Promenades pittoresques dans Constantinople et sur les rives du Bosphore, Suivies d'une notice sur la Dalmatie,
Pertusier, Charles, 1779-1836.

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Page  [unnumbered] PROENAE PITTORESQUE S DANS ET SUR LES RIVES DU BOSPHORE., TOM~E III.

Page  [unnumbered] DE L'IMPRIMERIE DE MAME, RUE DU POT-DE-FER. 4.~~ #~~0

Page  [unnumbered] PROMENADES PITTORESQUE S DANS CONSTA TINOPLE E T SUR LES RIVES DU BOSPHORE, SUIVIES DUNE NOTICE SUR LA DALMAT1E, PAR CHARLES PERTUSIER, Officier au Corps Royal de 1'Artillerie, attache a l'Ambassade de France pres la Porte Oltomane. TOME TROISIEME. <.WV W'V VW~ VUiVI^ tW ^^ ' PARIS, H. NICOLLE, A LA LIBRAIRIE STERIEOTYPE, RUE DE SEINE, nO 12. M. DCCCXV.

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Page  1 PROMENADES' PITTORE SQUES.DAiNS CONSTANTIN PLE E T SUR LES RIVYES DU BOSPHORE. DIX - HUITIEME PROMENADE. EAUX DOUCES D ASIE ( Guiok-Souyou) Le premier de mai chez les Grecs. — Le village de.Kande'li. -Anadoli-Hissar. - Ce'remonie de la circoncision chez les iMiusuirians. - Les deux valle'es des eaux douces d'Asie. - La secte de Wabbabi. JE croya~is con naiftre tous vos tresors,, rives enchant~es, et plein de cette persuasion,. j'allais oublier le plus precieux de tous, si 3. I

Page  2 21 DIX-HUMLT1ME, PROMENAD~E. par ce charme irre'sistibIe qui rame'ne Avtm aussito~t qu'on vous a quitte'es, vous ne m' J eussiez rappele' de nouveau pour me de'couvrir -vos attraits les plus myste'rieux. Semblables, du miois en apparence, 1. ces coquettes exercees dans 1'art de plaire, qui savent graduer leur d~faite en tenan~t toujiours des fa-. veurs en reserve (lde mani're ai laisser conti-~ nuellement des d~sirs 4& former Ai lamant volage qui, pour n'avoir pas rencontre assez dobstacles, a trouve' la sa-tie46 ailleurs. Nais I's " tort que je vous compare 'i ces beautes aa s artificieuses; aussi ma, faute n'est pas p 0t~ cominise, que vous la voyez suivie du repentir. La nature, simple et sans appret, a fait chez vous tous les frais de ces charmnes qui, por tre de'poui1I6s des prestigfes de P-art, n'agissenit que plus puissamment, sur ceux qui, tout-ati fait ddsabuse's d'un monde frivole, et degou&es de ses fades plaisir, ne s'estinient beureux que lorsqu'ils respirent, 1'air pur des champs..J'ai vante' les rintes valle'es oii coulent le Barbyse's et le Cydaris; je vous ai promene, lecteur indulgent, sous les 'ombrages frais qui bordent leurs rives fleuries; et trompe'

Page  3 EAIJX DOLJCES D'ASIE. 3 3 comme vousI it rn'est arrive' de vous y ramener encore, n'espe'rant pas pouivoir vous oifrir un site plus aimable; mais les eaux douces. d'Europe doivent chercher toujours ai etre COnnues avant celles d'Asie, si elles ne veu-~ lent pas qu'on les de'daigne; et je me sais gre de leur avoir paye' en premier lienu tn hornmage que peut-etre plus tard je leur aurais refuse'. Ceci est une suite de l'ingratitude naturelle chez 1'omme; le mieux f'ait oublier le bien, et l'on pousse me~me l'injustice jus-. qu'a reprocher le bonheur qn'on a gofite' quand un autre plus vif nous est offert; quoique souvent Ai ne doive ses avantages qu'a' la seule nouveaute'. Les jouissances qui vous attendent reposent sur des me'rites rnieux fonde's et parmi les-. quels celui-la' ne tient que la dernie~re place. Suivez-rnoi donc avec confiance; je vous pro. mets des eaux vives, des fl-eurs nouvellement ~closes, des ombrages prodigue's aux monts et aux valkes,. des retraites dedicieuses, des points de vue rassemblant, tout ce qui peut entrer dans les plus gracieux paysages; enfin l'abondance la plus complete jointe 'a la plus grande varie'te d'objets. No soyez,poirn

Page  4 4 DIX4LIU1TIEME P1ROMENADJV. cruel, c'est le printeinps lui-rnw me cjui VOUS invite. Nous voici de nouveau sur ce canal que naguere le vent du nord soulevait, et qu'il n'agite aujourd'hui que doucernent, repoussant, l'aleine claude du vent du sud qui a souffle' aussi long-temps que la nature a eu besoin de ses stimulans pour sortir de dessous les glaces de l'hiver. Plus jeune que jamais, elle reparait avec ce sourire afinable que le mois de mai fiit e'clore,. et qui se manifeste dans tous les eLres susceptibles d'eprouver les influences du soleil printanier. A peine quelques jouLrs se sont e'coules depuis la dernie're visite que je lui ai rendue, et son aspect a change' au point de la rendre mt~connaissable 'a mes veux. Quelle sa've vigoureuse eiint~puisabke! Quelles ressources infinies son t renferme'es ici dans ses tresors dont ailleurs; elle est, sen~siblemnent plus e'conoine! Ou pourraiL-on espe'rer trouver une verg~tatLion plus active et nourrie par une terre plus liberale?., Chaque aurore faitL germier et e'clore dch fleurs nouvelles qui s'empressent die jouir (U-I Ia lumie're, et que d'auires plus fraiches reiiiplacent l'aurore dLu lendemain, sans que le

Page  5 EAUX DOUCES D'ASIE. S gazon se lasse d'en produire. Le vert des prairies est entie'remnent efface' par ces tapis, qui 111 sont jaunes, ici blancs, sans at' ration produite par d'autres couleurs, of'frant Ia reunion de tons les membres de la mneme famille, et les effets de la sympathie, sans lesquels le bonheur ne petit exister. Ailleurs, au contraire, its pre'sentent le me'lange de toutes les nuances, de toutes les especes, d'une foule de varikets, tracant. enfin l'irnage fide'le de ces socie't's, composees d'etres etrangers leS Uns pour les autres; que les coups de vent de Ia fortune ont disperses loin des fieux oii ius ont rectu Ie jour; qui, quoique rapproch's', vivent sans liaisons entre eux, et pleins du sentiment d'euxmemes, consacrent tons leurs moyens 'ase' lever au-dessuis de ce qui les entoure, ainsi qu, a resister aux efforts gui menacent de les, 6craser: effets funestes et ine'vitables de l''~goisme q aussi pernicicux aux socie'tes que, 1'ivraie l'est aux moissons dont, il. 6touffe les germes. Pendant que mes, rarneurs luttent contre la force des courans pour renionter ce be-au fleuve, je vois 'a tons Jes instanls passer pr~

Page  6 6 fIXAIUITIEME PROMENADE, de moi des -navires qui le descendent, ap.. portant A Constantinople un~e le'ge'e portion du riche tribut que les, contre'es voisines de l'Euxin lui paient. Ces masses flottantes que la vague menace dJabord, rnais qui leur ce'de ensuite, re'duisent en quelque sorte au n~ant ces fre'Ies embarcations qui fluent pre's d'elles, et que l'ceil ne distingue plus de's I'instant ebit s'est repos' sur leurs rivales dangereuses. Jouets des flots, qui se plaisent "a les enlever, souvent une conflance trop aveugle chiez ceux qui guident ces nacelles est la,cause de leur perte. Que de ravagr-es cc me'me vent du nord qui emprunte pour 1'e'te 1'haleine du' ze'phyr, n'occasionnera4-tiI pas au retour de 1'6quin'oxe! Alors les 0krnens, pendant p)lusiCurs jours, sembleront confondus; l'onde, souleve'e contre ces rives qu'Ut present elle vie'nt baiser, laissera croire qu'elle veut rompre ses digues; et, furicuse, t'CU — rnante,. se re'duira. en une poussie~re blanch-Atre dont elie enveloppera les flancs de ces monts, qu'on ne reconnai~t plus qu'avec peine 'a travers cette vapeur. Maiheur aux tenvmkaires qui, se fiant sur leur intr6pidite', cosertt se fivrer 'a cette mer en courroux 1

Page  7 EAUX DOJJCES D'ASIE. 7 Car, si elle ne les engloutit pas, elle les repoussera de son sein, et,. sans pitie', ira les briser contre ses rives., aussi funeste alors, que dans le calme elle se montre hospitali 're. Tous les objets qui m'entourent semblent mne dire de les admirer,. et portent en efflt la tin degre' si eminent 1'empreinte du beau, qu'ils se gravent pour toujours dans ma memoire. Je~ vois "a droite et 'a gauche deux lignes d'habitations, dont les plus plus avanc(',es paraissent sorties du sein des eaux; et., dans le nombre, 1'cxeil choisit pour *sy fixer aussi long-temps qu'il le peut, ces maisons de plaisance oiiz la famille imperiale transportera. incessamment, son se'jour. Comme diles sont fraiches! Quel air de jeunesse! Comme ces fresques, re'pandues avec sobrie't6, tihent avantage de ce fond d'un 1)lalc e'blouissant sur lequel elles sont dessine'es! Quelle bordure riche et eklegante, pour detux rives qctie la nature, de son. co~te', s'est plu 'a parer! Ce qui ne liii appartient pas est en si parfaite harmonie avec elle, qu'on pourrait croire que ces additions rentrent dans son plan. Ailleurs on trace ai grands frais des

Page  8 8 DIX-HUITIf3ME PROMENADE. parcs ou quciquefois tout est artificiel, jus-. qu'au site 1uji-me'me; ici tant de peines seraient superflues: ces palais qu'on croirait habit~s, par des ne'reides, trouvent sur les flancs de ces collines, contre lesquels ils sont adoss6s, des bosquets tout plante's, ob 1' if et le pin s'ele'vent du milieu des arbousiers,. de la coronille, des che'nes verts, et des lauriers; une eau vive filtre partout, et arrose la verdure' qui les tapisse; le pecher, le cArisier, l'abicotier, y disputent la place aux arbres de pur agr~ment; et. retires dans le fond de ces petites vallkes, At 1abri de tous les vents, e'talent avec, seciirit6' leurs fleurs,. auxquelles les fruits les plus savoureux succe'deront bient6t. Un vert tendre se montre Ai cohte' des premiers attraits que le printemps leur a accord's, et annonce la seconde me'tamorphose qu'ils doivent subir en attendant celle que Pomone leur manage. Comme ces arbres, ainsi pare's se marient bien avec ces habitations entre lesquelles on les voit sem~s, et offrir un arrangement qui plait d'autant plus q'it n'a point 'td calcul' ulaur fe tout different, du premier, produisent ces forkts de cypre's qui de la cime des mronts

Page  9 EAUX DOTJCES D'ASIE. 9 descendent sur ces revers et reiunissent le 'tjours des vivans ' celui des morts! Chaque cap que je double, me de'couvre un golfe quil'ui est oppose, dans lequeldeboucheune vallke qui recle quciques beaut's particuie'res, ofi l'on peut sWenfoncer, certain d'y trouver des eaux et des ornbrages. En voyant la nature expri-. mYer avec tant de ve'rite' le bonhe-ur,. etonne',, on se demande comment il se fait qu'on aille presque touijours le chercher si loin d'elle?... Mais refflexions., he'la's! plus souvent attristantes qu'instructives et profitables! puisque le torrent -de la vie, beaucoup plus difficile t mnaitriser que ce courant rapide, entraine la barque 1hgere sur laquelle les 6ve'nemens nous ont oblige' de monter. En vain. vous conside'rez d'un ceil d'envie les rives fleuries qui le bordent; vous les voyez fuir, et avet des regrets d'autant plus vifs que vous distinguez les ports tranquilles qu'elles rece'lent. Je passe devant Arnaou t-Keuiu: l'air de f ete que je remarque dans les habitations et sur ces visages grecs, plus enjoues encore que de Coutume,. m'invite Ai mettre pied 'a terre et at aller re'clamer uine part de cette gaiete,. s je puis y avoir des droits. Les guirlandes de

Page  10 to DIX-HUITIEME PROMIENADE. fteurs qui serpentent dans toutes ces cheve — lures ondies;. ces bouquets, ces couronnes qui decorent 1'entre'e des maisons; ces bandes de jeunes filles qui reviennent de la montagne les bras- charge's de verdure nouvelle, me rappellent que ce jour est le premier de mai des Grecs. Dies I'aube matinale ces gr~tces timides se seront rassemblees do manie're 'a pre'venir I'aurore dans los champs et 'a pouvoir cueillir la tube'reuse, Je narcisse encore humecte's de rose'e. Pendant qu'elles so delectaient A fouler le vert tendre des pre's, ou bien. "a boire le lait A la bergeriec, assises en cou-, rohunes sur le gazon, des mains amies a ppendaient "a leurs maisons, ces fleurs qui ont chacune une pense'e diff~rente A exprimer; rnais~,qui se rapportent toutes au nMeme sen-6 tirnent. La jeune fille sourit en voyant ce nouveau gage de tendresse,, et 'a son tour paie avec les dons de Flore, ceux que cette deaesse a pre'te's 'a 1'anour. Une musique champe'tre appelle "a la danse cette troupe enjouee, que je veux suivre, car su~rement elle me conduira sous los ombrages; et selon moi on pout ALre heureux

Page  11 EAUX DOUjCES D'ASIE. Ii du bonheur des autres. Quelles 6motions, aussi suaves que 1'e'manation des fleurs, j'e& prouve dans ce moment! Quelles douces illusions me procure cette sce'ne qui se jou'ait de la me'me maniere, et par des acteurs que ceux-ci raPrellent, dans ces tems oii l'on Ie'le vait des autels au printemps et "a sa jeune Fce~ur, divinite's clui avec l'amour ont du obtenir le plus aticiennernent un culte, et se seront fait reconnaitre. danis le merne jour! Alors le premier de mai recevait un bommage semblable, et e'tait accuejilli avec les me'mes transjports. La d6esse qui pre'side 'a la saison. des fleurs est en effet tellement attrayante,, que danis tous les sie'les et chez tons les peuples, elle, est. assure'e d'avoir des autels, oiu l'encens fumera 4t cotW de la rose sortie la premiere du bouton. Ici elle est ft6te avec une distinction due au caracte're grec,. et qu'elle ne trouve pas ailleurs, parce que 1'enthousiasmne est le partage seulement de quelques nations; aussi ne rn etonne'-je plus qu.'elle soit si liberale envers des lieux oiu iell cst recue avec tant d-'allkgresse. Nation hieurei-ise qui ne coinait pas son infortune, tellement pesante cependant,

Page  12 .12 DIX-HUITIEME PROMENADE. qu'une autre en serait accable'e! Les chaines qu'elle porte lui semblent aussi le'geres que ces guirlandes dont elle est par~e'; et quel-~ ques genantes que soient les entraves qu.'on lui mette, jamais on ne parviendra. 'a la contraindre au po'int d e 1'empecher de danser. Avantde quitter ces lieux, je tresserai aiissi une couronne dans laquelle j'entrelacerailIe souci avec' la plus modeste et la plus suave des fleur~s; je la suspendrai aux branches retombantes de ce saule pleureur; mais cet hommage -ne s'adressera point Ai Flore; ce ne sera non plus pour aucune des nymphes qui liabitent ces bocages:je la consacrcrai toute entie're au souvenir, et ce jour nie sera pour moi que l'anniversaire de celui du bonheur. J'ai sous les yeux iFEurope et l'Asie qui me ravissent tour "i tour, etarsvorcn tempkle'une quelques, temps, je reviens Ai lautre avec un inte'ret nouveau qui va toujours croissant. Mes regards en comparant ces deux rives, afin de juger leur diff6rend, trouvent sur l'une et l'autre une culture, qui surernent pourrait e'tre plus soign~e; quelques champs- ensemenc's, des plants de vignes,

Page  13 EAUX DOUCES -D'ASIE. des jardins Productifs et d'agr~ment, des accidens e'galement heureux, et une configuration parfaitement semblable. Cependant, soit que 1'imagination. influe sur mon. jugement dans cette circonstance., ou que celuici soit vrairnent de'pouillk' de pre'ventions, la nature sur la co'te d'Asie s'anin once, selon moi., comme plus inte'ressante: ce qui tient su~ire.ment ~i cette teinte de md'ancolie que lui donnent ces pins, ces ifs, ces cypre~s que 1'cgil y rencontre plus fre'quemrnent que sur la cote d'Europe. Le laur'ier, 1'arbousier, les plantes me'ridionales, par leur verdure foiice',. ache'vent d'en faire une beaute' plus touchaute, qui rame'ne plus souvent "a elle, et finit par vous fixer tout-a'-fait, Iorsqu'on descend aux details. La cote d'Europe est plus escarp~ee mais la chai'ne continue qui la borde, ne se dessine pas aussi-bien. sur l'azur des cieux, que ces pies de'tache's et ces depressions que je remarque sur celle qui lui est opposec. Les habitations y sont plus multiplices, mais par cela. me'me l'ouvrage de la nature y a souffert davantage; d'ailleurs les valk~es s'y montrent plus de'grad~es par la main (le l'homme,. qui a mieux re'ussi ai ajouter aux

Page  14 14 DIX-HUITTItME PROMENADE. beaute's des autres. J'espe're donc n'e'tre pas accus6 d'injustice en decidant en faveur de la rive d'Asie; et cette prairie de'icieuse qtie je de~couvre dij~i, sera la preuve de I'&{uitt6 de cette sentence. J'ai mis pied 'a terre au village de K~aide'li, situe' en face de celui de Bebek, qui s'e'tend sur la cote d'Europe, le long de lFancien port de Mercure, qu 'Arniaout -Keuiui ache've de garnir. Kande'li, babite par des Tures, et des Armeniens, occupe at peu pr~s la place de Nicopolis, et atteint le sommet des hauteurs qu'il a domnpte'es pour s'6tablir,1 de manie're qu'i sebecrmo sur leurs, escarpemens. Je vois, le rivage partout borde' de caf~s, au milieu desquels des jets d'eau jaillissent; dont 1'entre'e est ombrage'e de saules pleureurs, qui n'Iont point encore d' velopp6 entie'rement leur feuillage naissant,, inais qui voudraient cependant pre'venir ces bo urgeons de vignes non moins em ipresses d'&' clore, afin de donner aussi 1'ombrage desire6. -Si je gravis cette montagne, j'aurai de son sommet, unec vue illmit~ee et je pourrai respirer ~i plaisir cet air tellement vant6' pour s5a salubrite', qu'on dit qu'il rend a la vie

