873 dans nos Conlpts.rend/us, il fit sensation, et lun de ses meilleurs amis, Borchardt, lui ecrivit pour lui demander s'il ne s'attaquerait pas aussi au nombre =. En lui envovant imm6diate ment une demonstration nouvelle et 6elgante du theoremne de Legendre relatif la 'incommensurabilite de 7 l, Hermite commnenqait sa lettre en ces termes: (( Je ne 1e hilasarclerali point a la recterche de lt transcendance du niombree 5. Que d'autres tentent I'entreprise. nul ne sera plus heulreux que moi de leur succes; mais, croyez-'l l en, Che iii, on c mi, il ne laissera pas de leur couter quelques etforts. ) Neuf ans apr/es cependant, en 1882, un igeometre des plus distingue6s, MI. Lindemann, trompait ces prtvisions pessimistes. Utilisant les relations que Euler a etablies entre les nombres et -., ii generalisait

Page  158 158 NOTICE HISTI'ORI 'rE d'lne mainiere tres ing.nieuse la mlttl1od dt.'erlmite, et obtenlt la d(lmonslosration si lontelemls attendIte non seuleonent de l'ilmpossibilit ite de l quatdrature dt cercle. mais encore (le la transcendance du nolmbre r. < On pout, dit,. Camille,Jordan. h1 ( itimement re indi - cler pour lllHer ite une part (IP ce b),-;l r11eslt at car il a e(1 ob)lnu po imitanit la marche qu'il avait sutivie pourl'(\lxpo(. ll ie lle. ~ La liaute imlportance 1d toutes ces dPco(tovertes a nattrellement siiscite I'attention et provoque iine fonle de recherches. On a. sirnplitoi les d emonsttrations des inventeurs. Elles lpenvent alljoiurll'lli (tre inises a la portee d'un lon ) ele ve de nos v!c(ees. En applaudissant ces molificati oins. remnarq lons toutefois qtt'elles prennent une forme 1)ien svnthbtiqne et qti'elles conservent toites la pierre;anli'laire te l(a deimonstration d'Hermite: je vOex dire ce p0olynome i fatcteutrs multiples qui se pre'sente si naturellenment quand il applique au cas particulier sa mnlthodle,e'ne'rale d'approximation. Certes, il y a toujours grand interet i d6montrer par des voies differentes et, par suite, ft presenter soils un aspect nouveaun. une proposition iml)ortante: Ineas on n'aura trouvo ulne demonstration vraiment differente (de celle d('llermite que le jour ont toute trace aura dlisparu de son polynome fondamnental. XIII Quelque temps apres ce travail sir l'exponentielle, qui demeurera toujours son titre le plus accessible aux profanes, Hermite entreprit la publication t'une serie d'articles sur les application.s des fonctions elliptiques. Ses recherches incessantes l'avaient conduit 'a prendre commne point de depart, pour l'6tude des fonc

Page  159 CHARLES EIERMITE tions doublement periodiques, lne belle formule de decomposition en elements simples, qui rend les integrations immediates et introduiit (de lordre et de la methode dans cette theorie si touffue. Ici, il envisageait de nouvelles fonctions, extremement voisines des anciennes, auxquelles il donna le nom de fonrction., dot/h/ihoen/t / /:/io((/iq.PN h,' (lex.'iOme e/ 1 td /roi.s'iom e(S/))c,, et autxquelles il (tenldit sa formule e(1 de6composition. Les melthodes plissant's ( u'il institulait ainsi le condaisirent $( intc''rer, dans tons les cas. une 6(1qation lin(lait' du second oldre,,lUe Lainm avait rencontre e dans ses recllerches si'r le monr vement d(e ia chaleur' ii u'interietr dt'u n cllip)so'ide. Totties ces tecouvertes, dont iI serait difficile (le donner ici line id6e plus complete, ont servi d(e point de d6part aux theoremes ZPneiraux dte ME. Emile Picard sur l'inter'ration d'une classe nouvelle et etendue d''quations dilTt'rentielles lineaires et atnx importantes (tiudes de M. Paul Appell sur les fonctions a mnultillicateurs. Elles permirent II lermite lui-mlpme tde donner d(es solutions nouvelles et ori-ginales pour' plusielrs prrobl)enles mncaniques de grand int6r't: la rotation ld'un corps solilde autour d' n point fixe, le Inouvement idu pendule conique, la dettermination tde la courbe elasti(qtue, c'est-a dlire de la figure d'equililjre d'un ressort. Ces applications, qu'lliermite avait semble fuir pendant toute sa vie, venaient en queltque sorte le solliciter, par linterrm6diaire de, ses chires fonctions elliptiques, et lui donner lFoccasion dte couronner sa carriire par un de ses plus beaiux travaux. XIV Ainsi s'ecoulait, calmne et solitaire, la vie dlu grand. anaiyste rn mais ses recllerches, qu'il levait poursuivre

Page  160 160 NOTICE IiISTOIXQUE jusqu'a son dernier jour, son coturs de la Sorbonne, sa correspondance, sur laquelle je reviendrai plus loin, ne suffisaient pas i la rernplir tout entiere. Son cceur g6nereux le portait i concourir a toutes les grandes et belles (:uvres. Tres incr6dule dans sa jeunesse, il avait 6te ramene h la foi catholique, en 1856, par Cauchy. au cours d'une maladie grave, une petite v6role, qui mit ses jours en danger. Trois ans apr6s, il temoi(Tnait sa reconnaissance au crarnd ('oretre disparu, dans la dedicace qu'il placait en t(te de son Memoire sur les equations modulaires: IteiutrandM metorc(Wii exilii iri.<lV(/lt.ltif.8ti Catch// h/c jqtaleculquwte mualn.sl lib(enter accipia/l et. 'x b 1)eata t'lterne felicitatls sed(e antiM)r. aI Iau1f^ (cI/ZlI. am l. ' ir i poeno /enigne a.slicere d/iylgnris. L'attachement, qu'a partir de ce jour il manifesta pour la religion it laquelle il etait revenu, s'allia sans effort au respect le plus scrupuleux de toutes les croyances et (de toutes les opinions. Toujours pret it entendre et mieme t discuter les affirmations les plus contraires a ses idees, il demandait seulement, et il en avait assurenent le droit, que l'on voullt bien s'abstenir (de toute legerete, de toute raillerie, dans l1examen des questions si graves qui ne cessaient de le preoccuper. S'il n'abordait pas volontiers certains sujets, qui relevent de la conscience individuelle, en revanche il etait toujours dispose it prendre l'initiative pour s entretenir, avec ses amis et ses correspondants, du cours des eve'nements politiques. L'avcnir de notre pays le preoccupait; il etait d'un pessimisme dont j'ai vu peu d'exemples, et j'avoue que, malgre tout le plaisir que j'avais a le voir, il m'arrivait quelquefois de redoutcr sa conversation. Un jour que je lui avais ecrit, il me repondait par une lettre affectueuse, en se plaignant de n'avoir vu

Page  161 CHARLES HERMITE 161 que mon ecriture et me priant d'aller m'entretenir avec lui' - Mais, ajoutait-il, ne venez point et fuyez moi si vous ne voulez entendre des plaintes, des regrets qui debordent d'amertume et de tristesse, des raisons longuement reflechies de d6sesperance, des craintes et des pressentiments de catastrophes., La foi d'lermite se conciliait aussi tres bien avec une conception vraiment large et vraimnent personnelle du role et de limportance de la recherche scientifique. II aimait.a repeter que le labetr scientifique approfondi contient un enseignement qui va bien au dtelh de l1objet propre de la Science. lMais c'est surtout sur l'influence bienfaisante de ses etudes de predilection, de l'enseignement mathematique, qu'il revenait le plus volontiers et le plus souvent o Une rigoureuse discipline de l'esprit, dit-il dlans le discours de )presidence qu'il a plronoonc en 188, pr, pat r aux devoirs inilitaires, et l'on ne peut louter qlue les etudes mathematiques contribuent (I former cette facult dalbstraction indispensable au chef pouL' se filre une representation, une imlage int6rieure de l'action, par laquelle il se dirige, en oubliant le danger, dans le tunmulte et l'obscurite du comrbat. ) Et ailleurs, dans le discours qu'il pronon:a lors de son,lubile: { L'Ecole Notrlale et l'Ecole Polvteclnique sont deux branches d'une mtn-me famille, etroitctient unies par le sentiment de la justice et du devoir, setntiment li d'une naniere secrlete it l'enseignement Ilathematiq ue, rais Si certaine que, sans en avoir aucunement le privilg'e, ii senmble passer de I'intelligence '1 la conscience et s'impose comnIre les v6ritds de la (.Geoetrie. )) ii

Page  162 162 NOTICFE I ISTORIQUE L'homme qui s'exprimait ainsi etlait assur6ment incapable de montrer quelque preoccup)ation itroite dans la conduite dte la vie; j'ai passe pris de quarante ans auprbs de lui, ayant part a sa confiance et a son affection. Que (le fois j'ai pu constater sa bienveillance fonciere et sa bont(. lamais je ne l' i vu accueillir la moindre insinuation malveillante; il prt tait toujours aux autres les sentiments eleves qui l'animaient. V De tout temps, il avait entretenu une correspon(lance etendue avec les e6ometres de tous les pays. Cette correspondance avait conmmencl( avec des maitres tels quie Jacobi et Dirichlet, avec des eimules qui etaient devenus pour lui tles amis bien citers, et dont la perte devait beaucoup l'attrister, BIorchardt, (laley, Sylvester, Brioschi. Peu it peu, elle s'etait beaucoup (lteeloppee, car il r6pondait a tous ceux qui sollicitaient ses conseils ou lui soumettaient leurs travaux. On pourra la publier un jour ' on y trouvera, en meime temps que le t(emoignag'e de la candeur et d(e lt bonte la plus inepuisable, le tableau le plus int(eressant de la vie matltematique au xix'' siecle. Et d'ailleurs, d(e ce que j'avance la preuve n'est-elle (ps djiiL faite? N'avons-nous pas les deux volumes (le la correspondance qu il echlan-.ea, de 1882 (i 189!I,;avec un jeune geomlltre hollandais, Thomas Stieltjes, doue du plus beau talent mathlematique, mais youe a une mort prematuree. C'est Li Hermite, c'est (t ses demarches incessantes, que j'ai ete heureux de seconder, que Stieltjes a du cette chaire de la Faculte des Sciences de Toulouse, ouf il a rendu tant de services et ou il a pu produire tant de beaux Memoires, qui demeureront le

Page  163 CHARLES HERMITE 163 patrimoine glorieux de ses enfants, devenus franqais. Ce qu'Hermite a fait pour Stieltjes donne la mesure de ce qu'il tentait pour tous ceux, eleves ou amis, qui s'adressaient a lui. Sans aucune preoccupation personnelle, jugeant les idees qui lui etaient soumises avec une penetration qui leur ajoutait toujours quelque chose, il repandait avec la plus grande liberalite, sans rien reserver pour lui-meme, ces indications precieuses qui aident a francllir le pas diflicile et inspirent une longue suite d'excellents travaux. Aussi lorsqu'en 1892, un Comite compose de ses eleves et de ses amis emit lide de e celebrer son soixante-dixieme anniversaire, les appels qu'il iadressa trouverent partout l'accueil le plus chaud. Siur les listes de souscription,.i c6ot des noms illustres de v. Helmholtz, de lord Kelvin, de \\eierstrass, etc., on lisait ceux des 6leves de nos lvcees, ceux des etudiants de toutes les Universites, unis dans un sentiment de reconnaissance et de comlmune aldmiration. Le 24 decembre 1892, les membres dlu Conseil de 'Universite, les collebgues, les eleves. les amis d'Hirmite, plusietirs de ses conimpatriotes lorrains, se r(eunirent t la Sorbonne pour offlir atU -t 'rand 'eomeltre la medaille qui reproduisait ses trails, line des plus )belles de toutes celles qlle 1noIns devons it notre illustre confrere ('liaplain. Toutes les Academies (tt monde, dont Hermite avait 6t6 nomll(l i inembre depuis longtemps, avaient envove des adresscs otl des d6 urt6s. Je n'insisterai pas stur cette toucliante cJrlnmonie dont le comnpte rendl(l a tt ptublli': elle ult doiuce au cueur d'IIermite, elle lui apporta ce qu'il estitlait la ineilleu:re recompense de ses efforts.,e Alinistre de l'lnstruction publique, MI. (Charles Dupnuv, avait tenu h la presider. La mIeme senta.ine devait avoir lien le Jubil6 de Pasteur. Puisse la Sorbonne revoir dans

Page  164 *1 6ri NOTICE ISTOliE1-' l'avenir heaucoupt dle f!tes aussi gl(orieuses pour notre. pays. XVI Cependant les atteintes de l' a'e, sans 6teindre l'ardeur d'H ermite, venaient p)rororessivement dirninuer ses lorces. Son Cours de la Sorbonne commencait a devenir pour lui une c ar'e, tant ii mettait de soin L tle lpr(earer ((.le Vous f;lis la confidence, e('rit-il 1 Stieltjes, queI. -cedant la paresse. je prrpnare sii nsuflisamnient nces leons, q-ue pendiant la nuit, nma conscinc' se reveille, tme poursuit au point (que j';liaunle m;i I)ounie pourt faire un l)ou t de ca l ll (3i ). > Ap'icts une le(on A 1;l Sorbonne, 6crivai it-il i AIM Genocchi, je ne fais plus rien de la journ(e. 1e lis les Orieota/es de Victor lluno ou des Iarticles de journaux... Mais io entreprendre un calcul slrieux, difficile, jy V enonce absolument; le flambeau ne s'allunme pas et la paresse re3'ne sans partago., Aussi. lorsqu'en 1897, l'lge de la retraite eut sonne pour lui, c'est en vain que je lui fis connaitre notre commun desir. Malgre toutes mes instances, malgre ]'assurance que lAdministration sup6rieure le verrait avec plaisir conserver ses fonctions actives, il voulut quitter son enseignement. Son seul desir, qu'il n'exprima meme pas, mais qu'il fut heureux de voir realis6, etait d'etre remplace dans sa chaire par ML. Emile Picard. Renonant a l'enseignement, il etait loin de renoncer a la recherche scientifique. I1 suivait d'un oeil attentif cette transformation si profonde des etudes mathematiques qui a marque les dernieres annees du

Page  165 CHAIRLES HERMITE 165' XIxe siecle. Certains resultats, il faut le dire, ne lui: agrraient pas entierement: ( Je me de'totrne avec effroi et horretr-, ec'rivait-il familie;rement d Stieltjes,, de cette plaie lamentable de.s fonctions contilnes qti. n'ontpas de de'ivee (36). ) Mais si, cornme il est naturel a un vieillard, il restait volontiers dans la region ofl il avait trouve ses plus beaux succes, il n'etait pas de ces esprits negatifs qui veulent barrer la route, et il ne contestait la 16gitimite d'aucune recherche. II se plaisait aussi, commne autrefois Lagrange et:\mpere,; se tenir au courant des questions les plus etrangeres t l'objet de ses propres travaux. 11 s'etait forrne sur les grands problemes de la philosophie naturelle des opinions personnelles et pr6cises; plhusieurs (le nos confreres avaient grand plaisir et trouvaient profit t s'en entretenir avec lui. Les compagnons de sa jeunesse disparaissaient peu at penu il leur consacrait des notices emues, qui seront des documents precieux pour I'histoire des Sciences et font. lorneinent de nos Conplex rendafrs. Avec sa modestie habituelle, il y celebrait leurs travaux sans jamais rappeler les siens. Pour exprimer ses regrets, pour developper ses vues originales, il savait tronver les expressions les plus saisissantes. les termes les mieux appropries. Son style evoque les noms des grands savants qui ont eu une si grande influence sur le developpernent de la langue franaise, ou qui ont contribu6 i lui conserver ses qualit6s. Sentant que la fin approchait aussi pour lui, il revenait, pour les completer, sur celles de ses recherches qui l'avaient le plus passionne; et il s'attachait 'a mettre mieux en lumiere ces relations, que Kronecker et lui avaient decouvertes, entre les fonctions elliptiques et les parties les plus ardues de l'Arithinetique superieure. Les appels des directeurs de journaux scientifiques ne le trouvaient jamais insen

Page  166 166 166 ~~~~NOTIICE' 115T0ORQ1. sible, et ii 1cm~j envovait des -articles traitant des qucs. tions les plus varie'es, adoptant volontiers la for-fle, epistolaire quit avaiL emplove, clans ses Premiers travaux. Un de se-,s derniers kcrits contient ses idilesg sur l'ensei gnenment des Mlathe'matiques. (J'a itonjours keL. ecrivait-il aL M. Janike, dIirecfeur de( I'A rckir Ider Jlcithenwtilif und Physik, et je serai jusqn'A Mon dernier 'our, le, disciple de vos grandIs gT omdres, de vos maittres illustres, (,iauss, Jacobi. IDiricblet. Ifautres, Commne Kronecker', Borchardt, M. Lipschiitz, etc.., ont Wt les cornpagnons de nmes dtudes et mes aimis d~voni~s. L.~est tine dette d e reconnaissance lailss6e pat, leurs chers souvenirs dont j'aurai 'a cceur de miacquitter en mre faisant votre col1 -Ial~rateur avec I intention (de servir atuprd~, des etudiants, de vos Universit~s la cause dti savoir rnath(-_m-ati'que. )) Vous 'me permettrez peut-e'tre, (lC vous dire, dans quel sens je ddisrerais voir se diriger linfluence, l'action (le votre nouvelle publication. L'enseignement., me~me tri~s 61lnientaire, peut mettre hi profit les ceouvres du gcinie, quand elles concernent directement son objet. )) Prenez par exemple, l'ide'e de Dirichiet, 'a Ia fois si simple et si profonde, concernant les minjina de-, fonctions lin~aires 'a indd'terminkes entieiwes;n'est-edie pas expos~ee aver Ia th~orie, des fractions continues? )) Bacon de NV6rulaiii a dit que l'admiration est Ic principe du stavoir. Sa pens~e qui est juste en ginWral, I'est surtout 1 '6igatd de notre Science;et je rn'en autoriserai pour exprimner le d~sir qu'on fasse, pour les Jtudiants, une part plus large aux choses simpies et belles qu'a' I'xtnme rigueur, aujourd'hui si en honneur, mais bien peu attrayante, souvent m~me fatigante, sans profit pour lecofnmendant qui nen pout comprendre l'inteirtt (37). Cette belle lettre, que j'aurais vouiu reproduire en entier, est du 25 novembre 1900. Deux mois apres, le 14 janvier 1901, ilermite s'kteignait paisiblement, dans son domicile de la rue de la Sorbonne. En

Page  167 CHARLES HEL4MITE16 167 annon~,ant le jour me'me cette triste nouvelle 'a lAcad~mie, notre President, sous le coup d'une 6motion. profonde, trouvait les paroles qui re'pondaient 'a nos sentiments Tous ceux qui siegent ici comme g-'om'tres, disait M. Fouqu6, s'hionorent davoir W ses 616ves, tous sont p~nktr6s de reconnaissance pour I'appui g(,n~rcux qu'il n'aI cCSSO de leoir pre'ter. P1artout ont la Science est lionor~~e, partout le noni d'Ilermite dtait pronone6 avicks veneration. La perte que nous d~plorons sera vivemnent ressentie par les correspondants, si nombreux qu'll avait dans le monde entier et qui ne cessaient de faire appel. chaque jour h` sescosIls, $t sa bienveillance in~puisable. II appartenait. h presque tonutes les, Soci~ts savantes do inonde en tier. routes, commne la n6tre, se sentiront diminu6~es par sa mort. ) ilermite ne voulut 'a ses obse'ques ni honneuirs, ni discouirs. Les te'moignages de reconnaissance et dWadmiration. qu.'il avait re~-us lors de son dJhible lui suffisaient pleinement. Mlais l'Universite' de, Paris, se sonvenant. du. lustre qu'i1 a fait rejaillir sur elle pendanrt pres de trente ans par son enseignement et par ses de'couvertes, a decide' qu'elte I i e'leverai t dans la Cour d'honneur (le, la Sorbonne on. monument corm~m'1noratif, dont la partie essentielle sera u~n mnedaillon ex&' cute' par Chaplain. 'Ce monument est do', J'i, prepare; ii sera place' dans te, voisinag~e de c.eloli gJUi fot 1e'Iere autrefois hi lillustre chimiste The~nard. En re'unissant, dans on nehme hommage. lFanalyste qui s'est tena toute sa vie dans les r6goions les plus anisti~res de la Science la plus abstraite, et le chimiste dont les deconvertes ont tant contribiie' au pro-ri~s de lIndustrie et des Arts, l'Universite' de Par-is montre oine fois de p)lus qu'elle, e-st pteinemient consciente de toute le'en.due de sa mission, et que, si cite, enteued faire autx

Page  168 :168 NOTICE TlISTORIQU(E applications la part qui leur revient d(e droit dans nos Socie&tes modernes, elle entend aussi rester fiddle.i le'tude d6sinte'ressee, dans ce qu'elle a (de plus pur et de plus eleve. -NOTES ET ECLA1 ICISSEMEINTS (1) 11 paral que. dans la familae HterJinile. les enlfanis ne devaien 1, ps }lS)oirle (o viln 1 on Is faisail sorlir de tlable avanit le dessert. s(1i' lc ldimlanclio. Qulanld1 Hclrl-mitc rcvc linit ( cessouvenirs do s81 jelini sse. ii se plaisailt comp)al er l'd l'elaiion qu'il avail 1re(tie ave celle quo l'on donne aHljou itl'dui aiix enlants. (2) ( Ce f'rre aine, Ilippolyle It lmiil, e'ut re1c!u h l'Ecole lol technilqule en 1839 et scrvit l)endanl dix ans ldas le (Gnie. 11 a public quelques travaux de goologie il est Ie pire de M. (ustave lermite qui s'est occ1upe 'a eioniauttiqle et dont les Commnunications ont figure c4 difrtilelites reprises dans nos Comlptes rendus. (3) -M. Bichardl a l aisse la rc'pitlaitoli d'lin excellenl prot'esseur. 11 a eu poiir elees.I qulinze (alls l'inteorvalle lvariste Galois el Charles lelite. s tierit. Is bons (ves tont la gloire du inaitre, disaiit a cette occasion l'exccllent 'Telrlelm. (4) Voir la Correspondance d 'ermitfe et Stieltjes puhliee par les soins de. BAILLAUD et HI. BOUtRGET. 1, p. 129, lettre du 2 juillet 188-. (5j) La question (I'Hermlite cut t resoudre en 1841 etait enoncee de la maniere suivante. Exposer d'une maniere concise la theorie de 1'elimination entre deux equations de degr6 quelconque a deux inconnues. Demontrer le th(oremme relatif au degr6 de 1'equation finale., Indiquer la mdthode a suivre pour trouver les solutions uniquement propres aux deux equations proposdes. ( Les valeurs imaginaires des inconnues attestent quelque

Page  169 CHARLES HERMITE 169 impossibilit6 dans lc probleme; il en est die mdme des valcurs infinies; marquer avec precision ce qui caractdrise ces deux genres d'impossibilit6. ( Eclaircir cette discussion (dAlgebre patl des cxemples empruntes a la Geornmtriie. Sa banalit6 soulevait h juste titre les critiques du savant directeur des Nouvelles Annazles de Mathematiques: La destination dul grand concours. disait Terqueim. est do faire sortir (le ia t'oule, (d mettre en evidence les esprits brilants ct les intelligences privilegries. DLs lois on ne saurait mettre trop de soilns dans l choix des uestions. )) Loin de tenir comipte de ces renmairqies. les juges donnaient. les annees suivantes, le thooreine (le Descartes, puis la thdorie des racines tgales. c(e qui provoquait en 1843 ces nouvelles reflexions de Tercqule (( Ccci me trappelle tIle anecdote oraconttie par'l Ie Champenois baron de Tott, diplomatiqucment actcledit6 pries (de la Porto Ottonma ne. ) Le grand vizir, tres ignorant, availt une hauIte opinion des connaissances nmathernatiques du College de Constantinople; il invita notre compatriote at proctdeir a un examllen. Or, dans taucun pa;-s,,pas nmie eon Tur qie, il n est Iprudtent det blesse l'opinion tl'un nministre. sulltout lor1squt'elle est ratl fondee. Tott. mit done par ecrit uine proposition tres modeste: (dtmontrer que la somme deos angles l'tun triangle est cgale (ll eux droits. Apres quelques i0111s lo e rdflexion, on lui rdpondit. que la proposition 04ait l.;ie pour le triangle etqltlilateral. ) Je nie garantis p;s l'autlhenticite du fait, a joutait Terqluenm, ear le baron est sujet It caution. IMais, lquoi quil en soit. depuis que l'illustre loisson a quitte avec la vie la haute direction de l'enseignement n-athlleatique. il soeinle qu'en fait tde concouirs nous converi eons vers l'antiqlIe BVyz Ince ). (6) I1 s'agit de la ctlebre formlle reltatie i l'equation u = x + tf (). (7) Correspondance d'lermite et de Stieltjes, t. It, p. 66, lettre du 2 i juin 1890. (8) Voir mirime Correspondance,. II, p. 41, lettre du 8 maii 1890. (9) LIOUVILLE, Rapportsur un JMemoire de 31. IIermife relatif la division des fonctions abciennes on ultra-e(lli)iques (Comptes rerndus. t. XVII, aodt 1843, p. 295). (10) La lettre de Jacobi. coIlmlniltquee h l'Acadenmie part

Page  170 170 NOTICE HIISTORIQUE,ionlvile, se tlro ve ilnp rim('e alu Tnlome XVII les (1Comte.s rendus. jllill 84el 8-3. p. 842. (11) VIoir limpolrtant Oli -rage Car/-Gfn.'t -.lJaco Jacobi, )par1. LEO K\(ENIGSBEnIAGEn(;, I. 333. (12) JACOBI. ltathematische Werkeh, t. II. P. 11.i et silivantes. (13) Voir tin article sn}r lI vie (l'Evarist(oe alois publii' p)ar JOSEPH IBERTRAND en juillet 1899 dans le Journal des Savants. (Cet article se tlrouve repirodlui dlans la decxieme setrie (des Elofges acadcmiques (e Joseph Bertranld, p. 345. (14) Voici le procbs-verlaul (de I'examen lIllermiito. 11 est de n;lfure ii consoler los candidaits inalhleureix: Composition derit(.................... ible. S e Autetnrs c. recs........ fible Serie pvremieri e )> Jatins.......... passable. )), franC; ais....... passa ble. Philosophic............ passalle. Serie deuxirme Littorature............. passable. Iisloire............. passable. G ogerlaphie............. foible Sdrie troisieme Mat hb(imatiqntsqes......... passablIe. P' liysiqule et Chimie..... faible. Jfention asse: bien. On ne s'explique l1a Imention q(Ile par la connaissanee qii'avaienl sans doint les jngos de la situattion d'lloermite. (15) Voici le proeCs-verbal de lan Faculte des Sciences ( Examen de bachelier is Sciences matblimaRiques, siibi le '12 juillet4847 par M. Ierinite Charles, nie Diez le e 24 d6cernbrlo 1822: poirvu (Iu liplomie de bachelier its Lettres en (late dn 7 jnillet 1847. ) Le candidat a etc' examine par MMI. Despretz, Stlrm. Bertrand, sur les matieres indiqu'es par l'article ler de l'Arret6 du Conseil royal te l'lnstruction piblique, en date du 3 fivrier 4837, attendu lu'il a diclard se destiner a l'enseignement. Le resultat du scrutin secret a dtd pour ladSmission. le candidat ayant recui deux boulles blanches pour les M athmIatiques et une rouge pour les Sciences physiques., (16) Voir le Centenaire de l'Ecole Normale, p. 389 etl suivantes. (17) (Euvres de Charles Ifermite, t. I, p. 136.

Page  171 CHARLES HERMITE 171 (18) Voir i'Ouvrage deja cite de M. K(ENIGSBERGER, p. 398. La lettre de Borchardt est du 24 juin 1847. (19) Correspondance d'Ilermite et de Stieltjes, t. II, p. 270, lettre du 22 octobre 1892. (20) Correspondance d'Ilermite et de Stieltjes, t. TI, p. 398. Lettre du 13 mai 1894. (21) (Euvres de Charles Hermite, t. I, p. 431. (22) Correspondance d'tlermite et de Stieltjes, t. I, p. 8, lettre du 28 novembre 1882. (2:3) LRa Note d'Ilermite a ttt6 ins6r6e dans le Mmtoire de dChevreul: Sur la distribut(ion des conlafissances /humaines du ressort de la Philosophie natutrelle (.lemoires de '.Academie des Sciences, 2e strie, t. XXXV, ann(ee 1866, p. 528'. (24) On peut rapprocher les remar(iues d'Hlermite de ces deux passages de Laplace que j'emprlnte aux Leqoss faitcs d t'Ecole Norimale (( Nous ne pouvons nons (lever aux v6rites g6n6rales qlue par la cornpairaison des r(sultats particuliers. qu'il t'aut considrer longtemps et varier d'un grand nombre de maniercs. pour saisir ce qu'ils ont de commiin entre eux et pour en faire 6clore les gran(des thlories qui changent la face des Sciences et font (poque dans 1listoire ((frires de Laplace, t, XIV, p. 104). O Et encore l,'esprit hulmain, si actif dans la for'mation des syst.mes, si pres(que toujours attendu que l'olscervation et lexperience aient fait connaitre d'iinportantes verites q'llln raisonnement fort simple ect pu faire d6couvrir; c'est ainsi que la decouverte des telescopes a suivi de pres de trois siecles celle (les verres lenticulaires et n'a tc due qu'au Ihasard; c'est encore ainsi que l'aberration des (toiles, resultat fort simple du mouvenient )priogressif de la lurniere, a 6chappf, a(x savants c(l0 )bes t11 (omniencement du xvm ie siclec et, n'.a (t reconnue quce par l'ol)servation, cinqulante ans a)pri's 1a deicollverte de (:e oiouveinent (tzluvres de Laplace, t. XIV, p. 140). a (25) 1)iscours de l'Precsidence de 1889 (Comnptes rendru, t. CIX. p. 991) (26) ULuvres de (iarles l ierm ifet, t. I, p. xxix. (27) l)'faprs les renseignements (ii nlm' nt I et fournis avee empresselnenl lar M. Pic v et. Secr (taire ldu College (le F ['ncc. Hermite traila de la tle;orie des riombres pendant I'annce sOlaire 184-18-49 ' Flani6e suivante, il choisit cornmle sijet: la theorie des f/onltions ellptipqufes et la the(orie des nomibres. Quand il s'agit. d(e remplacer d6finitivemen t ILihri, il s'eflac;a

Page  172 172. OTICE HISTOBil' E (cvan!t (aichv l,{ Lioville. et ne tiIt I ane tin IJ{lmient candi. dlat. C'elt Li ouvill e ili 1'li idftiliivoellen 11 i-lnim. (28) CAUCi HYI H))por!f,/ 't.1 f110emoie' /)fr'Lseit<; par 11. le,.. mite etf relatlfi/ (t,1t /fnc ti/n.N ( dotuble pe;Ziodle (Co(mptes 're}/dfts, I. XXXII 1851, I'. '-) Voir istSi (.lnis c(e ineine Voluime ine Nolt,1' ]a pa lreO 45^4. (29) V\ir e Ce)lf tzaire (ie I',me C Vorm(ll(e, p. 389 et siVii 1 {OS. v(nels. i30) (E1uirres d,) Char/li't.sl fmife. I. p.,xxxiv. (31) Voir 0111/ourel/le, 4(l/es (/de.l/t/atti/afu. se i sricke t. V, 1905, 1p. 49 oil le jout'rnal L. d/lture, hif'vliel 1901. (32) Am1tuai re d(s Ialeitd/l(/J'iei,:. Iul)lii par1-i MM. LAISAN-r (t BUHilL en.1)0_, p. xYIll. (33) flistoiro de I Acade;mie royIale des Scie/'es, annee 't77, p. tIl-66. (34) (Eucvrs de Ceondorce, t, 1. 1. ' 525., lettrle d(l 20 janviiel 1791 ai Pr6sident de I'Asseinbhle nalionale. (35) Correspolldance Idlcrnmie/ etf de Slielljes, t. 11, p. 388, lettre di1 20 avril 189.1. (:36) Meme Corres/podatLce,..II, p.:18, lett re lu 20 nmai 1893. (37) oir cot let le1tre dans le journal _l/'hic/ der lMatherna tiki und PIhysik. 3c S'rie. 1. 1, p. 20, (lui conlicnL alussi le dernier travail d'lHermite intilullt6:.Stur e equation transcendante.

Page  173 NOTICE HISTORIQUE SUR ANTOINE D'IABBADIE IEMBRE DE,.\A SI:TIO)N DE G;IE:OGC;l IIII ET )E N\AV ATI; )N lue dans la seanrce pIblbliclue annuelle (in 2 dcli(le Ibre 1!)07 Depuis lannee '1721, oi tI'Academie des Sciences put d6cerner pour la premniere Fois un prix fond6 par Rouill de Aleslav, conseiller au Parlement. le nombre des fondations de toute nature dont 1'ex6cution lui est confi6e s'est accru singulierement. Plusieurs d'entre elles, et ceci est tout a l'honneur de I'Academie, sont dues h ses lembres, c'est-ia-dire it ceux qui I'ont vue de pres 1 l'wuvre et qui ont 6et mneles (t sa vie de tous les jours. (Cest Lalande, si cruellement traite un jour par Napol6on, qui a eu l'hlonneur de donner lexemple, en 1802. Le prix Lcalmleanzl, les deux prix Miontayte, le prix Serres, le prix Vail/ain/, le prix (Gaq. la fondation dtz MIoncel, la mIedaille Ia.nsSvel, le prix Lcane/laoe()<, le prix lBertAelol, ont tous pour origine des Acaddmniciens. Parni ces diverses fondations, celle que nous devons a Antoine d'Abbadie se distingue par des caracteres tout particuliers. Notre confre;re aurait pu nous demander de distribuer

Page  174 17i NOTICE UISTORIQUE en son noni des prix, des imndailles ou des r6compen ses: c'est Lune taiche toute diiferente, de haute inipo. tance, qu'il at pretf'6r nous confier. 1)e son vivant dejt, l'A\cad6mie lui ta d6cern6, avec la lmdaille Arago Ilhonmmage te plus 6lev6 dont elle dispose. II est juste qu'aprl's sa mort, elle cetlbre sa mnmoire et rappelle sa vie, consacree tout entiere aux plus nobles pensees, occupee sans rehiche par les travaux les plus utiles. A\ntoire d'Abbadie etait n6 le 3 janvier 1810 ' Dublin. Son plre, lichel d'Ablbadie, descendait d'une ancienne famille d'ablbs las l 'is d'Arrast, commiune du canton de Mlauleon. L'institution de ces abbes laics remontait, par delia los croisadles, jusqu'a Charlemagne, qui les avait cr6es pout defendre la frontiere contre les Sarrasins. Les abb6s laics vivaient la lance au poin' dans les abbaves du pays basque; ils avaient le droit dle percevoir les dimes, et prenaient part a la nomination des cur6s en les desi-nant an choix (le 1'6vtque. Le nori minime d'Abbtladie n'a pa s te t l 'origine un nomi de fainille; il s'appliquait ai la fonction (abt) tali, (la bbadil. -liclhel ldAbbadie, qui avait inmigrl au commnencement de la R6volution, 6pousa une Irlandaise, Mile Thompson. Retenu sans doute dans la famille de sa femme, il ne revint en France que vers 1820, et se fixa d'abord a Toulouse pour y veiller a. 1'ducation de ses enfants. La famille se composait de trois freres, Antoine, Arnauld, Charles, et de trois seurs, Elisa, Celina et Julienne. Tous etaient confi6s aux soins d'une gouvernante.

Page  175 ANTOINE D ABBAIDIE 17t5 ( J'ai te6 eleve, nous dit d'Abbadie, avec mes scurs ainees, h l'anglaise, toute la journee, toute la nuit dans un dortoir, avec une servante qui veillait scrupuleusenent sur nous; et h peine, chaque soir, avions-nous une heure, une seule heure, non pour converser avec nos parents par un famrnilier tutoiemnett, rnais, en entendant tout au plus quelque petit conte de papa, pour Wtre rele;uens h nos jeux dans un coin de ia salle, et r6pondre a toute question par des ouli Jloinier, des oti Madaitme. ) On garda Antoine trois ou quatre ans it la maison. Loin du martinet d'un maitre (d'tudes de pensionnat, form6 par la tutelle de mes parents, j'ignorai longteimps, nots dit-il, toutes les tracasseries des 6tudes.,, Mais, quand il eut atteint 13 ans, on I'envova au college ou il deplova une ardeur exceptionnelle. Tout enfant, selon Ienri de Parville, il manifestait une curiosite insolite pour l'inconnu qui l'environnait: ( Qu'v a-t-il au b)out du cheemin? demandait-il a sa gonvernante. - Une riviire, mon ami. - Et apres la rivire'? Ule montagne. - Et apres la niontagne '?.le ne sais plus, je n'v suis janmais allee. - Eh bien [ j irai voir ), rllliquait I'enfant. Jeune honinie, il ne chaunea pas, il voulut toujours savoir. t1 s'assimila tres rapidenient les langues anciennes et lnlodernes. Ses Onvrages sont e6mtilles de citations lielureLusement choisies, et quclques-uns de ses re-istres lde vova-ge sont tcrits en grec.. ()O v trouve aussi des rtScits, des poesies anl'laises, ou f'ralraises, dont je crois b ien qu'il est l'auteur. Quand il eutra en 1826-1827 tldans la classe le i Philosophie, il conlmen-ca i ( tenir un carnet on il notait (uelques-unes (le ses impressions. 11 nols racontl( d 'abord commiernt ii elnplovait ses jouLrnes: J J e e iwe l, I sept heI uri s, nous ditl-ii: i huit 1hcul l s,j(X vais aL (Coll? ettudlicrt, ous iun vrieix [professseuI, les nIer

Page  176 1'76 NOTICE HISTOtI;QUE vcilles dce la G( t domll trie. (e l t dix l heures, si c'est un lundi ou un ve'ndred i, je vais touter les le ns d'un jeune pr — fesseur de lPysiique; c'est 1i vraillent la; classe des ain seinlents. Les autres jours, jet revi lls U(', de la Triinite o je dFijune atvOc urn mo()'cu (1de mlni.s/t et un <cpf. ' ' ontr heures. les leons de 1. )espant, sav;tnt chliiniste, me rap. pellent t la 1 cult. \ midi, je vais tie ( lasse' ir la b11 )i tilehue, soit idu t.ll(e,. soit lte Saint-Etielne; j'y lis la f(ilo t';r plhie. c rje je pl'r p re i exiti('ll (l u Jdiccalaureat (uelqu1(j'f')is SI tl ' 111me ( ret '.nt;l iatitiou tel s i alheurs d-, Rhadc;l istei olu des folies de Xerxls. c 1File lil eire sonIe, je vais [)eut- ire it coups d,. MI. Lecluse; mais plus sou venrt je vais, en li le VoygiNqe d'Altch,ac rsis, attendlnre la r(lasse idu soir-, classe t -de dl'o't. classe de tlhilosophie; depuis deux lieures t demlie jusqu'i( q(uatre leures t ldelmie, je (delv'e 'elnn ii deitis syllogismes. (( A cinq tleures je dine la preieitre heut'e de la sohirSe est consacree (1 une e leoon inutuelle d'ali'bre et d':nglais avec le grtave Btissonl notre lmeilleur philosoptle. Le soir, ou lien je trae des figures de G(oiiltrlie, ou bien je is Chlateaubriand, ou Casilmlir Delavigne, ou quelq ue autre astre de la litt'rature. A dix heures, j'acheve ina journee., Le jeune philosophe s'exprime un peu plus loin en ces termes: (( Cette annie est la plus heureuse de mon existence. Quelles joies n'ai-je pas eues depuis l'ouverture de l'annee classitque: une rtesure complete de Castex, 1l';lqebre de Bourdon, etrennes precieuses; une premiiUre place au college dans cette Philosophic que j'ai presque detestee, les ceuvres de Buffon; les pages tour a tour sublimes, eloquentes, melancoliques de Chateaubriand. et enfin la douce pensee d'etudier bient6t 1'hebreu: voila ce qui fait mon bonheur, voila ce que je ne voudrais echanger contre la gloire d'un Voltaire ou d'un Massena; mon heritage dans ce monde me contente, et je b6nis le Seigneur qui me l'a donne. )

Page  177 ANTOINE D'ABBADIE 177 C'est ainsi qu'ecrivait ettravaillait en 1827 un eleve de Philosophie. peut-etre un peu original. L'initiative du jeune Antoine, son desir de s'instruire, n'avaient, pour ainsi dire, pas de limites. < Je songe, nous dit-il, a acheter le nouveau manuel d'Astronomie, l'Astronomie en vingt six lecons; celle de Franceur, la Cl/imie d'Orfila: le Tasse, Virgile par Lefevre; je suis rassasi6 de projets, et je soupire toujours pour l'Ouvrage de M. Gay-Lussac. ~ Chateaubriand, nous venons de le voir, agissait particulierelnint sur sai jeune imagination ( J'ai lu es Natchez,;crit-il, jamais livre ne fit sur moi plus d'impression. Pendant quelques jours, chaque instant nme trouvait occup6 des ralheurs de Rlen6, de l'amitie d'Outougamiz ou des larines de Celuta. On a cru voir dans mes pleurs une dangereuse fluxion des yeux, et j'ai manque une classe de AMathmnatiques en l'honneur (le Chactas. ) Ce passage suffit (i montrer qu'elle 6tait la sensibilite du jeune philosophe. II conservait un souvenir fidele a ceux qui s'6taient occupes de ses premi(eres annees, i sa premiire gouvoernante, au pays ou il etait ne. t Hier, nous dit-il, c'etait la Saint-Patrice; pour la premiiere fois clepnis que j'ai touche le sol de France, j'ai fait qquelue chose pour nma pauvre patrie. J'ai present( ' papa un bouquet de shamrock, (de violettes et d'inmmortelles. Maaman en ena aussi re(u; la vue du shamorok l'a dmue; elle 4 verse quelques larmes sur la terre cd'elneraude, sur la Ialheureuse EIrin. ) 1I ReCu briliamment aux examens du baccalaureat, quil passa au mois d'aout 1827, le jeune d'Abbadie ^. ~,-. E- -~~12

Page  178 178 NOTIClE IiISTORl:E, revint li ne annIe encore ca Toulouse. p)o1 (l evTenit. (tu.diant ei n dtrolit, avec l)(aulcotll) de ses camiarades de college. I1 Inous donne d'intiresslants details sulu ceux auqu(el s il (tait le plus attachle. Apti's avoir pall. de quLellues-uns de ses condiscilies, )pollr lesquels ii n'lproIlve ql u'une ml diocre io sv-iatllie, i ajoute: ((11 l 'en est pas ainsi des dceux clontl ii me reste lt palrler il mnce selnble Cque lna l)lullll01 s'ellnl(,1 blit eln l'fant leur inoi is. t (i se)nt ( l(ra ie' eL Dlt )icilartl'e. Mtalg T 'r ses (discotlurl pa.ul'ois c(.1ustiqueS, ses raillcries souvtent nordaites sum1 tout ce que j'entLe llprens, et sulltout ialgr6t ses opinions politiques, je suis viS'itablelllent I ttalchf 1) uchartre, avec (lui j')(tudie la lang1 ue italienne. (( 1ais ir;llier est mon amli de co lur. Ce jeune hromine, ig6 de 21 arns, est etudtiant de se o-ede annee ii est de taille moyenrne, les clheveux noirs et arranges sans grce, un visa.ge lhasan6, un nez retrousse, les yeux enfonc6s dans leour orbite et qui br'illent des feix d'une noble (ambition, j'ose presque dire, cletout l'eclat prceoce du genie. ) Des deux amis dont nous parle d'Abbadie. fun, I)uchartre, est devenu savant botaniste, professeur a la Sorbonne et membre d(e 1Institut. Nous l'avons connL caustilque et mordant, colnr e le depeint son jeune condisciple; celui-ci, qui, mal,'re toute sa piete, 6tait partisan d'une nonarchie constitutionnelle et demandait la suppression des missions de la Restauration, lui reprochiit de se rattacllher ases opinions politiques au parti des uiltra., si puissant 'a cette date. Quant a l'autre condisciple, Granier, pour lequel d'Abbadie se sentait tant de sympathie, il est devenu plus tard le meilleur journaliste du second Empire. C'estGranier de Cassagnac, qui, des cette epoque, annonqait ses dispositions pour la politique. Nous en avons la preuve dans les notes memes auxquelles nous faisons des emprunts.

Page  179 ANTOINE D'ABBADIE 179 a Mais, dit.notre' futur confrere, quand nous nous faisons la demande de Cin(as: que ferez-vous ensuite? J'ecrirai sur la politique, repond gravement Adolphe Granier; et la-dessus une foule de considerations nouvelles, de rapprochetnents imprevus, que lui seul a, decouverts et qu'il me fait avaler jusqu'au bout, malgre mon s6rieux rabutant, qu'il prend pour de l'attention. (< Ouelquefois, h son tour, Granier s'enquiert de mes projets ulterieurs; je lui re, pon(ls par des lieux communs; ii 11'y voit snlls doute Cque de 'ilndecision; et moi je renfecrie dlans 1mon ce(ur, pour lui comrne pour le reste du miondce, le projet si insense, malis si beau, qui fait les d6lices de tous moes loisits. > III Ce projet, atquel fait une allusion si precise le jeune etudiant en droit, etait loin d'etre nouveau dans son esprit. Des ses ann6es de college, il avait dirie', sa pensee, ses etudes et ses moindres actions. De tres bonne heure, d'Abbadie s'etait senti les gouits et la vocation d'un explorateur. Ses i(decs, in peu vagues d'abord, ne tarderent pas t se preciser. A' \vant fo)l'rl, nous dira-t-il plus tard, au sortir du coll'ge en 1829, le projet d'une exploration dlans l'interieur de 1'Afifique, oit je voula(is entrer i;)ar' Tunis et le aI;moc, je cons;crai u{tie i mrande plartie des six anncl es su ivtantes a etudier les sciences necessaires pour voyaler av-ec fruit. La lecture des voyatges d(e Bruce me ramena invincible)lent t l'Afrique orientale, thelitre de tant d'emig-ratlions et source de presque toutes les t raditions qui vivent enLcore dans ce continent, si lmystet ieusemlent ferltin'. ( D'ailleurs, matlgr( e e rand attrait des sciences exactes pour lesquelles j ine suis toujours passion nS, la perspective de visiter, uniquementc cormmne gt ographe ou comme naturaliste, des contrlTes peu ou point connues, me souriait

Page  180 180o NOTICE ITlSTO1RIOIE moins (que l eude des langues. des relig'ions, des institu. tions politicquest et lIgislaties el de littr lature, qui me paraissait (devoir- offri r des particularites (lignes d'intet dans les re(rions du Sud, rest[&es isol (es de I'(ltat stain- nt et decre-pit de I'orient, commue de 1 ea11 piroressiif de l'Europe. Je me laissaii gagner d's lurs piir la pense(e que la plu haute etude it laquelle l'hommle puisse s' donner est celle de ses selmblables. ( Le silence Ique glrdcent toules les Irlahions de voyaf-e dans l'Alfiique occiden(lale sur ces sLujets iinportants m'avait fait conclure, trvop l1('Ierement pcul-tMre, ique les populations de ces contrees rilputees barbares n' ont, ni etat politique regle, ni us juridiques, et en tous cas fort peu de ces conventions tacites qui for'ment, en mn'me tenps que' le bien-etre, le lien des socieltes humaines. Au contraire, les vovageurs en Ethiopie disaient avoir trouve( sur les rives du lac Tana, conro-e jadis attour des lacs cdes plateaux mexicains, des palais, des ruines, des livr,'s, des erudits, une litterature et tout le cortiege de la culture intellectuelle. Enfin, si le fanatisme stupide inhierent (I la plupart des populations nmusulmanes pouvait entraver ces 6tudes qui me souriaient tant, cette puissante ballriere morale ne devait pas exister chez les Amara et Ics Ti/r 4y!, que la foi chretienne avait associ(s, depuis le quatrilelme siecle de notre ere, aux croyances de 11urope. S;achant que le temps avait alterI leur foi, je me proposai de travailler a son retablissement ~ je concus aussi I'espoit de recueillir de nou. veaux faits propres a e-(claircir l'origine des nCgres, en les etudiant dans les reuions dont ils se disent aborigenes; j'espdrais enfin jeter des lmninieres nouvelles sur les sources du Nil. Dans l'ambition confiante de rles jeunes annees,je me faisais fort d'embrasser et de mener a bonne fin, en deux ou trois ans, toutes ces vastes entreprises; je ne songeais pas alors que le temps est un element de succes, avec lequel il faut n6cessairement compter. ) Voici comment d'Abbadie employa les six annees dont il parle a murir le beau projet qu'il avait congu

Page  181 ANTOINE D:BBADIE 181 Doue deja d'une agilite penL commune, meme dans le pays basque, il se prepara par plusieurs annees d'exercices physiques aux fatigues et aux privations qui attendent les explorateurs. II se rendit tras habile a 1'escrime, pratiqua la gymnastique, s'exera ia faire a pied, par tous les temps, les plus longues courses, et devint un nageur emerite. Dans les vacances qu'il passa a B3iarritz en 1827, il etonna les habitants en se rendant a la nagoe au rocher doe Boucalot, situ6e ( pr's de 500( metres du rivage. < On se rappelle, (crit M le Prlesidcent (Chales Petit, un de ses comllnptriotes (hl paySs b:)asque, cette l-,;trtictllrhit c (le sa jeunesse. A l' epoq(u o il hl aitait lie,tticl eau dl'Auitux, ii s'ilmp a-tienta uln j our Il';altenrl l e le bac h qui. (i Ltas. f(tisa it passer les voy ageurs (d'lin ocrd i'L l' autre du Ga(-ve: sor flre're cadet Arnauld 6etait lvec Iui ' on les vit soudalin se jeler l'un et l'aulre, tot l habllitles, dans Ila ritvire, puis, apr's l'avoir traverse(e, coi, C risserlants cd'eau, d'urie course effrenee jusqu', Audltux. ( I1 assouplit avec la; inume l( t'ner-ie son ettoIl(ac. Pr'oscrivant toute viancl, il s'acc:itut: a ai ne se hourrlir lque d'ceufs. de 1 rllelles ct dIe lait., II n'apporta pas moins de soin a ce que I'on peut appeler sa pr(eparation intellectuelle. Le vaste programmenl qu'i s'6lait tracl corncportait des etudes littceraires, aussi bien quL dtes ettudes scientifiques; il ne negliea ni les unes, ni les autres. A l'automun de 1828, sa faLille viut s'6tablir a Paris. rue Saint-Dominique. 11 nous raconte, ici encore, quelles etaient ses occupations habitue'lles Huit heit'res lt'a lili pelle nt ptei ne hors diu lit, de I ' je vais, jusqu'h neuf ou lix theures. lire Ic journal, ou quelque livrue, et dejeuner ensuiite, sir tio 1 retpas falvori, (de soupe (an lait; l onze lieur.es, et trois fois ptr si emaine, je vais m'en

Page  182 1.82 1NtIT('rE ItlSTOBIQl'IE nuyer';tu c)'urs tdu fatld Mo0r1n, on pluto (far i l t i au t tout avouer 0 je 1s 1es E.s(i.s de tac II n t1 c6t t d u 1 poel? (ie la Fac, lt de rluolit; si c'est, u11n ercredit je v is ( tiis h1eures a, c ur1s (t lS'listoinre 1 ri)i t di 31. Llei. lliein iel; si c est un 1ni.ardi. je vtai, une l eu e 1 it ai I' x- ln, e, attetndre at o u dte M1. \tilleinain; si c'st l r.n joeuli. c-'(1 l'l I(lo le ( nt et fouueulx {o [usinl, le s;.lled li, ie l,'ufotnl!d iz t, ({.ui nl'ppel|l '1 la, 1bOl't) lll; les 111i 'lll es jourll jo vtise t )l ' deux het.re's ls l ee( ons t ide 1. iet'iat-N:linit-Pi'i'. ~' e sav;t nt pI'ofessetul a Ile tal!lit de titlis ilnttressel aux '; i es folrtillituts de l. p)'oedure, qu',( mon ptrt i. ul ier j'(udio de te 1 n ieux. l Dans ls annt-es suivantes, les Scie)ces vinrent prendre place it ct't (tli l)roit el tles Lettros. l'n 1830 et 1831. sans n'b-li'et' l'ttistoire d ti l)roit, le jeune etitli.ant suit les coris (1e Broniginiiartt et de Brochant de VTilliers su la Mlineiralo('ie et 1la G(tolol(ie, ceil i de Biot sur les instruments astironlomliques, celui de D)umneril sur les poissons et les reptiles. 11 sinscrit a la Facultet des Sciences, dont Th(,na rd (tait alors doyen. I1 est d'ailleurs plein de zeal. Quand le terrible choliera de 18:32 interronpt le cours de 3Brochant de Villiers, 1i se deimande si ce choletra n'est pas celui de laparesse. _ II n g:'e ni les observations astronomiques, ni les travaux manuels. C(ttait d'ailleurs chez lui une vieille hab)itude: Toulouse, il s'exer(ait deja b construire des cadrans solaires, des instruments. Ii voulut faire aussi quelques voyages et commenna par la Bretagne. L'tverque de Quimper, pour lequel il avait des lettres de recommandation, l'ayant invite a diner: ( Je mis, dit-il, les femmes str le tapis, et fis rire beaucoup, en levant les yeux ant ciel et priant Diezt de faire naiftre les hommzes comme les champignons, spontanewment. Un des preres disait que Dieru avait beni tous ses outrages et les avait troutves bien, sauf la femmne ).

Page  183 ANTOINE D ABBADIE 183 Ce sujet paralt lui tenir au coeur. I1 nous apprend ailleurs qu'il s'en etait entretenu avec une femme des environs de Biarritz: ( J'eus avec une venerable femmre, nous dit-il, une conversation sur les mreurs du present itge, comparkes comme de raison avec celles du bon vieux temps: la caustique duegne declamait surtout contre les egarernents de son,sexe, elgarements dont sans loute s; philosoplie l'avait preservee, el alla jusqu'h desirer na'fvemnent qu'il ne naqlit plus de lilies, pour le salut de la clhrltienilt. En 1835, d'Abbadie se rendit en Anglterre et alia revoir l'Irlande, son pavs natal. Un jour il fit 36 kin. en 4 heures 10 minutes, ( ( e/f co// r,.//. acJi/-il. / /( phts b1l// qae7 j /"i /ite en (ce/l p/sl.,, Elle serait belle dans tous les pays. Aut point de vue physique, conlmme i tous les autres, ses annees d'apprentissage 63taient finies. IV Les idles de sa jeunesse s 'taient, d'ailleurs, pell P peu precisees. Son frere Arnauld, plus jeune que lui de cinq ans, et dont il avait surveill' les ttudes. ktait pret t 1'accompagner. C'etait en Ethliopie que les deux freres s'appretaient a se rendre, lorsque Arag'o, qui s'intlressait ai Antoine, lui fit conlier, en 1836. ule mission au Bre'sil par 1'Acadet niie des Sciences. -A cette 6poque, sous la puissante impulsion de Iunliboldt, d'Ariago et de Gauss, on comnmenkcait (I tlidier d'une nmaniere systmatique les lois complexes ui pr6sident Ia a variation des lemlents du lmagnetismle terrestre Arago, qui se passionnait pour cc penre de recherches (il a fait a l i seul plus de t;O.0() Observations magnetiques), demandla i Antoine d'Ab

Page  184 8(S-i 8NOTICE1 i1STOlBQU E badie d'elucider par ses travaux uine question int6res sante, relative a la variati on di rne e de l'ai guille aimanr tee. Dans l'h(liisphere No(rd, la )ointe d'unle aiguili horizontale diriT'e v ers le Nord marche vers l'Ouest deplis 8 heures du mIntin jusqu'il I heure apre.s nmidi pour r(etrotrader ensuite, d'une mlaniere plus on moirnreguii&re, vers 1'Est jusqul'a lendemain matin. Dans l'h(llisphere Sud, cette meolie pointe a un moutV_ me nt exactement contraire, et s'avance de l 'Oest;i 1' Est pendant le mlie temlps. Ara.'o voulait savoirl ce qe devient le plltlnoli( ne dans la 'i g-ion qui sepalr les deux hemispheres. )'accord avec ltli, d'Abbadie choisit pour lieu d'observation laL ville d'Olinda, dans le BrSiesil, sitlute sur I1ocean Atlantique a une altitude de 33 imetres et Lt une latitude stlu (de 8~ ' environ. I1 - passa plus (le deux mois et rCunit 2.)000 olbservations. qui ll i perimirent de tirer la conclusion suivante Quand le Soleil culmine au sud duti zenith, l1aiguille se comporte conrme dans l'htmisphere austral; elle reprend les allures qui lui sont propres dans l'h6misplhere boreal, peu apres le jour ol le Soleil vient culminer anu nolr du zenith. V Gr;'ce ih Arago, MI. 'Abltadie avait pu oltenir de prendre passage sur la belle fregate de F'Etat, l'Andromedle, qui etait d6signee pour aller occuper la station des mers du Sud, apres avoir transfer6 de Rio de Janeiro h l'Amerique du Nord notre ambassadeur, M. Pontois, qui venait de recevoir ce changement de destination. La fr6gate attendait a Lorient la fin d'un vent debout qui soufflait en tempete, quand le tolegraphe fit con

Page  185 ANTOINE D'ABBADIE 185 naitre au commandant, et laffaire de Strasbourg, et 'arrivee prochaine du prince L. Napoleon, auquel le gouvernement de Louis-Philippe, dirige alors par M. Thiers, infligeait, pour tout chatiment, une promenade de quatre mois environ a travers l'Atlantique. Le prince vint en effet, mais sans domestique, sans malle, et meme sans chapeau. II a toujours ignore comment I. d'Abbadie lui fournit de quoi se couvrir la tete. Le prince et le jeune savant eurent, pendant la longue itravers(e, tout le temps de s'entretenir; d'Abbadie, qui avait connu Mine Lenormand, se plaisait i pr IdIire l'avenir. Le prince l'ayant consulte ( Volt se e'I ( ti (IclC/arl,-t —i/, appele/ ( c/ o t c('e r. hat France; ', 'Ot S (/doe c 1t le_-co2.O s (lX Tt/ilertc. )> Le prince etait, seize ans apres, President de la RCepublique; et, conmrne Antoine d Abbadie lui rappelait que ce n' tait pas it l'Elyse, mais aux Tuileries, qu'il lui avait d(onnl rend ez-vous: L'El/s.e', rpl/iqala cl princet, 'e.st pas l/oi (/es T/ileries. )) Devenu 1Ellnpereur, il rovit plus d'une fois notre confrere, qlui ne lui demanda janais rien. Mais lEn — pereur se soulvenait tdes services que lIi avait rendus, et qpie lui avait ofterts, it bord de 1IAn droene c, le jjeune vovyaeulr: e COa(.S xczi.' lJo10Rii' in (/i.,,C retiolt, lui dit-il un jour. L'acez —vois o(tbli;? ) M. d'\Abadie luli riepondit: ~ Siie, j/e con.'stl'.is zf/r (I'chatef/( (/ib'dln(e//t /)0pou y/ fil'na infS OtUS. St 1 /'o re lqajc/'.Cc (/i0,'Ie, a Sei, son roc/I( i/ L Oy// o (, BJaru:t, /'eir /)O/I ioi (//0 u'/POes, ls t As7 jf'?/1snK cons'ide/''/'r (.'( iC / 's /io o,' (/Ce / d Olt 'i' /ioi sr'' idernitec pi'c (/e' /i(tf (jI/,cttre. )) L'mipereuir so1 - Pit et proimit. 31ais on 6taiit len 1870A, et (Naloleon II ne retourna plus l Biarritz. Voilti corlnment une pierre unan(iqe, a[jourd'hui encore, au bailcon d'tune des fentlres de l'Observatoire (d'Al\baia.

Page  186 186 NOTICE HilSTORltI11'E VI Apres avoir (relmpli, avec le succes quo nous avons vu, la mission que hii avait confille Ara'o, Antoine d'l)b(adie courut an Caire, dalns Ie couarant de 1837, pour v retrouver son jeune f'rre, qiii l'attendait. l,' thliol)ie, oh les leuxl jeunes vovaet'rs, Yge's l'un de 26) et l'autre de 21 arns, allaient sej(ourlner pres de 12 aLnn(ies, est une des conltres les plus belles et les plus interessantes ide notre g-lobe. El le est fornee par tun massif de terrains primitifs ou volcaniques, dt'lne elevation movenn e de2.-40 mn. Du e i't(' de la mer Roune, ce massif se termine nettenlent par une crete rectiline qui porte. sur les tnciennes Cartes, le nonm de Silna r1t mu1l(li; sur une lonluelir de 1.000 kil., ellee domine, ' la hauteur moyenne de 2.500 mi., les plaines 6etroites qui fornent le rivage de la mer. Quand le voyageur aaborde I'Abyssinie par Massaouah, qui est an des lieux les plus chauds de la terre, il franchit en une nuit ces plaines desertiques, hal)itees par les lions, les pantheres et les voleurs; il gravit i. grand peine les pentes escarpees, oiu le meilleur cavalier doit mettre pied it terre. Arrive au terme de la rude montee. il se trouve, non sur une areote, mais en face d'un platean ondule6 il voit s'etendre, au Nord, t 1'Ouest et au Sud, rne plaine unie, parsemee de grands arbres, analogues a nos cedres, dont les branches sont agitees par des brises relativement fralches, propres a ranimer son courage. Cette plaine immense s'abaisse par degres insensibles vers la vallee du Nil blanc. Formee par des granites, des schistes cristallins ou des nappes volcaniques, elle consiste en une multitude de plateaux inegaux,

Page  187 ANTOINE D ABBADIE 187 separes par des precipices, au fond desquels coulent des rivieres qui epuisent le pays sans l'arroser. Lorsqu'a la fin d'une journ6e de marche, on arrive au bord d'une de ces coupures etroites ofu le terrain se dirobe brusquement, il faut renoncer a continuer la route, et chercher tin abri pour la nuit, parmi les rochers. Malheur a limprudent qui voudrait descendre aux hords de la riviere: ils sont fiUvreux et malsains, et les tlliopiens ont coutumie de dire que les mauvais genies habitent aupris des cours d'eau. La journee du lendeniain tout entiere, le voya-aeur dlevra lemplover a descendre au fond de la gorge,, t traverser, au peril tie sa vie, la riviere, infestke p)ar les crocodiles, et a graviir 'lcnilblement Ie Ilord olIpose, p)our remonter sur le plateau. 11 faut rnoine renoncer a passer la riviitre, pendant toute la saison ou elle a tet grossie par les pluies. (I'est ainsi qu'au lieu de rendre les communications plus aisees, les cours d'eau isolent et sIparent les regions, memne les plus voisines, pendant une bonne partie de lannee. Un simple vialduc permettrait de franchir en quelques minutes la fissure qui leur sert de lit; rmais, en 18337, il existait en Abyssinie un seul pont, remarquable ouvrage construit dans le voisinage de Gondar. Au milieu, ou sur les bords, dte ces plateaux qui forment l'Abvssinie, se dressent frequemment ltes monts forts, que l'on appelle des eambhas, csplces de tours port6es sur des colonnes verticales de basalte, qui atteignent quelquefois 1.200 m. de hauteur, comme il arrive au ''.sad Atmii)a ou /foreres.se /ban che pres de oKeren. Les amblas servent souvent de prison. ou de forteresse, comme celui de Maydla/a, ou Th6odoros fut vaincu et force par les Anglais; souvent aussi, ils se couronnent de rnonastres.

Page  188 188 NOTICE HIISTOUQl;E Dans les dtpressions du plateau ethiopien, les eaux s'assemblent en lacs plus ou moins etendus. Le plus important de tous est le Tana, quatre fois grand comirne le lac d(e Geneve. De meme que le Leman est travers6 par le Rhone, le Tana l'est par le haut Nit bleu, l'Abba'ie ainsi que le noniment les Ethiopiens; aples avoir d(ecrit une vaste courbe autour du massif 6lev\ du Gojjam, ce beau fleuve va rejoindre le Nil blanc i KhI-artounm et apporter i1 'Egvrpte la fertilite de ses caux. C'est autour du Tana, situeo l'altitude de 1.800 n., que se -,toupaient, depuis deux siecles la richesse et la civilisation propre de l'Ethiopie. Immediatement sur les bords du lac, on voit Koarata, la plus grande cite de la region, celelbre par son sanctuaire; it quelque distance du lac, vers le nord, se trouve etablie, sur un eperon de nontagne, la ville de Gondar, la r6sidence des anciens Empereurs, capitale reiigieuse et intellectuelle doe 1Ethiopie. Theodoros en a fait une ruine; mais, an temps ou elle fut visitee par les freres d'Abbadie, elle comptait encore '17 glises et 80.000 habitants. 3ise i l'abri des invasions par les escarpements ou les d(serts insalubres qui la limitent des difflrents cot6s, l'Ethiopie a pu conserver sa foi, qui est la religion chretienne, it la vtrite tries altIree; et cependant elle n'a jamais connu la paix et la concorde; les divisions du sol, qui isolent les habitants pendant des semaines et des mois, y ont implante quelque chose d'analogoue a notre regime feodal; le morcellement de son territoire a engendre les divisions de ses peuples. Elle a toujours ete, elle etait encore de{chiree par les luttes et les guerres civiles, au temps ou les freres d'Abbadie commencerent leur voyage d'exploration.

Page  189 ANTOINE D'ABBADIE18 189 us quitte'rent to Cairo 'a la fin do 183-i', travorse'Pont FEgypte et la mor Rougre pour d~barquor on fe'vrier -1838 sur Iltot de Massaouah, point de depart. habituel des caravanes qui so rondaient en Ethiopie. Uts avaient avec eux. u11 Anglais, qui devait promptemient renoncer ht les suivre et revint an Caire ofi it se convertit 'a tHslam, et I-n Jeune missionnaire lazariste, le pefwe Sapeto, qui so propo'sait do fonder uno mission catholique en Abyssinie. De's tours premiers pas, los deux fre'res e6prouverout la ve'rit6' du proverbe arabe:Toi qui as lng lemps paiients', palienie encore. Venus dans Jo pays porAudier, comme its to disaient aux. indig,6nes, los airs, los eaux et los e'toiles, its no vouturent pas e'tre conside'res commo des marchands, et refuse'rent do so soumettre aux exactions qui, pour ainsi dire chaque pas, y attendent to voyagreur. Its duront camper pendant doux. mois dans une ptaine sans inte'ret, ayant pour touto nourrituro dii pain d'orgoe et Fean d'une mare infecte; mais its r('ussirent fi maintenir tour droit et furent, dans la suite, Ylabr do tout pe'ago. Its arrive'rent 'a Gondar to 28 ruai, apre's avoir installh' (h Adoua to pe're Sapeto, qui so pre'para 'a sa mission par Id'ude des lanrutes dont ta connaissanco, lui k~ait ne'cossaire t amnarl-juaa, la plus communemont parle'e, et le qhe-z, ta tang-ue des pre'tres ot des the'ologiens. Dans cotte prenmiere exploration, Antoine reconnut avoc chagrin qu'il n'avait pas 'a sa disposition los instruments no'cessaires. II avaiL employe' los pr'ocedes do rete'vement los plus usuols, so servant do la hous

Page  190 190 1NOTICE lISTOBIIQI:E sole et valutant aussi exactement que possible ses templs dte parcours. Dans ce pays si accidenti, sur des terrains sotvent bouiirrs d(e ninerais lie fer d(e tels proce(':ed ne pouvaient lui donner aucnne securit6. t] inmagina (do(ne solls le nom d(e yft/odc'ie e,:70')ditivO: une Imethode tout a fait ilnti essante, sur laquelle nous aurons it revenir; mais (es instruments nouyveailx, et en particulicr lan tlieodolite, lii etaient necessaileos. II n'hesita pas a rentrer en France pour se les procurer. Mlal'Tre toulte son insistance et tous ses efforts, il ne put ol)tenili de G(almbey, qui titait alors notre granl constrtucteur, un thltodolite dont il avait cependant fourni les plans et surveille l'execution; il ldt (lone se contenter d'un instrument un peu ust, qui lui fnt confie par le capitaine Falbe, de la mairine danoise, et dont il esp6rait, m.alare ses defalts, tirer bon parti. ( Qi rn.aii/, (/t-il fiI emenit que /e b)racolnier imui d('tru /lsil defectuzteuI, zma qn'il connait bien, tire avcPc l/lts de succes 9ie le chassezi' qltti de'halle de(0 loi h loin unl e arme pirecieutse, mai.' trop ]e ettdudie? >) Plus heureux ajupres du prince de Joinville, qui voulut bien lui c~der un sextant it tabatiere et auquel Arnauld devait plus tard, en si,'ne (de reconnaissance, offrir un nmagnifique cheval 6thiopien, aupres de 1M1. Walferdin et Breguet, qui consentirent i lui preter, Fun un joli hypsometre, le second un excellent chronometre, il put, apres bien des retards, debarquer en fevrier 1840 'a Massaouah, ot il trouva son jeune frere fidMle, i trois heures pres, au rendez-vous qu'il lui avait donn6 20 mois auparavant. Arnauld avait d'ailleurs bien employe le temps ou il etait seul. Apres un sejour assez prolonge a Gondar, ou il avail requ l'assistance ct l'hospitalite de l'un des hommes les plus distingues et les plus honores de l'Ethiopie, le lik ou

Page  191 ANTOINE D ABBADIE 191 grand-juge A I.sA:;r, il s'6tait, d'aprbs les conseils de son h6te, pr6sente a la cour d'un des plus puissants seigneurs f6odaux du pays, le dedjazmatch Guoscho, qui lui avait r6serve l'accueil le plus bienveillant. Admis dans l'intimite de ce prince, il avait pris part ases campagnes et il avait pu penetrer avec son armee dans le pays des Gallas, inconnu jusque-lit des Europeens. 11 avait pu visiter aussi le Gttiche Ahh(aie, c'est-a-dire I'c il ou la source (lu Nil Bleu, qul'avaient atteinte av ant lui deux Europ'eens seulement, le jbsuite espa'nol Pedro Paez, qui la de6couvrit en 1 3(0, et l1Ecossais Jacques Bruce. qui v revint en 17-70. Apres avoir 6clian-e leuts renseignetments, les deux frieres arreterent le plan de leur second voyage et resolurent de retoUrner ah Gondar. Mais ils avaient comnpt6 sans les difficultes de toute sorte qui vinrent les assaillir. Arretes a trois journees seulenent de inarche de Gonldar, par l'hostilite d'un prince ( thiopien, qui avait monmentannement c tendu son autorite sur toutte la r t 'Iion, ils durent ret iltrner ai la c6te et se s6parer pour quelque temps. Pour conmble de malheur, Antoine, bless6( dans i'tcil par un eclat de capsule de sa propre carabine. fut bientot atteint d'une ophtalinie, qui le rendit mromentanmment aveugle, et n'a cess6 de l'affliger taut qu'il est restte en Ethiopie. C'est en vain qu'il alla chlercler les secours de la umcdecine t Aden et art Cairo. De ertoutr a Aden, il fut souitis at une foule de vexations de la part du capitaine Heines. -ouoverneur de cette colonie, sous Ie pretexte qu'il pouvait bien &tre un agent secret du g ouvernement francais, et dult se reIlug'ier sur la c6te oppos(ee du 'olife, ti lerbc rah. C'est li que le roejoignit Arnaulld. Emu de le trouver si souffrant. Arnauld proposa a son tfrre de tout abandonner; mais, senmblable lt cet alpiniste aveugle dont nous parle Alphonse Daudet,

Page  192 192 NOTICE ItSTORI(UE Antoine declara que, nmeme privo(: de 1a vue, ii marn cherait seul, s'il etait necessaire, it laide d'un bton. Les deux freres firent des tentatives pour p)enetrer par le Sud en Alyssinie 15 encore. ils ne purent avoir raison des obstacles qui leur ttaient opposes. Revenant donc 5 la voie qu'ils avaient suivie dans leur premier voyage, ils purent profiter d'in mmoment d'accalmie dans les guerres qui desolaient le Tigre. Arnauld retourna pris du chef dont il avait conquis la bienveillance, et Antoine arriva a Gondar le 25 juin 1842. VIII A partir de co moment, tantot r6unis, tant6t et le le plus souvent separes, les deux freres parcoururent le pays. Arnauld devint general, juge, diplomate. I1 prit part a des batailles rangees et conquit le titre de fa.s, si honor dlans ce pays. On l'appelait le Ras MIikael. Antoine adopta la carriere paisible de lettr6. ( Lorsqu'on veut sejourner dans une contree oil I'on apparait sans antecedents connus, il est bon, nous dit-il, d'assumer une profession en harmonie avec les idees locales, et cela, sous peine do passer pour un espion politique, ce qui est dangereux en tout pays. Ne plouvanit etre ni guerrier, ni cultivateur. ni imarchand, je me donnais dans I'Ethiopie chretienne pour un marmhir, c'est-h-dire professeur ou savant, et j'en frequentais les ecoles. Elles sont publiques et gratuites, mais non obligatoires. ) Depuis longtemps, du reste, les deux freres avaient pris les habitudes du pays; renoncant au costume europeen, ils avaient adopte le turban et la toge des Ethiopiens. Ils marchaient pieds nus; car, dans ce pays, les lepreux seuls et les juifs chaussent des sandales. Partout, d'ailleurs, ils etaient bien accueillis.

Page  193 ANTOINE D'ABBADIE IX Cependant ils ne perdaient pas de vue l'antique probleme deja pose par Herodote et se preoccupaient de decouvrir les sources du Nil blanc. Se fiant trop aveuglement i l'opinion de Bruce, qui les plaqait vers le 7e degre de latitude Nord, et aux recits des indigenes qui consideraient la riviere 0mo comme le cours superieur du Nil blanc, Antoine se proposa d'explorer le bassin superieur de cette riviere. Gracce l'influence de son frere, il put penetrer dans 'lnarya et fut reCu solennellement t la cour du roi de ce pavs. Abba Boggibo, soldat heureux qui devait son ielevation i son:audace et a ses talents. Pour se concilier la bienveiliance du puissant monarque, Antoine d'Abbadie ex.-:cuta devant lui quelques experiences de Physique. 1 lui montra sesi instruments l'observation, en particulier son chronornetre, son (iide (le clivre, cornme disaient les Ethiopiens; il fit bouillonner de l'eau en y jetant les deux poudres dont le melange produit l'eau de Seltz. En un mot, il sut donner au roi l'idee la plus haute'de ses talents. Cela 6tait peut-etre imprudent: dans ces pays, un 6tranger, surtout s'il est blanc, est trop precieux pour ne pas etre garde touJours. Le CardinalMAlassaja, qui a passe 3; aIns en Ethiopie, et qui fut|ile chef de la premiere mission catholique envovyee chez les Gallas sur la demande mnme de M. d'A\bbadie, fut plus tard retenu pres de 3 ans en Kaffa, et ne dut sa liberte qu'ti l'nmotion lu'il suscita enjiprechant la fidelite dans le mariage on se hata de faire partir un homme si dangereux. Cn connait le sort de Pedro Covillao, ce Portugais ulI put penetrer Ia la tin du xv\ siecle aupies du:Pretre Jean i: il ne revit jamais sa patrie. Antoine t3

Page  194 194 NSOTICE IIlSTO IQIV E (d'Abadie, du reste, ne d6sirait pas encore revenir: il voulait, au contraire, aller plus au Sud, dans le pays de KafTa. Une circonstance heureuse vint f'avorisel son dessein. Abba Bo-o'ibo demandait en mariae e depuis 10 ans une soeur du roi de Kaffa, que celui-ci lui plromettait toujours, sans donner suite Lt ses engagements. Le roi d'lnarya avait heureusement de quoi attendre; car la princesse Iquil delsirait (epo user devait etre sa douziniteme femmle. Quoi qu'il en soit, le roi (le Kaffa avait entendu parler de 1'etranger qui (rmerveillait la re'ion tout entiere; sa curiosit s'(tait s (veillee, et il promit de tenir cette fois toutes ses prlinessess si si1on voisin consentai t lu i envoyer le sorlier )lanc. Abl)at Boggibo se dccida i remplir cette condition. C'est ainsi que It. ld' Abbladie partit pour le pays de iKailt comme frere (de noces du roi d'Inlara. 1 y avait en tout quatre freres (le noces, six parents du roi, et une escorte d'honneur de mille 'uerriers. Le roi de Kaffa recut notre vovageur avec beaucoup de compliments. II aurait bien voulu le garder; il serait trop long de raconter 1 l'aide de quels artifices celui-ci put reprendre sa lil)er te.. d'AbbIadie ne resta que 11 jours dans cc pays, dont la v6e6tation luxuriante lui rappela les belles forets du Br6sil; il ne put y faire que peu d'observations, ai cause du Qobar ou brouillard sec, tres conmmun en Ethiopie, qui obscurcissait constamment l'horizon. II lui restait maintenant i echapper i Abba Boggibo lui-m6me, pour revenir a Gondar. 11 fallut ici lintervention puissante de son frere. Arnauld menaga, si Antoine ne lui 6tait pas rendu, d'intercepter la route a toutes les caravanes qui se rendraient en Inarya. Le roi dut ceder: M5. d'Abbadie revint avee.une caravane qui, pleine de deference pour le frere

Page  195 ANTOINE D'ABBADIE 195 d'un chef puissant, consentit plus d'une fois 'a modifier quelque peu son itineraire, et permit ainsi h notre confrere de completer ses relevements, en prenant de nouveaux tours d'horizon. Les deux freres devaient plus tard retourner ensemble dans le pays d'Inarya, pour y planter le drapeau franqais sur la source de la riviere Omo. Is purent en sortir alors sans trop de retard, parce que le roi d'Inarya, desireux de posseder, cette fois coinme quatorzieme femme, une fille du Ras Ali, les envova en ambassade aupres de ce potentat, dont ils avaient conquis la faveur, et qui 6tait i cette 6poque le veritable maitre de l'Ethiopie. X Dans l'intervalle entre ces deux voyages, Antoine etait revenu at Gondar..Admis dans la hiiraarchie des lettres, il s'occupait de r6unir des manuscrits et de discuter avec les rmen-bres du corps enseignant, dont il etait devenu le collgue et l'ami. Une lettre, ecrite en septenlbre 18-i, nous donne h ce sujet des details interessants. Je suis, c.rit-il, en ce nmomentc, o n terre dans une rmaiSon couverte de claulnl, nun loin dt1 pal ais bitAli pontr le roi.Facilidas. Une, centi in e de manuscrits et plns sont 6pars autonr de moi, inais quels manulscrits i! Lincurij des copistes et 'insoucilanrce des maitres sont tellcs quej'ati la quatre exemplnilres des Eva n '(iles, remllis (t'un plus grand nolnbre (te (vri;tlltes que jamais (icsbaell on Tishendorf n'en ont siLn;ales dans l'oriiinal grec. -- 'ai 'Vainement essayve dl'infuser un c esp)it dle citiquel ou (I roins d'examen, clhez le petit nombric d(e lettrle' q(ui exist entcore. - Matis toutes les peines que je pi'ends (t et egard sont inutiles. Clhacun de ces sallats, tieietneLn

Page  196 196 S NOTICE 1IlSTOI(UI1',I drap6 dlans sa pl)oprt e dlctrine, r'npond obstinemient h naes arlumentations sur I'tabsrd itt de diverses lecons: Votre livre a tort et le Inien a raison. ((D)I choc des opinions jaill l;i v1 tittt, clit l'adage francais; aussi ali-je iinagiin de rt Ieunir un certaiil nombre de iettres (dont les inanuscrits dillt;lient...) dans le vain espoir qu'au moiins ils s'att;altuerasient reciproqueenlnt et cqu'a leu( inst, ils mle monti'e'raient leur hablileti clans les luttes (de l controverse. \Iais, lorsi'll' ils se sentaient serr(ps de pr's, ils se contentaient de ri;l)t(t c: i ',Llolile i)lanc en agit curement avec nous, pwauv'-s onfanls de Chain. C'est un Iils de Japhet, et en conse-(ueunc i! a cluatre yeux. Les Arabes ont deux veux, et nous autres Ethiopiens, nous somrnres aveugles. 11 y ia dans ce piLe de nmots un sens plus profonc die decouragement sans espoir (qu mt( piluiiie n'en peut lmaintenant communiquer a Lun ardent philologue europeen. )) Ces travaux de Philologie, ces recherches de manuscrits, ces etudes sur les dialectes, dont il s'occupait avec passion, etaient loin de l'absorber tout entier. Nous 1'avons deja dit, il avait conqu et il appliquait, sous le nomn de o eod(ie e.pediv'tiive, une methode tout a fait originale (de elevement, qui lui a fourni des resultats d'une extraordinaire precision, et dont il importe que nous donnions au moins une idee. XI Elle repose sur l'emploi de signaux naturels, tels que pics de montagnes, cimes d'arbres, angles saillants des precipices, bords des les, en un mot de tous les objets remarquables qui constituent l'horizon de l'observateur isole. M. d'Abbadie en relevait l'azimut et l'apozenith (distance zenithale) 'a Faide d'un petit theodolite, en y joignant le plus souvent des cro

Page  197 ANTOINE DIABBADIE 9 197 quis et des remarques; il formait ainsi des tours d,'horizon, oriente's par des observations; re'pete'es dii Soleid. Par le moyen de' ces tours d'horizon, il a pu porter une chaline like de triangTles, des bords de la mer Rouge jusqu'auix confins du pays de Kaffa. Ce reseau, qui embrasse 80 de latitude stir 30 de longitude, est appuye' sur un grand nombre dle deterininations inde'pend'antes, de latitudes absoltues, de, longitudes obtenues par les occultations, et d'altitudes de'terrninees par lobser-vation (Lu barome'tre et de l'hypsornetre. En dehors des bases de'duites des observations astronomiques, quelques autres sont obtenues par la vitesse du son. Etabli d~finitivement, par uine mnithode de compensation grap)hique, qui tient compte des renseignements de toute nature, ce r~seau fournit, plus de 850 positions de lieux, entre lesquelles s'intercalent les details topographiques des Journees (le route. C'est ainsi que A1. d'.-bbadie a, peu it peu, construit de belles Cartes, accompagn~es de p)lanches qui don2 'lent les croquis des sig-naux, les protils des mointagnes qui bordaient. Fhorizon, etc. IDune precision dix fois' supe'rieure 'a celles que donnent les m~thodes usuelles des voyagreurs, ces Cartes ne pourront 6tre de' passees que le jour oii de,, escouades de g'odt'siens, munies de, toutes les ressources de la, technique moderne, reprendront, ii rands frais, et d'une manie're me'thodi-,que, la Utiche que d'Abl badie a pu accomplir seul, malgre' le cliii-iat, malgrre les be~tes fauves, matlgr6, les, chernins impraticables, malgTre les me~fiances des habitants. Pour obtenir des re'sultats de cette importance. l'in1fatig-able voyageur (tnt entreprenidre. du Nord anL Sud;) de lEst ii l~tiest, (le longues cour'ses, qui dure'rent plus de 6 ans. 11 ne nous a. laiss6. malheureu.s~ernnt que des r~cits tr~s incoiuplets- de ses aventut

Page  198 1.98 NOTICE HISTORIQUE res; et nous devons d'autant plus le regretter qu'il a vu l'Ethiopie au moment oui elle etait (t la veille de subir utne transformation decisive; il a eu, du moins, loccasion, plus d'une fois, (le raconter a ses amis les perils qu'il avait courus, les obstacles qu'il avait du surmonter. XII ( II traversa parfois. nous dit M5. Dehelnrin, des districts oi la 1 lpre est si repandue qu'on n'y demande pas, lors (es pourparlers matrimoniaux, s'il y a de la leopre dans la famille, car on n'en doute pas, mais seulement s'il y en a beaucoup. M. d'.Abbadie me racontait les angoisses dans lesquelles la crainte d'avoir contracte la 1ipre 1'avait une fois jett. Par chariti, il avait pris corrme secretaire un lepreux qui souffrait tellement qu'un jour, par espoir de soulagemrent, il lui arriva de se couper une phalange d'un doigt. M. d'Abbadie lui avait. fait cadeau d'une de ses chemises. Or, un soir, celui-ci la d6posa par m6garde dans la case. sur la pierre ou etait generalement placee la chemise de nuit de son maitre. M. d'Abbadie, se couchant k tlttons, sans aucun eclairage, prit la clhemise et la rev"tit, d'autant plus stir que c'etait la sienne, qu'elle portait le petit rabat, insigne des lettres. Miais quelle ne fut pas sa stupeur quand, au jour, il reconnut qu'il avait dormi dans la chemise du lIpreux! I1 se voyait dejk atteint de l'horrible maladie et clans l'impossibilit6 de retourner en Europe. 11 s'etait heureusement alarml trop vite: l Je passai une riviere a la nage, disait-il en concluant, j'entrai dans une contree I ou la lpre est presque inconnue, et j'oubliai mes vaines t< terreurs.,> Une autre fois, dans le Djimma, un explorateur anglais qui avait penetre a sa suite ayant tue un notable du pays, les indigenes jurerent. en guise- de represailles, de mettre a mort tout voyageur blanc.