Page  15 LAUX DOUCES D'ASIE. is,ceux qui ont vainement e'puise' tous les secours de la me'decine; mais je pr'f'ere me rendre par ce sentier sinueux qui contourne le pied des monts,dans, la prairie oii Flore m'Iattend, oi l'impatience m'Iappele:dn au desir de repai~tre mes yeux des aimables objets que je n'ai fait qu'entrevoir. En suivant, cette route ma. teate est mena-. Cee par les rochers qui s'avancent, sur elle, couronnes d'arbustes, de plantes rampantes qui pendent en longueslianes ou en tapis tissus avec des fleurs. - Serait-ce pour mieux les de'guiser' qu'on a plante' cette ligne de cypr~s, dont le feuillage sombre tranche d'une manie're si prononce'e avec le vert tendre de ces viornes., de ces e'piines blanches., et de ces eglantiers qui peuvent e'taler en toute assurance leur parure bigarree I certains qu'on n'ira pas les (lepouiller? - Je chemine encore au milieu des habitations, et je goIuite par avance le plaisir dont, je vais, joiuir, lorsque ma. vue cessant d'e're captiv~ee pourra em.brasser le bel horizoni qui lui est promnis. Mon bonheur est, bien innocent! il ne (oit porter ombrag'e 'a personne, puisque chactin est dlans. la possibilite' de se le procurer; sur

Page  16 i6 DIX..HUITItME PROMENADE. tout comptons comme son premier merite, de ne faire tort pas Meme au dernier des kLres cr&es. Derj A mon pied foule le vert tendre de l a prairie; de'ja' mes regards affranchis errent sur une foule d'objets qui les attirent 'a l'en-vi. Chaque pas que je fais dans ce sentier qui suit encore le pied des monts, agrandit leur domaine, et ajoute au ravissement dont mon ame s enivre a longs traits. -Me voici parvenu au point le plus favorable ~i ce paysage, dont le me'rite consiste moins daps I'etendue, que clans l'arrangemnent des details, q'i. tous sont at ma porte'e. Le dernier plan est rempli par ce promontoire dessine' en demni-cercie,. et dent le revers est bccupe' par le cbhateau d'Europe qui atteint le point culminant, ha' m~me oii Darius fit dresser son tro'ne pour voir defliler I'arme'e innomqbrable que son ambition trainait sur une terre, etrange'e. Un bois de cypre's en'tremneles d'arbres de Jud~ee ombrageant des se'pultures, s'ktend du pied de ces viefiles murailles jusqu',I l'endroit o ii les habitations commencent "a border de nouveau la co~te,. remplissant merveilleusement, seIon les pre'ceptes du sage, la lacune qui se'pare

Page  17 FAUX DOtICES IYASWt. 17 ces frdcls demneures, e'eve'es pour fine Vic passagere. Les eaux du canal coulent majestueusement entre les deux rives. Otitre le mouvement quelles donnent an tablean elies d~tachent encore de son fond 1'avant-~ scene. Dans celle-ci rien n'est e'pargne~ pour en faire une mignature accoruplie. Elle se compose de cette prairie, reindez-vous de deux rivie'res qui arrosent les va~llees que j1 ai derriere moi,. ou. I'on trouve la solitude et la fraicheur Sons d'epais ombrages. Tout autour de ce tapis, dont les fleurs fon t disparaitre la verdure, sont (lisposes des monts d'une elevation gradue'c, ombrage's jusquU'i leur cime, ulies les uns aux autres et seulement interrompus au debouche' des vallons. A droite et imme'diat~ement sur le rivage, on Voit le chaiteau d'Asie, d'un aspect non moins pittoresque que celui avec lequ-'el il s'entend pour fermer le passage, associe6 comnme ii l'est d'aiileurs 'a ce petit fleuve qui baigne Ic pied de ses murs. Derrie're ces objets;et pour leur servir de fond, se dessine le ver.. sant septentrional de la valle'e principale, sur lequel les habitations paraissent peIe-m~e' avec les amandiers et ics pe'chers en fleurs 7.

Page  18 1B DIX-HULTIEME PROMENADE. ai gauche Kande'li, qui suit le contour du cap; et sur le milieu, un kiosk imperial., une fontaine en marbre d'une elegance recherch~e'; des saules pleureurs plante's tout autour; un pont jet6' sur le torrent, borde' de peupliers, de platanes,. d'ormes et de tilleuls; enfin le minaret, qui sort du milieu des massifs, d'accord. eux - me'mes avec le caracte're imposant du sujet. Comment parvenir "a se rassasier d'Iun spectacle aussi ravissant? et qui n'y reconnai'trait pas le motif de deux charmans dessins auxquwls on pourrait ajouter encore d'autres accidens, tels par exemple que ces baitinen's qui Filins. tant Mieme passent avec toutes leurs voiles de'ploye'es.2 Je veux porter rnes pas vers Anadoli-Hissar; je veux gravir ces hauteurs situe'es 'a 1'entre'e de la vallee dans laquelle je descendrai ensuite pour parcourir les rives enchantees du petit fleuve qui L'arrose. - Je traverse celui-ci 'a son embouch-ure-, et je me trouve sousles creneaux de la forteresse; mais "a peine a~i-j~e misl le pied dans le village, qu'un spec. tacle nouveau pour moi vient frapper nies _yeux. Ce sont des enfans musulmans pares

Page  19 EAUX DOUCES D'ASIE. ' 19 selon le golAt de la nation, et qu'on prome'ne en pompe sur des chevaux, oul qui jouent avec: de jeunes be'liers dont les comes sont dore'es et la toison parsen~e de ruhans. Cependant je crois avoir devin6 ces enfans et leurs compagnons d'amnusemens sont les uns et les autres des victimes pour lesquelles s'aiguise le coutcau des sacrifices. Les derniers y succomberont; rnai.s les antres subiront seulement l'preuve cornmrande'e par I'ilamsrn, cest-ad,seront mnarques au cachet du prophe'te. On attend, chez les Musulmans, pour l'ope'ratLion de la circoncision, que le physique ait acquis les forces ne'cessai'res qu elle re& clame. Ce n'est donc gue'res que lorsque les enfans ont. surmonte' les premieres e'poques critiques, c'est-a'-dire 'a six ou sept ans, qu'on la leur fajitsubir. Pour cela on a ppelle des op&' rateurs qu'un grand exercice rend d'ordinaire tre's - habiles; et, Landis qu'ils exe'cutent ce -qui est du ressort de leur art, les ministres du culte adressent des prie'res au ciel pour le nouvel adepte rec~u sous les etendards du Prophe'te. Les repas,. les fe'tes, les visites donnent 'a ce grand jour et aux suivans, pen

Page  20 210 DIX-HUITIEME PROMENADE. dant une hnuitaine, tout l'appareil et l'impor.tance qtie laiceligionyv attache. Les distractions surtout sont prodigue'es au circoncis de maiuiiere 'a tromper Ics souvenirs qui pourraient Iti rester de la soid.ifrance qu'on lui a fait endurer. Les Osmarli Die connaissent que les fh'tes, de famille; mais ls, ne s'e6cartent point d.it mnotif de l'institution; et, n'etant point bhiase's sur cet article comme les nations qui en font abus., elles sont ce'lebrees chez eux avec, Une solennite' simple et noble qui ne manque jamais son effet. Est-it, par exernple, une epoque mieux choisie que l'agr~gation d)'un nouveau de'fenseur de la foi, 6poque qui ripond si bien 'a cette autre oii les Athe'niens et les Romains inscrivaient le fils d'uri citoyen sur le livre de la tribu, ~i la suite des en fans de la patrie? Certainemnent c'est le cas on jamais de faire paraitre de la ponpe; aussi les Miusuilrans1 savent la re'server pour cette circonstanice et quelques autres oii la religion, comnme la veritable cause commune, 'est, toujours la premie're inte'ress~e.. L'avarice, qui ne peut rien toucher sans le dgrader, a su trouver' moyen de -faire~de

Page  21 EAUX DO UCES D'ASIE. 2 la circoncision un. do ses canaiix les plus pr~oductif's, au moyen duiquol elie ponipe de l' or', de man iere merne 'asa tisfairenimoren tanIiemien-t sa soif. Chez ]os particuliers, il. est d'usage on pareil cas de faire des cadeaux plus propres entretenir l'arnitie6 qu'a e'veiller la cupidit6~; nmais 'a la cour, il faut so de'pouiller pour remplir les coffres, du Sultan. Lorsque celui-ci a un fils en "age d'('!re citconcis, il en donne avis jusque dans les provinces los plus roculees, avec invitation en forme d'ordre aux officiers superieurs, do venir assister 'a la c~rernonie, ou do se rachoter par des pre'sens proportionn~s au rang qu'ils occupo-nt. Los puissancos ktrange'res me'mes sont mises "a contribution. par suite d'une vieille hbalitude contractse dans les beaux jours des Osmanli, c'est-a' — dire, lorsqu'iijs tenaient une premie're place dlans la balance politique. Ccci ach-iw'e de prouver quo los Sultans font do leur propre sang un objet do corumerco, puisque nous los voYonus speculer au moyen do leurs enf-ans rMAles, et qu'ailleurs nouis avons raconte" comment ils vendent leurs fil1l0s ou leurs scorurs. Doit-on s'e'tonner,. apre's un exormple

Page  22 22 DIX-HUITIJtME PROMENADE. aussi pernicieux, qu~il se trouve des sujets qui mettent 1'Empi're,~aux enchieresT La circoncision in'est pas de droit divin, mais seulement de pratique imitative, sans etre pour cela momns impe'rieuse; car le te&moignage d'un Musulman non circo'ncis n'est point recu. en justice d'aiilleurs ii serait. expose Ai demeurer priv' (le se'pulture s'il venait 'a ktre frappe' d'une mort impre'vue, telle par exemple qu'elle pourait liii arriver sur un cham p de bataille; car alors, en le supposant, encore de'pouillk de, son turban, it ne lui resterait noen qui depoSait en faveur de sa cr vanDCe. Je me retire de cette sce'ne trop bruyante, qui lasso biento't lorsquj'on n'y joue que le role do simple spectateur. Le chant du ros-, signol. et de la fauvette m'appelle sur ce mont qui domine tout ce qui 1'entoure, et offre des liadies clievrefeuilles en fleurs " ceux qui atteignent 'a sa cime. Mon chemin est seme' do fenouil manni, do camomillo, do tithyinales, de soucis, et mne voihx perdu dans los laurie'rs, los touffes d'yeuses et d'arbousiers. Los figuiers, los

Page  23 EAUX DOUCES D'ASIE. 23 amandiers croisserit 'a plaisir dans cette terre r.ougeaitre qui, surtout, donne 'a la vigne cet air vigoureux qu'Ielle a plus particulie'rement ici, pouvant soutirer autant qu.'elle le veut ces sucs qui pe'tillerojit un jouri dans la coupe, et s'exhdklront en parfumns chers 'a Bacchus. -Jo ne sais comment me de'gager do ce fourre' tellement edpais qu'il sernblo vouloir me former la voie du rotour, ot, pour me~ consoler do ma captivite, m'enivre de ses e~manations balsamiquos. - Mais voici une 4echappe'e qui s'of'froea me soustraire auILX pieges d'un labyrinthe dans lequol it est d'autant plus facile do se'garer,. quo l'on y trouve un plaisir secret. -Je suis parvenu au sommet do la chaine. Sa region supe'rieure est couronnee par des touffes de lias ot d'arhres- de Jud~e' qui se'duisent 'a la fois l'odorat et les Voux. Ceux-ci peuvent se promener suir l'une et Fauitre rive; errer do la montagne du Ge'ant jusqu'au champ des morts do Pera; se reposor sur toutes los hau tours, environnantes,. et saisir la configuration de ce bassin tortueux. Si je les rame'ne ensuito PILuS pi-'s de, moi, avc uoleoUpt6 HS plongent dans les profondeurs do cette vallko quo dos saules,

Page  24 P.4 DIX-HUIT1tME PROMENADE. des tilleuls et dles peupliers embragent! Comme cette prairie cntreme'lee de jardins reparaft avec avantage, enferme'e par les mon Ls,. et terminee par la mer,1 qui lie laisse aucuin intervalle entre qke et le gazon! Quel. effet, ravissant produiseit. ces revers, ici ta~pisse's d'u~n taillis e'pais, ailleurs qui se contentent, d'offrir quciques arbres de'tache's, que les -vents out tourrnente' de rniaie're ai leur donner un aspect enicore plus pittoresque! Q uel cliarme on 6prouverait 'a attendre ici le soleil anr momnent de son coucher,. of) Iien At y pre'venir le r6vcii de I'aurore! Pourquoi Inemne n'oserait-on- pas de'sirer dI'y posse.drer uric cabane, f (it - elie plus modesto qiie celle quc je distinu It qucique-ps (l domoi soul' ces figuiers?.. Ces ornhrages, cc ciel azure, cette- nature riante, queique chose encore qu1i ajoute tanit ~i ces me'rites imap.prcciables, il me sernhic qu.'A ces conditions on pou-rrai t iu'adresser aux dieu xses prieres que pouir leur rendre gra~ces, sans les importuner en les eritretenant de nouveaux (desirs. Le ton timide quo je prends en consultant i-ues lecteurs sur le bl)Ollcur ree, pourra du rDois me fainrQ ptardonnier rues olpinionS 'a cot ~gardl,

Page  25 EAUX DOUCES D'ASIE. 25 si elles doivent etre rangces au nombre des chimeres. Suivons cette route; elle me conduira an confluent de ces deux vallees; 'a 'endroit oi s'el6vent ces kiosk, pres de cet autre pont jete sur le torrent. - Je chemine sous les bcrceaux d'arbres de Judce, de jujubiers et de chlvrefeuilles; je foule la marglerite, la violette, le muglet; je franchis un ravin dont les rcvers presentcnt ca et ia quelques pins solitaires, seuls habitans (de ces lieux d1claisscs, et jarrive au milieu du pont, cnseveli.i moitie sous les platanes, les frenes ct les peIplliers blancs. Tout ce qui m'entollcr affecte un air de mystere qli tient a ces oinbl'ages, a ce silence, a cet eloigncment du monde dlont on se croit separe. Si je remontais ce petit fleuve, j'arriverais a d'autres solitudes plus absolues encore, et qui invitent plus efficacement a ce repos delicieux dont la neditation est la compagne. En poursuivant toujours mes recherches, je rencontrerais un kiosk imnperial; et, parvenu sur le plateau qui selare le versant du Bosphore de celui de l'Euxin, je trouverais quelques fermes isolees auxquelles les Turcs

Page  26 26 DIX-HUITIEMVE PROMENADE. donnent, le nom de tchiflik. L'autre vallee M' offrirait aussi des jardins, des habitations clair-seme'es, et me conduirait,. par une route ~i peu pres aussi longue, sur la cre'te de la chbaine. A quelques pas de moi est un moulin et dans ie VOiSinage de celui-ci un tombeau devant lequel les de'vots ne passent pas sans, s'agenouiller. Sur le co'te oppose je remarque une plate-forme imperiale pour la prie're, ainsi qu'une fontaine place'e avec intention 'a sa porte'e. Mais je laisse tout cela pour aller ne reposer dans i'un de ces Ikiosk auxquels les ombrages servent de comble; les rayons duwsoleil ne pourront mn'y atteindre; et tout en suivant d'un air pensif l'onde fugitive, je pre'terai 1'oreilie au chant amoureux de ces alouettes, don t la gaiete' est un conseil donn6 aceux quecouten-t trop 1a -me'lancolie. M'y voik ren du. J'ai pris place aux cotes de Musulmans silencieux, qui en fumant leur pipe et en humnant leur caf6 m'observent avec plus d'indiffi~rence que de curiosite', et ne daignent pas Meme s'entretenir un instant de moi. Partout ailleurs on mn'e1At de'j~ adresse' pinsieurs questions, et l'on saurait 'a present in

Page  27 EAUX DOUGES D'ASIE..27 nom de ma, patrie, celui de ma famille, peutetre me~me le sujet qui m'a amene" daiis ces lieux; mais ce-x- qPi aiment 'a raconter leurs aventures, OH bien Ai apprendre celles des autres, sont tres.-mal parmi les, Osmanli,qui ne veuilent rien savoirI, et n'ont que tres-peu de chose 'a accorder 'a la curiosite'. Leur manie're est si uniforme, les anecdotes out si peu d'occasions d'C'clore et de se re'pandre parmi eux, que l'histoire d'un jour est, celle (le toute leur vie. La tote d'un pacha rebelle apporte'e au pied du tro'ne, ou, tomhe'e entre les deux portes du Se'rail, voili les sujets qui se traitent, sur leur the'Atre, et fournissent matie're Ai leurs, conversations dramatiques. Le nord donne 'a l'entretien stir la politique ses alimens les plus abon-dams; ~4 quoi on peut ajouter quelquq. mots dits 'a propos de notre nation,'qdi tin eplmier rngds les affections des Ottomans 0,1 oupour micux dire,absorhe en entier la petite portion de bienveillance dont ils se sentent capables f~h I'egard des infidedes. D~u lieu oiz je suis retranche, je (lecouvre, le sentier qni doit me reconduire 'a ma nacelle, lorsque le de'clin diu jour nm'obligera ai

Page  28 2.8 DIX-HUITIEME PROMENADE. pese l a retraite. D'un c't' il est bord6 a ces hauteurs abandonne'es aux se'p ultures, et qvii pouri cela n'en sont pas momns attachantes; de l'autre ii est baigtue par le torrent gui trouve- 'a s'abriter sous des aunes et des saiulespleureurs,, ofi-rant libe'.alement ses eaux ~i ces jardins oui les kegumnes prosperent 41t l'ombre des arhres fruitiers. - Mais qu'entends-je?.... C'est bien le bruit du canon gui retentit 'a inon oreilie-?.. Gui, il se propage, et, parti (le la po~inte dii S~rail, il a donne le signal aux autres batteries qui le re'petent sur toute I'eten~due du Bosph ore. - Le rmot Wahhabi, que ces Musulmans vienn-ent de profrrer., me rappelle que cette secte he'te'rodoxe qui rassemble les sceptiques de l'isla'misme, a recu, un ecbec, sensible dans les sables de I'Arabie., d'oi. elie e'~tait re'pandue jir, les contre'es babitees.; et que la yulle SAmile enleve'e par elle aux Ottomans, vient enfin -de liii e'tre arrachbe'e: presages irrecusables de la fa-~eur accorde'e par Jle ciel ~' Il'beureuix Mab moud! Un sembiahie' motif est assez plausible, comme on-le voit, pour l6,gitimner cette allgresse, qui d'ailleurs rassure la foi chez les1b ons Croyans. Plusiecurs t#'les de-,s chefs (le cetic

Page  29 EAUX DOUCES D'ASfE.' 2 29 secte redoutable out orne" de'jat le triomtphe de celle-ci; mais ses pl us beaux trophe'es sa ns doute sont les clef's de la Mecque, dont la remise a eu lieu il y a peu-i de jours, avec une soleiinitd' qu-i me'rite d'e'tre rapporte'e. Ali-Pacha, gouverneur de FE1 gpte, qui a fait rentrer les, deux villes, Saintes so-Ls la domination des Osranali, ayant exp~die' son fils pour porter 'a sa Hautesse ics gagyes pr6 -cieux d'aussi brillans succe's, l'Envoye' aete accucilli dans la capitale avec toUs les egards et I'Mcat que sa mission e'tait en droit, declui aftfirer. Lc lieaya-bey et le Mektouptchi, (secrta'ire des corn mandemens du grand 'vesir,) apre's avoir recu de ses mains ~'i Daoud-Pacba, le deipo' precieux, se sont porL&g an bonrg d'Eyub, ofi le grand vesir est arrive' lui- "m de boni matin, Aompagne'de tous les ministres, et du grand mouphty -CI la ta'te des princi-. paux ul ma. Un corncours immense -fut bient0 sur les pas, de cc cortuege imposant; or les Osmanli savent retrduver leur curiosite ou pluto~t l'inte'rk patriotiquce lorsqu'iJ s'agit de Icur propre cause. La ce'remoiiie commeqica par des actions

Page  30 30 DIX-ILUITINEME PROMENADE. de grAces adress'es au Tout-Puissantpour sa protection signale'e en faveur des ve'ritablcs eniiins de Mahomet; les clefs furent de'posees dans le TMihhrab ( niche qui sert d'autel ) corume un hornmage du~ ~ la divinit6 et.une restitution qui lui revenait de droit; ensuite Ade quoi, ces objets de la -veneration ont e'e Porte's en grande pornipe au Se'ail. De M eme que dans les anciennes marches.triomphales, on voyait ici un prisonnier fait sur le parti ennemi, venir la chai'ne au cou ' a la suite des troplhees de la victoire. Deux tchiaousch tenaicut par chacune des extr6 -wite's,, cette, chaine, de man iere que l'infortune' semblait un animal do~nt on craint la f~rocite, ce qui (ICvaUt encore imprirner chez les, assistans plus d'horreur et d'exe&,cration pour la crpyance que sa secte pr~ofesse. Le cor te'ge arrive' au Se'rail *~Ies clefs on t e'e presente'es au Sultan, qui- les attendait assis sur son tr6ne. il le's a recues pour~ les remiettre au K-islar - Agassi, en sa. qualIte (le nazir (inspecteur) des villes Saintes, et celui-ci les a de'pos~es aussito't dans le tre'sor. La de'colation du Wahhabi a termine' la ce're'monie,et son corps, gisant 4Ians la houe, r~appelle depuis

Page  31 EAUX DOUCES D'ASIE. 3 3 1 trois jours ~t la capitale la victoire que le canon ce'lebre encore.,Articles comple'mentaires. Le golfe des eaux do-uces d'Asie portait cliez les ancieins le nom de Napli, qui parail etre derive' de Nicopolis, yille situ~e, selon Pline,. ofii 1on voit, aujourd'hui Kanxd~i. Le ruisseau qui arrose la premniere vallee tirait son nom cu golfe; I'autre s'appelait Are'te,. e tous deux sout connus aujourd'hui sous la de'nornination commune de Guiok-Souyou (Eau-Yerte.) La secte des Wahhabi doit son origine ~tMuhammed - Ibni - Rabdil - Wahhab - lbniSuleirnan,. de Ia tribu des Mecijidi, faisant pantie de celle de Tamlinm. Ce sectaire,. qui ne~tait que I'lie'itier du projet de re~forme concu par ses pe'es ', erra long-ternp dans l'Asie, Prechant, sans succe's sa, nouvelle doctrinie,. et finit, par revenir dans I'Arabie,ou bibni-Suoud, prince de De'reich, s'off'rit A

Page  32 32_ DIX-HIUITIEME PROMENADE. l'appuyer; en sorte que Mulhammed conservei le r~le d'apo'tre, et Siioud prit celui de conquerant ou de chef' temporel. Selon cette doctrii-ie,7 le Koran est pris textuellement sans commentaires ni intcrpre'tations; le traditionnel. est e'galement rejete, ainsi que Ja supre'niatie d'un mortel quelcon1-' que sur les autres, ce qui force le Lieute-' nant de Dieu 'a rerntrer dans les rangs de la Thaible hutnariiL', et prononce la condam-nation des Musulmans pour la sup~riorite' de nature qu'ils liii accordcit Enfin, ennemis de toutes distinctions, les VWabl-abi et'facent j'usqu'aux traces (des se'pLItUres et des monurenes consacres par I'orgueila ~Il'ine'galite, n'exceptant de. cette sentence de reprobation que le scul Kaaba ou rnaison d'Abralhar, en l'aveur duquel la politique a interc~de'; car pour parvenir Ai faire sanctionner la condamtnation de cc monument re~verei elu falvine un prejuge' trop ancien, et par conse'qttiet trop difficile ai renverser. Quant au rite et 'a la disciplinie, ils ne veulent point qu'on adore la divinit,6 dans uin lieu circonscrit,1 parce que, disenit-ils,~ Dieu est incommensurable,. et que c'est limiter sa

Page  33 EAUX DOUCES D'ASIE. 33 puissance infinie, que d'entourer de murailles le lieu ou l'on. se prosterne i ses pieds. L'usage de la pipe est interdit aux sectaires; la loi prononce meme peine de mort contre les infracteurs. Conformenment a leurs dogmes, qui rejettent Mahomet comrne lEnvoye de Dieu, ils ont raye la seconde partie de la profession de foi; par suite de ce meme esprit d'egalite, ils ne reconnaissent d'autres titres que ceux de prinice, de mouphty, et se donnent entre eux celui de fr.re. Ils prctert la communaute des biens, remontant, pour apuyer ces grands principes, au premier Age de la socit6.; lieves par Ia p~esee daAns les regiotls clestes, ils ne laissetwt tomber ique des tegards de mepris sur cette terre; enfin, sous le rapport de la simplict -de la oroyance et du culte eKterieur, lesW bhabi sontles Quaquers de I'isamisme. LEa pe de temps la nouvelle dootrine se repandit dans toutes les tnibus du d6sert ga.gnant a Muhamed une multitude d'adeptes., Ai Suoid, autant de soldats prets A le suivre ouf ii lui plairait de les conduire. La Porte concut 1d es inquietudes, mais trop'tard, cormme d'ail leurs cela arrive toujoursa oe gouvernement lent 3. 3

Page  34 34 DIX-HUITIlPME PROMENADE. dans ses d~cisions. En 1796,'elle donna done ordre au pacha de Bagdad de marcher contre les Wahhahi; les chefs de la nouvelle secte surent re'pandrelde For 'a propos, et le p acha,, -frappe' aussit~t d'inertie,. ne rougit pas de sugg'rer 'l a Porte le conseil perfide d'une guerre ddfensive, s'appuyant de la pre'tendue impossibilite' d'aller chercher 1'ennenmi cbez lui,. Cependant le gouvernement reite'ra ses ordres,..et Au, keaya du pacha de Bagdad, depuis fait pacha lui-naeme., partit en 1797 't la tat dun corps de'troupes,. et arriva 1'annde sui,vante sous les murs de Lahsa. Avec sa cavalerie curde ii culbuta. l'ennemi, pe'netra dans la place, fit un massacre horrible des.Wahhabi'., dont. les debris se refugie'rent dans le cli~teau; mais une defense de'sesp~r~e', jointe~ a la se&duction d'uo des lieutenans d'Ali (Muhammed.. Bey), les sauve'rent et reduisiren t mame I'assie'geant li a dure ne'cessit~ d'ope'rer sa retraite apres avoir converti ein cendres ou enfoui tout c6 qui pouvait la retarder. Depuis, etaitre, auteur de c'ette de'faite,. a pays. de sa eate une perfidie dont les consequences ont fourni de si vives, alarmes hi la Porte. Enfin en 1799, les Wahhiabi, au me'pris du traits *de paix

Page  35 EAUX DOUCES D'ASIE. 35 signe" avec Ali, etaie-nt mai'tres de toutes les c6tes jusqu'~ Bassora. En1802 ces sectaires-, guid's par AbdulAziz., successeur de Suoud,~ s'autoris~rent d'une rixe, survenue dans la ville d'I-. main.-Ai,~ et qui avait coAte6 la vie Ai quielques-uno des leurs, pour s'emparer d'Imrnam. Hussein, faire un massacre ge'neral de tous les m~les, emmener les femmes en esciavage, et s'en retourner charge's des de'pouilles d'une yulle que la, pie'te des, Clhiyites enrichissait depuis des siekles., Suleiman, pacha de Bag-. dad, re'veille par cet affront, fit a-ussi Olt de grands pre'paratifs pour en tirer une vengeance eelatante; mais la mort, qui le frappa sur ces, entref'aites,. fit tomnber ce projet et accrut la confiance des Wahhabi. Elle dev-int telle qu'ils ose'rent marcher sur la yulle Sainte, dont uls t~rouvi'rent les portes ferme'es, choisissant pour cette expedition I epoque ou'i les pe'erins y arrivaient, conduits par Abdalla. Celui-ci provoqua des n~o ciations, proposa de discul~er les points de doctrine qui donnent lieu au partage d'opi — nions, esperant par cette ruse 'eter la divi.&ion dans la secte, ou tout au moins gagner du temps.; inais ces voies ne conduisirent A.

Page  36 -36 DIX-HUIT ItIME PROMENADE. rien, et n'empechbrent point la prise de la Mecque, dans laquelle les Wahhabi entr'ent le 3 avril I853. De t& ils passerent au siege de Dydda, qui fat sans suces. Ils chercherent a se dedommnager en surprenant M6dine; mais ils ne furetft pas plus heureux dans cette tentative, et mhne eurent la disgrace de perdre Abdul-Aziz, qui ptrit sous te fer d'un assassin. Ce chef laissait deux classes de Wahhabi: Vxo eux que la force avait subjugues, et qui polr cclte raison se trouvaient depouilles de leurs biens; 20 les sectaires, qui, ayant dpouse par inclination la nouvelle croyance, conservaient leur atoir, et familiarises avec les privations, dont ils avaient contracte I'habitude a I'ecole d'Abdul-Aiz, etaient disposes i embrasser toutes es entreprises of I'on voudrait les conduire, sans tenir compte des p&rils ni des difficultes. 'Suoud succeda a son pere, sigtalant son avdnement pat des excursions sut le territoire d'Iniam-Ali, et la construction d'une flotille au moyen de laquelle il rendit impraticable Ie golfe Persique. En I8o4 ce chef de tribu entoya sUr Bagdad un parti, qni fut repouss par Ali-Pacha. Celui-ci obtint d'autres

Page  37 EAUX QD UCLES D'ASilE. 37 *ucCQs plus brillans encore, et dctermina MinMe. un grand nombre de Wahhabi a abandonnet la secte pour rentrer. dans le sein de l'islamisme. Cependant les plerins etaient exposes & des avanies continuelles, dont on ne pouvait les preserver, quelque mesures qu'on prit; et en i 8o5, Mdine se vit reduite h ouvrir ses portes A Suoud, qui finit par s'imis stituer conducteur de la caravane. Corine les Kalif-Abassides, uotdou-. blia l'austeritA et la simplicite de mncurs dont son pere donnait l'eemple auxWahhabi, leur offrant au contraire celui du luxe le plus scandaleux, et joiant &ce poison destructeur, des dissentions, non moins funestes, qu'il introduisit dans sa famille par suite de pre' dilections ialentendues aecordees i certains de ses proches., En 18o6, ses troupes s'emparreent de Djeddef, ce qui fit evanouir les projetsformes par la Porte, ainsi quo ses preparatifs, tendant a mettre en campagne les pacha d'Alep et de Damas; en, sorte que kepacha de Bagdad, n'etant pas soutenu,.echoua devant MIedine. En 808, ls. pelerins de Danms, apres

Page  38 38 DIX-llUIJtAME, PROMENA:DE. avoir:chewtmin qutelque terups s6us-la, sauve-, garde de's"Wahhabi,, farent dj~pouilles, 4.I rent le tr~sor du Surre&Em ini devenirla prcie de Suoud; trop heureux- encore de. pouvoir sortir avec la vie -saurve duipie'ge qu i 1e'ur avait e'e' tendu par, le~ chef -du parti ennemi. Fier -de, ses succ's, 'elui-ci` s&omme Ae&, viles de Syrie d'ernbrasser sa doctrirve;' l'Egypte, dans le emrfe temps, est en proie Ai set excutsions'; Ale'p me'me voit, ses partis. sous ses inurs-; mnais toutes ces tentatives n'obtiennent aucun re'sultat marquant et sou — ten-u. SUOUd. fournit Ai Ali-Pacha des inquie'tudes plus. s~rieuses, 10orsqu'A, la -te'e de 45,ooo hom-mes ii se porta. sur Bagdad, apre's s't6tre empare' de toute la -rive droite de il'Euphrate. Heureusement le keaya d'Ali obtint sur lui des avantages assez, marques pour 1'obliger 'a la retraite, et- mettre fin A uine campagne qui.pouvait avoir des suites funestes pour la Porte..Les Anglais, c iontrark~s dans leur commerce par. les nouveaux sectaires, firent contre eux un epdition mai'itime; les battirent le 9 novembre. i&9;i de'truisirent le'ur flotte, ainsi

Page  39 EAUX DOUCES D'ASIE. 3 39 que leur5. chantiers de constructions, prirent Razul-Kraim, qu'on peut regarder comme la clef des mnontagnes qui separent de l'Arabie Mascate,. gouvern~e par un imam, ennemi declare' des Wahhabi;enfin comnpleterent leurs succe~s en mettant garnison dans cette place,, importante il est vrai, mais qui devint dans peu le tombeau des Europeens, assez Oses pour S'y fixer. Les XWahbabi, niaitres des deux villes Saintes, continuerent leurs excursions sans que les pacha de Bagdad et de Damas pussent parvenir ~i les re'duire. La Porte, v~ritablement, alarme'e enfin des progres de cette secte, chargea le pacha du Caire do, reconquerir Sur eux le palladium de la religion; en consequence, ce gouvern-eur partit "a la teote d'une arnie'e de cinquante mille homnmes, sur-. tou~t -se munit d'or, qui lui fut d'un plus grand oecours que ses soldats; car, 9 a1aide de. ce nie& tal corrupteur, il se'duisit plusieurs chefs de l'ar-n~e'e eninernie, et, finit par se faire ouvri~r les portes de la Mecq~uc et de Me'dine. Cette exp~dition he-ureuse fut couronne'e du succe's vers la fin -de I'anne'e i18i12. Dep uis, les Wahbabi affaiblis ne fournissent plus d'aussi vives

Page  40 4o DIX-FRtITItME PROMENADE. inqui~u~des, m ais ils son t loin pou rtant d'avoir de'pdid les armes, -'et la Porte est inform~ee que Ia mere d'un chef de tribu, qu~i vient de perdre la 'vie sous le fer des bourr eaux, a rasAembh6 ciniquante mille vengeurs,. qu'ellememne guide p artout &x' Iamour ruaternel lui fait e-speirer de rencontrer lea meurtriers de son fils,. dorit lea mAnes semble'nt ne devoir pas sit6t s'apaiser. C'est oinsi que I'Arabie,qui a. vu e'clore le maoeisne necssr jamais d' tre le b~erceau de tontes les sectes pie cette religion engendrera. Ces contre'es offrent en effet le the'tre qui s'accommhode le -mieux avec, le r~le de sectaire,.. ce qu'il est ais' de s'expliquer., puis que., de tous.'les Orientaux, lea Arabes sont ceux dont 1'imagination eat la plus facile ai allumer; pie la nouveaut6 s~~duit plus -stlreiment pour pen qu'elle soit acc mpogrnee dlu rhierveilleux, On qu'elle Porte le cac-het de l'originalit,6; nation remnuante enfin, son esprit vagabond cherche le changement, Comme lFan-. no~nce la vie errante:qu'elle mn~ne. Les Os-. mardi, au contrare sont calmes et presque de'pourvu~s d'enthous'iasme; attach~s Ai leur fti par habitude 'et par devotion plut~t que

Page  41 EAUX DOUCES D'ASIE. 1 par le sentiijent pAi la fit accuejiir de ses prerrA~rs ap'tres, eni le xaintben, on est tente' de croire que si Mahomet. n'avait eu qu eux pour ecouter et propager sa doctrine, il ii'aixrejt -anais pense' 'alaprx-e'eier; cc sopt,en deux mots', les Germains de l'Orient. Doue's de beauciup momis de brillant que ceux avec lesquels nous ktablissons leu-r para.11le, ils seratent peut-eAtre, par -cela, me'mc, Plus propres 'a ces e'tudes speculafivesquA exigent de la soliditt' et une application soutenue. Ceci ne vieut point dire cependant qu'ilk soient enitie'renent'de'pourvus d'imagination, car j'outragerais la ve'rite' — mais seulement qu'an res croira de glace, si on les compare aux Arahes, ainsi qu'a'ucl'imat qu'ilsbhabiltent.Nous leur a~ccorde'rons d'ailleurs unei volont6 qui, bien pije momnsabsolue, est plus immuabIk pourtant qu-e telle 'des premiers; et'pa ons& quent qui leur don~ne le me'rite de ne- jam-ais se laisser distraire, chemini fiuisant,1 du but propose, ot~ robstination la plus opitniktre flUit torIjours par les faire arriver.