Page  199 A NTTOINE D' ABBADIE ' 199 Ml. d'Abbadie dut se cacher pendant longrtemps Adarni, en attendant des jours meilleurs. Vivant, nous dit-il, au milieu des bois, dams une hutte isol~e que les lions ont plus d'une fois eibranle'e de nuit, et sur la lisie're d'une herme infeste'e de guerriers Djinirna en que'te d'ennemis 'a surprendre, j.e m'occupais 'a relever toute la chalne des mnonts Rare et 'a perfectionner les m~thodes de la G~od~sie exp~ditive. ) Ii connut encore d'autres soucis, d'autres dangers, qui ne lit venaient ni des 16preux, ni des lions, ni des elephants, ni (les crocodiles au passag-e des rivie'res. Ecoutons ici M. Radani sLe Tigr6, est s~par6 dui Bageniclir par- une ran-'e de unontagnes qui s'l~v ent?enio4.5OO nm'tresauess de la nier. Le mont, Buali i. dont le somminet se couvre souvent dle neige, faiL partie de cette calaine. Ml. d'_-bbadie tenta. plusieurs fois de lescalader, parce cque le faite tr~s dIev6 de cette montagne proniettait une admirable station dFobservaition. Mais les monta gnes5, dans cc pays, sont des forteresses naturelles; on en interdit. lacce's aux (t4ran-ers. En Ethiopie, parinii ces tribus e`mnnemment — uerri~_res, on se dfie.. tout autant qu'en Europe, des curleux qui v~iennent &crlre le pamjs. line fois que l (ttranger connaftra, le terrain, il trouvera mo~yen (le s'en emparer ',sil a le plan. ii aura le sol. Alors, pour sIapprocher des vnontagnes en E~tiiopie. le vova-eur doit f~aire_~ sermblant de s'(garer en route;sa constante preoccupation colot e'tre de cacher l'envic quileI po'ide d'escalader les soninucts. 11 suffit qu"Ii se, trahisse tine flos et qu'il soit soup~,onn~(lde mauivais desseins sa reputation se6tablira (tans le payis, et partout mrL it se pr~scntera, it se \verra tohjet (june surveillan(ec omubrageuse. Pour- alter Sur, lc Buabhit, M. d' bbadie renvov-a un

Page  200 200 0NOTICE -IIIST0OIQIIOIIEJ jour ses domestiqIles et s''Eqara; ii filt atrrtte en cherin et ilut revenir sur ses pas. Ce n'est qu'au mois de mai 1848 qu'il rlllusit a monter jusqu'au po)int le plus 6leve de ce faite. Arrives a t lni-hauteur, ses domestiques refuserent l'aller plus loin; la neige les effla-ait.l M. Id'Abbadie ne put garder avec lui qu- son coupUL'r d'herbes, qui est le dernier (des domllestiques, presque 1un esclave, et auquel ii ordonna de le suivre. Le cou-peuwr d'herbes obtit en trelrn blant. Tout le long du chemin, il rccitla un chant plaintif et luglubre, improvisation dans laquelle il exhalait ses;tngoisses. Sa m6re lui avait ldonne le nomn de Bitawliugne, (tui signifie S'il-me-lc-laisse. (( 5alheur h moi. chantait le ~ pauvre hIomime, malbleur a moi. O infortune S'il-me-le( laisse! Mon natitre s'en va dans les nuages. Qu'as-tu fait, < ma mnre? A\stu fait S'il-ne-le-laisse pour marcher dans < les nuages? A quoi pensais-tu quand tu le portais dans < tes flancs? ) Malgre les sombres pr.Svisions de Bitawligne, on parvint -au so rmmet dlu Bulahit, ayantdle la neigrejusqu'aux genoux. M. d'Abbadie disposa aussitAt son hypsometre c'est un thermomntre tres delicat que l'on plonge dans l'ean bouillante; la temperature a laquelle l'eau entre en 6bullition fait connaitre l'altitude a laquelle on se trouve. ( Au somlmet du Buahit, l'eau bout a environ 850,5; on,n conclut que la hauteur est de 4.600 rmetres. C'est la seulo observation que M. d'Abbadie y put faire: jusqu'h la nuit tombante, les nuages voilerent l'horizon, et il lui fut impossible de voir les cimes voisines. Ayant les pieds presque geles (on marchait pieds nus), M. d'Abbadie dut songer a retourner au col, ou il avait laisse ses domestiques, et h cherher un gtte pour la nuit. ( I1 aurait ete fort dangereux de rester sur ces hauteurs. Les gens dti pays ne connaissent pas les premiers symptames du froid et ne savent pas s'en d6fendre. Un jour que M. d'Abbadie passa par la mgme route, tout son monde 6prouva cet engourdissement qu'un froid intense produit toujours et qui invite au sommeil, Ses domestiques voulurent tous s'asseoir et dormir; apres avoir murmure longtemps entre eux, ils declarlrent tout haut leur desir. Pour

Page  201 ANTOINE D' ABBADIE20 L.% A Zvi Jes faire marcher, A.. d'Abbadie n'eut d'autre moyen quo Ide ge usier Iun apre's l'autre avec son fouet d'hippopo-.tm.Vnt-quatre heures apres, onlttsr1es boards d,Ja rivie're 1TakkaZe'. Lh, le sol brfilait: impossible d'y poser le' pied nu, le thermoine'tre marquait 700) dans le sable. On rencontrait ~~ chaque instant des troupes de guerriers. Le 'Soir Ml. d' Abbadie apprit quo 300 ho'nimes avaient pe'ri dans le col du Buahit; uls y dtaient morts do froid. Nous -vonons do voir Al. dAbbadie faire usagTe (te son fouet d'hippopotame. Ii no faudrait pas en tirer line conclusion inexacte; il no ressenmhlait nultement ces -vovagreurs modernes qui n'ontj'amais h'Sit6 'a so servir, et dii for, et dii feu. Eux, its aimnet, los vovagTes rapides -,notre confr~_re aimait, au contraire. los voyages tents. Its ernptoient, la vNiolence, d'Abbadie, comme Livingstone, n'Ia connu quo la patience et la douceur. Arnauld nous, dit bien, quelque part, qu'un jour son f~reo sIemporta jusqu'a' donner tin soufflet; nmats c'e'ait clans los premiers temps, et l'indige'ne auquel it administra cette correction se'tait permis do lui pot-ter la main au mouton, pour caresser sa barbe naissante. Si Antoine kait doux et patient, Arnauld e'tait hardi et prompt ~' la riposte; plus d'nne fois, it a couru do., p6rils en tenant te'te aux potentats do l'Ethiopie. Antoine a, dii reste, tre's bion marqu('11 cette dit~rence de leurs caracte'res On sait assez. kcrit-il, Ia ditlkrence ('esprit qui existe, Souvont mniue entro fre'res. N6 pou commander, le mien Prenait, son parti rapidement et s'exprirnait sur un ton qui ifadmettait pas Ia contradiction. Ii etait tout sim-ple (Inc par sa manP~re doe parlor et d'agir, it fai:ounnit sorn entour'age, mirne sans Ic vouloir, (h c-ette pente do son esprit. La 1liienne. 6tait tonte. dit11hrente au lieu do surmonter harclimolnt I'obstacle, c rovi's quill e'tait pins facile, do le tour

Page  202 .w9. 202 ~~~~NOTICE tIISTORIQVE oc;cdant en tipptirence, je persev'rais touljours, et Dr vens tforce. de pattience, ~tobtenir le me'mOP avantat" pue, mion frre obtenait de prime sauit D XINV Cest seuleinent 'a la fin de 1848 que los deI~X f re'r es quitte'rent l'Ethiopie, avant rempli, et an dela', le vaste programme qu'its s'6taient trace. Es avaient fait mieux connaitre la re'gio n septentrionale, qui s'e'tend autour du lac Tana; los premiers, ils avaient pe'nkre' au cewur de l'Ethiopie meridionale. Cette rivie're Omo, qu'ils crovai en tre le Nil blanc, n'est, il est vrai, des explorations ulte'rieures 11lot pen pr~,s dc'montre, qu'Iun affluent du lac Rodolphe; mais combien e'taient-ils excusables de s'etre trorm. pes, dans une re'gion dont la ge'ologie est Si complexe et, aujourd'hui IneMe Si pen connUe! Si, contrairement h tours esperances, its n'avaient pa resolu. le proIble'me des sources du Nil blanc, les premiers du moins depuis Bruce, uls avaient revu. la source du Nil bleu. Antoine a-vait re'uni los vocabulaires d'une trentaine do langues e6thiopiennes, contenant plus do 40.000 mots; il avait form6' la pins riche collection do manuscrits e'thiopiens qui fu't au monde; it a-vait montre, par son exemple, qu'un homme pout, 'a lii')soul, faire, le rele'wement d'un pays &'endu,- et en dresser une Carte, dont t'exactitude no peut e'tre e'gale'e quo par los travaux do haute precision et do longue haleinoe des greode'siens. L'importanco et la varieLW do ces re'sultats, Ihoninour quo faisaiont rejaillir Sur notre pays lo courageI la scionce, la noble conduito des deux intre'pidos oxplo

Page  203 ANTOINE D ABBADIE 3 2M rateurs, avaient attire6 depuis long-temps lFattention de t.ous ceux qui, Parmi nous, s'inte'ressaient aux ktudes geographiques. De's 1839, la Soci&te de Ge'ographie avait attribue' sa me'daille d'argrent 'a Antoine, pour son premier voyagre en Abyssinie. En juillet 1850, ele dc~erna anx deux fre'res d'Abbadie la grande m~daille d'or, la plus haute recompense dont elle dispose. Li e'tait juste de ne pas se'parer ceux qui s'e'taient montre's si e'troitement unis dans lcs luttes et daus les peines. Si les travaux d'Antoine avaicut qucique chose de plus pre'cis et de plus scient~ifiquie, ii faut bienD reconnaltre que. senle, IFinuence acquise par son jeune fre're lui avait permis de les accoruplir. Et d'autre part, les, Ipullications me'mes dui fri-'ie almnA avaient c~ommenc' 'a appeler 1'atention sur ces b~elles expeditions qu'Arnauld devait nous retracer plus tard avec taut de charme, dans un Ouvrage, maiheureusement inachev6: Tbhuzc- ans de s'jomr dlans la Jfafe,-E/~hiomio. J.-B. Dunmas, qui Atait alors Mfinlstre., de I'Acgriculture et du Commerce en me'rne temps pie PrAesident de Ia Socie'tA de Geogrraphic. pre'1sentait, le. 271 septembre 1850, 'a la Si fnatture du Prince-President deux d'.crets par lesquels les deux freeres Ataient, en me'ime tenips, linomms chevaliers de la LA'o d'onerrrpu services rendus au Commerce et h la Ge'ogra~phie, L'Acade'm-ie des Sciences ne tardalit ptis de son c~tA' ~t aie cnnItr otela valeur qu~elle attrihait aux reIsultats oIbtenus par Antoine et atx m~thodes quit avait decou-vertes. Le, 19 juihlet 't8,'32, it Atait Amh currespondant pour Ia Slection d("I' GoTaphie, et de Navi9ation, qui, de's cette Apoque, le fit filgurer~ Sur ses listes tie presentation atix iplaces vacantes (le mernbre titulaire. D'Abbadie aurait pn attendlre, Iongtenips -tine "Oiination qu'it d(".sirait beaucoup, et (lout la persPective Favait, paralt- ii, puissamment soutenu d aus

Page  204 20I NOT HI1 E t I STO1 OQUE ses rudes campagnes. A cette epoque, pour recompenser les merites si divers, et si rarement compara_ bles, des oeographes, des marins. des g(od63siens, des hydrographes, des constructeurs de navires, la Section de Geographie et de Navigation ne disposait que de trois sidges. Hleureusement, un dlcret du 3janvier 1866 la mit sur le nmeme pied que nos dix autres sections, en portant de 3 a 6 le nombre de ses membres: et d'Abbadie obtint, le 22 a-ril i867. la seconde des trois places ainsi creees. L'election fut d'ailleurs tres disputee; nous avons sur ce sujet une lettre anusante de Duchartre. Gourmandant son ami de jeunesse qui, eloigne de Paris par lobservation d'une 6clipse, n6gligeait de faire preuve de la mobilite si necessaire aux candidats, Duchartre lui ecrivait: o Les. queIe je cois votent commne n seltl honnmme pour x ),.,x2, c'etait Yvon Villarceau, qui ne mnritait pas une qualification si strictement mathematique, mais s'etait deja acquis, lui aussi, par des travaux varies et originaux, les titres les plus serieux..Les deux concurrents se disputerent, au scrutin de ballottace, les suffrages des Academiciens. D'Abbadie fut elu par 29 voix contre 28 donnees h Yvon Villarceau. II eut ainsi tous les bonheurs; car les succes cherement achet(s sont ceux dont le souvenir est le plus doux, et qui donnent la joie la plus durable. XV Notre confrere ne devait plus entreprendre de grande exploration: celle a laquelle il avait consacre 12 ans de sa vie lui avait fourni assez de materiaux a utiliser pour occuper le reste de son existence. Pourtant, il alla observer ai Frederiksvcern, en Norvege, I'eclipse

Page  205 ANTOINE D'ABBA2DIE 205 totale du 28 juillet 1851. Le mariage qu'il contracta, le 21 f6vrier 1859, avec Mile Virginie de Saint-Bonnet, qui appartenait a une excellente famille du Dauphine et s'associa des lors a toutes ses nobles preoccupations, a toutes ses liberalites, flit loin de ralentir et de moderer son ardeur. Accompagne desormais dans tons ses deplacements par iMme d'Abbadie, il Vobserva en 1860, ai Briviesca dans la vieille Castille, leclipse totale du 18juillet; en 1867, il fit le voyage d'Algerie pour 6tudier (1 Bougsoul l'eclipse partielle du 6 mars. En 1882, d6j/t;Age' de 72 ans, il fut le chef de lune des missions organisees par l'Academie des Sciences, et alia observer a IHaiti le passage de \Vnus sur le Soleil. Deux ans plus tard, il remplit une mission que lui avait confiee le IBureau des Longitudes, auquel il appartenait depuis 1878. en qualite de geographe: il effectua un vovyae de reconnaissance magnetique en Orient et dans cette region de la mer Rouge ofi. au temps de sa jeunesse, il avait etC si eprouve par la maladie et par les hoimmes. 11 revit m6me l'Ethiopie avec Mlme d'Abbadie, mais ne fit que traverser le pays. C'etait l'fternel -vovaeur, toujours pr6t ( remplir, avec la conscience dun debutant, les missions que lon confiait ai sa vieille experience et (i son m(erite hors de pair. Toutes les fois qu'il revenait dans sa patrie, il soccupait h mnettre en ordre et ai publier les r6sultats de sa grande exploration. Grace au concours dlcisif de notre confrere Radau, auquel il s'est plu h rendre hommace, il put enlin terminer en 1873 la publication d'un v6ritable monument, son grand Ouvrage, intitule: (Ieod(eie d'Ethiopie oe tricanylut llaiol d'(t inc partie de la Ilatte-Ethizoplie cea2:ctcte.'elool des e'(/lho

Page  206 206 NOTICE 11ISTOIUQI-E de, oavelles par Alltoitle Ld'Abl6die, v'iie/tee et rediyee p(i'a H. tiadaiu, qui contient, en dix feuilles, la Carte it grande echelle des parties qu'il a explorees. La rnlem e annee, il faisait paraitre des Observations elalives i, /a p/hys i ate1e du ylobe /ailes at Br&sil el e. Etlhicpie, redig4aes encorerpar M. Badau. Des 18I2', ii avait priesente i 1 'Acadernie un Memoire Sutr /e I loanievc eni El/tio/ie, ou A\ra'o se plaisait a signaler l'habilete, l'exactitude et les connaissances d'un physiciecn consomme. Ces travaux de Science positive ne conmprenaient qu'une partie du vaste programme qu'il s'itait trace. I1 portait son attention et ses remarques sur les sujets les plus divers, publiant des Notices sur les monnaies des rois d'Ethiopie, sur les maeurs et le Droit de la peuplade connue sous le nom de Bil/ens, sur la Procedure, qui est si curieuse en Ethiopie, sur la nation des Gal/as ou Oromios, chez lesquels il avait le premier penetre. En 18i9, il imprimait un Catalogue raisonne de sa riche collection (le manuscrits 6thiopiens. En 1860(, il plubliit tne traduction laline nouvelle de l'Ouvrage attriibu au pasteur IIermas. et dont le texte, ecrit dans la langue sacree des Ethiopiens, le ghez, formait le ntI 171i de sa collection de manuscrits. Avant de revenir dans son pays, en 1850, il avait voulu faire le voyage de Jerusalem et, nous dit-il, ( dans ce but si cher a tous les Ethiopiens, j'emmenai avec moi Tawalda Madhiin, lun de mes camarade, d'Ecole a Gondar et l'homme le plus aimablement doux qu'il m'ait 6te donne de connaitre )). II profita de la presence au Caire et des conseils du lettre ethiopien pour mettre la main a son Dictionnaire de la langue amariifna, qui est sans doute son ceuvre mai

Page  207 ANTOINE D ABBADIE 207 tresse, mais qui parut bien plus tard, seulement en 1881. Vers la fin de sa vie, il s'occupait de traduire en franais un manuscrit arabe qui avait ete decouvert par son frere, le Futuh el-Hdbacha; ce precieux Ouvrage, de haute importance a la fois pour l'Histoire et la Geographie, contient le recit des expeditions et conquetes de l'iman Ahnlel, dit Gr1agne, ce nouvel Attila qui de6vasta l'Abssinie aui commlencement du XVI- siecle et la soumit, pour un temps bien court, au joug de l'Islam. Cette traduction, a laquelle.I. d'Abbiadie n'a pu mettre la derniere nain, a eti terminee et publiee en 1898, apres sa mort, par le Dr Paulitschke, de I'Universite de Vienne. La conmpetence me manquerait pour apprecier de tels travaux; ils sont d'ailleurs trop nombreux pour queje songe mtmee a les enurnrer. Je prefere insister sur ceux qui sont plus particulierement du ressort de notre Academie. XVN Tr6s desireux de voir employer cette g9uoddeie,exp?)dilive qui (tait sa cr(ation, il se preoccupa de perfectionner l'instrulment qui est necessaire ta 1appllication de cette methode, et il crtea, SOus le nomn d'al(/, un theodolite nouveau. qui a ett adopte plus tardl par Serpa Pinto. Poul:r la -rande conmodite de l'ol)servateur, la lunette du nouveau th'odolite est assujettie aI demeurer touljourts horizontale; seulemnent clle peut tournet sul elle-me, n e, et porte un prisne a reflexion totale, attach6 en avant (e l'objectil'; cette dislosition permnet de viser datns t-outes les directions. M. d'^Abbadie a ilnagiini6 autli urne nouvetlle lunette zenithalc,

Page  208 208 NOTICE IIlSTORIUQE munie d'un prisme e(galement, et un hypsometre,gadue directeient poulr la rmesure des altitudes. Aver laide de notre confrere M. Mascart, et seconde pa', d'excellents constructeurs, les freres Briinner, il a contrib u(h rendre portatifs les instrumients employes pour la mesure des trois constantes du magtnetisnje terrestre. MIais il ne se bornait pas a I)prparer ta ses succes_ seurs des instruments propres (i faciliter leurs observations; il considerait aussi cornie un devoir de leur transmettre les conseils que lui avaient su 6egres ses 6preuves et sa vieille experience de vovageur. < I1 faut 6viter, ec rivait-il, de froisser l'indigane dans ses facons d'entendre les convenances; en Afrique elles ditT,rent heaucoup de celles que nous admettons ctez nous; mais.l, comme en Europe, l'opinion publique exerce son empire. Nous avons connu un Italien plein ce bienveillance, qui a dA quitter l'Ethiopie sans y avoir atteint son but, parce qu'il se promenait souvent, en tenant ses mains derriere le dos. 11 n'a jamais compris que cet acte inoffensif est, aux yeux de tous les indigines, le signe evident d'un dle&rangemient d'esprit... ( Les paroles ou gestes de colare, disait il encore, si naturels chez nous, sont aux yeux des indigenes des signes, non seulement de d6raison, mais de folie complete. Levoyageur doit affecter en toute occasion ce calme absolu qui en impose a 1'Africain, et nejainais se fAcher que par d6put6. ~ Et ailleurs: ~ Dans les caravanes de marchands ethiopiens,; on repete, avec raison, qu'on avance plus avec les mains qu'avec les pieds. Cela veut dire qu'on fraye la route au inoyen de cadeaux. Mais un cadeau ne doit pas etre donna trop facilement, comme si!'on voulait se debarrasser d'une sollicitation importune, ou s'alleger d'un bagage incomn

Page  209 ANTOINE D'ABBADIE 209 mode; bien plus, avant de s'en dessaisir. il est bon d'en accroitre l'importance par un long discolrs, de le donner enfin cornme ( regret, parce qu'on en prise la rare valeur, et parce qu'on tient i l'amilii, si utile et si inaltlerable, de celui ic qui on l'offre. Ces fleurs de rhetorique sauvage sont Bbanales en Afrique, et j'ai souvent vu l'evenement donner raison a celui qii les avait employees. Les Rtotfes forment les meilleurs cadeaux, parce qu'elles occupent tin petit espace en voyage, et que leur cdploienent, si vaste leur donne rine grande importance aux yeux des gens simples. )) Avec qulelques le6gres transpositions, c'est 1la de la verite de tous les temps et de tous les pays. XVI Parmi les questions qu'il n'a cesst dY'tudier, on ne saurait oul)lier celles qui se rapportent aux d6viations de la verticale et atx variations de la pesaateur. Elles comptent au nombre des plus difficiles et des plus delicates de 1'Astronomie nloderne. 11 avait 6tl conduit t s'en occuper dtjat dans son voyage au 1r3esil, ou il avait constatt des dtplacenlets inexpliqui's de la bulle dans les niveaux tixes i bulle d'air. Pour etudier ces variations incontestables, mais qui ne sont peut-etre pas encore susceptibles (d'une interpretation correcte, il avait 6difi ie Artra-gori, dans le pays!)asque, une tour out il a, pendant plusieurs aunnes, pOursuivi ses observations. S'il n'a pu obtenir de I'Sultat decisif, il conservera du moins le mrlrite d avoir eti, avec notre confrer.lBouquet de la G(rve, dn des prcurseueurs et des initiateulrs des etuldes qui se Poursuivent aujourd'hui dans le monde entier, sur la tlUctuation des latitudes, les dtplaceinents du ploe, les AI

Page  210 210 (NOTICE 111STORIQ1lE variations locales de la verticale et les mouvements de faible amplitude de l'ecorce terrestre..le laisserai de co6t les essais si rationnels, mais non couronnes de succes, qu'il a fails pour introduire en Astronomie la division decimale de langle et du temps. I1 ctait grand partisan des unites proposees par Lagrange, inaugurees et employ6es par Laplace et les auteurs de notre Systemne metrique. I1 a contribue aussi ( introduire dans la Geodesie la pratique des observations de nuit et la mesure des bases par le fil Jaiderin. J'ai hate d'arriver ( ce qui, apres son exploration de l'Ethiopie, a ete la grande preoccupation de sa vie et de sa carriere finissante. xvill Appartenant, nous l'avons vu, a unne famille du pays basque, il s'honorait d'etre l'un des fils de ce petit peuple honnete, 6nergique et fier, qui, malgre tant d'obstacles, a su, depuis tant de siecles, conserver a la. fois sa langue et son originalit6. Dans un de ses carnets, je trouve cette pensee energique: ~(( Nots an.tres Ba.s(l/tes, Inous sommwes t n secret, nloius le re8.ssemblons pas allCt au(tres lpelples, fiers de leurs' ' origine's et plein.s de traditions nationles. >Si 1nots acvonls utn fonlat ezur, un 1p)remir) aiebit, c'est 1 (Aam. ) Cet attachement a la langue et au pays basques etait de tradition dans la famille d'Abbadie. Le pere d'Antoine, Michel d'Abbadie, pendant son sejour a Toulouse,.vait vivement encourage MI. Lecluse, professeur de litterature grecque, a s'occuper de la langue basque; il l'avait aide dans ses etudes et avait subventionne ses publications. Plus tard, il avait signale a l'Acad6mie franmaise, qui fit honneur a cette

Page  211 ANTOINE D ABBADIE recommandation, tous les merites de l'Ouvrage sur la grammaire basque ecrit par 1'abbe Darrigol. Le ills suivit les traces du pere. Des 1836, il publiait, en collaboration avec Augustin Chaho, des etudes rammraticales sur la langue eskuarienne, ou l'on remarque cette fiere devise traduite du basque: A.On dirait que totters les langles humaines sont confonldtter cet mele le.x ines aec les aulres, tandis que les/kuara costerce CU core.on orieyialbt/ e Sa pt'et( primitive,, et la conclusion, qu'on peut si-naler aux amateurs de langues universelles: (( La langue eskuara, Iqui lpelt.sapp/ rloprier os /cs lradicalux des ianigdue.s con'ntS c,ls plie r Ct ll lilt'ie reytllib(''f ct a &l perfection a)bsolie (le son.sys'ri/em grawmatical, ne -reunit-elle plas totes es lescondlitions desi rables pour former tune lat/nqe ucniverselle? ) Des son retour dans sa patrie, Antoine d'Abbadie se remit i ses etudes sur le basque. En 1859, il publia une analyse des travaux re(cents sur cette langue; on lui doit meme un Opuscule ecrit en basque intitule: Zutber'noati/kaco 'ultun bat. Mais il etait bien loin de se borner k des 6crits. Pour assurer le maintien des coutumes, des traditions, de la langue du petit peuple auquel il portait tant d'affection, il avait etabli des concours annuels, que l'Acad6mie est chargiee de maintenir aujourd'hui. Des juges choisis par lui se rendaient chaque annee, a tour de role, dans 'une des sept provinces basques, et r6compensaient par des primes assez elevees les concurrents dans les diverses 6preuves qu'il avait instituees. I1 y avait un concours sur un sujet deisign1 a l'avance par les juges, qui, m'a-t-on dit, a provoque plus d'une fois des compositions heureusement inspirees. 11 v en av-ait un aussi, pour les Improvisationls )potiques, qui, souvent, a vu couron

Page  212 212 NOTICE IISTORIQ-UE ner de simples artisans ou de modestes cullivateutrs Un prix etait toujours reserve pour les danses nationales; un atutre, quelquefois attrlibu6: t la meilleure chanson basque. Des recompenses 6taient pr6vues pour les difrerents jeux de paulme. si en honneur dans le pays le rebot, le blaid 'a mains nues, et le blaid a chislera, oui les joueurs prennent des gants d'osier. M. d('Abbadie avait rntme tenu t instituer un concours pour les irriftCi.nas. Ce sont des cris de guerre aux intonations rudes et prolonges, quli ont pour but d'effrayer l'ennemi, en se repercutant au loin sur les montagnes. (: Qui sail? disait M. d'Abbadie, ce. cris petz'vent /aire Vib'er dan.'s ( eI ' dl'mri batlsqee, en m?;eme /te]ps qCle le sLout'vnlr du p(t Ia /y.', utl boin, 'noble sc.uinient, dliqe (des.ierct leielps et de nos r an (Is alcetres )). XIX Notre confr're se plaisait dans ces tentatives qu'il iaisait pour conserver it ses conlpatriotes leur ge'nie prolre, leur droiture et leur sentiment de 'hlonneur. 11 revenait sans cesse i son pays d'origine, ou il avait reussi i constituer une belle propri6te de 310 h., non loin de l'embouchure de la Bidassoa, entre Hendaye et Saint-Jean-de-liuz. 11 sut choisir au centre de son <domaine un emplacement merveilleux, d'ol l'on a la plus belle vue sur la mer et sur la montagne, et il y fit construire, sur les plans de Viollet-le-Duc, executes librement par l'architecte Duthoit, un mnagnifique chateau auquel il donna le nom d'Abbadia. A defaut du nom, bien d'autres particularites de la demeure rappelleraient au besoin celui qui l'a fait elever. On dit que, lorsque Viollet-le-Duc vint visiter, une fois terminee, l'(euvre dont il avait conqu le plan, il

Page  213 ANTOINE D'ABBADIE fut quelque peu choqu6 de voir, substitues aux ornements ordinaires de Iarchitecture, des crocodiles et d'autres animaux empruntes a la faune de l'Ethiopie. L'inttrieur du chateau surtout porte l'empreinte des habitudes et des Agots de M. d'Abbadie. D'innombrables devises y circulent partout, ecrites dans toutes les langues. C'est d'abord, sons le porche, une inscription en vieil irlandais qni soubaite aux visiteurs C( cf'/t mille hic')1eeCn s,); dans le vestib-ule, une inscription latine compose (le quatre vers: A bbadiae tfecltu qli rmente inriqiris (iricai. Te ma n ts exr'ipiet lenis amicitifice. Limit na/t (J1pu c m1c( t'ra(tsis /hospes aucrto. /Iorae silft /r'(pida/e. Sit tibi fausta don 1ts. Au vitrail, la devise merne, si modeste, du maitre de la maison PlutS e.sfre que pa ra/i.s/r. Le petit salon contient des devises en arabe, par exemple: L' aiguille hIabille touit lc mola(d e et ie rest( tie. La chambre d'honneur appartient encore (t 1'arabe; on remarque cependant, autour du lit, cette inscription francaise Dou0r.s'onlefi. sonl/eS do/oris ( ([ti revIposr ce'a1ts. joy/e'lt re/,eil, nmalie/e propice. Dans la salle a mianoer, on peut lire differentes devises etlhiopiennes, celle-ci, par exemple /L'eloqutence (dtt pauvre. ce sont s'es larmes. La chambre de Ml e d'Abbadie est reservee a allemand. Sur les solives du plafond, on v lit, nn peu effactes par le temps, quatre vers elmprunlnts it Schiller ~

Page  214 21. i 2NOTICI:; IISTOlBIQT( IE Triple est la mar/chtef, d temons: lf'sifta. 'qyst'rieu, I'arenir riet vers nous ' rcpide co)rmmte la fl(tch e, le present 'en fuit; eternel, im/inlatle, le passe( dlmeurr. Le basque ne pouvait ktre oul)li; la bibliothique nous offre des proverbles dans cette lanlue: Tout butissto fail d'e l'ombre. II stffit d'itrn /fo pour/ jeter une /ro.ss>e I)ierr'o dlans lt pitits; il fauz t Si./r sat es poiSll' iV tir)'. 11 y a des devises anglaises au igrand salon et dans la clhambre de la toir, mais il convient de ne pas abuser. Le vestibule est orne de fresques empruntees a la vie des Ethiopiens. Parmi elles, quelques-unes se rapportent at des habitudes dont nous devons la connaissanrce i M. d'Abbadie lui-nmeme. La quatrieime, par exemple, repr(sente un orateur Galla, au Parlement: c'est avec le fouet qu'il ponctue son discours. <( Un petit colupl nous dit d'Abbadie dans son article stir la procedure en Ethiopie, indique /a vicgale; /es deux poists, xe point e7t tirgtle, le p0oint d'interroygation,.,ont indiquts' ])par des claqueInents ( l dot la signnificalion es.t / if' i onnul e des an. diteurs. Le point d'exclamation.s'ea)rimt par un/e suite de grands cot)p.s br'yan)lt.', qu i f/tt son g(r ( nos postil/ons dl's qu'ils enltrent dans WUte petitle 6rille.. Une autre fresque nous montre une ecole ethiopienne. Quelques enfants, y sont repr6sentes, enchaines les uns aux autres. C'est qu'en Ethiopie, comme ailleurs, les enfants, fort assidus en general, font aussi, quelquefois, l'ecole buissonniere. Leurs parents les ram/nent dans l'enceinte de l'eglise ou l'on enseigne, et attachent leurs pieds ensemble avec une chaine de fer. La dixirme fresque nous rappelle les heros d'Ho

Page  215 ANTOINE D'ABBADIE 215 nmere: elle figure un guerrier ethiopien faisant entendre son chant de guerre avant de se jeter dans la melee. Chaque brave a le sien, qu'il repete au moment oui il va s'elancer sur l'ennemi. Quand on s'attarde dans le vestibule, on ne peut manquer de remarquer encore tne magnifique statue en bois. Juche sur la tete d'un buffle de son pays, un Ethiopien aux formes sculpturales eleve en l'air une lampe, comme s'il etait pret h acconpagner le visiteur. Cette statue est la reproduction fidele d'un Abyssin que M. td'Abbadie avait ramene avec lui. II s'appelait Abd Ullah. Transplantea des son jeune go'e dans le pays basque, il voulut, quand il grandit, quitter le clhteau. I1 s'enacea dans les turcos et, valeureux conmme tous ses compatriotes, il fit des prodiges a la bataille de Magenta. Sa fin a ete lamentable. Reste a Paris pendant la Commune, il n'a pas su choisir le bon parti: il i et6 p'is en 1871 dans les ranos des federes, et fusille I la caserne de la rue de Bellechasse. XX La demeure que nous venous le decrire est maintenant sous la sauvegarde de l'Acadenie. Notre confrere, toute sa vie, avait revy d'v installer un centre de hautes 6tudes; avec l'assentinient de MinAe d'Abbadie, il etait pret t donner toute sa fortune pour la realisation d'un si vaste projet. S'il n'a pu trouver les concours qui lui 6taient necessaires, il a vu du moiens Ses confreres disposes h continuer et Ic developper ce qu'il avait reussi it creer lui-melme. 11 avait assign(S comrne tache a son Observatoire la publication d'un Catalogue de.(0.00(} etoiles. L'habile directeur qu'il a legu6e a l'Academie, AM. l'al)bbi ersclhalel, et ses

Page  216 216 NOTICE IliSTOI)Ql)UE collaborateurs d(ivoutt, en lprtant, par leurs obser, vations si pr6cises et si multipliees, le plus utile concours it nos grands Observa-toires, contribuent, pour leur part, i assurer le succes,,Ie cette grande Carte di, Ciel et dll (Cata/loqle p/i/otoq)ra//hlliq/v, ou les 6toiles enregistr6es se corpteront cette fois par millions. Ainsi se trouveront r'alises et dl('passes les vceux de notre con-frere. Lorsqu'op monte sur le ldonjon duti chateau d'Abhadia, on apercoit, ii 1'Est. la cte qui s'6tend de SaintJean-de-Luz:'a Biarr'itz, et la mier tolijours a'itpe, la if.c(.,atc/(U,(C,, comlme disent les l;(asqtes, qui vient Ibattre les hautes falaises A\u Sud, le regard plong sur la paisible et vercdoyante vall6ee d'un petit rutisseau. le llecntabe.iy, et se relive ant, dlela. devant la belle montagne de la Bhitie, qui dresse i l'horizon ses lignes harmonieuses. Au Sud-Ouest, par del l'File historique des tFai.stan., la' montagtne espagnole des Trois-Cotro.nes s eleve brusquement devant la chaine des MIont. Cantiare.. A l'Ouest mnme, le regard embrasse la vaste I aie qui forme l'emilouchtur de la Bidassoa, et la chlarlmante petite ville dte IFowltaralie, sise au pied l'une haute montalne, le ui.zuibe/, dont les derniers contreforts se prolongent (dans la mer, pour v formner le cap FtIuie'. Aiu Nord, entin, les pelouses du patre, parsemees d'arbres inagnifiqules et de petits bois distriibus avec le igout le plus sur, descendent jusqu'au promontoire de Llarecra.yx, entoure d'admirabies falaises, en face d'ilots rocheux, plus beaux de forme et moins saccages par les hommes que ceux de Biarritz. Par ine belle soiree, ce spectacle est reellement enchanteur. M. d'Abbadie est de ceux qui ont su realiser leur reve. \ II a voulu assurer la continuation de son ceuvre sociale et de son euvre astronomique, en les confiant

Page  217 ANTOINE D 'ABIBXDIE LI I I rLoutes deux 'a 1IAcade'mie, pour laquelle il a-vait taut d'affection et de respect. Notre Conipagrnie hit i a, d e son vivant, exprime' toute sat gratitude; apre's lui, elle se conformera fide'ement 'li ses intentions. Notre confre're s~est 6teint, le 19 mars 1897, dans cette maison de la rue du Bac oii Chateaubriand e'tait mort cinquante ans auparavant; le unudi precedent, 15 mars, il assistait encore Li nos seances. 11 avait d'avance refus6, tonis les honnears ftine'bres; mais ses me'avers out voultu, pendant dix-htit jours, veilier p)res de son cercueji, en attendant qu'un tombeati luii fuit prepare sous la chapelle d'Abbadia. Mine d'Abbadie est alk~e le rejoindre quatre ans, apr s, le je" mars '1901.

Page  218 NOTICE HISTOIIQUE SUR LE GENERiIAL AMELUSNIER MEMBRE DE L'ANCIENNE ACADIEMIE DES SCIE.NCES, lue (lans la seance publique annuelle du 20 ddcembre 1909. Dans la belle et longue serie d'eloges que nous devons a Francois Arago, nous voyons figurer, a c6te des noms de Fresnel, de Volta, de Fourier, de Watt, d'Ampere, de Poisson, de, Mone, de AMlalus, de Gay-Lussac, qui. 'a des titres divers, firent partie de l'nstitut, ceux de Bailly et de Condorcet qui, vous le savez, n'appartinrent jamais qu'a l'ancienne Academie. M'autorisant de l'exemple de mon illustre predecesseur, je viens aujourd'hui celebrer la memoire d'un contemporain de Bailly, de Lavoisier et de Condorcet, d'un membre de cette ancienne Academie 'a laquelle nous demeurons attaches par tant de liens. Le general Meusnier, dont je vais retracer devant vous la vie et les travaux, s'est distingue par la modestie la plus vraie, unie a l'esprit d'initiative le plus hardi. Eleve dans les croyances traditionnalistes, il s'est laisse gagner, comme tant d'autres, aux idees genereuses qui ont produit la Revolution francaise. II a ete, a la

Page  219 GENERAL MEUSNIER1 112i 1 9 fois, un grrand inventeur et uin excellent solda-f. Apr~,s avoir consacre, sa trop courte vie aux recherches les plus neuv es, les plus difficiles, los plus f&condes, ili atrouve' devant 1'ennemi, an si'cge de Mayence, la mort la plus 1u'rolque. Comme il arrive trop souvent, cette mort pr~mature'e avait rejete' dans lombre tout co qu'il avait pu accomplir pendant sa vie. Mais le prodigieux inotivem-rent dle recherches, qui sera Ihonfleer de notre ('poque et qui noes, a vNalei en quelquo sorte cue do-ub~le conque'te dle, fair, a fait revivre les travaux de Meeisnier relatifs ~i lae'rostation et a remnis en lurnPere le -4nie de leer auteuti. l~e moment vous somblera done li)en choisi, poer lui1 rendre, dans, Cette enceinte,1l'hmemlge quIit n-a pas~ encore reCIH. 1 est bon, d'ailleurs, qe'Ion s'attache, ici ht comb~attre l'esprit de pessimisme et de d63couragrement, en rappelant, toutes les fois que l'ocecasion s'en pr6sente, la vie g'lorieuso de ces hommes qeii appartiennent. par leur naissance et leurs origines, ah cette pure race fran~aise dont le ge'nie, a i~lemien'- le monde.Je~an-]3aptiste-Mlarie-Chariles, Meeisnier (IC Laplace naquit 'a Tours, le 19 juinih. Sa famille avait su depuis lonotemps im~riter, dans toute le'tenlne, de la province, lestime et la consid~ration publiques. Sngrand-pi're du c0t pateruel, messire, Simon MI~eusnier, avait et( consoiller de roi et son procu"Our an, baillaroe et sie'g or~sidial de, Tours. Son Z-rand-p~re m-ate-rnel, Jacques Le, Normnand (le Ia Place, avait exerc6' les fonctions do lieutenant crimitnel. Un1 do ses oncles fut tue' ah la bataille (10 Rancour, ~fl atre dvintlaitre des conmptes it Paris. an l'acte do naissance, enre-istre' it la paroisse Saint-ViI nCe-nt do Tours, lo VI're do M)Aeusnier ost de'sic~n6 comme av~cat an pre~sidial de Tours. Ge'tait uin hointrie d'une dioiture parfaite et dunie d6Notion mnintiteouse. 11

Page  220 220 NOTICE IlISTORtIIIQU: aurait 6et heureux de voir son fils se destiner it!L pretrise; aussi lorsqu'en 1762. les rnaisons d'ducation dirigees par les J6suites furent par-tout fermnies,, r6solut-il de donner a son fils une education priv6e ~ et ce ne fut que pour la dernii.re annee, pour Fetude de la philosophic, que MAeusnier fut rendu au cours commlun d'ensei-cnement. En 1771, il fut envoye it Paris, dans la pension Berthaud, oui se preparaient les jeunes gens qui se destinaient I lFEcole du Gelnie, alors 6tablie i. M(ziteres.Des is premier jour, il y manifesta les dispositions les plus heureuses pourl';tude des sciences exactes. I1 devint. prompterent le repetiteur enevole de ses camarades; il redi/ea memne des notes, destinees h explliquer, ha eclaircir, C redresser quelquefois le texte du cours sur lequel les aspirants subissaient leurs examens. I1 concourut l'examen de 1772; mais, au grand etonnement de ses camarades, il ne fut pas admis. L'examinateur, qui etait membre de 1'Academie des Sciences, ne put, ou ne sut, apprecier sa capacite. Cet insucces s'expliquerait dans une certaine rmesure si, commne le raconte un de ses biographes, le jeune aspirant, C qui 1'examinateur demlandait: Que savezvous:?, s'etait permis de lui repondre: (( Interrogezmoi sur ce que Vous savez. )) Quoi qu'il en soit, 1'6chec de fMeusnier semblait devoir lui etre d'autant plus pr judiciablle qu'en 1773 il n'y eut pas de promotion; mais le Gouvernement, sur la proposition meme de, l'examinateur, en fit une particuliere pour Meusnier. Comme nous l'indiquent les etats de service conserv6s au Ministere de la Guerre, il fut nomme, le ler janvier 1774, lieutenant en second, dleve a 1'Ecole du Genie de Mezi6res. II devait en sortir deux ans apres, le 25 decembre 17T, avec le diplome d'ingenieur.

Page  221 GENERAL MEUSNIER 221 A son arrivee at Mazieres, il eut la bonne fortune d'y etre requ par Monge, qui y enseignait h la fois les Mathematiques et la Physique. et la, comme plus tard a l'Ecole Polytechnique, entretenait avec ses eleves les rapports les plus affectueux. Monge nous a laisse sur Meusnier des notes extremement precieuses. o Le jour mI'ime de son lirrivee (i MAizieres, nous dit-il, Meusnier; vint mle voil' le soir. et il tle tt'lnoiigna le dasir qu'il avait que je lui proposasse une question qlui mIe nu t i portee de connalltre le derJ (dle son instruction et de juger ses dispositions. Pour le sLatisfaire, je 1'entretins de la theorie d'Euler sur les ravyons de courbulre )matrimo et iniila des surfaces coiurles: je lui en etxpios;i les priincipaux resultats et lui proposal den che rcher la delmonstration. Le lendemain matin, dans les salles, ii me remit un petit papier qui contenait cette demonstr(tion; maiis ce qu'il y avaitl de remarquable, c'est que les considtrations qu'il avait employ( es (taient plus (tir ectes, t la inarche tqu'il avail suivie retait beaucoup plus rapide, que celles dont Euler availt fait usa-e. l,'t'eleance (de cette solution, ct le peu de temlps qu'e lle lui avail conitt', Ime -lonnrirent une idee de li saga-cit; et (e ce sentime nti exqiiis (e la niature des choses dont il a donnt des pretives multipliees dans tons les travaux qu'il a entrepris (-lep-is. Je lui indiquai alors le Volume de l' Acatll ie d-e Berlin dans lequel (talit le Manoire d 'Euler sur cet olbjet; il reconnut bientot qte, les 'tnoyens (quil ava;it eltplot:-'s ttant plus dli it'es (le ceux de son Imodlle, ilt devt\it( t (t ire auissi plus ft(of l(tds, et il pat'vint a dles r sultats q(li av\-iient `cll pp' (' iler. >, Monge s'occupait ai cette Apoque d'une question diffieile 1 'inte'ration de l'equation aux tderivaes partielles du secondi ordre ldoinne par Lagrance et qui caralct-rise les surlfaces d'aire minina asslujetties a passer pa' un contour donnie. Les efforts du g'rand geomnltre pour obtenir cette integration, qui constitue peut-ttre

Page  222 222 NOTICE tIISTOB ll lUE sa plus belle d6couverte, ne devaient aboutir que dix ans apres. En attendant, le jeune Meusnier, mis au courant des recherches de son maitre, imagina une netlhode nouvelle, qui depuis devait etre frsqueni_ ment appliqu6e, en recherchant. parmi les surfaces sournises i une certaine gene6ration, quelle tait celle qui satisfaisait a la question. Cest ainsi qu'il dec'ouvrit que, parmi les surfaces de rSvolution, la seule qui soit une surface minima, conmmoe nous disons aujourd'hui, est celle qui est engcendr'e par la rvolution d'une chainette autour de sa base: et que. parmi les surfaces eng'endrees par une droite qui se meut parallelement ia un plan fixe, la seule qui soit minima est la surface de vis it tilet carre. Au reste, je n'insisterai ici, ni sur les methodes, ni sur les resultats de Meusnier. Je les ai analyses avec les details necessaires dans eon Ouvrage.sir/ la t/eorie dies sur, faces. Je me bornerai it faire remarquer que, mnme apres l integration de l'6quation aux derivees partielles de Lagrange faite par Monge en 1784, les deux surfaces minima d6couvertes par Meusnier ont 6et pendant longtemps les seules surfaces r6elles de cette nature obtenues par les geometres. Ces recherches de Meusnier 6taient, on le coneoit, tres au-dessus des travaux ordinaires de l'Ecole; mais elles ne l'empechaient pas de remplir ses devoirsavec la plus exacte reg'ularit; il ne consacrait a ses etudes personnelles que le temps donne par ses camarades a leurs delassements ou a leur recreation. Aussi fut-il requ a l'examen final par une promotion particuliere qui le mettait en avant de tons ses camarades. A sa sortie de l'Ecole, le ier janvier 1776, il fut envoye dans les Ardennes, ' Charlemont et a Givet, en qualite d'ingenieur ordinaire du Roi. C'est vers cette epoque, les 14 et 21 f6vrier 1776, qu'il lut a FAca

Page  223 GI~NERAL MEUISNIERI22 223 dedmie un Mernoire oft sos d~couvertes do I'Ecote so trouvaient expos'es. A cWt du c61'bre thi'or~me sur la courbure des sections obliques, qui maintiendra. tou~jours dans la Science to nom do son auteur, ce travail. do Meusnier contient une the'orie nouvelle do la courbure des surfaces, qui aurait me'rite6 d'e'tre conservt e a co '' "t' do celle d'Euler. On pout dire sans exagere ation qu~it frappa beauicoup 1' Acade'mie; d"Alembert to remarqua et dit MAiosmer coinruonce commie je f2ibis. )) Doux coninimssaires furent nonmmes, Condorcet et IBossut; is d6pose'rent tour rapport, to 6' mars '1776. Par une favour bien rare doe tous temps, to jeune auteur n eut meunme pas a attendre quinze jours, pour connaitro lopinion des jug'es qui luii avaient. et6e donne's. Cette opinion fut si favorable quo, d~s le 12. juim suivant, Mleusnier e'tait normm6 correspondant doe l'Acade'mie. It n'avait pas encore 22 ans. A cette e6poque, chaque correspondant devNait e'tre rattacUh6 ~tin pensionnaire, qui devenait en quelque sorte son tuteur et son re'pondant dovant I'A cade6 -mie. Mteusni-Ir fut attache' 'a Vandornmonde, avec; qui it no cessa, dans la suite, d'entretenir los meiltouros relations. Lo 20 janvier 1777,1 il recevait uino. prom ier marqueo d'estimoe do, sos chiefs du corps du Gl~enie. Norninc6 lieutenant en premier, surnume'raire ptac,6 ~t la suite dos, compag'nios do, minours ot do sapeurs, it fut onvoy6 it V erdun pour v suivre los, cours do FEcoto. CUtait liii, et ltu seut, qui so trouvait ainsi d6sig-ne6, parmi 505 comnpagnons d'arme, pour acquertr cotte connaissance, approfondie do tart du mineur qui pouivait permnettre, an corps di Ge'nio do, rivatiser, dans cortaines ciiConstances, avec cetui do 1.Artitler'ie. Deux ans apre's, torsqu'on coimmen~a loes tra-vaux 4'iU Port do Chorbourg', ta Marine, los 1.onts et Chaus-_

Page  224 .-24 rNOTICE tlISTORLIQUE ssees envoyirent les premiers sujets de leur corps Mleusnier fut choisi par le sien. Le projet du port de Chler)ourgr est une des entre. prises qui font le plus d'honneur au regne de Louis XVI. La nature a platc autour de cette vil, tout cc qu il faut l)our inspirer de o grandes conceptions. Vauban, qui a laiss6 partout, sur nos cotes aussi bien qu'l' lint6rieur, des traces de son genie, avait d(ju reconnu toute Flimportance de ia situation (, Cherbourg; et mneme il avait dressc un plan pour ern faire un port militaire de premier ordre. Le projet de VTauban consistait t fermer la ra(de t l'aide de deux digues, rattachies ai la terre ferme et laissant, entr. leurs deux extremites, une passe de 1.8()0 metres. Lu Bretonniere substitua au plan d(e Vaulan un projet infiniment plus vaste et plus hardi. 11 proposa de fermer la rade, qu'on trouvait trop ouverte, par une digue forinee de deux parties avec trois passes, l'une i l'Est aupres de l'ile Pelee, la seconde au centre, l'autre 1t l'Ouest pres de Querqueville. La rade de Vauban se trouvait ainsi triplee. L execution de ce plan si neuf et si original fut conliee it Cessart, ie ce6lbre ing6nieur. Meusnier et les autres officiers eurent a s'occuper surtout, pendant plus (de dix ans, de la construction et del'armeme nt des fortifications que comportait ce grand travail. Voici ce que Monge nous apprend des travaux de son eleve favori. ( Peu de temps apr(s son admission dans le corps du Gienie, il fut envoyS, avec un assez grand nomnbre de ses camarades de 1'Ecole, dans le port de Cherbourg. On s'occupait alors de la cl6ture de la rade; il fallait fortifier les iles qui la defendent, sonder la rade afin de connaltre les mouillages convenables aux differents tirants d'eau. En vertu de cet ascendant que donne naturellement le talent, et surtout par cette affabilit. qui le fait ainer, il se trouva

Page  225 GENERAL MEUSNIER naturellement le chef de toutes les operations, qu'il conduisit avec un plein succes. C'est peut-ktre dans cette circonstince qu'il a montre le plus d'adresse. I1 avait a surmonter, non seulement les difficultes physiques, mais encore une foule de difficult6s morales, devant lesquelles 6choue ordinairement un jeune hoinme sans experience; il avait des intrigues h dejouer, des homines puissants a combattre, cles fripons 'a d6masquer; il le fit avec un courage tres remarquable et y reussit completement. Aujourd'hui que la plupart d( ses adversaires ontdisparu, il serait peut-etrl intoressant de montrer le jeune?Meusnier aux prises avec les difticultes; j'en;ii connu la plus grande partie, mais c(st oh)jets taientt CtranLgers it m oes occupations ordinaires, et is sont sOrtis (te Ila il lo irc.,, Un des meilleurs amis de Meusnier, Xavier Audouin, frere du conventionnel qui contribua a la chute de Robespierre, nous a laiss6 un AM6moire, qui permet de donner un peu plus de precision au r6cit de Monge et qui explique en outre la haine que Dumlouriez portait a Meusnier. ( Jusque-li, nous dit Audouin, il avait exerce la1 partie administrative lont sont charges les officiers du Genie, seulement par routine, comlle il faisait tout ce qui n'etait pas l'objet direct de son etude mnais le comte de B3rclie ayant fait employer ai Cherbour l) Dumouriez, les tra.vaux, les entreprises relatives, parurent t Mieusnier tr1s rcSlpr(hensibles, et ce doute le deterlnina h ettudier davantage 1'administration. Ce doute ldevint certitude; encore jeune capitainedu Genie, il osase plaindre au due d'llarcourt et lultt avec avantage. o Mais poursuivons le rtcit de Monge: ( Un des objets des travaux du corps dnu (1hnie etait de fortifier l'lle Pele, qui ddflend une des passes de 1;a rade; Oette lie n'a pas d'eau, et doit tirer du continent celle qui 15

Page  226 NO'I'CE IlISTORIQIE lui est ntcessaire. Dans les leaux temps, ce transport n1a riren d'emintatlassl l t m.ais clans 1'hiver, et lorsque la mop est itauva ise pendant plus d'un nois, elle est exposee a en mill auer tout it fait. leusnier con ut le pr ojet de lui en foul nir: cotllinulllemennt, en dlistillant l'eau de la mer, de la lui dolnnerl sans frais en enmployant la dlistillation dans le vide, qui n'e xie aucune dcpense de colmbustibles. et d'employ^. le!mouveieni t mmiltnre e la Inree pour exkcuter et entretelil' e vide. 11 fut d'alb1 ord ol)lige de faire quelques exp6riencOs, qlui lui il ci-oilwrent des obstacles; alors qu'il voulat ls lovel', il en n -isstit une foule cd'atres. Je mele souviens qu uc des i grindes dliflicull[s qu'i l a 2pruouvces otait d rencdre le cuivre blt lu ou ol' itain coulti ililpermllable a l'air atlmophloi(lque. (epeandant, apres un trlavail opini'tre de prios de deux ans. I it t rnmina sa lmaclline, q t'ill apporta pour la pr'sentellr I(t 'Acadclmie. On y adcmi lli s;agacit'o (le I'autour pouri d(i'couv'iIr ls vliritablCs dlifiicultls, et ses ressourc es pouri les suttnlunlcle. Ces ttlivaux I avaient constitue en flrais, qui 1'avlielt foruct de co tlactler unle dette d'eoviron 1 i5.t}U frIl cs, et je sais que cette dett le 1a gt'ne pendant une g1rincle partie de sa vie. Cette irlconstance peut-6tre, et surtmot uute nouvelle destination, l'nepmch reont de donlet'l suite It e l)ojt. Je ne crois pas qu'il ait rien publim( s.' (cct ulbjct, pour' lequel il avait fait tant de sacrifices; et c'est ceotainetlienl t utne perte, parce lquo, in(ltpelnda-meilt ldes rtsstltats q(ue son Ou(rLage aurait fail coLnn1itre, on y aurait vu un modOle de la sa.gacite( qu'on peut mettre dans des '-rclerclies d e ce gen'e. )> La machine dont parle MAonge avec tant d'admiration fut presentee a1 l'Acade'mie au mois de mars 1783., Sans nous apporter d'indication precise sur sa construction, nos archives de l'Academie et celles du _linistere de la Guerre nous permettent de completer ce que Monge nous apprend sur cette periode de la vie de Meusnier. Des qu'il fut nomme correspondant en 1776, il

Page  227 GENERAL MEUSNIER 227 offrit ses services a l'Acad6mie et fut charg' de continuer, sous sa direction, la publication du beau recueil des Machines approuvees par I'Acacld; ie, qui venait d'etre mise en souffrance par la mort de Boudet et la retraite de Gallon. Sans perdre de temps, Meilsnier s'occupait de ce travail; et, le 22 fevrier 1777, il pre'sentait ai l'Academnie le septiene Volume de la Collection des machines, revu et corri,'6 par ses soius. Vandermonde et Le Roy, chdares d'exaiiner ce travail, tout en louant I le zee de auteur, exlprinmrent le desir que Aleusnier recit un conge annuel. pourlui permettre de se consacrer utilement i ficuvlre si interessante qu'il avait assumn6e. L'Acadlelie reconnut l'intWret qu'il v aurait h accueillir cette demande; et Condorcet, se faisant son interprete, ecrivit au Mtinistre de la Guerre, qui etait alors le conmte de SaintGermain, la lettre suivante, datee du 13 mars 1777: M 2I. MIeusnier, officier dans le corps royal du (I(,nie, a donne, quoique trls jel e, e ies p'euves (t'ln talent rare pour les sciences. Son zi le pour leurv a(v;ncei ent l'Ia dcterilline a se chlar- er d(e rldi'er le Recte'i d(/'s mac/?li'i, (/ ]'?,oees par /'Acrademie, (iue cettee Colnpalltnie cst da(ts 1'lIsae le publier. (Ce necie'il, entr'e de Ilrinls Ilabiles, {p Lt d(evenir de la plus n''aidle utilit'(. Non scltletinc t il pl t servirit it perfectionner les acIllhines l'c ss:i cs.'1 a t laai ne, a Id rt imilitaire; ll;lis coilll il d(i 1t e it 'l'llll p a lu l t des roSyens mIc;tnilque connus jiusqu'ici, les inri nicunrs Occup6s de cotnslt ctions militai'tes - tronvertlai.t des ressources toutes prt'es, pour les (ocas i liprivt' Is q i se prs entent souvernt, cit i,t.,ur Iteqr l ls la pIta ti(qu{l ol'(liliitr(' n foui'nit aucu(il s cco i s 1; la )elicc tiiIn di (, ce Il cuciiil n'i rir esse (Ionc pas nl ins) l e Lbien in service (tilt cteli d(l e l'AC(adtie. Tels sont, 51. le (coll.e. les inolitfs qlli d(ti('ie lincnt l'Acadinie a 'vous demitander poCur M. 2.i usnCLiet In conI'' clihaquc hiver, saison ocl sta lpI'sctncl scrai inutile (dltins le lieu de Sa r6sidence. C'e sjour a Pa is lui' c t'necssai'c' u. e 'rande

Page  228 228 8NOTICE IIISTOBIQUE par ie des mlachcinles stn 1n pr!sent:.ees par des ouvriePrs, rn peuventttrouverde-s mo\yens inrenieux, mais qui ne savent ni les dcrire, ils pprter; ct ce n'est qu'en causeant avoec eux. et ntrnee en les vovyant tray;tiller, qu'on peut saisir leurs id("es; plusieurs (d'entre eux tne saxvent point dessiner, 1eur peu de forttune ne perlnet pas d'exiger rigoureuseiiment lqu'ils (dlposent des inod(''les ' dli autre c6te, il x a des c(1s ol le rapport dles coniiiissairt'i s (qui ont juge un1 iac;leline ne suflit pas pour bien co0l nail'e!es idees qu'elle leur a fait nalitre, eL il est souvent indispensa)le que celui ui -doit ptublier le rec(ueil des Ilnacines consulte les con01 missaires et se conceerte avcl eux. x) ~ Le temps que 31. Mleusnie' p;tisseraitt a Paris, occup. de ce travail, ne poutr-tit tre reailrdc coiunmle perdu pout. le service, parce qu'inIependainnellnt de 1'utiiitt de son W(uvrage, il acquerrait, pendant ce temps-lI, tune connaissance approfondie de l1a Mlhcanique pratique, connaissance qui le liettrait a portee de se rendre plus utile dans les fonctions de son etat. Et si vous laccordiez cette grice que l'Academie vous demande, bien loin de lui nuire comlne militaire, elle servirait a en faire un ingcnieur plus habile encore. )) Maal-re totute la valeur des arguments d6veloppes par Condorcet, il est permis de penser qu'aujourd'hui, peut-etre la demande de 1'Academie aurait de la peine it recevoir un accueil favorable. Ce qu'il y a de certain, c'est que le comte de Saint-Germain s'empressa de faire droit it cette (lemande, et decida qu'un conge serait accorde tous ls ans a MAeusnier, du 1(" octobre au 31 mars, periode pendant laquelle sa presence n'etait pas utile a Cherbourg. Heureuse decision, qui a, sans doute, beaucoup contribue 'a l'eclosion des travaux de premier ordre dont nous parlerons plus loin. En meme temps que Meusnier conduisait en chef les premiers etablissements de l'ile Pelee, dont il tracait les fortifications et sondait le port en 1780, il se

Page  229 GENERAL MEIUSNIER ivrait' aLx eer schietiiue les ls plus prcises et les plus delicates, degageant ainsi la parole de Condorcet. Pendant la periode qui s'etend de 17'77 i 1783, nos proces-verbaux ne contiennent gueore que la trace des recherches longues et ininutieuses que fit Meusnier ssur la vaporisation. Le jeune lieutenant du Genie etait sans doute absorbe par ses travaux du port de Cher-.bourg et par la construction de cette machine a distiller leau de mer, a laquelle il apportait un interet si passionne. Mais en 1783, la decouverte des freres Mlontgolfier vint lui donner I'occasion d'exercer son genie, dans un domaine sur lequel l'attention de tous etait vivement attiree. Le 5 juin 1783, un aerostat gonfl6 par la dilatation de l'air s'elevait clans les airs pour la premiere fois, a Annonay, devant l'assemblee des Etats du Vivarais. I1 faut lire les Ouvrages de cette 6poque, les procesverbaux de 1'Academie, pour se rendre compte de l'enthousiasme que suscita cette experience d6cisive. Pien ne pourrait nous en donner' lidee, si nous ne Xoyions aujourd hui l'interet passionne qu'attache le public aux tentatives qui se poursuivent, sous nos Veux, pour donner I l'hornme les moyens de voler ornlne les oiseaux. C'est qu'au moment oiu se produisait cette premiere conquete de Fair, on ne se rendait nul compte des difficultes qu'il v aurait ( la rendre plus complete. On voyait qu'un aerostat peut "elever dans l'atmosphere, de meme qu'un navire se maintient sur l'eau; il semblait que l'essentiel etait ait, et que lhomre n'eprouverait pas plus de difficulte pour parcourir l'espace aerien quil n'en rencontrait, depuis longtermps, dans les voyages sur la Lter. Les decouvertes qui se succedaient rappidenent Iltaent de nature ta accroitre cette confiance. Trois

Page  230 230 NOTICE ItIST(Iv1Q-1 E mois aprs a l's exprience des fri-res Montgolfier, Ie t7 aoit 17(83, le iphysicien Charles lancait tdans les airs Ie premier ball (n gonfle (' l'laide,11 g'az hydrogene. Le 19 se) ten-bl)1re te la rnele annele, Mlontgollier rep6 -tait 1'experience l 'Annonav. d(lns la cour du palais de Versailles, en presence lu roi. de la famille royale et d'un grandti nombre di e spectatteurs me'rveilles. Le 91 noveibhroe suivant, le couira-eux Pilatre (de Rozier et le mlarquis d'Arlandes accomplissaient le premier vova, a-e arri(en fl'ai(te (1-d'11lne moll-ntrfii re. Enfin, ponr nous borner (I l'essentiel, ie le"' d&cem e l)le e la nmee annee, Charles et Robert s'levaient (dans les airs, pour la premieree fois a l'aide d'un (ballon gonfle de gaz hydrolcene, et partaient du jardin des Tuileries, pour aller tomber it Nesles d'abord, oh Robert descendit, puis 1t la Tolr-du-Lav ol0 le ballon s'arreta definitivement, apres s'etre eleve, dans la seconde partie du voyage, a une hauteur de 3.000 mnetres. C'est h l'occasion de cette ascension que Charles crea, avec une surete de coup d'(eil surprenante, presque tout le mat(eriel aerostatique emplovye encore de nos jours: le filet qui recouvre le ballon, la soul)ape placee 1 la plartie supl rieure, l'alpjendice qui met le gaz interieur en communication avec l'air libr e, lest qui permet la manoAuvre, le barometre qui d(lcele les mouvements verticaux, 1 ancre qui ser t I l'atterrissage. Le.sulenlen- ain, (e la menimoral)le ascension de Charles, le 3 decemnbre 1783, AMeusnier lisait a l'Academie des Sciences un lMeImoire sur 'equilibre des machines aerostatiques, sur les differents inoyens de les faire monter et (descenldr e, et specialement siur celui d'execater- ces manoeuwres sans jeter de lest et sans pe(rdre d'air inflanimable, ',en ennnageant dans le ballon tnze capacite particnliere destinee a ren fermer de l'air atmosph&eriqne.

Page  231 GENtRAL MEUSNIER 231 Ce travail marque une etape decisive dans l'histoire de l'aerostation. Meusnier y expose, avec une precision admirable, les lois des mouvements verticaux du ballon et les regles de manceuvre qu'il convient de suivre dans les ascensions. I1 montre que, lorsqu'un ballon a commence a descendre, il est impossible qu'il s'arrete dans une zone intermediaire, et qu'il doit revenir ti terre, i moins que l'aeronaute n'intervienne en jetant du lest; et alors le ballon remonte i une position d'equilihre momentane, plus ileviee que celle d'oui il est descendu. On peut comparer un aerostat h une boue'e, mais 'a une boune qni serait instable dans le sens vertical; et 'on ne peut parer it cette instabilite qu'en jetant du lest ou en pcrdant dul -az; de sorte que, mnmee pour un ballon impermdeable, la duree du voyage a une limite qu'on ne saurait franchir. Et c'est vers la fin de l'ascension que le ballon atteint le point le plus (leve. pour tomlber, en quelque sorte, de la plus grande hauteur ta laquelle il ait pu parvenir. 'Aeusnier preserit de partir avec un ballon entierleinent onlle, de disposer le lest en parties d'un poids connu, de le jeter par petites portions, etc. Toutes ces rie'les de manwcuvre sont encore suivies aujourd'hui: mais 1'analyse si fine et si precise (de M[eussnier lui suneare lne d6coLverte capit;le, et dont il sent tout le prix, pnisqu'il la me-ntionne expresssment dans Ie titre de son AMmoire: jo veux parler de 1'emploi d'une capacitt particulliere m(nagee (ldns le ballon et destinee ta renfermner simpllement de l'air atmospherique. C'est ce que nous appelons aujourd'hui Ie hallonnitlt 4 ari'l, que Aleusnier a emplove6 sous trois formes difTfrentes, et qui, bientot oubli6 conime ses autres decouvertes, n'a plus reparu qu'en 18TO, dans le projet de ballon dirigeable de

Page  232 232 NOTICE lISTOI(iQUE notre confrere Dupuy de (1L6ne. Cette idee d'emlprunter le lest dont a besoin l'aerostat i( l'air;n'me qni lenveloppe est v-ritallement geniale; Meusnier a sn d'ailleurs en deSduire toutes les consequences qu'elle -omporte. L'emploi du ballonnet permet d'abord d'assurer au lallon cette invariabilite de formes qui est n'cessaire toutes les fois qu'on veut diriger le ballon. 11 permet aussi de remeidier 5 l'instabilite verticale et d'assurer, sans pierlte doe az ni projection de lest, la navigation du b(allon i une hauteur d6terminee, comiprise entre des limites que le constructeur aura fixees it l'avance d'apr;s le but qu'il desire atteindre, limites qui dependront exclusivement des capacites respectives du ballon et du ballonnet. Tels sont les resultats fondamentaux contenus dans le premier travail de Meusnier; je n'ai pas besoin de dire que leur importance fut pleinement reconnue par 1'Academie. La savante Compagnie avait nomme, des le premier jour, une Commission des aerostats qui comprenait le duc de La Rochefoucauld, Le Roy, Condorcet, Tillet, l'abbe Bossut, Brisson, 1Berthollet et Lavoisier. Dans une conf6rence tenue le 27 decembre t l 'hotel de La Rochefoucauld, trois semaines apres Ia lecture de Meusnier, Lavoisier exposait a la Commission les questions dont elle aurait h s'occuper et les ramenait (i quatre points principaux: impermeabilite et le6grete de l'enveloppe, choix et pr6paration du gaz ' employer, decouverte d'un procede pour faire monter ou descendre a volonte l'aerostat sans perdre du gaz ou du lest, et enfin etude des moyens propres a les diriger. Sur: tous ces points, Meusnier devait, nous le verrons, apporter des contributions de grande importance;' mais, sur le troisieme et le quatrieme, il faisait connaitre des solutions aussi completes qn'on pouvait le

Page  233 GENE]RAL MEUSNIER 2 33 desirer a cette epoque. Voici comment s'exprimait Lavoisier:, Sur le troisieme objet, M. MIeusnier a indique des moyens sirs. On ne peut douter, d'apres ce qu'il en a fait connaitre, qu'en supposant une enveloppe capable de contenir le gaz inflammable qui pese sur elle avec une force de 6 lignes de mercure, il ne puisse donner t la machine la facultt dde cescendre ou de monter ih volonte, et dans une latitude assez etendue; entin, en employant la force des homni-es, il paraLit constant qu'on pourra s'ecarter du vent sous un angle de plusieurs deres. ) Et Lavoisier terminait ainsi son expose ( MA1. Meusnier ayant dcfj( beaucoup reflechi et dceja beaucoup travaille sur cet objet, il semble que la Commission pourrait se l'attacher sous une forme quelconque; il lui ferai rt de ses idees, et sa grande activit6 ne serait pas inutile. ) L'Acadmeie des Sciences ne devait pas tarder ii resoudrle a. sa maniere 1a question de l'adjonction de Mensnier i la Commission. Le 14 janvier 178i, dans une election t. unie place d'associe mecanicien. les premieres voix, cornme on disail alors, etaient pour Coulomb, et les deuxirnees voix pour Meusnier. Le 17 janvier suivant, Mleusnier se vovait encore prcferer Cousin, dont le noln est bien oubli6 aujourd'hui; mais le 28 janvier, dans une election t la place d'adjoint gonoml tre renldue vacante par la promotion de Cousin qui remplactait d'Alemlbert. les premieres voix etaient cette lois poutr lMeusnier, qui devenait ainsi, i 29 ans, membre de l'Academlie; et les deuxiemes voix allaient ht un hornmme dont il ttait g:lorieux de ttiormpher, car c'etait le physicien Charles qui

Page  234 23 i NOTICE IIISTORIQUE avait, lui aussi, tant fait (leja pour l'aerostation. Trois jours apres, la nomination dte Meusnier 6tait confirmiee par le baron de Breteuil; et le 17 -I'vrier suivant. il etait adjoint avec B1orda at la Co(lommission des balIons, dont il ne tardait lpas it devenir F'ame. C'est ce que met en (;evidene la lettre suivante ecrite un moi., apr)?''. par Lavoisier a MA. de Fourcrov, lDirecteur di GeSnie i \Versailles, pour demandler que le cono, annuel d(e Meusnier, qui allait expirer le 31 mars, flt prolong6 pendant toute la durtee doe l'ete: ( Vous savez, ecrivait Lavoisier, avec quel zM1Ce M. Meusnier s'est livr6 aux op(rations dlont il a (5te( clhargd par l'Acade'mie, en conformaitl- des orlres du roi. relativement a la construction et a1 la perfection d(es machines aerostatiques. La Commission forrmee a cet egard, qui roule principalement sur lui, a cldeij fait des travaux immenses, qui sont au moment d''tre achevs et qui la mettrtont en etat de rendre incessamment compte au roi d ce equ'on pent attendre de ces sortes de machines, et de ce qu'il en couterait pour les construire. Dans ces circonstances, I'Academie voit avec inquietude que le cong6 de M1. Meusnielm expire, et que son absence suspendrait ses travaux, eloignerait le terme auqucl elle doit faire son rapport au ministre, et lui ferait perdre le fruit d'un travail dont le principal merite tient au moment et e onsiste lans l'-propos. Nous esperons done que vous voudrez bien employer Ic credit dont vous jouissez auprts d-u iministi e a obtenir une prolongation du c(on11'' (le M. Meusnier. Ce sera un service reel que vous rendrez ia l'Acadletnie. ) Ces instances, auxquelles se joignirent celles du due de La Rochefoucauld, eurent encore un plein succes. et Meusnier fut autorise a rester a Paris, pour s'occuper des aerostats, ainsi que de la machine a distiller l'eau de mer, a laquelle le ministre s'interessait particulierement. Nous allons voir comment il

Page  235 GENtARAL MEUSNIER justifia une fois de plus la confiance qu'on lui temoignait. Sous le titre modeste: Precis des travalux faits c l'Acade'mie des Sciences de Paris pour la perfection des machines a&rostatiques, Mieusnier lisait, a la seance publique du 13 novembre 1784, un expose succinct des recherches de toute nature qu'il avait pu entreprendre depuis 10 rnois, grIce i la prolongation de congce qui lui avait te6 accordtfe. Cet expose nous a ete conserve, et lon en verra la reproduction dans nos me?)?zoi)'es (1). Meusnier y fait connaitre les resultats 'des nombreuses exp6riences qu'il avait faites sur la solidit6e et l'impermleabilite des etoffes qui doivent servir a l'enveloppe, sur les vernis dont on doit les enduire, etc. I1 reprend la th,-orie du ballonnet et aborde une question qui passionnait alors tout le monde: celle des moyens qu'on peut employer pour permettre aux aerostats de se diriler dans les airs. Sa conclusion est que ces movens dte direction, die quelque espece qu'ils puissent etre, ne peuvent (ueire procurer aux ballons une Aitesse pr(ope d plus d'une lieue it 1'heure, indepen(damment des vents. N(eanmooins ces moyens de direction seront, croit-il, tres utiles; car ils permettront de choisir au nioins un lieu d'atterracge convenable. Le v6rital)e esprit de la navigation a(erienne consistait, seion Mleusnier, et c'Atait la seule conclusion a laquelle on pIut s'arreterr son epoque, i faire un emploi eclair(, des vents, et it tudier tries exactemelnt leur succession, en perfectionnant les Tables d'observation qu'on avait dijiat rasseulbles de son temps. D'apr6s ces idtes, Meusnier avait dress(e deux projets d'a6rostats avant tous deux la forme d'un ellipsoide allonge, pouv-ant tous deux descendre t terre; et nmermle la nacelle etait construite de. maniere it pou

Page  236 236 N OT' ICE 11 SSTO 1 I t UE voir servir a la naviration, (ans le cas oi l'on aurai et6 force deo faire descendre la machine en pleine mer Pour donner au ballon unn mouvenment propre relativement atnx vents. MAeusnier se servait le rames en forme d'heices quje l'fquipa-e Ilettait en rotation ('est done t Mlelisnier que revient l'honneur d'avoir applliqu6e l'lhl ice i la navi (ation aLeienne; mais il convient de remarquer que. (lj en j T2, un A n meicain Blishnell, l'avait einploytee tdans InI essai de bateau sous-mlarin. Dans la pensee die Aleusnier. le premier et le plus vaste des deux projets qu il avait conr;us devait former un aerostat capable de faire le tour (le la Terre sous les climats les plus divers. I1 devait porter 2' homnies d'tquipag'e et 6 h-oinmes d'etat-major, avec des vivres poutr () joars. Les moindres details de manceuvre et d'equipemnent avaient tc pre'vus. Mieusnier avait fait un nornbre immense d'expsriences, sur les matieres qu'il aurait ia employer, sur les tensions qu'elles auraient i supporter. Le devis avait ete cal cuile dans les moindres details, il atteitnait la somme enorrne de trois millions trois cent nmille livres. Le hangar qui devait contenir la machine avait les dimensions d'une cathedrale. Le second projet, prevu pour 6 hoinmes d'equipage seulement, devait donner un ballon d experience, destin6, dans la pens6e de son auteur, ai servir en quelque sorte d'ecole pour les aeronautes et de moyen d'etude sur la constitution de l'atmosphere. Ce projet aurait coute6 plus de trois cent soixante-dix mille livres. O Louis XVI, nous dit Monge, voulut voir le grand projet, et entendre l'auteur. IIen fut aussi enchante qu'il l'avait. ete de la premiere ascension, et il l'aurait fait executer, s'il

Page  237 GENERIAL MEUSNIER 237 n'en avait 6te detourne par l'enorme depense qu'il aurait entrainee. )) Et Monge ajoute: ( Meusnier s'est tres longtemps propose de ne pas s'en tlnir a cet 6gard 'a des dessins, et de r6diger le texte meme du projet. l)ift'ients travaux l'en ont emnpeche; c'est une grande perte qne les sciences ont faite, non seulelrlent i cause des resultats que cet Ouvrage euit contenus, mais encore parce quil aur;lit prisente l'union tres rare du courage, de l'adresse, et imelrn e la patience, aLu gnie., La posterit6 a de'jit ratifie ce jugcmeint. Tout, dans les recherches de Meusnier, est de nature it nous frapper d'admiration: la hardiesse des conceptions d'ensemble n'est eg'alee que par la precision extraordinaire des travaux et des experiences de detail. Selon la remarque frappante de l'auteur d'un l)el Ouvrage stir les aerostats, ( I'histoire des sciences ne nous fournit qu'un autre exemn)le d'un si puissant effort intellectuel, celui d' Anpere posant, lui aussi en quelques mois, les lois de cette importante partie de la Physique qu'on appelle l'E1cctrlod!y/lnmie,. Cette meuvre est bien digne de celui que Alonge se plaisait it signaler comnme 'intelligence la plus extraordinaire qu'il eot jamais rencontree. Et cependant, en rappelant rapidemient les principales d'couvertes qui la coniposent, nous avons ne'gligc' de parler des recherches qui assurent a Mleusnier une place dans I'histoir de e la Chimie moderne. I1 convient que nous en clisions quelques mots. Lavoisier, qui appartenait a 1'Acaddenie depuis 1'6S, n'avait pas tard'e a y acquerir une influence prtpondterante,.'irace it sa situation, i son caractere et & ses travaux. Son loenement et son laboratoire d(e l'r

Page  238 NO'TICE 'IIISTORIQOUE senal (ta(ient dlevenus le rendez-vous de tous le hoti0mnes emlinents dans les sciences. On y voyait Ailacquer, D'Arcet, lBucquet, Cadet de Gassicourt Ierthlollet parnli les chimistes: Vanderlmonde, Colsin, Lan-range, Laplace, o l on-e et Mleusnier parmi les 'omlnietres. On y rencontriait aussi els,'rands seigneurs qui faisaient partie do I'Acadtmie: Ie t uc de La IRci(lll('tucatuld. le ldulc do ((lhaulnes, Ie ldu d'Ayen, prisidcnt de l' Acad\ lie. tQand des savants etranr,clers, tels que lia 'den, Iln!enho(uz, Fontana, Fran. klin, \Wa\tt vendie7ntt a Parlis, ils (ttaient, eux aussi. cordialement a cclulillis. Cest devant cette reunion d' lite clue Lav-oisier re(petait les expe riences qui devaient laire trionmpher ses vues et creer notre systeme mioderne de (Chimiie. II cut de la peine, et mnit du temps, i convain lct les chi nistes; mais ses expriences, toutes dle oire'cision et (tie iesures, ol)tinrent plus d( succes aapres des g'lomnetres. Laplace, Monge, Aleusnier furent les premiers adeptes de la Chimie nouvelle. Laplace, on le sait, collabora it differentes reprises avetc Lavoisier. II en fut do mtonlme de M1eusnier. IParni les recherchles que l.avo-isier et Aleusnier entreprilrenft ensemtlle, je signalerai seulenlent celles quli eurient pour o ljet de nettre en 6vidence, sans aucune objection possible, la vt(italle nature et la complJosition (le leau. Cette question \e la composition de l'eau devait fournir, en quelque sorte, le champ clos dans lequel partisans et adversaires des theories nouvelles allaient se livrer une derniere et decisive bataille. Sije voulais raconter dans le detail les luttes et les revendica-.: tions qu'elle a suscitees, cette seance entiare, et d'autres encore, n'y suffiraient pas. Ici meme, son histoire a ete retracee trois fois: par Cuvier d'abord, puis par

Page  239 GENERAL MEUSNIER 239 Arago, et enfin par Berthelot qui, avec l'6tendue incomparable de son esprit, a su donner la conclusion definitive, dans son eloge de Lavoisier. Pour bien juger de la portee et de la priorite des decouvertes faites dans l'etude de ce beau sujet, il est essentiel que nous fassions abstraction de nos idees modernes; nous devons, avant tout, nous replacer dans liFtat d'esprit des chimistes contemporains de Lavoisier, qui en kttaient restes It la doctrine des quatre etlements, leau, fair, la terre et le tet, complet6e et. en quelque sorte, rendue coherente par la th6orie du phlogistiqute de Stahl et de Macquer. Quand on se reporte it cette edpoque, il faut se rappeler que le premier MAleoire de Lavoisier a (ett consacrte i demontrer que l'etau ne saurait se changer en terre. Apres avoir etabli sa th6orie fondamentale de la combustion, apres avoir montr6 que lair etait un melange, Lavoisier ne devait pas tarder It aborder cette question capitil le dla colmposition de leau. La aussi, il devait, le prenlier, enoncer ulne vue claire du resultat, bien qu'il ai t ptt lre preece:de dans certaines experiences. Ie 2 juin 1783, Lavoisier et Laplace pr6sentaient en co)mmuin 1 l'Aicadmnie utn M6eoire sur la formiation de el'cu) par la combustion dte l li'hdroene dans lFoxvetne. (Celtt experience avait 6t6 dejl realisee [ar' MJone; et c!e l't Iavu lIm'lie de Lavoisier, elle pouvait laisser subsister quellque doute sur li conclusion si fierlme par' laquelle les auteurs dteclaraient qLe l'eau ' talit qu'un colmpose. Au conllraire, Ie Ma1moire prIesenti, une aInnee atprt s, le 2' avril 1'8-4i, par A5Meusnier et Lavoisier venail, on peut Ic dire, apporter des preuves notell s e d(t lcisives. Lavoisier il'avalit auculne especee d st doit stir s e conclusions anterieures; mais ii pensai st a juste titlr que c'est tl la uaiultiplicite dtes faits, bien plas peut-tltret qu'au raisonneimelt, qu'il

Page  240 2 1t( NOTICE ItISTORIQUE convient de demnander la confi rmation de tteto rie nouvelle. Meusnier, de son c6te, toujours pr6occupe de ses recherches sur les niachines a6rostatiques, se proposait d'oltenir les mooyens de priparer l'hydro.,'ene en irand; et il (tait naturel -qu'il s'attachat a le tirer doe leau, dans laquelie il ldevait exister, si la theorie de Lavoisier etait exacte. Telle est l roliine d - lMeiA oire, publi6 en comnmun par IMetusnier et Lavoisier. oU se trouve realisce la dccomposition de l'ea par le fer it une haute, temperlature. et (tans des conditions de precision qui no pouvaientt plus laisser place a aucune objection. Pour juelr ce i)eau travail, ayons recours a Mlonge une fois ie plus ( J'avais d6jl, nous dit le grand eowutIlre, fait six onces d'eau h I'Ecole du G(nie, Ia Izi'rles, par' les explosions successives d'un millange de gaz hydrog,'ne et de iaz oxygone; et si le resultat eoit etc autre c}hose qie de 'eau, l'experience aurait et6 convaincante pour tous les physiciens. Mais il fallait en conclure que 1'eau n'etait pas un 6lementcette conclusion etait si etrange, et la plupart des physiciens (taiient si peu dispos s a l'clamettre, que, pour fermer la bouche aux incrldules, il fallait faire une experience dans laquelle on prouvatt que le poids de l'eau compos6e etait exactement 6gal i la sonime des poids de gaz composants; et, pour mettre le comble ' la certitude, il fallait employer l'analyse, c'est-I-dire decomposer un poids donnde d'eau pure, prouver que, de cette decomposition, il ne resultait que de l'oxyglne et de l'hydrogene, et que la somme des poids de ces deux composants etait egale au poids de l'eau decomposee. Ces experiences exigeaient une exactitude et une delicatesse qui n'avaient ete n6cessaires pour aucune autre. ) ( Meunier engagea -son confrrre Lavoisier a les entreprendre; il se chargea d'imaginer les machines nouvelles, de faire toutes les recherches preliminaires qui devaient contribuer a leur perfection, et d'en surveiller l'execution.

Page  241 GENERAL MEISNIER C'est h cette occasion qu'il composa Ie gnazolltre. an inoven duquel on Inesure avec exactitude le poids (dun fluide elastique consommre, quels que soient les changomnents qu'apportent dans son volume les variations de laI temnp6rature et du poids de 'n tmosphere. Ces experiences se firent en presence de tous ceux qui, 1 Paris, cultiva;ient les sciences physiques. J' assistai; elles eurent Ie succe s le p'us coinplet; et des lors, il n'y cut plus de doite smi la cootill o )sition (1( I 1'eai: I;i is, ce i qui att ir l I I'a tten. i iu I ( a L.' sIsemII e i lautt nt (t i l e c'sult(lat. iu ucl elle s'; tten1lai, (I,'est le taclenit a-ec ( lel tc l leC s appareils taient formils. c'C(t;itl sagacit{ ave. l;u(el 1o on Ite avn"it inmagines pour 1',efet (qu'ils dova(iiont tp)'iod(tui'(, c'ttit I1 gnicic de Meusnier. (( O(n i pte n' t jotird'hluii ('t11e xp eri(nce dlans i oui les C(ours; nalis. cotnln son s or!iet n'a plIus de contradlictlur is, on n'a plus besoin de 1'cxtrei l exacititl(le (iqui (tait nltessaire alors, et les -/lzolltlres t:Cu'on voit dans los cabinets ide Ph'asiqie 'ont presque plus rien de commun que le to:)1t avec le ";zgoin(tot 'e lc ieusnier. )) C(e recit (le 5longe explique bien une iartictularito, qui ne saurait inanqluer d'attirer l1attention. Lavoisier, qui Ltait le dir ecteurl de I'Acad mie quli lui appart(.eiiait depuis )prts de vingt ans. al ors que A1eusnier, depuis trois uiois it peine, r tait simple associe, vouluit celpendlnt (lue leutisnier r6l(tid'eit le Ml moire OU se trou vait irclatiOe leur et cisivoe ex[)e(rience.e et consentit nmirno itl fair fi gue ri le inoni doe son jeune collaloratcur avaint le sien. C'est ce quae Ilonltre lienii le titre coiitplet (d AMl6noir'e commutn: M' ire oI I o /' 0 o.n'' /'oC/C ' lli '/( (/coilof),i'iln i/c I'Ca/ que( (e fl(ide po /)O il! /1//C S/fs/ancC s/n/ipl/ ei a i //a p l i'i( o,/'en.n ( 0)} J? q I (doolisan lia sflac.a,ahle[~ qCt i e/ aC/llr'.CO)/t/Ie;i'iR'i/nU Cc p onr/'iti/ (uif. par AMM. Mletisnie-r ct Lavoi:sier. Un an apr.les, se ju stiiait ce que MAonge (lit de l'effet de ce Alrmnoire. De's 1785, Berthollet abandonnait }e 16

Page  242 NOTICE HISTOlI('IiE p-re-nier la thllorlie du phlilogistique. II etait blent6t{ suivi-i par (;iiiyton de. Morveau; et en 1i786, Fourcr1o cOmIIlenIIC(dit a nseiglner ce qlil al)pelait la theorij /f'r,.'irt/. ce lquil aurait dii norimer, pour etre just la Ilh';;)ri'f <le Lavoisli('1. J'aurais encore i par ler (d'autlres rlchorches qu, poursui vit Mousnier, avec l'opini at'et qu'il apportait dans tot ce (uii linteressait. (C furent, sans douto les (tlltldes relatives (a l1'iclaira1 e des villes faites par savoisier, dontl il 6tait l'ami, qui le conduisirent t s'occLil)'er dt perfectionn enlent ides lampes a huile. seules emplov6es i( cette epoque. C'est dans les travaux doe Meusnier sur les movens d'op6rer I'entiere cormlll)ustion des huiles et d'aurmenter la lumiere des lampes. en 6vitant la formation de la suie, qu'Argand et que Quinquet ont trouvve le principe, et plus que le principo, des appareils si utiles, qui ont rendu tant de services i nos peres, et qui, aujourd hui encore, portent leur nom. Tout en poursuivant ses etudes scientifiques si variees, Meusnier tait bien loin de n6gliger ses devoi rs militaires Parltout, nous dit le g(' neral Gillon, il laissait des traces brillanles d'une intelligence td' lite secondde par un z6le infatigal-)le; partout aussi, ii recueillait les tfpmoignages d'une esliune pi'ofonde et d'une virital:le adt-miratlion., En 1786, son chef, M. de Caux, en demandant pour lui le grade de capitaine, ecrivait: ( J'aperQois une disproportion entre Meusnier et le grade de lieutenant. ) Meusnier etait, depuis deux ans deja, membre de l'Academie des Sciences; il dut cependant attendre un an encore sa promotion; et c'est seulement le 27 mai 1787 qu'il fut nomme capitaine du G nie. Le

Page  243 GENE1RAL MEUSNIER 243 1e' juillet 1788, il 'tait nomme aide-marechal genoral des logis au corps de l'Etat-Major de 'arm 'e, avec le rang de major. Mais il conservait au fond du cceur un si vif attachement pour larme dans laquelle il venait d'accomplir la premiere partie de sa carriere qu'il suppliait le ministre, M1. de Brienne, ( de mettre le comble a ses bontes en lui conservant avec le corps royal du Genie des rapports qu'il ne pourrait perdre sans un vif regret., Son directeur, M1. de Caux, appuyait vivement cette delrande dans les termes suivants Non seul ct en t la demaonde dle 1 M. Mleu sniet' lui f; ithonnicur, onl Ilornltt t -It0 e son zele ne falit q(lut s accr:litre, au lmoment ohl il re(oit un (avancemnent p;(rticulier. et qu'il n'est occtup que de la crainte de se voil restreit dans les obljets multipli6s, pour lesquels il a tt si utile jusqu'ici; mnais il est indispensable qu'elle soit 'iccueillie, pour I'av-ntlae du service et l'inte rt (le cette place en partlticulier (Cherbourg). L'immensite des sujets entieremlent neufs (qui vont y ttre trait.s ne perimet ps qu'on renonce aux talents de cet officier, stns cesse occupt, d(epuis le colmmlencement des trlavux, dle tout ce qui a pu accroitre lat defense de la rade, et surtout procurer entre la partie des fortifications et ceile de l'artillerie un ensembl)e parfait, qui sera dtl i la valrietO de ses connaissances et l' activitt (ilu'il a mise l en omiultiplier les applications ii est d'alilleus charea,, en ce ntoment, lde plusieurs travaux et projets relatifs aux fortifications, oa(ux(qels il est impossible qu'il soit enleve. On exciteralit dans le corps du C(enie un regret univtersel si on en separait totalemient lMeusnier. En ce clqi me concerne, je tdsire infinimenit le conserver sous mes ordres, et avoir avec lu lles rappolrts die service desquels j'ai eu de tout temps la pluts gradIe s;tisfaction., A ce timoil nage, si holnorable pour 1 a me6moire le Meusnie r, il conlient d'en jo, indre un autre, non

Page  244 2-i %: 2NOTICE ItISTOllrtI-)IE mo-ins touchant. et qui jette un jour curieux sur Ies halitudes de l'ancien r gimei. Ies camarades de MAeus nier ne craignaoient pas d intervenir en sa faeour e clcivaient ati ministre hl lettre suivanto (( MlC)nseignliurl, touS ls (ofticie rs dlu G(nie employes 8\ C:herl)iourr s1e (;uniissent lpour vous 1,moliner leur recont naisstancIl de lIa itmanilre l ltlleuse d(ont vous vez dist.in l'un l 'e nte eiux; N i is ils o seil vo s c (untler la douleur qu'il s oilt ressentiet, n voy nt \ ue vu-)s \ L n'avez cri pos ilit dtl ir'col)t'peIC'nse Ct' son z I' ' (e t sn t 'll (tl, u'cn le tirant d( corps du (i''nie( )), et l; lit r:, lui l))rtit l i si gnatures, terlinai t;insi: (( \o s, 1;i lii sel rzt i i seo- a ciens Caul'llarat des )polur leIu servir toujoulrs. et (1( glide, et de motif l'ent COluiai,'ellmenft. I) Le 1-ministre 11e -vo)iilut pas r6sister 1, de(s sollicita-. tions si flateouses pour le jeune oficier; il avait d'ailleurs les lmoyens de moitiver sa dtcision, car, dans ses visites a L Cherbourg, il avait pu se rendre compte palr li-meme de tout ce que les travaux devaient Ai NMeusnier: fours.a boulets d'u n nodele particulieor nouveIaux afThlts pour les pi;-ces d(e gros calibre, qui permettaient de servir lune pice de 36 avec trois hor1sme seulneent, etc. De ce jour, l'avancement de IlMeusnier, qui avait ete si lent jusque-lh. se poursuit. brillant et rapide. Nomname lieutenant-colonel le 1 juillet 1-89, decore deo lOrdre de Saint-louis avant d'avoir le temps de service requis, ayant recu, ce qu'il appreciait plus encore, toutes les facilites possibles pour poursui vre ses etudes scientifiques, il etait a coup sur de ceux auxquels la Monarchic n'avait fait subir aucunt mecompte. Ii embrassa pourtant avec ardeur le parti de la Revolution. Comme ses amis Monge, Berthol. let, Vandernonde, il devint membr-e dU Ia SocietS 40o.

Page  245 GENERAL )MEUSNIER Jacobins, t une epoque ou elle n'avait pas acquis ioute la preponderance qu'elle a prise dans la suite; il fonda meime la section du Luxembourg. Mlais la place d'un militaire tel que lui etait aux armees qui defendaient le territoire. Nomme colonel du 14c~ regiment d'infanterie le 5 fevrier 1792, adjudant general colonel trois jours apres, il ne devait pas tarder tl recevoir des lettres de service pour une die nos arm('es les plus expos(es. Ilne nouvelle decouverte, utile i( notre pays, le relint pour quelque teimps a Paris. Une lot du 13 septemblre 1791 avaiL etabli un Bureau de(/ co.,u.saltlio. /po' /e.s Arts (,z 3li/iers, charie' d'etudier toutes 1ts inventions utiles t 1'Etat et de les recomlpenser aiu besoin. Ce (Con-it consultatif se r6unissait au Louvre, dans les locaux de l'Academie, qui y etait repre6sentee par un grand nombre de ses membres; Coulomb, Lagaiane, Laplace, Monge, lMeusnier en faisaient partie. LIavoisier, qui, jusqu't son d(erniet jour, ne cessa de se devouer a la Science et h son pa(ys, eu tLtail le pnrsident, au nmoment oft il fut elmplrisonne ct dltfer au Trilulnal revoilutionnair*i. C'est it c e 1ureau consultatiF que le lgotu vernel ent ren-voa l'etxalmeu doe La lluptart des qutestions relatives atlx assignatts; et c'est ai ceLte occasion (que AlMesnuiet int\ntoula 1l mnacliinoe [t ptus ingienieuse, pour Traver les assilnats en tatille douce, do ianiare (t tn emptcl) er lia lalsication. 11 ne lui fa;llut ltt'uiic dcl(ii- t( tt i -,i1our- a1 tl'oi ve t el e n file Ic clalIul, (1 u'il lrs t('ntat i( s(1s (oll tuets NIont 'e, Vlll(dol llllondC, 1ettli1ollot i. Tmts tris i le reve n;Ii(c nl 1p s de CI'eCU etollnetllCllt (I c (eit.e td ouverte, lui s, tlit dtans un toelllps donn(tili e t i q e, e (II quellle surte tln saill ie dl'inventi oin itLecanique. ) Nous trot-vons des d ltails (i ce sLjet dans tine belle

Page  246 216 NOlTICE I-IST'OllIQvIEl le Itre, tiate (le 1'an II de la Lilerti, que Meusnier ecrivait. Ie 2 juin i792, aun niistre, au moment 0o1 ij recevait des lettres de service lIli enjoi(nant de parti, irnniiediatemlleitt pour 1'armioe dtiu Midi ( Ayanlt indiillc(1. lait-il, des p1roc(;Id(s nouveaux pour (viter la contl' i'a!,l)n (1des assignat ts (ldut 1;l fabrjication e co1ni nc'lee c1(le uis lol tellips. j e i i' li pu ll refuser an deqsir' qu e'a t(lmoi'nt' le Co(nit('} des,;ssi -nats et monnaile dte n'en voir d(i'i, I'ex(cutioli, jusqu'(t c' e ic queliquun soit, fot'nt'n ( e a iani'e a pOx)uvoir la condlnuiLe eAn tr1o absence. I1 ne nie resie plus (l termiine' a cet (ard que ce qui coeincerne la 1gravur t en ilille cld:uce des assi nats de 2; et de 10 livres; je ne saurais mettl e la flabrication en 6tat de se passer (de 1;m prtsence que dans tne quinzaine de jour'S... Me sera t1-il perllis de vous exposer encore qu'en me livrant (i un travalil (que j'ai crtu biecn important pour la chose publique, dans un tenmps on je n'a\;vis pas encore d'autres devoirs a remplir, j'ai surtout desirl que mon zele dans une parttie etraing-ere Ca mes fonctions ordinaires ne me privAt pas des loylens d'et e utile k ima patrie sur les frontilres les plus expos(es, et que j'avais toujours esp6r6 de servir d(Lns 1'arine du llu in, ou dans cell du Nord que AM. Liickner cominad;nde iaujourd'hui. 1;algr Cette observation, je vous supplie cependant, Monsieur,n de rendre justice a la souinission avec laquelle je ne cesserai le prendre les emplois a luxquels je pourrais ettre jugr necessaire, quelque pa;rt qu'ils puissent se trouver. ~ Je suis avec respect, ( B. MEUSNIER, adjudant gendral ). Malgre tout son desir, Meusnier ne devait pas encore etre envoye aux armees. Nomme marechal de camp le 7 septembre 1792, il etait retenu au Ministere de la Guerre pour y remplir des fonctions dont nous ignorons la nature. Apres la demission de Ser

Page  247 GENtRiL MEUSNIER 247 van, il devint sans doute le bras droit du nouveau ministre Pache, qu'il avait connu la Societe populaire de la Section de Luxembourg: On peut conjecturer que ce fut iui qui proposa et soutint le grand plan d'offensive, la marche de toutes les troupes sur le Rhin. Meusniet etait l'ami de Carnot, qui comme lui, sortait de l'Ecole de AMzieres, et qu'il avait dejia eu l'occasion d'entretenir ( lI'Academic (tdes Sciences. Mais. nous le repStKtons, les renseignements lpreCcis nous font defaut. Tout ce que nous savons, c'est que, lorsque Ileurnonville succ6da t Pache, il envova Meusnier (t l'arime du llhin. Le li fIevrier 1 )93, il 6crivait a Custine, iti tconmandait cette armte: ( 3'ordonne au marechal de camp Meusnier de partir sur le champ pour' Miayence. On m';/ssure qu'il a tout le pattriotismne et toute I'iintelligence ne cessaires pour' fai'e un bon chefdl'ettt-malor. \Vous i'etnployercz au surlplus comlli vous le (16sirerez. ) Dans lintdrett du pays et dans le sien, Custine aurait bien fait de suivre le conseil que lui donnait le ministre, et de prtendre Aleusnier corrme chef d'Etat-Mlajor. 11 preiftra l'employer autrement. D-)es le 18 fevrier, un jour ou deux i peine a apres avoir recu la lettre de Beurnonville. il ordonnait t Mleusnier de se rendre i Kahstel, pour y prendre le conmmandement de cette forteresse et des troupes qui l'occupaient, en le placant sous les ordres duilt ene — ral (de brigade d'O(vre, Iauquel il attrilbuait le commandelmelt en chef de la pIlace ett (te l; garnison tde lMavence. LC'etait mIeconnaitt'e la vale urt e 1leusnier, et metno comt mettre envers lti lnae veritable in justice. Lors (lu proct'es q til ameina sa con)ldamnation it la peine

Page  248 218 NOTICE 111STOTlllQI: cap)itale. cotte (dcision (le Custine devait lui 'tre reproclteee. ) '(-)-vr etait, sans dotlte, un excellent ofti tier, tr's llppr'c0 I da(ns son arme et pins ag qu Net'Isnier'. Al'iis ii avatit 6tlc omm 1 n11-iaichalln de cajj. apres lili. eti noe )oilait lui ttre comnlpare', ni pout 1t m6rlit, ni po1nr 1'a ctiviit?,'t 10 ferlnetto' du caractere 11 n' tlrit pas dt'aillters entitrellent reiis dl'ne bles sur' t e l( jt tlnbe cqn'il n venait de recevoir. Ktst;(1 Otl ita(ssel, oLt Aleusnier' (itait aplpe6le comn11tlldil'r. In'c[t (iltlre cliosO tiitun faulbolur.' de MalAenlce Cett(e ille, qlti 1 de tout templls tt5 considlree conirnni Lne, des ot'tt'i.lesses ls 1)lis inllml)Olttnltes de 1'Europe est sritl,e stlr l1 i-'e ganllhe (duI Rhin. tn pen au-dessons 0 tU dii cIluent do c e vlet- (vec le Ie ein; elle colmmlniqrtuj itrvee. la iive (iroite (id IHhin panr un pont, qCi tl'',botlcille dans le fatbl)aur: d(Je Kastel. Comrnme T1:Mane (, ce t'alt)otrig avait dl tre fortifi ii etait roi' (' par LIne enceinte continue, lianque e de deu forts que nos troupes appelaient le fort de MAars et le fort le la R lptiblilque. B3ien qu'il collmmulniquant libremlenl a Ive'c tI ville, sa situation lii peii isoloee, et aussi Ite ltmiva tis I(ittt tles oun-vrait s cqi le d6lientdient, donnatient tine inl)lorta;nee exceptionnille att comunmandemlloint i tie r 'eCvai t l eusni-ilr. L,'ar t1eel p,'ussienne n'ltait pas loin, Kastel aurait pn Ltre enli v11 par onl]) o e t main. Le premier soin d1L noIuveau conm-landant lt ft de le mettre attant que possible en etat de defense. Le 7 mllars 1'793, Custine, ecrivant a Al esniert', lIi mandait qu'il comlptait sur son og'nie invllenli ponur ientire nulles toutes les tettatives de l'ennemi sur Mayence et detr uire les batteries flottantes (n il I Ounlait employver. En consequence, le gieneIal en clief en acaeait Meusnier aL faire construire des fourn eaux h reverbere, en nombre suffisant pour

Page  249 GIENERAL MEUSNIER 249 alimenter de boulets rouges toutes les batteries des quais de Mayence. Les pieces conserv(ees aux Archives de la Guerre mettent en evidence toutes les ameliorations qu'avait, des le 1er avril, realisees le jeune general (il n'avait pas encore 39 ans) dans lFetat de defense de Kastel. L'investissement de Mayence s'acheva le 14 avril. La,arnison, qui comptait environ 2t3.000 hommes, tailt conmmandle patr d'excellents officiers: a premier ranl Mleusnier et Kleber, tous deux destines at une nmlrt pr6mlatlur'e; puis Aubert-Dubayet. ancien president de la L6egislative; le chevaleresquto Beaupuy, qui comblattit tl Kiastel aux ct('6s de 1 lecsier, et qui deva-it trouver en \end6e une mnort herol'ique; Maligny, Claudin, Damas et bien d'autres, dont j'aurais it citer les nonms si j'avais 1intention de faire l'histoire complete du sie'ge. 11 ne faut pas oublier les deux repr6sentants du peuple: teulbell. let brave et honnlte Alsacien, cdlont les qualites admllinistratives furent trs cu tiles, et Mterlin tie Thionvitlle, iqui etonna les AllemandIs par son couaie. [Rev-et dLu costum-e de simple canonnier, il accompagnail A[eusnier ou Kl3 -ber, il seo iendait atux avant-p(l)stes, d(tgainant quelqueofois, dirieteant pluis sotvnent l'artillerie et pointant lui-mri-me les piics: ce Son exenmple rapporte Dectaen, inflla; beaut(coul stur les soldats et les officiers, qui.ri alisaiet- entre eux d'ardetir et de coura:, e lpoUr se disitii uer et imderiter ses eloces., La gamt'nison l;taii conmposee I lt fotis dti tLroutles de line et (1e ivolont;lires elle tlllanq llit peuLt-eetrle de cetto instl'utI ion et de cet cn-senblc e Iqut- donnent seuls les excrcices ct Il-iibitudtl(ce ea grue'rre; lmais elle 0tait c(ornli[osee dt braves soldats, quii accomplirent ptlus (l'tin l(is ces actes dt e vcreitatlle hero'islle, a ltoix d cs cl- el'sc pleints dc'a rdcul r (tli les coinman

Page  250 NOTICE li STOII(QUE daiennt, et surlent roster pendant - mois sans decoura'emoent sous une veritablle piln-ic de feu, malgre Ie Lausses nouvelles (le toute nature lrep(andues ave( profusion par l'enneini. 11 n nnous appartient pas datippltorter une opinioir sur lai mraniitr'e dlont fut conduit le side de l aylenee. Notls nous bornerons a rappeler ici le juoement dc. deux honmiles avant une colmpitenc(e -lu nous n' saurlions rTcl ailer. \oici d'abord coinment s'exprilne le marelhai (Gouvion Saint-Cvr. dans son Alieoire sur les canpadness des arnees du hllin s Le siege de llMayence est un d-es (v0etinents de cette Lue rre memnorable lqui peut offri le plus (l'inistruiction sui la InleilleuIe tu 1;l ie (i e tIe ddefendre les places fortes. I1 y eut. parmi les membres d Co i d ( dei d dfense., deux systienis quli furent viveinent discutIs. L'un, confiorme aI lancienn pr;atique et qui avait pour lui le gtnerlal d'O(yr, consistait a so dtfendre derriere les ouvrages de la place, en tirant d'eux ses principaux nmoyens. L'autre, lqui otait celui de IMeusnier et qui cornptait beaucoutp de partisans, consistait al tierr ses principales forces de l'activite ct du courage des troupes, en les portant de pri(eference hors de l'enceinte, non seulement de la. place, mais des ouvrages avances, au moyen de sorties multiplie-es, et prote6eant leur retraite avec les ouvrages et I'artillerie de la placle. Ces deux systemes ont et a essayvs et ont predominie tour a tour selon les circonstances, jusqu' la miiort de Meusnier, apres laquelle on voit que l'opinion de (l'yre reprit d6finitivement le dessus. ) M. le general Gillon, dans l'eloge de Meusnier qu'il a prononce a Tours en 1888, dit a peu pres la merne chose en ces termes ( Sous les ordres du general d'Oyri, Meusnier avait et6

Page  251 GENERAL MEUSNIER nvesti du commandement en second de la place, et charge plus specialement de la dlfense de Kastel et des ouvrages le la rive droite du Rlhin. (( eusnier avait approche le grand Carnot, il portait grav6e au fond du comur cette pens(,e, que le glorieux organisateur de la victoire a inscrite depuis en tete de son Oavrage. sur la defense des places: Tout militaire charge l de la d(fense d'une place tloit cttre dans la resolution de perir plutitot (qu de se reindre. ) Aussi, lt's le d.ut tdu sitege, sa tiCivre d'ac tivite, son inlpa;tience (t'a ii, de se po rter en avant., se (onnent lilbre carlicr; en tlai te oacasion, il salt p)l'fCprndre l( r'l (ld;sstillant, allant chtercher l'enneuii dans mt sPs iopt'es retrlani-ement, au lieu d'attendtre Ilatt;jue e il insisLte it' nte (auprcs (ui nral en clhe' pour en uh:)ltellir unle g'(aie sorttie de toiite Il;(gatison. Bien -que, sur ce cernier, point, MIeusnicr, ldans Ie Conseil de guerre tenu (I cet eftet, n'ait pas re(ussi ai faire partaoger son opinion (Iux autres g'enedraux, il n'en taut pas nioins reconn;aite la lIaute valeiur du s-ystclme qu il aviait adopte, on poutlrrait dirie in ventL' l: haceler I'ennclmi plr ('iincessantes atttaques, tentdre le cIt tamip d'action (:e lla garnison par des sorties nomlbreuses, atussi lointaines (jqu possible. Vovons comment Mleusnier appliqua, dans la lirnite restreinte qui lui etait imposee par le cgeneral en chef (t le conseil de defense, les idees qu'il a vait proposees, et qui paraissent d'autant plus justes qu'au nroins dans la premifere partie du sieg'e, 1 armee assiegeante, divisee necessairement par le Rtlhin et le Mein en trois troncons, comptait a. peine deux fois plus d'hommes que la garnison. Pendant que, sur la rivee igauche, Kltber, secondt1 par le vaillant.arii'nv, chef deo la doIleion des Fr ancs, se cou-vrait d1 goloiie et accomiljlissait ce q(ue Alerlin a:ppelait a juste titre l'ililec Kbl'/c, / Aleuscnier, sLur la rive dtoite, secondet par le coura:aeux Beaipuy et le capitaine Tyrant, chef dies \olontaires dIe Kastel,

Page  252 252 'NOTICE IIISTOILQI.;E s'etor, ait do 'a(liser cette dJense iactive dans laquell il voyalit e soul salut possible polur la garniison. E: face tles lignes t'ralnaises et de tKastel, on apercevait le rianLt villa-~e (ieC Kostheiln ll; eusnier rsolut de s'e rendle naitre. 11 y pene[trt dctlex folis, le 10 et le 2! avril et s'en elmpaa d(einitivllellt e 2 mai. C'est en vain que le roi de IPrusse, venlu ptour visiter son aniel1i, donna lordre de reprendl le le village. Apre un briillant conmbat, dans lequel 1leaupluy dut coir. battre corps a 0cor)s, Ies assit?'eants furent definitivenlent ej')ouSS's. Devenu maitre dee dle Istlieim,, que le feu et la canonna(le avaient rc6dit en ceindles, iAeusnier le rattaclha au systnemle de dlfense et voulut poursuivre ses suces, en senmparant des iles qui solt au confluent des deux ri vi Cres. Ces iles sont au nom-bre de Lrois: la 3Bleiau, quo les Francais nomllnerent i'e Loiyite a raison de sa forme, l ile Kopf, que les Francais appelerent 1ile flcu.ltier( du noni de leur general, et enfin la Buirgerau, la plus raip)irocheCe de 1'ennumi, a-1 i lanquelle nos trouipes avaient (donne le n0olnl d'//e Ca'rm(l/inole. Des ie 28 aviril, Meusnier faislit passet~ le lMein i G0 grienadiers et 60 chasseurs, qui d6truisirent une redloute et des batteries saxonnes plactes entre les deux rivilres. Ce ftt un 1brillant succes. Dans la nuit du 20 au 2I1 Jmnai, il fit attaquer les trois iles et, plus particuliereinent, f'ile Long'ue, ou il avait lintention de s'etablir. Pendant qu'un detacheiment de 200 homnies deba'rquait dans cett e le avec la mission (de s'en emparer, 1'intrepide g6neral vint, sur un bateau bastingue qui portait 30 hommne et deux pieces de canon chargees a cartouche, croiser dans le chenal du Rhin, entre:ile Longue et la rie gauche du fleuve, pour attirer:Stiu

Page  253 GENEIRAL MEUSNIER 253 lui seul!'attention de!'ennemni II ne tarda pas en effet ta etre aperqu par les Prussiens, soigneusement abrites, qui couvrirent le bateau de leur feu. Mleusnier et ses compagnons, grenadiers, chasseurs, canonniers, riposterent avec sang-froid. Meusnier voulait reimonter le courant pour attirer l'ennemi hors de son embuscade et le battre a decouvert. Malheureusement. malgre toutes les instances du general, les bateliers refuserent de continuer leur route, et Mieutsnier (dlt, ctte fois, consentir h la retraite. Cet echec ne d6courageea pas lIintr(,pide ieneral. Le 3 juin. il se rendait malitre definitivemnent de celle des trois iles, la Ihiirg:erau. dont il n'avait pu rltiissir encore it s'emparer. On commenqait aussit6t it s'y retrancher sous le feu roulant de l'ennemi, (o car les Francais, dit un des assiegeants, savent se terrer, comme les anciens Romains,; on A mettait du canon on s'v installait a l'abri des buissons; on jetait un pont sur radeaux entre l'ile KIopf et la IBiirerau. Mlais ce pont 6tait si dangereux que les soldats helsitaient ' le trd;verscr et le nommaient le ponlf l(.s io'.ts; Aleusnier le fit tendre de voiles pour rassurer les imaginations. Voila comnlent Meusnier faisait la tiierre sur la rive droite. ap)lilquant chaqu e jotur avec une ardleur inlassIable. le svster-e qu'il s'et; it t rac,(-' dlans (1es notes (e sa main qtli nous oltt 6t( conservtes; essay ant de tout reconnaitre par lii-ime'ime, ou par des otSicie.rs de confiance; se 'aisai t v Oir souveent l chevial. soit (le jour, soit (l nuit, ipourm inspirer de la confiance aux timides; veilltant 1a ce que le soldat [lt btien ti rit et eg'ulieiremlnt noirri. m l,:m1e sous le ['eu de t'ennemli. tXais le moment applrochuait o. le vaillant 'in'iral all ai itre victime de son courage.I' Le 5 juin, pour se venger sais d oute. tit un temoin U sd tl.-.dtu yn i

Page  254 254 N(OTI':E IIISTO lllQI'E oculaire, lde ce (quie, cinq joulrs aluparavant, on avtl tent l'attaque de(o son qltarti(r 'eneral, et failli enlt. vet. ldns la surprise dol Matrienblorn, son '(neiral et clhel lii-milmen, lenneli coimlenea, vers 3 henrt. di nmatin, line canonnade inlernale, telle que 1^e o avaeint jamais entenduc les ij)lus vieux officiers, su ]es otlvraLes ( do la rive droite dlu rlhin. Le ge.n.ral Aleutnier, qui ava-it ptass( ]la nuit aux avant-postoes (ains les ltes du Alein, crai'-it que ce feu violent n11 fit le siginal (d'nne attaque gl(male sir Kastel. 1 s'emIl)ar(qua ( la ht lte, )poni repn;sser le Mlein et donnlir dans li place les ordres necessaires. L'ennemi tirait;, la mitraille sur tous les bateaux: Fli'hroique solda ftl atteint d'un bisca'ien qui l i fracassa le Cenou et lont un fragment, pesant plus d'une demi-livre, restt d'ailord dans la plaie, C'est it Mav-ence, au logis (e l1erl.in, qu'on transporta 1'infortuni( genral. Merl lin le veilla, lentoura de soins et de tendresse comme un frere; mais le manvais temp6rament de Aleusnier, la gravite de la bles sure, laffaiblissement produit par les fatigues du siege. tout concourut I rendre la blessure inortelle. Meusniel expira le 13 juin dans d'horribles solffrances. (( Je fut, t_;oi/i (,l son co't.J''gyo, (dit BIJtpi/)ttJ, / je vis i.l heo. pouri l/a pre.i.e /) ois f; /ui seel /(. l 't serein, lCi s(Ctl.n ver sail pas (1e l/an/fS'.,) (Que pourrions-nous ajouter ht de telles paroles? lBornons-nous t dire que, le lenlemain, on enterra le brave gene6ral a la place qu'il avait lui-meme d6signee: a la pointe du bastion du centre de Kastel, face ka 'assiegeant. Les soldats de ligne et les volontaires portaient le corps. Tristes, silencieux, des officiers tenaient les pans du drap mortuaire. Le commandant de l'armee ennemie, le general Schonfeld, qui, des qu'il avait su la blessure de Meusnier, avait envoye des oranges et des citrons

Page  255 GENIERkR L MEUSNIER pour soulacer sos souffrances, voulut s'associer au deuil de larmee franQaise. I1 y eut une suspension d'armes de 2 heures et, au moment supreme, les assiegeants, montes sur leurs lignes, tirerent a poudre, melant leurs detonatiors a celle de la garnison. Ici finit ce que nous avions t faire connaltre du siee de Mavence. < La mort d- Meusnicr. (lit iouivion Saint-CVr, fult u1n (des ievnemenits les plus marquants du siOVge, celui (lui a le plus h;'te5 la reddition de la place. Ce fit unie grandle prtle, non seuleiment pourl la garnison et ' arnidee du llin, inais pour la France. Meusniier 6tait in savant distlingue, que l'Acadlmie avaitit adinis dans son sein h l';'-e on I on est encore sur les lblncs dc-( 'e cole. IEtlinieml net dont do i nie de la guerre, 1'ex:perience qu'il eu t bientot Iacquise nous aurait perinis d(e voir ce que cet art peut tirer du secours des sciences exactes. Je ne doute pas que, s'il eut vecu, la France n'aurait eu deux genies de mc(me trempe (t Ia tte de ses arrmes. Son reDpuhlicanisme etlait ardent. ct il avait donn(5 plusieurs fois des preuves de l'exaltation d(e ses principes et de i'audace de ses conceptions. Tout cela lui assurait une grande influence sur 1I conseil de defense dle la place. Qoelques homines faibles, et il s'en trouve toujours dans une place nassitCe, ot pu votir sa pe te sans regrets; mais les braves, qui etaient noinbreux (ans cette arm6e, l'ont regrett( longtemps: et ses soldats, qui avaient pour i de l'admiration et de l'enthousiasme, en versant des larmes sur sa tomube, ne voulaient pas cmroire quoe sa mort fCt naturelle. )) Le marechlal Gouvion Saint-C(r, qui n'a pas assiste a1u siege de Mavence, icrivait en 1829: mais ce qtt'il rapporto de l'enthousiasme queo leusnier inspirait it la garnison est confirmni par tout. ce que nous apprennent 1es temoins contemlporains.

Page  256 NOTI(CE HISTOlIQUE Quel Imallhelr affreux! )) lisait, en deplOra,, cette mort, 5lerlin de Thionville: jLsqu'a Iextreo. vieillesse, il ne cessa de par-ler (le lelusnier ave(c en tion, et cotnime du meilleur ami dlont il lui efit ^t donna de jouir (lans cette vie. 11 aimaiait 1 rappele leclatbante vengeance qu1'il avait tirt;e de Ienenm, apres que Meusnior cut t't(e mortellement atteint I( \erlin, dit i cetto occasion le g6ntral Beaupnv. anilllant tout 1)ar sa I)pesence, I'aisait un feu d'e-nf.' I| v av aiit quelque temnps que cela durait. lorsque, toui a coup, j'apercus une 'umime noire et e ipaisse, 'oui par taient des {eclairs dte COul)s de canons et d'obus; c'etai un des ma'asins de I'enneini qui sautait ct qtui nous procurait ce rmagnifique spectacle. > (( Meusniier, nons (dit tin autre des t(ellinS du siege, avait plus dte talents et d'audalce que q ui quce, ce soit d(lns laplace; il avait. surtout ce nerf (lui se raidit conltre les difficult6s, et qui est indispensable pout' une df'ense long-ue et vigoureuse,. Tous ceux qui;taient alors dians Maytence convien nent Ique, si Meusnier e'it et6 comninan(lant en chef de la llace, May-enrc n'ol'c t p;is et rendcue., Lorsque eI jour de la capitulation fut venu, d'une capitulation tres honorable, qui laissait a l'arimee francaise le droit de quitter la place avec armes et baga'es, les conipag'nons de Aleusnier resolurent d'emportet avec eux la depouille de leur g6enral. Goethe qui, le jour meme de la bataille de Valmy, a parle en termes si prophetiques de la Revolution francaise, etait venu accompagner le due de Weimar et assistait a la sortie de la garnison. En tete de la colonne, commandee par Aubert-Dubayet et Kleber, marchaient les compagnies franches de Marigny, suivies des batailIons devolontaires, des troupes de ligne, des chasseurs

Page  257 GENEIRXL MEUSNIER 257 de Paris; des chasseurs de Kastel. Ceux-ci escortaient le corps de Meusnier et avaient a leur tete l'aide de camp Damas, qui montait le cheval du general et portait son epee. La cavalerie suivait l'infanterie. Soudain la musique fit entendre la Marseillaise: ((Avec quelque entrain qu'on l'execute, nous dit Gcethe, ce chant r6volutionnaire a quelque chose qui saisit l'ame d'une mysterieuse tristesse. Cette lois on le jouait tout douctement, conmie pour se conforlmer i ialllure lente des chevaux. L'etfet fut saisissant, terrible. Et quel grave spec.lacle lue celui de ces cavaliers longs et rmaigres, tous d'u certain a'ge, tous d'une mine qui ripondait ia ces accents; chacun d'eux ressemblait a don Quichotte; tous ensemble ct en mnasse inspitraient le plus profond Iespect., Des le premier jour, la France entiere s'associa aux honneurs qui etaientkrendus a Mleusnier par ses compagnons. Les debris de la garnison de Mayence passerent t T"ours, quelque temps aprls la capitulation, au mois d'aout 17!93, pour aller coml)attre en Vendee; es concitovens de lMeuisnier voul1ur1ent consacrer i sa mnemoire une pompe funeubre, qui cut lieu le 27 aofit et a laquelle assisterent tous les treres d'armes du jeune gen6ral. Les archives dti Conseil iunicipal de Tours pourront renseigner ceux qui d6sireraient connaitre 1'ordonnance des ceremonies r6pulblicaines, sur celleci,oA furent portes les bustes de Franklin, d(e Brutus, de Rousseau et de Le Pelletier. Ce fut Aubert- Dubatvet qui prononca '1Iloge de Meusnielr. Les cendres du,e6neral, recueillies par unde ses meiileurs amis, l'oflicier du Genie Vrerine. furent portees a Paris et pr.es'ettees, le 26 janvrier 7i!)9, la a sance d'ouverture de e Ecole Polytechinque, oui elles fureni i-Ouvertes dcl lauriers et de palmes triomphlales palr inm de ses calllrades, Gavvernon, sous-directeur de 17

Page  258 238 NsOT (xICE IllSTORlIQUE l'Ecole, qui invita I'assemnblee.t honorer dans Aeusnier ( le Le;nie le plus fecond en d6lcouvertes dans les Sciences ect dans les Arts, l'irmaination la plus finement org'anis(e, le courage le plus brillant et le patriotisme le plus ardent ). iUn penu plus tard, en l'an I, Ie Conseil general d'lndre-et-Loire vota I'rection d'un monument i Aleusi nier et exprima le fdesir que ses cendres v fussent renie'nrmeies. Son president fut charg6 d'aller it Paris el solliciter la remise. Elle lui fuit accordee, et acte en fut dresse le 1c 1' messidor an IX, signt6 par Mlonge, Gayvernon, Xavier Audouin, IHassenfratz. Voici Ie proces-verbal dle la c6rdrmonie ordonni(e par le Conseil eneIral: ( Le 1 veidli( ia ire i n11- X, les;ut-orit's civiles et nmiltlires de Tours se rendircent sur la; pllace le la Nation, oil;.vait.te' eleve6 un monument provisoire, destind 1 recevoiles cendlires (lu gln'I ral. 1, e ltrancard surl lequel etait pose l'urne contenant les cendres de Meusnier (l.ait portc,, h la ttte des alutorites constittl(es, p;tr liuit veterans. Les coins cIiu po('le 6taient souitenus pnr, Io citov-en Tlorel, le plus;incien soldat de P'Er)r, ro g.e ( 1 1): us, p1ar le gn7tirall l p1 'et le Poin mereul. le guntral divisionnaire Licbert, ~ comnma nldant aI )22 division Itilittire, et le g enueral MIotret, commandant les veterans. Le cortege al'riv. at pied de 1'arbre de la Liberte, le citoyen I)Delunayv. professeur I'Elcole Centrale, eleve sur une estrade, a proonone l'oraison funtare dre e ejeuue heros. Les applaudissemlents qui ont suivi le discours (lu citoyen Delaunay, les acclamations reiterees de ( Vive la Republique! o ont manifest6 combien il avait excite 'int6ret da peuple nombreux qui I'entourait. a Aprhes le discours, les gdneraux, le citoyen Thorel, le maire de la commune de Tours et le pr,'sident du Consei} gDne.ral ont place les cendres du ge6neral Meusnier dans le

Page  259 GENERAL MEUSNIER pi-destal de la colonne, oil elles ont 6et scellees, pour y rester jusqu'a la future 6rection du monument plus durable que le d6parteinent se propose de lui elever., Vers la fin du Consulat, au' moment de la conspiration de Georges, le 15 ventose an XII (6 mars 1804), le gouvernement donnait lordre de d6truire partout les arbres de la Liberte. En abattant celui (le la place de la Nation, on renversa malheureusement la colonne dans laquelle avaient ete deposees les cendres du general Meusnier. Ces cendres furent diposees t la Mairie, dans un coffret en plomb. illes devaient, h6las e y rester longtemps oubliees. En 1887, M. le Dr Fournier, maire de Tours, les retrouvait dans l'une des salles ou se trouvent d6posees les archives; et, sur sa proposition, le Conseil municipal de cette ville decidait, d'une voix unanime, de reparer un oubli regrettable et de donner suite t la deliberation prise en 'an X par le Conseil general, en elevant i. Meusnier un monument durable sur la place de la Victoire (aujourd'hui place de la 1Republique). Vous savez, Messieurs, que cette d6cision reparatrice a recu son ex6cution, le 29 juillet 1888. Vous vous souvenez que, dans son )beau discours, notre regrette confrere Janssen, d6elgu'(e pour reprcsenter I'Academie, sut exprimier nos sentiments. et rappela que notre Compiagnie n'avait jamais cesse d'allier le culte de la Patrie i( celui de la recherche scientifiqlue. Toutes les fois que le pays aura besoin de nous, il nous trouvera prets I sus1tcndre I'ttude des -vrittis abstraites pour les devoirs de salut public, qui sout lt nos yeux les plus illlprieux et les plus urgents. Les necessites de la vie moderne ont conduit la MAlnicipalit6 dc Tours t d(leplacer le lmonu-ment qu'eile

Page  260 260 NOTrIC' 11 lSlTORltilE' avait Ilev ( it sleisnier. Mais il a. nous l'esperor1 trouv- unIle place dLii nitive dans le joardin des Prieb0e des-d'!}i), o)ul il Cst entour' tle ver\iure et de gOrands arblres. II consiste en un lbu)stc e ie ra re blanc, repo. sant sur n 11I iedestal ltans lequel sont enferlmes les cendres de I'llbr'i -lue etiltral.. 1)uisse-t-il, dans l'avenir, inslpirr ( nos enIant s de iFrance de genereuses plenses- )U puisse-t-il susciter de di-'nes successeurs ai savant doe e'nic. ail solhlat Iloriex- dlont la Touraine ia le droit d'etre lie ire (I) Pour' l';lil'( (l')1Oil'. CS lell" Jo i'es ol iravauix de Mo usnlie Irtl; til's i I' 'rost ill j. ( \;i'iS ri'pr) uirl' ii ' IIl'Ivani l-p 0opos u(11 j'ai mis oen tel e d 'Jur tpiit li;atit )il;tls It to()l 1 I des emoij res de I'Alcadtlei. ( e { j'1iillet IS 18S. 111011 il "t'[ tt' t o lt'1 ',' 't e I e etral P[ rrier, loli il ii'a dt6,doti, p,}s tatl,1'~';l'i('c1 V'Mlo e, pvresentait a 1 ('Acad.i ci tcs N,ic'-i.ll s;\) t)rd'i x alll})nl, retl)roduction philotograplliique 1il'ui. Atls tiii.cotiiet seize plalnchies do dessins, r latils:n l1ro ijt p d' ii ncl1ine;alrostatique iCi ti6 par le general Alelsnicr et liit T';blea;ux. d(onntnt les ('oeflicients de 1esisInl ce (It Ivol' ss!sliib11.; 1 0i'os pto)lo lrc s it c'illril d(a s la c3nstruction dc celttc Iwaclinic. (t{ )e irtal' 1)0II1111;(1 151 1 Sll 1i 1 (It o lnin tI eimps lnH e Note de 51. le ca it[aihic (;tti jou 'l'ilii,onnlllll anillitl ) L(tltlnn, o) l'on to'ive Its Id't;ils,le' U it inItert sui' les trl1av la x e MAeusnier rlelait' s i' I';iirosialion 1 i sull It s cil'consttil'es itans lestlielles ils IOI]s o t ' 1 t o'()o Sel'"iS. s( it 1 1s a1 seinhc t i nous I spieroins il tit 1'Ioe oett t et u dans c ( Voliumeii c it l)ltii a i) a. rallie tons l)s leote ris i:t eette opillionl qu'il y itt.rail tndl intorot, na(jo)ird'ltui e(ore, it publier, comrnie le deniandaiti 1. le collnlln(tant LOetnne d(es 1886, lout c e lue Meusnier noIs a liissd sur 1'adrostation.,( En consl1quence, nous r6iunissons ici: (( *o Une lettre de,I. lMeeusier, officier au Corps Royal du (;elie, d.M. Faujas dt,lSaint -Folnd stl la force d'ascension tdu balloin parti (da Clhimp de -Mars, sur la marche qu'il a tenue apr'e aroi' perc Ila mie, slur la hauteur d. laquelle I'air int/lamlmable a pI rcafir contre son euteloppe, suicie. de:

Page  261 GENERAL IMEUSNIER 26II recherches sur les desgrs de pesanteur des di/forentes couches de l'atmosphere, etc. ( Cette lettre, datee dl 21 octobre 1783, est relative it l'expDrience faite au Champ de Mars, le 27 aout 1783, avec un ballon de taffetas enduit de gonmme elastique, plein d'air inflammable tird du fer. Elle est tir6ee de I'Ouvage d Faujas de Saint-Fond, public des 1783 et intitul: Description des experiences de la machine aerostatique de MM. de ltontgolfier. 2( 2 Un Calcul des di/ff;rentes eldlations aurvqunelles a ddi parvenir le f/lobe aerostatique de 26 pieds de diamdtroe. lance' d( Jardin des 'Tulileries le ier d'cermre 1 783, d'(apres la seele consideration des poidds quo cette mac/ine a portes. Cel article a parul le 29 udelmbre 1783 Ilans Ie Journall de Paris. (( 3o Le Jl,:moire sur l'e'qtilibre ldes machie es aerlostatiques, sur les diff'crenlts moylJens de les faire mon/er el descendre, el specialement sur celia d'exw'caIter ces manwtturtles sans jeter de lest et sans perdre d'air inflammable, eft etnaoleant (darns le ballon itne capacite particuli're destinee a renfermer (de I'air atmospherique; avec iune addiition contenant rune application (de cette theorioe a( ca((s particulier du ballon que MJI. Roblert colnstruisent i Saint-Clotld ef dans lequel ce mnoyeen doit etr e emplo(' pour la )remifere o)is. (C'est le travail fondantental lont il * tt(' lIestlton i( la page 230 de ce volune). (( 4o Le Pr&cis des tra'erau.. faits. i I'A cademie desScienceS de Paris p)our la perf'ection dle ma(/chies 0 a(rrostatiqatees, (lLi a ite lu it la seance publlilque lenuIe par l'Acaldnic iles Sciences, le 13 novicrbre 1784 (et dont il a tcl qulestion it la page 235 de ce volul-e). ( 5o Lc mn;ioire et deris dut pro jti' d'/tUtei macil/te acerostatique calculb;e pour paorte' t'rentfe homno//e el dtes v(' res pour' fi jours, et d'une machitne semblable calclte/d /)por /porter sRix hommlres. " Nous devons des copies cortrctes (des 11' 2, 3, -I et t5 i MM. les Chlefts dle service (te 1a Section techlnitllle' 111 (e;die, (lui ont mis a notie dlisposition avn c( bclteacol p,'obligcatice les precieux d(oclnmeints dlont laI g;arde I]( tt a tet contiee.: 60 Un Atlas (lqli est la relrlodluc( ioln pltIoogratpliilluc dl celoli dlont le gdniral Perrier avai it o'it Itolae en '1188 it la cad(1ie des Sciences. II est mrois Ibe ai et. moills rant(l qi1(le cellti de la Section ttchniillue du (i;nic. MIais il [ratliira, 11ou0s I'esp(tons, tris sutfisatit a nos lecteirs.

Page  262 262 N6II NOTICE. ISTORIQ U ((Ce x 1 I'entr l (e- x u ii d(;si ierlaic n avoil,(e s rI(nsei nelenlts authentillues sur l1s (conllitions, alns lesliltclli's noils 'ont parvenlus tols I'S tirav'alix t(e Melusnitr1 ito rrolIi'io t li e n 11 es inercssanl. arti cle le M. le coinlrnndarl l I lont',n inser en Inarsavr-il 1888 illdns;1 ]il R tlle *dti (,(;ni. 1). 4-2- jXS. (( Is poulrront (lonsilter c'allentl t dl Ihcll(es ('tilldes sur les travallx Ie Me Iusnier rolalii's. 1l' l( st ao ion,) publlic's par M. lI.ommanl11(lant Vover dans la 110(,l<1' Rect'e en 1!90(2. t. XXIII. 1). 421-430 et p1 '21-I32 (inmai el jin 1002), t 1. XXIV. p. 13 -156 (ao}ll 13902) >.

Page  263 ELOGE DES DONATEURS DE LEACADEMIE Lu dans la s(ance publique arlnuelle (lu 18 (dceltmbre 1911. Messieurs, (llaque anne, vous le savez, suivant un usage qui remlonte it la fondation de l'Institut, un des Secretaires perpetuels vous lit dans la seance Iublique l1 elog)e d'un de nos confreres disparus. La liste de ceux d'entre eux qui n'ont pas encore recu dans cette enceinte I'llorinmagre;uquel ils ont droit ne cesse pas, helas, de s'accroitre. Vous im'approuverez pourtant, je l'espetre, si je consacre, ih titre tout h fait exceptionnel, la s6ance de ce jour a rappeler le sou-venir de tous ceux et de toutes celles qui. en instituant des fondations aupres (de notre Acad(mnie, l'ont aid6e pa'r cela mniie it miieux remplir sa mission. En ce faisant, du reste, je m'eloiinerai moins qu'on ne pourrait le croire de notre tradition; car, parmi toutes les fondations dont j'aurai i vous parle, psier, pSi et ceci est tout a l'lhonneur de notre Compagnie, sont dues a ses inembres, it ceux qui ont pu le mieux la juger, puisqu'ils l'ont vue it l'euvre et ont et6 mines it sa vie de tous les jours.

Page  264 '2 ) 4R liLO;E I C'est precisnmtent un de nos confreres, J6ro6me dj [Lalande, qui a eu lhonneur ldinstituer, en 1802, ]1 premiere fondation dont l'Institut ait eu le benefice, Le 5 germinal an X (27 -mars 1802), il faisait i lInstitut, reuni en seance ge(n6rale, la proposition suivante: ( le demande ( 1'Institut la permission de placer an Alont-de-Piete 10.000 francs dont le revenu serve It donner chaque ann6e une medaille d'or, ou la valeur, i celni qui aura fait ]'observation la plus curieuse ol, le le6moire le plus utile pour le prog'rs de l'Astronomiie. en France ou ailleuris, les mnembres residants de 'lnstitut exceptes, sur le rapport des Commissaires que l'lnstitut aura choisis dans la section d'Astronomie ou dans les autres sections analogues. ~ A defaut d'observation ou de Memoire assez remarquable, la Compagnie aura le droit de decerner la me(daille, comme encouragement, it quelque le've qui aurait fait preuve de zele pour l'Astronomie., Cette donation, qui remonte t la premiere organisation de l'Institut, fut acceptee dans la s(ance g6nerale du 4 floreal de la mneme annee (25 avril 1802) et approuvee par un arrete des consuls de la Republique date du 13 floreal, de sorte que le prix Lalande put etre decerne des 'an XI. Le premier laureat fut Olbers. Cette attribution ouvrait dignement une liste qui contient les plus grands noms de 'Astronomie au xixe siecle. A cote de nos compatriotes Mathieu, Poisson, Gambart, Gambey, Faye, Chacornac, Janssen, Mouchez, Tisserand, Paul et Prosper Henry, etc.,, on

Page  265 DES DONXTEURS DE L'ACAD`EM3IE v voit figurer, conformement an desir de Lalande, fidelement respect6 par l'Academie, d'illustres etrangers: Gauss, Herschel, Plana, Galle, Schiaparelli, Huggins, etc. L'exemple que Lalande donnait ainsi a lFoccasion de son 7.0e anniversaire a eu, parmi nos confreres, de nombreux imitateurs. En 1852, le Dl' Francois Lallemand, membre de notre section de Maedecine et Chirurrie, nous l(,guait 50.000 francs pour la fondation d'un prix destin6e rkcompenser ou a encourager les travaux relatifs ant svsteme nerveux, dans la plus lar-ge acception des nmo ts. Le 16 janvier 1868, un autre membre de la Section de AMdecine, M. Serres, professeur au Alus6um, leguait de n mre ta l'Academie une somrne de 60.000 francs pour instituer un prix triennal sur l'embrvologie genrale appliqu(e, autant que possible, a I;t Physiolog'ie et a la lMdecine. En 1862, M. Montagne, menibre de la section de Botanique, instituait l'Academnie sa l6gataire univelrselle, a la charge daffecter le revenu (le sa succession a fonder un ou dext prix, devant 'tre decern6s chaque annce, sur le Ilapport de sa section de Botanique. ai des savants francais ou naturalises franc.ais. Claude Gay, qui appartint {(galement ( la. Section de Botanique et que quelques-uns d'entre nous ont connu dans leur jeunesse, fut un intrepide voyageur. 11 avait passe douze ans de sa vie au Chili, ou il r6sida de 1829 I 1811, parcourant chaque province, y etudiant l'histoire, les mceurs, en mnme temps que la faune, la flore et la g6ograpllie physique. Loes clhambres lgislatives de cc pays lui accorderent dles subventons considldrables pour publier son ilisloiie dt( Chil/ en 21 volumes. On (lit meme que, d(e son vivant, elles

Page  266 'LO(GE lui firent;,lever une statule h Santiato. Revenu dans notre pays, Claude Gay fut elu mernlbre (de '\cademie. le 19 Imai 185f;, en reinplacement de AMirbel. Dans son testament, date du 3 novemlbre 873, il s'exprimait en ces termes, qui le depeignent tel q-ue nous l'avons connul ( Ayant trouv6-, 'crivait-il. un bonlleur pur et parfait dans mes occupations scientiliques et n'ayant jamais connu ni lennui, ni loisivete, pour encourager les personnes qui auraient certaines aptitudes a ces sortes d'etudes, je laisse t l'Institut (Academie des Sciences) une rente annuelle de 2.500 francs pour un prix annuel de Geogi'aphie physique conrform-e ment au progtranme donne par la commission nomnee a cet effet., Le le f6vrier 1872, le marclhal Vaillant, qui faisait partie de notre Section des Acad;miciens libres, donnait 40.000 francs h l'Academie. (( Elle emploiera, disait-il, cette sonmme fonder un prix qui sera accordse par elle, soit annuellement, soit a de plus longs intervalles. Je n'indique aucun sujet pour le prix, avant toujours pens6 laisser une grande Societ' comme l'Academie des Sciences appreciatrice supreme de ce qu'il y a de mieux t faire avec les fonds mis a sa disposition. l'Acad6rnii[ fera (lone tel emploi qu'elle juera convenable de la somme que je lui laisse et que je la prie d'accepter. ) En imitant l]exemple donne par le marechal Vaillant, un autre academicien libre, M. le comte dtl Moneel, dont le nom sera retenu par les historiens du progres de ]'industrie 6eectrique, a. ett plus large encore. Par son testament en date du 19 fevrier 1880, il a legue6 l'Acad6mie une somme de 15.000 francs qui sera employ6e, sur les indications di ' Bureu, soit a

Page  267 DES DONATEURS DE LACAD'53IIE ne fondation de prix, soit a des encouragements, soit neme aux besoins de l'Academie. Un des laureats de la mnidaille Lalande, Janssen, qui fut dans notre pays le promoteur et le plus illustre representant des etudes d'Astronomie physique, a voulu imiter de tous points lexemple qui lui avait ite donne par notre premier donateur. De son vivant, le 26 novembre 1886, il faisait donation i 'Acade-mie d'une rente dce 180 francs et d'une somrme de 1.:/39 francs, pour lui permettre de decerner un prix biennal, consistant en uine medaille d'or et en tine mldaille d'argjent de meme module, en tout semblables entre elles et (le la valeur qui corres)pondra au revenu (de la fondation, i1 I'auteur francn(ais ot etranger (les membres de l'Institut excelpts) d'un travail ou d'une decouverte faisant faire un progres direct a l'Astronomie physique. Nous avons pterdu dernierement Mi. Janssen. Notre confrere O.-51. Lannelong'ue, que nous aurons, je lespere. le bonheur de conserver lonfgtemps, nous a fait, le 2() mars 1905, une onation entre vifs (de 1.200 francs de rente, qu'lune nouvelle liberalite a port;e, dans la suite, (i tne valeur anmuelle de 2.000 fr. Ce prix doit (tre (lonnX. sur la prool)sition de notre Commission administrative, i une out deux personnes au plus, dants l'infortune, appurtenant elles-nmemes. ou par leur mariaae, ou par leut ptre et mlere, ati mlonde scientifique et. de preference, au monde scientifique mdtical. C'est t une pense e du mneme genre, un pen diffe'ente cependant, qt'avait ob()li notre re2rette confr re Cahours, v-riticateur it l'lctel des Mon-naies. profesSeur ' lEcole Polytechnique, (tecede(- le 17 mars 1891. i tait de ceuix qlui, conmme outr et Ebelmen, ont 4dsire passionnllmen t nous appartenir. Nomlme~ miflell

Page  268 124 6 8 f',IO(,'E b re de naotre Section (le (;himie, ii nous a tenioigynS reconna~issa~nce ell le,(2uant (.. FA-cade'nlie uine sornmr, (ie. 1OO.OO( francs, dont les irUtrcts devront etre distribue's chaque ann~e, h titre d'encouragern ut, aide jeuines gens qui. se seront d~ja' fait connai'tre pat' quellques tiav~aux iint~ressants, plus partictili.erernent, par des reclch)-cIIC c/c Chiinei. 11 Parmif nos donateurs appartenant iA l-Acad~rnie, j convient de ne pas oublier le v\ice-arniral Paris, que nous avons perdu en 1.893 et qui ftit, de son vivant. muembre de notre Section de G~ographie et Navig~a, tion. Le brave anilral, dont Joseph Bertrand a 6crit l'610o-e. fut, en 18?1, et sans lavoir solticit6, noniyne Conservateur du Muse'e de MJarine an Louvre. Ne voulant pas, disait-il, ktre plus favorise' que n'importe. lequel de ses carnarades, i coscatlesplment (le solde qui'il recevait ainsi- i faire dessiner des aquarelies, it construire des ii-od.Aes de nav\ires, destine's $, conserver le souvenir des constructions navales que, les progre's modernes faisaient diisparalitre peu. 'a pen. Ce de'sinte'ressernent de lamiral a, beauicoup contribui~ a, maintenir an Louvre le Mluske de M11arine, qui est, paralt-il, le plus visit' de tous ceux qui sont re'unis, (tans 'ce Palais. Ceux menime qui auraient voula le transporter ailleurs cessaient toute dernarche, lorsquils 'taient an courant de l'atlection que portait i son Mluse'e le bhon arniral, et des sacrifices qu'il faisait pour lui. Aussi 1'Acade'niie, qui avait pour cet 6rninent serviteur de la Marine affection et respect, a-t-elle accept6 le don que lui faisait l'arniral de 00OO francs de rente pour continuer, sous le nom de

Page  269 DES DONATEURS DE L ACADEMIIE 269 Souvenirs de marine conserves, l'cFuvre it laquelle il avait voue sa verte vieillesse, et qui doit reunir des gravures fideles des batiments de toutes sortes et de toutes nations. Comme l'amiral Paris, Antoine d'Abbadie, l'illustre explorateur de FlEthiopie, nous a fait sa donation si importante en nous imposant d'autres obligations que celle de fonder des prix. Appartenant h une famlille basque originaire des environs le Saint-.lean-de-Luz M1. (d'Abbla(lie revenait chaque annie au pays de sa famille; grace i des efforts perse6vrants, il avait reussi a constituer lprbs ld'Hendave lne belle p ropriite. 1 avait su chloisir, au centre mnitle de son domlaine. tn eiiiplace ment inerveilleux (d'ou l'on a la plus belle vue a la fois sur la mer et sur la montallne; et il y fit clever, de 1868 (i 1870, un beau clh'teau dont les plans furent donn6s par Viollet-Le-Duc. It avait fait construire, attenant au chateau, un petit observatoire ot il continuait ses 6tudes sur la d('Iviation (le la verticale et oi se potlrsutivaient souls sa direction des observations astronoiniques re1('ulicres. Passionneinent attache it son pays d'oririne, Al. d1'Abbadie distrilbuait chaque ann6e des prix destines it miaintenir l'orig'inalit6 dlu petuple Iasque, it fiavoriser la conservation (le sa lanrttu et de ses exsercices na;tionaux. 11 a -voull assurer apri)es lui la continuation tde son,cuvre sociale corlll e (Ie son (iluvre scientifique, et il 'les a contiees toutes (deux l'.\clde(tiC des Sciences, -dont il (tait un des menlI)res les plus respectles. l'ose dire que l'Acttadtli n'a, )as fl'illi it lt tiche qui lui a 6te ainsi assi sint;e. Sous L1liabile d(irection (l le I. I'abbl \terschllafel, l'ob)lsevaltoi(-r dl':lbaia s'cst Ilace an pternier ralln, lpourl les observations mllri(iennes; depuis I )902, date (de l'entree ce l)OSsession (Ie 1'A.cademie, il n'a pas ptlliA monoins lIe dix Volulmes d'ob

Page  270 F LOGE servations, devenant ainsi lin des collaborateurs.le plus precieux pour l'extcu tion de cette euvre galliose de la Carte d1 (.iel (tqui sera un titre d'honner de la France au xaixu et an xxV siecles Pour sa tae; sociale conrne pour son Puvlre astionomique, iX. demrie a rempli fideleinent les obligations qui lu etaient ilmposees. ille recompense, chaque anne, des ceuvres eccrites et des improvisations en langue basque, elle donne des prix aux meilleurs jouenrs de pelote, ta ceux qui savent le mieux faire retentir les ir'intciia, ces cris de guerre quie les Basques ont recueillis de leurs ancltres. Quelques-uns d'entre nous ont pu connaitre encore A\ntoine d'Abbadie; nais presque tols, on peut Ie tire, conservent le souvenir de notre confrere Henti Blecquerel, decede il v a senlement trois ans, le 2() aouit 1908. N(' le 19 decenlbre 18;52, dans cette tranquille maiso n ldu us6um, ou son grand-pel.e Antoine-C;(sar Becquerel, ou son pare Edmond Becquerel, ont vu s'ecouler leur existence, tout entiere consacree t la recherche, Henri Becquerel etait a p)eine ii-6 de 3o ans lorsqu'il nous a ete enlevt. PIrofesseur au lusulni et I 'Ecole Polytechnique, membre de notre Academie depuis plus de vingt ans, investi depuis quelques mois it peine des fonctions de secretaire perpetuel. tout senllait sourire 'a sa jesnesse, tout semblait lui promettre un glorieux avenir. Ileureux de voir si eger it mies c6tess celui (lont j'avais guid6 les premiers pas dans la carriere des sciences, je prenais plaisir d'avance a l'initier au role et a la mission particuli;ere qu'ont a remplir les secretaires perpetuels. 11 avait toujours vecu dans le n-ilieu aca-. demique, il connaissait nos traditions, il etait jaloux plus que personne de la bonne reputation de notre Compagnie. Assure depuis longtemps que chez lui n n~J~j)L ~lllL

Page  271 DES DONATEURS DE L'ACADEIMIE lesprit de pond6ration et de finesse sauraient s'allier it une ardeur exceptionnelle pour la recherche, je m'appretais h seconder de mon mieux mon eleve de jadis, devenu mon confrere illustre et glorieux. Tous ces espoirs sont venus hblas se briser devant un cercueil Nul ne pouvait s'attendre, Henri Becquerel moins que personne. au coup fatal qui 'a brusquement frapp6. Mais lecquerel, animni pour notre Compagnie d'une alfection en quelque sorte hlireditaire, nous avait fait. des le premier jour, notre part dans son te sta I n e nt. ((,e It'l'ule, it-il, (i l''cad6emie (les Sciences, la sonulltm (e 100.(00() francs, en mlh oir do le m on grandpere et (11de on pire, membres conmie Inoi de cetle Acadl'mie; je lli laisse le soin de d("cider le meilleur usage qu'elle pourra faire des arr6rages de ce capital, soit poutr etabllir la fondation de prix, soit dans la nanirt e dont elle distribulera priodiquemnent les arr'rages d(nls le bIulltde favoriser le procre's des Sciences. ) Les reNvenus du legs I:Bcquerel seront attrilbues pour la premiere fois en 1912. 111 A c6tf'% des fondations qupe nous venons dt'nlunicrer, il convient de placer celles qui sont dues 1 l'initiative lirecte (le nos conftreres. Iorsque (Ciar-les Dupin devint, cn 183-!, nministre de la 5Marine, cc savant illustre, lembre tie deuix Acadeiies, qui appartenait ii notre Section de McaIcniq ue depuais 1818S, constitua, sur les (onds du linisterc (I de 1( a Marine, un prix de 6.000 francs destine ai recomnpenser tout pro

Page  272 -272.' LO GE ' res de tnature t acecroitre 1'efficacit6 de nos fores navales; et fdepuis, cctte belle fondation a toujou.s rVt( mnaintenue ar ss se uccesseurs. C'est sans hesita. tion que les concurrents, toujours nonmbreux, COI inuniquent i l'.\caldelmie leurs inventions les pilt secrtes; elle couronne les nleilleures, sans pouvoir, on le concoit, donuoer toujours les motifs de ses d6cisions. La cr6ation d(un prix analogue pour les Scienic:es miitaires auirait sans doute les plus heureux eflets. I\' ileme dans cotte re-ue rapide, il conviendrait mal il.'oublier le melnllro de la Section de Aecanique qui a fait quelqute bruit dans le monde en dehors de l'lnstitut, je veux parler de l'Empereur Napohlon qui, elu par lInstitut le 25 decelmbre 1797, quelques mois apries les preliminaires de loeoben, demeura membre de notre Acadenmi, de la premiere Classe comme on dlisait alors, jusqu'au 10 avril 1815. A cette date, Carnot, devenu ininistre de 1'Empire, invita notre Presilent a reserver it l 'mpcreur le titre de Protecteur doe lnstitut et la e fairee remillacer dans la Section de A16canique. Napol6on comptait de nombreux amis dans la preamire Classe: Mon e, Berthollet, F'ourier, Lagrange, les Imembres (le 1' nstitut d'Egypte, d'autres encore. 11 eut toujours le sentiment Ie plus vif de l'importance et de l'int6ret que presente la culture des Sciences. Le 17 prairial an XII, il ecrivait i Laplace, qui lui ayait envoye le quatrieme Volume de la Mecanique Celeste, Trout ce qui tend a accroitre le dornaine des sciences et h donner un nouvel eclat au siecle out nous vivons' im'est agreable sous tous les points de vue,. Partni

Page  273 DES DONATEURS DE L'ACADEMIEI 273 les discours qu'il adressa ia 1'Institut et qui sont conserv6s dans nos Archives, il en est un dont les termes m'ont toujours paru caracteristiques. Le 6 fevrier 1808, parvenu au comble de la grandeur et de la puissance, il recevait en Conseil dEtat la premiere Classe de l'Institut, qui venait lui rendre corpte de l'tat des Sciences et de leurs progres depuis 1789. Apres avoir entendu la lecture des Rapports de Delam:bre et de Cuvier, nos deux Secritaires perpetuels, il prononcait le discours suivant: ( Messieurs les Pr6sidents, Secr6taires et I)Dputes de la premiere Classe de FInstitut, j'ai voulut vous entendre sur les progres <le lesprit huInain dans ces derniers temps, atin que ce que vous auriez it me dire futt entendu de toutes les nations et fermnat la bouche aux d6tracteurs (le notre Siecle qui, cherchlant t faire retrograder lesprit humnain, paraissent avoir pour but de l'6teindre., J'ai voulu connaitre cc qui me restait it faire pour encourager vos travaux, potrl me cotnsoler de ne )pou'coi'r plust' conecolri, (' antttr'c)e)l ( leur.S'tcc(:.'. Le bien de mes peuples et la gloire deo mon trone sont eGalement interess6s i la prosp)rit6 des Sciences. (( Mon ministre de l'Intarieur me fera un rapport sur toutes vos demandes; vous pouvez compter constamment sur les etlets de ma protection. Parmi les marques de bienveillance q ue l'Empereur ne cessa de prodiguer it l lnstitut et it sa premiiere Classe, il en est qui rentrent dans notre sujet: cc sont la creation d'un prix sur le (;alvanismle qu il fit le 26 prairial an X, alors qu'i[ n'ctait encore que Premier Consul, et dont il confia le ju'ement it la pre-.

Page  274 ELOtE uieire Classe de l'lnstitut, et 'institution des pri, d/ceu.nlt./, qtli furent repartis entre les differentes Classes. (Ces deiniers prix furent cr4es pal deux decrets: 'un, daLt du 24 fructidor an Xll et signe a, Palais d'Aix-lal-Chapelle; FIautre, du 28 novembnlt 1807 et sitl;n au Palais des Tuileries. La jpremiere Classe de I'lnstitut seule put terminer son travail en temps utile. Les laureats des gtrands pris xle premirere classe furent La.grane, Laplace, Blerthollet, Cuvier, M5ontgolfier, Oberkampf et l'etablissemernt de a 3a nli (rlia cie Chivas, departement de la Dloire. Parmi les laurelats des grands prix de seconde Classe, on remarque La base (t(.y.slt:ue }ji//rile (/elim1al; ji, mie dlemande sous quelle forme celle-ci re(ut la rtconm pense qui lui lttait ainsi attribul'e. Ces concours, qui ont disparu aec l'Empire, ne sont pas les seuls que l'on doive it Napoleon. Le; mars 1807, Napoleon Charles, le premier des ills de Louis Bonaparte et d'Hortense de Beauharnais, le frere aine par consequent de Napoleon III, mourait etporte'' par' le croup. Douloureusement eim par cette tnort, l'Empereur instituait un p)rix de 12.000 francs pour le meilleur Ouvrage sur le traitement cde cette mnaladie; mais cette fois, le jury ne fut pas compose exclusivenent de membres de lflnstitut. J'en ai fini, sauf une exception que je reserve pour la fin de cc discours, avec l'enumieration des liberalites que l'Acadetnie doit h ses membres; mais a ces marques de confiance qu'elle a re(ues d'eux, elle est fiere, a juste titre, d'ajouter toutes celles qui lui ont ete donnees par des savants etrangers. Nous allons mnaintenant les faire connaitre.

Page  275 DES DONATEURS DE L'ACAD)EM1 IE 9Jf *I0 AI. Henry Wilde, membre de la Societe Royale de Londres, a fait don 'a 1'Academie, le 30 juin 1899, de la somme necessaire pour fonder un prix annuel de 4.000 francs, qui devra porter le noni de Prix Wilde. Conforrnement aux prescriptions du donateur, ce prix est decerne chaque ann6e, sans distinction de nationalite, a la personne dont la dCcouverte ou l'Ouvrage sur l'Astronotnie, la llhysique., la Chimie, la Min6ralogie, la Geologie ou la MAIcanique explcrimentale aura 6(t juge, par F'lAcadem(ie, le plus digne de recompense. ( La presente donation, ecrit IL. Wilde dans sa lettre t l'Acad(emie, est faite dans le but de stimuler de nouvelles investigations dans les sciences physico-chimiques, et dans un sentiment de reconnaissance du donateur envers la science francaise, tant pure qu'appliquee, pour le profit qu'il en a tire., Un autre ami de notre pays, Pierre de Tclhihatchef, qui fut un grand explorateur et dont tous les (}uvrages sont ecrits en lrancais, a leu it 1'Ac.ad6tleie, dont il 6tait correspondant, la sonnne de 11)0.()00 francs pour les intelrts de cette sormee.lre affectcs a offrir annuellement une recompense ou une assistance aux naturalistes de toute nationalit qulii se seront le plus distingUti s dans l'exploration du continent asiitique ou iles limitrophes, notamiment dles r6gions les mnoins Connues et en consequence (t l'exclusion des contre'es Suivantes: Indes Britanniques, Sil)(rie propremlent dite, Asie Alineure et Syrie, contrees d(jitl plus ol toins explorees. Les explklltiortls devroult a\voir -)pour objet unie lranclte qUtelconqute des Sciences rtatureles, physiques oui lmathltlelitiqies. Seront exc-lts les travaux avant rappor t atx atl tces sciences. telles qute trcholo.ie, histoire, ettlnogriapi)le, tpilologie, etc. tUn plivs-iien tii-lais, Da) id- dwarl d 1tle"[Ites nI

Page  276 2'7() fE1OiE en 1831, dct(di le 21 janviie 1' 00), est bien connu pa trois inventions 1 l tl: Iapl)lle iinp'riinant, le micro ph)one et la balance d'induction. I1 nous a 1egu; 4.000 livres sterling lour la fondaltion d'un pri annljel destin6e a r6colimpenser une dcc:uv erte originale dans les Sciences phy siques auxquelles ii avait consacri sa vie et dui tons ses succes. C'est encore un etrang'er,l I )' 1 ouis-Josephl Jecker qui nous a pertlis (le recom1llpenser cliaque ann>Se 1'Otvrag'e le plus utile (i la Calihiie or-anique. L1; valeur du prix Jecker, qui renlonte it 1835, est actuellenient de 10.000 francs. Un italien. E. ronme Ponlti. avnait l,;'ui toute stL fortune, 6valume i deux millions, conjointement aux trois Acad6mies des Sciences de Paris, de Vienne et de Londres (Socilte Rovale;. Ala suite d'une etude mlinutieuse faite par Il m chelr )lrtd(cesseur Joseph Bertrand, I'Acad(tmie refusa le le's. lMais lx. le chevalier Andr6 Ponti, d6sirant perpatuer ie souvenir de son frere, fit donation l''Academlie d'une sommne de 60.000 lires, dont les int6rIts devaient e tie employes par l'Academiie ( sclon (u'elle le jue'era le plus a propos pour encoura'ger les sciences et alider it leurs progres ).,LAcademie a d cide qu'elle donnerait le prix Jelolre-Ponti, tous les deux ans, sur le Rapport de sa Commission administrative, c l'auteur d'un travail scientifique dont la continuation ou le devveloppement seront jug's importants pour la Science. Le Dr Georges Parkin, inembre du College royal des Physiciens d'Edimbourg et du College royal des Chirurgiens de Londres, a I'Academie lasomme de 1.500 livres sterling, dont les arrerages devront etre attribues tous les, trois ans, comme recompense ou prix, au meilleur travail ecrit en franais, en- allenand ou en italien, sur les effets curatifs du carbone,

Page  277 DES DONATEURS DE L ACADEMIE sous ses diverses formes et plus particulierement sous la forme gazeuse, dans le cholera, les diff6rentes formes de fievre et autres maladies, et. en outre, sur les eldets de laction volcanique dans la production de maladies epidemiques et dans celle d'ouragans et de perturbations atmospheriques anormales. M. le commandant Joseph-Joachim de Gama Machado leguwit ealement une somnme de 20.000 fr., destin6e ia publier une seconde 6dition de sa T/h'orie des ressemblllatces et i fonder un prix pour r'compenser les rneilleurs Mlemoires sur la coloration de la robe des animaux, y c-ompris lhomme, et sur la semence dans le regne aninmal. A la suite d'une transaction, la fatnille s'etant chargee de la reimpression dce la Tlheorie des Ic.ss.'mhlalces, le legs fut reduit h 10.000 francs. Le prix est decerne aux meilleurs Memoires sur les parties colorees du svstpme tetgumentaire des animaux ou sur la matiere fkcondante des e'tres ani ms. VI Les Acad6miciens et les Etrangers ne sont pas les seuls qui aient songe it nous prendre pour dispensateurs de leurs libleralites. I1 est arrive plus d'une fois que des femumes, desireuses de perpetuer le souvenir de maris ou de parents egrettes, ont votulu fournir t l'cadm(ie les moyens d'encourager les ttudes auxquelles s' tait vou, pendant sa vie celui qu'elles avaient perdu. C'est ainsi que la nmarquise de Laplace. veuve de 'illustre atteur (e lha 3ltcan(li1te cieeste. a tait don, en 1836, d'une rente annutelle de 215 francs pour la fon

Page  278 278 FLOG E dation d'uln prix. qui consiste dans les ()OEvres ' co?,(. /lte P(!, plaf//)r.O convenablemnent reliees, et qui ^s donn(elt tonl Ies:ans, par les mains du President,t pr'emier 61eve sortant (de i'Ecole Polytechniqne. Vous avez vu, tout i l'heure, notre Pr6sident se conformer pour la soixante-quinzieme fois a cette coutume, que nous tiendrions beaucoup l conservel. alors meme qu'elle no nous serait pas prescrite; catj elle est en ]quelque sorte Ie symbolole des relations etroites qui nous rlattachen It ( 1'Ecole Polytechniqne. L'exemple de la nmarquise de Laplace a trouve des imitatrices. Mine la baronne Damioiseanl, veuv e dDarmoiseau, qui fit membre de notre Section d'Astronomie et da Bureau des Longitudes, nous fit don, par son testament, en 1863, de la somme de 20.000() francs, dont les arrerages devaient ctre afFect(:s t recompenser les recherches les plus utiles it l'Astronomie. Desireuse de seconder de la manilre la plus conmplete les intentions de la testatrice, l'Acadenie a plus d'une fois recompense des travaux relatifs aux satellites de Jupiter et it la th6orie de la Lune: elle se rappelait que ces deux questions, si diffrrentes et si iniportantes, ont fait l'objet des recherches perstverantes du baron Darnoiseau. Deux fondations de imm-ne nature, le prix Valz et le prix de Pont(coulant, r6setrves 6ealement aux astronomes, dans les minemles conditions que le prix Lalande, sont dues, la premiire a AMme Valz, la veuve de l'astronome distingue, qui a donne6 a la planete Nemausa le nom de sa ville natale, l'autre a Mlme de Barrere, fille du comte de Pontecoulant, laureat de ]'Institut et ancien eleve de 1'Ecole Polytechnique. Cette derniere fondation est d'autant plus meritoire, que de Pontecoulant se trouva toute sa vie en opposi

Page  279 DES DONATEURS DE L'ACADIEMIE tion avec Arago, notre illustre Secretaire perpetuel. De Pontecoulant est l'auteur d'un Ouvrage, 1' Exposilion analytiqite diu.systenne dit Mondle, qui a donn6 occasion, d'une maniere bien singuliere, ia 'un des plus beaux MAemoires de Jacobi. Le grand geometre allemand n'avait pas, paralt-il, tres bon caractre; il 6tait, au plus haut degre, doun de cet esprit critique qui est quelquefois l'oirigine de belles d6couvertes. Ayatit lu, dans l'Ouvrage de Pont6coulant, cette affirmnation que les seules figures d'equilibre possibles, pour une masse liquide anim6e d'un monvement de rotation, sent necessairement de r6volution autour de 'axe de rotation, il se proposa itnmmdiatement de rechercher si cet enonce, qui n'etait accompagne d'aucune preuve, etait exact; et il fut ainsi conduit t sa belle decouverte de la figure d'equilibre formee d'un ellipsoide a trois axes inegaux. Ce premier r'sultat, on le sait, a ouvert les voies a une theorie toi:te nouvelle des figures d'equilibre qui. dans ces derniers temps, a regu une ampleur et un developpement inattendus, i la suite des recherches geniiales de notre confrere Henri Poincare. VII Si j'arretais ici cette enumeration, on pourrait croire que l'Astronomlie seule a le don d'inspirer les datvouements feminins. II n'en est rien heurcusement. Dans les fondations faites i I1'Acadeiie, cornrle dans toutes les ucuvre s qui riclament un esprit ileva et un tcwur genereux, les feintmes ont su, vous allez le voir, Se placer au premier rang. Voici, par exemple, commnent s'exprimne Mle OlyImpe Letellier deo Savin-, qui consacra tout son ldevouement t consoler les der

Page  280 280 niers jo'irs de notre confrere, le naturaliste de Savig nv, devenu aveuLle. Voulant, lit-elle, avant toute autre disposition perp6tuer, autant qu'il est en mnon pouvoir de le faire, le souvenir d'un nmartyr de la Science et de I'honneur, je 1ege l'Institut de France (Academi. des Sciences, Section de Zoologie) 20.000 francs an nom de Mlarie-Jules-Cesar Le Lorgne de Savignx.j ancien membre de 'Institut d'Egypte et de l'Instiflt de France, pour qlle linteret de cette somme soit employe aaider les jeunes naturalistes voyagenrs. qni ne recevront pas de subvention du gouvernemlent et, s'occupant plus specialement des animaux sans vertebres de l'Egypte et (le la SNrie, voudraient publier leur Ouvrage et se trouveraient, en quelque sorte, les continuateurs des recherches faites par M. Jiles-CGisar Savigny et qui n'ont pu etre terminees a cause de l'affreuse maladie qui l'a precipite vivant dans la tombe., Les plus anciens miembres de 1'Acad(mie ont pu connaitre personnellement le general Poncelet, qui fut un inventeur de premier ordre, aussi bien en Mecanique qu'en Geomntrie. Le 13 avril 1868, Mine Poncelet ecrivait 'a l'Academie la lettre suivante: < Les sentiments de respect et d'affection, dont le general Poncelet etait anim6 pour 1'Academie, lui avaient inspire le d6sir d'etre toujours associe a ses travaux. Pendant sa vie, et ses confreres qu'il a tant aimes le savent bien, il n'avait pas cesse un seul instant d'etre occupe de la marche des sciences; vers sa dernitre heure, il formait le vocu d'etre encore asso

Page  281 DES DONATEUBKS DE L'ACADEMIE cie, apres sa mort, 'i leur developpement pendant un long avenir. Je remplis ses intentions, en mettant ta la disposition de l'Acad6mie une somme annuelle de 2.500 francs, destinee a recompenser lauteur, francais on etranger, du travail le plus important de, Mathematiques pures ou appliquees, publie dans le cours des dix annees qui auront prcedeI le jugement de l'Acadermie. ) Beaucoup d'entre nous se rappellent Mine Poncelet, qui realisait si'noblement la pensee de son mari. Les lanreats du prix Poncelet, et ils sont nombreux s l'Academie. avaient l'habitude de lui rendre visite. Elle s'interessait (i nos travaux et... at nos elections. Elle a dignement couronne son ceuvre, en nous donnant les moyens d'offrir aux laureats un exemplaire des Ouvrages de son mari. Ces laureats out, en g6neral, passe l'.tge ot il leuLi serait agreable de venir au Bureau recevoir de la main du President l'exemplaire qui leur est destine. Le temps n'est plus d'ailleurs ou, suivant l'article du ReIglement vote patr lnstitut reuni en seance pleniere, le President devait appeler ta haute voix, et successivement, chacun des laureats, leur remettre une medaille et un diplme, leur donner l'accolade, poser sur leur tete une couronne de laurier et les faire reconduire ih une place d'honneur par Fagent de 1'Institut. A ctc de Minme Poncelet, je citerai MAlme Ve Delesse et Mine Francouer. Delesse, qui est nort en 1881, Qtait sorti le premier de l'Ecole des Mines en 1839. Ses travaux sur la metamorphisme des roches et ses cartes agronomiques lui avaient valu en 1871 une Place dans notre Section de Alineralogie. Voulant Perpetuer le souvenir de son mari, Mne Delesse nous

Page  282 o82 I L 0 LG E a donne 20.000) francs, pour r6ecomipenser les travaux a;ffirents i la Section dlont atisait partie notre regrett( confrere, qui fut anssi le maitre de plusieurs d'entre nou s. lmine Franc(rur, en l'lonneurt de son peler, professetr de Geonmetrie i 'lEcole des Beauxl-A\rts, a fondt un prix annuel de 1.000 francs, destine; recompenser les travaux utiles au prog'res des Mathtmatiques pures ou appliqutes. Le lalluat doit etre choisi de I)riference parmi de jeunes savants, dcont la situation n'est pas encore assuiree, on parmi des g'oometres. dont la vie, consacree t la Science, n'aurait pas suffisamment assure le repos et l'aisance de leur existence. Ln 1893. i'\cadtiiie a re'ln une fondation inspiree par une pens6e touclhante. Mine V" Islbecque. dfplorant son manque d'instruction. nous a laisse 10.000 francs pour la fondation d'un prix destine a r(compenser un jeune ecolier panvre, de 12 a 16 ans, studieux, soumis a ses maitres. respectueux envers ses superieurs, elev tdans des principes inoraux. VIII lParmi les noms dont s'honore notre Comnpagnie, sil en est de plus g rands et de plus illustres, aucun n'est plus put, ni plus honorable, que celui (le JeanDominique Larrey, le chirurgien de la grande armee, celui que nos soldats appelaient la Providence et de qui Napoleon a dit, i Sainte-Helene, qu'il n'avait jamais connu d'homme plus vertueux. Larrey, qui succeda en 1829 a Pelletan dans notre Section de Mledecine et Chirurgie, avait laisse un fils, FelixHippolyte, qui fut, en 1859, medecin en chef de nos

Page  283 DES DONATEURS DE L'ACADbMIE 283 armees d'Italie et devint k son tour membre de notre Compagnie dans la Section des Academiciens libres. Il avait herite de toutes les vertus de son pere. Apres nos desastres de 1870. il recueillit et adopta, en quelque sorte, une heroine de la guerre, Mile Juliette Dodu qui, a peine aglee de 20 ans, avait eu le courage de servir son pays an peril de sa vie. Directrice du Bureau de telegraph e e Pithiiers, elle reussit h intercepter pendant la nuit les deLpeches du prince Frederic-Charles et ( les transmettre au commandant de l'armt e de la Loire, le general (l'Aurelle de Paladines, qu'elle sauva ainsi d'une perte presque certaine; car il courait le risque d'etre enveloppe par larmnee allemande, venue de Metz. Condamnee a mort pour cet acte de dehvouement a la patrie par le Conseil de guerre de l'armne ennemie, elle flt graciee, et memTuo fVlicitee pour son courage, par le prince FredericCharles. Devoenue legataire universelle de notre confri're, AMle Juliette Dodu a voulu perpetuer la me moire du pere et du fils, et nous a donne les moyens de 4crerer un prix Larrey de 8(iO francs, destine a ' r6compenser un mncdecin ou un chirurgien des armues de terre ou de mer, pour le meilleur Ouvraoge pr'sente;i l'Acadtmie au cours de l'annoe et traitant un sujet le medecine, de chlirurgie ou (1hy giine militaires. lni contemplant, dans la cour du Val-de-Gr(ce, la hlelle statue, due t David (l Angers, de Dominique l.arrey, les 6e1ves de notre premiere Ecole lde Sant6 liilitaire pourront penser, grIce h Mille Dodu, queles descendants d(i lrand chirurgien no les ont pas oullies. IX A coti d ttaut de noms quo e viens (e rappeler, (oiumbien d'autres str lesquels j'aurais plaisir t insis

Page  284 ELOAIE' ter! Le temp)s me presse et je dois me l)b(orner a rappeler les donations De Mine Ctiamiir qui, pour pierpcetuer la mieoirf de son nmari dct'd(c'd inspecteur g-enerall des Ponts et Chaussdes, a fondle un prix hiennal de 6.000 francs destin6 i( un in-genieur francais avant realis6 un p'ogr/s dans Fart de construire De Mlle Juliette de Reinaclh qui, desirant perp6tuer la mmrnoire de parents c/iris, a fonde en 1910, sols le non (de sa mere. nIie Fanny Emden, un prix biennal de 3.000 francs, pour rr'compenser les ineilleures recherches relatives it i'hypnose, a la sugestion, et. en ene6ral, aux actions physiologiques qui pourraient etre exercees a distance sur l'organismle animal; De AMie Fano qui. en souvenir de son mari, oculiste des plus distingu6s, a donn6 une somnme de 70.000 francs (dont 1'Acadnemie nc possede que la nuepropriete). destin6e h fonder un prix pour les travaux d'ophtalmologie; De Mfme Jules Mahoyer, qui nons a legue 629 francs le rente pour la fondation d'un prix, sans autres conditions; De Mine Gustave 1-oux. qui, dtesireuse d'attacher a une bonne action le souvenir de son mari, nous a associes a sa genetreuse pensee et a cree un prix annuel de 1,000 francs destine it aider un jeune savant francais ou etranger; De Mile Foehr qui, apres avoir consacre toute sa vie au D1! Bellion, a voulu, sur ses indications, fonder le prix Bellion pour encourager et recompenser les decouvertes profitables a la sante de l'homme et h Famelioration de l'espece humaine; D'une alsacienne, lMme Kastner, n6e Leonie Boursault, decedee a Kehl, qui a legue 5'.000 francs pour un prix a d6cerner successivement par I'Academie

Page  285 DES DONATEURS DE L 'ACADEMIE 285 franQaise, l'Academie des Beaux-Arts et l'Acad6mie des Sciences; De Mme veuve Guerineau, nee Delalande, qui, sans doute en immoire de son pere, explorateur du plus haut merite, nous a legue 10.000 francs pour an prix biennal a d6cerner au voyageur ou au savant lranqais qui, Flun ou lautre, auront rendu le plus de services c la France -ou ( la Science; D'une americaine, line Josephline Hall Bishop qui, pour rappeler 6egalelent le souvenir de son pere, notre regrette correspondant Jarmes Iatll, a vo ulu fonder un prix quinquennal de ('iologie. Cette longue ieInum i6rtion inontre biei qe l' tAcadeiie a su m6riter la confiance et la smp)atllie des 'eemmes. Je la completerai en parlant du iprix Pierre 4;uzman qui se p isente dans des conditions speciales. Mme veuve (;uznman a le6ue ra l'Academie des Sciences 100.000 francs pour la fondation d'un prix qui portera, en souvenir de son fils, le nomi de Prix Pierre Gtuzmanll et sera d6cerne a celui qui aura trouve le loioven de coillmuniquer avec un astre. ( Je v-eux dire, ajoute la testatrice, qui a l'esprit pr6cis, faire un signe a cet astre et recevoir reponse a ce signe; j'exclus la planLte Mlars, qui parait sufisammnent connue,>. Pr6voyant que le prix ne serait pas decern die sitot, lia fondatrice a voulu que, jusqu'a ce que le prix fut gagne, les int6erets cumules pendant 5 annees fussent employvs it former un prix, portant aussi le nom de son Ills, qli sera d6cernee it un savant, francais ou etran'ger, auqt!el on devra un progr;es important en Astronomic. Messieurs, c'est cette disposition additionnelle qui a dteteriine I' assentiment imril6diat de 1' Acadlermie, assurte ainsi tie [,opuvoir eiployer des le debut, et

Page  286 28 6 ELOGE. d'une maniere utile, les revenus du legs. Mais, alors mrnmle que cette disposition, qui nous convre an reaard des profanes, n'aurait pas exist, je -e demande, sans vouloir d'ailleurs enga-er mies confr - res, pourquoi la donation aurait et6 refuslee. Quelles mnerveilles la science n'a-t-elle pas realis6es an Courts du siecle qui vient de finir: le t1lephone, le phonograplle, la t6leg1raphie ordinaire, la tele6raphie sans iil, les ravons X, le radium, la conquete de lair, etc. Quelqu'iu qui les eut pr6dites, il y a seulemnent un siecle, en 1t11, aurait passe pour un insense. Gardons-nous done de condanmne a lpio'ri des reves commrne celui de communiquer avec les astres. LaPhvsique et la Chimie, dejouant les predictions d'Auguste omite, ont commenc6 a iaous 6clairer sur la nature et la composition des corps celestes. Qui peut dire oh elles s'arreiteront? X Revenons a nos fondations. Celles que nous avons encore a signaler sent assez nomlbreuses pour qu'il soit utile d'y 6tablir un ordre, une classification, comme en Ilistoire naturelle. C'est ce que nous allons essayer de faire. Plus d'une fois, les Comitis chargCes (de rendre hommage it quelque savant illustre ont attribue i I'Academie, en vue d'une fondation, les reliquats des souscriptions qu'ils avaient recueillies. C'est ainsi que 1'Academie a pu fonder en 1839 le prix Cuvier, destin6 a r6compenser l'Ouvrage le plus remarquable sur l'tude des ossements fossiles, l'anatomie comparee ou la zoologie. C'est ainsi qu'elle decerne, dans les cas exceptionnels, les rnldailles Arago et Lavoisier; qu'elle attri

Page  287 DES DONATEURS 1)E L ACADEMIE 287 hue chaque annee, aux laur6ats de prK de Chimie, des medailles Berthelot, auxquelles vient s'ajouter tous les deux ans un prix de 500 francs, provenant du don, fait par Berthelot, d'une somme de 4.500 fr. XI Parnmi les autres fondations, quelques-unes enmanent de correspondants de I'Acatd6mie, par exemple, celle qui est due au lieutenant-colonel Boileau, professeur cte lMcanique t l'Ecole de AMetz, auteur d'un 'ra' itf e /(a niattre des eaux ccmrauiwe,t et celle qui est due i1 Gustave-Adolphe Hiirn, un des cr6ateurs de la Thermodynamiq ue. D'autres nous viennent de personnes qui ont consacrt leur vie t l'etude des sciences ou (: leurs applications. C'est ainsi que le baron Biot de lMorogues, pair de France en 1835:, g-olo-ue, min6ralogiste et agriculteur, nous a donne les movens de recompenser par un prix decennal l'Ouvrage qui aura fait faire le plus grand progre/s i' l'agriculture; Que M. Jean-RoI)ert Br6ant, ancien Directeur des Essais des Alonnaies en France, nous a laisse, par son testament ecrit au K onoment de la terrible 6eidnmie de 1819. un prix de 100.000 francs destinie it celui qui aura trouvt le niovyen tie guerir le cholera asiatique, ou qui auira trouv( les causes de ce terrible tlta-u ( Qu(e A1. Joseph-Athlanase Biabier, ancien chirurigien en chef de I'tlopitall militaire u \Val-dte-(;rice crtI, b)aron en 1 (2i. en r ecolnpense ties 1progres qu'il avait r''alis(ts dans la chiirurie militair e et du dcvouement admirable avec lequel i t avait soigne les blesses de la campatnc te t France, amis et ennemlis, a fond(c

Page  288 '288 1,(LO6E uin prix annuel lestine it celti jqui fera une decouverte PlICieuse pon'1 la science cllilrurlicale, mn6dicale1 pharmaceutique et dans ia IBotanique relative l'art de guerir Que AM. Louis Berthl, pharmacien, nous a leA,; t)2; francs de rente pour laciliter les (debuts d'un homme de valel r; lQue Al. Aluguste-HIenri Cornut t(e I.af'ontaine d, Coincv a letu3 10.00() trancs i lAcademlie. it la char,^ par elle de fonder un prix annuel pour recompeniser tin (Ouvrage (le d Phanero'amie, ecrit en latin on eni fran(,ais; tQue par contre Al. It.-,I. I)Dsmaziresm, un des bienfaiteurs dee.la ville dle Lille el du -Aluseum, a fonde til prix (de 1.6)0}-francs destin6e anu millelur travail sur tout O)L partie de la Cryptoggamie; (tue 1A. Danton, ingenieri civil, a l 6eue la sonmme de 10.000 francs pour recompenser les travaux relatifs aux phenomenes radiants; Que A1. Benoit Fournevron egaleinent ingenieur civil, a donn6 500 francs de rente pour etre enmployes. tous les deux ans, it un prix de nmecanique appliquee; Que MA. Fontannes, paleontologiste, bien connupat tin Ouvramge de premier ordre, la description geologique du lBassin du 1hoine, laur6at de notre grand prix dies Sciences physiques, a trnoigne sa reconnaissance i l'Acad6mie en lui e1guant la sonmme de 20.000 fr. destin6e a fonder un prix triennal de Paleontologie; Que M. J.-Henri Giffard, ingenieur et a6ronaute franCais, inventeur de l'injecteur automoteur, nous a laisse une somme de 50.000 francs dont les arrerages sont employes 'a distribuer des secours Que M. le D' Godard, plusieurs fois laureat de l'Acad6mie, lui a legue, dans son testament fait a Jerusalem, une rente de 1.000 francs pour un prix

Page  289 DES DONATEURS DE L'ACADEMIEI 289 annuel destine a recompenser le meilleur travail sur l'anatomie, la physiologie et la pathologie des organes genito-urinaires; Que la Societe anonyme des acieries de Longwy et la Societ6 anonyme metallurgique de Gorcy se sont unies pour fonder un prix biennal de 1.00)O francs auquel a et6 donne le nor de Prix Jo.sepl-Labbe, en souvenir du fondateur de ces deux 6tablissements, et qui est dlestine' ( rCcompenser les trt'ara a.x (/ oolbfiques ofn des recherches avant efficacernent contril)bu6 mettie en valeur les richesses minieres (le la France, de scs colonies et de ses protectorats; ()ue le D"' Alartin D)amourette a legtle 20.000 francs po'ur fonder un prix biennal de Physiologie therapeutique Que le D1 MAege a legue 10.000 francs pour favoriser des recherches relatives a l'histoire de la MAdecine; Que M[. le -1)' I)ourat a laiss6 la somnlle necessaire pour cr6er un prix annuel de 1.00( francs lestine i r;6ompenser les recherches de Physiologie; Que M. Philipeaux, un des amis et des collaborateurs de Vulpian, plusieurs fois couronne par l'Academie, lui trnoignait sa reconnaissance en fondant, lui aussi, un prix annuel (le Physiologie experimentale d'une valeur (le 89() francs (ue (Gaston 'lant6, bien connu par de renmarquables travaux sur 1'electricite et par l'invention des accuniulateurs, a l6cgue la somme n6cessaire pour fonder un prix biennal de 3.000 francs, destinde i recompenser l'auteur francais d'un travail ilmportant dans le.domaine de l'electrici te Que les lheritiers de Victor laulin, professeur 'a la Faculte des Sciences (le Bordeaux, ont fait don it 1'Academie de t 5i00 francs de rente dans le but de faci1t9

Page  290 29O( EILO E liter la publication'de travaux relatifs it lta Ge(ologiie, i la Mineralogie, a la Physique du g(lo)be Que le DI' Saintour a le6rgue i l'Acade(lliie des Sciences, conmmle aux autres Acadtrmies, la sommre necessaire pour fonder un prix annuel dont la valei r actuelle est de 3.000 francs; ()ue It. Thore, proprittaire a Dax a lond, en I'honneur de son peIre, medecin et botaniste, un prix de 20( francs a decerner alternativemrent di dtes travaux sur les Cryptoganes, et:a des recherches sur les mncurs ou l'anatomie d'un insecte; Que 1. FIlix Ilivot, ancien chef (le ureau au Ministere de la Guerre, imitant l'exemple de la marquise de Laplace, a lergue a. lFAcademie, pour honorer la mnemoire de son frire L.-E. tlivot, professeur i l'Ecole des Mines, auteur du Tr'aite de I)ocimarsie et sorti le premier en 18412 de l'Ecole Polytechnique, une rente de 2.500 francs a. partager chaque annee entre les quatre 6leves de cette Ecole sortis avec les n"* 1 et 2 dans le corps des Mines et dans celui des Ponts et (haussees. Je ne saurais oublier ici le legs d'une rente ide 2.500 francs fait par.1. Franck-Blernard-Sim on Chaussier, pour fonder un prix de AIdecine de 10.000 fr. a dvceerner tous les quatre ans. C'etait un des fils de notre confrere Francois Cliaussier, qui fut, sous le premier Empire, n-rdecin de 1'Ecole Polytechnique, et au sujet duquel Josepll Bertrand raconte une amusante anecdote: Michel Chasles, ce grand g6ometre et ce galant homme que nous avons connu, aimait a recevoir ses confreres ai sa table, ou il leur offrait les vins les plus delicats et les plus fins; et cependant il n'a jamais bu que de l'eau. Son pere, le conduisant a 1'Ecole Polytechnique, oi il avait ete reou en 1814, voulut assister a l

Page  291 DES DONITEURS DE L'X 1~ME 29 291, visite mdedicale et pria le DI Chauissier d'engager son fils -h boire dui yin. -Pourquoi, re'pondit le ce'le'bre docteur? Votre fils ne boit pas de yvin; un cheval non plus, et il ne s'en Porte pas plus mal. XII Parmi totites ces fondations, ii faut distingTuer partictulierernent celle dui DI Loutis La Caze, celui-lhi meime qui a fait a notre AMuse'e dii Louv-re tin dont royal. II a leguue' ~il lAcad(iemie des Sciences les somnmes ne~cessaires 1)011 pernmettre la fondation de, trois prix biennaux. de -10.000 francs InFn pour la 1Physique, F'autre pour la Chimie, le troisie're pour la P hvsiolog-ic (( e provoque, dit il dans son testament, par la fondation assez imuportante de ces trois Prix, en Europe et peut-&tre ailleurs, uine series continue, de recherches suir les Sciences natu relies, quii sont la base la nioins C~quivoque dui savoir lhumain; et en mehnme temps je pense que lc jug'ement et la distribution de ces~ trois prix par l'Acad~nmie ties S ciences sera tin titro de, plus au respect et 'a lestinuie dont clle jouit dans, le monde entier. Si ces pritx ie, sont pas o1)tenus par des Francais, du momns ils seront distribu~s par des Franoais et par le premiier corps savant (le France. Les dons que flote -venous &('lnunmerer nouts out et&. faits par des Ihorunies qui, h ties (ler-e's divers, a-vaient pris part l~ a recherche scientifique. D'autres, non moins nomblreux, sont dus (h ceuIx quli ne s'inhte'rSSaient gue're a nos e'tudes quo pour ent

Page  292 1:LO, I0 avoir reconnu la valeur. en avoir appr6cie les resultats. )Des 1817, c'est Ii. A\lhuinibert, inilistre du culte catholique, qui legue 300 francs de rente str 1'Etat pour encourager le p1ro'gr s des Sciences et des Arts. Le leg(s avait etc fait a l'Acadtnemie des Sciences et Arts de Paris. 11 a et6 interprete' en ce sens qu'il devait etre partaglce entre les deux Acadtemies des Sciences et des Beaux-Arts. In 183:5, M1. Charles-La.urent l:ordin, ancien notaire, lei'ue i l'Institut l15.00 francs de rente qui doivent 6tre repartis egalement entre les cinq Academies. Les revenus devront etre distribues en prix. Les sujets mis au concours auront toujours pour but I'interAt public, le bien de 1'humanit('. le progres de la Science et 'hlonneur national. M. Bordin fut aussi bienfaiteur de la Chanlbre des Notaires et fondateur d'une chaire de Notariat. En 1859, M1. Jean-Baptiste Plumey, prprrictaire, lIg ue l'Acad6mie 25 actions de la Banque de France, pour les revenus ettre attribues au perfectionnemnent des machines at vapeur, ou ir toute autre invention qui, au ju-gement de 1'Academie, aura le plus contribu6 aux progtis de la navigation t vapeur. En 1867, NM. F.-J. de la Fons Melicocq, proprietaire a Raismes, laisse 300 francs de rente pour la fondation d'un prix triennal, destine au meilleur Ouvrage de Botanique sur le Nord de la France. En 1869, M. Jean-Louis Gegner, employe au Ministere des Finances, legue une rente de 4.000 francs, destinee a soutenir un savant pauvre qui se sera signale par des travaux serieux et qui, des lors, pourra continuer plus fructueusement ses recherches en faveur du progres des sciences positives. En 1874, M. Abraham-Richard Dugaste fonde un

Page  293 DES DON ATEURLS DE L N.%.CIXDE III E prix quinquennal dle -21.500 francs destine'_ I auteur da mneilleur Ouvra e sur les signes, diag-nostics de la mort et sur le moyen de pre'venir les inhumations precipit~es. En 18'75, M. Petit d'Ormoy, propri'Itaire a'11arolles en flurepoix, institue I'Acade'mie sa legataire universelle; et les reven-us provenant de cette suiccession permettent 'a l'Acad~mie de cre'er deux prix biennaux dle '10.000 francs, destin~s respectivenment hi re'cornpenser les travaux de Mlath~niatiqies, pures et d'llistoire naturelle, trop n~glig&', pai- les don~ateurs. Eti 1895, AL J1ean-Charles-Franc~ois IFresg~ot, receveur de rentes, institue I'Acade'mie des Sciences sa le'gataire universelle, saris Itii imposer aucuine condition. En 1891, Ml. Charles-Franqois-Ernile 11I.bert l1'gue: a~ l'Acade'mie des Sciences une rente de 1.000 francs, pour r~compenser Fauteur du meilleur Traite' on de la plus utile de'cou'verte relative ah la vuI-,arisation et a* Femploi pratiquie de l'dectricit~l En 1896, Ml. Louis-IFranco is Iliioux, proprie~taire a Milly (Seine-et-Oise), tin philanthrope qui1 IMPOSe a la vente de ses proprni4"6s des conditLions tre's (louces et tr~s avantageuse s... pour- los acquereurs, nous ins-' titue ses lhigataires universels. sous la corIdition de fonder avec Iles revenus un oui plusieurs priK. L'Acade'nie protite de la latitude qui lii ktait Iaiss('e pour, encoureager (t la foi s les explorateuirs et les historiens fl~aScience. Le prix lhnoux consacrt[ ih I'llistoire des Sciences est un do ceuix qui r~tunissent le pins de concurrents, et ion doit s'en 1'eliciter. tine nation quit Venut -vivre so doit at ello-me"me de faire valoir les titres q InIelle a acquis, et tes r~sultats qut'eIle a, obtenuis, dans otoutes les, recherches qui ont en vue. le, progre's) de0 la civilisation.