Page  42 DIX-NEtJVIEME PROMENADE. L.E GRAND CHAMP DES MORTS,. Mon.iamens et 1tpitaphes fiineraires.- DN la peste'. -Des fune'radles che7r les Musu'lmaiis. -Respect qu'ils accordent 'a la cendre des'morts. - Un regard jete' stir le Bosphore. 0 -TcxT! dont le, sombre chagrin consumait les jours, dont le suave entretien a des c~iarmes si puissans pour les Ames afflige'es! toi qui fou-rnis "a la me'lancolie des alimens si pre'cieux et tellement exquis qu 'elle-ne peut s'en rassasier! Young, et to-i auss i, astre paisible qui r~pand sur ces fr(?ides demeures ta p~le 1umiere! soyez 'un. et I'autre mes guides au milieu de, cea 4o1itudes profondes, dont le silence n'est trouble, que par- le~fre'missement des noirs cypre's s'entre ctioquant daus l'obs-. curite' trompeuse de la nuit. Comme tout ce qui rn'environnc est inspirateur et invite 'a la reverie! Quel saint effroi s'empare de mon &me.e'mue, et fait par

Page  43 GRAkND CHAMP DES MORTS- 43 fois couirir dans mes veines le froid glace' de la mort, dont les prestiges se montrent ici sous mille formes fantastiques!.... Ces ombres incertaines et mobiles qui se projettent ca et la' sur ces pierres fune'raires, ob eissant au mouvement imPrime' "a l'arbre de la tristesse dont elles re'pe.tent.limage, ne semblent-.elles pias, aen croire l'imagination' cre'dule et facile "a e'branler, sortir de ces tombes,. invi te's par le silence mnyste'rieux de la nuit?.Mes regards tremblans et souvent abus's' se;prome~nent sur cette foule d'objets,,.qui tous. repro-. duiseD t Fimage m~lancolique de hi mort, et phi' rent profondement de cette, vWrit", trop r~eele, que les, Amies afflige'es admettent a.vec complaisance., mais que celles qui nagent dans -le hbonheur repoussent opiaiia'tre'ment. La 4sensation voluptueuse et, pourtant p&Dible; qej.prouve, est le mel6ange d'un; plaisir difficile'a" deffinir, que-le souvenir de la me'me emotion, produite par une situation analogue, peut se-tle expliquer au'x autres'~ et de ce saint effroi dont on reconna'it la presence au l6ger frisson qui e'branle la fibre, vou VOUga-. ranit dans le pays des chime~res. Avcc quelle complaisance mes yeux par-.

Page  44 44 DIX-?NEUVlEME PlO-MENADE. courent cet oret de cippes dev~s, pour tenir encore suvr cette terre-la place de ceu:: qui nague'res. la foulaient avec orgueil pleivs du, sentiment de leurs, forces,. et ne pouivait se persuader qu'-elle Its en-glout-irait sit6L... Quel charm. e e'~prouve a la reposer wur ces. epitaphes dicte'es par les regrets, et que la douleuir, arme'e de son style p~ne'trant,. aura gravies, trempant sa pointe acere'edans Ie - larmes., pour la rendre plus mordante! G elle que je lis dans ce moment su'r cette' pie'rre modeste, est le monument touchant de la, piet6 filiale;cette autre, trac~ie sur une pier plate et pointue A la sommit',re dit les qualitis.- d'une e'pouse ou d'une mniere; en yoila' qui retracent le& vertus naissantes de h~ jenesse auxqneliks une mort pr~maturee U ')a pa& permit de se de'velopp-er assez pour dontier des f ruits; ce turban vert) ~i quciques pas de moi., m'-indique la se'pulture d'un Musulman qui etait de la classe des e'inirs, c'estOL-dive demendant de Mahomet par Fatima, sa fiUe,, eipouse d'Aly; je vois, d'autres cippes plus orgueilleux-, dost le turban produit d'ici l'effet d'un chapileau., et qui ldominent tous ceux dont As sont entoures. Des lettres d'or,

Page  45 GRAND CHIMP DES MORTS. 45 trace~es d'une main hardie, me laissent croire qu'elles rappellenit Fh'hroisme de quelqueo brave; cette palme de mnartyr me confirme dans mes conjectures, et -m'apprend que celui qui tepose Il', est modt glorieusement en cornbattant sous les saints 6tendards do Prophe'te. Cette tom-be, plus somptujeuse en-core, forrnee d'un sa rcophage de marbre blanc, touj ours de'couvert cependant At sa partie su pe'rieure, et -sur lequel le rouge ainsi que le vert viennent s'appliquer- c& v't de l'or, pour en faire miceux ressortir l'F&dat;-, cette tornbe,. dis-je, redefe sizrement un inagistrat quie see lumnie'res auront e'levd aux premiers grades dans lie -corps rdv'rie' des,.u-16a. Tout autour de sa superb dem eire, je vois one foule ~de;s&puitures dont Io hv~tes ne tiennent pas plus de place qu'ils- n'en occupaient sur cette terre, et semb~ent c~?de'-r encore le pas darts la -nuit des tombeaux i ceux qui- ie prenaient sur euix -dans cette vie. Mais ccci est l'ouvragc -de 'Ia faible humainit6 - la mort, en juge'plus e'qtki'table,passe son niveau sir" tontes lee conditions, n'admet dane -sa baianxce que les- vertois ou. lee vicest rejette avec rnepris ce qui eiL vlanite's mensongeress

Page  46 46 DTX-NEUVItME PRROMENADE. Ces pierres, humbles dans leur forme et leur langage, m'apprennent,'par les turbans qui les couronnent., les diffrrentes profes-sions des artisans qui dorment 4i leur pied, la ttte ap puy~eepour ttrujours sur le' chevet glace' de 1'e'ternite'. - Mais je vois dans le lointain s'edever un monument pompeux qui ne peut e'tre que celui de l'orgueil. Un dome,elegant, soutenu par des colonnes, de'li~es et d'une lege'rete' analogue 'a 1'~difice, recouvre la'tombe 'a demi-deftobe'e sous des arbustes odorans, eti des plantes, aromatiques qui, par leurs emanations Suaves, apporte'es sur les ailes du vent du soir, -invitent le passant "a approcher, afin d'ohtenir ' quelques prie'res, pour le Mort. Des saules pleureurs, dont l'attitude md'lancolique imite si bien la douleur Qux cheveux e'pars, laissent retomber sur ce d6me.leurs branches flexibles, defiant les cypres et les ifs qui croissent avec eux, 'de rk~ndre avec plus de' v~rite" le sentiment tou-_..chant dont 1'expression leur est confie'e. ~.Cette, terre,, aussi froide' que celle qui recouvre les humbles sepultures disposees aux c6te's de 'ce monument, comme pour faire mieux briller sa magnificence, de'vore bien

Page  47 'GRAND CHAMP' DES MORTS. 47 Surement un grand qui, dans cette vie, etait la proie des sombresl chagrins, des iu~qui&tudes implacables, des remords rongeurs, et qui n'a pas cbange' de. supplice, s'il est vrai, comme dui moins il est consolant, de le croire, qu'au, dela' de cette vie une autre nous attend. Ce sera peut-e'tre un vesir doint la tote criminelle est torhb~e sous le couteau yen.geur des lois, ou. bien un pacha gorge' du sang des provinces, et dont le.monument peptue l'odieuse m'moire, s'elevant comme un temple de'di" "a 1'infamie. -Le syste'me de la transmigration des Aimes,. si cher aux Indiens, et dans leguel il est excusable Ai la philosophic, e'gare'e par. Pythagore, -de se laisser aller quelquefois 'a des speculations 1hasardeuses; cette ne'temps~coise,. dont le mate'rialisme, plus eirone eL,entie'rement de'pouille" de ces erreurs cberes et pr~cieuses, sIest empare' A son tour, pour' la ddfigurer -de manie're Li de'sespe'rer la faible humanite'; oui, de's ce moment, elle cesse pour nmoi d'~tre admissible. En effet, si. les m'oldcules orga.niques des corps qui tombent en dissolution, donnaient la vie aux differens ktres q'ui s'emparentde leurs d6pouilles, relles porteraient

Page  48 48 DIX-IEEUVIEME PROMENADEi. avec teles leurs proprietds premieres qui jamas ne se dementiraient; dans ce cas ces fleurs, nourries par I'orgueil, I'avarice et la perfidie rpandraient-elles des parfums aussi suaves Je vous laisse, plantes trompeuses; toutes seduisantes que vous pouvez etre, le prestige est detruit; je vous ai reconnues malgre los charmes dent vous vous enveloppez, et vous range al nombre de ces illusions qui, cadees sous des dehors mensongers, s'offrent comme autant de pieges A chacun des pas chancelans que l'homme fait dans cette vie. Je donne sans hedsiter la prtfrence a ce souci qui balance sa tete mordoree sur cette sepulture, qu'un pressentiment interieur me dit ttre la retraite obscure d'une Amne genereuse.Oui, je te conserverai, fleur precieuse! je res,pirerai aussi long-temps que ie pourrai tes douces emanations! Et toi, ombre solitaire,qui 'estcleusesa derniiere demeuredans cetteterre ttrangre, pardonne-moi si j'ai ose te derober cette faible portion de l'hommage que la reconnaissance unie a l'amitie a repandu sur tat tombe; rassure-toi ce nest point une tmain ennemie ni profane qui la cueillie; le

Page  49 .GRAND CHAMP DES MORTS. 4) rnarbre grav6 dit mieux, et conservera Iplu's long-temps satis doute ta me"rnoire, que les faihle6 caract~res trace's p"ar cette plume,. dont la sensibilit4 fait le seul, me'rite; mais pourquoi Iui serait-il interdit de payer son tribut ii La cendre., lorsque celui quii la guide, rend du moins A la divinite', pour qui tu t'es im.mole'e,.un culte aussi fervent, s'iI ne peut se glorifier d'actes aussi ge'n'reux? Tui lui pardonneras donc de re've'ler ton de'vouement., puisie ce sera t'attirer de la part des Ames sensibles, ce respect qu'une action brillante de vertu- commande, et obtenit pour son propre compte leur gratitude. La peste depuis long-temps n'avai't point encore cause" des ravages aussi eftfrayans dans l'Empire-Ottoman, que ceux qui de'vastaient sa capitale ~i 1'6poque 'a laquelle je Me reporte, c'est4h-d-ire en 781.2. Elle comp'tait ses victimes par milliers, et qucique consid&rable qu'em ft~t le nombre, elle paraissait, insatiaible au point de mebac'er' de dd-vbrer la population enti~re de ces conlre'es malheureuses. QuelgUefois,, afin de mieux tromper et sgurpreindre, elle feignait de vouloir s'6 -teindre6- Cette perfidie obtenait sort effet I a 3. 4

Page  50 50 DiX-NEUVIEMNIE PROMENADE. confiance inspire'e trop facilement, soit par le besoin de reprendre le cours ordinaire de ses habitudes,soiL par le de'sir -'qui, wainnea si facilement la persuasion, re'tablissait les 'Com-1 rnunicatipns., et. Iincendie, u n'atte ndait que cc signal pour se rallumer, faisait -c-onWate, inais trop tard, le pie'ge.C I'ttait. u Francs principalernent qu'il etait tendu; quant aux Turcs en,ge'n~ral,. arme'~s et couverts comine d.~ne cuirasse, de ce dogme redoutable de, la pr~destination qui les.acn duits -dans un temrnps, ~ de si grandes choses, mnais qui conspire aujourd'hui avec autant d'ardeur 'a leur, ruine, its se livra~ient sans defense ai ime mort qu'ils croient ne pouvoir ni fuir -ni renc~ontrer contre 'lea arre'ts irre'vocables du destin.. Aussi, comnbien n'la-rton pas vu parmi cette~nation.aveugle, de families kteintes, dont le chef, escorte de sa ouombreuse, progeniture, ainsi que de ses compagnes, allait hahiter pour to~jqurs les, Iieiqx oui nous npu~s.~garons: rpfle n qui,cependant no. detruit pas 1es exceptions nomnbreuses qu.'offre la classe di4ting-u~e.? La mort semblait ~enfin Vouloir. priver, la vie de I-ajfacult' cde se re,,produire, et jamais, encore elle ne lui avait fait

Page  51 GRANDi CH AMP Di; ES MOtTS. ft tie;. guerre plus effrayante. Les Grecs, les Armeniens les Juifs, -partages entre la crainte dufle-au didvastateur 'et le besoin ou le desir d'acquerir, ins6:parables des professions qu'ils exercent, n'etaient point exempts de payer pour leur ptopre compte un tribut, nioins onereux, il est vrai, que celui des Muisulman:s, cu egard aux precautions dont on.use dans quelques families de ces nations:; mais non A beaucoup pres chez toutes, car ]es opinions des vainqueurs -etendent: ici leur influence sur celles des peuples subjtu. gus. ' Les Francs contenus dav/antage!par la crainte et les lumieres aequires aux: depens d'une cruelle experience,. se tenaient plps que tout autre sur leurs gardes; aussi retrouve-t-on vraiment parmi eux, en pareil cas, cette image horrible de la peste dans les iontrees civilisees. Le fils n'aborde qu'en tremrblant son pere: lorsque par une(de:ces.dir,constances -qui alors s'offrent, si frequemment.,ce dernier se trouve conAprdmis. LTne indisposition, quelque legere qu'elle' spit, si elle attaque la tete ou le cceur:ne p.eut etre avouee sans que celui qui s'en plaint ne Se 4

Page  52 5x DhI.NEUY1ME PROM"rqADE. voie aussitkt mis en o~bservatiori par;ses amis et -ses proches, qui se tienrient 4oign6s de liii, hors de 'atteinte du'niiasne mriee -Ces m~omens critiques sont vroiment le triomphe de l'e'goisme, par I'ardeur avec laquelle ii tient e'veii16 ebez -chacun le sentiment de "Sa propre conservation. L'effhrt le plus- genereux que. lhum-an-ite a Pui -produire, pour se' cacher Ai elle-me'me sa honte et, sa faiblesse, a Rte d'obtenir l'e'tablissem'ent d'h~pi-tavx a la teate desquels sont 4eaindvids,le plus,souvent decidespa l'app&t qui leur est offert, car la de'poull~e desvictimea livrees At leur ignorance, quelqueLois 4 leur cupiditt, leur revient de droit,7 Plus souvent d~cide's par ce motif, dis-je, que par let; devoirs de religion dont ces in. 4dividus sont -d'ordinairc Les ministres. Dans ces lieux oii lIa mort est en permaiience, sont transportes les infortune's atteints de la malaWie con-tagieuse, ou bien qu'on croit -en 6tre atteints, mais A qui l'hor. mrur de leur position, jointe A lair corrupteur qu'ils respirent, ea fait bient&t eprotuver lea funestes sympt~mes, don~t u~ne fin prochaine eat presque toujours la 6flite. Vous

Page  53 GRAND CHAMP IDES MOTI.TS. 53 ne pouv'ez point, dans ces momens critiques, esperer qu'une main arnie vous ferme la pa- ua pie're;, au contra'ire, vous devez 6viter tout ce qui vous est~cher, et fuir les obj etg de vos -affec. tions, avec d'autant Plus de soin. qu'ils tien — nent de plus pre's ~ votre ecour. Des messagers de la mort,~ connus sous le nom effray'ant de mortis,, et les seuls qui ne.craiginent pas de vous approcher, s'emparent~de votre personne pour vous livrer t -la plus implacable de ces trois sceurs., en-tre les mains desquelles le~ fit de nos jours se rompt si. facilement. Les amis qui la ve6ille vous ont pale', et A plus forte raison. les proches~qui habitent avec vous.sont, condamne's "a se s~questre'r pendant plusieurs jours du reste de la, socie'te', passant ce& sie'cles d'angoisses dans la cruelle ihcertitude, de'tre d'un moment Ai l'autre rejoints Ai vousti. Mais ce n~est point assez des tourtnens quela nature en convulsion vous fait e'prouver:a milieu de la fie'vte bri~ante qui vouw devore, vous ktes encore expose6 A reconnaitre la personne qui vous -est la plus che're, Aux g~missernens qu'elle-pousse,~ vous avertissant que, victime par v.ous-me'me iamlMol&e elle vons pr'c&dera pe u t- re danslai nuit du. tornbeau.- Tel est.

Page  54 34 DIX'NEUVIEMEt PROMENADEE le tableau fidele des angoisses aui milieu des, quelles s'ecoule une partie de l'existence dans les contrees desolees par la peste. IL est vrai aussi que I'impression s'affaiblit,,et que Fin._ quietude, perdant de sa force par l'habitude, finit peu a peu par ne plus vous ohseder avec< autant de perseverance:; mais,c'est encoire un adoucissement qu'on doit redouter.. puis qu'il vous dispose insensiblement a iprendre xnoins de precautions., et vous rend par cons6quent plus susceptible d'rtre atteint par l'ennemi! sur lequel il' faut avoir toujQurs les yeux ouertsi..Aq milieu des de6astres, dont nops n'avons fait- qu'une ifiible,einture, et de cet teat d'anxiete oui chacun.vihait 'depuis quelques ilois: CoastantinopIle, deux individus appartenanta u& ne:, ration fiere il est vrai, 9ogP4illeus~ nme'me, nais pour qui la generooit^et le devoouement aiat des vertus familibres; qui cormpte.'aileurs 'pour pen ide chope Ja vie, a en juger par, la facilite avec laqulellpon s'aftvancl-it chez elle de son poicds quandil isc:fit, trpp sen:lir-;;qui ne mnerite don d'ette, appel,.e philsosqphe qu'awtantque la sagesse ne, ~cisuie: pas a.attendre ave.c

Page  55 GRAND CHAMP DES MORTS. 55 resignation qu'il plaise au Ciel d'ordonner. de -nous; deux Anglais enfin, lie's depuis long-temps par une arnitie6 etroite,.prennent l'engagernent sacre' de se secourir mutuellement, sil'Tun d'eux ~est assez maiheureux pour se~ voir atteint de la contagion. Le Cjiel connut-il ce contrat, et voulut-il mettre leur courage a I'epreuve, ou bien laissa-t-il faire lirrevocable destlin, faute de pouvoir re'vo.. quer sesarts, seion. lopinion -rna1.m'tane? Quoi qu'-ir en soit, l'un d'eux est I appe' des avant-c~oureurs d'une mort- prochaine, car il est atteint, 'a ne pas en douter, de la peste; 1Fautre, fide'e aux engagernens du ccour., et insensible aux sollicitations d'une crainte trop lkgitime, demeure -imperturbablement pre's de la couche de doulcur de son amni, qui, plus alarrn qe' lui sur le danger (lont un sem.-blable de'votiernent le menace,~ veut 1e'& loigner et l'in ite 'a 6couter la -voix de la raison~; maius it le trQuve - hinebranlable 1 'amnitie' et sea engagernens tele sont s es r~pne' ~' tout ce qu'on peut lui conseiller. Le muoribo nd, graice auxc soins, et aux con, isolations qui lui sont prodigue's, surmonte lec Rual, c e atteint. e'~poque de la convalescence;

Page  56 56 DIX-NEUVIEME PR~OMENADE. mnais s'iL revient 4 la vie, d'un autre c~te' il est condamne' Ai ne renaitre que pour voir son malheureux. ami victinie de son devouement ej atteint'au degr6 le plus e'miinent du mnal cont-agieux. Pour une auyie d&sinte'resse'e et courageuse, c,est acheter 'a trop haut prix. l'existence. be convalescent rassembie ses forces encore epuise'es, et en d&biteur fidede rend 'a son creancier tout ce qu'il a recu, de Iui. Efforts inume-s! ii invoque vainemenil et les secours de l'art et les consolations de l'ami-tie' pour conserver celui qu'il va perdre; la*: inrt est sourde "a ses prieres, et frappe inbumnai.nement sa victirne,. glori~euse peut~atre d'a.-.battre celui qui a ose' la braver si couragetisemenL..A present qui ne me saura pas gre' d'avoir racont6 tine histoire si digne de tenir une place honorable dans les annales du cceur,. et de M.et~re arrAte' 'a' jeter quelques fleurs stir la tomxbe d'un des he'ros de l'amitie', en retour de celle que j'y ai cuejillie pour lIofrir "a mon lecteur. La famine, les tremblemnens de terre, les de'bordemnen s, la mauvaise nourriture engendrent la peste-, selon l'opinion la plus raison

Page  57 GRAND CIVAMP DES MORTS. 57 nable. Le de'faut de pr~caution& I'entrefient et la p'ropage. C'est l'Egypte, Smyrne et Tr&bizonde qui l'envoient k Constantinople. Elle se reconnalt 'a sa malignite' lorsqu'elle a. ele appo~rt~ee dui premiler -de ces trois de'p~ts principaux. bes grande-s chaleurs et l1es grandsfroids atte'nuent ce nmal, quelquef'ois mme're I'obligent ~i 1ichei prise. Les diffi~entes phases de la lune influent aussi chacune 4x leur manie're sur ses effects. Jamais iI ne se 'reyi.contre avec d'autres rrialadies contagieuses, 011 si cela arrive, il les fait cesser ou bien cesse lui-rnerne. L'usage des liqueuts, fortes est range' au nombre des moyens curatifs, sans~ qu'on soit cependant bMen assttre de leur vertu. -Selon le plus grand nombrv, et conforwmernent aux conseils de la veritable me'decine, 'les panades, I'eau de riz, la i'-. monade, doivent composer le regimne des fies.tif~re's, qui bie'nt6t sont exte'nues par ces de'bilitans., et ont autant At souffrir par la ioni-. gucur et les dangers de la convalescence, qui sans cesse les expose Ai des rechutes tw.jours fu nestes, que par la premiere irruptiCOn dui mal. La chair de porc, par sa proprie'te de- for

Page  58 S8 DIX-NE JVIftME? PPOMENADE. mer les voies d'eoulement a la trfAtspitati6n, favorise le developpement de la peste. C.lleci.se gagne par le simple contact,comme l'experience l'a suffisamment prbuve; mais heureusement elle ne charge point l'air de ses miasmes putrides, au point de le faire servir a sa contagion. Sans cette modification i la malignite qui la caraclerise, elle ne laisserait bient6t plus de vestiges de l'espece humaine, vu lt rapidite avec laquelle elle moissonne ceux qu'elle attaque. Comme elle agit directement sur le genre nerveux, les sujets chez qui cet intermede de la sensibilite est facilement irritable, doivent plus qu'aucun autre la redouter; car outre les ravages physiques qu'elle cause, trouvant (un moral faible, elle etend bient6t sur lui son influence, Ie dompte,. et, le faisant reagir sur I'autre, s'en sert pour hater sa destruction; Elle s'annonce pat un tembarras dans la tote, comme toutes les fievres aigues; par des maux de.mur accompagnes de volnissemens; par des douleurs de reins, et lorsqu'elle 4 atteint un certain degre de developpement, elle se decele dans les yeux auxquels elle donne un regard inquiet, effare. Elle peut

Page  59 GRAND CHAMP DES MORTS.. 59 couver plusieuro jours avant de se declarer ouvertement; tromper meme au moyen de symptomes qui lui soient etrangers, en sorte qu'elle expose: / deux sortes de meprises egalement funestes: celle qui est oecasionnee par. une trop grande precipitation 4 attribuer. a "la peste ce qui est l'effet d'une autre maladie et les terribles: consequence qui peuvent resulter.d'un exce. cotraaire. Q.uelquefois elle se boQne a faire paraitre unl bubon, qu'une. petite fievre conduit facilement a maturite; alors elle se nomme:benigne,,et n'est redoutable que pour ceux qui communiqueraient avec Ie,pestifere; mais, e plus souvent el\e developpe en un jour ou. deux une fiieyre aigue, qui reussit Ren qielques heures a decpmposer la masse du saiig, et emporte d'ordinaire le mnalade,:&urtaut si elle est accompagnee de la dissenterie, ce qui fixe irrevocablerent le, s9xt de la,victime; oulsi le bubon,,e refuseW 'jeler au dehors-l'humeur maligne iqu'!l tenfermue: accident egalement fAcheux. Peut-etre les liqueurs fortesy lesalimens eclauffans.,: n agitant la mrasse du sang, aidenta getta epuration, ce qui justifierait I'usage de: ce rlgime pendant la premiere pe

Page  60 60 DIX-NEUVItME PROMENADE. riode de la m-aladie, sauf A r evenir i Faat^e lorsque lacrise a opdrA sot effet. Un medecin: francais, M. Auban, a cru observer que les sujets qui ont ete vaccinds n'ont plus rien a redouter de la peste. Ce preservatif, si foutefois des experiences pteptdes prouvent qu'il peut 6tre recu torflMe tet, mettrait l'htimanit dans les contres orientales a l'abri de deux grands fleaux, en dorinant aussi ce nom a la petite vdrole, qui tour A tour avec son dmule, cause des ravages effrayaas dans cette partie du globe. L'bhomme de F'art, que je viens de normer, tient deptis quelque temps un tegistre oh il inscrit les enfans vaccines par ses soins; le ddpouillemient de, ce registre, apres un nombre d'annees suffisant, confirmera ou dktruira une Osperance, c ncue peut-^tre par le seul desir de la voir se realiser. Nous dirons en passa'nt que la vaccine fait de grands piogres en Turquie, ed supplantera rinoculation, rialgri le credit que cette dernitre devait nieessii'emert avoit dans sa terre natale. D'apris l'observation faite en Egypte relativement aux marchands d'huile, quon- a reconnustre bien moins aceessibles qie le6 au

Page  61 GRAND CRAMP DE$ MO~TS.- 6z tre" individus aux miasm)3s pestilentiels, ce que M. Pesgenette a cousigne' dans un rnm moire qu'on lit parmi ceux de l'institut d'E. gypte; par suite de cette observation, dis-je, les Francs de Constantinople usent, depuis la pegte de 1812, de ve~tenhens e~n taffetas gomme dont ils se couvrent de la tate aux pieds. Ce prservatif, soumisAi des e'preuve~s an ssi fortes que possible,ne s'est pas encore de~menti, depuis Itrois afnnees qu'Ion l'emploie et.qu'pn l'observe; ceci sem-blerait indiquer que la peste agit comme le flui-de magne'tique ou plutOAt d1ectrique soup ke ra pport de la predispositfioA-i plu s Qu moins prononcee poitive ou negative, d-es differentes substances, pour soutirer sesmiasmes. Cequi donneroiit de- la vraisemblatoce,.Surtout au -rapprochement ktabli avec Je fluide 6lectrique, c'est I'affinite' n~gative des m-niasmres pestilentiels, pour la substance qui encluit. le taffetas cire', par consequent le role de cette substance, qui seniblerait -air ifi 'de la Memre manie're que~.dans les texpeIriences sur I'e1ectricitW oi` del est emplofre coinme corps non - conducteur. IVne autre renmarque, c'est que leis ch4aU sont 4gs pritp

Page  62 82 DIX-EtJVftMEE PROMEN ARD8L cipaux prOpagateurs de:la pest&, ainsi qu< les' fourrures et gdneralemrent t6utes' s substances class'es tien ttte: dis'fdtps i'dot i ducteurs; enfin rappelons^nons que les nerfs sont des agens direets.:; ^ ' A ce premier prdservatif, l:s Fraris ajoutetit les parfums,. l'immersion dafis I'eau et le iahaigre, I'exposition a 1'air, a la rosee,'labstineice de tout contact avec les objets Msipects. Quant aux Musulmans, ils laissent 'es d'ts'6'ss allet leur train, et leur patience oti leiur resignation n'est-poussee - bout que ldrsque par jour il passe plus de deti mille morts pat' la porte d'iAndrinople; alors ils commeneent a jug& que le ciel.est vraiment irrite, et dans la vue de le flehir, on envoie sur le plateau de 1'Oc*meidan, les enfans implorer par leurs prieres sa misericorde. En effet, qui, mieux que ces victimes attendrissantes, pourrait, apaiser son courrou, et faire pardonner aux coupables en eonsideratioin desi innocen?.... 1 y a dans- cette ressource' extreme quelqle chose tout a la foig d'ingynieux, de pathetique, et qcui fit honneur' a la nation qui l'a lmagin'e; enfin cette ide est sans con tredit la plus exacte qu'n puisse doirier de l'honme ainsi que de

Page  63 GRAND CIUAMPDES MORTS. 6O la divinit', et jen; suis, erivieux pouir nousememes, qui.rangeons si fort au-dessous de nous ceu-x A, qui ellei doit le jour. Qutpe ces forkts d'ifs, de pins,- de cypre's, dont l'ombrage de'licieux et aromnatise inviteles vivans A venir, trouver les morts;,outre ces par - terres arrose's par, la pie'te, et qui embaument Fair; ces monumnens I d'.ne. 'Wgante Simpficite'. sur lesquels oil lit des maximes pro-pres ~i enrichir la me'moire dui sage; tous ces prestiges enfin qui tempe'rent ce qu'ii y ~a de trop p& nible darts I'ide'e d'une vie inice'rtaine, les Musulmans, ~oiijours par-tine tendance vers le mehne but, se donnenit dans. Fautre movde en quelque sorte -une,existence ~matc'rielle, par le respe~t qu'ils. accordeit: A! la demeure des morts. Dans cette intentiou, ius entre-" tiennent debout 'a perpetuitc' ces-,pierres.-sous lesquelles le sentiment,, seconds' de l'imagination, etaisement,t trouve,d momns.une.illusion COnsolante W &il lie reu~ssit pas rappeler 'a Ia vie: 1'objet dont diles. conservent, la meinwirq. Cbez nous, le fils voudrait en vain aller promentir sa reverie suir la se'puldure des auteurs de ses jours; la place oit ses ycux baigne's de larmes les ont vu~s de'poser, en peu d'ann~ee aura~ subi plu

Page  64 64 DIX-NEUVItME PROMENADE. sieurs bouleversemens-, et leurs cendres se~ront vne'lees, profane'es peut-Atre, me~me par des cendres eanemies ou indign'es d'elle's. Les M-ahome'tans, infinimenit plus -religicux q ue nous, ne se jouent pas ainsi des restes de ceux qui ont vecu; aussi s'approcbent-ils avec, plus de confiance de la dernie're demeure, croyant ne quitter qu'a1 demi cette terre, par le respect pcr-iis at le-ur imemoire. Famifiaris4's avec cette pens~e, les cimetie'res sont des lieux de promenade qu'ils fr~quen tent avec une sorte de complaisance, et les seuls qu'ils embel1ussent; comme les anciens, Its les rapprochent des ~routes, au point qu'en parla'nt Iau figure'. i-i est permis de dire que, cbez eux, les vivans habitent avec les r'brts,ou duMoins vicianent leur tenir compagnie. La religion est la premiere ai semployer de tous ses moyenis Ai rassurer les esprits, tant poursoique~pourles autres.Elle pale avec tant d'e'loquence, et sur un ton si persuasif des ddlices du cidl qui -est ouvert aux Croyans, lorsquils meurent en 'tat de grace, et dans lequel ils finisoent toujours par ktre admis apre's une exLpiation proportionnfe'A leurs fautes, qu'on ne peut se de'fendre de le desirer; qu'on regrette preaque rni~me de p~cher par incr&'

Page  65 GRAND CHAMP DES MOIRTS. 65 dulite, enViant le sort de ceux qui en font leur chimere. Le Koran, datis 'intehtion de cohvaincre que l'autre vie est bien preferable & cele-ci, interdit les larrhes dans les pompes futelbres, ettout eft banfiissAnt ces filles de la douletr, recofimand: le silehce et le recueilement le plus rigoreuX. Eh vertu de ce que ptescrit eet oracle, les agonisastt sont places sur 1e dogs u moment oh il tendent le deriier soupir. Apres que la ttort A separ r'amie du corps, oh a recodtfr aux lotions pour purger ce dernier dJ totte sotiillure: secotnd trait de ressemrrblante qu6 l6s Musu'lman ont aVec les aiciens retativemient aut funerailles. Ils doivent 6tre deposes en terre le visage toutnd vers la Meeqtue, peu d'hetures apres qu'iIs ont donne le derniet signe de vie. Cette loi de police, qui setait batbare dans les climats temperes, e0t ti&essafte dans les contree telles que l'Atabie; ou la didsolltion suit de pres la m6tt, et pett ocasiohnef' de si grands desastrfs. Les ptoches, et lea vtiins dt defunt be font une oblgcItioA de 1e potter i sa dernitre demeure, tat t(6t Vrai Ctoyatdt obtieit la tfhiission de qtitafitt0 pechl& pcu ft diaque quarante pas faits 'otls le 3. 5

Page  66 66 DIX-NEUVIEME PROMENADE, pWis de ce fardeau expiatoire. Au lieu de V couduire d'un pas lent et mnesure, cornme cela se pratique chez nous,. on doit precipiter la mnarcbe, cc qui rentre dans I Itesprit de la loi c~oncernant la salubrite'. Trjpis voiles enveloppent le cadavre si c'est un bornme;, cinq s'il appartient 4 lFautre sexe, r4~servant pour la tefte celui avec lequel le de'funt a fait le pe'lerinage de la lXqecque. Arriv6 sur le bord de Ia fosse, l'inram l'y fait de'poser et prononce la, prie're fun~bre, afiti de lui aplainir Ie sentier de l'aua tre vie, comme aussi pour Iui obtenir la faveur ineffable dc golulter dans la tomb~e meme les dt'Iices avant-coureurs de ceux qui liii seront prodigue's danslIeciel apre's le jour du jugement. Encore 'a 1'exemple des anciens, on appelle trois fois le mort par son nom et celui de sa m ere, avaint de le cacher sous Ja terre,dont on eaipeche le contact imne'diat 'a ia partie sup&.-,rieure, au;noyen d'un. petit blindage en plan-. ches, car la bi~xe're ne descend pas avec le corps dans la fosse. Pour'les horumes dont Ic nom de la me're n'est pas connu on substitue c~elui de Marie; le nom de ia premiere.femnre' le.gemplace pour celles qui sont dans le me'me -cas. Les, guerriers rnorts dans les

Page  67 GRAND CRAMP DES MORTS. 67 Combats ne slubissent point'les lotions accou.. tum~es;~ au contra'ire Mahomet, recommande de les enfermer dans, la terre avec. les taches precieuses du sang verse par eux pour la de"fense; 'de la foi, cornrne e'tant leurs plus beaux titres aux yeux d4 la divinite6. Simnpie' dans 'toutes-ses pIratiques, l'islamismei se- croit assez fort par se's dogmes ISeuls, d'aprs La tr~empe des esprits qu'i'l tient atteles 'a son char, pour e'tre 'a m~me de se passer de cette pomp e dont les religions empruntent d'6rdinare les prestiges., dans inmtention de ramener 'a elles les Ames fugitives et de d~cider celles qui s'ont incertaines: c'est une r~flexion que son rituel reveille 'a chaque article. II me souviendra long. ternps d'une des sciries les plus 6difiantes dont, jaie 6te temoin, et qui, pa'r sa relation, donnera une ide'e du respect qu lon accorde chez les nations m'aho-. m~tanes "a la me'moire'de ceux qui ne son t plus, tout en faisant connaitre aussile earact' rernmle des rogrets~ qu'ils obtiennent. Je, traversais un de ces vastes cimetie'es' de Constantino6ple, oui les morts semblent prendre place ati dtriment 'des vivans lorsque, remarquant une

Page  68 68 DIX:NEUVIftME PROMENADE. femme Icde la classe. indigente qui eLait occuPee autour d'une fosse fraichement remnu~e' je m larre'tai Ai 1'observer. Elle relevait avec ses mains la terre e'boule'e et la rejetait soigneu~sement sur la se'pulture. Elle e'difia ensuite tout.autour des petits murs de soutenernent avec des pierres qu'elle allait chercher au loin., puis elle y planta. des fleurs, travaillant du reste sap~s tenir compte de l'observateur qui la contemplait.. Je ne payvenais point "a me rassasier Id'un spectacle aussi inte~ressant et je demneurais dans I'extase en voyant s'dever par. lea soins de l'amour conjugal ou mat ernel, ce modeste monument, bin prieur en r~ie~ ceux que la magnificence consacre. Mais de6 -sireux de confirmer nmes soupgons relativement 'a l'objet cheri dont on ornait la tombe. pour se de~dommnager de- ne pouvoir plus serner des flours sur son existenceo, je me hasardai aile demander'1, et j'appris, que hI reposait une fille uniqy~e, qui peu de, jours avant faisait encore la consolation de sa mnere. Celle-ci mit un certain h~ roism~e a prononcer le nom- de cet obje k de sa doulaeur, sans que le ton calme ur lequel eIlk s'exprimaa DUt

Page  69 GRAND CHAMP DES MORTS. 69 tort cependant la tendresse dont il m'etait facile de demrler les combats aux soupirs que son cceur cherchait h etouffer. Je m'eloignai d'elle, me detournant souvent encore pour la voir, et emportant de la ces impressions melancoliques que le sentiment se complait A nourrir. Si je fusse ale, au sortir de 1, m'egarer sur un cimetiere armenien ou grec, 1'aurais entendu des gemissemens, j'aurais vu couler des larmes, les uns et les autres commandes mnmen, dans le cas oh le coeur les refuserait, Quel contraste cependant offrent ces deux legislations, dont l'une interdit precisement ce que lautre ordonne, et combien, en n'envisageant que la premiere, ne faut-il pas que les institutions soient susceptibles de s'acquerir d'empire sur I'homme, pour reussir A l'amener a un tel degre de philosophie!... Serait-on A4 blAmabe de comparer Mahomet & Lycurgue, lorsquelesMusulmans eux-memes s'annoncent Cenmme ayant tant d'analogie sous un certain rapport avec les Spartiates? Les legislateurs des uns et des autres userent de moyens semblables pour defendre leurs ouvrages contre la degradation du temps et de l'humanite, en isolant leurs nations a 1'egard des nations