Page  294 299 EI,(}GE En 1899, it. Paul-lF'rdric lI['Ily d'O issel 1a ]eg, u a l-cader ie tdes Sciences une sommne de 35:.)00 francs soUs les conditions suivantes: (( le revenu sera divise en deux parts leales: l'une s(era i la dlisposition (le l'Acad(lmie et employee dans le )1it le f avoriser le p)roL'ls (1es sSciences, mais sans pouvoir proIiter $t un mnemlbre. )e l-\cadetlie i l'autre rloiti' sera capitalise et place'e a nouvetu. e tl ( llmanriere it aulmteneter constant erint le revet-i (te cctte fon(lalion. (lui devra, tous les ans. ctre |)a'ttl 'C' en dleix portions e'cales, dont lrune serta clapitalise( e no(veat. En 19( 02, I1. Pierson Pelrin, proplriitaire ia Mirecourt (Yos'es, a ait 1a'a lIu I' A\cad~nlie flrancaise un e sommi:i e de 10(0.(000 ftrancs pour le revenu d(e cette sommne otre distribul, tous les (deux ans an FranDcais qui aura fait la plus 1elle d6couverte )physiqiue, telle, par exempl)e, qtle la direction des hallons. Par decr et du 25 juillet 1902, 1'Academnie franaise a ete autorisee i rel'user ce legs: par le meame decret, 1' Acadenlie des Sciences a 6et antoris(e ia l'accepter. En 19)03, 1. Pierre-Cliarles 'Theuriot. c6libataire rentier, a 1e'ue it 'Acadnmie des Sciences iune somme de )50.000 francs (ont le revenu capitalis6 sera atttriI)e, au bout d'lune periode ctqii ne pourral jamais etre nioindre de 2; ans. it celui des constructeurs d'instruments de prIcision qui atura rendu (i la Science et aux savants les lplts -(rands services par l'in(teniosite de ses inventions. pa1r la rigoureuse perfection de tous les instruments sortant de ses ateliers, etc. En 1855, M. le baron de Treimont, ancien prefet, qui a 6t6 bienfaiteur 6galement des Eacultes, a legue a 1'Academie 1.000 francs de rente pour aider dans ses travaux tout savant, ingonieur, artiste ou mecanicien, auquel une assistance sera necessaire pour. atteindre tn but utile et glorieux pour la Franace,

Page  295 DES DONATEURS DE L ACADElMIE Tloute'latitude est laissee a l'Academie pour la duree de cette aide. En 1906, MI. Ir6ne Longcharnpt, rentier t Pontarlier (Doubs), a laisse 'i l'Academie 4.000 francs de rente pour la fondation d'un prix annuel visant t la fois les maladies de l'homme, des animaux et des plantes, au point de vue special de lintroduction des substances ininrales en exces colrine cause de ces maladies..Enfin, en 1908, MI. Arguit (Iouis-Pierre-Jules; a V1,gue, conjointement (t l'kFcad6tmie des Sciences et it I'Acad6emie de AMidecine, tine somme de.4(0.000 francs, que les deux Comnpalgnies se sont partag.ees par parties eg'ales, dans le but de creer un prix destinie i( trcompenser le savant (( qui aura fait une d6couverte ( guerissant une maladie ne pouvant jusqu'alors etre < traitee que par la chirurgie et ag'randissant ainsi le -( d1o1Mline de la inedecine,,. XIV\' Parmi totutes ces fondations, nous devons une miention sp6ciale it celle (de MI. \ictor-Elulgene Leconte. rentier, qui, en instituant, par ses testaments, dont le dernier relnonte it 1887, lFAcadetmie sa le.;ataire Ioniverselle, lti a pertuis de fonder un prix triennal, ne pouvaNlt etre ( divis; et destine i recompenser. soit les tauteurs edo d(cou vertes nouvelles et capitales en Alathi.6 ttiq( es. Pll\sil(iue, (liiunie. lIistoire nat.trelle, Sciences I(dicales, soit les autteurs d(applications nouv-elles (Ie cs Sciences, applications qii devront donler des r(sultats d(e beatucoupl sulprie urs a eux obt1)tnus jus que-ll. ialgrc; les ci'iations recentes des prix Nobel. dt p)rix Osiriis. le )prix Iecronte,

Page  296 296 1K1LOGE dont la valeur est (le 30.000 francs et dent l'Acadlmnletient essentiellement i maintenir le niiveau, est umll des plus belles recompenses que les savants puissent ambitionner. xv X.;V Me voici bient6t au bout de la tA;che quej'ai entreprise et. cependant, j'ai laisse de c6ot les deux prix que nous devons a la liberaliti de 'Etat, ceux quc l Academie d6cerne a tour de r6le, cornme les pljix Jean Reynaud et Estrade Delcros, ceux enfin, tels que le prix Osiris, au jugement desquels nous participons avec nos confreres des autres Acadlemies. J1 ne vous ai rien dit surtout de celui qui, il y a plus d'un siecle, a donne6 le premier l'exe-mpleet demeure aujourd'hui encore notre principal donateur. Je veux parler du baron Auget de Montyon, qui fut aussi le bienfaiteur le l'Academie francaise et de '\Assistance publique de Paris. Le 19 mars 1906, quand les travaux furent faits i l'eglise Saint-Julien-le-Panure, votre secre(taire perp'tuel fut appel6, avec Gaston Boissier, ia constater dans la nef de gauche de l'eglise la presence des restes de notre donateur, et il s'acquitta avec empressement de ce pieutx devoir. Tout a ete dit str le baron de lMontvon. I1 ne se passe pas d'annee sans que nos confrrres de l'Acad6 -mie fran{aise ne prononcent son eloge. II nous suflira, pour lui rendre l'hommage qui F'aurait le plus touche, de rappeler les fondations qu'il nous a confiees. Des 1780, M. de Montyon faisait a l'ancienne Academie un don de 12.000 livres dont les interets devaient etre employes en encouragements, frais d'experiences, prix pour quelque invention dont ilpuisse resulter un bien pozur la Societe. D'autres fondations,

Page  297 DES DONATEULIS DE L'ACADbIE~t 11: )i; 1 9 7 faites en 1782 et 1783 aupre's de notre Compagnie, inspire'es nniqnement, comme la premniere, par lo souci dui bien public, disparurent en 1193. Sans se laisser de'courager, M. de Mo ntvon reprenatit son wtrvre an d~but de la Bestauration. On luii doit Ia creation d'un prix de Statistique en 1817, d'nn prix de, Physiologi e expe'rimentale en 1818, d'nn prix de iMlcaniqule en 1819). Entin en 182-1, I cade'mie recevait comimunication (In testam~ent par lequel il hWguait Ia plus g-rande partie de, sa fortune, par parts (%g-ales, it F'Aceadeimie fran~aise. (-I l'Acad'rnie, des Sciences et i't chaceun des hospices du de'partement de 1'aris. G(?"rIce ii c (loll nia,-nifiquie, fait 'a iine epoque oit l'Acadtmiie n'a-vait 2-u'ute d'autres ressources que celles que liii fournissait Fhtat, nous avons pu cr~e'0r trois prix et trois mentions honorables de Me'deeine~ et de Chirurgie, un prix et une mention honorable, dits, des Arts Iinsabirres, destine's 't re'compenser celui qui aura trouv&, les niovens de rendre un art m~canique miois malsain. Ainsi, iparmi les re'compenses que, nones distr'ibUODS, chaque ann~e, onze au moins sont dues it -M. (le Alontvon. Et elles sont d'un caract~re tel qu'il semble que le donateur se soit souvenu. des parolees prononcc",es par Condorcet 'a l'Assemblee(, Nationale, le 12juin 1 790: s( Depuis son institution, I'Acad('Imie a tou~joursi Saisi et me'lme rlecher-ch6 les occasions d'employer Pour le lbien des honmnes les connaissances acquises, par Ia nMditation out FI etude de la nature. ((L'Acade'm-ie s'est toutjour1s plus honoree dnun prt'jung dGtru-it, (jun ('tabliSSeMent public perfectlionne, tilun proced-e1 e'Conom-ique ou saiutaire introdtilt dans isarts, qUe d'une de'couverte dlifficile ou brillante.

Page  298 -98 11:O(G X VI La longue enlumelration qui )r6ecede met en vidence un fait dont il faut se rejouir. L'Acad6mie * aujourd'hui h sa disposition des movens de recon. pense varies. S'il v a des lacunes, et il v en a, d(ans lht liste de nos prix. les donateurs nous permettront sans ltoute de les combler et continueront. nous l'esperons 5l nous t6moigner une confiance, qui nous parait justifie par le soin scrupuleux que met 1 Academie, seconder et i respecter leurs intentions. Alais, a cat; de cette mission (le r6compense que l'Academie renlplit de son mieux et qui mnaintient t un niveau si eleve le titre, dont on se pare volontiers, de laureat de l'Acad6nie des Sciences, n'est-il pas d'autres parties de sa tAche dans lesquelles notre Compagnie pourrait etre grandement aidee par ses bienfaiteurs? Pour repondre a cette question, nous pr6senterons quelques remarques sur le r6le qu'ont joue antrefois les Acad(imies, sur celui qu'elles sont appel(es t jouer aujourd'hui. Si I'on cxcepte 1'Acade6rmie des Jeux floraux, qoi remonte au moven age, on pent dire que les Academies modernes ont commenc6 a naitre en Italie, a l'6poque de la Benaissance. Vers le commencement du xvie0 siecle, le chancelier Francois Bacon nous a laisse, dans sa Nouve/ll.tleAttide, la description d'un curieux etablissement, qu'il nommait le College le l'ouvre des six jours ou la Maison de Salomon. L'institution imaginee par Bacon devait embrasser t la fois linvestigation theorique sous toutes ses formes, l'enseignement, les missions a l'etranger, les applications. scientifiques de tout ordre et de toute nature. Ce reve, car c'en etait un, n'a jamais etc rea

Page  299 DES DONATEURS DE L ACADEMIE 299 lise; mais il semble que les idees de Bacon ont eu une reelle influence sur l1organisation donnee aux premieres Academies: ~i la n6tre, a l'Institut de Bologne, L t'Academie de Berlin. Pour ne parler que de notre Compagnie, on sait que Colbert, son veritable fondateur, lui avait trace un plan de travaux qui en faisait cn quelque sorte une Academie universelle. Les mem)res de la Compagnie devaient travailler en commun. risoudre ensemble des problemes de mathematiques, faire des experiences, preparer des Traites sur les diverses branches (le la Science, sans qu'aucun d'eux eit le droit de signer de recherche partictiliere. Cette organisation n'eut pas, on le concevra sans peine, de bons resultats. IHien n'est plus funeste que les entraves mises i1 la liberte du savant. La recherche doit,tre libre, et l1esprit doit ponvoir souffler ou il veut. C'est ce que les faits ne tarderent pas i mettre en evidence. (( Vers la fin du nxvill siecle, nous dit Fontenelle, l'Academie ktait tonmboe dans une sorte de languLeurdont elle ne pounvait sortir que par une r6organisation. > Cette r6organisation necessaire fut accomplie au commencement de 1699 par le chancelierde Plontchartrain et par son ne-veu l'al)bb lignon. Malgrl quelques restrictions, qui devaient disparaitre avec le temps, le nouveau iteglement e(tait ('tabli sur' des bases plus largles, plus conformes aux condtitions necessaires de Ia recherche scientifique. Je n'ai pas besoin de rappeler tous les rssultats qu'il a produits la determination de la fortne (le la Terre, la crie'ation de la Geographie math(lmatique. la C a.rte des (Cassini, la nomenclaturt-e cliimiquc, les ilm-inses pro'gr's tde 'Histoire naturelle (ians touLtes ses branches, la I1)scrl'ti?2.ton de.s A/'i e/l t lier'., elc., etc. L'ancienne Academie des Sciences est peut-etre le pluls,parfait modile le ces instittitutions' qli, nues d'une pcnsse e juste et

Page  300 300 ELOGE eleyvee, ont su de&ga-er et realiser de la maninre aI plus complete les vues et les esperances de ses fonr dateurs. XVII Avec le temps, il est vrai, la Science a etendu dans des proportions extraordinaires le champ dej' si vaste (le son action. Les Academies, les Universites mremo, les grands Etablissements scientifiques ne lui sufit sent plus. Elle a trouve sa place, justifiee par ls services qu'elle rend, dans les usines et dans les fermes, dans les laboratoires de toute nature crees par les grandes Compagnies et par les Services publics dans la demeure du riche et dans la chaumiere du paysan. Dans leur ardeur juvenile, nos Universites, qui rendent tant de services au pays, s'efforcent d'embrasser tout son (lomaine. 11 faut cependant prevoir, sous peine de commettre des fautes graves, qu'une evolution necessaire, une division du travail, separera dans l'avenir les etablissements ouf se cultive la haute Science de ceux oi l'on etudie ses applications. Cette evolution, qu'il sera sage de preparer, n'atteindra pas les Academies. Leur ro1e serille dorenavant fixe, et le champ dans lequel elles auront ta se mouvoir demeure encore assez vaste pour contenter les ambitions les plus exigeantes. Elles doivent laisser a d'autres l'enseignement, les oLuvres rogulieres et permanentes. Ce n'est pas a elles qu'il appartiendrait de rnettre sur pied, si cefa 6tait encore possible, la mnaison de Salomon; mais c'est a elles que reviennent l'honneur et le devoir de prendre les initiatives que reclame a chaque instant l'etat perpetuellement changeant de la Science, de susciter les grandes entreprises dont l'interet est general, de signaler au gouver'

Page  301 DES DONATEURS DE LIACADIEMIE 301 nement les travaux qu'exigent 'intr6et et le bon renomr du pays, de l'eclairer, toutes les fois qu'il le desire ou que cela est necessaire, sur les questions ou elles sont particulierement competentes. II leur appartient aussi de decouvrir et d'encourager les talents naissants, de s'agreger, quelle que soit leur origine, tous ceux qui se recommandent par leurs travaux et, surtout, ces chercheurs isoles qui, sans etre munis de grades et sans appartenir t lFenseignement, ont et' port6s par un gout naturel vers la recherche scientifique et ne peuvent trouver asile qu'au sein des Aicademies. Ce sont eux qui cr6reeint autrefois nos Compagnies, et qui ont ete, pendant longtemps, les seuls a entretenir parmi nous le culte de la Science. Descartes, les deux Pascal, Fermat, Montmort, qui furent les precurseurs de notre Academie; Iluygens, Lavoisier, Meusnier, Montgolfier, Lagrange, qui en furent la gloire, etaient des volontaires de la science. Les Acadenies ne doivent pas Foublier; elles doivent maintenir la porlte ouverte sur ce que j'appellerai Ie ilondde eJit"rieu'. XVIII Dans cette tLche si variee et si interessante, notre Compagnie, elle Ie reconnait avec lplaisir, a toujours 6te soutenue par l'appui et la bienveillance du gouTernement. C'est lui qui assure le pr6sent et l'avenir de nos publications. II nous a donn6, sur notre demande, les niovens de diriger et de patronner de grandes entreprises. notanment les deux missions qtui ont 6te envovees en 187 i et 1882 pour Fobsetrvalton du pavsage dto Venus sur le Soleil, la mission du a:p Horn, celle qui est a peine termin(e et qui avait Pour objet une 3 valuation nouvelle et plus prlcise de

Page  302 302 FLOGE Fare du Pelrou, deji mesuri an Xviie siecle par 1. Acadelmiciens. )e leur crt6, nos donateurs nous fournissent,. lfenvi, les movoens de rencoiipenser tous ceu I qui se sont distin-guos dans les dilffrents ordres dl recherches affleents i notrc Acade6nic et d'encoui,. ger, par cela memno, tons ceux qui se prtparent ales aborder. X1X Recompenser dtes travaux, lAcademie s'est toujours montree disposde iI le faire. Elle le fera encortr a lavenir. Mais provoquer, subventiolner et encoii rager des recherhees, cela est mnieux encore, et sur ce( point, nous partag'eons le sentiment de notre s<rOti ainee, la Soci(ete Ilovale de Londres, qui publie regulieremeint (dans son Annuaire la Notice suivar te b Le President et le Conseil desirent faire connaitre al tous que, tandis qu'ils recevront volontiers des dons devant etre appliqu6s a un objet particulier o pour le benefice d'une discipline particuliere indiquee par le donateur, ils considrent qu'en v-te des necessites variables de la Science, les bienfaits les plus utiles seront ceux qui auront et6 attribues i la Soci6et( Royale en termes getneraux pour lavanceinent de la connaissance e la nature. ~ Mes confrires, j'en suis assure, seraient disposes h souscrire a une telle formule. Mlais, je me hate de le dire, ils n'auront pas besoin de se l'approprier; si je puis m'exprimer ainsi, leur appel a ete entendu d'avance par plusieurs des bienfaiteurs de l'Academie. Au cours de cette longue etude, j'ai deja cite les noms de quelques-uns d'entre eux, qui nous ont laisse nne latitude plus ou moins grande: le marechal Vaillant; le chevalier Ponti, M. Fresgot, le comte du Moncei:

Page  303 DES DONATEURS DE L ACADIEIE Mais ancun n'a exprime ses intentions d'une maniere aussi precise que M. Godin de Lepinay. Ancien 6elve de l'Ecole Polytechnique, Adolphe Godin de Lepinay fut un ingenieur de grand merite, qu'un gout naturel portait vers toutes les grandes entreprises de travaux:publics. Son nom se retrouve dans la plupart d'entre elles: Canal de jonction de l'Ocean a la MAditerranee, percement du Mont-Blanc, Paris port de mer. Malis c'est surtout It loccasion du percement de 1'isthmle de Panama qu'il a donne toute sa mesure. II soutint contre Ferdinand de Lesseps, e6are par de faux renseignements, le projet d'un canal t e'cluses; et peutetre, si ce projet avait et6 adopt6 dls l'abord, le canal de Panama serait-il restt une (cuvre entierement franqaise. Al. Godin de Lepinay, m-ort sans enfants, le 14 janvier 1897, a institue l' cadel. ie des Sciences sa le'ataire universelle, l'usufruit etant reserv6e son frere. 'L'Academie, ecrit-il, restera mlaitresse de tout le revenu, maisje lui signale l'utilit6 d'une Cais.~sePlpo alimente l/es. besoins (e la.cience, dont ma succession pourrait faire le premier fonds. ) L'Academie n'est pas encore entroe en possession mais quand le nmoment sera venu, elle n'aura aucune peine ta donner suite a doe si genereuses intentions. Elle saura aussi reporter rgulierement le inerite (le ses liberalites sur celui qui lui aura permis de les distribuer. En attendant l'hleure, que nous souliaitons aussi b0lignee que possible, oU nous aurons la libre dispottion de ce legs si interessant, des librlalit6s de

Page  304 EL06E innJie ordre, iuspire'es pat-la me'tne haute, pensee, I(laf permis deja h F Acadernije de flaire beau coup de b~ien o il~e fournir les ressouirces necess~aires a 111 grand 111A bre de jeunes savants. Notre confre're, le prince, Roland Bonaparte, nouis a fait don chaque ann(.e, depuis qiu~j tre ans, dune, annuit~ de Ei.00() francs (portee Bn1n, aI 30.000 francs pour les detix annt~es qui vienneLI~ do finir);et ii nous a annonc(6, il v a queiques ju~ son intention de continuer cette a nnuit' o tinq aninhes quii vont commencer, e n l'elevant,, '50.000 francs; je remplis un devoir tr~s agr'ai to rernerciant ici do nouveaui ait nomn de tons Ro confre'res. C'est avec. plaisir que nous lo Voyons tthno[ T'Mer a notre Acad~imie tine affection qnIil a trouvt4,( dans les traditions de sa farmile. XX I J'al fini cet expose' que vous seuls, mies chers conIrrs n'ne astov trop Iong, puisqn'il ava' pour objet (IFacquitter tine dette doe reconnaissance qui nous est commune;i tous., Pourtant, bien quo,,.J aie n~olige' dle ptarlor do la fon~dation si inbte'essanto~ que AI. Debrousse a faite I& finstitut tout entier, que Jaie aussi passe' sonls silence les libe'rabites qui ne nons sont pas dd'initi-vemnent acquises, je me repro-,cherais de terminer sans vous entretentir d~u don vrai. inent exceptionnel que nous devons 'a NI. An-guste'Tranquille Lontreuil. Ce bon Fran~,ais qui, parti po"Ur la Russie, comme simple employ6,_ y avait, 'a forc'e de travail et de volon't6, progressivement dcquis un-e,sitnation industrielle pr~ponde'rante,, n'avait cess6 -.de faire le bien pendant sa vie. At-rive' an terme de' sa carriere, ii1 a vouin laisser la plus grande partie desa' fortune, sous des conditions bien con~,ues, aux ga

Page  305 DES DONXTEURS DE L ACADlEMIE 305 des institutions scintifiques de la France: il a donne un million 'a la Caisse des recherches scientifiques, deux millions et demi aux Universites de France, trois millions et demi t 1'Acad6mie des Sciences. Tous ces dons nous imposent de grands devoirs, j'ai le ferine espoir que nous saurons les remplir. Aux garanties de comp6tence que nul ne songe a vous denier, vous pouvez ajouter, mes chers confreres, toutes celles qui decoulent de votre impartialite. Vous venez des quatre points de l'horizon. Notre Academie, a cote des chercheurs tout a fait libres, comprend des representants des grands etablissements: Universites, College de France, Ecole Polytechnique, Auseum, Ecole Normale, etc. Affranchis par la diversite de nos origines de tout interet particulier, de tout esprit de corps, unis dans une pensee commlune de concorde et de devouement a cette Science qui a 6te l'objet des etudes de toute notre vie, nous nous efforcerons d'employer tous les moyens qui sont mis at notre disposition pour justifier la confiance qui nous est temoignee, accroitre la reputation de notre Compagnie, et surtout, pour faire honneur do plus en plus a notre cher pays. En attendant, h tous ceux dont nous venons de rappeler les noms. nous adresserons l'expression de notre profonde gratitude. Ils la meritent d'alord pour le bien qu'ils nous ont permis de faire; ils la m6ritent encore pour le grand et noble exemple qu'ils ont donne les premiers. Dans notre pays, si attentif t seconder les gen('reuses initiatives, cet exemple, il nen faut pas douter, portera ses fruits et suscitera des imitateurs. S'il est vrai que le progres contiTnu de la science, la complexite de plus en plus grande des Pro1)blemes sociaux, comportent, exigent mnmee un d4veloppement incessant des recherclles, s'il est vrai 26

Page  306 306 -EOI,o(;.I encore que ces recherches deviennent, chaque jour ( ]a fois plus difficiles et plus couteuses, ayons confiIan, dans I'avenir. La voie lui est lar~emnent ouverte par lI present ct le passe que nous venons de retracer.

Page  307 L'ACADE1 MIEI DES SCIENCES ET L'.SSOCIXTION INTERNATIONALE DES XAADEMIES )i.scoitrsl )prononc par M1. Darboux, prLeident, d l/ouverttre de la, Id re, ire lna pc de e /de a pre1iiere asse.ble/e //'lni re' (de /'1 s.ociationt lene le imart:i 16 arril 190(1 ca Paltis (le 11itit'Itl. Messieurs et chers Confreres, Fondee depuis quatorze it quinze Imois seulement, notre jeune A\ssociation accomplit successivement, et sous les auspices les plus favorables, tous les actes qui ont 6t6 privus et prIpares par ses statuts. Les 19 et 20 mars de l'annnee derniire, h peine 'igee de six semaines, elle apportait ses f6licitations los plus cordiales it 'Ac-ademie de:erlin qui cl6lbr'ait dans une fete melmorablo, le, second centenaire de sa fondation. Le 31 juillet dernier, se riunissait ici mneme ce qute l'on peut appeler le lpoltoir exc'( tif, Ie Coirit deo notre Association. -Aujourd'luit, nous ouvrons notre p:remiere A.ssc;lblee )n't eratile e t, nouts avons grand plaisir it le constater, les iAcademnies constituantes onlt bien voulu se conformer a l'invitation qui leur avait 6te adressee. Aplprc))iant touto l'impoltance (d cette premiire reunion, elles orTl tenu iI assurert leur reprelsentation de la manaire, Ila plus larg'e, la plus colmpllteo, lia mieux appr'opriL'c

Page  308 308 1, ACAD:l'L 11E DlES SCIE;CES aussi a l'ordre du jour de la session. Des dix-luij Academies qli cornposent 'A:ssociation, une seule, celle de \\ashingtonn, ne sera pas represent6e. 1l ddeleg'u6 qu'elle avait eu soin de designer longtermps i l'avance, MA. le professeur Lincoln G(oodale, Diref. teur du Jardin botanique de HIarvard University retenu i Gereneve par une grippe persistante, nons I ecrit pour nous exprimer tous ses regrets. En fisani des vccux pour le prompt t e entier retablissement di Confrere dont nous regrettons l'absence, nous souhaitons, au nom du Gouvernement francais et dr 'Institut de France, la plus cordiale bienvenue a tons les delegu6s ici presents. L'Institut, qui leur otfye l'hospitalite, s'eforcera de leur edrendre agrable 1, sejour qu'ils vont faire parmi nous. Puissent-ils emporter le meilleur souvenir de la semaine que nous allons employer ensemble a lorganisation et aux progres de l'iwu-vre pour laquelle nous sornmies reunis. Que cette cunvre reponde a des besoins reconnus, c'est ce que prouve de reste la rapidite meme avec laquelle lle a reuni l'adhesion des Corps savants invites ta y participer. Le temps n'est plus, et quelques. uns le regrettent, oi le travail scientifique pouvait rester morcele, oi l'wuvre du savant, du lettre e6tait celle d'un solitaire enferime dans son cabinet. Deja, au dlbut du xv1r' siecle, le chancelier Bacon avait reconnu la necessite de faire appel a l'association pour la recherche scientifique, prise dans son ensemble, et il avait trace le modele d'une institution, un peu fermee peut-etre, dont le but ttait d'etudier la nature sous toutes ses faces, de maniere a etendre les connaissances et la puissance des hommes jusqu'a leurs dernieres limites. Avec sa puissante imagination, Bacon avait arriete

Page  309 ET L ASSOCIATION INTERN.ATIONALE DES ACADEMIES 3)09 dans les moindres details le plan de ce curieux etablissement, qu'il nonmait le College de l'OEuvre des six joitrs ou la Mlaison de Salomon. Cette maison devait contenir des tours et des cavernes, des etangs, des puits, des jardins, des laboratoires, des instruments, des machines. Ses membres tres nombreux, et portant ces nomrs pittoresques que Bacon excelle a trouver, devaient se partager les diffcrrents travaux * la recherche theorique sous toutes ses formes, les missions a l'tranger, 1'ensei-nement, les applications. Plein de confiance dans ses nobles idees, IBacon demandait th son sounerain les movens de passer sans retard a Fexscution, car il n'ignorait pas que, suivant les belles expression s de C(ondorcet, (( il est des obstacles que le temps seul peut faire disparaitre et des travaux lont rien ne peut accelrer le succes et pour lesquels il faut une rolonte longtemps dirig6ee ves le emem but, autant que des rmovens vastes et les efforts combines d'un grandt nohmbre de savants,. Vous le savez, AIessieurs. le projet de Bacon n a jamais 6et realis6e j'ajoute qu'aujourd'hui il ne pourrait plus 1'etre. La Science, j'entends ce mot dans son sens le plus getn6ral, a pris dans nos societ6es modernes une trop grande place pour que son etude puisse etre confinmoe dans les limites d'une institution, quelque largement concue qu'on l'irma:ine. Elle se tile a tout aujourd'hui, les Acad6mies et les Universit;s meme ne lui suffisent plus. Pour accroitre son propre domaine ou pour re(lpandre ses bienfaits, elle a penetri dans les usines et dans les laboratoires industriels, dans la lnaison d(e 'ouvrier, darns la chaunie;re du paysan. Ses conqultes sont incessantes, et les problhmes dont ses p)rogres s nots ont impose l'tudoe oat acqnis une telle ampleur qu'ils ne sauraient plus etre rbsolus par une seule nation, qqelque puissante, quel

Page  310 I.'ACADEMIE DE SCIENCES q-ue active qu'on la suppose, et ne peuvent etre auob des d'une maniire veritablement utile que grace i 1;accord et at concourls- de I ensembnle toujours ^raodissant des nations civilisees. '.et accord a dtej et'6 obteni pour un certain nomnr bre de questions particulie res. et cc n'est pas devant yOUS, MAessieurs, qu'il serait n4 cessaire de rappelo.r longuement. les services ren'dus par des institutioLn telles qtie Ie Btureaut inlt'nalioaIl des Poir.s A, A)[ e.s'?xp.s', i' A s.,'ociaf..i /0 /. (e.od.'ie/,/ in ternati(l.onale, \'4 1,. Xoc iation )ou' /) la CariLe dct Ciie et bien d'autres que jf;lglig'e en ce moment.,'une d'elles pourtant rerit, aujourd'hui une mention toute particuliere, patrc qu'elle a joue un role important dans la 'ormnation s rapide de notre Association. Je veux parler dtu Cata/o gzue /ieth'il/l io[ (/do l/i! /t'att'ic.cien.i/fiq tue qui sera di tout entier iI l'initiative (le la Soci'tte Rloqya!e. Cette illustre Compagnie, qui a deploye dans 1'execution de son dessein une t6nacite et un esprit de suite vraiment admirables, Aous fera connaitre, d'ailleurs, letat tr;es satisfaisant de cette belle entreprise et vOUs demandelra pour elle un appui moral que, j'en suis asstur d'avance, vous n'h'isiterez pas a lti accorder. -Cette cooperation internationale, qui a deja fait ses preuves dans les cas ou elle s'imposait, pour ainsi dire, notre Association, vous le savez, Messieurs. a pour but de l'assurer d une maniire durable, normale, universelle. La tache qtue nous avons entreprise pett, sans doute, paraitre difficile; mais elle est devenue tout a fait necessaire, et les dispositions qui nous animent doivent nous donner I'assurance que nous reussirons, par nos efforts unis, t surmonter toutes ses difficultes. En constituant sous une forme visible et permanente cette Academie universelle qui avait ete preparee et revee par Leibniz, dont

Page  311 ET L ASSOCIATION INTERNATIONALE DES ACAD'EMIIES 311 tant d'autres reves se soit realises d'ailleurs, ou se realisent sous nos yeux, notre Association rendra 'a la civilisation et i la Science un service dont on ne saurait exagerer la valeur. Gra&ce a elle, le savant, voue aux recherches les plus delicates ou les plus abstraites, cessera de se sentir isole, tout en conservant cette ind6pendance qui est le premier bien et le premier besoin du chercheur. En rapprochant tous ceux qui s'occupent (de la meme branche d'ttudes dans les difftrentes Academies et en leur donnant, s'ils le d6sirent, l'occasion de s'associer a une tuuvre commutne, en signalant aux g'ouvernemeets tous les projets dont la r6alisation prochaine est nfcessaire ou desirable, et en leur indiquant aussi les moyens d'executer ces projets dans les meilleures conditions et avec la plus grande economie possible, en provoquant et preparant, par Fentente des savants dans le domaine de la theorie, les accords des peuples sur le terrain det la pratique et des faits, notre Association est appelefe al devenir rapidement un des instrumIents les plus puissants de concorde et de progre's. (Cest avec cette ferme conviction quo je dlclare ouverte la prelmi.re.Assembclee e 6n6rale de l'\ssociat ion intornationale des.\cad(emies (Alipll/udisii^sc.)

Page  312 312 L ACADI,3i111' DES SCIENCES Proto)oll/ iiher ie d( ' /1//.1/ OlluJ/ I)de lc/iren del' A a,r/I ir ten Al, (lCt mic t g;elc/1h i/tcf G(.es'el/schc.f leai in der V. Versaimilluni zu Gottinn'en am 31 Alai und 1. Juni 1898. - G( ra//plan ztur Gri/n. (/Ia(o eie i/tl, ernf/ioa/ual/n Ass.ocitlioWn (loe Atkadc/.e YiiJent. \Volaceuftie Feststellung der Alkadlemien ztI Berlin, (locttin'een, Leipzig, iinchen und Wien. Versandt mit der linladlun zxiu Conferenz in \iesbaden, 9., 10. ()ctober 1898. - P)r, c s'-vf' 6aux (-.h Ia C )on/f ( ) tenI le (i I }I ' e/)(i.( eit rn Ie (e l.t frn i dla/ion1 (I 'une As.loci/a ion/u olna.ionale d(es Aca'eU ie. le. c 9 c 1) oe/ob r 1899. Projet de statuts pour 1'Association internationale. - Commnuiica_ /iowl /lIe/li/r (, IA s.ss itllion 1ulru/i1u-lionale d(eS Aca(dlmies. Comptes rendus des s6ances de 1'Acadeinie des sciences de Paris, t. CXXXI, p. 6 (seance du 2 juillet 1900). - Association interna/ionale des A cade)mie.s, juillet-aout 1900 (1). Les opuscules (dont nouts venons (le transcrire les titres ne sont pas de ceux auxquels le Jour'nal des. Sacanlrs a hall)itude de consacrer des articles. Publies. un petit nolmbre d'exemplaires, distribnes seulelnent at quelques Acadeimies, ils offrent les caracteres de ces pieces qui sont destin6es it dermeurer dans les archives jusqu'au jour ou l1'cuvre a laquelle elles se rapportent a grandi et s'est developpee. Si nous venons a en parler aujourd'hui, si nous nous empres(I) Cet article, extrait du Journal des Savants (no de janvier 1901), et le suivant font connaftre les premiers actes de 1'Associalion internationale des Academies et les conditions dans lesque'lles elle a pris naissance.

Page  313 ET L'ASSOCIATION INTERNATIONALE DES ACADEIMIES 31 sons,de faire connaitre a nos lecteurs cette Association iznternationale des Academies dont la formation remonte ia quelques mois a peine, c'est que nous tenons a repondre ia des demandes qui nous ont ete adressees par plusieurs de nos confreres et de difefrents cotes. Et puis, n'est-il pas naturel que ce journal, redige par des membres de notre Institut, c'est-adire de lassociation la plus complete r6alisee jusqu'ici entre les Academies d'une mime nation, suive aveC le plus vit int6ret la formation et les progres d'une fdtleration qui est sans doute appelee i provoquer les plus lhenreuses modifications dans l'organisation du travail acadlemique? Telles sont les raisons qui nous ont deterltinr e it faire connaltre des it present comment s'est forrTm le nouvel organisme international, quels sont les interets, les besoins auxquels il a mission de pourvoir, quelles sont les regles etablies pour son fonctionnement Si quelque amateur de statistique cherchait h faire le compte des mots qui, au cours de l'annee 1900, ont ett6 employes le plus grand nombre de fois, je crois que des recherches, meme superticielles, le conduiraient it mettre en bon rang sur la liste le mot idrteratiional. L'Exposition Universelle, dont le succes nous a rt'jouis tous, la ete au p)lus haut degre un concours international. Nous avons eu une foule de conIgres internationaux; plusieurs ont et6 tres brillants.,e con-gres de physique, par exemple, a reuni plus d'un millier d'adherents. Ses organisateurs avaient eu 1'excellente idte de de mander aux physiciens les plus autorisis des rapports sur l''tat actuel des brancles de la physique qu'ils connaissaient le mieux: et la collection de ces rapports, reunis en trois volumes in-8~, forme dbes i present une wuvre des plus utiles qui sera, longtemps encore, consultde avec

Page  314 3 t L,' A C ADI: 1) MIE ]DES SCIENCES -'rand profit. _Le sIcc's dec ces conl'rs fait le pus:4randl hooneur au C(ommissaire q4lnural, qui les avait soi I'neusetIenlt pr5 part's; il ne flaudrait pas cependant rattlacher tanr un lien trop 6troit toutes ces r6unions u l'Exposition qui vient de finir. A c (t de celles qui ont lte or,0anlis(ees par lla direction (de 1'Exposition provoquces par son in;iatitve et qi ne reparaltront sans doute qu'at la pr'ochaine exposition, plusieurs olfices colnstitutes depuis longtemps deja, I'tl ssociation q/eot. Cd t('uce iLW/o'altiolnCa/e. / I//tcc ceCt/Cl des lechriii i/e f/e' et bien d'a.ures que nous oubllions dessein, avaient, longtemps i( favance, d6cide que leri prochaine reunion p(riodique co'ncide-rait avec 1'Exposition Universelle et se tiend.rait, (i Paris, en 1900 II est impossible de ne pas (Itre ft'appl) de la rapidita' avec laquelle se miultiplient aujourd'hui ces organismes inteinationas x. Cette tendance t 1'association, qui se mianifeste avec tant de force au sein nmeme des differentes nations, a commencet a franchir, avec le chemin de fer et les te16graphes, les frontieres qui separent les peuples; elle s'exerce alu dela1t dies mers et tend 5.. unir les deux continents. Pour ne citer que deux eixeiples emprunlts a la science pure, le tureaue ilc'/C.lrliotalril des. pois e(t esc.s''iees, fond6t en execution de la C()tl'e)/tiotf du ml'/'re concllue le 20 mars 1875,. par une conference rLunie (ia Paris, comprend 16 Etats de I'Ancien et du Nouveau londe. L'Association geodesique interaationale, dont la constitution definitive remonte a l'annee 1886, a vu figurer a sa reunion de cette ann6e les representants de 18 nations. Depuis plus de quatre ans, il est serieusement question de creer un nouvel office international, de minme nature que les deux precedents; et c'est precis6ment dans les pourparlers entames h cette occasion qu'il faut chercher la premiere origine et la cause occasion

Page  315 ET L'ASSOCIA.TION INTERNATIONALE DES ACADIMIES 31 nelle de la formation de l'Association internationale des Academies. Tous ceux qui s'occupent de recherches positives connaissent la belle collection de 11 volumes in-4~ oil la Royal Society a reuni par noms d'auteurs la liste aussi complete que possible de tous les lesmnoires de science publi6s depuis le commencement du xixC siecle jusqu'en 188i. La Royal Sociel/ a l'intention de completer cet important travail et de le conduire, au moins jusqu'en 1900. Mlais le dlvelopfpement incessant des recherclles scientifiques accroit chaque jour, dans une proportion excessive, la difficult6( qu'il y a It le continuer. D'autre part. les savants s'accordent h reconnaitre qu'un catalogue par noms ld'auteurs ne remplit qu'imparfaitement le but auquel doivent viser les collections de ce genre. Un catalogue range par ordre de mnatieres parait aujourd'hui indispensable pour toutes les recherches scientifiques. La Roy/a/ Society a voulu se mettre en imesure de donner satisfaction, des le delbut du xx" sieicle. il un d,6sir si justitle mais elle a p)ense avec raison que, pour realiser une (ruvre de cette importance, elle tait en droit de reclalner le concours et la collaboration des difflrents pays civiliscs. Nous dirons quelque jour, si nous en avons l'occasion. conimment cette c-tivre, it ai fois si difficile, si conmpliqu!6e et si necessaile. a etc entreprise et, nous l'esperons, menee l bonne fin. llle a exig la convocation de trois conferences qui se sont reiunies Londs Lonrs en -196, 1898 et -100 et (e deux reunions accessoires dont lune vient h peine de se terminer. Au cours dtle cette pcrioloe de pre)paration, les de(legues de1 lil _Rho/al Soc,';ief/, qui devaient ncacessairement avoir des conmmunications ir(quentes avec les savants de difTferents pays, furent invitets a assister en Allema

Page  316 31 6 L AC,.D).MI DE )S SCIENCES gne i une conference dont il ftat quo nous fassions connaitre -maintenant l'origine et la nature. Depuis un certain nombre d'ann6es, quatre societ6s savantes dle langue allerande, l'Acadmnie des sciences (de Vienne. la Societe6 des sciences de Goettingue, la Socite6 des sciences de Leilpzig. l'Acadernie des sciences de Munich. avaient concu l'idee de fonder des reunions annuelles dans lesquelles leurs repr6sentants auralient i etudlier les movens dl'associer et de coordonner leutrs travaux, (de provoquer et d'encourager aussi, en mettant en commun leurs ressources, des ouvres scientifiques d'interet (general. A la suite de quels pourparlers, de quelle initiative cette association limit6e, cc Carll//, conlme on dit en Allernagne ia (tt fond(, nous ne saurions le dire d'une maniere tout I fait precise. Si les renseignemnents qui nous ont etc donnes sont exacts. F'idee premiere du Cartell est nfle vers 1892, al moment oi les Academies de Berlin et de Vienne ont songe ai preparer ce Thesaurus /i)yazce latioe' dont 15. Michel Breal parlait dans le numero de de(celmbre dernier i nos lecteurs. A cette epoque Mllmeo quelques savants, parmi lesquels il fault citer M1M. IMonimsen, Suess. Diels, avaient youll reprendre une idte autrefois (mnise par Leibniz et essaver de r6aliser une association des principales \cademies du monde entier. Un projet si vaste rencontra sans doute des objections. Quoi qu'il en soit, c'est vers 1891 qu'eut lieu la premiere reunion du Cartell. En 1895, il y eut une interruption; mais, k partir de 1896, les reunions devinrent tout a fait regulieres; elles se tinrent successivement a Vienne en 1896, a Leipzig en 1897, a Goettingue en 1898; a M unich.en 1899. Ces reunions successives ont donne des resultats importants. En meme temps qu'il subventionnait le Thesaurus, le Cartell a pris sous sonl

Page  317 ET L ASSOCIATION INTERNATIONALE DES ACADI;;EMIES 31t patronage une ceuvre scientifique des plus serieuses, une Encyklopcdide dcer m2n athematischen Wzissenschaf'len mit Einschltss ihrer A nwendlugen. Cette encyclopedie se publie avec beaucoup de regularite, sous la direction de Ml. F. Klein, chez l'editeur meme du ThesaurIuis, M. Teubner, qui realise ainsi dans sa librairie cette alliance des mathematiques et des langues anciennes si ch/ere aux defenseuirs du vieil enseignement classique (1). lais Factivite du Cartell est loin de se limiter a ces deux publications. II a fonde des bourses rigulieres de voyages pour la visite de la station botanique sans rivale de Btuitenzorg, i Java; il a encourage et permis d'etendre ta des regions nouvelles la mlesure des variations de la pesanteur il a etudie, d'une maniere systematique, un projet d'exp6dition allemande au p6le Sud; il a trouve des fonds pour une expedition gcodesique qui a et6 envoy-ee dans lEst africain et qui vient de terminer ses travaux; il a inaugur6e letude systematique des mouvements de 1'ecorce terrestre dans 1'Europe centrale, etc. Dans son desir de connaitre l'opinion des savants allemands sur le projet de r6pertoire bibliographilue dont elle avait entrepris l'ex6cution, la Roq/al Society ne pouvait mieux faire que de mettre h profit les reunions periodiques du Carlell. Sur son initiative, Ie projet de Reipertoire futt mis h l'ordre du jour de lat reunion du Crt'rell qui se tint it Leipzig i' la Pentec6te de 1897. A cet eflet, on avait invit6e la fois l'Academie de Berlin et la lBoqal Societ/. Les de6egu6s de herlin furent A1MM. Kohlrauch et Van't Hoff; ceux de Londres, MM. Armstrong et Schuster. (1) lEncyclopd die sera tralni t ilen I'a ('l;,lis (ct pulbli'c ) par. Gaulhicr-Villars, sous la (tirection dte..1. o1. lk. 1it-lo'csscllr 1 i'jiJiv ters it de Nancy.

Page  318 :18 L' CADlEiMIE DE)S SCIENC.ES Le orapprochtemenlt du Cartlell etde la Royal Society devint un fait accompli t la reunion suivante du Cartel!, qui eut lieu at la Pentecete de 1898. A cette Qpoque deji, plusieurs savants appartenant diff&erents pays avaient, dans les conversations particulieres, 6mis l'opinion que les circonstances etaient devenues favTorables pour le retour au plan primitif et pour la fondation d'une Association internationale des Academlies. On avait done mis ta 'ol'dre odu jour de la reunion de Goettinoue cette interessante question. De IBerlin italit venu 1un des secrelaires de 1'Academie M1. W'aldeyer; de Londres, les deux secretaires de la Roy/al Society, Sir Michael Foster et M5. Wicker, ainsi que AMM. Armstrong et Schuster. I1 se produisit entre les delegoiues une entente generale, et les Acad6 -mies composant le Cta/i/lldonnerent leur approbation ii la fondation d'une Association internationale des Academies. Les es dl66(eUs de la IRoyal Socielty promirent son adhesion et s'engagerent it faire les premieres dematches. Des ouvertures furent faites un peu plus tard t differents membres de notre Acad(mlt ie des sciences et, au mois de novemnbre 1898, lord Lister, president de la Royal Society, e crivait au npresident de notre Acadnlie une lettre dontvoici la traduction 17 novenmlre 1898. A M. le PIresident de l'Acadelie des sciences de Paris, Pendant ces derniares annees la Royal Society a eu, aR plusieurs reprises, l'occasion de s'occuper d'entreprises scientifiqucs d'une telle nature qu'elles ne pouvaient etre tentees ou executees d'une fagon satisfaisante par une seule nation, qu'elles demandaient au contraire la coop6ration de

Page  319 ET L'ASSOCIATION INTERNATIONALE DES ACADIMIES 319 plus d'un pays et name de nombreux pays. En fait le nombre des entreprises de ce genre parallt augmenter. Une grande entreprise internati[onale ne peut, en regle generale, Wtre nenee a bien que sous l'autorite et avec l'assistance des gouvernements int6ress6s. Mais on pent se demander s'il est ndcessaire ou d6sirable de mettre en mouvement le mecanisme de l'action gouvernementale, afin de s'assurer s'il est i souhaiter que l'on s'occupe de telle pu telle entreprise, surtout Iorslqu'il arrive, colnlme cela a lieu dans cerlains cas, quc Ie but 'a atteindre n'a pas encore et6 'cl(aironlent defini, non plus que la mlthode it suivre pourt l'olbtenir. Tout au contraile, on pent esperer recueillir nlaints avantages du systeine dclans lequel los propositions fa i tes p;our une c(op(ea'ftion int.lrnationale dans (des entreprises sci'ntifiques sc('-aieni( coCmpleteinent (liscnlt6es sous un point dce xvue pu rentinlt scicn tifique p(art les trrlaitlres (ie I; science, (avant que des propositions d6finies fussent sounises it n'impo te quel gouvernement. Si on pirocedaiit de cette minni6re, il ne serait fait appel aux go tlvernemlients que pout' des ent reprises bien tuldi'es; et les devoirs d( ces ('over enemln Is se ra;lianel' ien t, (Ianns une large ltesUl'e, ' ddcidet' uniqumeIntt si une entrteprisc, dont lI v;leur sciienttiflque leu' aiuralit 6t6 clai'etint. et contpltletclent dnlo-lnt'r'c, tmenitc(ratit ou ponurrai It rccvoit' I'aide recl i;lie pour elle. II existle d'ailloeurs un -rand nombre (de questions. presentant de l'intPelt't au p:,oint dl( vue sci'ontificque, iu suj(et desquelles il pourllrit iit t-e d(esira'l ble (tL provo\t-ucI tiu f' coop06.ratioa intlailit)ntAle oui, tout, u oinii s. d tehrc l 'cher les opiniions l)I ofessces da;nsi los dift'tfrnts pays, s;ans faire intet'vecnir (n a'ucune nalnii'le 1'action (I'uLII onvel.rn'imnnt quclcoonque. ITou i rcellitrlnt, l ll oyl Siocictv s'est Pendu1 cmpoitlt cl(s c raindis avrtal{as qu( pict vet ei-i'inr' des relitions voltnti;ircllt(i t (ltl)_lis ( l,1eit d(s sI:i(ti s Stientifiqlues: tie a;xvail tc invit(e l envov ' ( It' 'lit t' liune rt'lunilon dts Ac;ail(et' ic('s is()ci(s V (1, (i tin' ita. LeiDi, Mlunichl t \ 'ic'nne, (uli s'sl tecnuc' (co'ltiniluc ie-da nt lf Cts L c Il e i P'cnIltcc e dc (tl'cc tIl;nie; itau coutl

Page  320 3920 L IACADfIMIEI, DES SCIE'NCES de cette i'un ion, ont it di, iscutles dilfetrentes questiotn d'un c;aract' re plus ou 0oi'ns intcrn;ational et lans lesqul.i les lla lovyal Soci(tyv ot lit intere'ssec. l'idc;a a lors surgi (quil ser';ait possile doe prendrle ds mesures 1-)pour 1 tenue de iehunions rigulicrles des rel)r6sen tants de tout.es les principales Aca(deIlies scientifiques, dans lesquelles on pourrait discuter toutes les questions scienti iiques reclmaint une cooperiation interinationale, et prepjaIer les voies, de cette loani'lere, ( 'Ialtion internationale. II serait preniatur6 d'entie (lrins les ls dt;ils d'un tel pro jet. Diffct entes questions rel;atives h la frlquence dcs 1runions, anu mno(le de volttion des dltegues, aux Moyels d'assurer une ropresent;tion dgale taux pays qui seraijnf represent(es par une seulc Acad6nil- eo t Ia ceux qui en auraient plusieurs, devraient ttre tonttes exasiindes avant que le plan pipt entric en execution. Pour le moinolnt toutes ces questions, quoique tlant d'une grande imporl lance, doivent etre considerees coellll des details en comrparaison du point fondlamental, qui est tle savoir si les principales Acadtenies d'Europe ount hla volonte de tenir des conf6rences plus ou nioins regulieres, 'h des intervalles fixs '1 l'avance. ('est cette question generale, h laquellle le conseil de ha loya;l Society (tt[ache unc si grand( im potance: quil vient vous prier de sout 1lettle a1 votre A;c(lde mie. La Royal Society seria heureuse de conn;ti'te les vues dle votre Ac;ademie sur ce sujet. Etsi la proposition a votrcl applol)iation provisoire, elle vous proposera des resolutions detinitives. Je clois d'ailleurs vous informler qlu des dlmar'clies ont Ste faites pour connaitre l'opinion des principales Academies d'Europe sur la question qui vous est souniise dans cette lettre. J'ai 1'honneur d'etre, etc., LISTE I, Prcsidenlt de la Royal Society. La lettre de la Royal Society 6numerait de la maniere la plus succincte, mais en meme temps la

Page  321 ET L ASSOCIATION INTERNATIONX'LE DES ACAI)'11EMIS plus claire, les services de nature diverse que parait appellee a rendre une federation internationale des Academies: d'une part, pr6parer, grace au concours des savants les plus competents de chaque pays, l'6tude scientifique de ces grandes entreprises dont la mise en train et la r6ussite reclament le concours de plusieurs Etats; et d'autre part, organiser la discussion de ces questions purrement scientifiques pour lesquelles il est c(l'sirtable d'unifier et de rendre concordants, soit les efforts individuels, soit les points de vue sp6ciaux. chaque nation. Si, part exemple, les savants autoris6s de tous les l)pa's reconnaissaient le hau t intret que )presenterait une expedition atll Il:'e StLd ou unte t raude n6rale tldu maogn('tinsme. te. rrestre, on aperqoit ilmm(diatement quels r6sultats on devrait attendre d'une discussion approfondie de semblables projets. Une telle discussion offrirait d'abordl le grand avantagUe (te nlettreoen 6vidence, aux yeux de tous, les raisons scientifiques par lesquelles se justifient ou s'imposent tie telles entreprises lle indiq ueorait aussi comment elles peoLvent etre exleut6es en 6vitant les doubles emplois, la discordance des efforts isoles; et elle perniettralit ainsi aux goutvernemnents de donner leur conco0urs de lta maniire it la lois la plus 6conom1iique et la plus 'favolr'able at1 pirog''re scielntiliqle. Voilat un premlier ordre de rechercles ptour lesquelles la coopl)ration internationale est si nl'cessaire et si utile qu'elle a 6tt de(ljit r6alisce dans un assez gcrand nomlbre de cas particuliers. AMais c'estavec,(rande raison que la lettre de la Rloya/l Scie/y faisait allusion i des ser ices de tout anltre nature, et plus importants peutt-etre, iquo peut rendre la fe(deration ties Academiies. lie rlnouvtnenent scientitique, qui, au comnieencement de ce siecle, se linlitait i( un )petit nonbre de nations, s'6tendt aujourd'huti au miondel entier

Page  322 L nACAl)I3IIE DES SCIENCES dle plus, anl scin mlilne de chaql(le ination1, son11 iTmpo tance s'est accrue (dans des -roplortions dlont oni peut a piein s iree s ile iole. Nous avons djta fait allusion plus haut au projet d(e iretertoire b]ilblio01raphiique proposet par la oqyal Societ/l e aux conixcrences dans lesquellele ce projet a et6c 'tudit; on y est artrivt c.ette conclusion que, dans le seul (lorlatine tles sciOnces positives, le cataloglue anauel devra comprendre dix-selt volumes et environ dceux cent mille entrees. Qui ne voit que, sous peine dte revenir t la tour de IBalbel, une si enorme production scientifique cloit etre unifiEe et coordonn{(e? Que (de temps perdu pour les cherclieurs, que de reclerebes inutiles, et par cela memne nuisibles, si les nonmenclatures changent avec les nations, si les classifications ne sont pas concordantes, si les instruments choisis pour etiectuer les memes mesures donnent, dans les diffeerents pays, des indications qui ne soient pas coinparables, si les definitions ne sent pas les mines, si los unites adopt6es sent differentes, si les travaux accomplis en des points diffecrents concourent au mem nle but et entralnent ainsi de regrettablles doubles emlllois Toutes ces raisons sent celles cque l'on peut invoquer en faeour dte toute association nouo-elle et qui frappent les yeux les moins pr6venus. Nous en ajouterons itne derniere, qui nous parait importante: c'est que la cooperation internationale introdtuit dans le travail scientilique un principe d'(eulation extremement fecond. Dans notre pays, en particulier, cette emulation aura les effets les plus bienfaisants. Je rappellerai ia ce sujet un seul fait: la France, qui pendant longtemps avait tenu le premier rang dans les etudes scientifiques relatives a la mesure de la terre, a resolu de reprendre une place digne d'elle, le jour ou notre regrette confrere le general Perrier a

Page  323 ET L ASSOCIATION INTERNATIONALE DES ACADE:MIES 32S reconnu, dans les operations de jonction geodesique de la France et de lAngleterre, la sup6riorite des m6thodes et des instruments anglais. Cest de ce jour que date la renaissance de la geodesie dans notre pays. Nous avons pu reprendre l'etude de la nmeri-, dienne de France, accomplir cette grandiose operation qui a realise, par lemploi de triangles ayantjus. qu'a 20 kilomleitres de cote, la jonction ge6odesique de I'Espagne et de l'AlI;erie; nous nous appretons, en ce moment, it reprendre, en les elargissant, les mesures qui ont eti faites au PCrou, au cours du xveu~ siecie., par Bouguer et l.( Condamine, sous la direction de l'Acadtl lie des sciences. La letire de la lit 'a/ Socie/ (ldont nons yvenons cle donner le commenutaie iut communiqupee inmm6diatement a notre Academiie. 'Academie des sciences et la Royal Society entretiennent depuis deux siecles et demi les rapports les plus 6troits; leur histoire offre bien des traits qui les rapprochent. Elles s'occupent des mniemes etutdes et elles ont t pel pIrn s lIa menmeM anciennete, la Soci(46t Royale ayant6te foudte en i662 et l'Academie des sciences en 1606. L'une et 'autre ont et6 des societits libres avant dc'etre constituees officiellenment par leurs souverains, et quielques-uns des fondateurs te la Socisete Itovale ont participe aux travaux de cette Sooiete' de savants dont M.ersenne, 1toberval, les deLux Pascal faisaient partie et ai laquelle, dis [ti.iO, on donnait le nom mem-e que Colbert lui a reconni. Dans la circonstance piresenite comme ldans beaucouip d'autres, lAkcadtmeie des sciences ne pontvalit que s' eimprsser d'entrer dans les vues de la Societe, l'ovale. Aussi, des le 28 novelm —bro'e i98 nomina-t-elle une commission composiee doe MA. Fayer Ailine-Edwards, Mascart, iBouchard, Moissan et I)air boux, char-eee, conjointement avec les mernbres lda

Page  324 : e, r, L, LACAI)IlE l 1>E IES Si: 'NII';:S 1)1ur ( l, ld' L(t l ci }r la lq estion 1 )pro'os(ee par a I o f/ SoCil,/ y, a vc mission die la i'alile oloutir. Cette CoT.mission 1n1 pt Sc l'i rlnir immlfdllteimel: tons cui qui colnaisscnt notre Acadllliem savent qu'au mois de nIov ( l) mbre to us ss me mbres sont oCCll(pes t p pi':t)a. rer des rail)ppots pour notle sasnce plublique de fin decemlbre et a examiner les titries scientifiques des trois on q(uatie cents candidalts qli petvent pretendre aux noutnlbreuses r'ecompenses dtont elle dispose. La (Colnmission dont nous vcnonse rappeler la compoI sition dut done ajoutrner le commencement de ses travaux au lmois de janvierl 189). Sur un nouvel appel de la Ro.yal Stocie/y, elle ire)onldait Il 18 flevrier 1899, en donnant au nomn de 'Acad6lemlie (des sciences l'adhlsion de princile qui li (u tat demandlee. Le 31 mai suivant, les secer(taires tie la Boya/,Soci/// re'pondaient en nous faisant connaitre quedes reponses favorables avaient kte rIetues de toutes les autres Acadneies auxquelles on s'etait adresse, c'estt-dirc de 'Academie royale des Lincei h Rorne, de 1'Acadei mie impnriale des sciences i Saint-PetersbotulT et de la aiuiotall Aca (l/c y of S./cieince de \ashington, ct ils nous co-mmnuniquaient une lettre dans laquelle i'Acad6mie des sciences de BIerlin invitait notre Acadelmie des sciences t uine conference qui cdevait se tenir \\iesI)aden, le ) et le 10 octobre doe la( memne annee, en vue de lpreparer un projet de statuts pour cette fede'ration des Academies que les principales Societe's savantes du monde s'etaient declarees pretes ta constituer. La lettre de l'Academie de Berlin etait de nature a ecarter toutes les objections, toutes les inquietudes que pouvait faire naetre le projet de federation. Comme les savants eux-memes, les Academies ont, a bon droit, le souci de leur independance; n'etait4l

Page  325 ET L ASSOCIATION INTERNATIONALE DES ACAD:EMIES 325 pas i craindre que la federation des Societes savantes n'aboutit au resultat de troubler cette independance ou de la diminuer'? D'autre part, la creation du nouvel or-anisme international n'entrainerait elle, pas des depenses nouvelles et consid6rables, interdites A certaines Academies par la nature de leurs statuts?. Enfin, lorsque la fiddration des Academies aurait recommande ou decide lexecution de telle ou telle entreprise, les Academies constituantes seraient-elles obligees de contribuer, par des subventions qui pourraient etre considerables, quelquefois par leurs travaux propres, i des entreprises qu'elles n'auraient pas votes oul iu'elles auraient d(lsa)plrotuv(les? I1 y avait li des difficultes auxquelles, saTns doute, pouvaient repondre, par des raisons et des exemples topiques. tous ceux qui ont quelque habitude des offices internationaux. Quoi qu'il en soit, la lettre d'invitation it la confrenoce de Wiesbaden faisait disparaitre la pllupart d'entre elles (les autres ont 6te levees par les statuts adoptes i W\iesbaden). Voici, en effet, comment s'exprimait l'Academie de B!erlin Le but dle 'Association ost de vynitr en aide i toutes les entreprio(' sci'ni tifi(quctS (qui sertont plis(es enl chlarOge ou recolnltlmndle-e p)t' l'enscibihle des Ai d s A elies aociers ou par quel'ques-unes, Oil pal' une seule d(c'ntrt1 clles, et dle se inettre;tu fatit des arlII';in-ecl'nts ptoplres a f.tvorliser les relations scientifiqus. 11 est entendu (l11e cihaqi1uc Acadeini delmeuller; liibre e e douner ou de refuser son concours ( ttote ntroltprise particulir(1 e; elle d'oineuti l;ri seinl juge ega leient ds voies (t mioyens?e (('ill(-ioy dals cdlmqut1c (;Ms Particuliel,. Ces declarations etaient aussi nettes qute possible, elles furent. d'ailleiurs, confirmnees par t'envoi du ( Irojet creltif i la fondationt d'tne Association intel:

Page  326 326 1 A CAi)! A E DlS SCi LNCIES nationale des Soci lts v savalntes i quili avait etc pPrpare par l'A\,:liieo (dIe il'erlin et que nous reS les le 19 juin i 899. I1 (,tait trop tard it c(ette (poque pour qu'il llt )possible do r(unlir la (onlllission clharg'e de suivre cette question; plusielurs de ses moemlbes avaient (leji. quitte Paris. Les delx secrlltaires perpe. tuels,.i MI. Iertlran(I eft Bertlielot, d6cidierent d'accepter l'invitation an norn de l',cad6mie et deo.delguer. \\ieslbatden delx nmembres de la. Coiommission, TM31. II. iloissan et G. Darboux. Leur nission etait des plus simples: ils devalent prendre part t la cont'rlerce, 6tudier et (iscuter les projets lqui luii seraient soumis, afin de permel tre ensuite it notre Academie de se faire une opinion -precise et le donner cette adhb.3sion d6linitive, qui, seule, ponuvait l'enarer. Les d e ulegts doe I'Acadnaioe (les sciences afrrivarent ta Wiesbaden I', 1epoque fix(e. ls v trolnverent des represeontnts de presque toutes les Academinies invitees. Une seule d'entre elles, l'Acad6mie royale des Lincei, ne s'etait pas fait repr6senter; mais elle avait envoyv son adhl:sion au projet,'union internationale des Acadeinmies et, dans tous les articles vote.s, elle a 6tc mise sulr lo mnaene pied que les socit(s efTectivenent representees. Ces societe6s taient les suivantes L'Academieo des sciences dee IBerlin, reprt(sentee par MMA. Auweors, Wirchow et Diels; La. Societe royale de Goettingue, representee par 1MM. Ehlers et Leao; La Societe royale des sciences de Leipzig, representee par MMl. Windisch et Wislicenus; La Royal Society, representee par MM. Riucker, Armstrong, Schuster;

Page  327 ET L'ASSOCIATION INTERNATIONALE DES ACDEIMIES 327 L'Academie des sciences de Munich, repr(sente par MMA. von Zittel, W. Dyck et von Sicherer; L'Academie des sciences de Paris, representee par lMM. Moissan et Darboux; L'Academnie des sciences de Saint-Petersbourg, representee par AMM. Farintzin et Salemann; L'Academie des sciences de Vienne, repressentee par MM. Gomperz, Mussaffia, von liang et Lie en; La National Academyl de XNWashin'ton, representee par IMM. Newcomb, Remsen et Ilowditch. Cela faisait 24 d(llguss, tous venus a-ec le fermne dessein de faire aboutir un projet dont leurs Academies avaient reconnu l'utilite. I1 faut que nous placions ici une remarque essentielle. La lettre adressee a notre Academie par la Royal Soci'/t,. la nature menme des 6tudes dont s'occupe cette illustre Soci6et, pourraient laisser croire a nos lecteurs que, dans la cresation projetee, on avait en vue seulement les sciences exactes et les sciences experimlentales. En realite et dans la pensee de ses promoteurs, 'obljet d(e l'\ssociation ne dervait pas etre limiti( aux seules sciences positives. Les Acad.imies allemandes, toutes fondIles sur le plan el.abore par leibniz pour I'.Acade:ie (le Boernlin, comrprennent a la fois des eriulits. des historiens et des savants. Leur composition correspond ia peu pres (i celle que l'on obtiendrait en reunissant notre Acadle{mie des inscriptions et belles-lettres, notre Academie des sciences morales et politiques et notre Acad(emie des Sciences. IlPou ressembi)ler ih 'Institut, il ne leur manque qu:l!es clas(ses colrrspontllantes 1 I' Academie francaisc et eI '.\cadenmie des bealux-arts.

Page  328 3 S2 L ACA-I)vM 1111 DES SCIEN:NCES Dans le plan q l'elle tlait l;tabol. d'accord avec les Acadetmies dIe (ioettinrle, (1e Leilpzi- de Munich ef (de Vienne. 1'.\c(;d mie e ( 4erllin avait preNvu I'exis. tence doe deoux stio sectios, l sectin littiraire et la section scientilique. pour l.\ssociation projetee. En fasant ses invitations, elle alrait voulu convoque. aussi les \cademies (dont les travanx sont purement litt'raires. Sans s'opposer `t ces vues grnenrales, I of//al Soci/ety avait penstc qu'il valait mieux tout d'abord borner les invitations aux Academiies qui avaient et6 dteji consult'es. On pent (lire que la conference de Wiesbaden emplova de la maniel'e la plus utile la courte duree de dleux jours qui lui avail etc assignlee. Seances pleniieres, re unions de commissions, de sous-commis, sions, se succede'rent pendant les jou rnees du 9 et da 10 octobre 1899. (Grace it la grande experience et a l'activite du president 51. Auwers, un des secretaires de l'Aacad'mie de Berlin, dont l'esprit net, precis et conciliant a beaucoup contribue au succes, nous avons pu, en deux jours, achever notr e t(che; et, en sacrifiant un peu les ldtails, la conftrence est parvenue (a etablir un projet si sagenment concu qu'il a r uni presque immendiatement, nous le verrons plus loin. l'adh6sion (le toutes les.Academmies invitees a participer i l'A\ssociation. Les statuts sont si courts et si simples qu'il vaut mieux, sans aucun commentaire, les reproduire dans leur integrite. Ils ont 6et rediges en allemand, en anglais et en franqais. Voici le texte franQais

Page  329 ET L ASSOCIATION INTERNATIONALE DES ACADI3MIES 329 PROJET DE STATUTS POUll L'ASSOCIATION INTERNATIONALE DES ACADE1MIES 1. Les Acadedmies et Societes savantes representees t Wiesbaden ont decid6 de fonder une union internationale des principaux corps savants du monde entier qui prendra Ie noflt suivant: A ssorcition Ilternaltocale des Acctdemies. 2. Ies Mellbres de cette Association sont les Aca(detlmies suivanites par),t ordre alpitbletique): I. L'Acadtlllie ioy-le des sciences de Prusse, t Berlin II. La Societ6 royale des sciences, it Goettingue; 111. La Societl royale des sciences de Saxe, ( Leipzig; IV. La Soci6te lloyale., i Loncres; V'. L'Academie ro-y;le des sciences de Bavitre, i\ Munich; VI. L'Acad6mie des sciences, ht Paris; VII. L'Acadleiimie itpelri(le des sciences, h Saint-Pelersb)ourg; VI11. L'A\c;addmie imtpedriale des sciences, ai Vienne: IX. L'Acad;mie nationale des scienlces, t Washington. 3. Seront invitees (i (en f(tire partie les Ac;ademies suiv;ntes (p;ir ordre tplihietlique): 1. L'Actad( mnie ro yale des sciences, t Atimsterdali; II. I,'Actadelie rovale des sciences, des lettres et des l)eaux-arts de Belgique, at Bruxelles; Ill. L'Academie honlroise des science-, (i Budapest; IV. L.a Societe des sciences, h (`lristiantlia; V. La Societe royalle des sciences, it Copenhatlue; VI. L'Acadtellie rovyie de 1 'lisloire, `i Madrid Vll. L'Acad6mie des inscriplions ct belles-lettres, i Parlis; V111. L'Acadeimie des sciences mllorales et politiques, it 'Paris;

Page  330 :330 L ACAI)!MIE DES SCIENCES IX. '\A;ai(:i,c 1-,\1roy;i(le ul(diolisc de(s scicnces, a Stock. 4. L'adl;ll-iorIn (le c 'hacunt do cs A-a;idelies resultei d'unc dllrl. i io(1 n en (ie,6, ti IF'Ac,(1(6IliC d(e Berlin avant. lt l'r ma)i 1 900. *I. Il'fadmission d'une nl-ouveOll Acatdemie ne pourra, fairicu' (lUunl inajotrile des deux tiers des Acad(lies assa{ides. 2. EIlle n poullra itle pat ol)os(e 1quc par l 'une dcs A\c;t3. lChaqul' A\cadm)ie peut, e n toult t em1ps, se retirer en faisant une d clarlation, soit au aComite (C 9), soit 1'A, sembl1e }'.nralle (,~;)). $ 3. i. L'A:ssociation a pour liut de pr( 1parer ou de promoivoir des travaux scieltiriques d'itntr'lt g'ene ranl qui seront proposes par une des Acadenmies qui en font partie et. d'une maniel'n-ro enerale. de faciliter les rapports scientifi ques (nt' 1 l(s (li tfe reints pIays. 2. Cha(iu. A.I ie s(r, ' s01-rv0. ldans cbh;(ique Ceas parlii culi(. Ie dr( 'it dt prou't ou nde refuiser so-)n onourCs. anl. s lque lt chAoix s votes - pr'ond en de s m toyons employer. ~ 4. Les or'aanos de 1'Ass.ociali{on sont: a. L'Ass(eblde Ogndrale b. Le Coilte.. 1. A I'Assemble6e g6enrale, chaque Acad6mie envoie autant de dele1ues qu'elle le juge convenable. 2. L'Assemblee g6nerale comprend deux sections la section des sciences et la section des lettres.

Page  331 ET L ASSOCIATION INTERNATIONALE DES ACADEMIES 33i 3. Chaque Acad6mie peut, suivant- sa composition, envoyer des d6legues h l'une des sections seulement ou aux deux. 4. IDans les AssemblIes g6n&rales, il y a des seances plenieres et des seances de section. a. Dans les seances de section, comme dans les seances generales, chaque Academic ne dispose que d'un vote, qui doit etre 6mis pear le menlbre de sa d6ilegation qu'elle aur;. d s I -ne. 6. Les ddcisions priscs par une ldec sections dcvront (tre sirnpllnlclent comnmuntliqueX- en aCsselCnlt3 plniirle; ('r11e n'ont b)esoiin dl c ont'-iri;tion quo l;tns los ca-s OLI Ir intKr'}ts ( S deteux secti-ons sornit ten'r,1i'. Da); ns ls ei d'ur 1cn ('e, le Comite pei ut provoTqei' p; I' v-(e i(1 ( orrespondlancc1 1. dectision des Ac;odIclieEs i;s~so idcs. g 6. 1. L'Assnomble(, g-en;rn'il-1 s( tient tons los trois eans. 2. Sur la p ropos.ition (du soite ou d'une des Acad tl(liis as>so:iCCS, s. r1union ( -)ou'l';i (''tr' avain('o (, u etlttar'd. si,ctte propositioirl st alppop ve6,' ( 1;t I;i inijo,'it16 d(\s vot(es emi-is pa'r les Acrtdcici:s. 3. Des itrunions (:xta;I'Oi(linaitlos d'une'1 sul(e sction piuvent. avec l';tssenti10ent de1 l1t moiti;tu mt,,itns iis Acde-ollmies 'ieprisentCes (lupi's do' reItC( soction. tre: (l'donn1,'s pa. 1' (tomllite. I;, convort(Ation (1'uI lI' runion est fite ptr le P1efllnl du C(onlit6. 8. Lo( lieu des 'runiOns ('St [ix:li(;que fo,is, pl r l' ien 'union Suivant t. 1ptl' p 'Asseitbl6' 6i.ne'alc.

Page  332 1 ACAD)EMIIE DES SCIENCES ~!. 1. a); ns l in twa;ll1 (l nt il diiux;\Aseniblees enPerali I'Asso:i;ahton est representee pa;r le Coimit(-; elhaque Actad Ili( d('eIlle utn on d-leux (e se(s nllllblt'e. suivant qu'etll pl'end p ti it I'une des sec tions o)u tu:u dux. 2. IDans les reunions '-eon;tles du Coj.ite, les deux (II _len,''us (id'un l ml'(nl Acad (11 n ed-isp(,oset tque d'un c voix. 3. L Co(nitf a ul tn pl1si(l ntt (L tn vice-president, q^ui (loivent aipplrtenil' des se d li(ns difif 'entes. 41. Le pesidlent du C(oit es t Ie dcl't'ou dle I'A caden-ii tiisatnt tonction All \Acl(tadeiit ptint ipalt ( 9, 10), et, dans 1o cis on( (ctt, Aca;delinie a (1ex (l dtliN(us0. celui des deux qu elle taur eile-mrnme dClsi'n(. 5. Le vic e-prelsiden et est 6lu 1par 1e Coite en seance pi.ni,'e, p(armi les melmbres (-do cel' dles deux sections i laquelle il doit ai)ppartenir. 6. I e Comite;tccomplit sl tlt'-ho. suivant les cas, soit dlrtns (des reunions, soit par voie ide correspondance, et (rla. dlans son plenum-i ou dans chacutne de ses sections. 7. D'a;illeurs. il fait lui-i0melme son lement. 8. VPou r ci;aqle recuniotn do'nerlle t1e l'Association, it,l'retsse utin 't:rppot sur tw Sa estion. 9. I.'Ac;dei ~ mllit fi;lisant fonc{tion d'.cadtl mie ptrincipale est celle du lieu dans lequel doit se tenir la plus prochaine reunion gtntrale. 10. Le chllnuclnent d'Ac-;dtnlie principale s'effectue ce(pendalnt non pi)s exacteitent h la fin d'une reunion gent'tale, niais 1i la fin de I Vnn6e civile dans laquelle s'est tenee cette reunion. 11. Les pouvoirs du Comiite expirent et doivent htre renouveles au 1moment de ce chalngement. ~ 10. Pour la prise en consideration, l'etude ou la preparation ~'entreprises et de recherches scientifques d'interet inter

Page  333 ET L ASSOCIATION INTERNATIONALE DES ACAD.MIES 333 national, des Commissions internationale(s speciales peuvent, sur la proposition d'une ou de plusieuris es Academies associees, Wtre instituees, soit par I'Assemblie gene6lrale ou l'une de ses deux sections, soit, dans l'intervalle entre ldeux Assemblees gen6rales, par le CoInit6 ou l'une de ses deux sections. f 11. 1. L iassenti ment des deux tied's,els. Acad(eie,, tssocies est nlc'cessailre pouL' toule Imodification o t ltcutle extensionl des statuts. 2. Toute ploposition rela;tive i lal modrliic tion oou 11 i' ext(ension des st;ttt Is doit e'lre pIr'senli''e l:'ttr 1, c 'inq 111illCe;lt 11Mins des Academlllies asscies. ElIe d(oit etre tiilnsmise( pI,;tr c lit au Comit6 et contenih It libllle d(1es dec isions proposees. 3. Le Comit6 colmmunique aussitot que possible la proposition ux Acadd eies assocites. Entr'e cctte comllmunication et le vote sur lt; lprloposition. il doit s'6c )ouler un inte'-;alle d'au l10oins six 1lois. 4. Ce vote doit lvoi il licu, l s(oit en s;llC pl niilere de l:Assemiii e g enrt'alc soit piar' uneC cilaclt;tiin I 'envo'eC;aU de deux des Acad(emies associees sec;a sul'tlilsate, et il suf lirla aussi que cette demlan de soit (Cenvo l\Ye prl ('cIit axs aitles AcadCtieli's, deux illois;vInlt 1lt lret' lion (te l'Assemtoblee. Disposi iots t( r lasiloil'0 s. 12. 1. En d6claellattnt son s Itdhesion a l'Associitioll, cltacquc 'AcadtlI,1ic conlrt;lc(e l'obligaltioni dC'envoy'Ce un ou deux cdle~ucis au (o Co01ite.

Page  334 3 -ti L ACADI;E;MIE DES SCIENCES 2. Le p'esidtenlt u C;oml ilt a insi fori s era, un des dele. u'lt;s (ltl pro i(c h;lin lie de r1idunion. 3. 1,e. pl'(sidlent (levlra rette fotis Co',nvo(lerI le Comiit enl t.e-ll-,S ulilc pou11) ' la1 prp''- ';tiot n (1d 1; p i'eIni e Asselmblet 'e nerl L1(. ~ 1. 1. L( cs (1lci io ns d1e la confl0ll'lnce de ( \-iesbatden seront so0 ises la 1; titi, ion des ksd.\ l is repI'dsentees el de I'A.\c;e(iel(ie d'o;l, (ies Lincoi ( 2 1, 2). 2. a1 I'iliicaiion s'Cellc l ueIr pj;r' une (d clt;i(lrtion envoyCee I l'\ Ac'(,d6m1if le eBerlin. L '\cai:6111i e do (1rlin cotnmn ji. (quetal celto dtclanration eL lit si(llnne p0ropre aux atutres AcaLdexies. 3. Les stitutl e(ntli'onl etn (v1 ueiui d( os qule six Atade. llies;0Ua'oitlt do)nne leur' raltii'.ti-A )n. Confollrmi nent au I)arara)phe 13 des statuts et des le 29 novembre 1899, I'Academie de Berlin envoyait aux dix-neuf Academies et Sociates savantes d'ont on avait prlev l'accession, le compte rendli de la conferenc le e \ iesbaden, ainsi que le projet dle statuts de l'Association. LJ,'Aademiln e des sciences et les deux autres A-cacdl4mies invitees de l'Institut de France ne tardaient pas (i donner leur adhde'sion, ainsi que la lBill lociey// et les Academies d(e Berlin, de GCttin1uie, de Leipzig, d(e (MTunich, de Saint-Petersbourg et de Vienne; de sorte que, d'apres le dernier article des statuts, l'Association internationale des Academies se trouvait constituee des le commencement de fevrier 1900. Nous verrons, plus loin, que les dixneuf Academies invit6es a faire partie de l'Association ont toutes repondu favorablement depuis cette date, a l'exception toutefois de l'Academie royale d'histoire de M adrid.

Page  335 ET L'ASSSOCIAT1ON INTERNATIONALE DES ACADEMIES 335 Constitu'e depuis un mois at peine, 1 Association internationale des Academies fut appelee k jouer un r6le au moment de la celebration du bicentenaire de 1'Academie des sciences de Berlin. Fonde le '171 juillet 1700 par 'Electeur Frederic III, depuis premier roi de Prusse sousle nom de Frederic 1er, 1'Academie avait decide de celebrer le bicentenaire de sa fondation le 19 mars, jour anniversaire de celui o l'Electeur avait fait connaitre sa resolution de fonder un observatoire et une ( Academrie des sciences )) t Blerlin, sur le plan mnme propose par Leibniz. Invitees participer a cette filte, l'Acadcl ie des inscriptions, flAcadtmnie des sciences norales et '.\cade(lnie dtes sciences avlient de1cid6 d'envoyer des dtelegues charges de remettre en leur noli une adresse conimune des trois Academnies; ces delegues etaient: pour l'Academie des inscriptions, MMA. Gaston Paris et Senart; pour l'\cad6mie des sciences morales, A[ M. Greard et de Franqueville; pour l'Acadeanmie des sciences, IMMA. AMoissan et Darboux. Dans toutes les ceremonies, une place d'honneurt furt riserv(-e Laux d16geutes du C6actll et L ceux de 1'Association internationale des AcademIies. Ce fut M. Darboux, un des deleCues de l'Acadetnie des sciences de Palris, qui eut 1 'honneur de parler au noma de '.\Association internationale des Acaderlies. En diferentes occasions, on ralppela que Leibniz avait dleja pr) vL et desire unoe association (d toetes les Societcs savantes dlu monde civilise (1), et I'on fit lhonneourl i l'.\cadeInie de Berlin d'avoir contribute6 raliser, aprs tleuox siecles, u-le dtes id.ees g'niales de son I torie ux fondaltur. 11) Voir P)ar( txelntplc. <l; ls le 1 c to er (d 1 'li.utloire d( l'A/ c - mt ie iroyI/t(e ties (si lte''- de I-' tss cinte p';tir M1. Adoli' llarlac, 1) et 36, ( li 1e, Itle,1e! i u!,niz (i Pl;tl,,itis.

Page  336 336 L' ACAi,1JMIE1 DE1S SCIENCES Dans lune pens6e dont la F:rance ne peut etre qn, tres reconnaissante. la conf rence de Wieslbadte avai deci(le q( e la premiere reuni)on de A.\ssociation inter-_ nationale se tiendrait it Paris en 1900. Cette decision n'a pu etire que partiellement realise. ( uqelques-nnes des \Acadmt('ies invit6es t participer La l'Association tardlerent II envoyer leur adhesion, et c'est seulement ai la date du 30 avril 1900 que I' \cadiemie de Berlill put transmettre ' l'cademie des sccie nces s de Paris, dlevenue l. lca(/l'o pilnci'lcl / (ou ro0o ) tde (1'AS sociation, le dossier complet contenant la liste des dix-huit Acade'mies qui avlaient donne leur adhesion. avec les noms des delhudtes qu'elles devaient envover au Com2ile. (Ces del(-,-ues etaient les suivants Pour Allnstle'IrdlIam: M1. VAN DE SANDE B/luAKIIUYSEN i II. KiD:N, )(psi(dl(nts des deux classes (le l'.\Ac;Pour Berlin: (eux des secre(t;aires, 3151. WVALDEYER (et DIELS; Pour l'Acad6lie e (le C}lristiania: 5M. F. NANSEN et S. BliGE(;G; Pour Goettingue: les deux secrftairles, M15. E1. EHLLES et F. LEO; Pour Copenhllgue: AM1. 11.-(. Zi.TIlir1 N et V. THOaMSEN Pour 3lunlich:.les (leux secreta;ires, 1MM. vo. Vorr et vox CH(IST; Pour Partis: A\cademie des inscrilptions, M1. Gaston GoissiEli et, a son ldf(faut, M. G. PEia{o;' Pour Paris: Acadelie des sciences, M. G. DAnuBoux et, a son defaut, M1. I1. 1lOISSAN; Pour Paris: Acad6mie des sciences morales, M. 0. G. IiAi D et, a son defaut, M. DE FIANQUEVILLE; Pour Saint-Petcrsbourg: MM. FA?-MINTZlN et SALEMANN; Pour Stockholm: Al. G. 11ETZIus.

Page  337 ET L'ASSOCIATION INTERNATIONALE DES AC.ADE'MIES 337~ L~Acadermie hongrro ise, les Acade'mies de Belgique et de Saxe, la National/ Acadlemy, la Royal Society, IFXcadernie royale des Lincei, I'Acade'mie de VTienne avaient encore 'a designer leurs de'legue's. Dans less pourparlers que nous avions engagces ai Berlin, on avait pens6 que la premie're reunion dui Comite, pourrait avoir lieu 'a Paris vers la Penteckte de 1900. Sur le d~sir de nos confreres allemands et aussi par suite des rctards apporte's ih la nomination des dd'l'gue's, elle fut reporte'e ati mardi 31 juillet 1900. Le compte rendu de cette premie're reunion a te imprime' et envoye' h toutes lcs Acad~mies qui font partie de 1' Association.. Bien qu'elle. ait e't~ travers~ee par le funeste attentat dont a Wt victime S. Al. le roi Hlumbert d'Italie, elle a atteint son but essentiel, qui e'tait de permettre aux de'le'gues des diverses -Acade'mies de prendre contact et de pre'parer le plan de leurs travaux futurs. Les dispositions qui se sont fait jour (lans le, petit nombre, des reunions tenues par le Comite' permettent 'a tons ceux qui y out pris part do bien augurer du succe's de Ycnu~vre future. Par la nature ne'me dles closes, lordre du jour do. lassociation naissante ne pouvait (tre bien charge'. Ii comprenait d'abord un projet die r~~gl-ement pour le Corni6. On a fixe' le m —aximum. tres mniuimte de, la cotisation que chaque AcadY'inie aura i't -verser et adopte' quelques dispositions tre~s siun pies quill sera facile, (10 cornple'ter et d'etendre quand- lusag~e le reudIra nm'cessaire. Le Comite' avait auissi 1"i examiner diffe'rentes propositions, faites par trois des Acadrnies associtees. La Roygal Socie/q, rppelant que Struve ilsr t'Istronome russo. a mesur6 le imeridien qui setend ~L30( $h est die OIreenxvich depuis le. nord do la 1iussiel

Page  338 338 8L ACADEMIE DES SCIENCES jusqu'l la nmer Noire; que, d'autre part, le D' Gill directeur de l'()Oservatoire du Cap, a mesure l'arc dt mnene mieridien qui so prolonge dans la Rhod(sia, faisait valoir le haut inte rt que 1'on doit attacher a la jonction g6od6sique de ces deux mesures par des ope rations execu tees a traversl'Afrique et lAsie Mineure Conimne ces operations exigent le concours et l'assen, timent de plusieurs gouvenerments, elle demandait h 1'.Association interinationale de reconnaitre toute 'iriportance qu'elles presentent en les appuyant de son autorite. Ce projet se recommandait de lui-mneme et il sera soumis, avec un avis tout t fait favorable, a la prochaine Assembl)ee g4n6i'rale. Le ComitSe a fait aussi le meilleur accueil It une proposition de 1'Academie de.Berlin tendant t rendre plus facile le pret mutuel de manuscrits et autres documents. Cette question tres interessante reviendra egalement devant la prochaine Assembllee. Enfin une proposition, faite par l'Academie des sciences, m-ettait en jeu une des dispositions les plus ingenieuses des statuts. On a vu plus haut que, d'apres le paragraphl e 10( de ces statuts, des commissions internationales peuvent etre institucees pour 1'6tude de questions scientifiques pr6sentant un caracture d'interet g(enral. Or, au con:gris des phvsiologistes tenu at Cambridge en 1898(, une commission avait 6te nomm6e, dont le programme devait etre de chercher les moyens de controler les appareils enregistreurs employes en physiologie et, s'il est possible, d'uniformiser les methodes employees dans cette science. M. MAarey, qui avait provoque la formation de cette commission et qui en etait le president, considerait qu'elle rentrait dans le cadre de ces commissions prevues par l'article 10 des statuts de l'Association internationale. Sur la proposition de l'Academie

Page  339 ET L'ASSOCIATION INTERNATIONALE DES ACADEMIES 339 des sciences de Paris et apres avoir entendu M. Marey, qui a developpe devant la Section des sciences tout l'interet qu'il y aurait a provoquer une entente inter, nationale relativement a l'emploi des appareils enregistreurs, le Comite a decide de prendre sous son patronage la commission de physiologie, en la con,pletant et en l'assimilant a celles qui sont pr6vues par les statuts. Nous terminerons ce compte rendu en mentionnant une derniere affaire qui prouve au mnoins tout l'intere't suscitd par la formation de l'Association internationale des Academies: on a de6ji annonce l'intention <le lui faire des dons. Le Comrit s'est done demnande sous quelle forme lFAssociation pourrait les recueilli.r. Sur la remarque de M. Diels, on a constat6 que les personnes ayant manifeste l'intention, tres digne d'etre encouragee, de donner ca l'Association les rovens de developper son action, pourront toujours atteindre ce but en faisant une donation avec affectation speciale a. ltne ou t l'autre des Academies qui en font partie. I'autres projets ayant une formne moins arretee, mais assur6s du meilleur accueil, reviendront devani l'Assemblee gene6rale. L'un, Lmanant de 1' Academiee e Munich, a trait t la publication d'un Corpt/. de(s acles et fl dipl)/c.s qrec. dla ioi/yen (i/ et ('es le(/ ip)' p9st/ii8eCr'. Un autre, conu p)ar les Acade'miies de Leipzig, de AMunich et de Vienne, tend At la publication d'tne Real-Encyclop(/9:le(dic dte. Is/lam.z Le Comnit6e reuni a Paris a dc enfin s'oclcper (de fixer lt date de Ia procllaine et premiere \sselmllee ge6nrale. On s'est accor'0de it penser que qtlelqtues-uns an moins des projets dont nous venons de doonner Connaissance reclamaileut une (tudte appro'oondie ~ et,

Page  340 MO 0 ~~~L ACADEM lIE DES SCIE:NCES pour laisser aux Acade'mies qui les avaient pr "sent'5 le temps de leur donner uine forme pre-Cise etMdi" tive, on a decidk dle fixer au. mardi 15 avril, qu i Stji-vra le mardi de Pa'ques 1901, la date de la prochaini,..:nenion de F.-ssembl~e g~6ne'rale. CTest done, 't cette date que, se r'unira h Paris la premniere Asse~mble generale de 1'. ssociation (I) Tontes les discussions, tons les projets qne nou, irenons d'6nume'rer sont sans donte d'importance( in~cgale uls ont du moins le nn'rite d'~tre tr~ls vztri6, et de mettre en e'vidence la diversit6 me'me des ser-vices que pent rendre I' Association internationale, des Acade'mies. Cette Association a e'e acenteillie avec faveur parlout of'lIa science est cnltive'e. Si quelqnes personites avaient con~n contre elle des pre'ventions, ses premiiers pas et ses premieres actes, empreints d'un esprit de sagresse et de conciliation, nous parais sent de nature 'a dissiper toutes les inquie'tudes. De"' I'on songe 'a sadresser a elle pour bien. des omivres que senle clle sera capable de r('1aliser. On sent confusement qt-CiI a 61 cr6~ tin org~anisme nouvean, devant (tre appeI6, dans la suite, 'a exercer tine influence conside'rable et bienfaisante. Ii importe que les A cad&' inie contitnntesjustifient cette. faveur et haltent le fonctionnement de 1'Association en s&attachant 'a lui sounmettre des projets soigneusemient Odlaborn's. II importe aussi que tons ceux qui -attendent beauicoutp de I'Association se souviennent qu'elle a le tem~ps de-vant cele; qne, par leur nature, mn'me, les Acad& innies sont des corps dont Faction s'exerce avee- uri ans dire que jusqu'it cette dlate, les Acad~mies latitude pour provoquer letude de nouvelles ques

Page  341 ET L ASSOCIATION INTERNATIONALE DES ACADEMIES 34. certaine lenteur; qu'on doit faire credit pendant quel, que temps a l'Association nouvelle en lui laissant le temps de prendre conscience d'elle-meme et de creer peu a pen les organes grace auxquels elle pourra realiser toutes les esperances qu'elle a fait naitre de differents c6tes. Gaston DAnTBOUX. La!roisie'me A.ssemblee (en'rale d(e l'Alssociation internationale des Acadclmies (1). Depuis l'article qui a para ici mieme en janvier 1901, et oui nous donnions quelques indications assez detaillees sur les conditions dans lesquelles s'est formee l'.ssociation intternationale des Acaclemies et sur les statuts qui lui avaient ete donnes dans la confve rence preparatoire de Wiesbaden, les lecteurs du Journal d(es Sarants ont ete tenus au courant des travaux, des actes et des premiers progres de cette importante Association. Elle a deux organes distincts: le Comite et l'-t.ssenmbleCe generale. Le Comite est en quelque sorte l'organe permanent de l'Association: chaque Acad6mie y delegue un ou deux membres, suivant qu'elle appartient a une seule des sections (litt6raire ou scientitique) ou aux deux. 11 peut, accomplir sa ttche par correspondance et se re;unit seulement quand cela paralt necessaire. L'Assembleee fene'rale au contraire doit etre convoquee i e6poque fixe, tous les trois ans. Les.\cadenies penvent v envoyer autant de representants qu'elles le jugent Convenable pour la discussion approfondie des ques (1) Extrait du no d'aolit 1907 (lu Journal cdes Savzants.