Page  70 ?o DIX.NEUVIfME: PRO1MENADE. vdisiries, le prreier avec le- ectirs, des opinions -religieuses-, e 'seconid.A Itidades institutions morales, et tou debx d'apres les itlspirations d'une politique IsaIrite qui est parvenue a engendrer chezsells lee fanat'sme, sous des noms differens il est;vrai, m'ais. le mndme quant aux effets: ce peu de mots doitsuffire, je pense, pouw jiustifier ndtre: comparaison.; Comme tant d'autres j'aurais pu parcdurir les solitudes silehcieuess oil j suls venu 6garer rles reveries, dains unede cesbs belles soirdes si communes -sou Id ciel pnr de 'Constantiirople; alors j'hurais 'troiiv ces Mnemes lieux, A present deserts, 'peuplts' d'ait; fduleirmmlense d'illdividcis. d t touteis les crdyances. de toules les nclaions, qiii 8'y rfndent pour savourer 1'air frais qupe la Mer-Nbire y envoie, jt jouir de ce coup d'eil rayissatMi-efournit Fun des plus' bdaiUx points dte ie dut Bosphorc. ' T ' ^3 Mais 'f~voris6 'p'ar citte tlmiire cdoi' ect tmnperee qui dissipe cminoitie les 6mbie s'de la nuit, et prte aui cbjets qu'clle elaiie un aspect nouveau pdiit ceux a qui iteliie se 'oht Inontfes qu'ia l'clat resplenrdissnrit' di jdur ', ji repaltrai aussi rnes'el, k de cedspecOa.le a',clr

Page  71 GRAND CHAMP DES MORTS. 7t le silence et le mystere ajoutent un chartne plus seduisant encore. Oui, vous ne me paraissez pas moins majestueux, monts eleves et imposans, caresses par ces rayons qui se noient dans le vaporeux dont vous vous plaisez a vous envelopper. Je n'observerai pas avec une volupte nioins vive et des sensations moins suaves, ces effets des ombres qui, sur ces revers interdits a la chaste Phcebe., semblent retrahchiees comme dans une retraite ouf ses regArds ne pourront lesoffusquer, et qui contrastent avec ces portions frappees de la lumiere. Masses sorilbres, et qfre la nuit fait paraltre gigantesques, quoique je ne distingue pas bien tous ces menus accidens sur lesquels l'ceil ne s'arrete ou:qu'il ne cherche que lorsqii'il est fatigue de l'ensemble, vous me plaisez cependant:, voilecs par cette:gze transparentec, cofnposce de vapeurs pompees dans le jour puis abandon. nees dans l'air, oui elles etaihnt suspendues, et qui se' sol fleht a lYrtsient et;'Aroseb rafiraichissanfe. Et ce scintillerrient de la lurniere sur les eaux; cette Ibngule colonne argentee et mnobile qui se prolong e'sur'leui:;surface unie; ecs barques lgeres, dont te rarimes silteneieuses

Page  72 . 72 DIX-iNEUVI'ME PO0QMENADP. xrhlgnt 9roindre de troubler le repos de la Wu.t., pg.t, t.surmrent des amans de la belle padtre,. vpyq comnme noi pour la surprendre dans son sounweil; ce ciel serein, image du bonheuV, que s: purete pronbet et exprime si biren cq, milliers de lampes, qui, brillant, les unes d'une luiiekre empruntee 4Ax autres, s'annoncent conmme autar.t de mnmdes dont pl.usieurs,spIt,plus,vastes que le, notre, et qui coQiposet, avec des milliers d'autres que nos yeux ne pwuvent distinguer, cet univers snus bones;C et ordre admirable, qui regle d'une rpaniere cgnstante et immuable la marche ddq, ptutts ces sphelres abandonnees dans le; vague;a des puissapces.differentes, qiti d'abord se combattent, et finissent par s'acqorder.powr les regir; ces.tres qui les peuplent et quer:lipaginatiQn se represente; qui doivent penger et agir cornrpe nous; ou peut-Rtre qui. par une suite des resso.urces ineppisables de la nqtpre, ont d'autres formes, jouisInt d'autres facultes que ttutes ces cspkces ipfinies,et variees qui habitent notre terre; cette intelligence superieure qui, placd~ au. centre de l'univers, et repandue dans ses rnoindres pasties,.imprime

Page  73 GRAND CHAMP DES MORTS. 73 a toutes le mouvement, indique a chacune la route qu'elle doit tenir, et veille en mema temps a ce que l'ensemble obhiwse aux lois qui lui sont prescrites; et ces siecles innombrables, ecoules depuis que ce tout existe tel qu'il eat, sans avoir varie ou souffert par le temps; ces siecles 'a venir dont une senmblable perseverance est le presage, et qui peut-ktre ne finiront pas plus que les autres n'ont commence; ces pensdes trop profondes et d'une metaphysique trop subtile que le su, jet tournit en foule, et qui accablent notre debile raison, incapable de les discuter;.ce retour enfin sur nqus-nmrnes, qui nous pdnetre au plus haut. degre i de notre impuis sance; nous force ' l'avouor en balbutirnt et nous fait retomber en$uite d4ns ce silence morne, qu'on garde toujours lorsque les idtes sont bien au-desaus des expressions accQrdees pour les rendre, Articles compemnentaires. Les arbres verts sont coSiacres aux cimetieres turcs. Chacun de crux-ci est muni d'une

Page  74 74 DIX-NEOVIltME PROMENADE. maisonnette avec un puits, destines I'uti et l'aitre aux lotions funeraires. Parmi les nombre'ux champs des morts qu'on voit en dehors et dans l'enceinte de la capitale, celui de Pera est, sans contredit, le plus digne d'etre viAite, tant 5 raison de sa position, qui lui fait ddcouvrit une partie du Bosphore 'et de la Piopontide, que par l'ombre epaisse que recelent les massifs de cypres qui le garnissent. Leffet qu'ils produisent, l'obscurite et l'air mysterieux qu'ils pretent a ces lieux melancoliques, ne pourtaient etre en hlarmonie plus parfaite avec le nom qu'ils portent et Fidee qu'ils rappellent.On reconnalt les cimetieres armeniens et grecs aux muriers qui les ombragent; qnant aux s~pultares; des Juif's aucun palliatif ne teptipere l'aridite des lieux consacres par eu a- cet usage, en sorte qu'on peut les deviner a l'image de la mort qu'ils rendent dans toute sa laideur. Rien rre fait plus d'honneur a une nation et ne d6pose mieux en faveur de sa moralite que les egards accordes par elle Aux sepultures..Celui qui se joue de la cendre des morts doit e;ritiser de meme avec les vivans, ou n'observer avet eux qu'un respect simule;

Page  75 GRAND CHAMP DES MORTS. 75 d'ailleurs, eanmaltraitant la memoire de ceux qui ne sont plus, en effacant jusqu'aux moindres des traces laissees par eux sur cette terre, n'est-ce pas un acheminement vers ce rnatiridliame. qui detruit sans pitied les Ames aveciles tcorps.? Ouii, jf ne me departirai pas dae on. opinion, i.u n premier signe auquel on peutreconnaltre, la moralite d'ine nation, cAeti liqiaaniire dont elle en use avec ceux qul Q1ontcessd detre. Celte naniere a une influerece beaucoupl plus serieuse qu'on ne le croirait d'abord, sur son caractere.ses prejuges et sa cQnduite, relativemeat a toutes les: autres circomutaices dans lesquelles elle se tiouve., ' Epitaphes relevees dans les champs des ~ ' U,';"a C6nICo anttinople. DIEU SEULr EST ETERNEL.,Epitaphe de 'armiral Huasein-Pacha, mort le 22 dU'itmis oes cheavoaI de l'annee 1218 de th'egiie., ILe gotUventiili de la barque nd son1 Aine fut ditig6 par le bths de Diia;' hntre eoim

Page  76 76 DIX-NEUVIItME PROMENADE. mun pilote, vers la mer de l'autre monde. Le vaisseau du corps de ce personnage, d'ur merite eminent, etait A Tersana (arsenal de Constantinople.) aussi remarquable que lest une lentille sur la joue d'uile persoTre. Enfin le ventdeladestinee ayartmis en pieces tes Voiles, et brisd le navire, il f0t submerge dans l'ocean de la bonte divine. Alors ili enteidit cet ordre: Reviens a moi, ordre que le Tout-Puissant adresse a tous ceux qui ont menidici-bas une vie irreprochable; et il se dirigea avec une joie extreme vers les demeure& cylestes. Passant, rcie le premietrverset du Ko;an pour t'tme de Husein-Pacha; sache aussi que l'auteur de cette epitaphe est 7Vassif, et qu'il fait des vceux pour que le paradis soit sa demetie eternelle... Wassif-F4endy 't4it hittqripgrplie de l'Empire. Epitaphe d'un enfant. JD D Va-EUL V 9T. I MMONTA L< Mon enfant cheri, a peine ne, vient de s^envoler dans 1s. jardins du paradis. et;n'a laiss8 & sa, nee que d'etegnels regrets,

Page  77 GRAND CHAMP DES MORTS. 77 A4utre. DIEU SIKUL, EST E'TERrf EL. Je n'e'tais encore dans ce monde qu'un bouiton de rose, i~ependafit j'i 1al e fafi~ par le destin; mais si je suis sorti des jardins de ce monde,, c'est pour entrer daris ceux dui paradis. Epitapise d'unjeune kommne. b1EtV 8E91L EST IMMO1RTEL. Mois-sonne par la' mort ~ la fleur de l',Age, je laisse uin pe're et tine nrii're cheris qui ne, pleurent. Ce qui me console du momsq c'est de m'e'tre livre' ici-bas ~i l'etude des belles.lettres, puisqe j'emporte l'espoir de devenir le rossignol du paradis. Adutre. DIEU SE1JL EST ETERNERL. 0 me~re infortun~ee pourquoi ces pleurs et ces g~missemens! Dieui la ainsi ordonne'; je me conforme 'a ses ordres et hAi abandonne mon kme. Tout ce.qu'il nous reste 'a faire, C'est de le supplier d'accomplir rnes d~sirs

Page  78 78 DIX-NEUVItMiE PROMENADE. dans le ciel. 0 toi qui passe pr's de ma tombe ' rcite un verset du Koran pourl'm d'Ibralrnz, fits du porte-enseigane Mouistapha Aga. pitaphe d'une jeune flice. DIEU SEUL EST iMMORTEL. L'oiseau de mon cceur vient de s'envoler de sa cage, pour alter se-plac~,er dlabs les. jardins du paradis. En partant ii a laisse' dans mon Atme une plaie kternelle. II ktait decide' par le destin' que ma fille ne vivrait que treize a~ns. Elle edait doue'e de toutes les cqualite's d'une fleur nais'sante,. et la mort a tout enleve' ~ sa mere en la Iui ravissant. Ciel! est-il juste'que son nid soit actuellemnent. de p ierre? Epitaphe d'un uljrna. DIEU SEUL EST ETERNEL. L'hom-me qui par nature est insouciant et faiblement dispose" A faire attention aux sepultures, Ine peut se persuader qu'dn, jour it y sera enseveli iui-me'me. RWcitez un verset du Koran pour l'5mei& dui mudet'ris Fai-x_ U/lah-. Effe n di.

Page  79 GRAND CHAMP DES MORTS. Epitaphe d'Pun homnme formeL DIEU SEUL EST ETERNEL. Ce que je te demande, passant, c'est une prie're. Si aujourd'hui elle est ne'cessaire Ai moi, demain elle le-sera 'a toi~-me'me. Re'citez, passans,. le premier verset du Koran pour I'Aime d'Ali-..4ga, mai'tre tailleur.,Autre. DIEU SEUL EST JIMMORTEL. Dieu tout-puiissant, pardonne-moi toutes les fautes que j'ai commises' Sur la terre;je t'en conjure par le neuvie'me ciel et par le Koran. o vous qui venez visiter ma tombe, re'citez u verset du Koran pour I'cAne d'A..chmed-'Aga., n3tgociant 6gyptien.

Page  80 viNGTiEME PROMEtNADE. ILES DES PRINCES. Proti. - Antigone. Platys. Oxia. - Kalki, Prinkipos. - Caloyers. - De 1'lglise grecque; de la discipline et de l'ofdrie hie'rarchique e'tablis daiis son clerge'. CJ'EST dans les premiers jours de mai ou de septembre qu'Ion doit visiter ce petit archipel connu sous le nom collectif dfiles des Princes., si l'on veut, savourer dans sa, plenitude les charmes du printemps et de 1'automne. La jeune Flore y e'tale ses premices, et se pare de sa, guirlande la plus varie'e, oii toutes les fleurs se montrent dans un arrangement admirable, invitant egalement At les cuejillir, soit A raison des parfuin6 qu'elles exlialent, soit par leurs couleurs diapre'es qui eb~ouissent les yeux. L'automne y attire 'a son tour par une prodigalite' sans e'gale, jointe a un choix se'duisIa-nt de tous les fruits les plus savoureux,

Page  81 ILES DES PRINCES. 8z et me~nage- encore les plaisirs d'une chasse abondante 'a ceux qui aimenit "a sacrifier sur les autels de Diane. Lorsqu'on les parcourt dans la plus airnable des saisons, leurs collines accolces queiqUefois. deux 'a deux, et d'autres fois isolkes,, prse'Setent des parterres dispose's en amnphitheatre.~ L'h on voit le myrte, le jasmin 1aune, les geulets, les bruye'res, Ie pois 'a la fleur bigarri~e et le, ciste tanto~t blanc, tantot.amaranthe, former ici des bouquets, Ial, des tapis diversement niuances; offrir toutes les conmbinais ons que F'art, ic plus recherche ne pourrait i iuv e nu mais urtoit eprunter un eclat particulief, des premiers rayons de la lumie're. Alors des milliers de- plantes s'epanouissent et ernbaumerit I'air', ne produisant pas un efket moins ddlectable par le me'Iange de leurs parfums, que les, fleurs -par les diverses associations qu'elles forment entre elles. La lavande. le thym, Ple serpolet, chatoujillant to-ur ~ttour l'odorat, se fer-aient deviner rst,"s yeux neles reconna~issaient pas ~i traver~s ce gazon aromatise', aux diffe6rentes livre'es que le printemps leur faiL pi~endre. La gentille fauvette c(-lebre.1a saison des aimours, perchee stir la 3. ~~~~~~6

Page  82 82 VINGTIPME PROMENADEl. hranche flexible d'un arbousier, d'un cbhen Vert, d'un lau-ier, d'un t~re'binthe dont It feuillage rece'le ses plus che'res ersperances; I'alouette y gazouiille suspendue dans' I'air,. et le tarin, le chiardonneret,. le rouge-gorge, le becfigue, cacbe's dan s les grenadiers~, les fi guiers, les pe'hers et les pampres., compEment 1'har-. monie par lea sons que leurs gosiers flexibles. y mntlent. Ii faud~rait e'tre frappe' de I insensibilite' la plus de'sesp~rante pour pre'sider sans Ot'notion de la cime de ces, monticules., au re& veil de la lumie're, Oi ~i son coucher; pour voir av~ec indiffhrence les prem~ie'es impressions de I' aurore kclaii'er les -ombra-ges et tes combles, dore's dui S~raiI,1 re'pandant sur ces objets enchantetirs une teinte a.-nime'e q'ui le's dktache les uns des auti'es, de mnanie're 'a les faire valoir au de1,,Ymime deleurs me'rites; ensuiteloqe le jour touche At son d~clin, suvee 6gra,~ 41ations successives sur les revers blanclatres de 1'Olympe, dont la cimebr'ille encore de tout I eclat de la lumi~re et la reflkte, quand de'jA s,-A base est enveloppeec par lies ombres. Je vouidrais donner ai ces tableaux les couleurs ravissantes quI'Ils ont dans I'original, mais quels que soient Mes efforts, jamais je n'y pourrai parvenir,

Page  83 I-LES DEST PINCES. 8 83 tit tres ptnceaux, doivent reooncer ai rendre dcs effets auss i magiques. Dans la saison des fruits on est invite' tout "a la fois par la grenade, la peche, ha figue, le raisin, larbousse et les. jujubes. Cehii —ci vous engage 'a le cueillir par sa saveur sucr4e'e *ast autrq vous sourit 'a travers le k'ger' duvet qui couvre ses couleurs empourpre'es, sern — bfable 'a la jQue virginale dont la pudeurw ti.-! mnide rehausse Ie'clat; ici vous vous laissez st~ duire par le suc x'afrakchisoant renferme dans cette eccuce tailee en forme de calebasse, vQui vous rappelez la fleur qti4 e~a, Oe'Vannonce, let promettait, le fruit le plus distirngue';1 k ri tendre incarnat vous, dit:cueliJez-moi, eta-pres m avoir go~tit vowUs me, chercherez toujour~s dans la corbeille de Pomione; embarrasss*' enfin dans votre choix, vous errez de l'un 'a l'autre, et I 'on pourrait vous taxer d'in~. co u~ce Si la s'duction ne vo'us tendait pas des pieges tellement in~vitables qu'il devi~ent impossible de ne pas y succomber. Lqrsque les raoissons dore'es on-t &6 IWOe en gerbes sur la c~te d'Asie, les cailles chasa*es~.de leurs retraites viennent par troupe demarx. der un asile "a ces fieux, inhospitaliers.pour

Page  84 84 VINGT1AIIME PROMENADE. elles seules; car c'est afin' de mieux les tromper, qu'ils offrent a ces' victimes errantes de la verdure et des paturages. Le chasseur ne.tarde pas, les faire repentir de leur aveugle confiatcey et haletantes;, puises partle trdjet qu'elles vientient de faire pour passer d'une terre 4 'autre, il ne leur reste plus la force de se soustraire!at plornb meurtrier qui les menace. La becasse s'y repose aussi dans la saisoin du passage, et le:livre y habitea demeire fixe;, sans y tre abondant, icar le petit nonmbre dex retraites que peuvent lui offrir des espaces aussi r'esserrs ne; lui permet guere de pulltiler:. ~, ) s'u t!; Mais le chasseur n'est'pas le seul qui trouve: y contenter sort inclinatibo.; le p'cheur, ttitax que lui encore, peut s'y livrer h son pekchant. Sur ces c6tes fecondes en' pftu. r~ages, il 'prend: dans sesa filets, tl dentale, te orduget, turbot,;I'esperon: la dotade, l. hotard,; et.'tant -daitres dorit on aura les noms en choisissant ceux des plus exquis. Les ht4tres surtout, qui tapissent ces c6tes, ont tiin-e saveur delicate 4ue le seul rocher de Caucale sait donner a celles qu"il nourrit. Le jardinage y est dgalement abondant et

Page  85 ILES DES PRINCES. 8 85 varie6, composant avec la. vigne et les oliviers la majeure part de la culture des 'lies; enfin un gastronome, frappe par i'ostracisme ou banni de la cour, n' aurait rien de mieux Ai faire que de les choisir pour aller re'ver sur lFins-. tabilite' des choses humaines et chercher 'a s'en consoler. Toutes ces lies offrent g-,ene'ralement. un aspect montueux qui les fait ressortir avec avantage du sein des eaux dont la surface r&. p-tc e leur image agit~e'; etropn1'nomite' (le la plaine liquide, elles pre'sentent Ai la vue des points de repos on ne peut plUS agreabies. Dispose's en demni - cercie, dont la partie concave regardc Constantinople, elles ne sont se'pare'es l'une de l'autre' que par des passes de deux milles au. plus de largeur, du continent d'Asie par un canal d'une lieue, et n Iont que de huit ~'i soixante stades de circuit. Dans l'dloignement clles paraissent nues, n>'tant reve'tues que. d'arbustes parmi lesquels on voit s'elever queiques pins biancs sur la croupe des rnonts; des ifs, des cypre's plantes en avenues (lans les entours desMroDnaste'res gnrecs qui occupent les sommets des mnamelons 4on lcs bords de la mer. Lorsqu'on touche Ai

Page  86 P. VINGT~tMt PROME.NADE. leur tivage,, on reconnait alors tine foule (To heaut~s de detail qu'on ne' les soupconnait pas stisceptible8 de recdler; et l'artiste e'gare sur' leurs collines devient pei'ntre de fleurs par Ia force' de la circonstance. Celles de ces Ilies qui sont habite'es pr~sen-, tent leurs villages de'veloppe's en bordures le long de la ct~te, et de pre'ft~rence sur le pourtour des mhouillages. Ces -villages se composent de Grecs que le turban n'ef'farouche pas, car on n en voit auuBdn esiem; aussi, grand nombre de ne'gocians de cette nation leur donnent la prefirenc~e stir les rives du canal poufr passer la belle saison. Les indigenes sont 'a la fois jardiniers, vigueronts, p-P(~ cheurs~ bateliers, et au moyen de ces diff6 -rens articles d'industrie, mernent une vie assez commode; d'ailleurs les visites que les letrangets leur rendent, contrihuent encore 4 entretenir chez eux I'aisance, Ce sont, il cst vrai, les Caloyers qui retirent la majeure partie des profits de cette branche de, comrnerc~e, leurs couvens 4'ant de. veritables bctellcries oi" l'on est recu sous les, apparences de l'bos.pitalit6, mais d'oii Von ne doit sortir qu'Ien payant si l'on ne veut pas que le charme soil

Page  87 ILES DES PRINCES. 87 entie'rement de'truit. Cependant. il. faut rendre justice 'a 1'accueil. gracicux sous lequel, is de& guisent le motif inte'resse' qui les guide, et les excuser en fave ur de la boniie cbe're qu.'ils font faire 'a leurs hotels, pour l'ignorance quIl professent..Au reste le clerg6 rce geneal ne sait qu'une seule chose I a supre'mnatie du Patriarcat de Constantinople sur le St.- Siege, et l'cxcellence notoire du rite grec sur le rite latin. En partant de Constantinople, la premiere 'lie qu.'on rencontre est celle de Proti, situiee en regard avec le pont dui Bostandgi-Bachi, qu'on distingue (le loin sur la c6te d'Asie. Au temps de Pierre Gilles elle posse'dait un villagre et deux monhste'res; partout ailleurs 1'accrois - sement de la population, provoque' par Ic voisinage d'une capitale, aurait fait prendre (le l'extension aux habitations, mais dans 1Yempire Ottoman l'influence des villes produit uin ef fet tout contraire:cela revient At dire que le village et l'n -des monaste'res de Proti, ne, subsistent plus que dans des rui nes, sous lesquelles on trouve deux belles citernes. Elle se pre'sente comnme un pk1L' dont la" partie tourne'e aur sud est coup~e "a pic, la mer sou

Page  88 88 VINGTIEME PRlOMENADE. leve'e par les vents inpduleux qu'i arrivent dans cette direction, 1ayant ainsi de'teriore~e. On reconn altde loin, at 'aspect de ces anfractuosit's, u son. so est un compose' calcaire et argileux. Le couvent situe' dans tine petite gorge qui decompose sa cre~te, est enitodre' do quelques terres 'cultive'es, mais son aspect compare a celui des inonaste'res que possi'd-enDt los autres 'lies, do0xne de prime abord ~i juger de la predilection avec laquelle celles-ci ont De Proti on, passe 'a Nntigone, qui scion Zonaras se n'ommait Panormus ( Port- Su~r) ses co~tes SOn t tre's-escarpees au sud; dans los autres directions elies of-frent une penite douce,.se terminDent en langue au nord, et servent de base 'a tin mamnelon qui commande toutt cc qui 1'entoure'. Eli~e a un joli village dans sa. partie est, tun monaste're situe' aui nord, les. ruines d'un autre ainsi qu'u'ne tour qu'on voit au somimet du m amelon,et, ch et ha, pr~senbte ds traces de culture. Le laurier, IC rornarin et''l'arbiiste qui donne le laudanum, so plaisent- sur son sol schisteux et calcaire,. Iue 'le soleil devorerait sans cette verdure secourabl) qui lc de'robe 'a ses, ardours. La

Page  89 ILES DES PRINCES. 89 'vigne et l'olivier qui loin de craindre celles-ci,les recherchen L au ' contraireI disputent aux autres un domnatne qui (l'ailleurs semble de droit leur appartenir. Queiques milles au sud - ouest de Proti, sont deux iflots ~normm's Platys et Oxia; le premier pre'sente une plage basse, l'autre un rocher aigu, comnme d'ailleurs leurs noms l'indiquent, et tous deux attirent dans le voisiniage de leurs Cotes. ces buitres que nous avons vant~es. Oxi~a conser've des vestiges d'e'difices dont les forrnes, jointes 'a la nature de la position, ont fait, -conjecturer Ai Pierre Gilles., que ces restes appartiennent 'a des cbateaux-forts. Si mteme l'on en croit les insulaires cc sont les Ge'nois qui les ont O1ev~s, cc qui est tre'sad~missible, puisque cette petite r~publique a laisstS partout sur les c6tes asiatiques, des traces de sa pr~pond~rance au temps de l'Empire (IFOrient. Unec passe d'un demi mulle environ separc Antigone dle Kallki. Pour aller de l'une "a lautre on longe la petite 'Ile de Pyta, qui se pr&sente la' comme un reste de la relation qui liait jadis ces deux terres, ddtache'es aujour

Page  90 90VINGTIEME -PROMENADE. d'hui. Kalki portait chez les anciens le nom de Kalkos, a cause des mines de cuivre que Menippus, Aristote, Deinyg de Byzance hai attribuent,dont Pierre Gilles dit avoir vu des scones, ainsi que de& ~chantillons de boraxP de lapis lazuli et d'autres produits mirn~ralogiques,. ce qui le porte me'me, 'a conj-ecturer qu'e faisant des recherches on pourrait retrouver cette mine d'or dont, panle Aristote, comme d'un spe'cifique d'une grande efjicacite contre le mal d'yeux. Scion cc dernier,1 le nmtal de la statue d'Apollon de Sycione avait et,6 tire' de la inine de cuivre, de Kalki, et 1'on se le persuade aise& ment 'a la seule inspection du sot "a sa surface; car Sit1'on parcourt cette Ilie dane sa partie sud, on trotuvera. abondamment du verdet et des malacliftes,1 dane tous les entours du port de Sainte-Marie, sun un -terrain anciennement, remue; lee anfractuosite's donneront 'a juger de la richesse de la mine dont on suivra les filons jusque~ sous lesecaux: cc qui a fait dire A Pierre Gilles que les foujilles devraient e'tre dirige'es dans le lit de Ia nier. Mais, sans so creer tine difficulte' aussi 6pincuse, on pour-. rait se payer g'n~reusernent des frals d'ex f k -1 41 L If I

Page  91 ILES DES PRINCE,'-. 1 ploitation en s'enfoncant sous les flancs de la mnontagne, au sud-ouest du monaste're de Sainte-Marie. Cette'ile,. dont le sol est schisteux et cal, caire, anrionce que le fer n'y existe pas enI mnoindre prop ortion que le cuivre. Elle a diUt -etre tourment~e' par les volcans, a en juger par les scories ferrugineuses qui couvrent la greve du port de Sainte-Marie,. presentant uin amas de galets dont les boursouflures, la vi" trification, I a pesanteur spe~cifique, et lea corps strangers enferrrn's parfois dans leur inte'rieur, sont autant de preuvres irre'cusables de l'action des feux sou terra-ins, Kalki est d zopose e trois portions rmontuouises, ~epare'es entre elles par un col tre's-prononce', qui se'~tend du nord-est au sud et i l'ouest, en formant la pate-d'oi'e. Tenr. rmine' dans la premi're de ces directions, par le village, qui entounre un.mouillage s~r et fre'qulen te des petits b~timens, il l'est dans les: autres pair deux ports dont celui du sud est tre's-bien abrite', ati moyen de deux promon-... toires de"Vreoppe's comine d-es bras qui tenteraient d'd'reindre un. objet. Chacune des trois portions Offne iin ou deux mamelons couverts

Page  92 92 VINGTIEME PROMENADE. de bruye'res, de pins, de myrtes-, de. te'rebin thes., de genevr~iers, qui forment parfois un fourre6 impenetrable. Leurs flancs presentent aussi ca et hai des plants de vignes assez spacieux; mais' oil la culture n'a rien laisse' en friche, c'est dans le vallon, qui posse'e en effet-un fond de terre trop engageant pour. qu'on puisse le ne'gliger, et oii l'on relolte des grains, des legumes,. du yin, de -1'huile., des fruits de- diverses espekes. Ici la cote est comme dans les 'Iles que nous avons d'a passees en revue!,, coupee ~ pic dans ses parties sud -,et ouest. Quelquefois mis ~i d4~couvert les mate.riaux qui entrent dans la comnposition -du'sol, presentept des bancs. de pierre calcaire.i grandtes. dimensions; ailleurs, des. schiste's dont les feuillets roukaes convulsivement, portent l'empreinte de l'oxide noir de fer. Outre le village.dont nous avons park,' Kalki posse'e encore trois, monaste'r~s qui rivalisent -entte, eux pour la position et le'tendue, en sorte que Je promeneur est embar-. as de savi vers lequel. it dirigera d'abord ses pas. STi commence par Mel de SainteMarie, ii parcourra le vallon danas toute sa 4 1,

Page  93 ILES DES PRINCES. 9 lIongueur, en contournant les hauteurs dui sudI courofnnees 'a leur point cul-minant par un moulin 'a -vent. Apre's queiques cents pas, sa route, qui jusque la e'tait borde'e, d'un c et4, de terres en labour, e t d e l'au[re, de myrtes, d'arbousiers, de pimprenelles, s'%engage dans les pins~, les che'nes verts, et. lui offrica le mona~ti're de Sainte-Marie assis sur le point IC I- p'lu eve' de 1l'istbme, de manie're 'a voir les deux ports du- sud. et de I'ouest. Entour6 de cypre's, de plataiws qni re'pan dent l'ombre jusque dans. sa cour spacieusse,~ce nonaste're est appuye aux deux mamelons de'ache's dont les ramifications s'e'ten dent autour -de I'ais'e dui me~me norn; ii domine celle-ci'comme dui sommet d'un amphitheatre,'et envoie ses -plantations d'oliviers -entre-mrnles de figuiers et de Vignes, regagn'er de part -et di'autre le rivage., IRien n'est -plus favorable' 'a la- im ancolie que cette retraite,. aussi vous. y rame'n~t-elle aTlombre des'te'rebi nthes,sans que vous puissiez re'sister' au plaisir secret qui vous attire., et sans-parvenir A vous lasser jamais ides charmes dI6 site.- Vo's regards Pensif's sarre'tent sur cette mer,, quolkjtefois:limage d'unte trn'e Se

Page  94 94VINGTItkME PROMENADE. ~reine et -tranquille; d'autres fois houleuse et le prsae deL 'eple; suir ces mniot6 charge d'ombrages comme au premaier A~ge, du nionde, avant que 1'homme cut afte're' 1'euvre de la.creation; sur cet asile, qu'on se persuade e~tre impe'n~trable aux passions folles dont 1Thumanite' est le jouet, niais auquel I'illusion.prete des traits que la ve'rite' fait reconmiai't rXe ensuite po'ur meusongers. Au rdtour on passe suir 1'autre revers de la mqntagne, en s'engateant d'abord danus les pins, puis en suiv ant uin ~sentieir qui vous permet d'ambrasser tou'te fetendue de la mer,, et vous conduit au monastk're de Saint-Nicolas, situe' sur le rivage, "a I *entr~e'de Kalki, auquel dteux alle'es de cypr~es l-e rattachent.. i Quels qu'enchanteurs que soien~t Ies. objets qute nous -venons d'esquisscr, cependant- is ne sont point "a comparer 'a ceux dont ou jouit du mmn~ostkre de la Trinitea. Assis comme tine citadielle au somrnet du' ixi-mekin nord, Plante' d'oliviers, de vignes e~t de grenadiers, Ia- vue ernbrasse de lii les deux. terres, sur le pour tour presqiie entier de.LaPoonie devinan't dui moins la partie de. ce cadre-qui,-lui- echappe; elle parcourt d'un seul coup

Page  95 ILES DES PRINCES. d'oeil la portion du globe la plus richie en remmniscences glorieuses, et la plus inte'ressante Pear les attraits dont la nature I'a par~e'e Celle-ci,. prevoyant st~rement le rile brillant quo l'hist-oire devait lui faire jouer, ne pouvait pas preparers inieux.cc aol classique ~i rece.VOir la se'mence ftsconde que les Grecs, lea Rornains,Ilos nations Asiatiques et Euro-1 p~~enn es, os icles anciens et rnodertsne ont r~pandue successivement avec profusion dans son sein, de manie're 'a y entasser los souvenirs de tous les Ages'. Lam.e., en la Contemplant, s'abandont~e' donc sanis plan., et priv~e des facult's nepcessairecspour s'entracerun, a la foule des sensationis qiac tant d'obA jets tous marque's au coi dugani1 e o -duisan s par eux-nmeMs, -et attachaans encore par les id~es que la we'moire~leur prc'te, e'veil. lent confus~ment en elle. On Jette un. regard sur Cyzique.; on en adresse. un. a'utre 'a Constantinople; on -voit successivement en elke Byzance, Constantinoble, Istarnbol, qui tour Atour vous offrent -les Grecs, los Romainsles Ottomans; on la quitte pour aller chercher Nicome'tie au fcmd'do son golfe spadieux, et 3NiL Ceo au dela" do l'Argapthon; on revient encore

Page  96 96 VINGTI1IME PROMENADE a cette capitale, dont l'aspect ravissant ne peut etre compare qu'a lui-meme; enfin la vue se laisse captiver: A son'tour par le charme de la. position, ainlsi que des objets; elle se repose avec une egale complaisance sur la cote ombragee qui l'arrete au nord, et la rive montueuse qui la ramene au sud; elle s'associe a la nemoire-, et cette alliance redoutable acheve de jeter le desordre dans les pensees au point d'engendrer l'extase la plus complete. Kalki et Prinkipos sont separees par;un detroit de six stades. La derniere rivalise avec l'autre pour la. culture et la population; mais elle l'emporte pour l'etendue. Partagee a son milieu dans le sens de la largeur, au moyen d'un col profond, qui laisse de chaque c te, des mamelons formant continuite, et va se terminer a deux anses, cette fie court du nrord au Sud-ouest: sur une longueur de'trois' milles environs Son ssol calcaire; schisteux et quartzeux;,denonce par-e tout La prdsence du.fer qui parfois s'offre degage de toutes partiesheterogenes, mais le:plus souvent. l'etal d'oxide noir; il renferme aussi des mines de cuivre sous la meme forme que celles de Kalki, et en regard avec elles c'est

Page  97 T T E7r 41TN V 0 n Ib T 1VT Y C' A&-dire sur la cu~te ouest; ce qui est une preuve assez con vaincante de l'intimite' qui a diUi exister enltre Ces deux 'iles. Mais la plus forte qui vienne 'a I'appui de cette opinion, est fournie par les produits volcaniques, tels que pierres.' pon-ces et sco~riecs~, qu on trouve stir les hauteurs., au nord dui ronastikre d'u Christ. Prin kipos poss'ede un village considerable, situe siir la c'te du nord, et trois mnonaste~res, dont deux, occupent les somnmets des collines; I'autre, Yextrermite' est du vallon. Son terroir, fhconde' par une culture soignu e', pr(Isente des jardins,. d-es plants de grenadiers,. d'oliviers et de vign-e dans les entours des habitations; ses hauteurs offrent. lamm egetainqecle de KalkiI, et un aspect aussi sauvage dans la partie sud. On trouve 'a y e'garer ses pas d'Iune maniikre non momis agre~able que dans IFautre, pouivant les porter aux trois, monaste'res. par des routes differentes, sur lesquelles sont -semes, des objets diversement caracte'rise's et e'ga. lenient attachans.e Si l'on se rend 4i Saint-Nicolas par le sentie~r trace' sur la c6te est, apre's avoir d&pass6 de queiques cents pas le village,. on voit des resteSr de constructions anciennes, don t les pnes s'an rlVI 0 -

Page  98 98 VINGTIfkME PROMENADE. noncent comme des magasins, les autres pour avoir servi de base 'a des tours, et qui se pre'sen tent d'intervalle 'a intervalle sur une e'tendue, considerable. On arrive ensuite "a travers un jeune taillis de pins, au monaste're, d'oii lPon peut se faire porter sur un fikt, normmeAndiRovito, habite' seulement par des lapins, et s~pare' de la grande Hie par un canal d'un mules environ. On est encore "a la proximite' du couvent de St.-George qui occupe le point culininant de la partie sud, et fournit par eonsequent une vue tre's-e'tendue, dans laquelle est comprise la petite Hie de iNiandro, dispose, A 1'gard de Prinkipos, comme. Ia Sicile, par rapport a' I'talie. Enfin l'o~n a 'a choisir pour le retour~entr~ e,, chemin dutosim monastere,, situe' "a la naissance'd~une~valle'e qui Va de'boucher sur Ie village; et Ia c6te ouest, con tourne'e par unf sentier auquel le mine'ralogiste donnera la prff&rence, car il passera, e~n le suivant., sur les mines de cuivre. Si l'on s'aban donrre A l'autre route., on arrivera'a unpremier puits creuse-sous des platanes, dans la partie la plus resserre'e dui ravin, dont irs revers -sont plante's de sapins de de te'rebitithes; pins loin on en trouvera un second entoure6 de gazons, sur lesquels se r~un it,

Page  99 i i I I I I I j I i i ML% DES PRINCES. 99 tn,une societ eobes car alors ceti ile'compte aussi parmi ses h6tes beaucoup' de citadins qui arrivent avec l'hirondelle printanie're,. et partent en M eme temps qu'elle. Son nom lui vient du choix que, sous les Grecs, les filles du sang impe'rial qui se de'cidaient 'a quitter le m-onde, en avaient fait pour mener une ~vie contemplative; par exemple, Zonaras cite Ire'ne comme l'une de ces fondatrices dle monaste'res; mais ce mouvement de'de'votion de la part d'une mar~itre pouvait-il lui faire trouver grAce aux pieds du grand-juge? D'ailleurs, il fut. commands' plufta' que volon taire, puisqu'elle ne se de'cida 'a ce' parti de'sespere que lorsque Nice'phore l'eut condamne'e A l'exil. La viie dont on jouit des hauteurs de Prinkipos, est aussi riche et 6tendue que celle de lialki; de Ia' on peut observer de plus pre's et mieux d6tailler la cote d'Asie, qui se presente a une moindre distance, et invite *A franchir Ie court tra~jet qui se'pare d'elle, pour, venir visiter ses ombrages; on de'couvre dans le lointain ce turnulu-s qu'on croit e'1eve' aux cendres d'Annibal, mais qui, (lans tous les cas, rappelle un. des modedes les plus accomplis des vertus guierrie'res; enfinl Si lTon pronlene ses