Page  342 'AClATEMIE )DES SCIENCES tions de diverse nature qui doivent figurer ah Fordrfe du jour de la reunion. La pi'reliere.Ass.c'mbl/e yc;'reral/cr s'est tenue, comnme on sailn it Paris, au mois d'avril 1901, sous la direction dle l 'cadtmnie des sciences, qui avail confie ta Flauteiur de cet article. le soin (le presidcer les delibrations. DIesireux de reconnaitre l'lionneur que l'on faisait ainsi i notre pays, le Gouvernement francais a decide de perpetuer le souvenir (de cette premierre reunion en faisant trapper une im(daille dont lexecution a it' confiee it M. Vernon. Cette plaqulette a 6te terminee recemment: elle fait partie le l'envoi que cet artiste distingue a fait au Salon (le cette annee et qui lui a valu la medaille d'honneur pour la gravure, la plus haute r(compense que puisse ambitionner un artiste, puisqu'elle lui est decernee par ses nmulles et par ses pairs. L'Academie des sciences a tentl it faire frapper des exemplaires de cette belle et delicate oeuvre d'art; et elle vient de les distribuer a toutes les Academies qui font partie de lassociafion.. L'envoi a ete tres goute; nous esperons qu'il contribuera ai faire mieux connaitre cet art dfe la niedaille dont l'6clat a etnt renouv-ele dans notre pays par les artistes qui sent nos contemporains. La seconde Assembzlle g)G'nerale/ de ' Association s'est tenue au mois de mai 190IL it Londres sous la presidence de la Soci(te R1oyal/e, represent6e par un de ses secretaires, Sir Michael Foster, le physiologiste eminent dont la science deplore malheureusement la mort recente. Apres la Societce Roy/ale, la direction de l'Association Internalionale est echue le 1er janvier 1905 a 1'Academie imperiale des sciences de Vienn'e, qui doit la conserver jusqu'a la fin de l'annee 1907. C'est donc a cette Academie qu'il appartenait de nous

Page  343 ET L ASSOCIATION INTERNATIONALE DES ACADEMIES 343 convoquer cette annee pour la troisieme Assenmble. gene'rale de l'Association. Comme elle devait tenir sa seance publique annuelle le 28 mai dernier, elle a eu l'heureuse idee de fixer au lendemain 1'ouverture de l'Assemble/ gene'ale de l'Association des Academies; de sorte que nous avons pu, en avanqant seulement de quelques heures notre arrivee, nous donner le plaisir d'assister a la seance solennelle de notre Academie directrice, qui s'est tenue. cornme d'hahitude, sous la presidence de S. A. I. 'archiduc Renier. protetetur e o Academnie. C'est it 3. Ed. Suess, preisident de l'Academie de Vienne, que revenaitla presidence (de l' Asscml/J)e l/)le niere et de hla Sef/ion des.sc'ieccs' de 1'Association. S. E. A:. le professeur v. -Boehm-Bawerk, lmembre de la Chambre des Seigneurs, vice-president doe l'Academie directrice, devait, de son cote, presider la Section des Co/leir;. Comlmences le mercredi 29 rai;t 10 hoeures du matin, les travaux de 1'Association ont ete clos le dimanche suivant 2 juin dans la matin e. La reunion a ete normbreuse et brillante. Notre Academie des Inscriptions avait oenvoy6 M. Senart l'A\cadenmie des sciences morales et politiques ('tait representee par son secretaire perp etuel, l. Georges Picot. et par M. 1EileI Btoutroux; F} cad(emie dies sciences avait quaftre d(leguees: AIM. It. PoincariI, A i. Giard et les t(eux secr([taires I)erpLtuels, AI]. de LapI-arpent et Darboux. Ia Soci;te /ao(yle! de.1ondres Inavait pas envovel roinls de six deleg'uls; la h},itri'/ A cademy en cornptait deux; Berlin etait reprleseonte par deux de ses socretaires perpetuels, MIM. Diels et Waldever, et par lo 1)rsident de la Commlllission des (Iuvres de,Leibniz, MI. Lenz. Les AcadeImls allemandes comptaient environ une1 douzaine de d1de dtgucs. Le 1omnbre total de tous ceux qui ont pris part effecti

Page  344 3-4 L ACADI),EIE DES SCIENCES vement 5 nos discussions a 6et d'une soixantaine environ. I a et6 It peu pres le nmeme qu' Londres; i Paris, il avait 6te plus leve,- mais ii ne faut pas oublier que Paris est la seule ville on se trouvent trois A\cad6lmies faisant partie de 1'Association, et que ces trois Academies, a elles seules, etaient representes en 1901 par une vingtaine de delegues. Ce qu'il faut constater ici et regarder cormme un tres heureux svmpt6otme, c'est que le nombre des Societes savantes qui font partie de l'.\ssociation s'accroit i chaque nouvelle reunion. A l onldres d6jhF,l'Acadtmic d es Sciealces /de 3a(lrid, la rIiti/l Academl/y e taient venues se joindre aux dix-huit Academies qui avaient pris part a la reunion de Paris. Cette fois, c'est de l'ExtremeOrient que nous esl venue une adhesion nouvelle l'A. ca/leie ile'iac (le dc.s Sciencce. dle TokyXi, qui avait, depuis un an, dernand6e son admission, s'itait fait representer h Vienne par deux savants des plus nminents: un mathlmaticien, S. E. le baron Kikuchi et un sinologue des plus autorises, M. Ie Dr Shigeno Anveki, tous deux membres (de la Chambre des Seigneurs et professeurs honoraires I' Universite de Tokyo. Parmi ces adh6sions, qui portent a 21 le nombre total des Academnies de I'Association, il en est une sur laquelle il convient particulierement d'insister, c'est celle de la lr itisi A-ca(delmzy. Lors de la constitution de notre Association, on avait ete frappe de voir que, tandis que F'Allemagne devait y 6tre representee par quatre academies, la France par trois, l'Angleterre n'y compterait qu'une seule participante, la SocietC Royale de Londres, et mmee que cette societe appartiendrait exclusivement a la Section des sciences. Cette remarque a certaine., ment provoque, ou tout au moins hate, la creation

Page  345 ET L'ASSOCIATi0N INTERNATION.ALE DES ACAD1MIEs 34i" de la Britisit 21lcamry qui, dor6navant, tiendra dans les lettres la place que la Socie'e IRoyale, occupe glorieusernenti dans les sciences depuis plus de deux sie'cles. S'il est l1'gitime de penser que les Academies sont des orgranes essentiels de la vie litte'raire et scientifiquc d'une nation, on voit que ILAssociation des,Acade'mies peut de'ja inscrire a son actif la formation de la [Irhisli Aa(Lem//y. Ii est permis desperer que ce service rendu 't la fois h Ia science anglaise et a la science universelle ne restera pas isole'. INous croyons saoir que le d'sir de prendre part aux travaux des Acad'mies associ('es est a la veille de prov~oquer, soit dans certains pays, soiL meme dans les colonies de -crsands empires, la formation de soci~t~t(,s satvantes qui pourront ouv\rir a la recherche scientitique des domaines jusqu'ici incomplei tement explores. L' ordre dlujour de la reunion de Vienne kait particuli~rement charge'. Parrni les questions dont av~aiL aI s'occuper FtAs~enblbep/iue formn{ pa la r'%union des deux sections litte'raire et scienltifique, il coiiv.ient de sicnater les trois suivantes L'Acadkmie des sciences de Madr-id a-vait aeccuielli a-Vec fa-veur le svs teme propose pour la description symbolique des machines par un (1e ses membres, l'incoenieuir Torres Y Que-vedo, dont les beaux traXanx sur les machines ft calculer et le t6l~kine ont reen~ le meilleur accueji (le notre Acadlernie des science~s. L'Acadtimie de, Madrid proposait donc do, 11rnimer uine commission internationale chmarg-6c d'examiner cc nouveau svst~tme, d'etudier s'il conViendraitL (Ie le recommnan der apr(_I~s ILIi a-voir fai t subir 4ttilleurs to utes los modifications q u'elle j ugerait hnecessarirs. A tine faible majorih3, l'Assembb'e de, XVieline n'a pas cru pouvoir entrer (tans la voie d~Ssi~Iepar nos confr'res de Madrid. Sans se, prononcer

Page  346 34i6 L1 A CADEIMIE DES SCIENClES sur le fond di. systenme de. Torrlis. notre Acade. mie des sciences avait pens6 qu'on pourrait le sonmettre, en meme temps que les systemes analogues, a lexam-Yen d'une commission speciale designee par I'Association des Academies. La majorite des Academies a estim' au contraire que la question n'tait pas du ressort de l'.Ass.ociation; elle a voulu e viter de prendre des decisions qui courraient ]e risque de ne pas avoir 'autorite n6cessaire auprl)s dtes veritables interesses, c'est-a-dire des ine'nieurs et des techniciens. Saint-Simon raconte dans ses J.Ii:moi e., que, lorsqu'il fut norine par le Re6ent ailbassadeur d'Espagne, il ne voulut pas revenir dans son pays sans avoir vu Tolede. Arlrive dans cette ville, ou on lui renldit tous les honneurs dus It sa liaute situation, il recut la visite de deux chanoines, venus pour lui presenter les compliments du Chapitre; et il dut entendre, en pr(esence d'une nombreuse assemblee, une tre;s belle harangue, qui dura, dit-il, plus d'un gros quart l'heurte, prononcee en fort beau latin par un des chanoines. Pimentel, grand seineur comIlme lui. 11 raconte, non sans quelque orgueil, que. prenant son courace a deux mains, il sut' rpond r'e a I 'orateur dans la langue muimme qu'il avait employele et, ajoute' t-il, sans neli'ger aucun des points qu'il aAait touch(es. (e latin qu'employait Saint-Simon 6tait encore, an commencement du xis siecle, la -v ritable langue universelle. Les erudits, les philosophes, les savants meme de cette epoque l'employaient frequemment dans leur correspondance et leurs dissertations. Malgre l'appui de l'Eglise catholique, l'affaiblissement general des etudes classiques a fait perdre au latin cette situation privilegiee qui lui pernettait de rendre tant de services. Pour remplacer cette lan,

Page  347 ET L ASSOCIATION INTERNATIONALE DES ACADEMIIES 347 rue, produit d'une admirable civilisation, on n'a rien magine de mieux que de nous presenter une foule le langues auxiliaires, de combinaisons artificielles:reees de toutes pieces, la langue Bleue, le Volapuk, 'Esperanto. Au moment out je pr6sidais, en 1901, les eunions de l'Association internationale des Acadehies, je recevais chaque jour des monceaux de bro-:hures preconisant telle ou telle langue internationale auxiliaire; je les faisais distribuer, sans succes liailleurs, aux membtres de l'\ssemblele. (es tentati" ves si variees enmanent de personnes qui ont la foi. On leur a dit qu'eiles ont contre elles 'iimmense tnajorite' des gens cornmptents, c'est-a-dire des philologules que malgre L ne foule d'avantaces, le latin nIa pu lmaintenir son caractre e de lanue internationale, que leurs creations artificielles ne ressemblent pas plus it une langue naturelle que les arbres de Saturne et ces produits d'op6rations chlinmiques, dont nous entretenait racemnent MI. S. Leduc, ne ressernblent ai de v'eritables vegeOtaux; qu'en cc: qui conterne notre pays, leurs tentatives courent le risque de porter atteinte t la situation privil(l'idee que le Francais conserve encore comme lan-gue internationale. Ils ont raponse.i tout; cette fabrication de lannues artificielles parait avoir quelque chose do s(Iduisant: Tnais comme ces lang-ues sont au nonlbre d'une soixantaine peut-atre, cornmne deux ou trois au mnoins d'entre elles ont, ou ont eu, des partisans d(terlmtinis, on a pense qu il fallait une attorite pour t Pl art,-er ces concurrents acharnes; et l'on a sonner tout naturellemnent t Vt.ssocilntio/t inlerat/ionfw/ d(/e'. Aa /'(,tes. C'est ldne a elle que s'est adresse cet or-atne international qui a pris le noril de Il)r'gaufion pll1o?' 1'(aopti'o dune l/sauIe aut iaies re ide lnaciationw le D'apr&es les statuts nmemnes de 'ssociation des

Page  348 348 L ACADlIMIIE DES SCIElNCES Acadenmies, la proposition de la Delegqation ne poivait Ctre presentee que soOs le patronage d'une tes Academies associees, et elle ne pouvait 6tre mise, lordre du jour qu'avec lassentiment de la moitie de1 Academies. Cette miarche 6tait interdite aux auteurs de la proposition. Nos trois A\cadmies francaises li;,ttaient defavorables; tout au )plus, en comptantlargement, aurait-on trouve deux ou trois Academis etrangires dispos6es a la soutenir. La ele)digaiot; done prefir6i s'adresser sans intermediaire 1 l'Aca(dmie directrice; et celle-ci, dans une pensee de conciliation sans doute, et pour temoigner de la deterence envers les si nataires de la proposition, avait propos: 1~ De mettre a l'ordre du jour la proposition de Ia Delegation; 2~ De declarer que, sans entrer dans F'exarmen du fond, lAssociation ne se considere pas comme ayant qualite pour proceder an clioix d'une langue internationale. Au vote, l'Academie de Belgique, dont les deux classes de lettres et de sciences etaient d'avis opposes, a du s'abstenir; et par 12 voix contre 8, lassemblee s'est refusee it mlettre la proposition i l'ordre du jour. Parmi les huit Academies forinantla minoriter la plupart etaient disposees ta suivre l'Academie de Vienne dans la procedure qu'elle avait proposee. La troisieme question discutee dans l'Assemblee generale est celle des ceuvres de Leibniz. On se rappelle que, des 1901, F'Academie des sciences morales et politiques avait pris l'initiative de cette publication. Le passage suivant, que nous emprun. tons au rapport de la Commission de 1901, mettait bien en evidence toute l'utilite de l'entreprise proposee. Tous les grands philosophes des deux derniers

Page  349 ET L' ASSOCIATION INTERNATIONALE DES ACADIMIES 349 sihcles, disait M. Victor Brochard, out en leurs 'diteurs. Victor Cousin a publie' les ceuv\res de Descartes et MML. Adam et Tannery en prd'parent une edition,encore plus parfaite, dont plusieurs volumes ont de'j'a,paru. Une~ belle edition de Spinoza a e'te donne'e at 1'occasion du centenaire. L'Allemag-ne e1 e a Kn un monument digne de lui. Seul Leibniz a W oublie'. Ii y a Ih un e in~justice du sort qu'il conv\.ient de re'parer an plus t~t, et personne n'est plus capable de mener 'a bonne fin une telle ceuvre que FiAssociation internationale des Acade'mies. Par un vote unanime, IlAssenib~he de 1901 av\7ait confie' ah IAcade'mie des sciences mnot-ales et politiques, auteur (le la prop~osition, a Fk.cado'mie, dessciences de Berlin et 'a I'Acade'mie des sciences de ~Paris le soin de pr6parer conjointement Yeddition de~sire'e, en particulier de dresser un catalogue descriptif ou raisonne' de toutes les pieces utiles a la publication et de pre'parer le plan me'thodique que Von pourrait adopter pour l'~i tion projet~e. IAide'es par les gouvernernents des deux pays, les Acadc'mies se mirent 'a F1euvre; mais la tache proPose'e e'tait encore plus difficile qu'on ne l'avait sul)Pose'. Trois ans apre's, en 190it, IlAssemble'e de Londres, prs avoir entendu un expos, psent parAL. Boutroux, des r~sultats d~ja' ob~tenus, confirmait, en le pre'cisant un peu, le mandat qui avait eA donn6 alUX trois A1cad~niies et les invitait ~'i faire ab~outir, avant l'assembklee g-6ne'rale de Ilkssociation en.190C, Ia1 Publication d'un catalogue critique des m-anuscrit's "le Leibniz, Pour lequel. elles, avaient dV~ji r'unti des Mnateriaux, oslecteurs se rappellent les excellents articles tj~apubbs ic ~m~e enjuillet et ao10it '1906 (p 37T0 Qt 41) MAlbert Ilivaud suir la pr~paration dv c —e

Page  350 L'ACXlDEMIIE DES SCIENCES catalogue critique et chronologique et sur les services de toute nature qu'il est appeleA rendre. Grace aux travaux pers'v6rants de 3MM. Ritter, Kabitz, Wiese Groethuvsen du cute allemland livaud, Sire, Halbwachs, Davill;' dau c't6 francais, il est aujourd'hui prnt pour limpression. Tel qu'il a etS conq:u par ses auteurs il comprendrait en-iron 2.000 pages d'impression Dans une conf6rence qui a reuni a Cologne, le 8 mars dernier, les delegu6s des trois Acadlemies, la question de l'impression a et6 examin6le de tres pres. On a reconnu qu'elle occasionnerait des frais considerables et que te catalogue ferait, en plusieurs de ses parties, double emploi avec l'edition, dont il ddmontre d'ailleurs la n6cessit6. La publication d'une edition des ceuvres de Leibniz apparut, d'apres les donnees nmeme fournies par le catalogue, comnrme necessaire. Les Acadt mies s'accorderent it reconnaitre que cette publication devrait etre comspl/cte, mais non totale. L'examen du catalogue montre en efTet qu'une edition materiellenent complete renfeemerait un grand nombre de pieces depourvues de tout interet. Toutefois, le'dition devra comprendre la mention ou 1'analyse de toutes les pieces sans exception. Ces propositions ont ett6 sanctionnees par le vote de lassemblee de Vienne, qui a adopte a l'unanimite une resolution dont voici le texte franQais: 1. (( L'Academie royale de Berlin, les Academies des sciences et des sciences morales et politiques de Paris sont invitees a faire reproduire par un procede mecanique, pour etre mis a la disposition des travailleurs, dans les bibliotheques des Academies associees et dans quelques autres bibliotheques, le catalogue des ceuvres de Leibniz qu'elles ont dresse conformement a laresolution votee a Londres en 1904. 2. (( Les memes Academies executeront la publica

Page  351 ET LASSOCIATlON INTERNATIONALE DES ACADE,'MIES 351 tion d'une (3dition scientifiquement complhde des cenvres, de Leibniz. 3. ((L'Association internationale des -Acadeniies emet le vccu que les diverses Acade'mies veujilleut bien souscrire 'a un certain nombre d'exemplaires de, la dite 6dition et recomniander h leurs grouvernernents une souscription analocrue. Ainsi, &chaque assemil)le'e g'enerale, on a pu cons — tater, danis cette affaire, Lin pas nouveau vers la solu - tion. Aujourd'hUi certes, tout n'est pas terinin('; nais bous a-vons un catalogue, int~ressant en- Iui-me'ine, et de, plus les 6hle'niets d'une excellente edition. Quel 4dite Ur autrait pu r-6unir taut de collaborateurs et faire pendant si lon-temps tes sacrifices consentis pai' les trois Acadh~iwes et leurs gouvernements. Seutle, 1'As sociation des Acad6nmies 6tait en inesure d'entreprendre et de mener 1t bonne fin une publication de cette ilnportance et de cette comiplexit6. Tout le monde lFa Si bien compris qu'apres tavoir i-ue surmonter, p.our les weurres de Leibniz. toutes les diflicult~s auxqueltes nAous avons fait allusion, on sest emnpresse' de propoSe-r it1 Associatio' n Ltche nouvelle de m'm ]nature, presque aussi difilcile. Apre's que MM.1. Bontroux et Lenz eurent (donne' aux principaux collab~orateurs, MI. Rivaud et Rtitter, la lou-an-e quiLls m~ritent pour la prepar'ationt des (iEuvres de Leibniz, et 4-nnonce' que ion pourrait avoir dans trois, on quatre nsles trois prm svlumes, de lF6dition d~finitive, C10ntenant, les lettres e t les documents bioographiques, M.Lindemanin, de I Aead~inie de Mlunich, a rappel65 qJue, (lans ces derniers temps, on avait exarnin, (dc ditlerents ccte's tleVentUalite d'une publication presque Au Si consid~rable, celle des ceuvres, d'Euler, le, ~t r1nd g-6om' tre du xvtiri si'cle. M1. IBacktund, thd6lgu6e l'Aca'deiuie dle Saint-Petersbour-, iit laquelle Euler

Page  352 L ACADE3mMIlE DES SCIENClES a appartenu, apres son dtpartt de Berlin, do 1766 jts qu' sa smort en 1783, a mnis aussi en tvidence le haut int'ret de cette publication. Avec l'assentiment unanime des d6leg'ues, le president de I'assemblee a exprim6n le d6sir que, pour la prochaine seance d Comitei, une proposition tendant a la realisation du d6sir exprinme fut introduite et presentee sous iS. forie pr6vue par les statuts. Je laisse de cot(6 quelques questions de moindrl importance traitees par la.'s'mh/c /)l e lPebi,' e pour arriver aux travaux particuliers des deux sections. La Seclion des lettl'es avail (i son ordre du jour un projet prepare par l'Academie de Berlin en vue d'arriver au pret direct des manuscrits et imprimes entre les lilbliotheques. I1 ne differre guLre de celui qui avait ete present6 en 1901 i l'Assemblee de Paris; il pr(. cise seulenient les conditions du pret, de maniere sans doute i r6pondre t des objections formulees par quelques-uns des gouvernements auxquels avait et? soumis le projet primitif. On peut le caracteriser comme il suit: Les billiotheques qui auront et6 desi'nees dans chaque pays par les gouvernements participants el qui seront portees sur une liste nenerale 'changeront directe)met entre elles des manuscrits et des imprimi s. On s'est attache ta bien d6finir les conditions de cet echange et I'on a prevu, en cas de litigoe entre la bibliotlheque qui fait l'emprunt et celle qui le consent, larbitrage d'une commission permanente nommnee par l'Association. C'est notreo confrere M1. Omont qui representera la France dans cette Commission. L'article du projet qui vise l'emprunt direct, sans intervention de l'autorite centrale, a souleve des objections de la part des representants de l'Academie des inscriptions et de l'Academie des sciences morales,

Page  353 ET L ASSOCIATION INTERNATIONALE DES ACADEMIES 303 MM. Senart et Georges Picot. Quel que doive etre t'accueil que notre gouvernement et quelques autres pourront faire a cette disposition, on peut dire que, pour ce qui concerne le pret des documents, notre pays remplit largement, et des a present, sa mission internationale. L'annee derniere, si les chiffres qui nous ont ete donnes sont exacts, nos bibliotheques ont prete a dlehors plus de six cents manuscrits. De mmem que la question du pret direct des manuscrits, presque toutes celles dont s'est occupe)e la Section des lettres avaient e6t d(ejt introduites a Paris; leur (etendue est telle qu'on ne pouvait s'attendre i les voir termin'es dans le court espace de six ans: mais elles sent toutes en bonne voie. C'est ainsi qule lilltstre associe etranger de 1'Acadtmie des inscriptions, M. de Goeje, a depose, au nom de la Colmmission de 'Ency/clopeldi e /e I.'slam nomrnee en 190, le premier fascicule, en triple edition: allemande, anglaise, francaise, de cette E,(ncc/lopc;die. Le rapport qu'il a presente sur la marche de co travail montre que, nialgre la bonne volonte des Academries et les subventions de quelques gouvernemcnts interesses, les ressources financieres ont besoin d'etre notablement accrues. \Aussi la section s'est-elle empressee de voter (1 lunanimite une motion presentee par M. v. Karabacek: ( Les gouvernenients des pays renfermant des Populations musulmanes sont prie's d'accorder des subsides a cette entreprise, a l'exemple de l'blndia Office, qui a dejat mainifeste une pareille intention. > D'autres entreprises dejh introduites h Paris, le proct d'une pul)lication gaenrale des documents (recs du iaoyen (ere et des temps modernes propos' par 1'Acad6 -ice de Alunich, le projet de publication d'une edition tritique du JiMa/allVb/rala em(nanant doe 1Academiie de 23

Page  354 350 L ACADEtMIE DES SCIENCES Vienne, sont egalement en bonne voie, AM Diels a fait un r.apport sur le projet de publication du CorpN, medliuor an ( ticqtolrum present6e 'a londres en 190i par les deux Acadenmies de Berlin et de Copenhaguei I a recu un commencement d'execution, et deux Academies nourelles sont venues se joindre h celles qui des le d6but, en avaient assumen la direction. Pour terminer le compte rendu des travaux de ia Section des lettres, ii ne nous reste plus qu'l mentionner la vaste entreprise dle Bibt)liogr aphi litzir'aire, mise en avant, il v a un an, par la Briiti.7, A.cadezmy. Voulant suivre l'exemple donne par lit Royal Socielt qui a reussi it mettre sur pied, malg'r tous les obstacles, la pul)lication d'un Cataloyal international (e Litl/r&atte se cientifiqyze, la Brilij., Academy proposait une organisation analogue pour l'histoire. la philosophie, la philologie. Ici les difficultes sont incomparablement plus grandes. Aussi la Section des lettres a-t-elle tenu, avant d'accorder son concours et son patronage, a etre mise en presence d'un projet precis, bien defini; M. Gollancz, un des di6e1ues de la British Acadcemy, a promis de poursuivre les etudes necessaires. On sait qu'il existe it Bruxelles une institution avant quelque analogie avec celle que l'on propose de creer; aussi les delegues de l'Academi e e Belgique ont suivi avec un interet tout particulier l'etude de cette question. La Sectioln (/es sciences a eux aussi des seances tres animees et elle a du s'occuper d'un grand nombre de projets de haute port6e. Elle a entendu un rapport tres interessant sur les travaux de la Commission normmee a Paris pour coordonner et developper les travaux relatifs l'anatomie du cerveau, fait par il. Waldeyer, secretaire perpetuel de 1'Academie de Berlin, qui a remplac6 le

Page  355 ET L ASSOCIATION INTERNATIONALE DES ACADEMIES 355 regrette M. His 'a la presidence de cette Commission. Elle a pris connaissance de rapports qu'elle avail demandes 'a l'Association geodesique internationale. Dans une des seances tenues a Londres en 1904, l'Association des Acad6mies, prenant en consideration une communication qui lui avait 6et adressee par le Congres international de Geologie, reuni a Vienne en 1903, avait sollicite l'intervention de l'Association yeodesique inrtenalionale pour savoir de quelle fagon celle-ci pourrait susciter ou promouvoir la cooperation internationale dans letude des questions suivantes: A. Nivellements de precision dans les chaines de montagnes sujettes aux treniblements de terre, en vue de constater si ces chaines sent stables ou soumises 3 des mouvements, soit de soulevement, soit d'affaissement; B. lesures de la Gravite dans le but, en ce qui concerne les questions geologiques, de jeter de la lumiere sur la distribution interne des masses terrestres et sur la rigidite ou lisostasie de la croute du globe. L'Association geodesique, deferant aux vtlux des Academies associees, avait mis cette question 'a 'ordre du jour de sa session de 1906, tenue it Budapest, et elle a-ait entendu avec le plus vif int6re't deux rapPorts, 'un de Sir Georges Darwin sur la question B, et l'autre de M. Lallemand, notre compatriote, sur la question A. Les appreciations de ces savants, tous leux d'une haute competence, serviront de guide Pour les recherches futures; eles ont surtout contrihu a nmettre en lumiere la valeur des resultats que.:le baron Eotv6s, de Budapest, a obteltus a lFaide:'II appareil qu'il a invente pour la Imesure de la ravite. L'Association des Academies a tenu it rerner

Page  356 L'ACAD)EMIE DES SCIENCES cier ]e Gouvernement hongrois pour la subvention annuelle cde 60.00) couronnes (u'il a bien voulu accorder. dans ces derniers tempns, aux recherches i origrinales de MT. le baron EStvi's. En nous associant ai ces lotanges et a ces f6licitations, adrelssaees a une ceuvre que nous admiirons, nfos avons tenu a1 rappeler que precisement M5. Brillouin, pro'resseur an College de France, avait etc conduit i; emplo-er, en le modiiiant et le perfectionnant pour ee qui concerne les mesures, l'appareil de nM. le baron EjtvSs, dans des travaux dont la publication est imniinente et qu'il a entrepris sur lat variation de la Gravitl ai linterieur duL tunnel du Simplon. On se rappelle sans doute qu't la reunion de Paris Sir David Gill, directeur de l'observatoire du Cap avait recolmmande a la sollicitude de l'Association un projet veritablement gigantesque, la ruesure d'un alr de m6ridien traversant l'Afrique, depuis le Cap jusqu'au Caire., Cet arc devait avoir plus de 7.000 kilometres et, it raison de ses dimensions, de sa situation de part et d'autre de l'6quateur, sa mesure devait avancer d'une maniere extraordinaire nos connaissances sur la figure de la terre. Aussi l'Assemblee de Paris, en exprimant son entiere svympathie pour ce vaste projet de triangulation, charga l'Academie des sciences de Paris de le communiquer aux gouvernements dont le concours etait necessaire, en appelant leur attention sur sa haute importance et sur son utilite. Depuis 1901, le Gouvernement anglais a pousse cette grande entreprise avec sa tenacite habituelle; et, a Vienne, Sir Georges Darwin nous a fait connaitre les progres vraiment remarquables qu'a faits. dans ces derniers temps, la mesure de l'arc du 30 meridien qui doit traverser I'Afrique dans toute s,

Page  357 ET L ASSOCIATION INTERNATIONALE DES ACADEMIES 357 longueur. Les operations geodesiques sont a la veille d'atteindre la frontiere nord des possessions britanniques, et il serait a desirer que les Allemands voulussent bien poursuivre les travaux sur leur propre territoire. Mais ce qu'il y a de plus interessant, c'est que les officiers ing6nieurs britanniques vont se rendre dans l'Ouganda pour determiner la frontiere qui separe les possessions britanniques de l'Etat du Congo; et lIon a toute raison d'esperer que les deux degres de meri(tien qui sont dans le voisinane immediat de l'Equateur pourront etre mesures avec tonte la precision habituelle aux operations gtod(esiques. Enfin le capitaine I.yons, directeur du Service g'oodlsique pour 1'Egyptc, cspere commencer cet hiver la triangulation de la vallee du Nil. Un rapport si satisfaisant ne pouvait etre que tres favorablement accueilli. L'Academie de Berlin a bien voulu se charger d'appeler l'attention du Gouverne-.ment alleman(d sur la partie de la tache qu'on serait desireux de lui voir entrep rendre. C'est MI. Exner, d(e Aienne, qui a lu le rapport sur la station physiologique internationale du Pare aux Princes ou, plus simplement, sur l'lniftluf lt-arf/. On sait qu'une dotation de 25.000 francs fi-gure annuel. lement a notre budget polr cette cr'(ation dle notre regreotte confirre. Dernierement, la municipalitde de Paris, fidile i ses li:brals habitudes a concf6dft cet etablissement pour soixante-cinq ans la jouisssance Sratuite du terrain ('tendu stir lequel il est etabli au Pc aux Princc., ( Bontulogne, et lui a accorde aussi une subvention annuelle de quelques milliers de francs. Les Academies associes out adresse anu Gouverne-.ent francais et I la V ille de Paris leurs remercie'Ienits pour ces dons magnifiques. Le rapport de

Page  358 358 I IACADEi'MIE DES SCIENCES NI. Exner exprimne egalement le vCPu quc, pour bien marquer et pour assurer le caractere international de cet Institut, les gouvernements veuillent ien v louer a l'image de cc qui se fait t Naples et au M5ont-Rose, des tables de travail, qui leur seront assurtes moyen*nant un loyer annuel de 1.000 francs. Ces deux resolutions ont ate; adoptees ia l'unanimitr. L'indiscipline aujourd'hui s'introduit partout. i1 parait que les observateurs qui s'occupent de lobservation si interessante de la surface de la lune, tantot donnent des noms differents aux meoimes accidents de cette surface, tantot donnent le mlnie norm i dlifferentes formations. Pour rem6edier a cet inconvenient et unifier la nomenclature lunaire, la Section a nomme, sur la proposition de la Sociele hoyale, une Commission composee de: AMM. Lcewy, pre.ident; Turner, de Londres; Newcomb, de \Washington; Weiss, de Vienne, et Saunder, de Londres. Cette Commission sera chargee de presenter son rapport a la prochaine seance du Cosneite de l'Association. La Section des scironce. s'est aussi occup~'e d'une question que notre Acadimie des sciences lui avait sournise sur l'invitation de la Con fre',nce n/e/orologiq Ie il t erna t i onale. Quand on examine la distribution des stations meteorologiques it la surface tde la terre, on constate que les stations dans les hautes latitudes Nord et dans les les des differentes mers presentent un interet exceptionnel. L'Association a exprinm6 le desir que les observations de cette nature fussent developpees et coordonnees. Elle a aussi emis le vceu qu'il fut etabli des stations nouvelles et que les observations obtenues ainsi fussent mises a la portee de tous par des publications regulieres dans les organes appropries.

Page  359 ET L ASSOCIATION INTERNATIONALE DES ACADIEMIES 3"9 Pour les latitudes Nord, il est desirable que deux ou trois stations soient etablies en Sib6rie et dans l'Am6rique du Nord. En ce qui concerne les ties, lAssociation a aussi indique nominativement les points qui pourraient etre choisis dans l'ocean Atlantique, dans l'oc6an Pacifique, dans l'ocean Indien et dans l'ocean Arctique. Ils appartiennent au Danemark, a FEspagne, au Portugal, it l'Angleterre, au Bresil, aux Etats-Unis, t l'Allemanne, aux Pays-Bas, it la lRussie, a1 la France. Les stations qui out ete recommandees pour notre pays sont: la Nouvelle-Caledonie, Tahiti, la Reunion et AMadagascar. Nous avons indique plus hault que le Cofyr's c.' eo (desique de Vienne avail demand6 it l Association des Academies de faire aboutir un de ses vceux. Ce Congres n'est pas le seul qui se soit adresse ia l'Association des Acadenmies. L'Association des e;tudte. solaires,, qui a successivement tenu ses rtunions p6riodiques i Saint-Louis (Etats-Unis), it Cambridge et, tout r6cemment, l Mleudon, sous la presidence de AI. Janssen, avait exprime, des le debut, le desir de se trouver placee en quelque sorte sous le patronage de l'Association des Acadenmies. La Societe Rovale,,de Londres s'etait charg'ee de presenter ce v(cu, en le precisant. C'est i lVunanimitl qu'a tit adopt6e la proposition suivante, de AM. Schuster I'un des d(1c6gtues de la Royal Society/: 1~ L'Union internationale pour les 6tudes solaires est placee sons le patronage de 'Association internationale dles Academies; 2~ L'Acad(emie directrice (de l'ssociation nomime un des trois memnbres du C(omite exstcutif (e l'1lion; 3~ L'nion aura, tous les trois ans, at presenter un rapport a I'Association sur ces travaux. On a aussi adopt6 it l'unanimit6 une proposition

Page  360 360 1' ACAIOl31E DES SCIENCES de M. Hale. d(l1(gu5 de la A-atioa(il A caelrmy de Was hinnton, qui, personnellelnent, s'est place a n rang si Ie0- 11tpar ses rechcrches sui, Ie soleil. Elle est ainsi conc(ue: ( Eu c(,ard i la haute importance des observations du soleil qui sont faites a une,Irande hauteur, et an nomb)rel des stations qui pourraient itre c hoisies dans ces conditions favorables aux environs de Vienne, l'Association prie respectueusement Ie Gouvernement autrichien d'examiner s'il ne lui con vieldlrait pas d'or-.ganiser et de subvenlionner lde telles observations. > Nous voilat parvenus au ter Lie de ce compte rendu. On voit combien sont nomllreuses el variees les questions qui ont ote abordt'es et discuttes dans la dernielre asseunl)lee g(2nedrale de I' ssociation des Acad6l ~mies. Parmi les projets pr6sentes au d6but, quelquesuns sont bien )prits ld' te mnents (i bonne fin; d'autres sont soumis a des etudes dont on no peut des t present fixer le terne. Cela est dans la nature des choses: une association, qui avait d'abord a ilaborer ses statuts et a prendre en quelque sorte conscience d'elle1rn1me, (lqui, pari suite nmime de sa constitution, avait a ab)order 1tes prol)le'mes internationaux les plus vastes et les plus ardus, ne opoluvait guere les r,(soudie tous, dans le court espace de temps qui s'est 6coule deluis 19)01. Ce qui s'est passe pour les (o'uvres de Leil.)niz. pour lorganisation de l'Institut Mlarey, est de nature a donner les meilleures esperances. L'autorite meme et l'influence de l'Associalion internationale ne cessent de grandir, comme en t6moignent, du reste, les appels qui lui sont adresses de divers cotes. Une bonne part de ce.rsultat est due certainement a FlAcademie de Vienne, qui, depuis trois ans, est a la tete de l'Association. Nous aimons a lui rendre ce temoignage, avant qu'elle transmette ses pouvoirs a

Page  361 ET L'ASSOCIATION INTERNATIONALE DES ACADEMIES 361 l'Academie royale (des Lincdi, que le vote de l'Assemblee de Vienne a designee pour devenir, du le1 janvier 1908 au le janvier 4911, l'Academie directrice de l'Association. Nous tenons aussi 'a remercier nos confreres autrichiens pour l'accueil que nous avons requ. Nous n'oublierons janmais les attentions delicates dont ils nous ont combles en 1906 et 1907. Nous conserverons le souvenir de cette belle journee que nous avons passee avec eux sur le Sem2crinlq, de la charmante soiree que nous a donnee, en 1906, AI[. le cointe Lanckoronsky; de l'accueil bienveillant que nous a fltit tc deux reprises lartchiduc R6niter, protecteur de l'Academlnie; de l'hospitalit6 que nous a offerte M. le comte Wilczek dans son chateau de rKreuzenstein, si admirablement restaure; enfin de l'honneur qui nous a ete fait par S. MI. l'Empereur, qui a bien voulu se faire presenter. Acadeimie par Acadm'Sie, tous les dte66lies de l'Association. Quand nous nous rappellerons ces journees si acgrables, nous associerons it nos souvenirs et h notre reconnaissance nos confreres de l'Academie de Vienne; son president, Al. Ed. Suess, lillustre,eolog ue associe strann'er de l'Acad6mie des Sciences; ses vice-presidents, AL. v. Hartel et S. E. M. v. ohim13awerk, sans oublier M. v. Krlber et l. le Alinistre de l'Instruction publique, qui, au diner offert par l'Acad{T miee de Viennc, nons ont parl6 en terines si levts, et de Leibniz, et td role de notre Association. Gaston D.xiuBoIx.

Page  362 L'ACADIiKMIE DES SCI ENCES I ET LA CANRTE DtL CIII Dikcwoas /-)JO~lmhC IC, sa~(b-wz 9) 1 aer'il 1909 aa Dnt le. c181 aure de la 60 COU/C'r(nWc pour 1 execution. de /a Carte dui Ciel dounni d1aus la gvande Salle (le, l'Obsercvatoire (,-l Pari8s par) 11. Ie iDireci eaIr de l'Obser~raolircelt Mine Bail/and. AMadamne, Messieurs, Ii y a plus de 200 ans, le jer mai 1682, le roi Louis XIV, accompagne' de toute la Cour, vNenait visit~er pour la prernie'ie fois cet Observatoire, ceuivre de l'auteur de la Colonnade du Louvre, Claude Perrault, membre de notre Acade'mie des Sciences, Ia la lois architecte, naturaliste habile et niedecin. Un artiste de grand me'rite, Se'bastien be Clerc, nous a laiss' une belle grav\ure qui represente la visite du roi dans la salle me~me out n-ous nous tronvons en ce moment. Mais rien ou presque rien, dans sa composition, ne nons re've'erait, si nous l'ignorions, la destination du noble et qnelque pen. massif e'difice O'leve' par Perranlt. On aper~,oit bien dans le jardin, 'a travers les, largess fene'tres qui subsistent encore aujourdliui, nn de ces instruments encombrants dont les astronomes se servaient alors pour observer les astres. Mlais, c'est 'a peine si, dans la salle me'me, nous ponvons de'couvrir

Page  363 ET LA, CARITE DV) CIEL -363 an premier plan une spheiwe armillaire, apporte'e lP sans doute par Cassini. Partout au contraire, noues voyons des mode'les de me'eanique, des cornues, des alambics, les squelettes de l'homme et des animaux les plus divers. La presence de tant d'objets si "trangers aux preoccupations habituelles des astronomes n'e'Stonne nullemont coux qui sont au cou~rant de l'histoiro de ce temps. Colbert, ce n-inistre porte" de luimerme aux grands desseins ~,avait conCIa, bIoavn la Convention Nationale, le plan d'un vaste e6tab~lissement analogue hi notre Institut, otli tous los ordres de recherches devaient &~tre re'unis. Pour ce qui coucorne en particulier IAcade'mie des Sciences, it aN-aiL N-ouni qu ici mm, _i ct' de l'Observatoire, fussent conls truits des laboratoires, des salles de collections et desamnphith Atres, des logements pour tons los Acade' miciens et pour coux qui devaieut travailtor sous tour direction. Los guerres incessantes enmp('che~rent Colhort do donnor suite 'a do si vastes projets. Mlais notre, Acade'mie, qui compta an nomubre do sos fonda tours des hommes, tots quo Iinvgens, labb~e Picart, Auizout, Roomer, Cassini, ruanifesta des le d~but to goU't to plus vjf pour los ktudos d'astronornie. Lapplication du pendute aux horloges, Fernptoi des lunottes pour la mesure des angles, la de'couverte dii micromni)tre. et do la lunette iniuridienne, donn~,rent lessor -L uno, foute 'do rechierchos. Lo,-,s membres do IlAcadoninj altrent an loin r6'soudro la belle question do l'aptat'[isso1einet terrestro, mesuror la tonguour du pendule, d('4orniiner dune mnani~,re exacte los coordonn' es g~orptiques d'un grand nombre do lioux. Parni) cos Miissiounairos dnt ous pourrions rappetor los nomns avec, quolquo, jrgell, o eltorai un tout au moins pour s~ilsir I1000asion do remnercier votre pre'sident dYhouneur, Sir

Page  364 361,L ACADEM11E )DES SCIENC:ES David Gill, qu:lii rendit, il y a quelques annees, un si l)e hon-mmagne. J-e -vx parler du savant et nodeste La Caille qui ( tr(availla it lui soul autant que tons les astronomes de son temps,. Envoye par lFAademie an (C(a de Bonne-Esperance, il y observa plus de dix niille 6toiles du Ciel Austral, il mesura de plus un arc de AMeridien, pr6ludant ainsi ( la mnagistrale entreprise que l'Angleterre poursuit en ce mloment je veux dire la rnesure de L'are oe mridien qui doit traverser 1 Afrique dans toute sa loncueur. Cette predilection que. des le premier jour, avait montre l'ancienne Academie des Sciences pour les recherches astronomiques, se transmit tout naturellement it 1a nouvelle Acadlmie. Delambre, l'historien astronome, t'ut son premier Secr6taire perpetuel pour les Sciences Mathemiatiques. Arago, tqui joignait aux talents de l'astronoml le e enie du phvsicien liii suece,6da apres un coulrt intervalle et nous habitua sans effort h regarder l'astronomie comme la pr)emiire des Sciences. Aussi, lorsqu'en 1887 les belles decouvertes des fi'res Hlenry donnerent raison aux vues d'Arago et de Fave, qui n'a-vaxient cess6 de recommanderl'emploi de l, photogriaphie dans l'Vtude des corps celestes, qu-ind l('airal i oulchez, s'appuyant sur ls avis et la hallte coimpe6tence de Sir David G;ill, con:ut et presenta, avec la haIrdiesse d'un vrai marin, le vaste projet (lune Carte du Ciel, qui devait comprendre toutes les etoiles jusqu'it la 170 grandeur, notre Academie, sans meconnaitre toutes les difficultes d'une entreprise que votre sagesse devait ramener a des proportions realisables, saisit au vol, pour ainsi dire, cette grande et noble conception, et s'empressa de lui assurer tout l'appui dont elle pouvait disposer. C'est elle, Mlessieurs, qui voulut vous convoquer pour la premiere Conference de 1887. C'est mon illustre maltre et pre

Page  365 ET LA CAiRTE DU, CIEL 6 365 dekesseur Joseph Bertrand, aussi bon qu'il e'tait spirituel, qui tint tl honneur de vous assurer, dans ta mesure du possible, tout le concours qui vous serait necessaire de la part de l'Acale'mie. Xrous aussi, Messieurs, et nous vous en serons toutjours reconnaissants, vous tlites 'a tinitiative de l'Amniral, laccueil le plus sympathique. LUavenir se pre'sentait (t lii sons les content's les plUS riantes. It espe'ra d'abord que la Carte sera~it termin~e en 4 on 5 ans puis il corupta que, la fin du XLXC sie~cle -verrait aussi ceite de l'entreprise k laquelle il aura en. 'ihonneur d'attactier son nom. L'exp6rience ne tarda pas a ntiontrer que et~te entreprise e3tait infininment plus complexe, qu'on ne lavait suppos6 tout d'abord. lien cependant ne put vous decourager, rien ne vint altt'rer votre foi en tine cenvre dont vous reconnaissiez 1'utitite' et la. grandeur. AIbordant toutes les difficulte's avec mi6thode, patience et esprit de, concorde, vonis tes avez tontes surmonte'esa mesure qu eltes se pre'sentaient. Et l'on petit pr6voir aujourd'ltiui le jour p)rocha-in oht, re'alisant les re'ves que les astronornes ne cessaient (de, former depuis liipparque, vous anrez donn6 h votre scicuce les bases et enl quetque sorte les titres qui lui manquaient. L'Acadernie des Science~s se (lo 'it juISte titre d'avoir contribu' 'a creer par ses tra-vaux lnga gap. Yn"at-tItIIIa~tiqte. C'est h vouis, Messieurs, que, reviendna Ihonneur d'avoir r~soln un problerme antretnient difficite et de nonis avoi r donne', en mnois de, qutarantLe ans, line g'.ograplhie c11leste oti, pout' paler pins correctenient, la description exacte-, et comphite du ciel &toil6. Ce travail gig~anitesque ne p onvait Actre fait quLIavec des rrnthodes notnvetles, et Par t(h il onivre tine &re nouvelle dans le, de'vetoppenient de tastronoinie. Avant la -carte, c'e'ait la science tin peni f roide des g),3omp~tres.

Page  366 113 6-,6:3(36 L~~~1 XC.U)EM IFIIE DE's SCIEINCES Apries ia (Narte, ce seraFlastrononite aborde'e avec, ces instrumnents nouiveaux, (lisOns Ic 1ino1t, avec ces Sells nouveaux et clompluientaires dont 1'honmme a fte dlot6 pa11 1(e5 plhysiciens. Ces rayon. luminteux dans lesqutels les anciens ne Youlaient voir 'qunune ligne droite, vous les avez decomposes en leurs 616in-1tent color~s. Pour employer un mnot de g(-om~tre, '0 il -v avait une constante lineair mosae is une fonction. IEt cela a suffi, et aui-delit, pour transformer lFasti-onouiie. Uanalvse des rayons envoye's par les astres, en deicelant les de'placernents en profondeur qui 6tAaienit auparavant mnaccessil~ls t ilos sens, vou's a permis de miciux connaitre les mouvemients re'els m-ais elle, a en aussi Vinappre'iable a-vantage. de vous donner les notions les plus pre'cises Sir la constitution des corps qui nous entourent. Vous aviez la gon-iom trie, et la muicanique c~lestes vous avez cr66 la physique, Ia chimnie, et muirne la m16-tehrologie c ilcstes. Grace 'a vous, nous connaissons cc fait de haute imiportance, philosophique que l'univers est un dans son ensemb~le, Lien quninfminient A-aric' dans ses details. MAais les mc~thodes que vous applhquez nous reservent sans doute Lien d'autr'es surprises. La physique nous a hiahituies Ch ses mnerveilles. La pense'e et la parole, la formne, et bient('t sans donte aussi la conleur, out ke transmises;Y tra-vers des milliers de kilonehtres et par les me'thodes les plus varhie's. Qui oserait affirmer aujourdlhuiu qu'it nous sera toujoiirs impossilble de resoudrc tel on tel problh'me d'astronomie, et en particulier de communiquer avec, les astres qui nous entonrent; je n' oserai certes pas promettre aux mernIbres de la prochaine Conference de les conduire en obus automobile dans la plane'te Mars, mais je n'oublie pas non plus que I'Acadiennie des Sciences tient en reiserve une somme de 100.000 francs destine'e 'a

Page  367 ET LAX CARTE DlU CIEL37 367 recornpenser, et ce sera une lbien faible recomnpense, celui qui aura trouve' un jour le rnoyen de cornmuniquer par, des signaux avee une plan~te autre que Mars. En attendant que ces grands e'venements se produisent, vous poursuivez sans tre've vos recherches et parmi les de'couvertes que vous avez faites gralce a la photogTraphie, il en est une qui est venue accroitre 1'inte're't, mais aussi la difficulte' de vos travaux. Vous devinez que je veux parler de la plane'te -Eros, duicouverte ~'I la fin dui sl~cle dernier par iL. W~itt. Grace a-' l'excentricite' de son orbite, Eros tanto~t s'e'loi-ne audela die Mars, taut0 s'approchie de la terre, beauaco-up plus pre's que la plane'te Venuns, fournissant ainsi uine nouivelle et excellente rn6thode pour la d.etermination du nornbre fondamnental de l'astronornie, la parallaxe solaire. En 1900, vous e'tiez encore sons le, coup des deceptions que Yous a-vait apporte'es lobservation des deux derniers passages de VY'nus. La nouvNIelle plane'te Yous offrait uLne occasion favorable de prendre votre, revanche;vons ne l'avez pas laiss6 6chapper. Ilon alni Loewy qne j'ai en. la douleur dle voir mourir olesctes.. attachait inc importance extrim ~tcet question. Lundi dernier, aux applaudissemients de t ALS M.Iincks nous a fait connaitre le risultat de VOs observations et de ses calculs. On peut le caract~l'iser en disaut qu'il confirme, ddfinitiVemhent, pour Sdeux jpremlieres decimales de la parallaxe, le restilatitq uel v o us v\~o us ('tfiez arre't6 d'unu co i i u n ac o rd, Ce1tli que M. Bouquet de la Grye avait trouv&, de son Par la discussion dui dernie'r passage (ie Ve'nus, et -PL1no-us fait couna,itre de, plus unvlurexrm eCft prob~abll de, la troisie'me de'cinialc. Mlais vous th5insatiables, et au. Cours tie cette dernie~re confY'rcIf'vous avez (tecide' de poursuivre 1'dtude, de cc

Page  368 368 L'Al'AD:31IEIE DES SCIENCES lbeau sujet en profitant des circonstances favorable que pr6sentera l'opposition d'Eros en '1831, afin d'ob. tenir. s'il est possible, un nonblre encore plus exact. rotre plan de campagne est dteji dress6. La planute est sujette ii de fortes perturbations quand elle s'a. proche de la terre. II faudra d'abord calculer son 6ph(mndride; et puis, quand cette ephll6ride serL assuree, d6terminer la position des etoiles qui jalonneront sa route dans le ciel en 1831. MAessieurs, j ai pleine confiance qu'une attaque si bien colduite reussira entierement. Pendant que le dieu malin dont la planete porte le nom continuera i troubler et a tourmenter les pauvres humains, la planlte elle-mrnme assujettie hC vos lois, deviendra votre prisonniere; elle vous re6vlera les secrets que vous cherchez et suivra docilenient dans le ciel la route que vous lui aurez assinee. Je voudrais termiiner lI ce trop long discours. Permettez-noi de vous dire encore quelques nots d'une derniere et troublante question. Le cas d'Eros sera-t il isole et en 1831, apres une collaboration d'un demi siecle, vous s6parerez-vous, pour vaquer uniquement k des travaux particuliers? Messieurs, nous pouvons nous rappeler ici la belle parole du poete anglais: 11 y a plus de choses sur la terre et dans le ciel qu'il n'en existe dans notre philosophie. Quelque planete, encore plus propice qu'Eros a la deterrnination de la parallaxe, quelque monde stellaire d'une constitution extraordinaire, quelque comete, unique de son espece, pourront surgir a un moment donne et vous inciter a prolonger votre collaboration. S'il en devait etre ainsi, Messieurs, je serais le dernier a le regretter. J'ai eu plus d'une fois a representer mon pays, ou l'Academie, dans les reunions inter

Page  369 ET LA CARTE DU CIEL39 369 nationales, 'a Berlin et 'a Bruxelles, 'a Londres, a Copenhague, 'a Vienne, 'a WViesbaden, a Rome, 'a La Hlaye, & Budapest, 'a Saint-Louis en Ame'rique; ma conviction intime et profonde c'est quej'ai ainsi particbip' 'a des ceuvres de paix et de concorde. La collaboration des savants, dans ces regions sereines oii la haine ne p.enetre jamais, prepare les accords des nations snr le terrain de~ la politique et des faits. Les ceunvres internationales me paraissent joner', dans les relations des peuples, le r6le de ces pilotis que I' on Qlifonce dans les terrains dangrereux- et mouvants. Qunand uls sont en assez grand nombre, on pent constr'uire au-dessns (les e'difices durables et solides. Les hom-mes de science peuvent re-vendiquer Ihonileur d'avoir kt' les premiers 'a provoqner ces rapproChemnents internationaux. Cela tient sans doute 'a la nature de leurs recherches, dont plusienrs de'passent Ia-durke d'une existence humaine et les forces d'une se~ule nation, quelque puissante, quelque active qu'on la suppose. Cela tient, encore, et il est utile de le remnarquer aujourd'hui, an caracte're me.me, et si je, Puis m'exprimner ainsi, aux conditions morales de leurs travanx. L'hommne de pratique est soutenu par La erspective de s'enrichir. Le lettre' song-,e h la cgloire ji lattenid. A Part quelqnes exceptions bien rares, le sonaii ne pent compter stir nne renomme'e ade'quate n01 herite. Le nom de Newton est, sans doute, 81 toiites les Ibouches;mais combien peu, parnmI 40hoimes, peuverit appro'cier' les me'rites imimortels c es hros de la science qui portent les norns de rodric Gauss, Hluygens, Le'onhard Euler, Lord KelA'i, Fresnlel on Loui's 'Lagrangre.INous tons, qui suivons, trcs d~e ces "rands homsnoues savons be leuvre constitue'e par nos tra-vaux incessants )TOUr la plus g~rande partie, une ownvre anonyme101

Page  370 37 0 L ACADEM1IE DES SCIENCES notre sonice amibition, le plus souvont., est d'apporte, a, lt'difice qui s voune pierre, destin~e sans dout.b a e'tre recou-vei'te on romplace'e. Loin dle nous de"C0q ragoer, cctto perspective rele've 'a nos yeUx le Ilieritc de nos efforts; elle nous conduit aussi, pat, nabe C Sequence naturello, 'a tendro les mains, par dosst ', los frontie'res, a coux qui. sont nos compag~nons dan cette reclierche de'sinte'resse'e. Et nous sommnes doublement heuroux lorsquf,'t cos sentiments do syrnp,, thie, qui. s'exerc~aient d'un pen loin, 'a travers l'ospaeo., nons pouvons joindre tons coax qni r~sultent des relations personnellos, des discussions poursui-vies o commun, et toujiours ploines do franchise et do cordialite'. Cette.bonne fortune nous ost dechue au cours do la semaine qni va finir. Puissiez-vonis Mlessieurs, con-, server, comine nous, le moilleur souvenir des quelques jours quo notis venons do passer ensemble. La session qni v~ient do finir OStait, ne'cessaire; elle e'tait attendue avec impatience par plusieurs d'entre vous, j'en aIi recen la confidence; elle sora certainement f~conde en resultats. Si, comme nous l'espe'rons., vons vonloz bien. ronouveler votre visito,7 noues saisirons a-vec empressemotnt. loccasion do ressorrer encore, los lions d'ami tie' quii nous unissent d6ja. En tons cas, l'appui do, 1' Acade"Mie est acquis 'a vos travaux. Cost d~ans ces sentiments quo je 16,vo mon verre -en l'honneur do nos h6tos, los merubros do la sixie'ane conference pour l'exe'cution do la Carte da Ciel.

Page  371 L'UNITE DE LA SCIENCE Di.scours proionce le 24 seltemnbre 1904 au Banquet de cloture du Congries d'Ar'l ei dle Science, lewn l 'Sainlt Louis d'Am&riquelc dtu 19 au 25) sepitemIre 190i. II v a eu cent ans en 1903, le premier Consul cedait it lFAmerique une region presque inconnue '. cette epoque, la vallee du Mississipi, qui forme aujourd'hui le tiers du territoire des Etats-Unis. Pour celebrer le centenaire de cette cession, iles habitants de Saint-Louis, la ville principale decette. region, avaient concu le projet d'une Exposition Universelle, qui devait se tenir aux portes nemae de cette ville. Les Directeurs de l'Exposition eurent i'heureuse idee de lui adjoindre un Congres d'art et de science, dont l'idee mre etait de reunir et de rapprocher dans un tableau d'ensemble les sciences, les lettres et les arts de toute nature. L'organisation de ce Congres avait de quoi seduire les savants francais.; car elle 6tait analogue h celle de notre Institut. Ce hut Simon Newcomb, l'illustre associe etranger de I'Academie des Sciences, le futur President du ConVrs, qui fut charge d'adresser les invitations du gouer'nement aemricain pour les inathematiques, la physique, 1'astronomie, la biologie et la technologie. 11 fit dans ce but un voyage i Paris, au cours du Pitntemps de 19()3. Un grand nombre de savants

Page  372 3F72 LiUNITE DE LA. SCIENCE fr'an~,ais r'pondirent h son appel, notan-uie1l Mil. Emile Pic~ard et Gaston Darboux, pour v(, rnath~niatiques pures, Henri Poi ncar'e pour math'matiques appliqu~es, Alfred 'ijard pour i ruorphologie animale, Yves Delage pour I'anaton,,i, comparee, Pierre Janet pour la psycholog'ie des anormn.iaux, Lange-vin pour la physique de l'Electr~oll Moissan pour la Chimnie inorganique. Nous reproduiSons iCI le discours pie prononc,,a M. Darboux, el, qualite' de Vice-Pre'sident d'honneur du CJongre'sa Banquet de Clo'ture, donne' avee le concours de la Mlusique de notre Garde 1{'publicaiue. Messieurs, Gracieusemeni invite 'a prendre la parole an nolyi des de'letogutes francais qui out accepte l'invitation du gou.vernement americain, je considere comme unl de-voir de remercier en premier lieu la graude Nationl pour lFhonneur qu.'elle nous a *fait et pour l'acoueil qu'elle nous, a re'serv%. Tons ceux qui me font l'honueur de me'couter connaissent ce sentiment pe'nible d'isolement qui saisit parfois le voyagyeur an milieu d'une nation ktrange're. Ce sentiment, je dois le dire, nous, n'avons pas en. le temps de Fe'prouver. On nous de'peig)nait en Europe los amn'ricains comme exCiusivement oCCupe's de leurs, affaires; on nous jetait 'a la te'te le fameux pro-verbe: Business is Business, qu'on nous donnait comnme la de-vise de ce beau pays. Nouis avous pu constater, tout an contraire, que ses habitants sont toujours empresse's 'a faire le meilleur aCcueil aux strangers; 'partout, nous avons, rencontre' des personnes pre'tes a se de'ranger de leur route et 'a nous donner, avant me're que nous les demandions, les

Page  373 LIUNlTe DE LA SCIENCE37 373.re~nseignements qui nous e'taient nkcessaires. Et que dlire de l'accueil qui nons e'tait r6serve par nos confr~res ame'ricains. M'. le President de F.Exposition,. M. le Directeur des Congre's et leurs dirnes collaborateurs, les Autorite's et les, habitants de Saint-Louis', se son-t tous attache's 'a nous rendre le s'j our agreable, la vie facile, an sein de cette magnifique exposition dont nouls conserverons toujours le souvenir enchanteur...Nous aurions Yonin la voir d'une manie're detaillee, faire connaissance avec les attractions sans nombre dont elle four-mille (les savants aiment parfois 'a se de'rider), e'tudier les produits expose's et classes avec un A~hode si parfaite et si rigroureuse dans ses palais dune architecture si origrinate et si imposante:.M. Newcomlb ne nous la pas permiis. Le Congres dont il e'tait 1Fillustre president nous offrait tant d'attractions, dXun genre un peu auste're il est vrai, taut de, travaux aussi 'a accomplir, qu'a' notre g-rand regret nons avons dt' nous refuser 'a bien des sollicitations qu'il nous ei't ke agrreable d'accueillir. Les ame'icamns nous le pardonneront, j'en suis si'r. Us savent rnieux qtie personne le prix du temps;mais uls savent que les forces humaines out des linmites, au rnoins chez no-Ls auitres, pauvres Europe'ens. Car je doute quuni Ame'ricain se sente jamais fatig-ue' Messieurs, le Conugrrs qui va se terminei' demain aura, ve'ritablement une tre's grandecoe 's Ia premie're fois, je crois, qu'oll aura retrouive (lans line grrande re'union internationale, cc, pie nous avons, i~ealise' dans notre Institut de France:l'union des let-,tres, des sciences et des arts. Que cette union se miaintienne 'a Favenir, c'est la' mon vo-,u le plus cher. La science est nue coninre l'Univers;les phe'noeunes qu'elle etudie ne coninaissent, ni les frontilres

Page  374 37.i L UNITE DE LA SCI'ENCE des etats, ni les divisions politiques 6tablies entre les peuples. Dans tous les pays civilises, on calcule avee les mme s chiffres, on mesure avec les memes ins truments, on emploie les mmees classifications, on titudie les memes faits historiques, economiques et moraux. S'il subsiste chez les diffarentes nations des differences entre les methodes, ces differences sont klogres; elles sont bienfaisantes d'ailleurs, et neme necessaires; car, pour l'execution de l'immense. travail de recherche impose a ihumanit6 qui pense, il importe que les sujets dcl'tudes ne soient pas partout identiquement les mnemes; ou bien, s'ils sont identiqnes, que les divergences entre les points de vue sous tesquels ils sont consid6ers dans les dififrents pays eontribuent a nous en faire niieux connaitre la nature, es consequences et les applications. 11 faut done que ehaque peuple conserve son g6nie propre, les methodes particulieres, qu'il s'applique a developper les qualites qu'ils a reoues; de mrme qu'il importe que, dans un orchestre, chaque instrument execute de la maniere la plus parfaite, avec le tinibre qui convient sa nature, la partie qui lui est confiee. Mais, en science comme en musique, un accord entre tous les exscutants est une condition necessaire, que chacun doit s'efforcer de realiser. Attachons-nous done, dans la recherche scientifique, a executer (le notre mieux la partie de la tache que la nature des choses nous a devolue; mais attaehons-nous aussi a realiser cet accord, qui estla condition necessaire de l'harmonie, et qui, seul, pent assuver dans l'avenir le progres de l'humanite. Messieurs, il me serait difficile de vous dire d'une.maniere precise quelle part l'Amenrique est appelee 'a prendre dans ce concert des nations civilisees; maisje snis sur quo cette part sera digne de la nation qni a

Page  375 L'UNIT1~ DE LA. SCIENCE 37,5 su conquerir et nettre en valeur le territoire immense qui s'e'tend entre les deux Oceans. Je 1e"Ne mlon verre en ihonneur de la Science Atne'ricaine, je bois 'a Pavenir de cette grande Nation a.Ijaquelle nous attachent, nous autres francais, tant de souvenirs cornMUnS, tant de liens de vive sympathie et de profonde admiration. Je suis particulie'rement heureux de le raire, dans ce beau territoire qu'il y a cent ans, la France ce'da fibrement 'a 1'Ame'rique naissante.

Page  376 FULTON- ET L'ACADE]MJE DES SCIENCEKi,~ L'Etat et la Mlunicipalite' de New-Y~ork avaient de'cide' de comime'niorer, par des fe'tes ce'lebre'es,~4 New-York, du 25" septembre au 9 octobre 1909, le, troisie'me centenaire de l'exploration de IlIludson par fillustre. navig-ateur dont ce fleuve porte 'le nom. et, en meme temps, le centenaire du premier essai heureuix de navigation 'a vapeur par Fulton. L'invitation de participer 'a ces fe'tes, transmise partl les soins du Gouvernement des Etats-Unis, fut a'dres.. see an Gouvernement Francais, comme, aux autres Gouvernements, par une Commission spe'ciale, de~sjgynee par le Gouverneur de l'Etat de New\,-York et par le Mlaire (de la yille de New -York. Tandis que la pinpart des Gouvernemnents choisissaient, pour les repr'esenter, des mnarins du grade le plus e'eve', le n6tre, se souvenant du se'jour que Fulton av\ait fait dans, notre pays, des travaux qu'il y avait accomplis, des tentatives qu'il avait faites pour o1)tenir le concours et la bienveillance du premier Consul, de'cida de se faire repre'senter par un de'legu6 de la Science Fran~,aise; et il choisit h cet effet le secr~tai re perp~tue1 do l'Acade'mie des Sciences, a laquelle avaient e'te sournis autrefois les premiers essais de Fulton. Ii re'solut, en, meme temps, d'envoyer 'a New-York une petite escadre, qui'devait prendre part aux fetes, Ai coht do la flotte amnericaine et des navires envoye's par les autres

Page  377 FULTON ET L' ACA.DtIM1E DES SCIENCES Nations. Cette escadre fut compose'e des trois Cuirasses suivants:la Jutstice, commande'e par le capitaine de vaisseau Lefe'vr6; la Liberte', commande'e par le capitaine de vaisseau iluguet et la Ve'rit', command~e par le capitaine de vaisseau Tracou. Elle avait pour chef le contre-amiral Le Pord,.qui mit son pavilion sur la Justice. Elle appareilla de Brest pour NewY'ork, le 12 septembre, emmenant 1M. Darboux, qui ai-ait pris place 'a bord de la Justice. La travers~e' fut excellente de tous points, comme en te'moigyne la lettre qu'a son arriv6e 'a New-Y~ork, Al. Darboux adressa an directeur du Temp~s et que ce Journal sempressa de publier dans son no du i octobre 1909. Voici cette lettre: New-Yorki, 21 septembre 1909. Monsieur le directeur, \Tous savez que le grouver-nement fran~ais, di~sirant se faire repre'senter par tin sav~ant aux fa'tes, de New-l York, a fait IFlionneur au secre'taire perpe'tuel de 1'Acade'mie des sciences de lui confier cette mission. Je viens de faire la -travers~e' avec les trois cuirasse's Juistice, Liberl~ et V'vil',~ et je vous demande la permission de vouis env~over mes preffi~res impressions, Vons en ferez tel usagre que vous voudrez. ACes impressions naturellernent ne penv-ent concer-ner que la trav ersee. Elle s'est accomplie dans, les Plus heureuses conditions. Le g~on-verne ment, de'sirant, falire un essai, avait prescrit 'a l'aminal Le Pond, chef (le, notre pet'ite escaclre, une -vitesse nmoyenne de,.1f licuds. Mla),-r6 les vents et les courants contraires, -1ette vitesse a W atteinte, et nienme de'pass("e. Pour 1'obtenir sur le fonid, ii a faliu que les cuirasses four

Page  378 T-1 8 3 8 FULTON ET L'ACADEA IE DEIS SCIENCES nissent, pendant une bonno partic dui parcours, Unao vitesse do plus de 17 n(-tuds. Ils lont fait avec tua regularit6 qui mi-e parai t absotument remarquable. Notez qu'il s'agit de b~Ytiments qui ont donn' I& uxessais tie vitesse, do 19 nosnuds seulenient. Pas ull -accident, pas nine avarie durant tout co -voyage. o trois b1)8tnimefts n'ont cesse, de conserver, pendant la nuit, pendant le brouillard, la distance r6(gleniotair, do quatre cents nehtres. Ce beau r6sultat mie parait reiconfortant. Ii fait, grand honneur 'i tout le 1mo.nde et vant la pouno detro signable, 'a nune 6'poque oui taut do, critiques sout adresse'es (h notro marine of hi nos marins. Ce qui m'a frappe', on dehors do lhabiloble ot du d6v~ouement do Iamiiral Le Pord et do sos officiers, diiho cttd a~i1 cest l'excellent esprit de, e'~quipage. On sent quo, chez nos marins, la discipline repose sur la confiance qu'ils out en lours chefs. Dans leur enthousiasme, cos braves goens auraiont poslla vlitesso jusqu'" 18 nwtuds, pour pen qu'ou lo lour oeuit Jpormis. Los AminIricains. cola, va sans dire, nous ont tre's bien accuefilis. -Nos vaissaxsont los premoiers qii soiont arriv6s; uls sont nmouillks dans la rivie're Hudson, en face do Iliverside Park, of je puis vous assurer qu 'on les admire beaucoup. Teuililez a-r~er, monsieur le directour, Fassuranco dos meillours sentiments d'un homme qui a constate' avec bonhour quo, quoi qu'on en ait dit, nous avons nine marine, of ue belle marine. G. DARBOJX, d r1Ir gue do la Republique fran~,aise ~iNew-York, 'a bord do la Justice. Arrive' 'a New-York, Ml. Darboux prit part aux fetes qui furent donne'es, il requt le meilleur accu'eil des

Page  379 FULTON ET L ACADEMIE DES SCIENCESS 379 Amerieains, visita l'Universite Columbia, F'Ecole Militaire de West Point, l'hopital franQais; il fut fete par la Colonie franqaise, et trouva le concours le plus empresse aupres de tous les representants officiels de notre pays. Nous nous bornons it reproduire ici l'adresse qu'il presenta le 27 septembre, a la reunion qui fut tenue, dans la salle de I'Opera metropolitain de New-York, pour la reception officielle des deletgues; cette adresse contient des d6tails inedits sur les relations de Fulton et de notre Academie des Sciences. Le dele'zue (ie Ia IReIp)tblie lFrancali. r (i Monusieur le Gonverneur de I'ftal de Acc-)4or/, a1 3Ionsielur Ie Miaire et a MiessiCeur.s s ies m ie es de 1a CommimSSiOn Hudson-Fulto n. Messieurs, Des deux hommes que vous reunissez dans un mnme anniversaire, l'un a e6t un hardi navigateur, l'autre un ingcnieur hors de pair. Les decouvertes auxquelles ils ont attache leur nom semblent, au premier abord, ne pouvoir etre comparees, et pourtant il y a bien des points communs dans leurs destinees. Tous deux ont eu le merite de faire (puvre definitive et durable, tons deux ont eu des precurseurs qui leur avaient prepare les voies; tous deux enfin sont morts prematurement, sans obtenir la recompense due a leurs efforts ou t. leur g6nie, sans voit surtout leurs decouvertes donner quelques-uns des resulttats qu'ils en avaient attendus. Henri Hudson, le vaillant capitaine, a le premier explore cette riviere qui porte son;onm et dont les beaut6s romnantiques seduisent tous ceux qui la parcourent. S'il a eu un I lredecesseur',

Page  380 380 80 FULTON ET L ACADEMIE DEIS SCIEINCES le Florentin Vorrazzano, qui, sur le, navire /a J~aI phine fre't(' par' notro roi Franqois 110, a, oxplore " 1524 la haie do New-York et reconnu l'emnbouchu1t0 do la rivie're, c'est d'lludson quo date incontestablenient Ia premniere occupation de votre pays par los Europe'ens, -do sorte quo cette contre'e, apre's s'Atro, appole'e pour un temps bien court la Noutrelle Frdnce. apres avoir -vu les accidents do sos rivag~es dot's u les cartes verrazzaniennos, de noms emprunt's a i~j g zographio, de notre pays ou celle, dos environs doFlorence, s est appelk'e successivernont la AToiuveile floliandle, puis la Nouvelle _AJ/lelerrec, avant do devefir l'Etat-empire, le cewur mehme do la, libre, do 1h puiissante Ame'rique. Robert Fulton do Me'me, avant do lancer sur la rivie're Hudson ce petit bateau qu'oi, i'honneur do son arni Livingston il appelait Ie Clermono), et quo quelques-uns dos habitants do New-York avaiont surnomnie la Folio Fallon, Fulton, avant d'inaugrurer cette navigation a vapour qui a 't6 a XIx0e sie'clo le factour pre'pond~rant des progures do la civilisation, Fulton a ou, ltii aussi, des pr'de'cessours dans ditl6rents payrs. Vous pourrioz en sigrnaler plus d'un en Anmerique mehme. 'En France, nous aurionsa rappeler los noins do Denis Papin, lPinventour do la machine 'a vapour, du marquis do Jouffroy d'Abbans;mais aujourd'hui nous tenons plus particulie'rement Canous souvenir quo Fulton a habit6' quelque temps parmi nonus, quo c'est 'a Paris qu'il a donn6 la primeur de sa de'couvorte, quo c'est sur la Seine qu'il a fait marcher, pour la premiere fois, un bateau 'a vapour, dont il avait dress6 les plans, en ayant soirn d'e'vitor los orrours qui avaient compromis, on inutilis6 jus. — quo-la', tons los essais precedents. Le proce's-verbal, de la se'ance. tenue le 8 aolA't 1803.par notre Acade'mie des

Page  381 FULTON ET L'IACADbIIE DES SCIENCES 38 381 S&iences, qui s'appelait alors la premie're Classe de Flnstitut, contient le passage suivant (( Robert Fulton invite la Classe 'a voir Pnexperience d'un bateau remontant la rivie're par le moyen d'une machine 'a vapeur. Li joint 'a son invitation plusieurs r~tlexions relatives 'a son proce'de'. Les citoyens Bossut, Bougainville, Pe'rier et Carnot sont speceialemnent charoges d'e'tre presents 'a 1exp&rience et d'en rendre compte 'a la Classe ~ L'exp~rience eut lieu le lendemain 9 aoki; clle eut un plein succe's. (( A six heures dlu soir, nous clit un t~moin oculaire, Fulton, aide' seulement de trois personnes, mit en mouvement son bateau et deux autres attaches derrie're; et, pendant une heure et denmie, ii procura aux curieux ce spectacle ktrangre d'un bateau mu par des roues comme un chariot, ces roues arme'es de -volants et de lames plates mues elles-me~me par une pompe ai fe U. Parmi ces curieux dont parle le te'moin oculaire, se trouyaien-t les de'legue's de I'Acade'mie des Sciences, dont quelques-uns eurent peine 'a suivre la marche dii bateau de Fulton. Quoiqu'on ait dit lc contraire, ils prirent plaisir 'a constater le succe's de, l'inventeur am~ricaun. Car un mois apre~s, le 12 septembre suivant, la Section de Mlecanique de I'Acade'mie le proposait pour une place de Correspondant; ct d'ailleurs notre grrand Carnot, celui qui, en sauvant la France de l'invasion, a me~rite' lc beau titre d'org-anisateur de aI' victoire, Carnot, qui, pendant son nministe'rc de ha guerre, avait fait experirnenter les bateaux plongTeurs et les bombes incendiaircs de Fulton, lui krivait ha lelAtre suivante (( Si j'avais encore Yhonneur (letre ministre de ha gue1Prre, je nlhe'siterais pas iii instant ~' vous donner

Page  382 "382 ~I2 FELTON ET L ACADE"1~11W LS SCIENCES les moyens de faire un essai, dent Yentie're re'ussite est indubitable et dent j entrevois les 1"nmenses re'sultats~ pour l'ayenir. Mallieureusenient, 'a lep1ocjue oh Carnot ecrivait cetto lettre prophi4'tique, la France, avait un rnaitre qui allait devenir, pour queique terups, celui de, l'1E,,t rope continentale. Napoleon, en qui Fulton avait d'abord espe're, car legnie se tourne naturelleonett vers le genie, avait, a cette 3pq i, en da aitres preoccupations. Coninme chef de'tat d'ailleurs, ii ava~it, p)eu. de re'sultats ininnu'diats it attendre, dans la lutte, — rig(,antesque qufil allait engagrer, des diverses deSCou-vertes de Fulton. Au reste, des raisons econom-iques, qui frappent los yeux les momns pre'venus, oxptiquent Paturellenmunt pourqooi la tentative que Fulton fit sur la Seine no trouva pas d'e'cho dans notrce pays. Ce n'est pas sor nos fieuves paisil~es de France, ccnes asuno b)eaux canaux, oP' les transports e'taient de, longue date Si fortement org-ani ses. que la tentativo de Fulton avait des chances do s;imposer de haute lotte. 11 luii fallait on pays coi-nme le v\otre, presque, de'pourv do rouates, posse'dant des lacs immenses, les, plus longs et les plus largres fleuvNes do mnonde;c; est hi, Ia' seuloinent, que pounvait devenir victorieuse de's lo premier jour une mn'thode de navigation qni sait vaincro la violence des vents, ainsi que, cello des COUrants, et qpA trouve on olle-rnihno la force ne'cessaire, sans avoir bosoin do ces chemins do halage, quo nous avion's trac's chez nous avec, tant do soin, ot qu'il vons anrait e'ter impossible d't6tablir sur los bords inde'termi-nes de vos Igrands flouves. C'ost l'Ame'rique qui 6tait naturollomont appele'e a devonir lo th&~tre o' ovi donner toute sa mesuro, oP' dovait de'velopper tonte' sa puissance, la grande de'couvorte do Fulton.

Page  383 FULTON ET L 'ACADEMIE DES SCIENCES 8 383 Aujourd'hui, les na-vires dont il nous a dote's se rencontrent par ruilliers sur tous les lacs, sur tons les fleuves de 1'ancien et du nouveau monde. DWpassant, -les premiers esperances de leur inventeur, ils ont depuis longtemps - aborde' la haute mer. Suivant les.expressions qu'llorneire appliquait aux -navires des TPheaciens, les vaisseaux h. vapeur sillonnent avec rapidite6 les vag-ues de la mer; toujours enveloppe's dans l'ombre et les nuages, its n'ont aucune crainte d'elprouver qucique dommagre on, de pe'rir; mais ils savent les pense'es et les de'srs des hommes et connaissent les villes et les champs fertiles de tons les -mortels. La mer immnense, qui e'tait autrefois une barrrcentre les peuples, est dev-enne,grace 'a Fulton, le principal orgyane de leur rapprochement. S'il n'a pas en la fin miserable d'lludson, abandonne' par son equipagc-, dans la ibaie James avec hmit de ses compagrnons, Futlton pourtant, use' par tes luttes et les proce's, est mort ii I'Age de, ~5 ans, sans voir 1 extension prodigiceuse qn'allait jprcndre la navigation qu'it avait creee moins heu reux que, WVatt dont it a 6t6' 1'emule, il n'a pu jonir en paix du fruit de se-, tra-vaux; ili n'aura pas vu. le Slir~is et te Great Wfestern traverser pour la prcmie're fois l'Ocean Atlantique. Votre yuile qui, d1-a lors de sa mort preinatunre, lui reudit les honneturs dus aux grands citoy ens, a v~onin montrer Wuellc, n'a pas oubbe cetn qui a taut contrilbue Ct son Ilier veilleux d6veloppement.Messieurs, la France est de, I-'qJur avec vous, cite sait que la reconnaissance est le [Pern-ier devoir d'une democratie. Votre hommiagc ~,'adresse dailleurs, il faut lc rem-Arquer, a un hommie Tlui re'unissait an. g-enie de l'inventeur les qualite's 111oralcs les jplus hautes et les plus rares. Celui qui, I"ant de partir pour tHurope, mettait sa v~iejile mahre P labri du Ibesoin, qui faisait insercer dans 8on trait'.

Page  384 '3 8 It 84 FULTON UT L 'ACADEM3IE DES SCIENCES avec te Directoire fran~ais uine clause portant qu 0 inventions de torpilles et de sous-marins ne seraieut~ jarnais employees contre son pays, qui se bornaitA -demander qu'on ex'-cutAt ses projets sans stipuler' pour lui-ru'me atuctin avantage, un tel hommne a droit a respect de tous;et sa patrie doit s'estirner heureol15.de pouvoir offr-ir sa vie, toute sa vie, en exem~pi; -ses enfants. Messieurs, cette coutuIme pieuse que vous ae prise d'honorer en toutes circonstances ceux do, -vs -compatriotes qui se sont distingu's par leurs talents,, et par leurs vertus commence a porter des r'sultats quii frappent les yeux de tous. Au moment ofi 11oti -celebrons avec Nous dle rlorieux anniversaires, d'aitres, non moins glorieu x, so pr~eparent aujourd'hui pour votre pays. Fulton a kt6 l'initateur de la navi-,gation sur les mers; deux des vo tres encore, Bushnell et Fulton, ont contribue' h preparer los voies 'a la -navigation sous-marine. A cette double conque~te, -vous avez v oulu joindre celle do l'air qui nouLs entoure,, et l'ou pout dire quo los deux fre'res \Wright sont devenus los Fulton do Ia na-vig~ation ae rienne par le'pu lourd quo 1'air. Ce n'est pas tout encore:apre's avoir k6t d(-,couverte, l'Anierique a voulu. de'couvrir a son tour; et la premieire de otoutes los nations, elle a plantes son drapeau en co point qui avait 6te' nomyne,et dd'ini avanat d'C'tre atteint, le pole Nord, dont la co-nquAe d'cevante avait A't le ra've et le t ourrment do, tant d'illustros oxploratours. L'eau, la terre et l'air no, vous suffisont MeMo plUS. Ii vous faut l'univers qu i vous entouro. Vos astronomes font commo vos maisons, ils oscaladont lo ciol. Aucun astro n'kchapp' a lours investigations ou 'a leurs ealculs. MHunis d'iu-ntrumonts incomparablos fournis par do genereux donateurs, ils nous annoncont c'haque jour des d~con..'

Page  385 ,FULTON ET LiACADbIIE DES SCIENCES 8 385 vertes gui sont interdites 'a nos faibles efforts. Yo-s geod~siens nous apportent les notions les plus pre&cieuses en mesurant, avec une activite' gui ne connalt pas le repos, lFimmense e&endue de votre territoire. Vos naturalistes, et c'est tout dire, sont 'a la hauteur des inerveilles de toute sorte que leur offre votre beau pays. Messieurs, nulle nation plus que la France n'est heureuse de vos succes. L'e'nerogie, la perseverance, la largeur des -vu es, sont faites pour nouis sk-tiire. Les noms de vos savants nous sont farniliers. Nous adinirions les Langley et les N ewcomb, qui ne soul plus maiheureusement; mais i1 vous reste, los Agrassiz, les Bell, les Edison, les George Hale, les Hill, les Pickering,, les Michelson, les Osborne, les Loeb et hbien d'auitres encore, gui sont, heureusement. vivants, et bien vivants. Cette admiration, mM'lee de sympathie que nous e6prouvons pour. la Science Ame'ricaine, remote a tems dja aloign' out votre Franklin demeurait. parmhi nous et e'tait I'objet d'un veritable Culte de la part des Parisiens. u(Is out tellement multiplie' mon buste. kcrivait-il 'a sa Bille ailec sa bonhomie spirituelle, que si ma te'te 6tait misc 'a prix, ii me serait st'rement impossible de mY'c~happer. You's le -vovez, MAessieurs, nous cofiservons tonjours pre'ciets'ement les mnoindres souvenirs (IC Ia. grande e'poque. 1L-es luttes re'centes que nous avons elngage'es avec vous sur les champs de IVkheny et de recanoues les out rendus plus presents et plus chers encore. lPuissions-nous renouveler souvent ces luttes courtoises, qui n'ont d'autre oIbjectif qtie le proNgros pacifique et le de'veloppernent de Ia civilisation.

Page  386 L'ESPRIT DE (E;I'OMIETll EI T E L'ESPIRIT DE FINESSE (Conp/le c//d fllt B aqntel offeil at if. Darboax p la C(onferelcc Sciec)n/iz. /e?S8 jlin 1900 (*). Conf6rence Scientia. Vendredi dernier, 28 juin, a eu lieu la seizimer reunion de la Conference Scientia, a l'Exposition, au Restaurant des Con'res.,e Banquet 6tait offert par la (Conference ha M. Darloux. La reunion etait nombreuse. Beaucoup de savants, eleves et admirateurs, amis ou collgues de Ni. Darboux avaient tenu a assister a cette amicale reunion. M. C(larles Richet, au nora des secrt'taires fondateurs de Scientia, a parle en ces termes: ALLOCUTION DE 3I. CH.ARLES RICIIET Monsieur le doyen, et vous, Messieurs, nos chers collegues de la Conference Scientia, quoique ce jour soit un jour de fete, permettez-moi dabord d'6voquer le souvenir de celui qui a ete un des promoteurs de cette amicale reunion, de Gaston Tissandier. Helas! il n'est plus la! une longue maladie, une mort douloureuse 'ont enleve ak notre affection; mais son souvenir sera toujours present parmi nous. () Extrait du n0 du7 juillet 900 dela Revue Scientifique,qui etait dirig6e a cette 6poque par M. Charles Richet.

Page  387 LESPRIT E O E ET ESPRIT DE O TRIE T EP FINESSE 387 Si Gaston Tissandier 6tait ici, c'est lui, Monsieur le doyen, qui vous souhaiterait la bienvenue au noia des membres de cette assemblee. Mais c'est a moi que cet honneur echoit maintenant, puisque me voici devenu un doyen. moi aussi, le doyen des secretaires fondateurs de Scientia. C'est une assez etrange reunion, Monsieur le president, que cette Conference Scientia. Elle a ceci de particulier entre toutes les Societes scientifiques oui autres: 1~ qu'elle n'a pas de statuts; 2 qu'on ne paye pas de cotisation 3~ que nul nest charge de l'execution de ses reglements. Nous sommncs done une Societe tres anarchique, et cependant il y a un lien qui reunit tons les hoinmres:qui sont ici, ingenieurs ou chimistes, philosophes ou medecins, c'est leur veneration, j'oserais presque dire leur tendresse, pour les hormes qui ont consacre leur vie a la science. Voila pourquoi, Monsieur le doyen, nous sormmes tous en ce omoment associes dans tne pensee commune, en venant vous apporter lhommage de notre admiration. Je voudrais bien pouvoir parler ici de votre cuvre mathematique, mais tout ce que je pourrais dire ne ferait que tralhr nmon extremone ignorance, une ignorance dontj'ai lhonte, assure'ment, nais que beaucoup de nos coll/g'ues de Scientia n'auront pas le courao'e de me reprocher car je crains bien que, dans les haurSmnatheilatiques, ils ne soient pas tons tres experts leureuseinent, les hautes mathematiques n'ont pas lS0oin d'eux. Elles sont placeeos en (les re(rions telle-!lent elev(ees, que la popularit6 et la faveur du vulaire s'aitent au-dessous d'elles sans les atteindre, et,est hl'onneur des lhomn es quii, cornm e vous, les Iutivent, de pouvoir s'oublier dans la contemplation

Page  388 388 L'ESPRIT DEL GfO)MTRIE ET LESPRIT DE FINES~ i, et la recherche do la ve~rite' absolue sans se pr'oc per d'e're compris des profanes.ecei Certes, cette gloire cu't pu vous suffire; et ' une tiche noble entre toutes que do POUsser j nIS qu.' a ses derni &res lim-ites 1Fanalyse mnathomatjfju. minas vous n'avNez pas pens& que cc fUit assez certaines 6~poques le savant pent rester onfermnidat sa, tour d'ivoire, et regarder de haut, avec quielq,,, commiseration, qucique de'dain peut-Otro, le Specttacke des agitations humiaines... Mfais parfois ii veut. I~II aussi, descendre dans lFare'ne, et crest cc quo oe ni'avez pas h6site' 'a faire, qu'il s'aoisso d'e'tre ledyc de notre g-lorieuse Faculte' des sciences, on. le seer, taire perpe"tnel de l'Aceadehn-ie des sciences, on lo pr6. sident actif et C'nroriquo de ces commissions acad'm ques internationales, qui mettent un lien si 'troit entre les diverses nations. C'est lit peut-e'tro do la politique, mais c'est ulle politique singuliRrement f6conde o t, Si elle a ke do tout temps utile et no'cessaire, combion no l'est-ello pas davantage, en co moment, alors que notre Exposition appollo 'a Paris, pal' ses merveilles industriel1 -les, pal' ses jur 7s internationaux, par~ ses Congre's scientifiques innomnbrables, l'dito des savants do tous Jes pays. i et 'acette politique d'nnion et de paix, de solidai-ie nternationale fonde'e sur la science, quo vous eonsacrez toute votre activite', Monsieur le president, et nous tenons 'a vous en exprimer ici publiquement toute notro reconnaissance. Et alors nous venous vous demander, ia vous qui e'tes un des repre~sontants los plus autorise's de la science fran~aise-, do nous pre'ter votre assistance, quand dans queiques semnaines nous inviterons a' nos reunions des savants e'trancrers illustres; vous nous.

Page  389 L'ESPRIT DE G1t0MtTIE ET LESPRIT DE FINESSE 389 presenterez at ces maitres, vos colle~gues, et vous leur direz que totus les membres de la Conf6rence Scientia ont une pense'e dominente, directrice:c'est lFarour,de la science, de la science qui unit les homnimes, de,de la science qui seule permettra de vaincre la mise're -et la douleur humaines. Vous nous pre'senterez comme Vos disciples; et, des disciples fiers de leur maittre. Messieurs, je vouis propose de boire 'a la sant5" de, votre president M. Darboux. REPONSE DE M1. DARBiOUX Messieurs, En relisant les comptes rendus de queiques-unes de,vos reunions, j'ai en. le plaisir de reconnaitre quele, largreur d'esprit, quel sentiment 6clai&6 de e'~tendue, etde la porte'e de la science moderne v\ous av\7ez touJours apport6" dans la designation de vos presidents. Vous n'avc,-z pas ne'gligr& les savants purs, les chirnistes par- exemple on. les astronomes, mais von. i~avez oublli' ni les vov1agreurs, ni les me'decins, ni Talme les, philosophes. Si j'ajoutc quic vos choix se8(ont port6.s sur des hommes tels que Chevrcul, Past~ur, Berthelot, Renan, Janssen, Richet, \Terneuil, 14-On Saiy, de, Lacaze-Duthiers, de IBrazza, Jules ~1Thon, Mlareyr voues comprendrez sans peine que mon Premnier sentiment soit celui de, la gratitude, que je tiOllne avant tout 'a vous remnercier du fond du cupur I'honneur que vous me faie, nascatm 01 celiui de tels pre'd~cesseurs. Cette invitation Ic ai recue de rouvrir avec voues Ia conference. k~ O1,Ifttia, si maiheureusement interronmpue par la ladie du re(orette6 (Caston rfissandtier, demeurera Ie

Page  390 390 L'ESPRIT DE Gi;0OM[flTnRIE ET L'i, SI1lPRT DE F'INESSE -meilleur et le plus precieux sou-enir de mla Carriers de savant. Non contents de me ladresser, cette cordiale invitation, vouts avez clioisi parmi vous un de ceux qui ont l'esprit le plus aimable, le plus ouvert a toutes le, idees, pour me souhaiter en votre nora la bienvenleo M. Richet, que vous me permettrez de remercier plus particuli:erement, s'est excus de ne pas s'etendre su les trlavaux que j'ai pu faire en geomnetrie. La terre de France a toujours et6 fertile en geometres; mais ils seraient les premiers ia regretter que tout ie mondr perdit un temps tres pretcieux ia se mettre en etat de comprendre letrs recherches. Pascal, du reste, leur a fait beaucoup de tort en ecrivant un paralleleS entre 1'esprit dle geo( etrie et l'esprit de finesse, qui n'estpas tout a fait a letr avantage, et qu'en ce qui me concerne je n'ai jamais pleinement saisi. Les math;matiques cela n'est que trop certain, emploient un langage et des formules dont l'etude exige un apprentissage lon, at difficile mais cette ditffrence, qui les separait autrefois des autres sciences. disparaitra rapidement, vous pouvez en Atre assur6. Pour moi qui, dans ma jeunesse, pouvais lire un travail de chimie o- de biologie, je vois arriver le moment oi les sectateurs de ehaque science seront proteges contre l'intelligence les simples mortels par une s6rie de ntiologismes tout a fait comparables a nos formules algebriques. A ce moment, les geornetres conserveront toujours leur reputation, bien justifiee, d'etre difficilement accessibles; mrais presque tous les autres savants la partageront avec eux. II faudra des traducteurs pour toutes les sciences comme pour toutes les langues, et votre r61e deviendra chaque jour plus utile et plus important. Ces obstacles qui se dressent an seuil meme des etu

Page  391 L'ESPRIT BE GEOMETRIE ET L'ESPRIT DE FINESSE 391 des mathematiques isolent quelquefois et chagrinent les geometres. Mais je dois dire que nous avons des compensations. S'il est difficile de nous comprendre, il est plus difficile encore de nous critiquer. Quelquesuns mmee nous admirent de confiance, et naguere un de nos meilleurs ecrivains parlait avec une eloquence, une nettete et une propriete dans les termes, qui out excite mon admiration, de ce monde du nombre et de la forme dans lequel nous somnmes seuls, dit-il, a penetrer. Oui, les geomIetres se meuvent avec joie dans cet univers des formes et des nombres et, ce qu'il y a de mieux, c est qu'ils y penetrent sans effort. I1 ne leur faut pour cela, ni appareil couteux, nH experience longtemps poursuivie. L'observation seule de chaque jour, la rellexion persev6rante et tenace et, si l'espritest faible, un crayon et une feuille de papier y suffisent pleinemefit. Je compterai toujours, pour ma part, au nombre des heures les plus douces, les plus heureuses de mna vie, celles ouf j'ai pu saisir dans l'es pace et etudier sans treve quelques-uns de ces rtres geomStriques qui flottent en quelque sorte autour de nous. 11 est vrai que de telles recherches sont comprises par un petit nom)bre de personnes. que leurs consequences sont lointaines, que leur application aux autres sciences ne se realise souvent q u'apries des siecles; eh, qu'importe? l'essentiel n'est pas d'etre admire; il faut avant tout songer it l'honneur de la science, t la dignite et au developpement de l'esprit humain. Les sections eoniques, la remarque est banale, ont ete 6tudiees pendant des siecles avant de servir t Kepler pour formuler ses lois immortelles; et nos ecoliers mneme appliquent chaque jour les proprriets des formes geomnietriques 616lentaires, sans savoir qu'arehimede les a le premier d6montr6es. Yeuiltez 1m'excuser, si je ll'attarde u cc baYardage

Page  392 392 LESPRIT DE 61EQ"OI:TRlE, VT, ESPRITD FINESSE geom'trique il importe pourtant que je naiep de votre bienveillante attention, j'en viendrai done ce que M. Riclhet a bien -ouiu dlire de, mon r6le d',act rninistrateuti'. Messieurs, ''I y a onze ans que je suis doven, t~ me suis bien souvent demande' pourquoi le choix de rues collR'gues, au lieui de. se porter' sir un directeur do, laboratoire, sur tin savant plus familiarise' avec tolite la comiplication des sciences expe'rimentales, S'C~tait arr t6 sur un simple mathe'maticien ' e n'ai pu m'lex, pliquer leur choix que par cette qualite' me~me de math~inaticien, de'pourv~u de tout laboratoire, qui, enj M'interdisant d'e'tre partie prenante, me de'gageait de, tout soup~,on d'int're't, et devai t faire de moi uin arbitre impartial entre les diffehrents services. Quoi qu'il en soit, j'ai assist' 'a de grrandes transformations. La Sol,. bonne a e'te reconstruite et elie est de'ja trop petite; les e'tudes m(3dicales out C3te modifiiies;une revolu-. tion profonde s'est prod~uite dans le regime des Faculb te's des sciences, introduisant la liberte' et la vari~t" fe'condes, El oii la re'gle S'tait aupara-vant monotone et uniforine. Enfin la loi suir les Univ ersit~s a ou'vert des voics nouvelles 'a notre enseigne ment supe'rienr. J'Iai appuy, ja econd' de mon micux toutes ces r'forrues; mnon ami Bronardel, que j'ai le plaisir de voir ici, a fait de nehrne en toute occasion. Hans tons ces changTements, dans toutes ces d6lib~rations auxquellcs nous avons pris part ensemble, lc souci dii bien public;, la bienveillance pour les personnes, l'inte're't de la science et des 6tudes, ont e'e les seuls mobiles de ses~ actes et de ses votes. J'ai plaisir 'a luii rendre cette js. tice;et si Von vNent bien m'accordcr le me'mc eloge, j'aurai requ la meilleure recompense qu'il soit possible de de'sirer. Messieurs, ii me reste a toucher un dernier point Idu

Page  393 L 'ESPRIT DE GfI'0MIftR1E ET L'ESPRIT DE, FINESSE 392 discours de M. Richet; mais pour cela,. il faut qua vous me permettiez de revenir encore aux mathe'ma-;tiques, en vous parlant maintenant de notrejeune e6cole,de ge'ome'tres. Sous la direction et par le's travaux de, mnes chers confre'res de la section de geometrie -et de leurs eMleves, elie a pris un de'veloppement qui frappe d'admiration tons leurs e'mules strangers. Elle a consr les qualit's de nettet', de mesure, de pr'cision qui ont caracte'rise' de tout temps 1'esprit [ran~,ais mais elle en a acquis d'autres qu Ion nous conteste parfois:la profondeur philosophique, la liberte' et la varie'(', dans la recherche, lesprit de hardiesse et de gc~n(eralisation. Cest 'a elle, (h elle seule, que je dois reporter, qie je reporte avec reconnaissance, tout Fhonneur que m'a fait re'cemment lAcade'mie en m'appelant 'a recueillir la succession de mon cher mailtre Joseph Bertrand. Cet honneur, je le sais, m'irnpose de grands devoirs. A c6t6' de l'illustre chimiste dont je salue avec joic l~election hi l'Acade'mie fran~aise, je mefforcerai de les rernplir. Un esprit noueau. pe'netre aUjourd'liui les, ainciennes socit's saates. Tout le monde comprend iraintenant que les travaux indi-viduels ne suffisent Plus; is doivent 6tre dirice's et coordonne's. En particlulier. les ceuvres internationales se multiplient fBlles ont linfluence la plus bienfaisante et nu~ritent la SYropathie de tous. Pour mieux caract~riser leur effet, liermettez-rnoi d'emprunter iine comparaison an spe&tlade qui nous entoure. Non loin de ce palais des Congr's s'e'leve le vieux Paris, sur un sol m-obile, consolid6 par d'innombrables pilotis. Dans le terrain nion~V`ant de la politique et des relations entire le~s peuplIe s, le-s deuvres internationales jouent le mi'me rd'\e que 'es pilotis; dlles, Otablissent entre les nations (les liens (de plus enpIlus nombreux dont le faisceau se 'fortifie

Page  394 39.: L'ESPIlT DE GEOMTRI.IE ET L ESPRIT DE FINESSE (chaque jour et contribue t mainteltr cette paix qui est le premier bien et le premier desir des peuples. Je serai toujours lieteurx de contribuer 'a etablir ou a developper de tels liens, et j'espere que, dans cette partie de ma t;ache conmme dans toutes les altres, je pourrai toujours compter, Messieurs, sur votre bienveillance, vos conseils et votre appui. Ptuis, comme doven de la Facult de lo mdecine de Paris M. Brouardel a reneerci(' Ic doyen de la IFacultt des sciences, du concours precieux et amical qu'il lui a constaim ient prtte, au Conseil supuerieur le l'instruction publique et ailleurs, pour Ie plus grand bien des interitls colnmmuns de 1a metdecine et de la science.

Page  395 L'ECOLE DE SEVRES D)iscotr.S proI'ocLC par l. 'Darhoiux, Ic t18 mai 1907, da(tl.s Ia salle e (I ea Billioidhqttc dI l'Ecole, a l'occasion de la cel;learaliotn (/ti 5(t areiver.sacirC de la /fln da lion de l'Ecole. MAesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, Vous venez d'entendre notre directrice vous souhaiter la bienvenue dans cette maison qui est la v6tre, Mlle Kiuss, pr(sidente actuelle de votre Association amicale, a saisi l'occasion de dire de celle qui la prece6de i la presidence tout le bien que nous nous accordons a en penser, ille Series vous a montr6 que les chiffres ont leur eloquence, et elle a mis en evidence tous les services qu'a rendus, tous ceux que peut rendre cette Association amicale it laquelle A1me Jules Favre portait tant d'attachement. M. Lemonnier enfin, qui d6ja en 19(0 nous avait donne une belle Notice sur 1'Ecole, a ajoute aujourd'hui quelques indications precieuses que nous conserverons pieusement sur Mine Jules Favre dans son interieur et dans son intiinite. Notre reunion de ce matin a donc ete ce qu'elle devait etre. Hier c'etait le jour de la creemonie offi — Cielle, 1I. le linistre de l'lnstruction publique, pitn

Page  396 396 ~~396 L~~1 ECOLE, DE SE~VIIES, sieurs des principaux personnages de FEtat, tous cei qui s'int~rossent aux pro,-res de l'1-'nseigne ment des jeunes filles, si nocessaire dans notre d'mcai avaient voulu marquer, pat, lour participation h,ceremonie dui Trocade'ro, linte're't vrairent national qui doi t s'attacher 'a la belle creation re'aliske sur. l'nitiative de Al1. Camille See. Aujotird'hui la fe'e 'a laquelle nous axvons e6t convi~s de-vait avoir quelque, chose de plus restreint, de plus intimie, de plus touchant. C'est pour cela. sans doute, que, notre directrice, qui conat mon inalterable attacliement 'i cette Ecole, m'a demands' do clore par quelques paroles cette, premietre partie de Ia journe'e. Puisque "ai le privilge'er qui n'est pas toujours enviable, d'e'tre le plus ancien de vos inaftres, je Yous raplpellerai quelques souve-' mirs qui s'attachent 'a la pe'iode lointaine oii F~cole a commenc6, h fonctionner. Cost en de'ceirbre 1880 qu'a 6U -\ot6e4 VOUS l savez, sin' la propositLion do AM. Camille See, la loi qui instituait de'fini tivement lenseigynement second aire des jeunes lilies dans notre pays. Sans perdre de temnps, le promotour de cette loi pre'sentait, d'accord avec le Ministe're de l'lnstruction publique, uine nouvelle proposition tendant -E' Creer 'ume Ecole normale destirnee h pre'parer los professeurs-femmes pour les Ecoles secondaires do jeunes fili-es. Comme ii fallait s'y attendre, cette proposition re~,ut le meilleur accucil do tous, ceux qui avaient vote' la premiere. L'exemple do la ce'lebre Ecole de la rue d'Ulm avait porte' ses fruits. C'est en vain qu'au Se'nat, Ml. de Gavardie combattit la proposition, sans mnieme en bien de'me'er le but. o( Un se'minaire laique de' jeunes filles, quel est ce monstre ))? disait-il. STil 'tait ici aujourd'hui, ii verrait que le monstre a vraiment bonne tournure. Les deux Chambres de'eide'rent que le regime de la

Page  397 L 't ICOLE DE SftVIES 9 397 nouvelle Ecole serait I'hinternat et qu'elle ne serait pas ouverte hi des e6leves, externes. Sur ces deux points, les arguments de M. Camille See e'taient vraiment topiques. (( La presence sur les mermes bancs d'616ves internes et externes aurait, disait-il, divers inconv&nients. Les unes pourraient envier la liberte'; les autres pourraient apporter dans l'Ecole des habitudes, des ide'es, des distractions, qui ne seraieut pas conformes a la haute direction morale que nous avons dessein de Iui donner. ((Ajoutons, disait Ihlonorable rapporteur, que, s'il importe de donner aux futurs professeurs uine instruction ktendue et solide, ii importe ae mnois autant de former leur caracte're, et de les hab~ituer 'a une vie s v re et recuefilie. L'Etat doit savojie'e a qui il se lie. Les jeunes filles, an sortir de l'Ecole normale, auront charge d'Ames, a leer tour. Elles enseignuerout 'a leurs 61l-ves, outre les sciences kcrites stir le programime, la Science de la vNie, qui est la plus difficile de toutes.. On ne pouvait de'finir en termes plus 61e-ves le but de la nouvelle creation. La. loi qui instittiaji lEcole fut promulgue'e le 29 juillet 188. 11 ne restait plus qu'a' 1exe'cater. Ileureusement, nous avions alors, aU. Mliniste're de H'nstruction publique, Jules Ferriy, qui, a part cue courte interruption, devait y rester pre's de deux ans. A toutes ses precieuses qualite's dbio'Mile d'Etat, Jules Ferry joignait un don non moins pre' cieux, cel Ui de savoir choisir ses collaborateurs. 1I avait mis a la te~te de l'Enseig-nenient secondaire un horume de valcur exceptionnelle, en admuinistrateur de graude race, Ch arles Ze'vort. II noes donina aessi, Pion pas tine excellente directrice, mais la directrice emen, qu.it fallait pour assurer at i'Ecole cette orientalionl morale qui a-vait e~t6 voulue par le Parlement. Z~vort, qui fut charg6' d'organiser HEcole, ne per —

Page  398 398 lj I ECOLE DE SEVVIES lait j-amais de temps. Trois mois apris la promulg.a. lion de I laoi, Ie I1" novembre 1881, Ernest Legouv, dont Ie nonm etait it lui seul un svmbole, etait chargt de la direction des etudes en qualit( d'inspecteir. oeneral,.mine Jules Favre 6tait nomm.e directrice Par le ninee arret6, le premier personnel de l'Ecole etait dtisigni. Les professeurs 6taient lMile Williams, Mine Lenoil, Alfred Rambaud, qui ne devait jamais professer, mais qui nous a rendu plus tard, quand il est devenu ministre, un service signalS, Koell et Arsene Darmesteter, dlont nous d(eplorons encore la perte, SerrC Guino, qui se repose dans une retraite vaillamnmernt gagnte. Edmond Perrier et moi. C'est au Alinistere de l'Instruction publique, a une reunion des professeurs de l'Ecole, queje vis Mine Jules Favre pour la prenlele fois. Elle nous apparut dans ses longs vA-tements de deuil, qu'elle portait en mmorire de son illustre man, avec sa bonne grace souriante de grande dame, avec sa reserve empreinte de quelque timidite. Je ne la revis plus qu'a l'Ecole, apres ma premiere lecon. I1 y a eu une premiere periode, bien courte, il est vrai, dans laquelle il nWy avait ici qu'une seule section: les lettres et les sciences y (taient confondues. Elles doivent l'etre sans doute dans la vie; rmais, dans l'Enseignement, ii convient qu'elles soient separ(es. Ne sachant trop par ou commnencer, avec ce premier auditoire si interessant, mais si peu homogne, qui comprenait des eleves de toutes les origines et de tous les ages, les unes s'etant formees seules, les autres sortant de 1'Enseignement primaire, j'avais choisi quelques aperqus astronomiques comme sujet de ma premiere leQon. Je dois dire que je manquai completement mon but. Mme Jules Favre me le dit nettement. C'est de ce moment que datent les relations de confiance et d'amitie respec

Page  399 L ECOLE DE SEVRES 399 tueuse de ma part qui devaient durer jusqu'a la fin. Dans ces premiers temps de l'Ecole, les probllmes surgissaient pour ainsi dire chaque jour. Nous avions du faire nos examens d'entree dans des salles de l'an" cienne manufacture, situees lh oui se trouve aujourd'hui votre jeu de crocket. I1 fallait achever d'amrenager les batiments, preparer des salles de conferences, des chambres pour les futures ee-ves. L'architecte, M. Leceur e6tait sans cesse ici. Zt'vort, heuretusement inspire, avait su trouver le siege qui convenait pour notre Ecole: assez pres de Paris pour qu'on pitt utiliser les ressources de tout genre qu'il offre it profusion assez loin pour qu'on put se croir e ( Ia campagne, dans une region ouf les promenades sont faciles, avec un parc qui menage des perspectives admirables sur les vallees environnantes, en mmee temps qu'il est propice aux etudes dans la belle saison. L'architecte sut tirer parti des eltments qui lui 6taient confies. C'est 5i lui que lIon doit votre grande cour, le bel escalier qui sert de pi('destal i. ce bijou d'architecture, le pavilion (le Lulli, que, sur mnes pressantes instances on a dernierement restaur6. Cette partie centrale du parc est dlevenue un veritable decor d'opera-comique, et lorsque je gravis, avec une fatigue que les ans ne diminuent pas, les pentes raides qui le sillonnent, je songe involontairement au premiier act (le d la L)nae Blanchie. En meme temps que s'embellissaient. les locaux, les sections des lettres et des sciences etaient constitu(tes; une secontde, puis une troisielme promotion, venaient s'ajouter t celle qui avait 6et recue eon 1881. 11 fallait nommer des professeurs nouveaux; A-Mie Jutlles Favre s'inquietait dce savoir qui convenait le mieux pour chaque enseignement; elle o ecoutait et sollicitait nos avis, faisait ses propositions, qui re(:urent proesqua tou

Page  400 o00 L'ECOLE 1)E SEVNRES jours un accueil fa-orable. C'est ainsi que tant de professeurs distingues sent venus se joindre an petit novau qui avait et6 primitivement cthoisi. Mais il suffisait pas evidernment de completer ainsi le personl nel: avant tout et par-dessus tout, il fallait cr6er l'esprit de la maison, assurer cette direction morale d'oui devait dependre entierement le succes du nouvel enseignement. Sous ce rapport, j'en appelle 'a vs souvenirs, Mine Jules Fa-re a etC vraiment incompa. rable. Vous vous rappelez l'atfection qu'elle vous portait, lesprit de tolerance qui, chez elle, s'alliait si bien i la rigidite morale, le respect scrupuleux qu'elle avait pour votre initiative et votre personnalite. C'est a elle que vous vous adressiez apres votre sortie de l'Ecole, et elle etait toujours prete 'i vous encourager, at vous assister, a vous aider a surmonter les difficul tes que vous rencontriez. On peut dire que, pendant les quinze annees qu'elle a passees ici, elle a ete la directrice aimoee et ecout6e de tout l'enseignement des jeunes filles dans notre pays. Je voudrais vous dire aussi, si le temps n'etait pas mesure, avec quel plaisir quelques-uns de -os maitres assistaient a ces r6unions du soir oLi elle vous conviait a vous reposer de vos travaux par un peu de lecture, un peu de musique et quelques bonnes causeries. Que de fois je F'ai vue traversant cet interminable couloir de lEcole pour aller assister a quelque conf6 -rence d'histoire, de litt6rature ou de philosophie! Elle ne venait jamais a celles de mathematiques. Comment lui en vouloir? c'etait si naturel! Les mathematiques ont quelque chose de r6barbatif. Pourtant elle s'interessait a notre Section des sciences et se plaisait a reconnaitre que l'enseignement des sciences peut revendiquer, lui aussi, une action morale de reelle valeur. Bien differente en cela de Mi. Legouve, qui n'au

Page  401 L' I1COLE DE SEVRES 401 rait pas voulu voir ici de cabinet d'histoire naturelle et jetait des regards desoles sur l'enorme larynx en carton-pate dont Mine Lenoel-Zevort se servait dans ses conf6rences pour expliquer le m6canisme de la diction, MIme J. Favre admettait tolontiers que, meme dans une ecole de jeunes filles, on ne pent faire de la chimie sans experiences, de la physique sans appareils, des sciences naturelles sans preparations. Je viens de prnoncer le norn de M. Legouve6. Nous devons beaucoup a cet esprit delicat et charniant ainsi qu'a M. Gr6ard qui, en sa qualite de recteur, etait charge de la haute direction de lEcole. On peut bien le reconnaitre aujourd'lii, M1me Jules Favre n a rien fait pour seconder leur action. Elle se sentait de force h realiser seule l'ouvre qu'elle avait concue. C'est le propre de cette belle chose exprimee par un vilain mot, la p6dagogie, de rendre quelque peu intran~ sigeants ceux ou celles qui s'en occupent. Tout cela est bien loin aujourd'hui. II ne nous reste que Ie soul venir des services qui nous ont 6te rendus des deux cotes. Legouv- et Greard furent nos garants vis-al-vis d'une opinion publique qui avait besoin d'etre conquise, ils ont mis leur haute autorite au service de l'Ecole et ont e~t nos de'fenseurs, quand cela a et; necessaire, aupres des ministres et du Parlement. Grace it eux, grace (' tous ceux dont j'ai rappelet Faction bienfaisante, les passages difficiles ont et6 franchis. Z(vort n'est plus lia, mais il a un successeur qui ne nous menage, ni ses sympathies, ces fetes en sont la preuve, ni ses precieuses directions. Le moment est venu ot l'Ecole peut envisager avec confiance l'avenir qui s'ouvre devant elle..e n'ai pas besoin de Vous dire, lesdames, avec quelle joie nous voyons, en quelque sorte, vivante souts nos yeux, 1'Feuvre qui nous avait et' conflie. (Gr;ce it votre tact, v-otre espriI; 26

Page  402 -I ( 402 L EC)lEl 1bEfI: SEV E]S de tolerance, i votre ardeur desinteress6e, au devoull ment que vous n'avez cesse de montrer, vous aveu largement acquitte la dette que vous aviez contractee envers Fl'tat. Chaque jour, nous recevons les impIres, sions les plus heureuses et les plus fortifiantes sur Ie succes de votre enseignement. Plusieurs d'entre vous sont devenues directrices et ont appris a connaitre cette administration dont on a coutume de dire tant de mal. C'est une de nos meilleures 6elves, la confidente devouee de AIme Jules Favre, qui. apres le depart de Mme Marion, dirige aujourd'hui l'Ecole. ('est done sous les plus heureux auspices que nons celebrons aujourd'hui le 2S" anniversaire de sa fondation. Saluons d'un souvenir emu ceux et celles qui ne sont plus 1k pour prendre leur part de notre joie. Souhaitons la bienvenue aux amis de l1Ecole, a ces anciens collhgues qui nous avaient quitt6s, quelquefois contre leur gre, et qui ont voulu nous revenir aujourd'hui. Quand l'heure de la retraite aura sonne pour nous comme pour eux, le souvenir de cette journee, de toutes celles que nous aurons consacrees ai cette maison, sera, n'en doutez pas, celui sur lequel il nous sera le plus agreable de nous arreter.

Page  403 MARCELIN BERTHELOT Discours pro/onc le 24 nozvembnele 1901 ( a a Ceremollie dui Cinquantenainre scicntifique de J.. Berthelot, par lM. Darboux, aut nom dut Comitd de e.so -- cription. ( Monsieur le President de la Republique,, Le Comite d'organisation doit vous presenter d'abord ses remerciments les plus respectueux pour l'honneur que vous avez bien voulu lui faire en acceptant la presidence de cette ceretmonie. 11 est permis a MA. Berthelot de voir, dans votre presence parmi nous, un gag'e de cette affection bienveillante qui vous unit h vos anciens collegues du Senat. Nous voulons y reconnaitre surtout un tenoignage nouveau et eclatant de votre haute sollicitude pour tout ce qui se rattache, de pris ou de loin, aux interets de notre pays., L'empressement plein de cordialite que A1IM. les Pr6sidents du Senat etde la Chambre, MM. les Ministres et les personnages les plus importants ont mis a agr6er notre invitation, l'hommage, si conforme aux traditions des Assemblles franqaises, que le Seanat et!a Chambre des I)putes ont rendu a M. Berthelot, nOus touchent aussi profondement. Ils eveillent en nouis un sentiment bien naturel de reconnaissance; ralis, je dois le dire, its ne nous ont pas surpris. De

Page  404 A(I 404 M~~3ARCELIN BELITHELOT tout temps, la culture des Lettres et des Arts, eleri des Sciences, ont kt6 en honneur dans notre payvs. Gwrace (h elles, la France a su. maintenir, elle saura accroitre une influence dont elle a droit d'~tre fii're, car cette influence ne pent s'exercer que dans l'int'r"t commnun de tontes les nations', et pour le bien de IPhum ani te. )) Cher et illustre Maitre, Depuis plus de cinquante ans, tous vos efforts ont k6 consacre's 'a des recherches qni n~ont connun ri tre've ni relache. Muile MICmoires, trente-cinq Volumes publie's a part, ont re'pandu dans le monde entier les re'sultats de vos &'udes sur les stijets les pins -varies. La Chimie, c ette reine des socie'tes modernes, a 6te surtout l'objet de vos travaux. D'un pas egal et ferme vous avez parcouru toutes les parties de son dornaine. Seul de tons les chirnistes vivants, rien de ce qui touche a" la Chimie ne vous a kt' e'trang-er. Choisissant de pre'ference les questions les plus difficules ou les plus de'licates, vous les avez aborde'es avec. cette pers~ve'rance opinialtre et cette varie'te de moyens (lans l'attaque, qui sont les qualite's les, plus ne'cessaires des puissants chercheurs. Vos travaux sur Ia Svnthe'se, dont nous voyons chaque jour les merveilleux d~veloppements, ont efface' toute demarcation entre la Chimie mine'rale et la Chimnie organique; ls, ont ainsi e'tabli cette nnite" de la Chimie,- si longtemps nie'e ou mise en doute avantvous.Vos puissantes et lines mtoe, en vous donnant les moyens de reproduire les, principes edlementaires qni se trouvent dans les, etres orgranis~s, vous ont permis de devenir vous-me'me un cre'ateur,

Page  405 MALICELIN BERTUELOT4O 405.et vous nous avez appris a construire une infinite' de corps,Iinconnus avant vos recherches parce qu'iLs, n'avaient jamais trouv6 dans la nature les conditions dynamniques ne'cessaires a leur formation. ))Vos Rtudes sur la Thermiochimie, en faisant disparaltre pour toujours ce fanto'me, cette cause occulte qii'on appelait l'af/inite', out transform(', en une discipline vraiment rationnelle une science qui, plus que, toute autre, paraissait asservie ii la rnatie're et aux faits. Au prix d'un lalbeur qui notns parailtrait de'passer les forces d'nn seuil homme, si nous ne savions qnui a &6 accompli pat, vous seul,vosaepuder miner un noumhre immense de donne'es numn Iriques, dont, 1emploi vous a permis ensuite, d'aborder les ph~nonehnes les plus delicats, les pins obscurs. Cest ainsi que vous avez jet6 le jour le plus penetrant sur I'tude des corps explosifs, dont vous avNez renouvele' la tiheorie. Votre nom demenrera toujours associ6 a, la decoumverte de ces explosifs nou-veaux, d'une docilite et d'une puissance inconnues jusque-la', qni, en rendant aux industries de la paix des services inappr&'l ciables, out coutribun6 a faire d6sormais de la guerre un ohjet d'horreur et d'effroi pour toutes les nations be Premier, vous avez employe' en Chimie oro-anique, pour combiner les eSlements, lener(le, 6lectritine. L'are vous a donu6' cc corps mervelleuax, l'ackty - Ilene, l'un des instruments de, vos syntheses; Fk~in-' celle et leffiuve se sont pre'tees 'a toutes vos investigations. Grace a l'effluve, vous avez pu enlev~er ' I'rocet (l46ment nouveau de Fair atmosphe'rique d~couivert par (leux ilinstres chimiistes, la. r O'putation dI'inertie que ce corps singulier avait su conserver lnsqu'a' vous. ~)D'autres diront tons les bienfaits dont lAgrrictf,.

Page  406 406 406 III~~AICELIN BERiTIE'LOT ture, (lont lHndiistrie, (lout la Mledecine, sont redexables aux. travaux que -vous avez accomplis dai-Is v laboratoires. Je ne saurais oublier ici que la Ch1inlje Inefme a"randie et renouvelh'.e parto d'cueie n a pu suffire 'a absorber toute-votre activit&' Votre vie toute entie're a k~ nmethodiquemnegi emplov~e 'i r calser en vous ce dv~peetn~ia des faculte's hunmaines, qui a ~t( le but et l'ida de -nos grranmls philosophies dui x-vui0 sie'cle, dont VOlIs voiis proclau-nez le disciple et 1'admirateur. Par vo,, actes et par vos ('lrits, vous avez rendu ' la' cause de I e'ducation des services dont chaque jour accroit, pour ainsi dire, la valeur. Avec Vautorit6 dui sava(,nt et la raison souveraine, dii philosophe, -vous a'vex con.. trilbue 'a mettre en pleine luyni('re1 ces ralpports ilecessaires et e'roits que nulle -nation lie saurait rnieCO11 'atre sa~ns p'6r et qui rattachent lt a haute culture sous toutes ses formies les progre's de l'Industrie, des mccurs publiques et de 1l'ducation nationale.. ((Cher -Maitre, Dans cette glorieuse maison votus receviez, ii. y a cinquante-ceinq aus, la plus b)elle des couronnes du Concours ce'ne'ral de 1846. Dans la nouvelle Sorlbonne que la, RepTublique a reconstruite, en luii (assurant une ampleur, une adaptation aux besoins de l'Enseignement supe'rieur que ne connt-It janmais l'ancienne, yes Confre'res de Finstitut et de I'Acade'nie de Mledecine, de la Societe' d'Agriculture et de la Societe' de BMA)o' gie, vos Coll~gues du Colle'ge de France et de I'Eeole de Pharm acie, les De'legue's, si nombreux et fraterneblement confondus, des Universite's franqaises, vo's e&leves, vos amis, les Membres du Parlement et, tant 4d'autres que j'oublie en ce moment ont tenu h ce'lebrerl

Page  407 MARCELIN BERTHELOT 4 407 auijourd'hui avec nous le cinquantie'me anniversairte de votre vie scientifique. Queiques-unes des Societ~t's e'tranogeres a uxquelles v ous appartenez depuis longtemps ont de"Iegue6 des savants illustres, dont nous honorons les tra-vaux et dont nous saluons avec joie. la presence 'a cette ce'remonie. Les autres nous ont envoy6' des adresses dont, tout 'a iheure, v1 ous entendrez Ia longue 6nuuu'~ration; leur lecture, quand vous: pourrez la faire Ch loisirl, voues donnera le sentimnent que votre vNie a e'te' utilement et ulIorieuseeniet emplov'e. Gest la plus belle recmes qepis desirer un savant. )) Notre Conmit6K heureux de 1Faccueil qui a 6t fait partout a son initiative, vous pr6,sente ses vceux par ma voix. Permiettez-moi dy joindre l'expression (le, ma viejile affection. Cehii qui a lFhonneur de sihgerl aupr~s de vous 'a l'Acadt'mie ne saurait oub~lier avec — quelle bienveillance, vous Favez accueilli, It v a qnia - rante ans, liii siDmple debutant, votis d~ja illustre, ell possession des ides maitresses qui out illumine", et. dirig6C toute -votr-e vie. Puissiez-vous trav'ailler et prospe'rer longtemips, encore, en continuant parmi nous la glorieuse ligniee des chimiistes illustres: Lavoisier, Gay- Lussac, Dimu-as. Wnrtz, Deville, Pasteur. Puissiez-vous, lonotemips, encore, suscter siuorsogne rei t f6cond, dle nlouvea-UX 61uIules it ces grands homines parmni lesquels nous somn-es tIers de v\ous ranger

Page  408 M"Ali{CELINT BEWEIHELOT ii). J'ai v'cu. longtemps aupre's dui savant illustre~ auquel la France vient de rendre les honneurs les pius grands dont elle dispose. Je lai connu.i vers 1862, lorsqu'il frecjuentait, rue de Bivoli, avec des hommes tels que Renan, Gaston Boissier, Fou-. cault, Sainte-Claire Deville, P~asteur, la miaison ho'spitalie'ie de iAi. et tmie "Joseph Bertrand. J'ai pendant plus de vingt ans, son confre're 'a Y~cad'ynie des sciences et, pendant pre's de sept ans, son collab~orateur direct comme Secre~taire perp'tue]. Nous avons sie~'(e ensemble dans d'innomhbrables COmininj sions:partout et toujours, je n'ai Pu in'emnpecher (1 admirer ce qu.'il y avaiL de personnel et de vraiinent neuf dans sa maniere d'envisag-er les questions les plus varie'es. On a dit de I Lli qu~il avait 1esprit e ncvclope'dique, et I1ioge e'ait certainement me'rithfx Mlais sa memoire ne'tait pas seule 'a le servir, et sonpuissant cerveau, sans cesse en e'3veil, lui permettait de se former, longtemps hi l'avance, des theories propres et originales, qn'il. de'veloppait volontiers, et qui, luii servaient de gruide. dans e'~tude des cas particuliers. TouLt l'inte'ressait et tout l'attirait. Li aurait eu tons (4) Article n~erologique paru dans le n' dayril 4907 d U Journal des Savants.

Page  409 M1ARCELIN BERTHELOT40 409 les titres pour sie'ger dans quatre de nos Acade'mies. Li se presentera devant la poste'rite' accompagrne de douze 'a quiuze cents me'noires, de trente, volumes. Le 4 mars dernier, ii noues apportait encore uin article, q ui figure danS nos Comptes Rendlus. Quand on examine cette suite &'onnante de productious, on est frappe' d'une particularite' pour ainsi dire unique dans I'histoire des savants:de's le premier jour, Berthelot, nous apparalit tel qu'il devait etre dans le reste de sa carrie're:en possession a la fois des principes et des rnt'thodes, n'ayant plus rien ~t acquerir, ni en erudition, ni en puissance intellectuelle. Et mrne'e, si ion en croit les meilleurs juges, ce, sont les premiers travaux de Berthelot qui constitueront dans lavenir la partie la plus solide et la plus durable dle sa gloire. La culture scientifique, aujourd'hui plus que, jamais, exige de la part de ceux qui Sy~ liv~rent Lin certain d~sinte'ressement. Nos d'COLnVertes d'un jour sont, pour la plupart, -voue'es al loubli; utiles a leur heure, diles, sont destine'es 'a ktre remplac6es, et en queique sorte recouvertes, par les travaux de ceux qui nous succ~deront. Dans certaines de ses parties, l'ceuvre de Berthelot n'('lchappera pas an sort corumun;mais quelques-uns de ses 6crits, et c'est le plus bel hommage qu.'on puisse liii rendre, me paraissent destine's 'a demeurer toujours. classiques. Parini eux, ii fanit placer an premier rang l'ouvrag-e en deux -volumes:La chitme or ganique fnmice sur la syntl+se, qu'apre's dix- ans de reciherdies, ii publia en 1860, c'est-a'-dire it Pge de, 32J ans. Je, voudrais qu'on mi't entre les mains nde nos eltu(liants, trop hablitu(,s a se contenter de tenseigniement oral, ce livre rier-veilleux, dont l'introduction et Ia conclusion sont d'ailleurs accessibles, n emie aux prolanes. Le lecteur demeuire confondu dev~aut ie'tendue

Page  410 - tO MARCELIN BEITtlELOT et la portee des conceptions, la precision du style, 1a rigueur g6omnetrique avec laquelle sont presentees les experiences, l'enchainement r6gulier des resulo tats. Dans aucun autre ouvrage on ne verra jamais alparaitre avec plus d'evidence les avantages que peuvent donner a utn esprit, d'ailleurs puissant, les etudes litteraires et philosophiques, telles qu'on les dirigeait en 18T1<, la libre vie de l'etudiant, en comr merce intime et prolong~( avec ses 6gaux ou ses pareils. Quand Berthelot a conmmenc6 ses recherches sur la synthese, on considerait la chimie comme composee de deux branches essentiellenent distinctes: d'un cote la chimie min6rale, c'est-i-dire l'etude des composes inorganiques, des metaux ou metalloides, que l'on pouvait recomposer et d6composer sans aucune difficulte; inais en fait, on n'obtenait pour chaque groupe de ces corps qu'un nombre relativement infime de combinaisons. L'autre branche, la chimie organique, avait pour objet l'etude des nmatieres contenues dans les etres vivants, animaux ou ve'getaux. On avait pu les detruire d'une maniere gradu6e et obtenir, par une suite de decompositions mernag6es, des composes de haut interet. Mais quand on arrivait au dernier terme de ces decompositions, les composes organiques apparaissaient comme formnes de charbon, uni aux 6elments de leau et de Fair. I1 y avait 'la une opposition tranchee: d'un cot6, une centaine d'elements simples qui engendraient 'un nombre de composes relativement restreint; de Fautre, quatre 6e6ments seulement: le carbone, loxy, gene, l'hydrogene, I'azote, qui fournissaient a eux seuls les combinaisons les plus variees. Ces differences entre les deux chimies semblaient corroborer les idees qui avaient pris naissance. On

Page  411 )ARCELIN BE.RTLIELOT 4 411 n'avait jamais pu reproduire par le simple jell des actions chimiques ces milliers de compose's organiques que, chaque jour, la, natu're forme sous nos yeux. On fut don codita penser queselun action propre de la -vie, une force vitale, 6tait capable de les fournir. Cest en vain qu'en 1828, Woehier avait reproduit l'ure'e, un des produits imme'diats les plus importants des arnimaux, que Pelouze et Kolb avaient ob~tenu par synth~.se l'acide formique et 1Facide acktique. Les proce'dos par lesquels ces re'sultats avaient ke' obtenus e'taient, si diff6rents, et paraissaient si particuliers, qu'ils ne re'ussirent en rien ai modifier les ide'es qui avaient cours. Berz~lius e'crivait encore en 1849 a( Dans la nature vivante, les 616ments paraissent ob("r ht des lois tout autres que dans la nature inorgranique )), et Gerhardt disait $it son tour sLe chirniste fait tout l'oppose6 de la nature vivante;il briuile, de'truit, op~re par analyse la force vitale, SeUle, op~re, par synthe'se; el/c recoaslltruit /'e'difice quolle /C. oros C/UmU/U(?s oAf atlmfitiU) C'est ce fant~me de la force v%.itale, oppos6e aux actions de nature purement chirnique, que Ilerthelot a de'finitivenment chlass(A die la chirnie orga nique. En formant 'a partir des Th1rnents, par des m('.thodes pre& cises et g-6nerales, les earlbures d'hivdrocgne, les alcools et leurs de'rive's, les corps g'ras neutres et certains principes sucrc~s, il a su donner 'a sa science de, predilection les bases qui Itii av-aicut mianque jusque-l'. II a, du in'h coup, effac(6 tote li-ne do d~rnarcation entre la chlinie miniwale et 'La chimie, oroganique. Les chirnistes lont suivi it lenvi dans la voie si large qu.'il avait ouverte, et de nos jours la syllthiis a rcd6i pas de (-,'ants. Graebe, ruinant LFindustrie de la, garanc e, a reproduit lFalizarine; v. B~auer a olbteuu lindio~o artiliciel. On a re'ussi it tirer

Page  412 1"14, Z t Z.i1~~~ MAARCEIIXS BEIITHIELT du go-odron de houille des colorants infiniment u varie'sl et souvent pluis beaux-., que les mnatie'res extr,,i tes des v~ge'auix. Piois sont venus les parfums, us que les produits the'Tapeutiques. Ii n'est pas d'arle.nL oii la science "et Findustrie ine s'enrichissent de ving-, at trente, mille compose's nouveaux, qui n'avaien')"t jamais trouve' dans la nature les conditions dynamiques necessaires ut leur formation. Cest cc quo Ber. thelot, de's le de'but, av~ait exprime' par cette forrnnl, saisisant la hirn ere son ojet. 11 a entenda par la' qu'elle ne se borne pas, comme les sciences, naturelles, 'a comparer et 'a classer les corps existants: La syntli~se des corps gras neutres, disait-il, ne, permet pas seulement de former les quinze ou ~ingt corps gras nalt-urels connus jusquie-lah, mais, cel permet encore de pr~ivoir la formation de plusicurs cectaines de millions de corps gTras analog-ues, qu'il est de'.sormais facile de produire de toutes pi~ces, en vertu de la loi gL~ne'rale qui pre'side 'a leur composition )). B~erthelot, on le voit, savait toute le'tenidue des resultats quiil avait obtenus; mais ii connaissait. aussi, et mieux que personne, leurs limites. 11 faut. lire 'a cc sujet un curieux passage de son ouvrag~e of'' parlant de la chimuie physiologrique, ii fait remarqucr linement que, si les corps des animaux sont des laboratoires out Jpeuvent s'exercer les actions ehimniques, ces actions s'y exercent toutefois dans des conditions trets de'i cates de tempLerature, de dissolution, d'affinite' pen uenergriques, en dehors desquelles, la vie devien-. drait impossible. Ainisi, 'a c6te' du proble'me qu II avait re'solu, ii ne craignait pas d'en indique'r um antre, dont l'importance, est manifeste: non setulemen~t reproduire les compose's organiques par synthese, mais aussi retrouver et difinir les conditions me'me

Page  413 MAJICELIN BERTHELOT41 413 dans lesquelies uls ont pris, naissance an sein des eAtres vivants. Anjourd'hui encore, ce vaste probi'me est loin d'e'tre Olucide' dans toutes ses parties; mais ii e~st permis d'affirmer que les re'sultats de Berthelot en ont singfulii'rernent avance' la solution. Apre's avoir de'barra~s's la chimie organique de la force vitale, apre's avoir 6tabli ainsi l'unite' de la chimie, ii a vouiu faire disparaitre tin autre fant6m-e. en de'finissant et assuijettissant 'a des lois pr'clises, s'il e'tait possible, ce que l'on d~si-nait, ce que ion de'signe, aujourd'hui encore, sous le norn vague d'affinit6. Sur les traces de savants qu'il a soiogneusernent cite's Dulong', Andrews, Favre et Silbermaun, J. Thomsen, il a cousacre' pr~s de quarante ans de sa vie h re'unir les-e6leirents d'nne science nouvelle, qn'il a nomm~e' la therrmochimwie. Pour mesur'er les quantit6s de chaleur absorb'~e on d 'aes dans les r'actions, ii a invente' les InM("tbodes calorime'triques les pins pre'ciSes; les inge'nieux appareils qu'il a construits po-ur les appliquer sont auj onrd'hui nuiverselleim-ent ad opt(,s. fVlais ii ne pouivait e'tre donn' 'a la chimie seuile de resoudre toutes les difficult~s qni se dressent 'a chaque pas dans les 6tudes de cc genre:pour nous e'-clairer Cormpletement sur les causes et ies circonstances des reactions, ii failait Fintervention de principes essentielleinient nouveaux, emprunte's 'a une autre sciencle, et dns an genie de Sadi Carnot e-I de Robert Miaver. Si Berthelot n'a pas obteun dans cette voie tout le Succe's qn'il avait espere, ii a du momns frayt' la route Ses innorubrables exp~riences liii out fonrn i ne foule de donn'es pr'cieuses gAc anqelles il a pu de'velopper et pre'eiser les belles d~couvertes de, Laplace et de Lavoisier sur les origines de ia chaleur animaic, et aussi, et surtont, constituer stir ses vc'ritalbles bases I~a tht'orie des corps explosifs, devenue entre ses mains

Page  414 III 41 i ~~MARICELIN 1BEATHMELOT un des chapitlres l-es plus 616gants et les plus i ll s t. tifs de hla ch iimie nmoderne. C'est pendant le si('g-e de Paais, au nmo~ fut normin' president du COMiiI S'Yceldi/iqpe p~a it, d-fenx1e de Paris, quni Iinaugura ces nouvelleS me'nora'bles e'tudes. On ne connaissait 'a cette eq~ que ties re'gles purernent enripiriques pour r~gler le conditions du tir, et l'ou savaitL peine quele, 'tait 1h nature des g-az prodnits par cette viejille poudre, noi'(dont ii nous a retrace' linte'essante histoire. GrAce auxtravaux de iBerthelot, poursuivis en collaborationa avec mes deux confre'res Sarrau. et Vieille, on conun -et Fon put calculer les eflets que produisent les explo sifs les plus divers., avec toute la precision que peuv\,nl atteindre les sciences applique'es. Sarrau. m'a racont, lplus d'une fois quelle fut la stupe3faction d'un rninistre. de la guerre, dont j'ai oublI4- le nom (il appartenai-, 41- Fartillerie), lorsque mon cher c~onfr~re,' alors -Direc. teur des Poudres, lui apporta une formule qui permnettait (Ic calculer t l'avance la vitesse irnprinru'e h unl projectile par une poudre de composition donn'ee. B~erthelot, en collaboration avec AL 'Viejille, institua un 'ute de. travaux sur la vitesse de propagation des phe'nomn~nes explosifs, sur cc que lou a, appele' l'onde explosive, par des nme'hodes oiii toutes les objections ('taient pr~vues et qui perm-ett~alient de mnesurer des durt~es s'e'levant 'a queiques dix-millie'mes de seconde. On sait que l'ensernble, de touLtes ces recherches. a servi de point de d1~part 4i cette belle de'couverte, faite par M. Viejille, de la poudre sans fum~e, qui a sans donte contribue' 'a nous e'pargrner une guerre, en nous assurant pour deux on trois ans une grrande superiorite' dans l'armement. Ii mn'est impossible d'analyser ici bien d'autres, travaux-de Mla. Blerthelot, ses recherches surIa formationi

Page  415 MARCELIN BERTHELOT 415 des ethers et Fisomerie, sur l'effluve electrique, les experiences sur la fixation de l'azote atmospherique par les plantes, qu'il poursuivait dans son laboratoire de Meudon. Mais les lecteurs de ce Journal me reprocheraient a bon droit de passer sous silence les etudes perseverantes qu'il a consacrees a l'histoire des sciences, et a celle de la chimie en particulier, C'est surtout aux alchimilstes qu'il s'interessait; car il considerait que, par leurs travaux sur la pierre philosophale et sur l'elixir de longue vie, ils avaient ete les precurseurs reels des sciences experimentales. Et comme il etait loin d'etre un esprit positiviste a la maniere de Comte ou de Littre, comme il avait, dans ses etudes philosophiques, fait place i ce qu'il appelait la science ideale a c6te de la science reelle, il aimait a parcourir ces papyrus des alchimistes, dans lesquels les reveries et les imaginations mystiques so mnelent aux proc6edKs positifs et aux resultats definis. Je ne m'attarderai pas a enumr rer toutes les collections qu'il a ainsi publiees et commentees. A Fetran-. ger, elles ont lait sensation et, lors de la ctelbration de son cinquantenaire scientifique, la Societe chimique de Berlin, composee de bons juges en la matiere, n'hesitait pas a lui ecrire: ( Vos admirables 6crits historiques ont rejete bien loin dans l'omlre tout ce qui avait ete publi6 depuis Hermann Kopp sur le developpement de notre science. ) En France, oiu on ne lig bien a tort l'iistoire de la science, les alchimistes seuls, car il y a encore des alchiInistes, ont approfondi les Publications de Berthelot et lui ont mernme teoigne', lors de son cinquantenaire, leutr reconnaissance et leur admira tion. II me resterait encore, si [. lBriand no s'etait taquitte (de cette partie de rna tIche infiniment mieux qiUe jO ne saurtais Ie faire, ai insister sur les idles phi

Page  416 -41.6 MAI1CE1,IN BERTIIELOT losophliques, sur le r6le politique et social de Berthe. lot. Bornons-nous a rappeler ici qu'il fut tolerant, 4 la fois dans ses actes et dans ses pensees, qu'il fur aussi, plus d'une fois, le defenseur heureux des intervts de la haute culture scientifique aupres des pouvoirs publics. Mieux que personne, et avec toute l'autorite de son genie, il a su mettre en evidence ces rapports necessaires et etroits que nulle nation ne saurait m3connaitre sans peril, et qui rattachent au maintien, au developpement des 6tudes desinteressees, les progres de l'education, des moeurs publiques et de l'industrie nationale. Berthelot est mort le 18 avril, vers 5 heures et demie. On connait sa fin si touchante. II etait venu a 3 heures dans mon cabinet pour me faire la confidence de ses angoisses; il m'avait rappele tout ce qu'il devait A Mine Berthelot, a cette compagne de sa vie qui, pendant quarante-cinq ans et dans toutes les epreuves, avait su raffermir son cceur et soutenir son esprit, un peu inquiet de sa nature. I1 esperait encore contre toute esperance. Deja' gravement atteint, il n'a pu resister t un choc, h une douleur qu'il se refusait a prevoir. G. DARBOuX.

Page  417 LOUIS PASTEUR Discourns prononcc' le 5 juin 1910, en presence de M1. Douzmerq lte, Ministre (de lIn.siruction Publique, (de Mine Pasteutr el des mem2hi'es (de sa fam.ille, des anc'iens el,.'ces el dte. amiis de Pasteur, lors de Iat remi.se c I'Ecole Nor)nale dit imontment qtui lui a etc e le: e dacs Ie granc jardinz de lEcole. Monsieur le Ministre, Mesdames, Messieurs, En revoyant ces lieux ou Pasteur a vecu les annees les plus fecondes. mais aussi les plus difficiles, de sa noble vie, je ne puis me defendre d'une profonde emotion. C'est a deux pas d'ici, dans ce modeste laboratoire aujourd'hui transforme en infirmerie, qu'il a fait ou a pr6pare ses plus belles decouvertes; c'est lh, en particulier, qu'il a inaugure le service de la rage et donne ainsi le plus eclatant, le plus touchant exernple des services que la science pent rend.re a l'humanite. C'est dans les allees de ce jardin qu'il se reposait, lorsqu'il consentait i prendre du repos, avec ses 1eeyes, ses amis, Bertin, Deville, Boissier, Briot, Joseph Bertrand, pour n'en citer que quelques-uns. C'est ici qu'il a e6t frappe de cette maladie cruelle, qui n'a pu cependant porter atteinte, ni it son ardeur, ni ia son 6enie; c'est ici, Malamne, que, digne compagne du Trand maitre, vous lavyez entouri de votre devoue

Page  418 /418 L(OUIS 1PASTI:O Ii rment, veillant sans relatclhle su sa sant, le consolant dans -s vs p' vel s co()nlunes. le soutenant de 1,os consetis et do voti' e dloce t)prseltce dan s l ues lutte acharn6es o(t il a re(contre, talnlt d'adversaires. Y r8Jai ment, notre Colmit6 a eu unie lhleu'else pens6e, lors qu'il a d(cide de perpltuer en cette place el souv enir d(e notre cheht dlisparn.,eos populatioins a milieu desquelles il a ve('cu celles qu'ii a prteserv(ees ou enrichies se sent (lisplte I lhonnetur de lui explrimer la reconnaissance piblliqule. 1 a ides monuments ia DIbole, a Arbois ia Besancon, i l.ille. lt Alais. ta Melun, (i Chartres, i l.Marnes, il Saint-ipi)poitvte-du- (Fort. Nos villes et nos moindres villages so sent empress(s, de son vivant mieme, de (donner le nom de IPastetr it quelqu'u^n (de leturs rues ou de leturs tplaces pul)litques. Paris ne l'a pas oubli6: et )ourtlant, aprles ce puissant et glorieux. montument de la place IBreteuil qui synthetise en quelque sorte toute son c-uvre, il fallait que quelque chose de Pasteur restat ici, dans ces lieux ou, des le premier jour, il a trouve ses collaborateurs les plus fideles, ses sontiens les pllus d;tvouwis. Le voici revenu dans cette maison qu'il avait quitt6e avec tant de regret, tel qu'un granid artiste l'a fait rev-ivre, non plus en lutteur infatigable, mais en vainqueur desormais apaise, conscient de sa force et de sa puissance. regalrdant droit devant lui avec se'renite. avant confiance dans l'avenir. qui lui fera bonne et prompte justice. C'est ainsi, ilessieurs, que Pasteur dev ait vous etre rendu; car ici,n nul na jamais doutc de lui; nul n'a jamais doute que ses travaux seraient un jour acclames et appliques par ceux-la meme qui les avaient combattus dans leur nouveaute. Helas! De ses amis et de ses collaborateurs de la premiere heure, bien peu survivent aujourd'hui, pour se joindre i. nous, L.Thuillier, Maillot, Baulin, Duclaux, Grancher, Chamber

Page  419 LOUIS PASTEUR 419 land, Joubert, ne sent plus 1h. Roux, Van Tieghelm, Gernez nous restent heuretosement. Puissent-ils, pendant longtemps encore, nous transmettre les enseignements du maitre pres de qui ils ont vecu. Mais lorsqu'auront disparu tous ceux qui ont approche de Pasteur, ce monument, faible te6moignage de notre piete, que nous confions it lEcole Normale, parlera pour eux et pour nous. C'est ii, v-ous l'avez dit, Monsieur le Ministre, (Iqe viendtlont en )pletinauie tous ceux, chaque jour plus nombreux, qui aturont it'udli', dans un livre admirable, inspire' par un e affection filiale, la vie de celui qui secra d6sor mlais no1tre 'goile scientio - que la plus haute et la plurs ptre. qui auront ainsi appris, non seulenlent h l'ladlmirer, mlais aussi it le bien connaitre et i faimner. HleurLeuse, heureuse pardessus tout, une nation, quand les homimes dont elle est fiere, quand ceux dont le nomr penetr e dans les plus humbles dermeures cornmie dans les 6coles les plus mnodestes, peuvent v apporter' lexemple de totites les vertus civiques et morales, unies, non seulement au genie, mais aussi, miais surtout It la projbite scientifique la plus parlaite et la plus 61ev6ei. PRasteur ne fut pas seulement un -rand savant, il fut aussi un homme de devoir et (le d6vouemtent. Tous ses actes, tous ses 6crits s'inspirent des pensOes els plus IautLes, les plus genereuses. L'exemple qu'il nous a dotnnr est de ceux qui contribuent essentiellemlent i Ilorlmer le pac ltr;ioine moral d'un grand peuple. Cet exemiple ne sera naull part mieux cornpris, ni -iieuX suivi, que dars ctte uimaison, it laqu( ll IPasteur avait volue 11e afrection dont elle a le droit d'etire fire. Quand, apr'es v avoir ('tL lve,- et qulel telee! ii N levint comrnme admtinistrateur et di rectlur de tla section des Sciences, il usa d e son iniluence naissante pour y amriliorerL e[ vdevelop)per leseieensei urement. Lors

Page  420 4:20 ~~2() ~~LOUIS PASTEUR que, dans ces derniers temps, lEcole Normale s',es vue plis e&roitement relie'e 'a l'Universite' de Paris, Ce,, changrements ndont, pour ainsi dire, pas to-Lch' la Se~ tion des Sciences, telle que Pasteur l'avait organis~e' C'est 'a li pie nous devons d'avoir entendu les mia-itales lecons de Charles ilerinite; c'est a lui que nous devons l'institution des agr~g'speartulo plus bel. exemple que je connaisse de re'sultats vraj-~ mient extraordinaires olbtenus par les voies les plus n-odestes. Ce n'est pas tout:quand notre pense'e se. reporte 'a cette, epoque, benlas trop lointaine, 01 flous avons vecu ici sous sa direction, nous uie pouvolls songer sans reconnaissance?t tonutes les m-arques d'inte'ret, de confiance et d'affection qu'il ne cessait de nous prodiguer. Pour ma part, s'il m'est permis d'6voquer un souvenir personnel, je n'oubliierai jamais l'accuejil plein de bonto' qulil fit, il. y a pr~s de cinquante anls, a ma vieille meare, venue 'a Paris pour me consacrer en queique sorte 'a lenseignemient. Puissent son souvenir et sa pr6sence prote'ger cette grande Ecole!Qu.'elle s'anime de son esprit, qu'elle s~inspire de son exenmple, et lavenir s'ou-vrira plus brillant que janmais devant elle, pour le bien de Fenseignenment, de la science et du pays.

Page  421 SUR LE ROLE DES SOCIETES SAVrANTES Disco urs prononc4 Ic 6 avril 190O? aI Mon tpeliecr, (I' la se~ance (le clotu1re (/It Co'ngres d/Cs Socieus Saran ics. Monsieur le Mlinistre, Mesdames, Messieurs., Ii y aura biento't dix-sept ans, quelques-uns d'en tre, nous assistaient aux feates que donnait la Ville de lMontpellier, pour ce'lelrerle sixie'me ceutenaire de sa g-lorieuse Universite". be President de la Re'publique avait tenu 'a rehaus's-er par sa pr~sence leur e'clat et leur signification. PIlus de quarante Universite's C'trange~res avaieut envoye' leurs professeurs et leuirs ktudiants. Ii en ktait venu d'Angleterre et d'Italie, dui Danemark et de l'ELgvpte, de la Suisse et de la Gree (lu Portug-al et de lai Hollande, de StiP'e, (l.'me'rique, Injine et de Russie. L'Alletnagne s'e'tait fait repre'senter par queiques-uins de ses professeurs les plus t'miflouts, et je me souviens que, lors de la se'anco d'ouverture, j'eus la bonne fortune de me trouver 'aco dle lillustre Helmholtz, de'16g(ue' par ltniversit (10, Berlin. La ce.remonie principal eout lieu dans un. cadre "uerveilleux. Au centre de la belle promenade du. Peyrou, au bas des degres (qui conduisent au Chateau

Page  422 t,.22- SUR LIuE IL[,E DES SOC(ITIES SN\ANTES ld'Eau, Iun imlIllInse v(i'llim avait ''it ten(du pomur a)briter les assis[ants. ( )t1ellues Ilaleluils dores, dle c~ux que corlnaissenuLt biein nos c1(1r(Fltonies ofifcielles, suffirent i' comple'_iter la 1 1coration..vec, ne contiance,jusitiiue part la,etautl tida climatll. on avait C0tmpte sur le soleil: l soleil ne fit pa(s dlauit. Lt quand M. (ar~. not vint prlclidre place, il put, av-ant de s'asseoir, jeter ln coup d'olil rmearveiill sur le panorama qui se d(eplotait (dns un lointai n I luninelx: do'n ctte6, les (evennes elt lf P'ic Stint-Loulp dle 1'autre, une ligone bleue indiquant ila Aleditoerrine, bericealu de notre ci ilisation latine. te Av is enco)re devant moi, sous le v elum a-,ite par la brise (e nier, les robes 1rolles des Ima ist ralts, Ies raillants unifortmes (les olfiieres et des administvateutls de la cite. A la,cauche d 1u Pr6sident, une foule. au milieu de laquelle j'{etais plonge, de mem!bres de I'.nstitut en uniforne, de d(ittg'u3s des Universities etrangeres et des Facultes francaises, avee leuus insignes et leurs robes universitaires de toutes formes, de toutes couleurs, dte toute oriLgine et de toute anciennete. La t f tle se ternmina pat un salut des etudiants de tous les pays, qui vinrent incliner leurs bannieres devant le Pre'sident (de la Relpublique. Cet ermpressement (les (trangers, co succes qui (dpassa les espulrances les plus optimistes, etaient sacns doute une jpreuve des sympathies que notre pays a su conserver; nais ils mimettaient aussi en evidence le prestige et la force qui sent attachtes, en tous les pays, i la constitution universitaire du haut enseignement. En -venant, si nombreux, rendre hommage a un de nos plus anciens et plus glorieux centres d'etudes, les Etrangers semblaient nous demander de reconstituer chez nous ces Universites dont ils avaient depuis trop longtemps d-sappris le chemin. Aussi des applaudissements enthousiastes saluerent-ils le dis

Page  423 SUB LE ROLE DES SOCIETES SAVANTES.423 cours eloquent dans lequel M. Leon Bourgeois, Ministre de l'Instruction publique, s'engagea, au norn du Gouvernement, I presenter un projet de loi assurant la renaissance des Universit6s francaises. Ce discours marque une date dans lihistoire de nos Universites; il constitue le point de d6part d'une longue serie d'efforts qui, apres des vicissitudes peut-etre in6vita-,les, ont tc' enlin couronnt"s d un plein succes. \Aujourd'llli les l-niversits Ifranctaises sont debout et florissantes. En utn petit nomlre (l'ann6es. elles ont su dissiper toutes les craintes et rialiser l)eaucoup d'esp6rances. Nos partis politiqucs, si divises sur tant de points. s'accordent cependant t pourl leur donner un appui cordial. Elles ont conquis it la o-is la faveur des lettris et la svrypathie populaire. On sent qu'elles sont appele-es a devenir des agents de renovation et de perfectionnement social. 11 n'est certes plus besoin de plaider leur cause; mais, en revenant dans cette ville ou elles ont conmmnence6 a prendre naissance, je n'ai pu mn'empelcher de regarder un peul en arriere et de jeter un coup d'uil rtconfortant str Ic chemin si brillalimment parcourru. Alessieu rs, La reunion que nous tenons aujourd'hui ne rappelle que tie loin celle dont je viens d'evoquer de-ant vous le souvenir. On a vu, ces jOurs derniers, circuler dans la cite les mnembres du Congres, qui s'entretenaient gravemlent d'arclheologie, d'histoire, de philoloiec, de m(Idecine, ld'ygiene, dc'agriculture, de geograpllie, de sciences. Mais ces etudiants, qui noius faisaient songer it leurs illustres predecesseurs Petrarque ct Rablelais, ceux d'Oxfordc et de Cambridge avec leurs ntantes noires et leurs bonnets carres,

Page  424 .i2 i SUR LE hLE DES SOClETEiS SAiVANTES ceux de lerne et de Zurich avec leurs pantalons blancs et leurs echarpes eclatantes, ceux de France avec lenrs larges btrets de velours, ne sont plus lt pour rerplir la ville de leur animation, pour attirer l'attentiort de cette foule rneridionale avide d'eclat, de bruit, de lumiere et de couleur. Ici meine, les habits noirs remplacent les robes bariole.es. Bien des choses out change ldepuis 1890; mais nous avons encore devant nous uine cite, fidele a elle-nmhme et a son passe, toujours animee des preoccupations les plus elevees Lorsqu'il y a quelques annees, M. le Ministre a jug6 qu'il v aurait grand avantagt e ' transporter, tons les deux ans, au dehors des amphitheatres de la Sorbonne le congres des Societes savantes, c'est ici peutetre que cette decision a reCu le neilleur accueil, AIontpellier a ete des premieres a faire ses offres. accueillies par M. le Ministre, et nous nous sormmes empresses de repondre ta sa gracieuse invitation. Messieurs, le congr;es auquel nous venons d'assister a reuni un grand nombre d'adherents et entendu les plus int6ressantes communications. La session de Montpellier aura mis en 6vidence une fois de plus la vitalit6 de nos Societes savantes. Et cependant, vous l avouerai-je, ces Soci6tes, si nombreuses, si actives, si admirablement composees, me paraissent avoir des ambitions vraiment trop modestes; il me semble qu'elles ne se rendent pas suffisamment compte de l'importance de leur role et de l'etendue des services qu'elles sont en mesure de rendre au pays. Je voudrais signaler a leur attention les devoirs nouveaux et pressants que leur imposera lavenir le plus prochain. Mais, pour vous faire connaitre les vceux que je forme, il est necessaire que j'entre dans quelques details sur le developpement des etudes et des methodes scientifiques au cours du siecle qui vient de finir.

Page  425 SUR LE ROLE DES SOCIETfig SAVANTES 42 425 Li semble que la science proce'de, comme le Dante dans son beau Po'me prcercies successifs. A u commencement du xixe sie'cle, le programme des recherdies ouvertes aux ge'omktres par la de'couverte d.U calcul infinitesimal semlblai t Wien pr~s d'e'tre eOpuise. Lagrrange, fatigue'des recherchies, ' quii assurent pourtatuegloire immortelle, dMaissait les math'matiques pour la chimie, qui venait de'tre fonde'e par Lavoisier. Mais Laplace, apre's avoir ac~he-ve ce travail colossal qui nous a fourni 1'explication, pour ainsi dire complete, du syste'me du inonde, fondait la Societe' d'A~ircueil et jetait les I)ises d'une science toute nouvelle, la, phyiqu mol'culaire. Des voies nouvelles s'ouvrirent alors pour les sciences expe'rimenlales et pre'pare'rent letonuant de'Neloppemnent qu'elles out recu sous nos yeux. Notre Acadc'mie, des Sciences, devenue, pour quelque, temps, la premiere Classe, (le linstituit, recueillit, en mehme temps que les savants form~s par le lent tra\-ail de la monarchic, tous ceux qu'avaient fa~it naltre les ag~itations fe'condes de la Revolutiou et de FEmpire L _agrange, Laplace, AMonge, 1Legendre, Cauchiv, Poinsot, Sturm, en mathe'matiquos; Dtiipin, de Pronv, Poncelet, Gambey, Seg~uin, en me'canique;Messier,. \rag-o, Bouyar-d, Lalande, Delamb~re, be Verrier, en astronomie; Buache, Beautemps-1HeauprO', de, Frevcinet, en goe'graphic Biot, Ampe're, Fourier, Poisson. MAaltis, F resuel, Becquerel, Ilegnault, en physique Berthollet, Gay-Lussac., Vauquelin, Dulong,', Dumnas, lionssing~ault, Proust, Chevreul, The'nard, Balard, en chiline I-Jaiiy, B1rongniart, Rtamon, en mineralogie Cuvier, de Jussieu, Latnark, de Mfirh~el, Lac6peade, Geoffrov-Saint-fHulaire, M1ilne-Edwards, en histoire 11laturelle,; Larrey, Portal, D)upuy Ntren, Pinel, CjorviSart, Mlagendie, Flourens, Pelletan, en m16decine et

Page  426 -426 SUTB LE IHt;LE DES SOC1IETESi SAVANTES chirurglie: e tat t d'.a tres, qui seront 't ter nel lhonneut du noim ra icais. Tci is ces hoiiinies, (deviant quii l'Europe s'inclinait avec( respect, ont fait les t' (ldeouvertes et cr6e les m-IEtllth(,es sur lesqcuelles a ( volui, au1 couvr du xlxe siicle, la recherche. scientifique; t tj n'ai pas besoin de rappeler ici les mdngl niliques rlSsultats qni ont 6t6 obtenuts: dans les applications. la navigation a vapeur et la navigation sous-nlarine, les chemlins de fer, la teleCraphie avec fil ou sans 1il, le )hllOno)raphe, le telephone. la lumiere el6ectriquc, le transport (le la force, les moteurs at explosion, la navi(ation aerienne, I'anesthesie, la quinine. 1'antisepsie, etc. dans la theorie, la creation dl'une foule de scienlces nouvelles physique ma ahl matique, 6ner 61'tique, thermodynamique, chimie physique, la (d6monstra tion lonotemps poursuivie, et devenue complete, de 1'unite des forces physiques, 1'analyse spectrale, les mlthlodes de synthese en chinlie or-anique, la decouverte des nouveaux ravonnements et des corps radioactifs, l'introduction de fidee d'evolution en sciences naturelles, la creation d.e la science electrique, celle de la microbiolouie et (te l'hvyiene par les immlortels travaux de Pasteur. Les itudes auxquelles se sont livrets les geomeitres sur le c6elbre Postulatum d'Euclide sont destinees i transformner (e fond en coimtle les theories logiques que nous nous etions formines sur l'origine (de nos connaissances. A cette notion du nombre qui, selon Platon, r6git le mlonde, les mathlvmaticiens en ont ajoute une nouvelle, infiniment plus complexe, celle de l'enssmble, qui sera certainement feconde, comme en tenmoignent deja les penetrantes etudes de nos jeunes geometres. Mais tous ces efforts, tous ces progres que je ne puis qu'indiquer, en choisissant ceux qui se rapprochent le plus de mes etudes habituelles, ont quelque chose de d6solant, parce que

Page  427 SUR LE ROLE DEIS SOCIliTElS SAVANTES chaque proble/ne resolu nous met en pr6sence d'une infinite de problemes nouveaux. Le xixe siecle a brillamment accompli son euvre; celui qui vient de s'ouvrir nous donnera, j'en ai la ferme confiance, soit dans les applications, soit dans la theorie, des resultats dont l'eclat et l'inttret feront palir tout ce que nous avons le plus admire. Quelques chiffres me permlettront de vous donner une idWle tres nette du tdeveloppement qulont pris (Idans ces derniers teimps les seules reclherches de science positive. (C'est a peine si, ia couris te 1'annee 1800, on aurait t pu constater, en dehors de rares collections acadmrniques, paraissant d'ailleurs a intervalles irreguliers, uine ou deux dizaines de recueils consacres 'a la science on a ses applications. Aujourd'hui, pres de dix mille periodiques enregistrent, sans suffire a la tache, la production incessante d(es chercheurs du monde entier. Ie temps est passe o le travail scientifique pouvait rester morcele,. oi) Itleuvre du lettr6, du savant etait celle d'un solitaire enfermn( dans son cabinet. La Science se mele it tout aujourd'hui. Ses conquetes sont incessantes; les pro)leir:mes, <lont ses progr&s nous ont irmpos', l1'tude, ont acquis tine telle ampleur qu'ils ne peuvent etre r'solus Ipar des efforts individuels, et que l'association s'impose pour les ahorder avec quelque chance de succ.s. C l'avenir a)partiendra certainement ia la nation qui aura su le mieux resoudre chez elleette r cettee, ctte capitale question de l'organisation du tr-avail scientifique. Messieurs, c'est it nos Soci,'tes savantes qu'il appartient d'envisager (lans toute son ('ttendue le redouttable problelne qui se dresse tdevant nots. Composees ii la fois des hommnes qui cultivent ou enseignent les sciences et de ceutl qui en sentent tout le prix, elles

Page  428 A 28) SIUR LE ROLE bITS SOC'IEtITS S.VANTES sonit une, representation et une iimace fide'le dt pas 11 est bon sans doute qu'elles envoient leurs d'eg6 exposer d-ans nos congre's peiodliqnes les r{sultats &,, leurs travaux. Plusieurs dient-e eux sont nos coll'gnu es" d'atitres sont die, simnples vNIolontaires. do la scinc' commle le furent autrefois Descartes, Fermnat, d.'Aleijnl bert. Tons ont droit (a notre meilleur accueji, a notre appui sans re'serve o mais le v~ritable o1)jectif d'u~le SOC16Ut_, quelle qu'ele soit, cc sont les cvuvres d'association. Jo voudrais, s'il mlest permis de faire un, comparaison scientifiqune, voir cetto masse l~ge'remellt amorphe des socie'tes savantes montrer queique tendance at la cristallisation. Plus simplen-ent, je, voU_ drais voir los Socie'tes qui s'occupent des m~emes 63tudes mettro on commun leurs rossources et coordonnei- letirs efforts. Y a-t-il uno griande differnc entre la faune oni la Blore do doux de'partements voisins? La limite indkcise qui los s(-'pare arre~te-t-elle lFoisoau. dans son vol, l'eau dans sa course rapide, le vNent et Fouragr an dans, leur &lan impe'tueux? Et quand la nature, il y a des milliers do siecles, d'eposait an fond des mers, ces assises sc"dimentaires sur losquelles noues sonmmes, solidement kablis, prevoyait. elie quo la Convention (tablirait los divisions de nos ddpartements d'apr,6s des principes quIi n'omprun.. tent noen 'a ceux do nos classifications naturelles? Dedja des pays voisins nous ont donn6 l'exemple de cos associations fe'condes. JYon sais, un dans lequel los cinq on six Acade'mies principales, so r~unissent cha — quo annee pour dresser un programime do recher ches, appelerl'attention do leun Gouvernement surles bosomns los pins urgonts, discuter los grandes IqueIstions, scientifiques; et, jo sais aussi quo leur collabo-:o ration a de'ja' donne' los plus appre'ciablos re'sultats.? Cette association des efforts est dWautant plu

Page  429 SUR LE ROLE DES SOCIIftS SAYVANTPES 42 &29 necessaire qne, seule, elle nons perrnettra de conque& rir, dans ces associations internationales qui se multiplient chaque jour, la place qui convient 'a notrce situation scientifique. Ce n'est pas devant v~ous, Mlessienrs, qu'il serait ne'cessaire de rappeler longyuement les services rendus par des institutions telles que le Bui-eau in/ernatjonal dIes p~oids eli mesures, &'abli an pa-vilion de Breteuil, dans le parc de Saint-Cloud. VA ssoc~ia/ion giooesiqae in fern a/ion a/c, pro'sid~e' par mon confre're le g'-neral Bassot; Ilissociationa Pour la car/c du cicil, duie it linitiativ~e de l'ariral Moauchez l'A ss oc 'a I on incnonale dles A cadMIinis, clout j'ai eu 'ihonneur de pre'sider la premiere assenmbliee c~ene rale, tenue, 'a Paris en 1904. Les associations de ce genre, ou~ nous faisons, vous le vovez, boune fignire, xions sont particulie'rement favo rabies, parc~e que, de's qu'elles noues r~v&1lent un de'faut de notre organisation, nous nous htlttons de le corrigfer. Lesprit d'6mulation, que notre Oducation nationale tend (h d-velopper et qni a quelquefois ses d("fants, nous animne ici pour le bien. Nous ne -voulons pas de'choir, et c'est une grande qualite' pour un peuple. A l'appui de ce que je viens de dire, permettez-moi de citer un seul fait. La France, qui, pendant longternps, et ogrA~ce ii IFancienne Acad~mie des Sciences, avait tenu le pre - mier rang, dans les 6tudes scientiliques relatives 'a la mesure de la terre, a r~solu de reprendre tine place digne d'elle, le jour out notre regretteO confrore, le general Perrier, a r'econnu, daus les op~r~ations de jonction g-eode'sique effectu(",es entre la Fiance et i'Angleterre, la supe~rioit'it des m~-thodes et des instruments anglais. C'est de ce jour que date la renaissance de la gc'od~sie dans notre payTs. Nous avons 1repris l#O'tude de la me'ridienne de France, e t n ous

Page  430 130-'6 SLn r LE Rt(LE I) SOLCItE:'S o c SAVANTES avons pu accorptlir cette opftration l'randiose qui, p., l'erploi (de tliian-t(es aya-t j tusqu't 2 0 kilomntres de c6Ote. a rialise la jo(nction 'tlodesique de la France et de l'Altr''ie. ISur l'invitation 1de I'Ass(ociation g'od6.. sique internatioale, no s velons (de reprendre, en les (lai'Hissant, leOs opl rations de haut int6ert qui avaient 61e faites auit'rou, aI cours du xvlInI siecle par Bocltg'er, Grodin et La tAondamline, missionnaires (de l'\Academie dtls Sciences. 11 a fallu toute la bienveillance du ParIleent et tout le concours de oge6r reux donateurs, il a fallu. surtout t, tote l'6nier-ie et toute la science (es officiers de notre Service geod.sique pour triomnpher des d(ifficult6s de toute nature, qui renaissaient sans cesse dans ces pays lointains. Quelques-uns, hIllas! sont morts I la peine: chefs ou sol(ats, je le: salue avec 6motion et respect. MAais, efin, I'(euvre est achev-e, et elle fera, je lespere, honneur. notre cher pays. Messieurs, je terinine en applaudissant a ce beau succes; mais, avallt de renoncer t la parole, permettez-moi de me souvenir qu'il v aura bient6t cinquante ans, apres avoir commene t6 meos (tudes non loin d'ici, dans nma ch'Are ville natale, c'est dans votre lycee que je suis venu les teirminer, sous la direction de rnaitres (iont je conserverai toujours le souvenir, mon vieux professeur Ber-er, 1 'dlouard Rtoche, Coml)escure, Charles WVolf, Clancel, qui demneureront, avec d'autres plus anciens, Balard, Gergonne et Gerhardt, l'honneur de volre Faculte des Sciences. Je prie votre Cite, que ses etudiants du vieux temps ne pouvaient quitter sans verser des larmes, d'agreer mon salut et mes homnmages reconnaissants. Je suis heureux de la retrouver toujours prospere, toujours industrieuse et active, toujours hospitaliere.

Page  431 LA REFORNIME DE LA TLICENCE ES SCI ENCES!1 IMessieurs. Les modifications si heureuses qu'a subies, il v a deux ans. l'org'anisation des etudes m6dicales vous avaient conduits, vous vous le rappelez, ia vous occuper une premiiere fois de nos Faculctes des sciences. Elles avaient recu( d(e vous la mission, aujourd'hui accomplie, d'orlaniser une premiere annee 'lt(/e.lUes p/h/siqucs', c/rimiTe.,' eI Cl.(l//ell'C. preitparatoires a la carriere mendicale- manis le ie in-me des ttudes de licence navai t pas encoi'e t6 l'objet de vos discussions. InstituLs l)ar le d(cret de mars 1808, nos examens de licence conservaient, depnuis plils de quarante ans. une forme presque invarial)le. Seules de tons nos (tlablissements d'ensei'nemlent sup&riieur, les LFacult(s des sciences restaient sourmises it des p)rogrnamnmes mint-ltieuselment r, jles, qui portaient toujours, depuis 'oriogine, sur les mem1tes branches de la science et (1) iRapport p)lr %trlt l m ottseil sittti'ieul de 1 'Instlri 'tito iublilq c sit i' les [I roj[ l i' (IC (lec'let j'el tis il la lic(len e es s:iefnces. Exitral ild. no (ii( [ fvri eil 189'6 (le la Rerut e I telzlnationale de I'Ens<eit(Jn/ e elft.

Page  432 LA REFORM E laissaient peu d'initiative, soit aux miaitres, soit au1 ktudiants. Pourtant, depuis 1808, les cadres de notre ensei gnement se sont notablemient elargis. A mesure que naissaient (les sciences nouvelles, El'tat cr6ait les chaires correspondantes, soi t dans nos departenments soit i Paris. Nous avons vu apparaitre dans nos Facultes des chaires de c/ i.ie oqan1iu/e, de chiic' iduslttriel/e, de chimie biologgiqul; k ctte de la piysirque y(genralc est venue se placer la p/)y.sique cmath(a maictique, cette creation de la science francaise qui joue aujourd'hui un r6le preponderant; des enseignements distincts ont iet institues pour la physiqu, idlt.stlrielle, pour la m,2lcaniqute phys'iqte, pour la nmcani/que celeste, pour l' clgibre et pour la geometrie s.upericitres. Tandis que le programme actuel de la licence pourrait etre developpe avec sept a huit chaires seulenment, certaines Facultes comptent dix et onze chaires; celle de Paris en a vingt et une. Ces creations nouvelles, qui remontent a toutes les 6poques, repondaient toutes a des besoins imperieux; et manee plusieurs demandes, formulees a bien des reprises diffTeentes dans ces derniers temps, attendent encore satisfaction. Pendant que s'elargissait ainsi le cadre de l'enseignement, celui des examens de licence demeurait a peu pros invariable. Sans doute, en 1877, on avait remanie et etendu beaucoup les programmes, pour essayer de les mettre plus en harmonie avec les d6couvertes qui se succedent chaque jour; mais les remaniements n'avaient modifi6 en aucune maniere le caractere de l'examen. La licence etait un grade d'Etat, et FEtat faisait figurer dans ses programmes les seules matieres qui lui paraissaient devoir etre exigees des aspirants a l'enseignement.

Page  433 DE LA LICENCE tS SCIENCES 3 433 Cette organisation presentait des inconv6nients et des dangers de plus d'une sorte. Les 6tudiants, assu-' j~ettis 'ai des 6tudes limite'es par un programme 'a la fois trop precis et trop charge', les poursuivaient le. plus souvent sans ardeur et sans goki. D'autre part, clomme des garanties de culture grene'ale ktaient 'a bon droit exigoes des candidats 'a lFagre'gation, on n'avait eu d'autre ressource que de demander 'a chacun d'eux deux diplo'mes de licencie. On imposait ainsi aux kSudiants, pendant les anne'es de'cisives de la carri(Sre, et an grand d(Striment de la 1)onne formation de leur esprit, un travail qui ne pouvait leur plaire dans plusieurs (le ses parties. 11 semblait v(-'ritablemaent que nos FaculteSs ni'eussent dlautre but et d'autre raison d'eStre que la pr(Sparation des futurs professeurs; et, d'ailleurs, lorsque l'encombrement des cadres obligeait, comme, il arrive aujourd'hui, un grand nonmbre d'e'tudiants 'a renoncerl h l'enseig-nemient, ils ne pouvaient, il faut bien le dire, tirer presque aucun parti des c&udes trot) spe'ciales qui lear avaient ket( impoSees pendant plasieurs anne'es. be projet soumis a vos d(Slib(Srations -vient, par les mnovens les plus simples, porter reniu(de (h cet (Stat de choses. II institue des cerifiicaix dT9iAds salperielireS, qui seront d~fi-vre's par chaque Facult6' et qui corresPondront aux nmatieSres enseigfnees par elles. Trois deo ces certiticats obteius, soiL en meSme, temps, soit dans des sessions diffkrentes, permettront 'a e'6tudiant de reclamer le, d1p0ip/ue de Iicencic ils sciences. lien Lion,sera faitLe sur le dipblhme de ces trois certificats; et SI, apre's cela, l,'etudiant en recherche et en obtient d'aUutres, il sera ajout(S sur le diplomenic s mtentions relatives aux nouveaux certiticats. Telle est. en. deux eht l(conomic du nouveaut projet:il substituc aux trois types fournis par les licences actUelles une foule

Page  434 434 434 ~~~~~~~LA IlL FOI.'HME dle combinaisons varih'es, tre's propres aenconrager le goat (le F'etude, 'a 6%veilter les vocatious scielitiff. ques, a conserver l'orig-inalito' de 1'esprit. Quelques exemples ferout b —ien comprendre I utilit6 de lorgaupji, sation. propose'e. Depuis longtemps de'ja', un gr~and nonibre d'~tudiants en m~decine et en pharmacie. venaient fl0us demander un, de nos diplb'mes dans le seul but deB comphuter leurs 6tudes de science pure. Nous lPouvons compter au nomi-bre de nos professeurs les plus illustres plusieurs savants qui ont conimntnc6 par la Facult6' de me'deeine. Dore'navant le futur me'decir, qui recherchera la licence 'es sciences sera en droit de presenter, s'il lui pklait, pour, le diplo'me de licencie,e le certificat de-_ phypsiologie, on celuii de c/imie, ou celui de C/Wamie bio/ogique. Des comnbinaisons de ce ncenre sont extr'rnmet fRcondes, tons en b'nd'ficie ront: les m~decins et les savants. Parmi ceux que le projet favorise, nous n'aurons glarde d'oublier ces 6'tudiants, de plus en plus nomb)reUX, attires dans nos laboratoires par le d~sir d'acqii~rir les notions de science qui dev-iennent de plus en plus indispensables 'a tout prog-res industriel. on agricole. Loin de nous la pense'e de transformer nos Faculhe's en Ecoles d'art&s et naitienf, en EIcole.s.spicliaies (Ta]~)1licatioit; mais ii ne taut pa s perdre de vue que les, prog-res materiels se rattachent chaque jour plus directement anx recherches les plus e'leve'es, de la science pure. C'est un physicien math&-.. matficien qui a donnea les moyens de lancer un cable pour la premie're fois, 'a travers l'oce'an Atlantigne. Ce~s progyr~s de P'industrie e'lectrique, de l'industrie chimilque. qui valent 'ai nos voisins des be'ne'fices annuels de plusieurs centaines de millions, ont eA accomplis par des homines sortis des Universite's allemandes.

Page  435 DE LA LICENCE ES SCIENCES ti 4 15 Voila' quelques-uns des avantag —es du projet; avant d'nrrdans son examen detain',e il importe de re'pondre tout de suite 'a une objection qni hui a de'j" kt' adresse'e, et qui se reproduira peut-etre. On voit bien qu'il laisse plus de liberte' et d'initiative 'a tons, malitres et elleves, qu'il est de nature ht favoriser beaucoup le de'veloppement des enseig'nements annexes. Mais ~ee progr~rs, si c'en est un, ne sera-t-il pas achet6 pay laf'faibhissement des craranties exi(T'es iusqiu'ici des, aspirants 'a lenseignernent? Messieurs, nous venons de voues exposer bien francheinent comment nous comprenons. le r~ide que, doivent jouer, dore'navant, los Faculth's des sciences. M ais., si elles voient croitre sans cesse leur theche et letirs obligations, nous estimons que leur d&evoi~r le plus 6troit les oblig-e 'a ne jamais ne'gliger la pre'paratiov des futurs maitres de la jeunesse franq~aiso. La Commission a la satisfaction de -vons dire que, sons ce rapport, elle a re~,u les assurances les plus formeltes. Les ktndos preliminairos exige'es des candidats (I'!'agvgalioll, an doctorat, ne seront nullement diminue'es. (in peut me'me affirmer que la souplesse de la noluvelle organisation permn-ettra un meilleur ame'nagrement de ces examens tout 'a fait sup'rienrs, destine's 'a une dulie qui sera toujours lob1jet de nos pr~occupations. 1)~s 'a present, d'ailleurs, nons axons nine premi~re garantie:un projet de d6cret 6'maliant de la direction de lenseignemnent secondaire, et Sur lequel nons reviendrons plus loin, ni'intient, on Vamd~iorant d~jih, l'5at de choses actuol, pour loss asi antax, fonctions do ' Fenseiguenement secondaire,.Public. Nous le si-nalons d16s 'a pr~sent, parce quiiT corupiede et e'claire, le- projet fondanmental. Dans ces conditions, limpression 6prouvee nnami'Olen-ent par votre Conirnission est quo Ta licence, aveic

Page  436 1, " O -, O 10 436 ~~~LA RIfTORME ses trois certificats, copeatcau eri preu.yes, deviendr~iI un examnen, plus attravant sans doute, mnais aussi plus difficile que par le pass6. Toutes ces explications ont 6tet' echano6e~s lors de la discussion des articles 1 et 2 dii proj/(el d~cc-cet su I1 a licence e's sciences qne vons avez sous- les yenx. L'article I institue les cerbjficals (let'tictes supd'riellrev Dbapr~s Farticle 2, la liste des mati("res pouvant donner lieu h' la (1elivrance des certi/icteas est arre'6e, pour chaque Faculte', par le Mlinistre, sur la proposition de IiAssemble'e de la Faculte' et apre's avis du Conlit, consultatif. fL'e'tablissement de la liste propre 'a eha. que Faculte' sera, an dehut tout an mons, urne op~eration queique pen de'licate 1105 Facult~s, juqici u Id"es par des programnmes, anront ~i coordonner les diverses branches de leur enseignement. La Commnission a e'mis le vceu, aceneilli sans difficulte' par l'administration, que les deux repre'sentants des Facult~es des sciences an Conseil snpe'rienr soient appe1ks au Comnite, conusntatir lorsque seront discute'es les listens proposees par les dive rses Faculte's. LEarticle 3 Porte que le (h "plo~me de licenci' 'es sciences sera conf~re' 'a tout e'tudiant qui justifiera (le trojs ceri/cats. 11 a A' adopt' apr's une lonuge discussion, laquelle, 'a vrai dire, nIa portein ni snr le nolnbr~e, ni sur la miatre des certificats exioges m iais il s'agissait uniquemient de d6cider si les trois certificats devaient e"tre obtenus devant la indmre Faculte'. Plusienrs d'entre nous faisaient valoir que l'on re'alise deja nn bieJii grand progres en laissant 'a 1'6tudiant lie choix libr& entre tant de certificats, en lni laissant aussi la liber te de les rxechercher, s'il le desire, successivement. Est-il neicessaire d'aller plus loin de's le premier jour,- et de reconnaItre 'a l'etndiant lie droit de re'unir lies troi's premiers certificats quilumi sont n~cessaires en choisis

Page  437 DE LA. LICENCE kS SCIENCES 3 437 sant peut-e'tre, non les Faculte's ohi ii croira trouver les meilleurs maitres, mais celles ofi ii espe'rera rencontrer les examinateurs les plus indulgents? L'unit6 de grade ne sera-t-elle pas ainsi affaiblie, sinon rompue, et ne court-on pas le risque de faire natitre uii pr&juge' d~favorable a la re'forme? A cela, il a et6 re'pondu que, dans d'autres pays, les pe're'grinations soul an des charmes et un des profits de la vie d'e'tudiant, qu'elles contribuent beaucoup 'a de'velopper le caracte're et 'a former les hommes d'ailleurs, bien des ktidiants, et notamment les fonctionnaires de l'enseigynement, sont souvent, an cours de leurs etudes, tenus aI des de'placements qui leur interdirai eut toute recherche des graides, si l'obligation d'achever leurs etudes dans la ine'me Faculte' leur e'ait imposee. Finalement, on s'est arret6 a une transaction qui a re'uni l'assentiment unanime. II a fte' conve-nu que la Commission entendait larticle en ce sens que l'obligation serait maintenue pour les e'tudiants d'obtenir les trois premiers certificats coustitutifs de la licence devant la ni'me Faculte', rnais que chaque Faculte' serait tenue d'accorder, dans les formes ordinaires, le transfert de son dossier a tout etudiant pouvant invoquer des motifs le'gitimes 'a l'appui de sa dernande. Si, par impossible, certaines Facult's voulaient retenir leurs e'tudiants, le recours an Mlinistre est toujours ouvert: c'est le droit Commun. L'article i porte que mention est faite sur le diplome des mattie'res correspondantes aux trois certificats qui composent la licence. Ii ny aura donc plus 'a lavenir qun tne seule licence 'es sciences, mais les anciennes, 6pithe'tes. ~nalh6Prtaiqtes, physiq ues ou. natiueiic.s Seront avantageusem ent remplace'es par les mentions. b'ailleurs, d'apre's V article, 5, mention sera 6 galement faite sur le diplo~me de tous les autres certificats qui

Page  438 438 438 ~~~LA. FI0REOIE viendront s ajouter aux trois premiers. 1i va sans dire que ces certilicats supplernientaires pourront 6tre pris Ihi out le pr6fe'rera Fe~tudiant. iLes articles suiivants n'ont (onne. lieu. 'a au'cune difficulte'. Remarquons seulement (le quelles grarantie,, est entoure6 lexamc~n relatif 'a chaque, certificat. I~i _ g~cera trois jug~es et comportera une 6preuve ecrite, n epreuve pratique et une e'preuve orale, les deux prerni~res &'ant e'liminatoires. Quan(I pltisieuirs certiliL eats seront recherche's en me'me temps et dans la eluhe session, ii a 6te' reconnu cjue les jurys pourraient Atre, c-onfondus en totalite' ou en partie, les prescriptions-, fe 1Particle 'I0 kant, bien entendu, respec~tees. Le second projet de de'cret est relatif awi. asyp'? Irants aux fonetions dle l'enseignemneit seconda ire pdi pour lesquiels est requis le grade (le lbeen ci~ es, sciences. Comme nous le disions plus haut, il rassure pleinement tous ceux qui d-Sirent maintenir le niveau de, notre corps de professeurs, et il met tout de suite en evidence quelques-tins des avantages de la nouvelle orgranisation. Car, SIl conserve, pouir les trois ordres de professeurs de sciences, les trois gTroupes de certihecats correspondants aux trois licences actuelles, ii permet en outre, grice 'a Faddition d'un article adopt' h 1'unanirnite' et propose' par M. le Directeur de Fenseicrnemenut secondaire, de tenir compte aux aspirants des e&tudes comnpl'mcntaires faites par eux, et notamment de celles qui se rapportent an type Voisin de celui qu'ils ont presents. Si le de'cret s'applique uniquement aux fonctionnaires de Fenseignmement secondaire, Cest qu'on 'n'a pas vouin s'interdire d'employer dans certains cas, par exemple comme preparateurs dans les Faculte~s,- des eftudiants avant obtenu la licence, avec une des WMr

Page  439 DE LX LICENCE kS SCIENCES43 '439 binaisons nouvelles gui leur sont offertes par l'organisation projete'e. Tel est, Messieurs,- le re'sultat de nos discussions. Les projets pre'sente's ont un caract~ire propre; ius diff~rent 'a bien des e'gards de ce ux que vous avez adopt~s pour les autres ordres d'enseignement, et sont par-faiternent approprie's a le'tat present des e'tudes dans les Faculte's (les sciences. Its re'alisent, sous une forme hieureuse, ha liberte des 6tudes que plusieurs de nos col1e~gues ne cessafient de, re'clamer. Bien des questions qui avalent kt6 souleve'es dans ces derniers temps se trouveront reisolues si vous les adoptez;pal' exeruple, celle des diphinnes d'e'tudes sup6rieures, suir laquelle ii 6'tait bien difficile d'aboutir. Its n'affaiblissent pas, its fortifient pluto't la licence et, en mnerme temips,ils onvrent, dans de meilteures conditions, les portes de nos Faculte's 'a ces cathgories nouvelles d'&'udiants que nous avons 6nune'reies plus haut et gui 4taient en droit de re'clarner notre concours. Its permettent encore, et surtout, une solution favorable de cette question si ardue (les &'udiants ktranglers, gui inte'resse 'a un si haut degr6 l'influence de notre pairs. Si, pour d'autres Facult6s, l'introducti on d'e'lkments ktrang,,ers en trop grland nombre peut dlevenir exceptionnellernent un danger, les n6tr-es n'ont rien de seumbiable Li redouter. Au contraire, cites gagneront beaucoup Li faire connai'tre au dehors leur ensei-nement si solide, 51 precis, auquel eltes out su donner cette forum et o6aute qui caractnrise, les productions de Fesprit francais. Leur noinece et leurs pre3rog~at[Ve-s Vont recevoir de ce projet un nouvel et d6cisif aecroissemient; nons avons la confiance qu'eles sautront lutiliser pour le bien des etudes et pour celui (in pays. Vous ferez, Messieurs, lion aceueil Lh la re_'foraie qui vous est present~ee cite est le cou ronnernent (lc celics que vous

Page  440 4140 LA. RfTOIME avez e't appch's ii examiner, et que vous avez consa crees par vos votes, Bans le re'gime des Faeult's de mn6decine, de droit et des, lettres; et elle aheh've de constituer ainsi la plus utile pr'paration au vote dii projet de loi que nous eipe'rons voir proehainernent aboutir et qui est relatif h la creation des Universit~es.

Page  [unnumbered] JUBIL E DE M GASTON DARBOUX

Page  [unnumbered] JUBILE DE MI. GASTON DARBOUX A l'occasion du cinquanti6eme anniversaire del'eni trde de M. Gaston Darboux dans l'enseignemtlent, un Comrite de "'eon/ietres fraiais et etrall 'es s'etait formeil et avait envoy-6 aux matnallellticienls de tous les pays, la lettre suivante Monsieur, Cette annee, 'uin des plus 6lninents 'ollintres (1C -notre epoque, M. Gaston Darboux, aura accompli sa cinqluaiitienie aniile de services cans l'ensei;,nement public; depuis plus de vin-t-cinq aits, il est niembre de 1'Acaden'ie des Sciences; depuis dix ans, il en est le secretaire )erpetuel. Sa vie tout entiere a Ct6 consacree a la Science, et a l'Ellseignlellenlit. Se l beaux travaux d'analyse inathelmatique, de Illmecaiqulle ratiomielle, (de eomtlletrie infilit6simalte l'oit place( au prellier ratil des savants de tous les pays. Pat ses ouvl'ag-es, par ses 0cours a la Sorl)oiline, par ses conferenices a l'Ecolb 'oriale suplr('I'i(eure e t a 1'Ecole lor)'male de jeunles filles de S/evres, il est devenu le maitre ailm et adnhire d'un t'l raiid noinl)bre de lnatlhiimaticiens de nationalites (diverses, et de la plupart des professeumts dde inatllmlatiques (de FraIce. D)ans ses fonctions de:oven a. la Flacult' des Sciences de l'Uive'rs(' de Io

Page  444 4441t JUBILt DE.1. (;XSTON D)ARBOUX l aris, de Nembi111e et de Vice-Prisidenlt du Conseil sup6r'iur de 'Illstruction pIullique, ii a pendu les plus 'rallnds services a 1'ELtisisc'iileill('t dans tous ses,leg-r6s. (C'st pourquoi un -roupe (ld'leves, d'adlirateurs et d'allis de M\. Gaston Darboux croit devoir faire appel A ceux qui ont 6tudie ses ouvrages ou suivi scs lec(ons, coinine a ceux qui ont pu apprecier sa b1ieneillaitc influence dais l'ordre scientifique ou ldals l'ordlre admlinistratif, pour lui off1ir, l'occasion e(1 sos noces d'or universitaires et de ses noces d'ar-,ent acadteliques, une nledaille reproduisalt son effigic, avec une adressc portant les signatures des sousc ripteurs. CH. ANDRE, directeur de l'Observatoire de Lyon, P. APPELL, ineinbre de l'Acadeinie des Sciences, dloyvle de la Facult6 des Sciences de l'lUiversite de Paris (Sorbonne), B. BAILLAUD, nlenbre de l'Acad6inie des Sciences, directeur de lObservatoire de Paris, G(ENERANL BASSOT, membre de l'Acadenlie des Science(s, ilrecteur de 1'Observatoire de Nice, M1110 L. BELUGOU, directrice de l'Ecole normale des jeunes filles, a Sevres, L. BIANCHI, professeur a 1l'Universite de Pise (Italic), E. BLUTEL, professeur au Lycee Saint-Louis, a Paris, L. CHARVE, doyen de la Faculte des Sciences de l'Universite de Marseille, E. COSSERAT, directeur de l'Observatoire de Toulouse, G. DARWIN, professeur ci l'Universite de Cambridge,

Page  445 JUBIL DE M. GASTON DARBOUX 4.i 5, S. DAUTHEVILLE, doyen de la Faculte des Sciences de 1'Universite de Montpellier, A. DEMOULIN, professeur i1 l'Universite (de Gand (Belgique), D. EGINITIS, directeur de l'Observatoire d'Athenies (Grece), D. EGOROFF, professeur t 1l'Universite de Moscou (Russie), G. FLOQUET, doyen de la Faculte des Sciences de l'Universite de Nancy, A. R. FORSYTH, professeur a l'Universitc de Caiitbridge (Angleterre), F. GO.MEZ TEIXEIRA, professeur at lI ' ive-sit6 de Porto (Portugal), A. G. GREENHILL, professeur au Collee (d'artillcrie, WNoolwich (Angleterre), G. B. GuccIx, 1)rofesseur i l'UniversitC de Palerme (Italic), C. GUICiHARD, professeur suppleant a la Facult6 des Sciences de 1'Universite de Paris (Sorbo)(ne), G. E. HALE, directeur de l'Observatoire (de Mount Wilson (Californie), H. IIACOCK, professcur a l'Universite de Cincinnati (Etats-Unis), C. HUMBERT, ienmbre de 1'Acadcinie des Sciences, professeur a l'Ecole Polytechnique, C. JORDN., uembl)re de l'AcadeiCi des Scienlces, professeur ia FEcole Polytechnique et au Colle4e de Fran c, F. KLEIN, professeur a IllUiiversit6 de d,Gootting en (Allelnagne), G. IKoE-NI;s, professeur tl a Faculte des Sci(ellces de 1'Universit de Paris (Sorbonnc), E. ILAVISSE, inellbl)re de l'Academiie Fralnuaise directeul, (e 1 Ecolc norliale supel)icertll(,

Page  446 i-I16 JIIBILIf DPE M. 0G.STON DAiRBOUX,. IonlIo pI, p fesseurl It 1-lniversite de Genes (talie P. 1MANSION, lrofesseutr t 1FUniversit6 de Gail (Blelg'ique). Ci. 5EIi.rAY, correspondlant de lInstitut a DijonI, AM. MIITTCAG LEFFLER, professeur it 1'Universite de Stoclkholll1 (SuCtde?), P. PAINLEVE, dcputa, eutenenlbre de '1Academie des Sciences, professeur la Facult6 des Sciences do 1'Universit d(e eParis (Sorbonne), et 'a 1Ecole Polytechnique, A. PETOT, professeur ta la Faculte des Sciences de 1lUniversite de Lille, EMI. PICARDn presildent. e l'Acadenie des Sciences, professeur t la Faculte des Sciences de lTUniversit6 de Paris (Sorbonne), It. POINCARn, mlemblre de 1'Acadelmie Francaise et de l'Acadnmie des Sciences, professeur t la Faculte des Sciences de fllliversiti de Paris (Sorbonne), D' Rorx, nlcebre de l'Academie des Sciences, directeur de lIlnstitut Pasteur i Paris, P. I. SCHOUTE, professeur at lUniversite de Gronin;ume (UHoll(lde), II. A. SciH-wxZ, professeur i1 l'Universit de Berlin (iAlleniia:ne), CYPARISSOS STEPIHANOS, professeur i l'iniversitd l'Athelnes ((Grece), J. T.SNNERY. meMbr)e de l'Academlie des Sciences, sous-directeur de l'Ecole normale supbrieure, G. TZITZEICA, professeur a l'Universite de Bucarest (Roumanie). PH. VAN TIEGHEM, secretaire perpetuel de IAcademie desSciences, professeur au Museum, HI. VAN DE SANDE BAKHUYZEN, professeur a 1'Universite de Leyde (Hollande), VITO VOLTERRA, senateur, professeur a 1'Universite de Rome (Italie),

Page  447 JUBsl DE N. GASTON DABmOTX 447 M. C. GUICHARD, secretaire du ComiteC, etait charge de recueillir les adhesions. Eles vinrent nombreuses, et de tous c6tes. Le Comite d6cida de confier l'ex&cution de la medaille reproduisant les traits de I'eminent g6ometre a M. de Vernon, membre de I-institut. Cette nmdaille devait etre remni- a 5M. Darboux vers la fin d'octobre. Mas a la suaite du deces de MIine Darboux, survenn le 8,::-t,:bre 1911, la ceremonie fut rcnvoyee au m O is de janvier' de l'anne,uivante. Le 21 janvier, dans Ie zrand sal:n du Conseil de 'Univ-ersit, se r6eunissait uine t-lite de professcurs, de savants qui avaient tenu a r4p Aidre a l'appcl du Conlite et a feter avec lui le cmquantenaire scienti-!ique de M. Darboux. M5. Guist-hau. Ministre de l'Instruction Publique, avait bien voulu associer le gouvernement a l'honneur ainhsi Iniiu en presidant cette tete essentiellemnent univeritakr-e et ac-ad6mique. Aux c6tes du Ministre taient -asis M 5. Bayet, lirecteur de 1'Enseig'nement -ut -ri;-ur, M. Liard, vice-Recteur, Pr6sidellt du, d -isei l'Universite le Paris, M. G. Lippinann. Pr-s ient de l'Acad6mie Jles Sciences, MI. Henri Pi-,iar-. de l'Acadelmie francaise et de l'Acadnmie d-ts?:;ier,:-e'; 5M. Appell, 'e l'Acadenlie des Science-. -. 'ye- de1 la Faculte les Sciences, MI. Lavisse e l,-ad ePic frangaise directeur de 1'Ecole Normuile M- Vitr V\olterra, s6nateur du Royaulie d'ltalie. prF^.e-sr a 1I'Universite de Rome, Mile Belugou, bir-j:tri,:e d.e l'Ecole Noralale de Sevres, 1M. Emile Piearit. Ie 'Acadelmie des Sciences, vice-President tie la S<.tr des Amnis des Sciences, M. Ph. Guve, pr:v:-.ieser ta l'iUiversite de Geinve, delegue de la So:I>t Helvetique des Sciences Naturelles; M....De m._jii:. pr fesscur a l'Uni

Page  448 148 Jl'BILE )E M. GASTON DARBOUX ve(rsitte (I C(;a(d, (1tel':'ul (le l'Acad6teie Royale do(1 Biel 1qu l. 11. I. Fllr, profess(eur i l'lTniversite j( G(;lenIev, (l 1(e'i(' la Societe Illnathelmatique suisse AM. Alfred (ICroiset, dovyen dc la Faculte des Lettres. 5I. \(rsini, clhef d Cabillet u Mlil)istrl, I. Armialli Gautir, prtsidetlt sortaint (le I'Aca(teiie des Sciences, II. Lucicl Levy, presi(lelt le la Societe mlath6 iatilque dle Irance, Il. Clalude (Guicliard, secretairef du Collite, correspolldailt de l'Ilstitut; MI. Floquet, doycel de la Facult6 des Scicllecs de Nancy, d1e,'u1 (e l'Uiversit6 cle cette ville, I. E. Cosserat. directeur de l'Observatoi re de Toulouse, corrcspondant de l'Institut, etc., etc. Enl face de AI. le Millistre avait pris place S. A. S. le prilcc de Monaco, associ et ranl'er de l'Acad6 -miie (les Sciences, qui avait ia cote de lui M. vai Tie'hllell, secr6tairc perp6tuel de cette Acadelie, le e'ine6ral Bassot ct plusieurs con:fr6res, collegues leves ou amis de MI. Darboux. ILes discours suivants ont 6et prolnolnces ALIIO(CUTION D E M. (. LIPPMANN Pr6sident de l'Acadmie des Sciences Tris 6minent Confrere et Ani, L'Acade(mie des Sciences a voulu charger en ce jour son President de venir vous rcnlercier des longs et precieux services que, depuis plus de douze ans, vous n'avez cesse de lui rendre dans vos fonctions de Secretaire perpetuel. Vos beaux travaux mathelmatiques, qu'il appartient 'i d'autres qu'a moi de rappeler, ont ajoute' i son eclat; mais en outre, depuis que vous avez pris la lourde succession de Joseph Bertrand, votre activite infatigable, votre

Page  449 JUBILE DE M. GASTON DARBOUX 449 devouement eclaire ont aide 1'Academie dans sa tAche et lui ont facilit6 l'accolplissement de ses multiples missions. Ce n'est pas une sinecure que d'etre l'un de nos secretaires perpetuels. A l'interieur comme 'a 'exterieur, il lui faut sans relAche veiller et travailler. Un corps vivant, conmme est le nitre, se gouverne plus encore d'apres ses propres traditions que par les roglenients ecrits qu'il s'est donnes. Or, toutes les fois que le cas s'cstpresente, j'aientendu les plus anciens de nos confrercs se dire: Ya-t-il des precedents? Demandons a Darboux. Et jamais on ne vous a pris au deppourvu. A l'extsrieur, les devoirs que vous avez a remplir sont moins agreables, il vous faut etre adrinistrateur, et que ferait sans vous notre commission administrative? Des donateurs, chaque annee plus nolmbreux, confient a l'Acadeinie des riclesses qui ne font qu'accroitre ses responsabilites dans la mlesure oine e oft elles lui peminettent de contril)uer plus largemenot au developpement des sciences. I1 }y a des revcnus, des capitaux, des inmineubles a grler, des hleritages recevoir. Vous savez veiller, consulter, vous deplacer quand il le faut. Vous pouvez avoir conscience d'avoir servi de toutes les maniires la science, et maintenant vous devez sentir, je lespere, qu'une activite desintercssee est la plus sure des consolations. Sachez en outre que vos confrercs vous sont reconnaissants, qu'ils vous savent gr6 de votre succes et qu'ils sont heureux de vous lc dire aujourd'hui.

Page  450 4o0 JUBILT I)E MI. iASTON DARBOUX ALLOCIlTION EI) 1l. 1IHENI POlNCAflp' Au nonl de la Section de G(omntrietc e l'Academuie des Science Ml0ll cher.Conftler, Joe viellS vous1 ap)porter l 'llil-nllll- e de la Secti de G(tomi;tviec d(e 'Acadmice des Sciences, sectioti tdont vous avez si long'telmps fait pattie et a laquelml il nlo)uls sc(1111le palrfois qule vous il'avez pas cess^ d'alppau'telnil.,le suiis helll'ex dltr aujourd'hui tlin telrplte (le six de vos conflreoes, cque approchent ptlus particuliremellll-lt dte volus des tendances scientil fiques communIles et (qui ont souvent l'oecasionl de (rcou0ri it vos couseils i mais si ma tache est donuce elle est aussi redoutal)le par uit certain cote; de votrle mulltiple activite', je 1e puis envisagoer iei qu'une face, la plus glorieuse t coup sar, mais ia plus austisvre; ce n'est pas 11on1 role (de parler de l'adninistral(teur ltabl ieux et ftcnd eiC ressources ni de la linipide clart6 dcu professeur, je ne dois m'occuper que du savant pur, du creat.eur d'id6es, du pionnpier scientifique. Or, les lmath6matiques ont utlc seerelte hlar1ll(-nioe (qui est un1e soulrc de beeautle et (qui assurent it ccux qui vivent lans leur intinme colllerl:cc ( les joies inco )arabl)les; l mais il n'est pas t'ouijors facile, dans tn court et rapide expose, de les faiire,oluter ('1111 no11l'breux atuditoire ainsi qu'il conviendlait. Si encore, j'avais votre talent d'exposition, je ne redouterais pas ce peril; malhoureusenient, je ne sais pas conlmie vous rendre faciles et agreablles les voies les plus aridcs. Je ne puis mmene promettre d'etre bref; mais ce n'est pas ma faute, c'est la votre si vous avez fait trop de decouvertes qu'ii est impossible de passer sous silence. C'est a la Geomn-ctrie que vous avez consacre le plus de temps et de travail; non seulement cette science

Page  451 JUBILE DE M. GASTON DARBOUX vous attirait naturellement, peut etre pour la memlle raison qui lui assurait la predilection des Grecs, parce qu'elle conduit facilemlent a des resultats acheves, satisfaisants /a la fois pour lFesprit et pour l'imagination esthetique, mais les devoirs de votre enseignement vous y ramenaient sans cesse et vous obligeaient t l''approfondir. (Ce sont pourtant vos travaux d'A-nal-se pure que je rtappellerai d'abord. parco quc los lpriec'iuses qualites de votre esprit, el61e'ance, la clairt, la recherchle e e a simplicite, s'y font iliceux rcemllaquer encore dans un doinaine onf elles se renconltrel t plus rarlelent. Je citerai en ptrelltier lieu votlre minlleloi' sur!eS fonctions de tres riands naombrs noes. Certaines (oxpressions, qui dependent d'un nonmlre elltier, vont en se( compliquant rapidclnent quand cet entier aurnmente, lnais peuvent etre remlplaces avec une suffisante approxination par des fonctions tries simples quan(d cet entier devient tres grand. Dans une foule de questions, cc sont justement les cas qui lnous inlte( ressent exclusivemllentl cela est vrai surtout dans les applications le physicien, dants la th6orie des gaz par exemplec, n'a en vue (que (des moy-efenes portant sur de trls -rands nomlbres, il fait de la Ati'caniquC Statistique; de tll(mll ceux qui cultivcnt la M1ocanique C(Aleste saven It le Ir6l important que jouicnt lcs termes d'ortdre ( lev- de la fonction pcrturbatrice; enfin le nmathlluatcticien pui se trouve en face des -menles dit'icult'' toutes les fois qu'il s'occupe des questions de. converly'nce. ta mrlthode r'('.llElale quo Vous avcz cr6e( ptour resoudrel es proble)mesl esf d'une 6tl'anle t silmplicit6 et d'un usa e facile, puisqu'il ne s'.it que de fornmer uni srie ( de Taylor et 'etudier les sinsI ularite's de( la fonction qu'ellce reprle8ente.

Page  452 ,1UBIEIiE DE M. GASTON DARBOUX Los qluations aux dIerives )par'tielles du second ordre sont un tdes ol)jets qui resisteit le plus aux efforts des analystes; il a neanmoins des cas oil ion pent elfectuer l'intgl-ration sans quadrature partielle un seul 6tait conllu, grace auxx travaux de.Mone; c'est vous qui nous avez fait connaitre tous les autres vlous nous.avez nmontr'ie comment ils s'enchainent les uns aux antres et conmlent une suite cegul iere d'operations peut nous condluire s rement au r6sultat, Si ce r(sultat est possible. Un prol)lelme plus simple en applarence, l'int-ration algebrique des equations dlifi'lentielles du premier ordre et du prenieir (legre a aussioccupe votre attention; vous nous avez fait voir colmment se classent les cas d'interabilite et quel rle jouent les points singuliers et certains exposants qui y sont attaches. Nul nI pett douter que c'est. par la voie que vous avez ouverte qu'on pourra arriver un'jour a reconnaitre a coup sur si une equation donnee est integrable algC6briquement, et que c'est encore par cette voie cquon pourra aborder l'etude systelnatique des int6grales dans les cas ou elles sont transcendantes. On a pelns longtemps que toutes les equations differentielles avaient des solutions siigulieres: on avait cru l'tablir par un raisonnlement specieux, mais un peu sommlaire. \Vous avez montre combien on se trompait; ce qu'on croyait la regle n'etait que 1'exception, ce qu'on croyait l'exception etait la regle; c'est la une sorte d'aventure h laquelle les mathematiciens seraient souvent exposes, si la sagacite des maltres ne les avertissait du piege. Au moment d'aborder les travaux qui ont surtout eonsacre votre gloire, vos recherches g6omnetriques, je m'apercois que j'ai deja b]eaucoup abuse de Fatten

Page  453 JUBIL, DE M. GASTON DARBOUX 453 tion de lauditoire et de la v6tre et qu'il ne me reste que peu de temps. Heureusement vos decouvertes sont dans toutes les menloires, tous les goiometres ont lu les volumes de votre theorie des Surfaces. votre trait6 sur les systemes orthogonaux et les coordonnees curvilignes. Les gieometres semiblent so diviscr en deux ecoles: les uns regardent l'analyse coImme une intruse, que Descartes a iidiiment introduitc d(ans un domaine qui ne lui appartenait pas; ils vou(dralient rendre ( la science qu'ils ainment la purcte qu'elle avait du teImps d'Euclide; les autres ne voient gunere dans la geomtetrie qu'unie branchl e de anal+yse, o i on pourrait sc passer de faire des figures. Vous avez heureursement volu6i entre cos deux tendances opposes; vous savez bien que l'on ne peut plus rien aujourd'hui sans l'analyse, mais vous savez aussi combien est precicux ce qu'on appelle le sens gometriquc ' vous nous avez montre qu'on peut le garder aussi slr et aussi fin qu'il letait chez les ancicns Grecs et cependant manier le calcul avec habilete. La g-onmctrie analytique est tarntt pureiment algebrique, elle etudie alors des surfaces et des courbes d(e degre fini et bien d(termin6es, et elle les etudie dans leur ensembcle; mnais, souvent aussi, elle fait appel au calcul iinfinit6simal, elle prend pour ainsi dire un microscope pour nous montrer en detail ce qui se passe dans le voisinage de chaque point d'unc surface. Sans negliger le premier point de vue, conloe le niontrent vos belles etudes sur les cyclides, stur la surface (de Kumlmer, sur la surface de londe, vous vous etCs surtout attache au second. Les systeIles triples orthogonaux doivent leur importance t lelmploi qu'on en peut faire pour definiln

Page  454 .itti i J,IbJILE IbE 'I. (;ASTCON tDA3BOUX des co)ordonn(ecs (curviligncs; ils (ependlent, cornrt o on sait d'une cquationl (lu troisieie ordre que Bont nlet avait dqcouverte (t que l vots avez retrouvee palI une autre voite c'est 1i un sujet qui selble inepui_ sable et auquel vous etes souvent revenu, chaque,.ois avec fruit. J en (lirai autanlt (le la dltformation des surfaces, probleme extlrememnent difficile, qui n'est Ipa es pres d'tre resolu d'ulle facon g enerale; le jour oti il le sera, ol 1'oubliera pas ce que vous avez fait pour en pr'parer la solution. La (Leom6etrie, telle que vous l'entendiez, vous, conduit naturellemct ai la,Iecanique, et par deux voies: d'une part, la Geonm6trie infinit6simale est intinmement lii'e a la Cinl6matique; d'autre part le proheime des lines geodesiques est au fond un proMblme (e de lynamique analytique. C'etait peu d'obtenir de beaux et de nombreux resultats partiels, vous avez su les embrasser d'une vue d'enseIble, les r6sumer dans un ouvrage magistral qui a fait de vrous 'un des clasiques de la Geonmetrie. Permettez-mloi de m'arrreter, car vos recherches sont trop abondantes pour que je puisse songer ia ctre complet: vos confrleres, dont j'ai ete l'imparfait interprete, sont heureux de cette occasion de vous oimoigner iet la fois leur amitie et leur admiration. ALLOCUTION DE M. APPELL, Doyen de la Faculte des Soiences. Ion cher Doven, Mon cher Maitre. La Faculte des sciences de 1'Universite de Paris est heureuse de cette circonstance solennelle, qui lui permet d'exprimer publiquement ses sentimients.

Page  455 JUBILE DE M. GASTON DtARBOUX Tous les membres de la Faculte, les maitres et les etudiants, le personnel auxiliaire et les employes de tout ordre, vous adressent, avec leurs cordiales felicitations, l'expression de leurs sentiments d'admiration et de gratitude. Vous avez, par vos belles d6couvertes scientifiques, par vos ouvrages, par votre enseignernment lumineux, proC)e et fhcond, jetet sur la Facult' un incomparable 6clat, attest6 par les te1(Moisnages des savants de tous les pays qui s'associent ( cette manlifestation. Vous avez, dans votre administration, pendant quatorze annmes d( dccanat, nlmontrP une activitA6 de tous les instants, une volonte ferlle et cl(ilve, une intelligenice hab1ile et pratiqule, une sollicitude toujours en eveil pour nos velees et pour le personnel a tous les degres: vous avez ainsi exerce une action decisive sur le developpelnent si remarquable qu'a pris notre Faculte, depuis la reconstitution de 'lniversit6 de Paris. Vos places (le pr'emnier i clacun des deux concours de ' Ecole polytechnique et de 1'Ecole normale, en 1861, cans votre dix-neuvieme ann6e, votre option pour l'Ecole Normale, eurent un grand retentissemient: votre vie a etc la confirmation 3clatant (des brillantes esplranccs que le sous-directeur de l'Ecole nornale, Pasteur, et vos mlaites Joseph Bertrand, Chasles, Bouquet, Briot, Serret placirent alors ein Vous. Apres une tli6se sur ltes surfaces ortho'onales et 1866 vous elltrez, it vingt-quatre ans, ldas l'seseignenlent supelrieur com1111e remplla.aInt (1e Joseph Bertrand au Colleg(c e France. En 1872, vous quittez d(finlitivementl l'enlseinelenem t (les atheiiatifques spl(ciales au lycce Louis-le-(Grand, pour rentplir les fonctions de maitlrc de Conf6rcnces a l'Ecole

Page  456 !-t;6 JFBILE T DE M. GASTON DAlIBOUX normale et, quelques mos oi presS, vous venez I la Facult6 comnme sulpp6leant (le Liouville, pour Ie ours de nlmecaiqule rationnelle. Des lors, vous exercez une influence decisive sur le d6veloppecient des math6matiques en France. Je puis en parler par exp)erience directe, ayant eu la lbonne fortune de suivre vos conferences Fi l'Ecole Inormale et vos cours (i la Facult6. M. le Directeur Lavissc parlera (le 1cole Normale. A la Sorbonne vous avez ld'alor(l cr(i l'censeig'nement nod(lerne de la m6canique rationnelle. Vous 1'avez port6 au plus haut dergre qui ffit compatible avec la preparation nlathematique de vos auditeurs, traitant jusqu'au fond les applications n6cessaires tout en faisant ressortir les idees ge'nerales. A cotl (e l'etude detail lee des svstemes et de l'application ri oureuse des theoreumes g'neneraux de la dynamiquc, vous avez rendu classiques, pour la licence, les miethodes de la mecanique analytique, regarclees jusqu'alors comme relevant de la haute science: les equations de Lagrange, les equations canoniques, les th6oremes d'Ilamilton et de Jacobli. Vous rees, par, ]al le veritalle initiateur de l'enseignemnent de la nmlecanique rationnelle et de la necanique analytique, si (leve et si solide, qui se donne aujourd'hui dans toutes les Universit6s fran(aises. Le 18 decembre 1878, vous etiez, en remplacement d'(ssian Bonnet, nomimae' suppleant de Chasles, dans la chaire de ge6omitrie superieure dont vous deveniez titulaire le 9 avril 1881. Cette chaire avait ete6 creee pour permettre a Chasles d'exposer ses beaux travaux de geoometrie projec — tive, dont les resultats, fondes sur des imethodes intuitives, ne necessitant aucun emprunt a la haute analyse mathemnatique, etaient devenus rapidement classiques. Vous developpez alors l'enseignement

Page  457 JUBILi' DE M. GASTON DARBOUX dans unevoie nouvelle, oi Bonnet l'avait dej&i engage, la voie de la geometrie generale, consideree comme application de l'analyse, dont les fondateurs furent Euler, Monge et Gauss; c'est dans cette chaire, ou vous professez depuis trente-trois ans, que vous avez fonde cette brillante ecole de egeomretric, dont les disciples sont maintenant repandus dans tous les pays, et (que vous avez developpe les Inetbodes et les rtsultats qui font de vous un criateur et qui pre'servcront votre norn de l'oubli. le 18 novenmbre 1889, l'Asseml)l6 e I la Faculte vous pr6sentait pour les fonctions triennales de Doycen. L'Assemble'e renoouvela r&'aguliertenient vos pouvoirs a la presqu'unanimnite des suffrages, et vous seriez encore Doyen aujourd'hui, si vous n'aviez donne votre demission, un an avant l'expiration de votre cinquienme periode, pour vous consacrer entierement h vos nouvelles fonctions de Secretaire perpetuel de l 'cadlmiie des Sciences. Le rl1e de iDoven dans les anciennes Facultes d'avant 1870 etait tres paisible, d'un caractere tout paternel: il se l)ornait i )presider quelques seances du Conseil, ( pre'parer les sessions l'examens: veillertaux maig'lres (d(penses des raroes labooratoi:res. Mais depuis une quaralltaine d'annetsll, surtout sous votre administration et grandement par votre initiative et par votre activitb, ces fonctions sont devenues tres lourdes. LorsqU'eno 1889, vous avez accepte t votre corps d6fendant, d'etre choisi pour admninistrer la Faculte, elle comptait 55 enseigneIme nts semelstriels; quand vous avez quitt6 le d6canat en 1903, elle cn avait 88; dans la rmeme p6riode le buldget total de la Faculte a pres(qu double eln passant de 775.000 francs a 1.267.000. 11 est certain (1ue, par la fotce dtes choses, notre Facult6 devait evoluer dans lc sens du developpe

Page  458 JIRBILE DE M1. GASTO').N ABBO)lX mnent '11('Ir'ial (dt l'enSeig'nemlent sup6rieur des sciences, I'acilit6 par F'llureuse cration d(es Universites mlais comfl)ieIn voS efforis s sansr tri,\e ont-ils contribuei a cc devclo-l:pp'nent Ie Ceux lui, dans cette crise de croissatncc rIapide, ot suivi de pe ros 1ls ne(gociations difiiciles cnla ees pouchanque crlation, pour chaque credit nouveau, savc it quels etaient les obstacles a surmonter, les r6sistances ai vaincre ils ont vu comniment, pour toutes les de6marches ia faire, vous n'avez jamais epargne nii votLe tlemps ni votre peine, coinment vous preniez a coI'ur tout ce qui touchait a la 1Faculte6 et comment votre esprit en etait, pour ainsi dire, obsede, avec la puissance de concentration habituelle au mnathematicien, jusqu'ai cc qullune solution heureuse fti intervenue. Jamais, depuis la creation des Facult6s, aucun Doven n'a accompli une cluvre aussi considerable que la votre: l'tud dees innonmbrables questions scientifiques et administratives resultant de la renaissance de 1'Universit6 de Paris; la reconstruction complete de l a Faculte sur Ia place meme qu'elle occupait, sans l'interruption d'aucun service For-anisation et le developpement des laboratoires de recherches et des laboratoires d'ense'igilement; la modification complete du regime de la licence par la cri('ation des certificats cd'etudes superieures; l'tablissenment du doctorat d'lUniversite mention sciences; la creation de l'enseignement du P. C... t l'installation de ses laboratoires et de ses services, d'abord dans les vieux locaux de la rue Lhomond, puis dans les nouveaux batiments de la rue Cuvier; la reglementation et l'amenagement des laboratoires d'enseignement pratique de chimie de la rue Michelet, crees sur l'initiative de Friedel et formant ce qu'on a appele depuis 1'Institut de Chimie appliquee; l'installation

Page  459 JUBILE DE M. GASTON D.BRBO'UX 459 du laboratoire d'volution des etres organises de la rue d'Ulm, commne compl6nment indispensable de la chaire fondee par la ville de Paris. En nmmee temps vous developpicz, en dehors de Paris, les grands laboratoires de la foret et de la mer, le laboratoire debiologie vetgetale i Fontainebleau, les laboratoires de zoologie maritime a Roscoff, a Banyuls, a Winiereux, et vous preniez une part active a l'administration et 'a loutillage scientifiquc (I I'obtservatoire (le Nice, donnm t a l'Universitc pai MI. Raphaeil Bischoffsheilm. Dans le choix si delicat a( faire entre les demandes si noinlmreuses et si ur(eentes, toutes justifices, faites par les difflrents chefs (le service, tant pour le personnel que pour e mlate riel e s laboratoires, vous vous 6tes toujours eftorce, slans preference (de personnes, avec le seul souci de l'interet public, d'o)btnir de 1'Etat ou de 'lUniversit6 tous les credits lncessaires au Micn de la Faculte et au progres de la Science. Aussi, reprenant une vieille devise, tous les inmem)bes de notre Facultc vous llisent par lna bouche: Vous avez et6 unr/l poUr tons d lans lorlanisation de notre Faculte, en vue d'assurer l'accomplissemnent de la haute mission (le science et d'enscig nement qui lui est confite par Ia France; nous sonlles aujourd'liui tous pour utn dans lexpression de nos remercicements et (le notre reconnaissance. ALLOCUTION DE M. LXVISSE, Direcleur de I'Ecolc nornlale superieure. AIon clier Camnarade, ()anld mia pronlotion est entlr6e t l'Ecole normnale en 1862, elle savait qu'clle y trouverait un extra

Page  460 46(0. UBILEL I)E M1. GASTON DAB IOIX0 ordiinLaire calllarade, nora-Ile1 Dar1boux, {qui, ayant t6 1'F(u 1llalnfe l'avant le premier it l'Ecole polytechni. (lue et 't 'Eclc lnormtile, tavait choisi 1'Ecole normale. ReInoncer au chapeau et /t l'cpe1e du polytechnicienl, an 1o ( le 10 'an11 d'or et au lnante(a dont u1 pan (tait rejeto sur l'epaule preferer au titre d'inge_ nicur, p)ls rare alors qu'aujourd'hui, et aux esperances brillantes qu'offrait la carriere des Mines on des Polnts, le titre (de professeur et la mnodestie des fonctions densleig'nement, je crois qlue cela ne s'etait pas vu encore. Nornialiens, 1nous nous1 sentions honorts en toi et par toi, qui avais donne cette preuve d'amotir i la science pure. Sur ton travail a l'Ecole, je vais produire un documenit inld(it " Eleve hors ligne. Travail, conduite, distinctiond'esprit, de caractere, de tenue; ienn ne laisse a ddsirer. Co j eu nc horinre se placera rapideomen t an nollbre de nos mathematliciens les plus 6minents. L'esprit d'invention etait la seule quallite dont il fallait attendre la revelation chez ce jeune ln;1itle (Or, il en a tenoigne rcemnment plar un travail trl's relnarquablc prl'sent6e l'Acadenaie des Sciences, et par diverses notos qu'il a remisos 'a MM1I. les nai(tlres de conferonco ds dns courant de l'annee sur divers sujets, h l'6tude desquels il a pu se livrer sans cesser de tenir le premier rang danssa division, mialgre les preoccupations de la preparation au concours de l'agrcgation. ( 11 faut absolument que ce jeune hornme reste h Paris... Cette note, tiree de nos registres, est signee Pasteur. Afin que ( ce jeune homme )) restat a Paris, on crea, pour lui, en 1864, la fonction d'agrege preparateur de mathematiques. Tous ceux qui t'y ont succed6, et qui ont pu ainsi faire leur apprentissage de savants - cet apprentissage reserve jusque-la

Page  461 JUBIL DE DM. GASTON DARBOUX.461 aux physiciens, aux chiInistes et aux naturalistes - sont redevables de ce bienfait a Pasteur et a toi. En 1866, tu quittais l'Ecole pour six ans, qui furent bien employes. Tes travaux etablirent ta renomme6e. D6ja,, les savants les plus illustres reconnaissaient en toi un de leurs pairs. En 1872, tu nous revenais coinme maitre de conferences. Ta jeunesse, ton ardeu', ton exeCiple attirerent los jeunes -'ens les plus distingu6s dans la voie que tu avais suivie. Dix ans A peine s'etaient 6coul6s que lon voyait arriver At la Ilaitrise de conlft'ences de lEcole ton eleve \Appell, que suivirent tes eleves Picard, G;oursat, Kcenigs, Raffy. A present, le tour est venu des eleves de tes eleves. C'est en 1882 que tu as quitte l'Ecole pour la Facult6 des Sciences; mais nos math6maticiens ont continue a e'tre tes disciples. Parmi les cours nonIobligatoirespour eux, qu'ils frequentent en Sorbonne, cst ton cours de Geometlie superieure. Que tu le professes depuis trente ans; que tu aies pu'bli6 tes lecons en volumes, cela n'apas nui au succes de ta pa(role. Tu ne te repetes point, arce que ton esprit travaille toujours: l1experience acquise n'endort pas ton activit6 toujours jeune. Dans tes lecons, qui leur seomlent trop courtes, tes eleves trouvent, avec (des m0odeles d'eleg'ance et de sobri6te, quantite d'idees nou-elles. Les 1leilleurs s'cnthousiasmcnt pour la recherche; tu les encourages et tu les guides. Les dedicaces de leurs theses sent les tmoiguinaCes (de leur reconnaissance. Tu es le patlriarchl d'une liil6oee indefinie et vaillante. C'est poturquoi, mon cher canaradle, (de tous les temoigna'ess d'adliiration, de respect et de reconnaissance qui fo'nt 6etq apportes aujourd'hui, aucun ne t'tait pIlus dil quo celui de 1'Ecole normale,

Page  462 462 JIB1LJiLE I)E M. GASTO)N I)ARBOIX3(;u1cun n'est pllls sinc6ere, ni plus cordialemenlt affectuteux. ALII)OCrTION ])E M. VIT() V\OLTERI)A Professeur a l1'Uivlrsit6 do 1e Rom, s0,natcur du Rovaumne d'italie. Cl(he Maitre, Ie Conilel cns1tituie entI vue de votrc, jul)i1 scintiti(lue avait cOtiftl a 51. IH. A. Selihwrz, ildoI'ei des co,)rrspoidants( de lAca. d6eni{:, pour lat Secti.on de *'Ioll,6trie, I'linrable miissioii.,'exp'inmer tes se ntinentl s conimmuni (ts ds savants 'tit' llaers qli se sont ass, ci('is ai sa cetlle'bratioll. A son ('rand re1( ret.. i'. Scll\arz i 'a pu assister ajourld'lhui t cette (lo- v ante cereinon'ie c'est pourquoi, d(C Iavis du Co(i)ite, (e'st ka 1i ()i, (li suisi heureux (le e ftiuvet'r ia Paris en cette occasionl, clue revient le grand hoiuieur de vous pr6senter les sentilients d'admiratiot1 et de lprofold respect quc les miatlh6aticiens de toutns les patlties du Ilondte iprouvent pour vous, MonsiIeu' l)arlboux, pour v otle,'eie et votrIe oble aerlact-'Ule. Je n e potu'il' i 11i(ux 111 'acitlte (le mia tilhe qu 'c1t I1'applrpriant les lblles et c ordiales paroles tquie M. Sci'arz avait l ilitetinlt dle vous adresser. Les voici ~ ( Vos merites, honori6 monsieur Darboux, sont trop grands et trop nombreux pour qu'il soit possible de les apprecier ta leur juste valeur en quelques nots. C'est pourquoi je n'entreprendrai emme pas de les enunmrer tous. ( Peut-etre puis-je m'acquitter d'une partie de ma tAche, en vous disant, d'accord en cela avec tous vos collTgues les math6nmaticiens 6trangers, que les ser

Page  463 JUBILE DE M. GASTON DA.RBOUX 463 vices que vous avez rendus dans le domaine des applications de l'analyse 't la G6onmetrie, ainsi quc dals l'Analyse pure, la Mecanique et les autres branches des Matlenmatiques, sont trop considera-:bles pour que leur action nce s soit pas fait sentir hors des frontieres de votre patrie. Non seuleinent en France, nais partout oil les matleImatiques sont etudiees, il v a des el6ves elttlousiastcs qui vous colnsitderet,, tit's estint6 monsieur [)lartboux, conlime leur maitre. Its dCcl(arent hautementit, qu (laiis vos ouvragtes scicitifiq1es, dans vos livres d'ensei~neImenet et dans lc Bulletin I)arboux, ntn sculement \v(us avez sa exposer avec unrie clart( meirvlefleuse les r6sult;ats de vos reclierches et de cellos de vos compatriotes, iais que vous avez _mis enl pleine valeur l'implortanlc des trav\aux tie vos confreres les mathnloatici en s e-tran ge rs. Votre ex cil ple iont're clairenent que Il'6nulation qui existe enttre les savants de tous les pays, ne les rend pas ennle lis; maLis, les rapproclie d'autant plus inhtilnemcnt par les tr6sors ldcouverts par chacul d'eux, qui dlviennent aussit6t le Iien de tous. l Je crois remplir un devoir eln conseillant aux jcunes sa\allts (t'ai iUers, si no1nlllrcux, et aux ll tuiats de tout p-,ys (i vicllent n t Pait's, d'tttdiec' i la source le rstas des reclheches des mlthllllaticicns francaiis. ( A b)eaucoup de ces etraitners, vous avez, tres hon-tlore Amli, favorise d(le la ftacon la plus aimnable, i'appui et les secoturs lt(cessaires pour' atteindre leur but, et votus leur avez facilit6 les rclations avec les maitres maltlflmalitcien s de Iltantce. Tons conseCrvenlt de votlr aide alicale u n souvenir rIspectu lcusmllent recominaissant. Les nlatlti(maticiins, iclMembres de l'Acad'nic des

Page  464 464 JIUBILE;, DE M. GASTO)N 1IARDIOUX Sciences die Prusse, ont eu la joie, honor6 monsieur I)arboux, de voir cette Academice vous accorder, sur leur proposition, le prix Steiner pour 1910, en reconnaissance des progre6s que v-ous avez fait faire a 1a Gdonin'tIte. es plus luce6lbres Aca(dellies et les Soci6tevs savailtes d'Europe et cd'Aiieique olt tet6 heureuses et hollol(res de vous appeler partlli leius mineibres. Plusieurs Universites etranl'll i res vous ont noln1111 docteur holooris causa. (.Je ne puis nianqjuer d ajouter qu au dernier Coll-res International des \lathll6a.ticielis i Roine, vous avez et6 l'objet des telloinllaL'es de la plus vive affection, (de la plus haute estilme, de ladnmiration de tous ceux qui ttaient venus des difflrentes parties du ilonde pour prelldre pal't at cette reu1iol11. (( Je suis persuade, qu'a l'occasion de votre Jubile, tous les math6maticiens etrangers se joindront, en esprit, aux math6maticiens fran.ais reunis, honor6 monsieur Darboux, pour vous remercier et pour louer, sans reticence, vos remnarquables travaux scientifiques qui ont fait avancer non seulenent la geonlmetrie, mais aussi les mathlmatiques genllrales. Les mathelnaticiens etrangers joindront leurs voux sinceres i ceux de vos compatriotes: puisse-t-il vous etre accorde d'ajouter a votre vie, resplendissante deja de travaux scientifiques, encore plusieurs joyaux, et puissiez-vous jouir, admire de tous, pendant un grand normbre d'annees, des fruits d'une vie de travail, toute entiere consacree a la science,. C'est ce que nous vous souhaitons du fond da coeu1r.

Page  465 JUBILI DE M. GASTON DARBOUX 465 ALLOCUTION DE M1'TIL BELUGOU, Directrice de 1'Ecole normale sup6rieure de S6vres, Monsieur, Veuillez permettre t l'Ecole de Sevres de vous expriner, a son tour, ses sentiments de respectueuse admiration. Pour etre, certes, le plus modeste, son holmmage n'est nii e moils couvaincu, iii le mois reconnaissant. Cette date cst pour nous atussi un anniversaire. I1 I a trente ans, tI l'heure actuelle, les homnnes 6nlinents qui fond6rent l'Ecole, vous dencandaient, Monsieuri, (d'y vouoiOi bien acccpter un ensei-.gnement. 11 ne vous patrut pas aui-dlessous de vous d'initier it 1'tude des Matllh6atiques des jeunes filles, alors bien Imal pre'par es. La tradition scientifique de Sevres etait cr'eee. Yos 61ves, Monsieur, gardent (le vos legons un souvenir ilioubliable. Elles aiment t e6voquer la clarte, la precisionl, F'el6Lance de vos d6monstrations, et ce souci constant de former des eslpits justes et droits, incapables (de se payer (le m:its, ine se lassant pas dte chercher la perfection du fond et ile la forme. - Qutand, dans une circonstance inelmorable, au S25 anniversaire de notre maison, vousi avez voulu, rappelant les souvenir ds es remiiieres anunes, assurer que les Matlihinatiques ont quelque chose (de rebarbatif, une voix s'cria (( Pas avec Monsieur barboux - et cette protestation spontanee etait lexpression exacte et incontestee de beaucoup de gratitude et d'admiration silefncieuses. Celles qui ont eu le privilege de vous avoir pour maitre en 3e annee, mne prient, de fa(;on speciale, de faire mention de leur reconnaissanc e: vos critiques si nettes, qui ne laissaient subsister dans une lecon rien d'inutile, qui les obligecaient it mett're touljours en lumiitlre 30

Page  466 .166 JUBII 31I DE M. (GASTON DAIIBOUX le point imorlItant, lloe 1 n les otlt jamais oubli'es. ct, si l(euls elev-s, aujout(ld'tlli. out imipos6, par (le d6velopplen( t tollt natlurlel (de lour esprit, le rellve'lllent dos pdroi'rat es d( ml(tleIlatiques dans les Lvyc6s de jculnls fillcs. c'cst it vos le:olls, MAonsieur ot 1 cellos (ds collabOrlatetlurs 6linlents dont vous avez inspirp Ie choix, qu('lles Ie doivent. Alais ce que vous avez fatit pour 1 Ecole debordel et de lbe;lucoup, la Conllte(l' ce de Mathllllmal:iques. (Qtaid la m1(1 lisonI s'ouvrit en d1cem1l)re 1881, 1'1 -sei' llellllnt secnldlair (des jeules ills il out entie, srs ml'thlodes, ses exatilns t leurs prograimms, ses traditions et son esprit, (6taietnt (. creer; it travers quels prejul'es et quels obst;lcles, l'liistoire de ces t-lmps le dira. Ce fut l'1(uvr' e (les nolll)rIux Comltit6s dont vous avez toujoUirs fait parltie des premiersi jurys qui furent narqu6s lde votre esprit ce fut surtout l'cuvre de 1'Ecole, ou une Directrice, toujours re-rettee, t:touvait en vous, Monsieur, un soutien, un conseil et tin ami. Elle seule pourrait diree votr Ibonte inlassa1l1e, vottr de(voumlent de tous los instants, ct ce quo Sevres dut ait lap)puli d(e votrle no etf d( votre autoIritl; 1ais Ptc IuvNlls-l11os pas le d(cviler, Inous (qu vous;avz habitlucs i 5 coonl)tcr toujours. Vous avez, Monsieur, le respecdt de l'intelligenlc feminlile, c'est ce ldont ol vous est a l'Ecole specialerment reconlnaissant. A la sensil)ilite, i l'imagination qu'on s'accordait, il y a trente alns, a reconnaitre, a peu pros seules, aux jeunes filles, vous avez (lit bien haut qu il hiallait ajouter la raison; et, pour beaucoup, au imeme titre que leurs fr6res, la faculte mathematique, c'est-a-dire le serieux, la probite, la rectitude de l'esprit. Et vous avez desire pour vos eleves de Sevres (votre haute amitie pour Mine Jules. Favre en est le temoignage eloquent), la simpli

Page  467 JUBILt BfE M. GASTON DARBOUX I(7 cite, lesprit de tolerance, l'ardeur desint6ressee, le d6vouement, la rigidite morale. - La cause de l'enseignement secondaire des jeunes filles a 6tt votre cause; vous nous l'avez affirtn6 vous-nilme' en des termes que nous n'avons pas oubhlis: ( Je n'ai pas besoin de vous dire, Mesdames, avec quelle joie nous voy-ons, pour ainsi dire -vivatnte sous nos ( yeux, l'cuvre (qui inous avait 't confltie. O, Nous avons done bien Ie droit (de le'(c'(conlitle et de saluer en vous un des fondateurs de notite enseignemeiit: et, voil ponriquoi ce nie solt pas los scientifiques seulenint, mlais toutes les (e16ves (te 1'Ec ole, touS les prioftsseurs de nos Lyvces de jeunIes iilles, tons vos collallorateurs, (lqi VO)uS pt'ienlt, Monsieur, d'ag'r6er le respectueux honmniiage td leui reconnaissance pfrofounde. ALLOCUTION D1E. EMiLF PX1A1h), Vice-PrOsident de i] Socite tides Amis des Sciences. MIon cher Preisident, Mon cher MaIitre, No)s somm11es assurIs de voI)s (tie (girci)-le ien Iappelant, danls cette cerdmonie, -votrI titre de Pr6sident (e lat Societe dels A misi (des S ci1(ne. Vous aimnez Faction autant que la pens6e, et (o vi1ent do nous dire quelle activit6 vous vous de penlsez I'Ac( adonile ctles service que vouls avez rendtls ait la Facult` des Sciences. Maais -votte dsir d etrLe utile ne se lasse Ipas; vous avez encore voulu (lomnneir une part (le votre templl)S a (des tuvtres plus discrites (Jli (denllmdaient un1 v6rtiltale devouLIemnt. Nulle palt plus Lus ' la Societe de is is des Sciences, vous 't avez inieux mis en 11'atique ie vieil a(da'e, q1ue Ic Ibritit ne fait pas (le bien et que le fbien fait lpas de Ibuit.

Page  468 468 J8IBIL', DFE M. GASTrON I)AItBOUX La Societ( fond((e enl 18517 par Ic balron Thenali' a in but sinltulie'lrenlcltt c61ce: c'est une Societe de secours, IImais oit les tites invo quer sont des services reltndus atix sciences )ures et appliqutes, 'a lin — dustrie et t l'a,ricultulre. Ceux qui collaborent avee vous a( cette <euvre savent avec quel soil vous vous attachez 5i respecter la pcls~e d -e son fonIdateur. Quand ii s'a('it de votre chlire Soci'tt6 des Amis des Sciences, volIs lie mIlnagez il votre temps ni votre peine, sollicitant les avis des compltcences les plus variees, ct allant, s'il est necessaicrC, prendre vousinmtne les renseinellmelnts propres ia eclairer nos decisions. Vots re-vez d'une grande couvre de solidarite scicltitique c, ceux, et is sont le6ion, qui profitent des progris et des dlcouvertes de la science, vieldrlaieiit tous en aide aux chercheurs, uniquenient pr6occup es de leurs travaux, insouciants de l'avenir, pour eux et pour ceux quiles entourent. Vos appels emus olt 6t6 souvent entendus, et des mains ge6nreuscs se sont tendues vers nous. Mais, helas! les nrisers que nous devrions secourir' augmentent plus vite que nos ressources, et )icen des concours nous nantquent, sur lesquels nous serions en droit de comnpter c'est un de vos chagrtins que la science, sur laquelle on tait tant d'eloquents (iscours, recueille encore trop d'ingratitudc. Vous travaillez, mon cher President, avec toute votre energic 4 soulager de nobles et quelquefois glorieuses infortunes, et vous montrez ainsi que votre coeur est a la hauteur de votre intelligence. Puissiez-vous rester longtemps a notre tete et voir encore grandir l'ouvre a laquelle vous etes pieusement attache.

Page  469 JUBILE DE M. GASTON DARBOUX 469 ALLOCUTION DE M. LUCIEN LEVY, Examinateur des 6eeves h l'Ecole polytechnique. Monsieur et cher Maitre, Le Conseil de la Soci6te mathematique de France a decide de s'associer aux honllmages qui vous sont rendus, laloccasion de votre jubile scientifique et a dlelegue son pr6sident pour vous alpporter ses chaleureuses felicitations et ses vceux. Un hasardc dont je me rejouis a amnene cette annee a. la presidence tde la Societe6 un de vos plus anciens el6ves, sinon le plus ancien, parmi ceux auxquels vous avez inculque le goflt des lMath6matiques. Je ])enis cette occasion qui Inmest offerte de vous te6Ioil'ner publiquement ma reconnaissance et mon admiration, C'est en 187 1 que j'ai et6 votre 61eve au lycee Louisle-Grand, et apries -if4 annees 6coulees je me rappelle encore, conmme si c'etait bier, le plaisir avec lequel mes camartades et moi nous allions a; votre classe. Vous saviez, en vous jouant, obtenir (le nous une dose enorme de travail et je frmis r6trospectivement en voyant aujourd'lhui la pile de imes cahiers de notes prises a, votre cours. La clart&, la nettete de votre 6locution, le caact&rce personnel de vos (d1(mon)strations, provoquaient notre a(dmiration et nous travaillions avec entrain, sans n{eme oious rappeIle quIe nous avions (de serieux examsens ai pr6parer, et sans nmeeni savoir les noins de nos examinateurs. Vous n'aviez pas l)esoin, pour olbtenir de nous du travail, d'invoquelr in necessit6 de satisfaire tel ou tel do nos juges, et nmelme parfois vous l'hlesitiez pas a critiquer les imthodes [qui semblllaient, avoiri leurs preferences: vous dev(eloppiez ainsi notre sens critique et notre puis issance de raisonnncl, au lieu de charger notre memnoire. Aussi, c qu(i cst a e1loge d-u

Page  470 :i do.11( 13 1)E M. (GASTN )DAIBOTUX professeur et (1es examinuatleurs, vos 616ves rePrru,. taient-ils cd'eclataits succ6s aux examnens de la e i, (de l'nnlee..Lorsqueje me reimeimo're mes camnaradl (C classe, je les voiis presque tons entres it 1'ebl, polytechnique oni;i, l'licole norimale, presque tol, ont cu plus tard une b)elle carrilrre IHenri Becqu,_ rel, Imort lellC1l)rde(d 1'lnstitu t t rofesseur v l'Ecole polyteclnique; llelnri Deslanilres, aujourd'hti nembllrel e le 'lstitllt Anltoine lre'uet t, dent la vie tiop couirte, tlilas! a pu 0tre llnaIquee par cld'intere santes (decouvertes en telephonic; Weiss, directeui des chemlins de fer de l'Est, et enfin, pour ne pas non-r mer toute votre classe, le colonel Bertrand, fils d, grand savant, Joseph Bertr(and. An milieu d( labeupr ecrasant qu'est la preparation d'une class e de ilatheimatiques sl)iciales, avec Ia correction des devoirs et la recherche ie problemres. proposer 1 o es eles, vos trouviez encore eI teimps de miener t bien vos travaux personnels. Docteur 's sciences depuis 1866 avec une tlhse remarquee sur les surfaces orthogonales, vous continuiez vos recherclhes sut les systeines triples coinposes de pareilles surfaces, recherches qui n'ont jalmais cesse de vous occuper, puisque l'annee derniire encore vous nous avez fait connaitre de nouveaux systemnes triples. Votls d(veloppiez les consequences que l'on petut dlduire dte 1'quation du troisibme ordre a laquelle il faut et il suffit que satisfasse le parameitre pour que la famille de surfaces dont l 'quation est -? (x,, z) fasse partie l'un systeme triplement orthogonal ou, suivant une heureuse expression qui vous est due, soit une famille de Lame. En memle temps, toujours en 1872, vous redigiez un important Memoire sur

Page  471 JUBILE DE M. GASTON DARBOUX 471 les surfaces auxquelles vous avez donn6 le nor de cyclides qui leur est reste et sur lesquelles vous aviez, depuis plusieurs annees dejS, public (de nomIreuses notes. Suppleant de Bertrand au College cde france, vous vous inontriez aussi profond en Mecanique qu'en Gieomnetrie et en Analyse et, peu apres, la publication de vos Memoires sur l'equilibre astatique ct sur l'alproxilnation (les fonctions de tres grantds iiombres vous classaient parmi les Imaitres le cetl t scielnce. Enfin vo-s travaux sur les fonltions discolntinues et ceux sur les solutions sinulielres des equations lifferentielles que vous publiiez (dans le Iul/I/ein. cies ci mat milhemaliqtiue., fonide pi'ar vous avec tlouiel (deux ans plus tot. prou\vaient qu'aucune parcelle ldu domaine scientifique ne. vous 6tait inconnue. Belles annees que ces annees 1866 it 1874, pendant lesquelles vous elaboriez le progranmme de toute votre vie nlatllheatli(iqu Belles annecs pendant lesquelles s vs aviez aussi associc6 votre vie la comnpaonle dont la d(isparition soudaine a bristc votre c('ur et attristi6 tous vos amiis, en jetant brutalermet ulne note de deuil sur les homniagces que nous nous preparions tons si allzreienlt i vous rendlre. Entraine' par le souvenir de votre enseignleent dle 1872, je vous ai suivi plus tard a la Sorbonne, et je n'ai pas et6 surpris de retrouver chez le professeur de Facult6 les miermes qualites de clarte, de science lprofonde ct d'invention, le mneme talent ai riendre lumineuses les qle stions les plus abstruses ({ue j'avais admiires chcz le professeur du lycie,ouis-le-(irand. J'ai eu le plaisir de vous y eltendre professer;vos premiiires leoiis sur la th(iorie geinteIale des surfaces dont la publication, continutCe pen

Page  472 472.IIBILE' DE M. GASTON DARI3OUX dant plusieurs anlnes, vous )perettrait de dirt liirement comnme le poete latinl s;xegi olllnuilclntullii 11eC p1erc nlnins, et dalns leslquelles vous avez su tIraiter un i'rand )nomIl)rie lie questions fol(iamentales telles, par exemple, que 1a tlhorie des eiquations aux dlriv6es par tielles du prelier ordre ou le clciil d(es variations. Mais un alutrel quOe 1oi ca(racterisela Ie role capital qtle volls avez jou 0' penldalt qLIlarante eanner d(ns I'ensei'nenienlt superieur. Je veux mle borner i rapipeler quie c'aest aussi en 1872 qpie s'est creee, sous la prsidence de l'illustre (Chasles, dont vous deviez etre un jour le digne successeul' d(Tas la chaire de t-eometrie, la Soi(t.; Mlathenlli tique (le France, dont vous etes unl ds fondarIteurs et qui a tenimt i honneul (de vous c-onlpter des la premiere anntie parmi ses vice-presideitls. Les cadres d(e la vieille Societe philomathique tajient devenus trop etroits pour comnprendre tons ceux qui, alrebs nos d6sastres de 1870, avaient senti qul les etudes scientifiques faisaient partie du lpr'o.lramimle de notre rel ve-(nent. Au de)but vous 6tiez 1 '1. Aujourld'hli la Societ, a prospere, lnons so)nimels 278, et je peuIx afirlelr (que les jeulnes ont autant d'ardeur qu'enl avaient, ct qu'ont encore, leutrs anciens, et qi'ils nous reservent de nouvelles victoires scientifiques di- nes de leurs predecesseulrs. Vous fltes de ceux qui ccontribuerent ia donner d(e la vie ai nos s premieres seances; la premiere annue de nos comptes-rendus mentionne des communications de vous sur l'equation du troisieme ordre dont depend le proble;me des surfaces orthogonales, sur les integrales des fonotions discontinues et sur les fonctions continues qui n'ont pas de derivees, sur l'appareil cinematique de Poinsot. La.

Page  473 JUB1LE DE MI. GASTON DARBOUX seconde annee, vous nous donnez un nineoire sur les surfaces applicables, en 1871 deux menmoires sur la theorie des fonctions et sur les forines quadratiques; et, depuis cette epoque, vous ne vous etes jamais dclsinteresse de notre sort et vous n'avez janais refuse les conseils que nous nous sonmmes plu a vous demander. Commre doven de la Faculte des Sciences, vous avez pu, en nous offltant l'hospitlialite dans les murs de ]1 Ilouvelle Sorlonne, nous aider it triolmpher des difficultes oil n'aua'it pas manqu6 de nous jeter 1'expiration de notre bail dans le vieux local de la rue des (ra-nds-Aumllstins. Aussi notre v(eu le plus cher, celuii que j'ai inission de vous exprimer, est que vouts continuiez a nous donner longtemps encore l'exemple de votre vie lal)orieuse et ia diriger les pas de ceux qui d6butent dans la belle carrier e de la Gomintrie. ALLOCUTION DE Ml. C. IGICHAIBID, au norn des AncienQ Elbves de la Facultl des Sciences et tc l'Ecole norinale sul)rieure. Cher et illustre Maitre, Au iomnent oil les savants du monde cntier vous apportent le tribut de leur profonde admliration, peretcttez-moi de voius presenter le nodleste hommla-e de vos anciens 61vees de la Sorbonue et de 1'Ecole normiile. \les fonctions ide secretaire du ComIit6 de votre jubile1 mont lnis en relation avec eux. J'en ai re(u une volumineuse correspondiance Parmii ces lettres, il S en a qui sont vraiment touchantes, je vous les montrerai un jour. En attendant, je voudrais vous

Page  474 JU BILE liE M. (ASTON DARIBOUX (lire, des maintenant, quelle est l'impression generale qui s'en d(1e;a'-e. Ccux d'entre nous qui se consacrent slrtoutrl'enseignement des lyc6es n'oublient pas Ie role impor tant que vous avez jou6, soit par vos publications. soit par vos lecons, (dans les perfectionnements qui ont etc6 introduits ldans l'cnseignement des Mathlena tiques Tl6mentaires et es ds ath6matiques speciales. Ceux qui ont approfondi les mndthcdes nouvelles Ique vous avez introduites dans la science, sentent peut-etre davantage encore tout ce qu'ils vous doivent. Ils savent combien vous avez contribue a la formation de leur esprit mathematique; et ils sont persuades qu'ils peuvent, avec confiance, iabourer les champs que vous avez explores et qu'ils sont stirs d' recueillir une abondante moisson de faits IIOU' aLtUX. Mais, chez tous, il y a une note commune. C'estla profonde sympathie qu'ils eprouvent pour leur ancien maitre. Vous etes pour eux, non seulement le grand mathematicien Darboux, mais aussi, mais surtout le maitre vnere, l'lhomme de bon conseil, et si je l'osais, je dirais l'ami. Au noml de tous vos anciens eleves (de la Sorbonne et de lEcole normale, je vous prie, mon cher Maitre, d'agrder l'expression de notre profonde veneration. DISCOURS DE M. LE MIN1STRE M. Guist'hau, en presentant A M. Gaston' Darboux la plaquette d'or gravee par M. de Vernon, a prononce le discours suivant: Messieurs, M. le secretaire perpetuel, Je tiens, Monsieur le secretaire perpetuel, a vYus

Page  475 JUBILE DE M. GASTON DAIRBOUX 475 remercier personnellement. Nouveau venu au miinis tere de l'instruction publique j'ai, grace a vous, l'heureusc fortune d'inaugurer mes rapports avec 1'Institut et l'Universite d(e Paris en rendant hommage a un grand savant, h Fun des homnnes qui par leurs travaux, leur caractere et leur vie, font le plus d'honneur i la France. Je n 'entreprendrai point de parler de votre cuvre scientifique apres que les plus hautes persolnalites l1e la science vienaent de lanalvser ce de la louer. Mais ce que je retiendrai des discours qui viennent (d'tre prononces, c'est l'uallninite 5 distilngler dans vos travaux,S n1o) seulementlI cette rigelUrl l de nd e n6thode qui est )r )prle aux ulatlheilatiiciels, n is aussi ces Iqualites d'invelltioin, (de clarte, de siiiplicite, d'elegance niemie dans les raisonneenlnts les plus abstraits, que les etralngers reconnaissent volontiers 'a la Frlace et qui sont tout soil ginie. Une nouvelle e(nnumeration dte vos travaux et de vos decouvertes t'ajoiuterait lriena t ce que vos pairs, vos admirateurs et vos anis viennent de (lire; je puis cependant y joindre un trilut d'adlniration, de reconnaissance et de remerciemlents qui, pour vous, t'est pas salns prix, celui de l'Universite que vous avez aiiil6e, at laquelle vous avez consacre, malgr6 les holllneurs et los titres cont vous avez et6 de si bonrle lheure et si justemenlt comble, unie vie d'inlfatirgable (devoullllenlt. Adlnis prenlier t. la fois a l'Ecole polytechitique et i IlEcole Iirmallde superieure d(ans la section des scielces, vo()us vez, (1ds octobre 1861, prefe6e, conuie le -ralppelait tout ( l'heure lelminent M1. Lavisse, i l'6pee ldu polytechliicien les fonctions en apparence plus modestes du professeur. Peut'tre, dans votre volonte et votre clairvoyance de

Page  476 4G76.IBIL3 BDE M. GASTON )DAIRBOUX jeunl( s(In'tllt (lcidlt soutlenir l'inllliense labour) qui fut le v6tre, saviXz-voUS nlC d(pelposer que moilnelta lnleen(t eeitte -epee pour nla reprelld(1e plus tard t l'Acadelili des Scieilces? Nous Ireferons pourtani mie pas Ie Croire, nlais pluntt 1pelser,, conllne e( telnioig1nent (d'ailleurs votre existenle et aussi la vocatioll de ce fr re donit 1'lliiversit6 g-arde pieusemeni le so)uvellir, i votre penlcltit ilnne poulr l'enseignemellt qui ltte aujouirld'hui le cillqtuantenlair de vos services. Eillumlrerai-jo( ceux-ci? Jle edoutte trop d'el osiublier, et si je r1apelle v-otre professorat a Sevres, marque par la prospe'rit6 croissalite de 1'enseignemllent des jeunels filles; votre decallnat, d'ol date la tralnsformlatioln (le la Faculte des Scienlces, c'est seulllent po(ur souli'l-ner la ltette volonlte d'enseigneiient et d'actionl (Iui fut toujoutrs, la votre. P)artout dailsles conites, dans les colnseils dolnt vous faites partie, vous avez apporte l'autiorite de votre experience, de votre claire raison, de votre parole, ailisi ique la cotlstalite prle)ccupation du bieni I)ul)lic et (le 1'iiitert g( nral, et partout vous avez (tc entourn de respect ct de sym}ipathie. En votre qua telite de vice-presidentt du (Conseil de l'imstruction pul)liqlue, de plrsident du Comite des travaux historiques et scielitifiques, de president du Comlitei consultatfif de l'ensei'ne lent sluperieur pour la comnmIission des sciences, pr6si(lent du Conseil de l'Observatoire de Paris, prdsident du Conseil d'administration du Bureau central lmeteorologique, a 1'Institut d'oceanographie, au Museum d'histoire naturelle, a la fondation Carnegie, conmme delegue du gouvernement francais ta Saint-Louis, puis aux fetes organis6es par la ville et l'Etat de New-York en l'honneur de Hudson et de Fulton; comnme charg&t

Page  477 JUBILE DE M. GASTON DARBOUX 477 par le ministere de l'instruction publique de publier les oeuvres de Fernat, de Fourier et de Lagrange, enfin comme directeur des Annales scientlifiques de I'Ecole normale sitperienre et fondateur du Bulletin des sciences mniathematiqtes et astronomiques, partout on vous a vu teInoigner d'une activite intellectuelle qui n'aura pas connu de I)ornes et qui niene aura passe ' O(caln. Aussi loriS(que, plollnolcant le discours de cloture du Congres des Socits savantes de Paris et des deparltentiets t 1Aonltpellier, v(ous disiez avec rais)on ( Le tellps est pass6 oil le travail scientifique pouvait rester mlorcele, oit le travail dul savant, du lettre' etait celui d'un solitaire eufermc l dans son clabinet,.la science se nile a tout aujourd'hui ), c'6tait votre vie d'holmle d'action que vous evoquiez alors, vous qui portez par surlroit aux lettres, t l'eloquence e gout qui est liiidice de la plus haute ilttelligence, vous qui laisserez a( 1'art si difficile de l'1loge quelques pages aussi luInlinuses qclu vos garigues de Nimes. \IMessieurs, t La science, a c'rit celui que nous louons ici, proc6de, commne Dante dans son poeme, par cereles successifs. ) Mais les cercles (luC M. Darboux a traccs patielilient, dans l'ordre des connaissances scientitiques, Sont si Inollbreux, ii a men1 les hautes mathlmatiques * un tel point de perfectiolnement, que la parole de Renan a la contfrence Scientia: ( L'ave1nir saura plus que nous,, senlble inlfirmllne par ses ComneU votre comlpatriote, (quO nous reeg'ettons (ncore, l. G. Boissiei, vous avez etcndu, Monsieur

Page  478 .478 JUBILEi DE M. GASTON IDARBOUX le secretaire perptetuel, pam lii les plus hatites Soci6 -tes savatiltes de 1'tlianlt'e et leurs Acad(eliies, cele lon'ue sllit(e ( dallia;t(ef Scieiilifiques qui font l'eilpilre intelleciuel det la Fallce et son 1'layolnenlellt suri lIe ltond.,Aussi, les dlier'ieiie's 1pa(oles que j. vous adtleSSerlai (o01 e 11111 illiStre' de 1'instruction1 publi(quC, i 11I0111 (e 1 1 iiversit6 (econlaissante, sont celles de leAlla1 al Ber'thelot. Je vous les redis ionsicu ic secr(etaic perpetuel, avec tue eofmtion 3tollsilelu le Si eflltlillc l Pil`- t tlesl, (I\-c 111P erllotioll silnc6e: (( ivez loiiLte(ips, plour la science, pour ceux qui vous aiieniit; vivez pour tnotl e cheler patrie ). iM. Daiboux a rt')poldu en ces termiIes DISCOUIIS IDE Ml. DARBOUX Monsieur le Mlinistre, \lesldames, Messieurs. Lorsqu'il y aura bientot un an, des anis, des eleves devoues ont eu la peins6e (le ce1brer le cinquanti6ell auilivcrsaire (le le oi1 entree ldals l'enseiw'ueelliit et ( mes Itoces ldarpent acad(it(lllues, j'ai eu queluhle crainte stir Ic resultat dte leurs efforts. Au cours de mia carrTie,r j'avais eu l'occasioI. d'organiserle julil1 de Ch arles Ilerupite, celui de Joseph Bertrauld et de cBerthelot; nialisje suis loill de 1e conparer a ces allitIes illustres. Le succ's que leur haute situation scientifique leup avait iiaturellenient acquis, c'est votre bienveillance, votre affection qui me le donnent aujourd'hui. Permettez-lmoi done tout d'abord de vous en renmercier du fond du coeur. Mon cher ColnfIre Vernon, vous etes le digne successeur de ces artistes illustres qui ont renouvele parmli nous l'6clat de lart de la me'daille. IIy a quelques annees, sur mon initiative, le Ministrevous

Page  479 JUBIL DE ME GASTON DA.RBOUX avait confie 1'cxecution d'une plaquette destinee a coImii~elluorer la premiere reunion a Paris de l'Association internationalc des Acade6mies. Vous avez represente les diverses Acade6nies sous la forme de jeulies femines g'racieuses et charmantes; la tache que cette fois vous avait confi6e le Comite etait certes moins attrayalte, plus austtre. Ma falille et moi111t11Ce, 1us vo)us sellrous tfotjou tiij r ts reconnaissants te lI'avoi acceptle, d'avoilr lis it l'ex(cuter toutes" vos peiltes et tout votre talent, d('avoir don6it place a lltoll etfit'ie (lans la belle collcctin d(le vos wouvres, (qui, depuis lonl.I'temp)S, vous a acquis notIe adnti. rat i it. Da)is votil beau discours, o11011 cher Appell, vous;tvez parl en termes eleves de la tthee qui inconlbe au doyen de la Facult6 des Sciences. Mais vous avez rappelt aussi un souvenir auquel je suis tres sensible, cclui de iiont letr''e a la Faculte. C'etait en 1873, j'etais (leja mtlaitre de coItenileces a 1'Ecole nlormiale; Ile imeIcredi soi', un cde imes nmaitr'es 1. A. Setret, vint 11me trouver pour ll'atnnoncer que Li ouville trop fati: ut, relnocait dltfinitiveMeIllt ( son CouLrs de Mecaniqce de la Sorbontne, que j'auI ais a l rem placer d6s le vendredi suivant et t fairc ulle leconi(: surle principe des vitesses virtuelles;,j mei rappellcerai toujours cette prelliire lecon. 'tll alpithlletre de mlatheliltiques de cette cpoque (ila disparu depuis), pouvait conltenlir 1O5 personllues. Jv\ trouvai exaictemen t 8 auditeurs. lleureusCmeint ils me tfurelt fid(elcs jus(qu'au bout. C'6taiCent de futurs pro'esseut's de Coll1e', squi essa yailet de conliqu(lriir la licence. Is se preselntreltt i l'examcen d(l juillt. Emus de piti6 c(t nie voulant pas briser leur avenlir, nIous rc(:uimes, Briot ct noi, deux ou trois des plus aIiciet1s. Mlais 11ous l'ecUneI pas le counrate (ie pro

Page  480 .40l JlUBILI' I)IE M1. GASTON DARBOIUX claInmr cc piteux irsuiltat et, laissant a noltr devoue secretaire Plhilipponl le soin (Ie le faire connaitre aux inte'ress6s, nous nious sauvalmes par une porte d6rob1'e. Aujo)ud'hui ce n'est pas )alr dizailes, c'est par centaines qu'il faut comllpter les candid(ats. Et nous ne nlous sauvoIls plus par' u ne porte derl'obe. Ces sinl)pes 'rapploche(l'elnts donnenl t la lmesure des proPres accomiplis dans 1 1Esei,'ineent sup(rieu'. \ous avez aussi parI16, mlon chel doyoven, de ries actcs adiiniistratifs et, cn particulier, de la part que j'ai prise, sous la directiol de 1. Liard et avcc le colncours de 5I. N6not, a la reconistrluction de la Faculte des Sciences. Quanld j'ai ete llOn11me doyen et inbmme auparalvalt, si iies souvePirs sont pr6cis, quand MI. Liard est devenu directeur de l'Elsei'nemnent superieur, la question etait en 'agee, les plans Ctaient faits. Je crois bien que, si elle te l'avait pas ete, au lieu d'anmdnag'er la Sorbonne a la maniere d'un paquebot oil nulle place n'est perdue, nous aurions essainm au dehors. C'est cc que nous avons fait plus'tard pour lte P. C. N.; c'st cc quc vous faites aujourd'hui avec gralnde raison. Vos fo-ctions, mon cher doyen, sont aussi absorbantes que les miennes; celles de nos successeurs ne le seroit plas mnoins, je le crois. 11 faut s'en rejouir pour le bien du pays; son avenir, son rl1e dans le monde sont lies de la maniere la plus etroite et la plus certaine au developpemient que prendxront nos jeunes universites. Mon cher Poincare, Les eloges que vous donnez a mles travaux portent la marque de votre bienveillance naturelle; ils me comblent de joie conime venant de celui que je consid6re comme le plus grand geonietre vivant. Je me souviendrai toujours des charmantes relations que

Page  481 JUBILE DE 3M GASTON DARBOUX 481 j'ai cues avec vous en qualite de doyen. On vous trouvait toujours disposts a rendre service a un colleguc, a aacconplir ponctuellement les taches, quelquefois ingrates, qu'on vous conflait. Avec des homines tels que vous, la Faculte allait toute seule. I1 y a plus, lorsque la consideration du bien du service m'a (determine'a vous demlander de changer d'enseignellentt, vous l'avcz fait sans ll(sitation, uri prenliere l'ois pour prend(re la chaire de physique ltathlmati(iue, une seconde fois pour passer it celle de d Icanique Ccleste. Et ailnsi, j'ai aujourd'hui la joic et loruceil de pcnser quo j'ai pu avanlcer le moment ofl, en Illiel e temps que ' rand g'eonIlltl''r, V()US avez et6 lp)1 'lalm par tous gralnd physicien et gra(nd astronone. Pourquoi la Facullt ne possede-t elle pas aussi une clhaire de philosophic scientifique? j'aurais pu vous dlemander aussi de l'occuper. Monsieur Ic Sn1(atcur Vito Volterra, appcle par le (:onseil de notre Universite, vous etcs venu pour (xsposer ici, en Sorbo1nn), vOS d(couvertes Si ori-ginalos, qui ont ouvIert ull voie nouvelle dans nos mnath6 -natiques ilodernes. Vous applartenez a une -rande nation qui s'est illustree dalls les sciences, 1nllo1 noiln qtue dans los lettres ct dans les arts. Vos g6onmltres e'xcellent dans toutes les branches de notre Science. je suis heureux de saisir l'occasioll que vous Il'offrez dc los rclcrcier de l'accueIil qulils ont toujours fait a rmes ttiavaux. C'est sans doute en Italic que ces travaux ont excite le plts d'intirct et suscit6 le plus (dc rocherc lies; jc tieIts a lran d iottlneur d'appartonir cinq de os Acade6mics. Vous avez bien voulu a jouter at vos t'licitations personnc(llcs ct vous clhartterl dc lire l'adresse prepal'reC par M. Schwarz, lc (loyen des correspondants dc no(tre Section de Ge6ontrtric. 11 v a 1lo(,nteilps djti que je suis habitue a. le 31

Page  482 . (2) JI BILI; lDE 1. GAST('N 1)ABl BOTX c(olll)t'llll e ill1 (1(' " ll 'S SIlli. ( (dliscOlltS d'au1,1url'l 111i ll1' (,olti t'lll (tl[s c(tt(0 aP'rea{lle pense. lMilis s(s (O';l)S,, s ll1(' tOuc'll 'xlt l);trti~'ulircLllIeIlt, parcI( (lu ils 1 vi'l111'it d 'll ( o el(l'trI' (l0llt j' applrcie partiC(uli(lre-ll'llt le(s tl;utoes ot rarl'(s q(ualll.it6s. Chlose silkt uliele, a1 iii)"l("It ouA 1)(ito GutchNy dcplovait tallf (1( 'dedie et ld'i ('lltion d(ll;s s(,s ouvra-g'(s, sans parV-('11r (("p(Oldallt a lourItnr (1i011(1 tii ll(' forll-0o plIcise et et'iinlitiv-e l('s: 'tlds ^,lletl S lll(allllllSemand (s allGauss,lac'()i, lDirichllet, lion)s llo()tl'raielt dctlas tons le.urs ('crits (es (l ulitds q(U(' IIu 11s s('rioi)s tclteSs d'alpelep 1)iell fl'a(;ais(s: la (lalrt'0, la ri lnra, la porfectionl do la forinle, l filli (d lo'exccutioll. Plaucca se(d mlattra eitait Icut' t(devis. A u(1 ('1"'poqu' ()oit la. seconle partie ido ('(tte cl(o is e s(11l)l' 1111 p)('n1 Il('i(o, MI. Scllwarz a voulu la. co()sie'verj pouti' lli-iiii'e. Sos travaux, coti01e ('rux dos iiaitlrs illustlr's (aluxquols i se rat — tache liaturelle llent, lui assulti('t ull ilifluence d(urable et fi con(de sur le developpeoienit de la belle science it laquelle, les uns et les autres, nous avons (onsacre Iotre vie. Vous avez fi'it allusiol. 111011 Clier' 1,(v, t l'epoque loiltaille -)je vus O avai s ctni 01111110 O'le6vo Louis le Grandaiit, linsi (1tu Becqur(el, D)eslandres, ChaumneliE, Andr6 Polletal, Cavai-,nac et ])ien d'autres qnui olt dlislpaun. olu (pli,llt f (lt depuis leur clieili-l.,I'6tais jeulle talors c('tait le b)(n temllps out un ll 6ve de philosopllie du lycvce, t11 Irl'lleallt 1)po1ur un de ses calmarades, l 'iinvitait a quitter mla class cet s'etonItait des observations un peu vives par lesquelles j'essayais de retablir la situation. Vous avez bien voulu rappeler aussi que j'ai llenag6 eu asile dans la Sorbonne a iotre Societe6 llathellmatique. Ce ne fut pas sans peine; nais je tenais t reussir; car les Societes comnuie celle que vous pr6sidez, me parais

Page  483 JUBILL DE M. GASTON.Bit.BO. X 183 sent naturellenlent appelCes it — r'ir de lien;t de trait d'union lentre les savalts (d,-i ofessionl si Jt'os i' exprimler airnsi, et les cherche'l:t dtsin;ll essce Molo cher Lavisse, Tu sais quelle affection je pot)(il, 1; 'Ecole nlormltle, a cette niaiso-n de la rue dI' lii: u tolls deux nous avolis et6 e66ves, tons deux aiusi. - 1, i Iein tCi ips. maitres de (o)111ftreces. Nonis.vons itrroy t es disciples (dolt la reioalllissatc( '';s succIi os lo1 Ollt bicni paveys de ios pein-es. l'Ec.o. a ttc. \ava-t la creation des Uliversitts.. n e vUi i|tld s lliil air de 1 i'iversit de P ar'is. Sans autit'e' ': ie qt so!n tt;'anlisationl libitrale, salls ati in plri'T,'t pour les c ocours, ou ses ee1-es renlcontrctli. dans ldes cotlitions (g-ales, tous les candidats veiC-.s du d(ehors. sians autre stinmulant que cette lilre t-'iiicureilCe,,llte a lii rite ce jaItliifiqL e1(o''e d'uit ctt'ma'er que niUotre caniarade Boultroux rapportait ida:is sot (discoIl S dte dillmatclhe deruier (1). Cou(nel t 1 Ias Irappet1. rit'u (1) Ce discours a tc prononce 1. la it'im:iiorn atiicale (de \sso(ciation des anciens Elilves (c 'lcEeole otrintalc. Voici 'ext' ait aIuqel il est fait allusion Que I'Ecole normale -airde son llt rang' danrs le nioiitio scientilique, ('est (ec flui en ce momren t n tt;titt imipoit'c Pa;'ti-,'uiilt'eltrnl tt i notire pays car voici quc lt li [F'ancc st acipt'lctc le pilis en plus i( d(tJplovev soln ni e ii t I't exc t t'i son S cittivit( scientifique et littdraioil non selilemcnt c'liez 11e, I imtis l'etranger, en face dl't (tm les extreilemcn t iactil's et laboitIxi. C:'est un1 trait de nottrto 6polue, que lta nlllltilic;tion dcs ectianeos intcllecttclJs entrle les nations. lDe 11toibetl'tlx prl'Of'te'sst'r l'ran(';ais donnent, non senleinent delos con i';I'eces isol1es. niais tdes cours suivis, dans des Universit(s i{ralrt's, ldes dteux (to16s de I'Atlantique. Et des Instituts ranr(ais., crlltes [erTnalltnenis et ori anisi s (d't udesti s l'ranljaises, s son{t co)stitis, i oui0 sont en train de se constituer, a Florence, ai Madtiiti, a Saint- PteXsbourr, ia New-York. A cette influeinc tt 01e it oie iys,.Ecl I(i it

Page  484 48iI:I JUIIILE Df 1. G.,TS'rON DMIIBOUX a la fois l'FEcolc polvtechnique ct a l'Ecole norrmale, j'optai pour cette dernipre. Cc choix fit sensationI, jc dois 'avouer; Fre'niy, dontje devais plus male contribue lalrgement, et cela, dans lesprit qui lui est propre. Cet esprit ne laisse pas d'Setre reinarqul, hors de France nmlne, et liauteme nt apprecie. Voici, par exemple, cc qu'ecrivait rteccmmlent un distingue profcsseir doe I'Universite de Princeton (Itals-Unis), -I, Andrew F. West, doyen de 1'Ecole des 'gradu' s (Grtdnale School), i propos lte la criation,. Princeton. td'ln (Graduate College. ( Sollz., dit-il, cherchant un modiele poulr 1'institution projelte, songez a 1'Ecole norniale suprielurle, ce graind College francais le gradules. dont l'etlat ltieie toute comparaison. Avec une centaine d'eleves, dont une trentaine annuellement passe le concol(rs d(e sortie, elle a plus fait qu'aticun autre dtablissement pour donner le ton a la hallte pensee frangaisc. (Cest 1a que Laplace et Lagrange ont jet6 les fondlements de I'astronomie modlerne; c'est 1a que s'est 6cril un grand chapitre de l'llistoire n)atheflmatique. Li enseigna Pasteur. dont la gloire suftirait t illustrer une maison. Et quand nous repassons dans notre tm6moire le r6le qu'a rempli cette 6cole en physique, en ctlimie, en philosophie, en litterature, peu s'en faut que nous ne desesp6rions de pouvoir jamais rcaliser q:Iuelque chose d'analogie l ) Ainsi, entre les professeurs et conferenciers envoyes par notre pays, les normaliens sont parlticlii(remtent les bienvenus a 1l'tranger; et 1'on attend d'eux Iqu'ils demeurent fideles a la Iradition dont0 ils sont les depositaires. Cette conscience de son passe, de son caractelre propre, de sa mission. de sa raison d'etre, Yl'cole ne la perdra pas. Unis entre eux par Ie culte comlnun de leurs grands ancetres, par leiur comrnnll attachnement ii des maitres dont la plus chere ainbition est d'adapter i des tAches en partie nouvelles tout ce que le passe nous a legue de grand et te Iecond. par ce je ne sais quoi d'intime et de tendre, qui s'appelle l'amour de la petite patrie dans la grande, par la foi en des destinees futures dignes d'une si noble histoire, les normaliens sauront concilier, avec une participation toujours plus large a la vie g6nerale du monde scientifique et de la soci6et, la conservation de l'autonomie relative et de l'originalit6 qui ont distingud notre ecole. Un changement de figure n'est, pas necessairement l'abolition de ce qui etait. Rien, en ce monde, ne dure sans s'adap

Page  485 JUBILE DE M. GASTON DARBOUX 485 tard devenir le confrere, prononga meme a cette occasion le mot de scandale. La verite est qu'ayant du gout pour lenseignement, il me sembla naturel de preferer l'Ecole ou l'on se prdparait precisenient a l'Enseignement. Et puis, j'avais rencontre de si braves gens, de si bons maltres, au cours de Ies etudes dans les lycees; je desirais les imiter. Mon reve etait de revoir la pure lumiere du nmidi, de succeder a mon cher professeur Berger dans cette chaire do nmathematiques speciales du lyc6e de Montpellierobi s'etaient 6coul6es deux des an6ees les plus heureuses de ma vie. Ce r6ve, tu sais quo je n'ai pu le realiser. C'est moi fr6re Louis qui, par sa vie presque tout cntiere pass6e au lyc6e de Nimes, a acquitt6 ma dette envers l'Enseignement Secondaire et cnvers mon pays natal. Je suis profondenent reconnaissant a AI. le Ministre d'avoir bien voulu evoquer son souvenir. Comrne vous l'avez pressenti, mon cher Picard, ii mna ete agreable d'entendre ici un repr6sentant de cette Societe des Amis des Sciences qui nm'a fait, chaque annde depuis douze ans, l'honneur de me choisir pour president. Cette belle <euvre philanthropique ne cesse de se d6velopper, et la fonction du president est loin d'etre unc sinecure. Mais la, compater, c'est-a-dire sans se modifier. Comment, an milieu dces transformations clue subit l'enseignement et la vie intellectuelle en general, 1';cole poiurrait elle senile demenlrer idenilque? 11 depend de nous tous, jeunes et vieux, de faire subsister l'esprit h travers les cliangements de la forme. Les choses morales ne durent pas d'elles-mrmes, par la seule force physique de l'inertie... C'est l'ame. c'est la volonte qui est leulr etre: c'est elle qui les fait subsister, en les recreant continuellerment, tout en les ajustant a leurs changeantes conditions d'existence. L'ecole se conservera comnire institution, parce que l'idee en restera Vivante dans l'ame et la volonte de ses enfants.

Page  486 486 J iBILE 1DE M. G,sTON iO)ABBOUX i1e (cui, 1e ll(ilt;t plus d1o qltlarll" te t avis' fait Le charille (1d 111(1 v (ie, 11i issista( t (lo so(s cl onseils etl d1 sa tchiel' pl)Sell, l 'ta q(uonlll uli] { 1(fle (elt(ile pen d(ces senltimentls (le oi )01lte e t (iiua1 v Iqui ienll-llt si la 1trelleI(llC I t u (lll' (I'eS (el111111(..I fais dco 111011 1111(11x;1 vot'e 0toul, j Ie'spe'le, \OviS deviend oz p1 r('-ds1 i ( lt Mt vo(t IS 'ots iiispi t i I z,. (1011 111c1 n1Io i des (Iceosseilus 11 ])aIl'on Tle i'; dl leo ialc' lial Vaillant J.-B1. l)tiiias, Louis lasteui et,oseph B 13 rl 'aid. (ii'(ae axt p(eiiis (lil. ' ous aTvez 1)ises. 111011:n cher (luichard, l'ot''aiisati(t d(lc cetle fVite est plinenlIPent l'iidssic. Jo vous (lois d(1es reIterCIie ll ts pour vo soillS d6voules 1111ais je vous ('e (lois l)iell plus e1coro p0o1' le talent Ct lo zel( avec lpquel. vous avez f6colld6 (iuel(jliues-uns des '-ele10s qIluc j'avais sellles (VaIS 111(es t Xvalx. V\ols vous d'plo)ez, avec uic aiisatice qut j 'aditirol, dals les e6olietries it un ioiiinbre l quclcon-qul de dlilensiols. De( ces espaces ou p1lletre soul l'olil du 'lom111vctre, vous rapportez des tresors, des ves-ites ccr tes qui s' (aplliqueiit sants 1)i110e Ia I l'spLac oit nous viv-o,. PlusiIcurs fois lauirtat d( l'lnstitut, vous aivez vaillllllii1tet soUtenu coutre d(es collcu('lrnllts redoutables le drapeau (d lia,'1oi11trie infinitesillale. Vous avez a'randi son dollline l( t vous C tes devenu un Ilaitre 'votre tour. M111e Belu'o(u, depuis le jour ou, sur la deniande de Zivort, j'acceptai, en 1881, de devenir un des professeurs de l'Ecole norlnale qui allait s'ouvrir a Sevres,j'ai aide de tous mes efforts au succes de cet enseigneenet secondaire des jeunes filles qui a ete cree sur l'initiative de M. Camille See et de Jules Ferry. Vous avez bien voulu rappeler la confiance et la bienveillance que me temoignait Mme Jules

Page  487 JUBILE- DE M1. GASTON DALRBOUX Favre, laffection respectucuse quc je lui portais. Son souvelir, croyez-le bien, ne s'est pas effice de Inon cour; ct je suis heureux de voir l'Ecole se i6velopper, sous votie direction, clans le sens inleie que Mine Jules Favre aurait desir6. C'est avec joie que nous avons vu dans ces derniers telips augtmenter le nonlbre (le nos 6leves et s'accroitor aisi lintlliuence (de lot'c e nsei 'neI ll t. (Comn1' 1'Ecole e l;a rue ('Ulm, 1'cole dte PSv'res nte r6el.ll'm Iaucull privile'e "' qu'ell persiste d ils cette voie, et (lle resteral l' iaturelltleiiient la dirt'ctr'ice (de t ense(inellcent Ides jeu lsl filles qui, (ets le plmlier jour, a su conIlutrit'ri les symllpatliis (et la contiance ('ii pays. M\lt clher Lippluanli, 111,o11 cller 'Prsident, Les felicitati)ons ct les v-cux que vous mI'apportez tau noi dle mes clont'lrres de l'Acadctlmie des Sciences lm'dl eicuvent profondl(ei nent. 1'ho11(ineur (lu'ils I'olnt fait il v a y i a d ze ns. ell nt'ppeliant a ces follctiots de Secretaire perpeltuel qui, oit (tc illustrees par DelamInre, Fourierl, ier Ai'ao, Ee (le Blea.umiolit, Joseplll Bertrand-, poun' ne parlcr (qu du siecle qui vient de finir, est le plus lranlld que puisse re( evoir 111 honmll de scielnce. Tous les soitis (qu j';li Ipis, oil qu e jo pounrai p'enldr'e, po)utl' d(tfendre les ilnt't'ts de l'Acal(deiie, malintnillt r o ac (lcrtoitre son presti(ge et son action, nie suffiroit jalmais ai il 'acquitter envrsl' imes confr6res. Quoi qu'il advieNllle. je suis et je resterai leur dcibiteur. lMonsieur Ic Aiinistre, Je suis tier (le vots voir (Co(lsacre1, par votre prl'$encc <a cette ftce (te famlill.le, s t6mnioilg'naes si flatteurs (t si to:tucllants ('estilit et d'affcction (tLuc

Page  488 488 JUIBLJ E ME. GASTON DIARBOUX je recois aujourcdhui de tous cotes. Vos elopes sonu tpour moi la plus belle recotlpense mlais je ne mle fais pas illusion, je sens tbien que je ne les m6Prite qu'en partie. Venu it une 6poque de transition, t 1ml moment oil 'enseignemlent sup)rieur formait un tout inorganique, olu la recherche scientifique 6tait livre au hasard des initiatives particulieres, je la vois aujourd'hui re-ulierement organis6ee prete a faire face aux le'Vitimes exi,'ences d'une -pan(deI nation. Si. pour ma part t et. ma place, j'ai pu contribuer a la g-rande euvre qui a etc ainsi accomplie, je suis heureux de reconnaitre que ceux qui ml'entourent, et qui me remplaceront prochainement. sont alles, ou iront, beaucoup plus loin quc je ne l'ai fait. Je ne forpme qu'un vceu en termrinant: c'est (qu' leur tour, et pour le bien du pays, ils puissent rendire la menme justice a ceux qui serontappeles at leun succeder.

Page  489 Aux discours que 1'on vieiit (le reproduire, nous,,]oigniios les adlresses suivaittes, qui i'ont, pu, faute, de tenhips, kti~e lues enl se'ance. ADLIESSE I)E L',ACXDEM1E ROYALE DE BELGIQUE piesentee par MN. A. DEMOULINN, Membre de la Classe des Sciences. Depuis I'ann~e '1906, l'Acad~tnie Royale de Belgrique ak l'onneur de vous, conipter au nombre de ses associ~s. Elle saisit aujourd'hui avec empressement l'occasion qui liii est offerte de vous reniouveler l'expression de sa plus. haute, estirne pour votre. personne et, pour vos travaux; et.elle m'a chargi d'e'tre aupre's de vous l'interpr~te de ses, Sentiments. Pendant pr~s d'un demni-sie'cle, vous n'avez cess6 de rendre h. la science les services les pins 6nminentLS. Presqu'au dei'but de votre carri~re, vous faisiez r~aliser 'a la the'orie g~ne'rale de 1'int~gration des 6quations aux. ddrivkes partielles un progr~,s con sid~rable qui n'a, pas Wt dedpass6. Vous exminiez ensuite avec la n hme p'ndtration deuK des parties les plus dedicates de 1'Analyse I a th~orie des fonctions d'une variable r~efle et celle des solutions singuii'res des 6quations aux dt'~rivkes partielles. L'Analyse, votus est redevable de bien d'autres d~couVertes;inais devant me borner, jeciterai seulement vos brillantes recherches sur I'int6gration des equations diff&rentielles al-6briques et sur l'approximatioD des fonictions de, tre's grands no nibres, et vos m~inorables travaux Sur e~quation de Laplace.

Page  490 i90 J-lJUL,11T!i M31. GASTON DAI)AOPUX La McallniquIe voulls dl<it. aussi dle trils i mlportantes conrilbutions, mais c'est si 111rtlt la (l(ollolrict'i q,ui a failt l'obje doe vos t ud( es dct pl d i le tio n. Avec le Inmel (e cl-at vos avez expltoro ton les edorlmaines Parmri tnt de beaux travaux, je;al) ppellera ii votre ouvraL Sur' liec c(isse 'rw nliaric ableh de couO,bs,e d' su irf(aces alqle'br iqju,,, si riclc eon (d1e lo) pei'ents de1 toute alo tuie(; la mi(ithode (d trii'dre ino l)ile, 0 luis:satI inslru ntiillIlt dle dlit'ouvertes; vo< admir)iLables rel(1'clle s sur les s>stUines olt'lioaooaux, sui, les ri(seausx (con1iJtrl(s. sur la repSr- Itl'seltat, ion spllhdtriqu, su1 1a d( formt;tion inlini n(1nt p letite; et - nfin les ( rites definilives liuxquN lles voius vez det c nduit par I'eiploi des elements imag-inairles. Non seuloinenlt vous avez enrichi la science de tresor:s inestimables, n1ais vouis;lvez aussi exere6 une influence f6conde sur son deaveloppeent, et par vot re enseignement dont il mii';a (Stl donni d'd;ldinirer la profondeur et la clarte, et pa. vos 0r its, ln particulier par vos Leons sur la thIorie ldes surfaces el sur les s',Ist)1es olthoqion(tu1:, vdlt'itab)le monument l6ev6e 'i 1a (a iOmtie infiniitlsina1le. Monsieur et illustre (onfrere, 'Academie Royale de dBelgique est heureuse de s'associer au solennel llommage qui vous est rendlllu ccejour par l'dlite dlu monde mathlematique, et elle exprime l'espoir lque vols lui serez conserv6e encore, pendant de nomt)reuses annoes, poutr Ic plus grand profit de la science et pour la gloire de votre pays. Cher et illustre Maitre, je vous prie de bien vouloir agraer mes vceur personnels et la nouvelle expression de mon piofond respect. Au nomr de l'Academie Royale de Belgique, par delegation de son Secretaire perpetuel, A. DEMOULIN, Membre de la Classe des Sciences. Bruxelles, le 21 janvier 1912.

Page  491 JUBILE DE M. GASTON DARBOUX 491 ADRESSE DE LA SOCIEITE HELVETIQUE DES SCIENCES NATURELLES pr6sent6e par M. 1P A. GUYE, professeur a I'Universit6 de Geneve Geneve, janvier 1912. Monsieur et tres honore Confrere. La Soci(ete Ilelvetiqlue des Sciences Naturelles. qui est heulreuse et fiiere cde pouvoir inscrire votre nom illustre sur la liste de ses lMetltbres [lonotaires, a tlenu I s'asseoir a I'hommagl que les plus hauts repr;sctitants du monde savant vienncnt vous rencle (i l'occasiol dle vos noces d'or universitaires, (le vos noces d'atrgent aci;lde li;lues et de votre 701i annive\rs(ile. Elle tient d'abord ia VOus exp)rimer la liaute estime en laquelle elle tient I'F uvre scientifique considerable que vous avez accomnplie; vos travaux si illlport tits en Analyse inathtmatique, en J6c;lnique rationnelle, en G(;eonltrie superieure. vous placent en el'et au premier rang des hornmes de science de tons les pays. Elle rend aussi homnllmae ai votre intervention, toujours Si clairee,dans les domaines les plus divers de la vie scientifique internationale; elle a pu d'ailleurs en apprdcier la haute valoeur lorsqu'elle s'est decidce 'a entreprendre la publication des OEuvres d'Euler. Elle croit enfin devoir etre l'intetprete aupres de vous des sentiments de profonde reconnaissance que vous gardent tous les savants et etuddiants suisses que leurs travaux ont appelds ai sejourner i Paris et qui ont eu recours t vos hienveillants conseils. C'est pourquoi, en vous adressant le temoignage de sa Vive admiration, elle formeles vceux les plus sinceres pour que, longtemps encore, vous soit conserv6e l'activite creahice et f6conde que vous avez mise au service de la science. Pour le Comit Central de la Societe6 elvetique des Sciences Naturelles, Le President: ED. S -,AASP. -- Le Vice-President: R. CHObAT. - Le Secretaire: PH. A. GUYE.

Page  492 1192 /t92 ~JUBILf, DE M1. GASTON BDARIO-U-X ADFIESSE DE LJUNI-VERSI~E' DE NTANCY pr~sentl,'e parN.M. GASToN\ FLOQUET, doyen de, la Facuwt (des science,, ("her et illustre Maitre, La Facultc6 des sciences de l'UniNversit6 de, Nancy, VMniversi t' de Nancy tout entiere, ont tenu ii honneur d'Atre represent~es 'a la c~r~inonie. qui vient consacrer votr'e gloire. Nous avons $4 eceur dIassocier notre ho0inmage i celui des personnalit~s de tout pays qui c~l~irent aujourd'hui votre nom. C'est que nulle part vos n~morables travauxj. d'une e'tendue et d'une varie'te Si d'tonnantes, ne sont plus admir~s quia' notre FacultO des sciences. C'est que, nulle part, vos anciens 61liwes ne sont plus pe'ndtres de reconnaissance envers le AMailtre qui les a fait b~nedficier de cet enseigne_ inet i cai etSidleddont vous avez le genie. La Lorraine, qui a vu nattre les Gergonne, les Poncelet, les Ilermite, quli a vu. les premie~res 6tudes des Coriolis, des Liou ville, des Puiseux (et nous ne citons pas les vivantss, dont les norns sont sur vos le'vres ii tous), la L.orraine sait (le quels mdrites est faite la renormmee d'un rnathdmaticien. Ajouterons-nous que notre situation g~ographique nous, rend peut-htre encore plus chers qu'ailleurs les savants dont la gloire rayon ne au-delha de nos frontic~res? L'Uni-versite' de Nancy saue, avec, une affeetueuse admiration le grand gd'om(%tre dont le fedcond labeur a si gi orieusement accru le patrimoine de in science fran~aise. Le Recteur de l'Universild: CHi. ADAM, Correspondant de I'Institut. -,, Le Doyen de la FacultM des sciences: G. FLDQUET. - L'Assesseur du Doyen: PETIT. - Les Pro fesseurs de mahidmatiques de la FacuMt: G. FLOQUET. J. MOLE, Rf VOGT, IlUSSON.

Page  493 JUBILE DE M. GASTON DARBOUX 493 ADRESSE DE LA SOCIETE1 MATHEMATIQUE SUISSE pr6sent6e par M. IIENRI FEHR, Professeur l'Universit6 de Gen6ve. Monsieur et tres honore Collegue, La Soci6te Mathemnatique Suisse tient a participer aux manifestations de sympathie par lesquelles le monde savant de tous les pays vient rendre un juste hommage a votre grand talent de goomletre et a vos qualites de distingue professeur. Nous admirons vos remarquables travaux d'analyse miathematique, de g6om6trie superieure et de mnecanique rationnelle. Par leur importance et leur variett, ils vous placent au premier rang des savants de tous les pays. Nous rendons tout particulierement hommage.i vos belles recherches sur la th6orie des equations (ux derivees partielles et (t vos Ouvrages Sur la Iheorie qenerale des su'faces et Srn' les systnmes orthoqqonaux et les coordonnees curvilignes. Ils jettent une vive lumiere sur beaucoup de domaines et mettent en evidence de nouveaux liens fondtamentaux tres Otroits entre l'Analyse et la Geometrie superieure. Nous nous joignons done de tout cceur a vos nombreux amlis pour vous adresser l'expression de notre admliration et de notre sympathie respectueuse, et nous vous presentons. h l'occasion de votre 70e anniversaire, nos voeux les plus sinceres de bonheur et de sante. Au nomc de 1a Societ l, Math(tmatique Suisse: Le P1residet: BtD. FUETEn, Professeur de l'Universite de leile. - Le Vice-President: HENRI Ftci, Professeur i 'riniversiti' dc t(leneve. Bt'le-(eneve, janvier 1912. ADRESSE ENOYI;A() E PAR L'ASSOCIATION DE LA PRlESSE I)E I,'INSTITUT MAonsieur le Secretaire perpetuel, La Science francaise est en fete aujourd'hui. L'Association de la Presse de l'Isliut t ne saurait I'oublier: car, elle

Page  494 491 4I9BILL DI) M. GASTON DARBO.lD(IX aimeIt a so uvenri (1d 1li bienveillince (clu vous lui avez tououjrs tetoi-ti n,; e. Aussi tient-elle uniniml llent a vou:s;atIdrescser lexpression (de S0s vteux sinc'res et Irspectueux, a l'oc(asion (dr v otl r j Il bi scie nt{ifiq ue. Au noln d( I' Associltion dle la Presse de 'l.stil lt tonte etlli'ee veuillcz en recevoir Ie temoignlage. Le Pr'sitde.nt de i'Associalto t: (A, h Li -TABu in. - Le VicePIi'&sident 1 MAX i)i NANsso)uT'Y. Paris, 20 janvic' 1 912. De Ber:lill 6tait Votli,, lda1t(e (dli 29 octobre 19ltl. la d1p'cllc suivallte: Als Vorsitzelder der Berliner Mathmlllatichllen Gesellschaft habe ich tdie Elire dem beruilehmten (ieointer, dem bewunder'ten Verf;a'scr dcr 'Th,'orie qncratle des surfa(ces die anufrichtigen GIlueckswuensche (letr Berliner Malthcmatikeaus Anlass ilres fuenfzigjalehbrien \Atsjubl.ilaeumn darzubringen. It. G-UENTSCLIE. Berlin. De leur cole ls (ceonlietres ati lais elvoy-ront, it la date du 20 janvier, la dcpeche suivante: British Malthenial icians send cordial congrattulations and -ood wishes to Darboux on his scientific jubilee and express their obligations to his materlv Work. Cambridge, 20 janvier. LARMOiI, Lovi, B13KEn, BnoMWcI, I)xROnwI, N OBsoN, GRACE, RICIHMOND, BENNET, CAMPBELL, DIXON, ELLIOTT, ESSON, RAYLEIGH, BALL, THOMSON. Avaient en outre envoye des ldepches ou des lettres, contenant des felicitations et des vmeux M. W. THOMSEN, President, au norn de 'Acaddmie Royale des Sciences et des lettres de Danemark.

Page  495 JUBIL- DE E M. GASTON DARB.OUX 495> AM. MxIAGI, Doven, au nom de la Facult, des Sciences de Pise. MI. L.A.lnROS, Recteur, au 110111 de Il'iveersile nationale d'Althees. M1. BERZOLARI, Rectlur, au noIm de l'Universite de Par ie. 51I. GOMES TEIXEInRA, Rcctcuir, au 11(l1n (Ic l' niversite Ie Por to. M4. e I)c ' CALMEITT, 1Dir ctel, (III ti 0111 (le ses colle'uli(s et de s(s (16-ves c( D lI I nsi/it P.asler (de Lille. MI. i'ABBtl Et VERS 1 FFE, Dire cte ir dc I (lObsrtrcaltoi' d/e' l'tIAc(ad-te/miC ( A/h)(ldiaCs, Ses Co(ll)),l rt(lIrS AvDRIEN l.n1[()t1ADXl)E, JESN So, nuR II-TX, JosEPHit EX1'OSITO, ( ASTON IARLR~GIEII, BERNARD gCSII DAU et seS colllaboratriccs illcs| I(GNXACE )OLASCOAGA, CARMEN SUSPERREGUY, ANASSTASIE IlTAIENECHIEA, 1MARGUIERITE OLASCOAGA. MI. II. A. ScIInWA-RZ, Professclur at 1'lUiversit( det BerliIl. \I. Lu-GIi BI3AxNi, PFrofesscurl l'niversite de Pisc, M1. I3BRxno1S, de 1 listitut. 11. BLASERAInN, Seiater, Presi(leltt dc lFAcademi Royale d(es Licci. M1. CYIPARISOS STEPHIANOS, ProfessetClll a 1 iiversitc d'Athencs. Ml..LALESCO, tProfesseur a i'E(ole (1( Ilonits et 4 haussCt s d(e Butlarest. A1Il. AluwERs. IIEtIUTANN DIELS, \VIALDLEYEB, Secrcetaiires p1)crptttlcls (le l'c(tadlflein des Sciences de Berlin. M1. Ilxli, (Charg' d our111s it lat Fi'aculte des Scilnces de (.Clernlot-Fcrradl. M1. SIMON C(ARRUS, Professerl ii lan Fa-culte des Sciences d'iAl'cr. AM. SPr IlU 11hRET, AIclLbtre dc l'Actademic Rou-L

Page  496 '49(6 JUBILE DE ME. GASTON DAIIBOUX minirie, profcsseur llonori'airle t 1'Ulniversite de Bucarest. M. KILIAN, Doyeni dei la Facutlte des Sciences de Grenoble. A1. ED. DREYFUS-BImsAC. 5M. le ibaron EoDloND DE 1BO'THSCHILD, Membre de illnstitut. Al. IEALUSKI, Pr'oviseur du lyc e de Nimes. MI. PAUL BEVOIL, D)irectelr 'eneral de la Banque Ottonmane. M. TZITZEICA, Professeutr a 1l'Universite de Bucarest. M. A. BUHL, Professeulr;i 1'ULiversite de Toul louse. M. J. DE SCHOKALSKY, President de la Societe Impteriale Russ de (e Go ('aphie. I. Ie D1 BAxY, Chirurg-ient de l 'Hpital BaUjon. Al. GASTON BO30iNNIEi, de 1'Institut. Al. J. KiiNCKEL D'HERCULAIS, Laureatde 1'Institut. IA. le Dr R.BPHAEL DuBOI, Professeur a 1'Universit6 de Lyon. lM. NICOLARnDOT, Capitaine du Genie. AI. A. CIHAUVEA, (le 1'Instituto Al. CAMILLE CInBRIuI, Professeur ht la Faculte des Sciences de Paris. AI. le Dr G(UYON, Vice-President (le:Acadamie des Scien:ces. Ai. Lciioix, de l'Institut. MA. LEON CHARnE, Doyen honoraire (le la Faculte des Sciences de Marseille. M. ULYSSE BOISSIEI, Professeur au College Chaptal. M. SARTIXUX, Directeur de 1'Exploitation au Chemin de fer du Nord. M. DE FOVILLE, Secretaire perpetuel de l'Academie des Sciences Morales et Politiques.

Page  497 JUBIL DE D M. GASTON DARBOUX 497 M. F. PICAVET, Directeur de la Revue internationale de I'Enseignement. M. CAMILLE BLOCH, Inspecteur General des Biblioth6ques et des Archives. M. PAUL MOREL,,Avocat a la Cour d'appel. M1. GASTON CHAUMELIN, Chef de l'exploitation de la Compagnie Universelle lu Canal maritime de Suez. ~M. H. G. ZEUTHIEN, Secretaire perpetuel de l'Acade1mie Royale des Sciences de Copenhag'uc. MI. Ie D1" LAND)oZY, Doyen de la Faculte' de Maedecine (de Paris. 1M. BERNA `RD FRANCFORT. M5. A. DUCXTEL, Professour au lycce Condorcet. IM. H. VILLAT, Maitre de confe1rences t la Faculte l es Sciences de Montpellier. AI. H. MARTINET. AI. RENE STOusRM, AMeni)re de l'Institut. AI. le D' CHARLES PERIEln, Aledclcill leistc. I. (GABxIEL iERRIER, IMembre (Ce l'lnstitiit. MI. CHIARLES RiItylIER, Professeut i l'lUlliv-ersite de Caen. N1. PIERRE 1,ESAG;E, Professcur i l' UIniverisit6 (de Reni es. IM. GINO LoRI, Professcutr l'Utniversite (1e Genes. AM. EMILE SCiHwoEREix, 1na'eniieur a Colmar. NI. A. MAIRCILLE, Avocat au Conseil (d'Etat et la Cout' do( Cassalitio. M1. )PATIL DESC(IIANEL, (1e l1Acadenmie fr angaise. M. ED. SUESS, Associc et'anger de 1llnstitut, President (d l'Acad(1timic Ilmp6rialc (des Scienrces. Vicnne, AI. E. DE 1o\VILLE, Mlaiifle (1e conflrenlces t la Facult( de(ls Scielces (1e Montpellier.:1. Ie l,-Colon)el PALLOC. MI. IHENIn ROhu BINl Pro>f'csseur au Collt de (1e Dragu N. Inan. '32

Page  498 -498 JVI'ILE E M. tASTON D.ARBOUX AM. CnI(A-s AsNDRE, Correspond(ant de 1'I1stitil Directeur de l'Observatoire de Lyon. AI. et Mm(1 Av1PIONSE S.LLES, a la Gira.d'Combe Mile J:LIETTE DE REL}NACH. lin1e ct 11Mle J,:NSSEN. Mile A. C(AnoN, Directrice du lyc6e de Gueret. M.. JOSEPh FAJIRE. MI. R. LE VAV-ASSEUR Professeulr at lUniversit6 do AI. STEFANIK, Lauireat de l'Institut. Ml. ALCIDE BETRINE. aI. IEiLIX KLEIN, Professeur 1'Universit6 de Goettin. 1. MI. PAUL VIOLLET, (1d 1In1stitut. M. A.. R. FnsrrsyT, Ale1bre de la Royal Society, professeur t1 l'Uiiiversite (1c Canlbrid'(e. M. E.Nmc D'OVIDImo Sen ateur Idu oy0au lme d'Italie professeur ai 1'Universite de Turin. MI. le Contre-Amiral LE PoIDn, Aleinbre du Comite technique au Aiinistere de la Marline. M1. I. A. LOREuTz, Professeur t l1Universite de Leyde. TI. A. IPETOT, Plrofessetir a 1Universite le Lille. MI. le D' GLEY, Professeur au Colle e de France. 4M..M. Coss.A!NN, Directeur (1e a Revue Critique (de Pal6ozolol'ie. M1. (;. PwrDIINER, (1u n111 (le l'Association amicale: Lout Gardot, ldont M. )arboux est president d'honneur. MI. HENRI IBOURGET, Directeur de l'Observatoire de Marseille. MI. DE TIORCEY, et le Calculateur IN-AUI sur lequel MI. Darboux avait fait un rapport t l'Acadelmie des,Sciences, conjointement avec Charcot. A1. PAUL MA'sSION, Professeur fa 1'Universite de Gand:

Page  499 JUBILI DE M. GASTON DARBOUX 499 M. AUGUSTE PICARD, Chef honoraire de 1'Exploitation des Chemins de fer de 'Est. M. CHARLES LALLEMAND, de lInstitut. M. MITTAG LEFFLER, Professeur a 1'Universite de Stockholm, Directeur (des Acta iMatleatica. M. le Dr GILBERT BALLET, AMeCnre (Ie l'Acad6mie de Medecine. MI. Ga, Clarg' d (Io Curs ai. la Facuilte des Sciences (Ie G relol)e. 51. A. COTTON, Pl'ofessetur l lIa F:lcult (des Sciences de (crenoble. AI. E. CrTTON, IMaitlretl (de oIief'(Cr1is al 1'Eolc Normale Supericeure. MI. llBOIc-TIOuX, te 1)itii, u (le stitt, )i t tut Thiers. 1. ISTRATI, D)oyet11 (lC la Facultc (deS Sciences de( 'Bucarest. M. IE. 1 OElmCITO. Professeur it lIt iversite de::Turin, COirelcsppolldtllt (lt l'I: sititltt. AI. et M\-. Gt;ASTON AMEtLE. AM. JULES (IAL, lspe)ectceur CG;I(ral (1(, 1'listiuctionu Publique. Nous Ie pouvois trllllier ce ('comllpt(' r'entlu sans enltionuler lies te(nioigages parti(clliers ('estime et d'atfectic,) (ilu'i 1(' ccasion lde so,(i jubiil:. a\1. Darboux a retiis (te ses c(omllpl)triotes (de Nimnes et (du d6lpa'tnemen- t du (Gard1. I.,c trois a(ss,0citi(ons (qui reutlisSent at Paris les -s,ri 'i(aires (u G(ard( ava-icnt (;cidl de s',ss(cicr lux allllt'iestations prl'(jrtte's en 110conlieurp ( letur (e11111eilt coflltlpatittrel (e:l Ili (f'lltllt UTI. Batnqul'et, qui (cut lieu Ie 31 mars 1911 u li stattrlant Marguerv. M. (S. (;S'lO I)(I.'IER(I;E. etlatert' (Ll Gard 4lt ancieni iiist re a vait l)ie i voulu a(epIter la pr 1 aidecnce (ld cett( fite,, laqucll alssistterenlt tll 'Irandl b)riinle de pa l)renlts. (l'a1is (t (1( col1i)atriotes de

Page  500 JUlIl, DE T,. GA STON DATBOIUX 5M. Da)lrb)ux: M. Sarrult, procurcer geniral ai la Cour d(ao Cassation MA. le gnrPal Pail/etl,. Baie toi0, ti(e'idlt de la Banique (ie France, M. de Rottvil// Coliseille I dl'l'tat, M. L/yon-Caenr, ime)re e dle i'In titut,.. Alf /re, Salles, inspecteur genriiral des Pornt et chllausses, AI. Leopold lJo)'ice, statuaire, AI. LBar//helemyy, S(crltairc e le la Blran(dade, AI. le Maice do Nimal.c.'A, F1. Fernald lDeise, 5I. Lonyzget, prF(sildet dels En/al.lts di Ga rd, M. aI)cil, prisideiit de l; Sociit te (l ()lardou, etc., etc. Dc plus, le 20 janvi-1r (lemllice, I. Darboux t rec(u los aldresses suivalltes. venluesll ( son pasi natal. ADRESSE DE 1,ASSOC(IATION DES ANCIENS ELIEVES DU LYCtE E D1E NIM1ES A AI. DARBOUX PRE'ISIDENT D'HONNEURI DE L'ASSOCIATION Nmles, 20 janvier 1912. M1on cher Camaraade, Au jour de vote jubile1, 1'Association fraternelle dle Anciens EleSves du Lycee de Ninies; l'honneur de vou, prier d'agreir le telloignage de ses felicitations, de ses souhalits. Dans s; Imodeste sphere, notre Societe aime h compter qu'au milieu du i grand concert d'admiration scientifique que vous entendrez, la voix de deferente camaraderie di vos condisciples du Lyc6e de Nlmes ne vous passera pas inapercue. Avec un certain frisson de fierte, notre groupement prend part aux fetes qui vous sont offertes; de plus, par leffet de votre haut, puissant et legitime rayonnement, chacun de nous a conscience que les hommages rendus a votre valeur donnent un reflet, un prestige, a l'Association dont vous ttes le'President d'Ilonneur.

Page  501 JUBILE DE M. GASTON FARBOUX01 5H 'Au nom de tous, j'ai le cher privil&'ge de vous presenter l'expression de nos plus affectueux sentiments de confraternit6. Lieutenant-Colonel A. PALLOC Pr~sideni de l'A ssocication. ADIRESSE DE LA SOCIETE DET U DE i)ES SCIENCES NATLURELLES DE NXIMES Nimes, Ile'18 janvier 1912. Cher Monsieurt' et 6-minent, Compatriote, La Soci~tc, est heu reuise et fib're de vous aidresser h N'Ceasion (le votre jLubil6, avec ses meilleurs vceux, 1'express:ion de ses sentiments les plus respeetueux. Au nom de la Socie't6. Le PYsident F HLIX MAZAURIC. Le Secr~ai cte: A LlIEN IIN GA U[). ADRESSE DUi PROUVISEUR ET DES PROFESSEURS DU LYC1EE DL NIAMES Monsieur le Seere'taire. perp~tuel, Au moment oft des savants venus de touLs les points du M~onde h l'occasion de votr-e jubil6 rendent honimage au grand math~maticien et,i l'minent professeur, nous n'oublions pas, au lyece de -Nitnes, que vous avez Wh lun des Plus brillants olives de niotr-e maison, et. que lY6clat de, Votre, reputation eni rejaillit sur elle. Nous nous fe'icitonis de pouvoir donner en exemple (h Bb0s 6l16ves une vie de labeur- et, de de~vouement h" Ia, science, quij fait de vous l'ineomparable -6omktre dont s'honore le, pays. Des voix lplus a-utorise'es que les n6tres se feront entendre POur louer comi-fe il convient, yos belles de'couvertes, mailz

Page  502 502 JU1BIli 1)E M. GASTON I)ARBOiX0 nous tenons i vous;adresser, avec l'exprsession de fotre fidle et affectueulx souvenir, le tribut d notre admiration. Sit"'6: A. 3MALSKI, provis('url: BOUCIrY, BASQUE, DURAND, SEST)ON, KAN I, MILnixI, CA':SSE, PAUT, ALnOIi.y PERRIER, COMBIE SALMON, CENSE CI OHEN, GINDRIER. MORIZE, (1JRINN PLANSON, PIERI, IEnRVIlER, PEYLIGRINY. HIOULES, CORnfES, )DAUPHiN. (CAlNliAC BAiVIDOUIN, BoICHEZ. PETIT, SAGOLS, (ORTEEL. IDALZELL, BATTESTI, PITOLLET, JUST, CHIAPUT, FLACItAT. MARTY. G(liOS, JO1)IQUET, CxAICHON, M1I""' MAZALtRIC, M1'" V\AIRE, (GI1N, IBOUSSE, BRETON, RICAuID, POUCHET, (GALArRI-. TAILHAIms, S1ARDA, VALI:Z. PRnENERON, LAPIEpRRE, \IANOI)OUL. D1)UxFAHE, KOEGLER, CR; VEILLE, PARAVISINI, B)OIRNIER. ADRESSE D)ES HLIV1 ES DL ILTY(IE DE NIMES Les eleves de la classe de oMattlematiques Sp6ciales du Lycee de Nimes adressent 'a M. Gaston Darboux, a 1'occasion de son jubile, ce temoignage do le ur sincere et respectueuse admiration. Bien que detutants encore dans ]es Sciences Mathl(matiques, ils n'ignorlent pas la rdputation et la valeur de celui qui fit i lal fois un cr6ateur, un maitre et un initiateur. Ils fortifient d'aillcurs ce' sentiment d'admiration de la fierte legitime qu'ils ont it se senltir elves d'un lycee que M. Darboux a honorc autrefois par ses eclatants succes de' jeunesse, ou se rivelait (leja celui qui reste un des imatres les plus distinguds de l'Ecole Mathematique Franeaise. Signe: AUBERT, AUSSEL, BILLON, BOrSQUET, FLANDRIN, FOUQUERNIE, FREYCHET, GREFFULHE, HENRY, IIBERT, ISSARTE, MAZER, MONDIEZ, MONTSERRET, PALLIER, PEDELMAS, PELISSIER, PORTAL, RICAUD, SIAMBUC, SESTON, TOURNIAIRE, TRIAIRE, VIALA, de VILLEMEJANE, ANTOINE, CABOT, DOMERGUE, DUMAS, FONTANIEU, MATHIEU, MEISSONNIER, PIG, ROUX, RUAT.

Page  503 LISTE DES SOUSCRIPTEURS S. A. S. LE PRINC E DE ONACO, Assoeie etrangcr (de l'nstitut de France. MI. POINCARE (RAYMIOND).,PrIsident du Conseil, Senateui, d(e l'cadtmie 'frandraise. MI. BoURGEOIS (LEON), Senateiur, Ministre du Travail ct de la Pr6 -vovance so(ciale. ACADEMIE DES SCIENCES DE PARIS. ACADEMIE POLYTECHINIQUE de Porto. ACADEMIE ROYALE DE BELGIQUE. ASSOCIATION DE LA PRESSE SCIENTIFIQUE, Paris. CIRCOLO MATEMATICO le Palerme. ELEVES DE IL'ECOLE NORMALE DE SEVRES. FACULTEI DES SCIENCES DE LUNIVERSITE, Madrid. FACULTE DES SCIENCES DE NANCY. LYCEE DE JEUNES FILLES DE BOnDEAUX. LYCEE LOUIS LE GRAND. LYCEE DE NIMES OBSERVATOIRE D'ABBADIA. OBSERVATOIRE D'ATHI;ENES. SOCIETIE DES ANCIENS ELIf\VES DU LYCEE DE NIMES. SOCIETEI DES ETUDIANTS EN MATIHIEATIQUES, AtlhInes. SOCIETEl MATIlEMATIQUE ESPAGNOLE. Societe: LA BRANDADE. SOCIETEI MATIATIEMTIQUE DE KAIROFF. SOCIETE SCIENTIFIQUE ANTONIO.VkLZTE, Mexico. SYLLOCIUE POLYTECHNIQUE HELLENIQUE, Athelnes. SlNIVERSITE DE NANCY. IILLE DE NIMES. AI. ARELIN, professeur al IUycde, Poitiers. AI. ABRAHAM (II.),.professesur a la Sorbonne.

Page  504 504 JUBILE E IM. (GASTON DIARBOUX M. ACKERNIANN-TEUB.NEIR, diteir, Leipzig. M1. ADER. notaire, It aris. M[. ALBEGGIANI, professeulr A 1'Univcrsitte. Palerlme. AM. ALCAN (F.), (ditelur, Patris. Mile ALL'GIIET, directrice (du ILycOe le jellnes filles, Lyon. 5I. AMAGAT, nminbre (e e lnstit.t. Mlle AMIEFUX, professeur an I ece Victor Iligo, Paris. MI. AmnDEO, professeur a l'UJniversitI, Naples. AM. AxNAHGYROS (J.), professeuir h 'Ecole militaire, Athenes. M. ANDSOYER, professeur A Ia Sorbonne. M1. ANDRADE (.), professeur a l'UTniersite, Besancon. Al. A.NDui (CH.I, professeur t l'l'niver sit, directelur de l'Observatoire. Lyon, membre du Comite dui Jubile. MA. ANDnRE (DSIRE), pro fesseur hlon oaire, Paris. At. DANDRE, professcUr au Lyce, Avignon. M. ANGOT, directeur du Bureau Central AMtcorologique, Paris. AI. ANTOINE (L.), Paris. 1A. APPELL (P.), de l'lnslitiut, doyen de la Faculte des Sciences (te Paris, meibre d111 Cornilt( d(l Jluild. MI. APPELROT, professeuir, Ostrolenka (Blussie). MI. ARNAUNE. conseiller-imaitre t la Coirn des Coniptes, Paris. M D'AHSONVAL, mernbre de 1 Institut. A. ARZELA (C.), professeulr a lUniversite, Bologne. AIlle ASSEMIAT. p'rof'sseur au College de jeunes filles, Tarbes. MIme AUDEBERT-HALLARD, ancienne dleve de l'Ecole de Sevres, Toulouse. ll0le AUDIBERT, professelur au Lycee de jeuines filles, Clermont. Al. AUGER, professeur a la Sorbonne. Al. AUTONNE (L.), Ingtenieur des Ponts-et-Chauissees, Chateauroux. MI. BACKLUND (Dr 0.), directeur lte l'Observatoire, Pulkowo (Russie). M. BaCKLUND (A. V.), a. Lund, Suede. M. BADOUREAU, ingdnieur des Mines, Chanlmbry. M. BAEYER (A. von), associe etranger de l'Institut de France, Munich. M. BAILLAUD (B.), de 'Institut, membre du Comit6 du Jubile. M. BARBASTATHIS (Ch.). professeur au Gymnase hellenique de Limnassol, Chypre. M. BARROIS (Ch.), de l'Institut. M. BARTHELEMY, secretaire gendral de la Brandade, Paris. GENERAL BASSOT, de 1'Institut, membre du Comite du Jubile.

Page  505 JUBILE DE MI. GASTON DARBOUX, M. BATEMAN (H.), professeur a Bryn Mayor College, Pensylvanie. Mime BAUDEUI, nee BAYARD, professeur au Lycee de jeunes filles, Bordeaux.;COMTE DE LA BAUME PLUVINEL (R.), Paris. M. BAUSCHINGER, professeur a 1'Universit6, Strasbourg. I. BAYET, Conseiller d'Etat, directeur de 1'Enseignement superieur, Paris. 1M. BEKE (E.), professeur et doyen a l'Universite, Budapest. MIle BELUGOU, directrice lde 'Ecole normale suiprielure (de Sevres, membre du Colnite dli Jubile. M. BENDIXSON. R ecteur de 1'Universit6, Stockholm. N1. BENOIT,.orrespondant de l'lnstitut, directeur du Bureau International des Poids et Mlesures, Sevres. 1I. BEIeGE (RENE), lng6nieur civil, Paris. \I. BERNARDI (I)r J.), professeur, Bologne. MI. BEnSON (G.). professeur au Lycee Corndorcet, Paris. BI. BERTIELOT ()ANIEL), professeur hI 1'Ecole de Pharmacie,. Paris. 5I. BERT1N, membre de I'lnstitut. I. BERTINI (E.), professeur a 1'Universite, Pise. -I. BERTRAND (LEON), professeur h la Sorbonne, Paris. I. BE:TOLAUD, memrbre de 'lInstitut. M. BIANCRHEDI, Bucnos-Ayres. M. BIANCHI (. ), professcur a l'Universite de Pise, membre du Comite 'du Jubil-. I. BIGOURDAN, membre de 1'Institut. M. BJRKELAND (KR.), professeur It 1'Universite. Christiania. AI. BIRKELAND ( pI.), professeur a 1'Universit6, Drontheim.Ille BIscuiOFF, professeur au College de jeunes filles, Cherbourg. Ille BLANQUIES (L.), professeur au Lycte de jeunes filles, Versailles. '1. BLARINGIIEM (L.), professeur a la Sorbonne. -. BLASERNA, president (le l'Acad(-emie oyale des Lincei, professeur i l'Universit,. homne. 'I. BLONDEL (A.), professeur ai 1'Ecole des Ponts et Chaussees. Paris. '4. BLONDEL, ancien clAve de 1'Ecole norImale supurieure, Paris.:l. BLUMENTHAL (O.), professeur a l'Ecole Technique sulperieure, Aix-La-Chapelle. 'I. BLUTEL (E.), Inspecteur general de l'Instruction publique,. Paris. I. BLUTEL, professeur au Lycee Carnot, Paris.

Page  506 G06 JIJBIL)E )E M. GASTON DARBO(IJX AI BOBYLEFF, profossour it ]UnivCrsit6, Sainl-PIte1rsbour~. MI. BOE1M (K.). professeor i 1'Universitc, lleid(elberg. AM. ROGGIO, professeur a 1'IJniversit;e. Turin. M. BOTSBAUDRAN (LECOQ nD), correspondt-ant d( lI'nstitut, Paris 5I. BOLZA (OSK.AR), professeulr i lTUniiiorsit(, Fribomrg en Brisgau. PRINCE ROLAND BONAPARTE, membre (o lI nstilut, Paris. 5I. BONIFACIO (J, A.). professeur 1I'Ecole Polylechnique, Porto. MI. IBONIN, mernbre du Conseil sup(rlielr (de l'lnstmrclion Publique, Saint-Germain-en-Laye. 5I. BONNIER (GASTON), membre de i 'nstitutl. I. BOQUET (F.). astronomne. I'Observatoire, Paris. M. BOREL (EMILE). sous-directeur de 1'Ecole normale smperieure, Paris. AI. BORTOLOTTI, professellr i 1'Universitd, Modine. Dr BOUCHARD, membre dle 'Institut. M. BouInER, correspondant de l'lnstitllt, it Monmorency. MAle BouE, professeur au Iycee Lamnartine, Paris.,I. BORNET. membre de 1'lnstitilt. AI. BOULANGER, profcsseiIr i l'Univcrsit:i. Lille. M. BOULE (MARCELIN). professeiir ai 5M1uselium, Paris. nI. BOULVIN (J.), professeur a l'Universite, (Gand. MI. BOURGEOIS, Paris. Mo le COLONEL BOURGEOIS, directeur du Service g6ographique de l'armre, Paris. Mi. BOURGET (1t.), dlirectClr de 1'Obseorvatoirel, Mlarseille. NI. BOURLET (C.), proefssettr au Conservi toire des Arie met diers, Paris. AI. BOUSSINESQ, mInembre de l'Institllt. MI. BoUTROUX (EMtILE), membre de 1'Instililt. MI. BOUTY, membre de 1'Inslitilt. AI BouwVIER, membre le l'lnstituil, professeur au Mtuseuln. MI. BIRANLY (E.), membre de l'Institlt. M. BRACHET, professeIIr au,ycee, Chaumont. Mme BREJOUX. directrice (dl Colliege de jeunes filles, Epinal. M. BRICARD, Rdpetiteur h 1lEcole Polyteehnique, Paris. M. BRICHET, professeur au Lycee Condorcet. Paris. M. BRILL (A. VON), professeur a 1'Universiti, Tubingue. M. BRILLOUIN (M.), professeur au Collge g(e France, Paris. M. BnocA., professeur a la Faculte de AIdecine, Paris. M. le LIEUTENANT-COLONEL BROCARD, a Bar-le-Duc. M. BRUNBAU, professelr au Lycee, Laval. MI. BUHL, professeur a l'Universite, Toulouse.

Page  507 JUBILE DE M. GASTON DARSBOUX 007 Mtle BURRELL (ELLEN), professeur au Wellesley College, Massachusetts. M. BURNSIDE (Dr W. S.), professeur a 'Universite, Dublin. M. CABRAL TEIXEIRA DE MERAES, professeur a F'Ecole Polytechnique, Lisbonne. M. CAHEN, professeur a la Sorbonne, Paris. M. CAILLETET, membre de l'nstitut. AM. C(AJORI (F.), doyen de l'eIcole des Ingrnieurs, Colorado College, Colorado springs. Colo, Californie. Dr CALMETTE, correspondant de 'lnstitut, directeur de Institut Pasteur de Lille. M. CAMPBELL (J E.), professeur -1 tiertford College, Oxford. lI. CANTOR (5I.), professeur a l'Universit6. Heidelberg. Ml. CANTOR ((G.), professeulr ( l'Universit(l. 1all.e. IM. CARDINAAL, Ilecteul de l'Ecole Technique suplrieqre, Delft. Mine CARISSAN, nce BRUN, directrice (lu Cours secondaire de jeunes filles, Saint-Brieuc. MAle CARON, professeur al Lycee (de jeunes lilies, Guoret. M. CARON (J.), professeur honoraire. Paris. l3. CARONNET. professeur au College Clhaptal, Paris. M. CARPENTIER. membre de I lnstitut. li. CARnUS (S.). professeuIr a I'Universit(, Alger. MIile CARTAN, professeur au fLvee de jeunes lilies, Dijon.?I. CARTAN, prOtesseur 1h la Sorbonne. Mi. CARVALLO, directeur des Etudes i 1'Ecole Polytechnique, Paris. Ii. CASTELNUOVO, professeur ai 1'Universite, Romne. M. CAULLERY (M.), professeur a la Sorbonne. 5I. CELLERIER (G.), memnbre de l'Institut national Genevois, Geneve. Mline et M. CHABRIn, professetur i la Sorbonne. Dr CHANTEMESSE. professeur ( la Facultt de Meddecine. MI. CHANZY, plrofsselur au Lycee, Nancy. CI. CHARLTON (Ch.). directcur de l'Ecole de la Communaute hellenique i Odessa. 5I. CHARMnES (XAVIER), nmembre de 1'lnstitlt. lI. CHAnVE (L ), professcure i la IFaculte dtes Sciences, Marseille, rmembre du Corlit6 (u1 Jubile. I. CHATIN (J ), nlerbre de lInstitut. Ii. CHAUVEAU (A.), memLtIbre die Ilnstitut..I; CHAVANNES, (e l'lnstitut. professeur au Colliee de France. i. CIIA.Y, professeur a l'Universit6, Grenoble.

Page  508 508 JUBI.LE D1l MI. GA.STON )DARBOLX mtne CIHOLET, directrice' d Lycti e ice jei nes lilles, Roanne. AIM C(ISlSTOFLE (F. DE BIBEs), ingeniCelr, ini ebre de la Chiainbhr( doe CoInirne rce Parlis. M. CISOTTI, proflessuCui I Univeisite, Padoue. 51. (CLAIRIN, I)IroessCeir a l'rniversite, Lille. 5I. COLLET (J.), )oyen do e l. FIacullte des Sciences, Grenoble. Mle COLONNA, lprot'esseur au Lycee de jeunes filles, Bordeaux. 24. COLSON (A.), I)rofesseur i l'Ecole Polytechnique, Paris. 5I. COMIBE, pro fessleur honorire, Nice. 21. COMuBEBIAC capilaine du (;inie, Limloges. M1. COSSERI1AT (E.), diredleir le 1 ('Observaloire de Toulo use.. i-embrei dur Comite (111 Jubil'. I. COSTANXTIN, inenIbre de l ns1ititut. M11ie COTTON, 1pro'esseir a;1 LvcIt Fenelon. Paris. AI. COTTON, piofesseur ia l'jniversitb, (;ienoble. AI. COTTON, professeur il la Sorbonne. 2I. COUSIN, professeur it l'Universite, Bordeaux. Mile COUSTOLS, prof'esse(11r au Lyct (le e jelnes filles, Niotl. SIR Wl. CIOOKES, inctibre de la Rloyal Society, Londres, correspondant d(e l'nstitut M. CRUDELI (U.), docteur en iinathleil que, Rorne. M. CUNHA (P.-J. DA), professeur a 1'Ecole Polytechniqne, Lis — bonne. Mme CURIE, professeur ta la Sorbonne. MI. DAMIEN, (loyen (le la Faciult des Sciences, Lille. MI. D)ANGEADit, p)IofeSSoI r it la Sorbonne MI. DANTSCnIER (VICTOR von), professe(lr it l'Universsiti, Graz. SIR D1)RIN ((C ) professeur i l'Universit d(e Cambridge, membre du Cointite du Jubile. M. DASSEN (C.), professeliir i 1'Universite, Buenos-Ayres. MI. DASTrE, Ineibr e le l'Institut. 51. LDAUTIIEVILLE (S.), doyen de la lFaculte des Sciences de Iontpellier, mnembre du Coinite du Jiibile. Mle DEBAT, professeur au Lycee de jeunes filles, Poitiers. M. DEDEKIND (It ), associe etranger de l'Academie des Sciences, Brunswick. M. DEGEL (O.), professeur, Bayreuth. Mn1e DIGREMONT, nee Wlenocq. M. DELAGE (YVES), membre de 1'Institut. M. DELAGRAVE (Ch.), dditeur, Paris. iM. DEL RE (A.), professeur h }'Universite, Naples. M4. DEIMARTRES, professeur a l'Universite, Lille.

Page  509 JUBILE DE M. GASTON DARBOUX 509 AI. IDEMOULIN (A ), professeur a I'Universite de Gand, membre du Comite du Jubile. M. ARNAUD DENJOY, professeur h l'Universit6, Montpellier. AM. DERUYTS professeur i l'Universit6, Liege. M. DESLANDRES, membred de l'Institut, )irecteur de l'Observatoire de Meudon. M. DESPI.AN, Inspecteur g6neial de l'Instruetion publique, Paris. M. DICKSTEIN, professeui a l'Universit6, Varsovie. I3. I)IELS!I.), SecrCtaire pcrpdtuel de l'Acad6mie des Sciences, tectetur de 1 'Uiversit(, Beilin. IM. DINGEL)DEY (I.), llroftessC11r ii 1'Universi1lc, I arm-stad t.. M5. DIxo0N 'A. -(.), professeur a l'UnivcTsito. Belfast. M5. 1)ONDER ('TH. DE). doeteCur en SCiences, 13Bruxlles -1. DONGIEi (K.). nitcotoologiste, tittllaile all BIureau Central M5ltorologiq(i, P aris M1. DotI:IACGO, oprofeSSeOui ( I 'Universiti, Kisain. 5I. D)OUVIILtLE, Illcbre e d 'lnstittu. I. DRACH (J.), piro'esseur i l Universite. Toulouse. Mile DNEYFUS(MI., directrice dl Collige de jelunes lilles, La Fere. nI. DREYFUS BRYSAC (ED.), publiciste, Paris. MI. D)UBAnRD-I1AMY~. professeur ala Facl( l des Sciences,Clerlnont. Mllle D)unETTIER,d(irectlrice dti Collg'e de jeutlnes filleS.au u1ic (Var). MIlle ID)cUBIS (II.), professell au LYc Ct( V\ic10 Illuo,. Paris. NI. DUBOIS (MARicuL), proi'esseur ( la Sorbionne 1) D)UBOIS RAPHAEL proftsseur i't 1'Universiti, LJyon. Ille DCHLATELET (.1 ), prolesseulr a Lvc- e e jeunes filles, Bolrdeauix. AI. 1)DCLOUT (JORGE). professeur it 1'Universit(, Bienos-Ayres. Mule t)ucnos-VERDIERnl, professeur al Collage de jennes filles, Alais. 5I. DUFOUn. professeiir au Lycde, Nanc-. NI. DUIIIEM (P.), professeur t 1 'Universite, Bordeaux. MI. D)ULAc, I)rof'esseC}r (i l'Universit6, Lyon. M1. D)UMOLI.N ingenieliur civil, ancieln liMve d e 'Ecole Polytechnique, Paris. Mmie D)uMONxr, ite BUSQUE, protesseuti au Coll;ge de jeunes filles, Ca ni brai. M1. )DUMONT, plofesslur a. Lycte, Annecy. MI. DUPORT, prof1essie' 1 l'niversite, l)ijon. MI. DUPruv 1E.), Inspecleur gnedral de 'linstruction publique, P aris. M1le D)UCHAussoY, professeur au College dte jeunes [illes, l)ouai, M1. D)USAND (A.), professeur au Lyc6e Saint-Louis.

Page  510 510.T-BILE DE M. (A2STON' DhABBOUX IM. DUSAUSOY (Cl.), professeur a l'Univcrsite, t;and. AI. DwELSHAUvEIs -DL)E\Y, correspondant de n11stitul, Liege. M. )DYGK (\N ALTER VON,), professeur a 1' Ecole Techinique superieure. Munich, M. EGINITIS (E. ), dirieclur d e l'Observatoire d thenes, membre du Comitei di Jubile. M. EGORov ()D.),' rofl esseur a l'Universite, MIosco, elnmbre du Com1itet d(u Jubid1. AM. EISENHART tL. P.), professeur, Princeton University. Al. ELLIOT (L~.-B.). ptofesselr I l'Universite, Oxford. MI. IEM\MANUEL, professcur li'UniveCrtsit, B3ucaest. M. ENGEL (F. ), )profcsseIu i( 1'Universit6, (ireisswafld. M. ENRIQUES, plrofesseur 1 i'Univeisite, Bologne 1l. ESCLANGON, astlronomIe l 1'Observat(oie, Bor1deaux. M. ESTANAVE, secretaire de la Iacullt des Sciences, Marseille, M. FABnY, prolfesscer i 1'Universiti, Montlpellier. M. FANo (;.), professeur it I'Universiti, 'Tuin. M. FAVRE, prolessetur i't 'Eole de 1sychlologie. Paris. M1. 'EHR (11.), prof'essoeur l'Univeisilt, teneve CoMMANDAxr NT Fs lnRI, diiecteiur e l'Elablissement central de teletlraphie militaiure, Paris. AI. FiSCHER, E.), professeutr t 1'Univeirsit6, Berlin. M. FLASiXME, professeur l'Univeisite, Lyon. M. FLECK, professeu' l 'Universitd, Beilin. MI. FLOQUETt(AsTON', ldoven de la Facult des Sciences de Nancy, liniebre dlt Conlite dut JIubile. lI. FORiSYTIH (A.-Ih.), prolesseulr t 1'Universiti de Camnbridge, nmeibre dld Comlitd du Jlubili MA. FOSSE (tK.), professeI1 a 1'Universite, Lille. ABBEs FIOUiT \1.), prolesseur It lnstiul.cathiolique, Paris. M. FOURET (lENtJ, libraire-)diteur, Paris. Al. FOUiRET ({G.), exsaminlateur honoraire i 'lEcole Polytechnique, Paris. M. FoussEREAU (G.), a 1lxSres. M. FRANEL (J.), professeur au Polytechnikum, Zurich. M. FRICHET, professelr a 1'Universitd, Poitiers. M. et MAlle I1HMONT, laris. 1M. FAEYCINET (DE), Sesateur, de l'Acadenie frangaise et de l'Acaddinie des Sciences, Paris. I,. FRICKE (1.), professeur a l'Universitel, Brunswick. M. FUJISAWA (1i.), professeur a l'Univeisite, Tokyo.

Page  511 JUBILE DE M. GASTON DARBOUX 51 HUe GAIDE, professeur au College de jeunes filles, Epinal. 'M. GALBRUN, ancien dleve de l'Ecole normale Supdrieure, Paris. M1. GARNIER, docteur es sciences, Paris. 31.. GAU, professeur ta 1'Universite, Grenoble. 1. GAUTHIER-VILLARS (A.), imprineur-dditeur, Paris. I. GAUTIER (AIlAND, membre de lnstitut. M. GAUTIE1 (H.), directeur de l'Ecole de Pharmacie, Paris. GM. GAUTIEl l tj., directeir de l'Observatoire, Geneve. N. GAYON, professCUr a l'Universitd, Bordeaux. AI. GEELMUYDEN (11. p, lrolessetlr th l'Uiversitd, Christinina. I. GEISEi \:. ), )prolesseilu ai1 l1olytechnikulin, Zurich. }t. GENTIL. prolesseur i la1 Sorbonne. IM. GERARDS, sous-inspecttur dles travaux de o]aris. I. GERBALDI (F.). professcI1' i 1l'Univcrsitd, Pavie G1. GEMAIa N DE S A.INT-PlEIBIRE, rldacteur au secretariat de 1'Institut, IParis. i-SR DAVID GJILL, secrtLaire d(e 1h1 Ro'/a Societtf, Londres. 'i. GIROU, prolesseur au Iycee (Clarlelnagne. [I. GLEY, prol;esseur an Col)ege d(e France.. GONNESSIAT, directeur de 1Observatoire, Alger. ' GORDAN, proflesseur a 1LTniversite, Erlanren. inae GOSSE, Inee FABIN, prolesseur au Lycede (le jeunes filles, Bordeaux. GOT, prolesseur I a Lvc(e, Agen. i~ GOILIN. professerll' a lycee Condorcet, Paris. (! i GOUSATr, plrofesseur i la Sorlbonne. 4 ( GouY. corresponllant de lInstitut, professeur l'Universitd, Lyon.. GRAM (J.-P.), meImrbre de I'Academie des Sciences, Copenhague. iI GRANIIJSNr (A. DE), licenci' es Sciences, Paris. `I:TE AIRNAUD (ei CGIAMONT, docteur es sciences, Paris. l GRAND'EU'Y, 1corresponi)dailt dte 1'lnstitut a Mallzdville. - GRANDIDIIER (1.), n llel)ilbe e I'lnstilut. RI GREENI.ILL (A. (1;.), melbre de la iRoyal Society a. Londres, inemribre du Comlit6e 11l Jubil'. GRIOLET (;GASTON), vi ce-pr sid(ent dui Conseil d'Adininistration des Clie lf ins 1le ['e du Nord, Paris. GUADET, pIo)'isseu lS 11 Lyce 1 Evreux. g UCCIA, prol'e'sseut(t i 1' niversit e de Palermnle. membl)re du Coiniit6 (dtI Jauil. GUICilARD (C(.), correspondant de l'lnstitut, lprolesseur t la Sorbonnoe, i-lmembre du Comit6 (lu Jubile.

Page  512 3UBILE DE 31. GASTON DXi.BOUX AI. GUIGNARD, membre dc l'Institut. MI. GUILLAUME, correspondant 1de l'Institut, Pavillon de Breteuill h S\'vres. M1. GUILLET. pI)ofesseurii i la Sorbonne. M. GUILLOT, professeur' 1 Ecole Jules Ferry, Tunis. AL. GUIMARALS (i.), capitaine du I Tnic, Porto. lM. (;1YE (I'll -A.), doven de la Facuilt des Sciences, Geneve. 51. GuYIE E.-C ), professeur a l'Universit, Cieneve. D)r GUYON (F.! vice-presidefnt de 1'Acad(mie les Sciences, Paris. 4`OMxNMANDANT GUoU. nelmbre de 1 Instilut el du Bureau des Longitudes, Paris. M..HAAG (J ) pirofesseur a I'Universite, ClerInont. MI. HADAx.nMARD J.. professeur au Col!lge de France et it 1'Ecole Polyi echnique. M. HAENTZSCHEL. prol'esseur 1'Ecole Technique superieure, Berlin. M. HALE (GC,! dirtetlur de( I'Observatoire de Mou'nt I Wilson. meLnmbre du (lornit& luI.Iublild. A. IHALLER, embnre de l'lnstitul. AL. IlALtI.EN, Ing'enieur des Arts et MaInulfactures, Paris. AMme. \ve (;EORIES IALPHEN, Paris LI. IlA.xM, membre de 1'Inslitut. Al. HANCOCK (H.), professeur a 1'Universite de Cincinnati, membre du Cornit6 duJubile. M. HARET SPIRnu C.), ancien Ministre de l'lnstruction Publique, 1ollnianie. LIEUTENANT-COLONEL [IARTMANN, Paris. AI. IIATON )E LA G(OUPILLIERE, mnuembre de l'Institut, Paris. AI. I-IATT, membre de l'Institut et du Bureau des Longitudes, Paris. AI. IIAUG, professeur a la Sorbonne. Al. IlYAvSCIII (TsuRnuLCII), College of Science. Tohoku Imperial University, Sendai, Japon. D' HECKEL, correspondant de 'Institut, professeur a la Facult6 des Sciences, Marseille. 5I. HEEGAARD (P ), professeur a l'Universit, Copenhague. M. H1ELMERT (.), professeur ia 'Universitd, Berlin. MI. IIENNEGUY, membre de lInstitut. AI. HEPITES (S.-C.), di'recteur de 'Institut mit/orologique, Bucarest. -Al. HERMANN, libraire-dditeur, Paris. M. HEROUARD (E.), professeur a la Sorbonne.

Page  513 JUBILE DE 3M. GASTON DARBOUX 518 AMme HIEL, nee DUBUS, professeur aux Cours secondaires de jeunes filles, Lisieux. M. HIRSCH (A.), professeur au Polytechnikum, Zurich. M. HJELMMAN (A.-L.), professeur a 1'Ecole Polytechnique, Helsingfors. AI. HOLMGREN, professeur a l'Universite, Upsal. M. ELLING HOLST, professeur a l'Universite, Christiania. M. HOUSSAY (F.), professeur c la Sorbonne. M. HIUMBERT (C,), membre de 'Institut, rnembre du Comite du Jubile. MI. HURnWITZ (n.), professeur au Polytechnikum, Zurich. MI. JACK (W.), professeur demrite a l'Universite, Glasgow. Mlme JACQUEMARD-FAURENS, directrice du Collie de jeunes filles, Villeneuve-sur-Lot. M. JACQUET, professeur au Lycee Lakanal AI. JANET (P.), professeur a la Sorbonne, Paris. Mile JAUDEL, prof'esseur au College do jeunes filles, Beauvais. M. JENSEN (J.-L.-W.-V.), membre de l'Acaddmii des Sciences, Copenhague. MI. JOBIN, dtu Bureau des Longitudes, Paris. M.I JOLLES (ST.), professeur a l'Ecole Technique superieure, Tlalens6e pres Berlin. IA. JORDAN (CAMILLE), membre de lInstitut, membre du Comitd du Jubile. M. JOUBIN (L.), professeur au Mtus6um. M5. JOUKOVSKY, professeur a l'Universi[t, Moscou. 5-. JUEL (CHR.), professeur a 1'Ecole Polytechnique, Copenhague. AM. JUNGFLEISCH, lmeubre de llnstitut. 51. KAISSAR (L.), professeur ai Patras. MI. KAPTEYN (J.-C.), professeur a l'Universit~e, Groningue. A1. KAPTEYN (W.), professcur a l'UniversitU, Utrecht. A3. KARABETSOS, professeur a Ithaque (Grace). lM. KARXAGIANNIDES (A.), professeur a 'Universite, Athenes. 1l. KnARATHEODORY, professeur a 'Universite, Breslau. SiR l KEMPE (A. B.), trdsorier de la Royal Society. Londres. AM. KERAVAL (E.), prOfesseur au Lycee Louis le Grand. Al. KIKUCGI, pr6sident de l'Universitt de Kyoto. KI. KILIAN (X., professeur (t l'Universite, Grenoble. 1. KLEIN (FELIX), professeur a l'Universite de Gaettingue, nmembre du Comite du Jubile. 33

Page  514 5 1 JUB1IL] DE IM. GASTON DARBO-UX 11i1e KLEIN, pro'essenr an LyA-ce de jeunes filles, Bordenux. M. RlLUG (L.), professeur a 'Universite, Kolozv;a, llongrie. \. K.NESER (A. ), lectellr (le 1'Universite, Breslau. M. KNOBLAUCH (J- ), )professeur i1 IUniversi tl, Berlin. M. KNOPF (O., pofl'esseur it 1'Universite, lena. A. KOCH (I. ) prof'esseur it l' Universite. Stoctlhol m. M[. K(ENIGrS (GABIIIEL), proft'sselIr i. la Sorbonnc, cmbebreo, Colmit (lii JublilE. It. KonN, professeur " l1'Universilt, Berlin. I. KORTEWEG (J.). professeur lI lUniversit(e, nAsterdam. M. 1KTTER ( F.), professeur it l'Eole Techniq(le stpericure, Chri ol.ttenburg. 31. KnRYLOFF (A. N.), professeur a 1'Acadlemie navale, St-Piter-. bourg. M. KUrSCHAK (J.), prof'essellr a l'Eclole Polyt-echlniqlue, Budapes Mlle Kcss. directrice diiu lice Victor llrgo. M. KYRILLOPOULOS (D.), r6eptiteur a l'Ecole Polytechniq:l., Athenes. I)r LABBE, S nateiur, meimbre le 1'lnstit lt. M. LACOUR (I.). professeurll i I'Universit6. Iennes. 1A. LAcnolI. membre de leInstitut. M. LALLEMAND (CH(.), lmemlbre de l'lnstitut. M. LAMBIRIS (C.), directeur de l'Ecole nationale de langues ot de commerce, Pera. Constantinople. LA. LAMPE (E.). professelutr i 1',cole Technique superieulrc Berlin. \M. LAMPE. Berlin. M. LANA.SPIfZE professeur I,-' Ve. Touilouse. M1. LANCELIN (1.), astronoImIe a l'01)ser1toire. Paris. l)r LANDOUZY, dovnen de la Faciill te e AlMdecine, Paris. SIn LANIKESTER (1. I1EY), a(ssoci ttra(ngfr' de I'lnstitlt de France. nemlbre de la Ro1/al Socifet, Ion(les. I)r I.ANNELONcUE, S;nateur, minelbre de le Institut. M. LAPICQUE, prolesseur au Mnusdum. SIR LARMOR (J.), professeur a 1'Universite, Cambridge. AM. LATTES, professeur ia l'Universite, Besangon. M. LAUNOY, professeur honoraire, Pau. D)r LAVERAN, membre de l'Institut. A1. LAVISSE (ERNESTI, de l'Academie francaise, directeur de l'Ecole normale superieure, membre du Comitd du jubil6. M. LEAUTE, mernbre de 'Institut. MI. LEBEAU, professeur 1a 'Ecole de Pharmacie, Paris.

Page  515 JUBILE DE M. GASTON )DARBOUX M. LEnEL, professeur au Lvcee. Dijon. M. LECOS, professeur an Gyinnase du Pirec, Gr1ce. M. LEBESGUE, professeur a la Sorbonne. M. LEBEUF, professeur a 1'lUniversite, Directeur de l'Observatoire, Besancon. M. LEBON (ERNEST), professeur honoraire, Paris. M. LECAILLON, professeur a 1'Universitd, Toulouse. AI. LE CHATELIER, mernlbre de l'institut. M1ie LECORNU, professeur ai11 college dejeines filles, Constantine: M. LECOUSSIOTIS (CONST.), docteur' en inalltI11matiques, professeur i( 1'Ecolc Alet, a (Caire. MI. LECOeRNt, inembre te l'institut. M. LEDUC, professeur (i la Sorbonne. M1. LEFEVRE (Ed, professeur h I Ecole MAililaire, Bruxelles. M1lle LELONG-FORTEL, ancienne 1ie ' e el'IEole le de Sv'res. M. LEFIOINE (E.), ancicn (lh]ve dle 'lEcole Polvteclhniq(ue, Monterea. MI. LEMONNIER, professeur it 'Universite, Nancy. M. LE M1ONNIER (G.), pirofesseur' i( 1'Universitc, Nancy. M11e LEONARD (J.), pIro'esseur an Collgee de jeunes filles, Calais. M. LE,:PINE (Louis), p)rcl'et de police, rmenhi e de l'Institut MI. LERCI-I (MATHlAS). pirofesseulr 1'E1cole 1Iolytechnique, Briinn. M 1. LE Roux, professeuir ii 'Iniversie, iennes. -M. LERY, plrofesseur at Lvc(e, Keims. MI. LESA(GE, proiesseur (i l'Universitt-, Lennes. MI. LESGOU11GUES, professeur au lycel, La Bochelle. MI. LESPIEAU. professeur i la Sorbonne. -1. IEVASSEUR (EMILE). de 1'Institut, administrateur du College de France. I. LEvAVASSEUR, professeur a 1'Universit(, Lyon. I. LL:VY (A.), professeulr au 1ycee Saint-Louis I. LEiv (LUCIEN), exanminaeur it I'Ecole Polytechnique, Paris. XI. LEVY (MlCIIEL), mebrll O e lde 'Institut..I L vI-CIVITA (T.). prof'esseurt it l'Universite. Padoue L.me I.EvY-lIEHMANN, ancienne eleve de 1'Ecole de Sievres, a Saint-Cloud. NI. LIAPOUNOFF, professetlr It 'Universit6, Saint-PItersbourg. t. LIAnR, de l'nstitut, vice-recteur (e l'iAcad(n Itie de Paris. X. LI'PMiANN, Pr(sident de 1'Acadlinie des Sciences. OIle LOCHERT, tmaitresse repdtilrice a 1'Ecole de Sevres.. LORENTZ, associe fitranger de l'Acadeinie des Sciences, Leydeo I. LonIA (GI.NO), professeur C l'Universit6 de Genes, inembre du ComitLe du Jubile.

Page  516 JUIBII.E DE M. GASTON DARBOUX AI. LOVIGNE, EtuTdi;ant it Buenos-Ayres. M. LOVETT (E. 0.), 1Prsident du W1illiam. J. Rice Institute, Iouston (Texas) M. LUCAS. professeur i lFEcole Polylechnique, Lisbonne. M'. IRY (ALFRED T. DE), professeur a l'LUniversitd, Toronto (Canada). M. LYON-CAEN (CH.), membre de 1'Institlt. M11e NMABILL, ancienne eleve de l'Ecole de Sevres, Glay, Doubs. MI. MACAVLAY (\V. H.), professelr a 1'Universite, Canmbridge. M5. AIGGI ((.), p rofesseur. 1'tUniversite, Pise 3I. M1ALUSKI, proviseUr (du Lycee, Nimes. 3I. MAISANO (f.), professeur a 1'Universitc, Palermle. MIme MALLET nee DELETRE, professeur an Lycee M5oliere. MI. MAANGIN (L.), membre de l'Institut. AIille MAxGIN. directrice du College de jeunes lilles, Provins. I. MIANOUSSAKIS (M ICIIEL G.), docteur en malhellatiques, Potamos (IKythira, G(rece). 5I. MIANSION i P.), professeur i l'Uniersiti de Gand, membre du Comitie du Jubile. Dr MARAGE, laureat de 1'Institut, Paris. M. AARANGOS (G.), docteur en mathematiques, Pyrgos (Elide, (Criee). AI. MAIRCHAND, professeur au Lyc6e, Versailles. M. MARCHIS, professeulr la Sorbonne. M5. MAInE (CH.), (doc(ter es Sciences, Par'is. Ille MARIN, ancienne 6leve de l'Ecole de Sevres, Paris. nI. MARTEL (A.), di recteur de la Nature, Paris. NI. MAITIN (E.), professeUr, Paris. iM. MARTINET, ancien de1lve de l'Ecole Norrmale supdrieure, Paris. M. MAnTINETTI, professeur a I'Universite, Palelrme. AI. MATHIAS, dlirecteur de l'Observatoire du Puy-de-Dome, professellur 1'Universit6, Clermont. M. MATIGNON, professeur au College de France. M. MATRUCHOT, professeur a la Sorbonne. M11e MATTON, professeur au Lycee de jeunes filles, Lille. M. MALTEZOS (C.), professeur a l'Ecole Polytechnique, Athenes. M. MATTHEY ((EORGE), memrbre de la Royal Society, Londres. I. MAURAiN, directeur de Pl'nstitut a6rotechnique de la Faculte des Sciences, Paris. N1. MAYER (L.), Paris. A. MEDER (A.), professeur i l'Institut polytechnique, Riga. M. MEGAS (G.), docteur en math6matiques, Patras.

Page  517 JUBILE DE M. GASTON DARBOUX 57l. tile MEHL, professeur au Lycee de jeunes filles, Le Mans. I, MEHMKE (R.), professeur a l'Universite, Stuttgard. I. MELLON (P.), secretaire de l'Union Franco-Ecossaise, Paris. \S. MERAY (CH.), professeur honoraire a 1'Universite de Dijon, membre du Cornit6 du Jubild. I. MERLIN, professeur a l'Universite, Lyon. XI. MERLIN (G.), redptiteur d'analyse et de mncanique a l'Universit6. Gand. I. MESNIL, chef de service a l'nstitut Pasteur. Dr METCHNIKOFF, sous-directeur de 1'Institut Pasteur, Associe etranger de l'Academi e des Sciences, Paris. I1. MICIIEL, p)lofesseulr h la Sorbonne Mlile MICHOTTE, maitresse rept(titrice aI 1l'cole de S(ivres. Mlle MIGNON, professeur all Lycee (le jeunes filles, Heims. M. MILHAUD, professeur a la Sorbonne. \I. MINCIIIN (E A.I. ICmeml)e (1e la Ioyal Society, ()xford.,I. IMINGAUD (GALIEN), secretaire de la Societe d'&tude des Sciences naturelles, Nitnes. MI. MITTAG LEFFLER, professeur a I'Universite de Stochholm, mernbre du (Cotliite du Jubile. M. MLODZIEJOWSII, professeur a 1'Universite, Moscou. Mine MOISSAN (HENRI), Meaux. MI. IOLK (J.), professeur a 1'Universite, Nancy. M. MOLLIARD, professeur h la Sorbonne. I1. MONIOT, membre du Conseil suptrieur( de 1'lnsti'ction Publifque professeur au Lycee Janson de Sailly. AI. MONNIEn (H) ), membre du Conseil Sup6rieur (le 'lnstruction Publique, doyen de la Facult6 de l)roit. Bordeaux. AI. MONOD ((ABRIEL), retlel be de l'lnstitut. Mmie MOUTET-ALISSE, ancienne 6leve de l'Ecole de Sevres,Alger. AI. MONTEL, professellr au Lycee Buffon, Palis. M. MORENO (II. (C.), professeur a la Stanford University, Californie. M1. MORiCE (LtOPOLD), statuaire, Paris. M. MonRICE, me1mbre de la London MIathematical Society, Wey mouth. Ml. MoOURREU (CH.), membre de l'Institut. Dr MOUTIER (A.), Paris. MI. MOiLLtL (K. VON DER), professeur a l'Universit&, Bale. MI. MULLER, prokfeSeur h l'Ecole Techni(que Sup6r'ieur, Vienne. AI. M1iNTZ (E.), mcmbre de ' 1nstitut. AI. NATSINAS, professcur ta 1Ecole de Comlinrc e (e Ilaki (Turquie).

Page  518 518 JU.BILL DE M. GASTON DARBOUX,I. NEGRls (PHOCION), ancien ministre dles finances, prdsident du Sy11og1ue polytechnique hell6nique, Athbnes. M1. NEPVEU, professe'ur all Lycte, Liimoges. I1. NEovius, S6naleui', Berlin. It. NEUBERIG, prof'esse1ur a l'Universit., Liege. Capitainc NICOLARDOT, chlef de laboraloirc it. la Section technique du Gdenie, Paris. MI. NEUMIANN (E ), protesseur a l'Ulniversit(, Mlarbolrg. 5I. NIE WENGLOWSKI (B.), Inspectetr tgrnllral de l'Instruction Publique, Pliais. Mile NIVAT, prol'esseur au Lyc, le de j iens filles Clermont. MI. NOELLET, llmeinbrl e dll Conseil Siiptrieur de l'Instruction Ptiuliilue. Paris. Ii. NOETIIHEl (I ), pl ofessellur 1'Universil,, Eriangen. 5I. NOm)RMANN (C.), a stronone O l a 1'Observatoire, Paris 5I. OFFRET, Iprofeslscrl i 'Univcrsiti. Lyon M. OUIVET, ag t e 'c le niver'sit, Paris AM. OIDio / E. D'), professeir a 1i'Universite, Turin. 5I. PAINtLEV\ (1.), d(eput, niem)bre de l'lnstitut, membree du Cornitc du Juiil6. Mi. PALlMSTnOMI (A ), aetuaire, Chiiistiania. M. PxANRATi (E..), Recteur dle 'Universite, Bicarest. I1. PAPA)DCOS (D) ). octe ii en mathematiqiles, Cytliion ((rece). AI. 1PAPAZACII.ClARION (CONST.). diiretlcuir de l'lcole heltlelique de C;olnilnere e e lJalki (pres Constantinlople, Turquie). MI. PAI'ELIEI. p)I'olfet'S i.1 au ly-ee, (Orleans. MI. PASCAL (E.), professeur a l'Universitl, Naples. AI. PASQUIR (E.), plrolesseur il 1l'Universit&. Louvain -I. IPATERNO di SISSx, professeur i I 'lUniversit, Romne. Ii. PELIZEK, professeiir a 1'Ecole Technilue, Briinn. MI. PERDRIX, doven de la Facilte dles Sciences, MIlarseille. Ii. PEREIRE (HENR~Y), a lParis. l5. PnREZ, professeur ct la Sorhonne. J)r PERRIER (CH.), m6decin legiste. Nimes. MI. PERRIER (REMIY), professeur a la Sorbonne. MI. PEROT (A.), professeur ia 'Ecole Polytechnique, Paris. M. PEROTT (J.). Clark University Worcester (Massachusetts). AI. PERREAU (E.), doyen de la Faculte des Sciences, Besancon. M. PERROT ((EORGES), Secretaire perp6tuel de 1'Academie des Inscriptions et Belles Lettres, Paris.

Page  519 JUBILE DE M. GASTON DARBOUX 519 N. PETOT (A.), professeur a l'Universitd de Lille, membre du Comite du Jubile. M. PETROVITCH (S.), professeur a 1'Ecole d'Artillerie Michel, Saint-Petersbourg. M. PETROVITCH (M.), professeur a 'Universite, Belgrade. 5M. PFEFFER, Correspondant de l'Institut, professeur a 'Universite, Leipzig. MIme PHISALIX, au Museum, Paris. M5. PICxRD,ancien (l1ve de 'Ecole Normale Suptrieure,a Saintes. MI. PICARD (EMILE), membre de 1'Institut, rnembre du Comite du Jubile. MI. PIGART (Luc), doyen de la Facult6 des Sciences, Bordeaux. AIL PICAVET, profCsscur h la Sorbonne, directeur de la Revue (e 1'Enseignenent supdrieur. Paris. M. PICHON (R.), professeur h la Sorbonne. Paris. AI. PICKEIlNG (E. C.), directeur de l'Obscrvatoire de Harvard University, Cambridge IMlass.).,1. PIERROTET, directeur du Colle.ge Sainte-Barbe, Paris. 5I. PINCHERLE?, professeur 1l'Universite, Bologne. AI. PIUiMA, professeur meidrite 1 1'Universite, GCnes. jIlle PLICQUE, directrice du Lycee d jeunes filles, Clermont-Ferrand. I. POINCARhE (IENRI), inembre (1 l'Institut et du Bureau des Longitudes, memIbre du Comit dlu Jlubile. I. POINcARf: (IUCIEN). directeur de l'Enseignement Secondaire auI Ministere de l'Instruction 1Publique, Paris. -M. POIRIEH, doyen de la Facult6 des Sciences, Clermont, A. POIRRIER (A.), Sdnateur, Paris. NI. POMIPEIU (D.), professeur i 1 Universite (de Jassy. Mile PONTHEIL, professeur au Collge (te jeunes filles, Auch. Mile PONT, professeur au Lycee (e jeunes filles, Dijon. MI. POUJADE, professeur honoraire, Lyon. D)r Pozzi (S.), memnbre de l'Acadtemie de Mddecine, Paris. MI. PRILLIEUX (E.), nmembre de 'linstitut. M. PRYM (F.), professeur a l'Universite, Wurzbourg. M. PTASZYCKI, professeur h 1'Universitd, Saint-P'tersbourIg. Mine PUCCINI (ADA), professeur de inathematiques. Kovigo..1I. PUISEUX (P.), memibre de 1'Institut. )D QU:NU, membre de l'Acadeinie de MIedecine. A. QUINICI (N.), Magenta Vaglia, Italie. A. QUIQUET, actuaire, Paris.

Page  520 020 JUBIL DE EM. GASTON IDABBOUX M. RABIER (E.), Conseiller d'Etat, Paris. M. RADAU (1I.), memb le de 'Institut et du Bureau des Longi. tudes, M. RADOS (G ), professeur ' l'Ecole Polytechnique, Budapest, M. RAVEAU, redacteur des Comptes Rendus des Seances de '\Academlie des Sciences, Paris. LORD RAYLEIGH, associe etrangerl e l'Acadtmie des Sciences, memnbre de la Royal Society, Londres. M. REBELLIAU (A.), hibliothdcaire de 1'Institut. Mlle REINACH (JULIETTE DE), Paris. M. REINA (V ), professeur a l'Universite, Rome. AI. REMOUNDOS (G.), professeur I l'Universitd, Athenes. M. RETZIUS. correspondant de l'lnstitut, memibre de l'Acadnmie des Sciences. Stockholm. M. REYE (TH.), professeur aE 1l'Uiversite. Strasbourg. M. 1RIBAN (J.), professeur honoraire a la Sorbonne. Dr CHARLES f{ICHET, membre de 1'Academie de MIdecine. M. RICHaOND (Ht. W.), professeur a l'Universite, Kings College, Cambridge. M. RIEMANN, professeur au Lycje Louis-le-Grand. M. R1GOPOULOS (DENIS), directeur de l'Ecole publique de commerce, Athines. M. BINDI (S.)., professeur a Lucques. M. RIQUIEH, professeur 'a lUniversite, Caen. M. ROCHEROLLES (E.), professeur honoraire, Paris. M. BOHN (K.), professeur a l'Universite, Leipzig. M. RoNco (N. E.), docteur en latlhematiques, Genes. M. ROSENBUSCH (lf.), prolesseur - l'Universit6. Hleidelberg. MIlle ROSIER, directrice du Collige de jeunes filles, Valenciennes. RI. ROTH (EcuT), ancien deleve de l'Ecole Normale Superieure, a Strasbourg. M. ROTHE (R.), professeur a l'Universite, Berlin. M. ROTHSCHILD (EDMOND DE), membre (le 1'Institut, Paris. M. ROUBAUDI, prolesseur au Lycee Saint-Louis. M. ROUQUET (V.), professeur honoraire, Belpeck (Aude). M. ROUVILLE (DE), Conseiller d'Etat, Paris. Dr Roux, membre de l'Institut, directeur de l'lastitut Pasteur, membre du Comite du Jubile. SIR RfiCKER (W.), membre de la Royal Sociei/, Londres. M. RUDio (F.), professeur au Polytechnikum, Zurich. M. RUEDA (C. J.), professeur a l'Universitt, Madrid.

Page  521 JUS& ~1 DE M. GASTON DARBOUX52 521 M. SABATIER, doyen de la Facultd des Sciences, Toulouse. M. SAGNAC, prof'esseur h la Sorbonne. Alrme SAILLARD, professeur an Collag de jeunes filles, Tarbes. Ml. SAiNoPouLOS (C.), math~rnaticien h Sparte. Al. SAINT-BLANCA.T (DE), astronome a l'Observatoire, Toulouse. MI SAINTE LAGui;., professeur au Lyc~e, Douai. Ml SAINT-GERMAIN (A. DE), doyen 1honoraire, 'Paris. M1. SAKI,-TLARION (N.), docteur en rnath6mat iques, Ath~nes. '4. SALLES (ALFRED), Inspecteur g~n6rfl (les Pouts et Chauss~es, Paris. -111l SALOMON (J.), professeUr au Lyc6e Lamartine. M4. SALTYKOFF. professeur a l'niversit6, Karkoff. Mlae SARRAZIN, professeur an L c~e de jennes lilies, Bordeaux. Al. SARTIAUX (A.), lchf de l'Exploitation dcs chernins de fer du Nord, Paris. M. SAUVAGE, professeur bi la FacuWt des Sciences, Marseille. Xl. -SACcYIANNIS (P.), professeur an Gymnnase de Nauplie. Xl. SCHEFER (GASTON), Biblioth~caire de l'Arsenal, Paris. Xl. ScHLESSER, professeur ati Lyc~e, Versaillcs. M. SCHLOESING Ji.), enembre de I'Institut. Ml SCuMIDT (E ),aErlangen. Ml SCHoENFLIES (A.), prof'esseur a I'UniversikX', Francfort. -UNERAL SCHOKALSKY (J. us,),. proteSScur' a Acad~rnie navale, Saint-lNtersbourg. i SCHOTTKY, profcsseuir a l'niversitt6, Berlin. \.SCHOUTE J). 1-1.), professeur a I'nivcrsit.6 de Groningue, membre du Comnit6 du Jubil(&. I.SCHRUTKA (L. Yon), prof'esscur (h i'Ecole Technique sup&l rieure, Vienne, Antrichle. '.SCHULLIOF, calculatcur an Bureau des Longitudes, Paris. \leSCHULHOF, protcesseur an Lyc~e (le jenucs lilies, Poitiers. SCHUSTusER A) profcse~Ur 'a lMniyersit &, Manchester. \.SCHWARZ (H1.-A.), prof'esseur a l'niversit6, de Berlin, menibre du Cornit6 du Jubil&. l.SCHWENDENER, professeur a llnivcrsit6, Berlin. -NERAL SEBERT, nmelbre de lI'nstitut. Ml. StE (CAMILLE), Conseiller dEtat, Paris. Or S~E (PIERRE), Par-is. NE. Si,- (If. J. J.)' Directeur du Naval Observatory, Mlarc, Island, Calif'ornie. '4. SEGHE (CORRcADO), professeur at l'niyersit6, Turin.

Page  522 JUBILnLE DE M. GASTON DAl30B0X A1. SEIVANOFF (D. 1. F.). pI'OfessIeur t l'Universit, Saint-Pdetersb)ourg. Mlle SiRIES, p)roi'esseurl an Lvycte Racine, Paris. AM. SERMaONAT, plrot'esseull aui College Ct; halal, Paris. Il. SERVANT. pro1'esSeull it la Sorl)onn0e. IA. SERlvols (CL.). professeIur a l'Uliversite. (land. l1. SEVERI (F ), profelsseulr a. l'Universit, Pladoue. Al. SHARPE (J. V.), Imncl)re de la London 1atlomaematical Society, Boilurnemouth. AI. SINoONIN, astrononle t i'Obscr'ioire. IParis. AI. SINTZOV (1). M.), prof'eseur iit i 'UniversiLt, Karltkofl. AM. SMITH (X.-W\.), professeur t C(ollate University, Hlarmilton (New-York). COMT E SPARRE, doyenl de l'Institut Calholique, Lyon. Al. STAECKEEL (P.), J)roICssetu1r a I'l'cole Techiniqule Suptrielue, Carlsruhe. A. STEKILOFF (V. A;.). professeIr It 1'Univrsitd, Saint-Pitersbourg. AI. STEPHANOS (CYPA'I-SSOS', professeur i lI'Uiversite d'.Atlhlnes, lnembre du-111 (C ile ( du Jubil. M5. STEPHAN (EDouLxAR), correspondlant de 'lnstitult, Marseille. Al. STERNECK (VON), pro'esseur it 1'Universite, (G;1az (Autriche). 5A. STORY (W. E.), professeur a Clark University, AWorcester. ML. ST6ORER (C., professeur a 1'Universit&, Christiiania. AM. STUYVAERT, B1pdtiteur d'analyse et de mIcanique a 1'Universit(e, (and. Al. SUESS (EDOUARD). Associe etranger de l'Acadmiie des Sciences, Vienne (Autrichc). AI. SYLOW L.), professeur al l'Universite, Clhristiania. Al. TAKUJI YOSHIYE, professeur a l'Universite, Tokyo. MI. TALLQVIST (A-..-II.), professeur ( F'Universit, Hlelsingfors.. MI. TANNERY (JULES), membre de 'lnsiitut. mIembre du Comit6 du Jubile. AI. TARRY, membre (le la Socidte Philomathique, au Ilavre. MA. TEFFEi (BARON DE), correspondant de I'lnstitut, Rio de Janeiro. M. TEIXEIRA (F. GOMES), directeur (le l'Academie polytechnique de Porto, menbre du Comite du Jubile. M. TEIXEIRA (J. PEDRO), professeur (i l'Academie polytcchnique, Porto. AI. TERMIER (P.), membr'e de l'lnstitut. Mile THOMAS, professeur au Collge de jeunes filles de Chalonssur-Sa6ne.

Page  523 JUBILE DE Ml. GiASTOlN DAtiBOUlX M. THOMPSON (HI. D.), professeur a Princeton Unicersity. SIR TIHOMSON (J.-J.), professeur a 1'Universite, Cambridge. M. THUE (AXEL), professeur 1l'Universit6, Christiania. 5M. THUREAU-DANGIN (P.), Secretaire perpetuel de 1'Academie franaise, Paris. M. THYBAUT, professeur au Lycee Henri IV, Paris. AI. TIKHOMANDRITZKY, professeur a 1'Universite, Karkoff. 5I. TISSERAND (EUGENE', membre de 1'lnstitut, Paris. 51. TOMBECK (D.), secrdtaire de la Facult dles Sciences, Paris. AM. TnEssE (A.), professeur au College Rollin. Paris. Al. TRIPlER (11.), membre de la Socidet nmathcmatique de France, IParis. M. TROOST, memibre de l'Institut. IM. TSAM.ALOUCAS (G.), professeur au,Gymnase de Chalkis. MI. TSCHIERMAK, correspondant de l'lnstitut, professeur i l'Universite, Vienne. M. TSIANGOUNIS (PT.), professeur aR (Gvmnase hellenique de Janina (TuIr(qlie). AI. TZITZEICA (G.), professeu1 it 'Universitd de BlIcarest, membre du Comit d(u Jubile. 1I. TURPAIN. plofesseur a 1'Universite, Poitiers. 1. TURnIERE, professeur au Lycee, Alencon. AI. T1wEEDIE (CH.), professeiir i 1'Universite, Edimbourg. M. VALEK (CHARLES), professeur1' l'Ecole Superieure des Mines. et des Forets, Selmnecbanya, Hongrie. AM. VALLEE POUSSIN ()E LA), professeur a l'Universite. Louvain. AI. VALLERY RADOT (ItENE). vice-president dii Conseil d'Administration de 1'Institut Pasteur, Paris. AI. VALYI (JULES de), professeur a 1'Universite. Kolozsvar. 5I. VAN DE SANDE BAKHUIYZEN (H.1, professeur a l'Universite de Leyde, membre du Comite du Jubile. MI. VAN TIEGHEM (PH.), secretailre perpltuel de I'Academie des Sciences, men-bre du du Comil6 du Jubile. AM. VASSILIEF (A.), professeur i 1'Universit6, Kasan. AM. V ELAIN (C(AnLES), pIrofesseur a la Sorbonne. COMMANDANT VERDE (I. F.), Observatoire nmrt0orologique de la Spezzia. AM. VERONESE (G.). professeur I 1'Universile, Padoue. ABBR VERSCRAF'FEL (A ), directeUr de l'Observatoire, Abbadia. MI. VESSIOT, professeur a la Sorbonne. AI. VIDAL DE LA BLACnE, membre de 1'lnstiut,. professeur a la Sorbonne. AM. VIEILLE, membre cle l'Institut.

Page  524 N - o24.~~524 JUB1Lf,' TE Ml. GASTON DALABUUx 3M-. VILLARD, membre de lHnslitut. M. VILLAT, lprofesseJ' it l'niversit6, Caen. Al. VILLEY, nionel-l~c de l'institut, doyen (Ie la Factilt6 de Droit, Caen 3M. VIOLLE. mernbre dle l'Institut. 3M. VA.SSILAS VITALIS (JEAN), professeur h l'Ecole AMilitaire, Ath~nes. 3M. VITO0 VOLTERrIA, proftesseur h 1'niversit6 de, Rome, mnemrbse du Cornit6 du Jubib3. 3M. VI1VANTI (G.), professeur a 1'niversit6, Pavie. 3M. VOOT. professetur it l'niversit~, Nancy. Al. WVAELSHE, professeur a lEcole Technique Sup~rieure, Brihiin. Maae WAITZ, n6e MEYER, ancienne 616ve de lEcole de S~vres, Berlin. 3M. WALDEYER (Wl.), Secrktaire perp~tucl de lkcadenine des Sciences. Berlin. AL. WALLERANT, mieuibre de l'institut. 3M. XYANGERIN (ALBERT), professeur a l'niversit(3, lHalle.,M. WEIrt,, pI)ofesseur au Lvc~e, Belfort. Al. XXNHITTAKER (E. T.), directeuir de IlObservatoire, Dublin. M. WIMAN (ANDERS), professeur a l'niversif, Upsal. NI. WIRTINGER (W.), prolesseur a l'niversit6, Vienne. 3M. WOODHJOUSE (L.), professeuir a FEcole Polytechnique, Porto. 3M. WOODWARD (R. S.), pr~3sident de la Carnegie Institution, Washington. 3M. WORMS (E.), correspondant de lHnstitut, 3M. -WoRms () maitre des requetes au Conscil d'Etat, Paris. 3M. ZABOUDSKiI (N.), correspondant de l'Institut, Saint-PMersbourgDI ZA.MWACO P.ACHA, correspondant de lInstitut, au Caire. Al. ZA~REMBA (ST.), professeur a l'Uiniversit6, Cracovie. IM. ZrnLLEB, meinbre de Ylnstitut. 3M. ZERvos (P.), professeur a lMniversit6, Ath~nes. 3M. ZEUTHEN (H. G.), Secr~taire perp~tuel de IVAcad~rnie Royale do Danernark, Copenhague. Nl. ZIWET (ALEXANDRE), lProfeSSeUr at l'niversit6 du Michigan, Ann Arbor. LAVAL. - IMPRIMERIE L. BARNEOUD ET Cis,

Page  525 TABLE DES MATIERES Pages PnEFACE DE M1. PAULi APPELL.. Eloge historique (le.1OSEPII-LOUIS- FRAN(;OIS-IETlRTIANI).. Eloge historique de F11'ANCOIS I)ERRIEn... 61 Notice historique sur CHARLES [IERMITE..... 11 Notice historique sur ANTOINE D'ABBADIE. 173 Notice historique sur le gTnheral MEUSSNIER, memblre de ]'Ancienne Acadrmic des Sciences.... 21S Eloge des donateurs de 1'Academie. 263 I,'Academie des Sciences et l'Association intelrtntionale des Acadlmies. 307. 312. 341 L'Academie des Sciences et la Carte du C(iel... 36 L'UnitO de la Science.... 71 FULTON et 1'Acad6mie des Sciences.. 376 l,'esprit (de (;eomOtrie et l'esprit de finesse... 386 L'Ecolc de Se.vres........ 35.. MARCELIN B}ERTHELOT...... 40:, 409 Louis PASTEUR.... 1 Str le role des Societes Savantes. 4121 La r tForlne de la licence es sciences... 4 1 JUBILE DE 5M. GASTON DARBOUX...... 442 Liste des souscripteurs..... 503 LAVAL. - IMP1IMEIIIE 1, BAIhN Ol'}u l> r ET ie.