Page  100 10o VINGTItkME PROM1^ADE. regards, sur l'onde, on voit une continu-lt6' de bAtimens qui se suivent sur la route (]e Constantinople 'a Nicome'die, on se rendent de la dernie're dans le port de I'autre, sf-on les vents qui soufflent. Au printemps, Prinkipos devient le se"Jour Privile'crie des Francs, qui y portent leu'r gaite' et leurs usages. La flu' te et le violon y marient souvent leurs accords, dans ces belles soire~es du mois, de mai,. auxquelles la lune prete sa douce lumie're; et ces me'mes lieux autrefois babitue's 'a entendre les soup'irs arrache's par le repentir aux infortfinees, qiu'une funeste inspiration y avaient attir-'es loin du monde,. repe'tent ces, chants d'all~gresse que le contentement provoque. La' encore est 1'e'cole des jeunes esciaves destine'es ~ mneubler le harem du Sultan. L'art de plaire qu'on leur enseigne, consiste 'a chanter des airs turcs en s'accompd~nant du tabour; "a exe'cuter des danses capables de faire nalitre dans celui auquel on les consacre, des dtsirs plus faciles "a satis* faire qu'A e'veiller; elles s'appliquent enfitia' rassembler tous les stimulans que IaVOILIpte' et la, seduction mettent en jeu; mais pAi oscrait leur re'pondre qu'elles re'ussiront a'. obtenir les

Page  101 ILES DES PRINCES. b regards sollicite's; et elles-me'mes peuvent-elles raisonnablement se flatter de fixer cet e'poux au ssi volage qu'indolent? Si,. de P'ile des Princes, on se fait transporter au village de Malt6p6, situe6 siur la co'te d'Asie et qu'on prenne de la' sa direction vers Constantinople, on traverse de bel'les campagnes, soigneusemenlt cultive'e~, oii les plants de k6gumes, de cerisiers, de coignassiers et de vigne, se succe'dent l'un h l'autre. L'inte&. ret est nenore provoque' par des vestiges danciennes, constructions qu'on trouve 'a chaque, pas sur le rivage,. et des de'bris de briques qui couventle ol ur resque toute son etendue, attestant, qu'au temps des Empereurs Grecs, la capitale avait des laubourgs qui s'ktendaient tre's-loin; car la. cote d'Europe fournit les nMemes remarques,. surtout dans les environs de San-St&1ano, o' 1'on voit de fort-belles ruines. A partir de Malte'pe', on trouve jusqu'au Chalcedon, deux. cours d'eau principaux qu'on traversefur des ponts en pierre, et qui descendent de la grande claiane pour arroser de belles valle'es. Si l'on inspecte la direction de Ces cours d'eau, qu' copare la disposi

Page  102 i102 VIN-GTI'E'ME PROMENADE. tion des Iles ainsi que de-la chainecontirientale entre elles, et l'lomnoge'neite' du terrein, on sera tente' de conjecturer que celles-ci formaient, avant le de'bordement de I'Euxin', un bassin spacieux dont les rivie'res que nous avons traversees, etaient les affluens; puisqu'iI n'est pas.supposalble que les feux volcaniques aient fait sortir ces I'es~du sein des eaux, comme celles qui entourent Santorin, leur sol coutenant des mate'riaux qui constituent les terrains de premiere formationl, telles que' des' roches calcaires et granitiques, it grandes dimentions. La presqu'ile. de Fcner-Baktch6 offire aussi un sujet, d'etude au geoIlogue quii y remarquexa des rochers tourment's, dont les couches schjisteuses se reploient dans tous les Sens stir elles-mmies, comme si quelques commotions 8outerraines e'taient venues troubler la nature pendant qu'elle travaillait, ou bouleverser le fruit de ses operations. Les fies des Princes sont les seulslijeux oii 1'on, voit des mnonaste'res grecs dans #es environs de la capitale; pour en trouver d'autres, ii Fiut aller au mont Athos, dans I'Archipel, on hien encore au mont Sinai, qui posse'de

Page  103 ILES DES PRINCES., io3 le couvent le plus ce'lebre. On distingue deux classes des Caloyers; savoir, les s'cutiers et ceux qui out recu l'ordination. Leur re'gle est une pour tous, c'Iest-a'i-dire celle de SahitBasijg. Ces couvens sont le receptacle de beaucoup de vagabonds, de gens sans aveu, et meme de rualf-aiteurs, qui s'y rendent, attire's, non par le de'sir d'expier leurs d'so rd res, mais afin de pouvoir plus facilement en commettre d'autres sous le rnanteau dIC i'ypocrisie. Cependant cela. n'est pas general, et dans -ces lieux on trouve encore des moines qui, aux qualite's exigees par leur e'at, joignent uin caractere tre's-laborieux. Autrefois les: Caloyers., mais, surtout ceux du mont Athos, jouissaient d'un grand cre'dit sur les, esprits; et la preuve pie les derfliers se sont kl~air's, c'Iest que l'empire. des autres, s'est affaibli en general cbez la nation, de marikire Zi ce qu'iI ne reste plus guere at pre~sent que le petit peuple ~i convertir. On peut en dire,-.iutant des autres articles -du do.maine de la superstition, qui, il y a queiques annees,exermqit, un i'pouvoir tyrannique, au point d'exposer se'rieusement ceux qui se reI'usaient 'a ployer-:so~us son joug.

Page  104 ito' VINGTIAME PROMENADE. Les Calo'yers partagent leur tenps entre Te pratiques de devotion et la culture de' la terre. Plusi'eurs., et principalement ceux du mont Athos, ajouten t "a ces occupations, queicjues branches d'industrie; par exemple-, ils fibriquent avec le bois des chapelets, d-es -croix, des horloges d'un -travail tre's-fini,. et ctes sculptures en relief e'galemnent tre's-soigne'es. Leurs revenus se cornposent du produit de quelques fonds., de rentes sur les couvens, des pro-. viflcCs tributaires, du debit de leurs petits on.vrages, et des que'tes,- qui sont pour eux d'un bon. rapport. A cette occasion,. nous dirons que les Grecs en usernt tres-ge'ne'reusemenL, non-seulement dans les de'pe-nses que la religion commande, mais encore dans celles qui,ont pour objet l'tilite' publique; ainsi-Ies de-~ vis pour, leurs C'glises, h6pitaux, ecoles," i mprirnerie, etc., ne les effraient jamais quelquc soit le montant. -Les Armnenivns.,q~tuoique beaucoup plus riclhes-que les Grecs, n'ont pas ai beaucoup pre's autant de.,-Iibe'rait&. Pour terminer Farticie des Caloyeris, nous dirons.qu'ils font vowu de chasttt*e;:que les couvens de femmes 'suivent la, rneme re'gle, cebpendant d'une nmanie.'re bien plus edifian te;. et-qu e

Page  105 ILES DES PRINCES. 105 ces religienises devraient e'tre cloitre~es, ainsi que les hommes:statut qui est observe seulernen t dans queiques monaste'res. Mais puisque nous avons entame' le chapitre de la religion, pusions-le en lui donnant quelque de'veloppenient, d'autant plus qu'il se rattache par plusieur's points inte'ressans aux mcours don t la superstition fait essentiellement partie; et que les canons ecchksiastiquies renferment la constitution, les 1ibert's., ainsi que le r~girne inte'rieur de la. niationi grecqu e. On sait que la v~iritable cause de la se'paration desEglises d'Orient et d'Occidentest I'anv bition qui brouilla le patriarche Photius avec le pape Nicolas 'a Propos de la supremati e, et qu'on de'guisa ce motif au moyen. des cinq pr&textes suivainq puise's dans les dogmes, savoir: 10 Ia: procession. du Saint-Esprit, par le peare:et le fils, que f"Eglise grecqule rejette, n.'ayant jamais Pu se re'soudre 'a souscrire an. Fil/oque, meme aux epoques ou cette condescen(lance aurait p u sauver lT mpi;,e: 2,0 Ic purgatoile (Ue11Ic n'aclret p~as davantage, 5o l'infail-' libilite' du p.aPe; 40 Ia c-61bration1 de la messe avec le pain azime, points sur lesquels cell

Page  106 i-o6 VINGTIE'ME PROMENADE. nese mrontre pas plus traitable; 50 enfin le bapteme par immersion,. et non par aspersion,comme le prescrit la doctrine romaine. Apre's ces differences dogmatiques,. le rite pour son compte en pre'sente uUn si grand nombre qu'il n'7existe plus de rapprochement possible entre Iui et son antagoniste. Les deux points les plus saillans de cette difference,sont ceux-ci: I' les femmes, s6~are'es des hommes, occu.pent des tribunes grillh'es 'a travers lesquelles ii1 est difficile "a la distraction de s&introduire;.20 Ia consecration ne se fait point en presence des assistans,. mais derrie're la cloison interposee entre le sancta sanctorurn, et la portion de Ie'glise re'serve'e aux fidedes; A quoi on -peut joerles jeu'lnes re'pe'tes et soutenus dont n ous allons faire le'&nume'ration. L Eglise d'Orient inflige 'a ses croyans des mortifications sans fin, et des devoirs, de de'votion qui reviennent tre's-souvent, quoiqfl'ils exigent plusieurs heures poure'tre remplis. Par exemple elle prescrit quatre care'mes, savoir: io le grand care'me qui precede I~es fPtes de P~ique, dont la dure'e est de quarante jours, pendan-t lesquels on ne peut faire entrer l'huile dans 1Ia pre~paration Ae-s alimens que le

Page  107 ILES DES PRINCES. 10 samedi et le dimanche, I a nourriLure pour le reste de la semaine devant se homner au 1ka-' viarl, aux olives et aux~poissons 'a sang froid; 2Q celui qAii annonce'la Noel, 5iussi de qua-. rante jours,. mais diff&~rent de l'au tre en ce qu'il tole're le Poisson; 30 le care'me de l'Assomption de la Vierge, de quatorze jours, et rigoureux ~i I'egal du premier; 4o, enfin celui des Apotres, re'gle sur le me'me degr6 de se'v~rite',qye le second, et qui pent dur'er depuis huit jusqu'a quarante-deux jours, seion que la fe'e des Apo'tres 'a laquelle il finit,. est plus ou moins rapproch~e de la Toussaint, e'poqu oi ii commencie. Ii est encore des car'rnes sur~rogatoires pour ceux dont la dt~votion ne se contentant pas d'une si longue abstinence, convertissent 'a peu pre's l'ann~ee entie're en jeunes, an moye de If'rns fetes en TFhonneur desquelles ils instituent de nouvelles mortifications. Relativement an temps qu'absorbent les devoirs de pie'te', pour en donner une id~ee nous nous contenterons de dire que le rite grec a douze voluates in - folio d'hymnes et de cantiques, qui -se chantent en entier dans le cours de l'ann~ee; ce qui faisant un volume par mois,

Page  108 tog VINGTItME PROMENADE. explique le motif de l'institution de ces ft~tes multipli~es dont le calendrier est surcharg6'. Passons actuellement "a la discipline et 'a Iordre Iii'rarchi'que edab~ls dans le clerge6. L'Eglise d'Ofient reconnai't quatre patriarches,1 savoir:- cehui de Constantinople, qui prend le titre de Patriarclie - Ecum~nique; celuii d'Alexandrie qui &e quialifie d'une ma-nikre plus pomnpeuse encore quoiqueinif~rieur pour le rang; ceux d'Antioclie et de JRrusalein desquels on peut en dire autant; en sorte qu'ele est divisee en quatre pontificats oii empires spirituels ayant leurs, ch-efs'particitliers. Le patriarche de Constantinople jouit de la suprematie, depuis le Grand-Constantin, qui cep endant ne changea pas le titre d'archeveque qu'il portait. Saint Cbrysosto'me, sotis The'odose-le-Jeune', prit l'autre., emprunte6 des Juifs qui, a'pre's leur dispersion, le firent connatitte ~i Alexandrie; mais, avant cette epoque, le sie~ge 6piscopal de Constantinople etait Je premier de l'Empire, A raison. de son voisinatge avec le trone,. devant 1equel se pre'sentait, pour etre confirmn', l'archeve'que nouvehement d'u par le conclave, compose' A cet effet des 6Veques et des ckputts de la nation.

Page  109 ILES DES PRINCES. l09 Mahomet II, qui connaissait le caracte're et les mceurs grecs comnme s'il ft't sorti dui sein de cette nation, apre's la premiere ivresse de la conqtiete, s'ernpressa. de rendre l'espoir aux vaincus, en r~tablissant le Saint-Sie'ge danis tous ses privileges honorifique~s, sauf quelques lege'res modifications que la religion dominante commandait,; il l'investit de. la puissance temporelle, porte'e 'a un degre' convenable pour que le troupeau guid,~ par ce chef spiuituel qui, 'a proprement, parler, se trouvait e'tre le prelpos6 du gouvernement, de'livra celui - ci de toutes les inquietudes que fournissent de nouveaux sujets qu'ou veut soumettre 'a un joug, trop dur,mais qu'on reussit ai apprivoiser en leui' laissant de douces illusions. Nous avons vu, par la nation Juive,. que ce mode. sage, en vertu du-. quel les lois de l'Empire n1'ont plus qu'a' exer-. cer la haute police sur les rayas, a pris de 1"extension; et s'il ne produit pas ics heureux r~sultats qu'on serait en droit d'en attendre, c' est qu'il est contrarie' par une foule ode de'sordres qui d~truisent ou. attenuent son e ffe t. Le patriarche, que la crainte avait porte it

Page  110 I10 VINGTIEME PROMENADE. fuir, fut donc ramene', par la confiance,. aux pieds du Sultan qui le combla d'honneurs, lui donna de sa propre bouche le titre qu'il croyait avoir perdu; le fit instaler dans I'eglise des Saints-Apo'tres ( Felis&'-Djgamissi) qui prenait xrang imme'diatement apri's Sainte-Sophie; le constitua. interme'diaire entre sa. nation et le tro'ne; attachba "a sa. personne -un orta de janissaires, dans l'intention de le faire respecter,, conmme'aussi de lui attirer la conside'ration dont son ro~le avait besoin:usage qui depuis s'est maintenu tout en perdant la force de son institution primitive; enfin Mahomnet confirma ces privileges par un kbatti-che'rif,. ou ordonnance imperiale, qui devenait le litre le plus pr~cieux de la nation. Ce mode d'installation tel que nous venong de le dccrire,. se soutint jusqu'au pontificat de Partemrius qui, accuse' par. le& kan de Crim~e', d'intelligences avec la cour de Moscow,, fut pendu en i657, et de's lors ses successeurs, ne recurent plus de la main du Sultan,, mais seulement du premier ministre, leuirs diplo~mes. En consequence, lorsque le Saint-Sie'ge vient 'a vaquer, les eVteques, le logothetc, en sa qualit6' de repre'sentaut ecclksias

Page  111 ILES DES PRINCES. h I I I tique; le dro~nan de la Porte, comme repre& sentant civil; les chefs des families du Fanal, et ceux des corps de me'liers, se rassembleint au palais patriarcal. Ils nomment tin pontife pris parmi les e'veques, et dressent acte de leur de'termin ationa, qu'il font parven ir 'a Sa Hautesse, par l'intermediaire du premier min istre. Le Grand-Seigneur, ayant con firmea le choix de la nation, le nouvel e(Au est conduit en grande, pompe aila Sublime-Porte, suivi de tous les e'lecteurs. La' on le reve't, ainsi que tous les membres du college, du caffetan d'bonneur, qu'iI -recoit debo ut; apre's quei le grand-vezir l'arme du hazeran,. canne 'a porme d'ivoire, qui est le signe de la puissance temporelle; il l'exhorte 'a demeurer fide'le aux inte'rets du souverain., et 'a guider sagernent son troupeau, sans jarnais lui faire 6prouver d'oppreSSion. Le patriarche passe ensuite chez le keaya-bey, puis chez le reis-effendy, et fin a. lernen.t chez Ie tchiaousch-bacbi, oii il jouit des honneurs du sofa, ainsi que de tous ceux reserve' par le c're'mori~al pour les person-. niages de distinction. A l'issue de ces visites il est conduit A e' glise patriarcale, oit le grand logothe'te,- un des premiers archeve'ques, Icl clerge' et lCs

Page  112 xxr:2 VINGTItME PROMENADE. chiantres, vie'nnent le recevoir.,ans le vesti-. bule. De; hI, il passe au chceur oflrnd place sur le siege pontifical, et le second lo-. gothe'te lui adresse un discours dicte' dans, 'im-. tention de lui faire part des vceux qui I'appel. lent au patriarcat, et des espe'rang~es que sa saintete' inspire 'a la nation entie're. Le premier logothe'te repete, 'a quelques nuances pr's, ce que son second a dit, ensuite de quoi' le pa-. triarche va faire son adoration devant les saintes, images. Cet acte de devotion rempli, I'archeve'que d'He'racle~e, en commemoration cle la supre'matie de son sie'ge sur celui de By. zance., que Septime-Se'vere condamna au rang d e"Veche suifragant, remet au patrliarche la crosse ttitre d'investiture; lui fait des lec-. tures pieuses, une exhortation pastorale,. et la c're'monie se termine par l'office divin, releve' de toute la pompe dont s'entoure le culte dans e'~glise d'Orient,. ce qui n'est pas peu dire, car dans aucune religion ces prestiges ne sont pousse's aussi loin. quelques phrases du discours, ~e 1'e'veque d'Herachle', donneront 'a juger de son style tout char&e de figures, et de J'nfluence de 1'hyperbole orientale. I (Cette crosse, que Dieu me chiarge de

Page  113 ILES DES IPRINC!"S. de'(lposer dans tes mains, fr's-Saint-P're (f doit te tenir lieu de hroulette, pour guider toujours, ton troupeau. dans des p)kuraaes aensemences par 1'Esprit-Saint,; ol'i l'Ame apuisse trouver un. alilment abondant, coina o~d'e'Tmanation cdestes. Qielle ait ((pour toi contre los insectes venimeux, et ales amimaux incapabies d'e'tre apprivois~s,1 Iv a me'me vertu quo cette baguLette rae~u ea alement par Moise des mains du ToutaPuissant; an x ordrcs de laquelle s'o Uvraient, aou se rapprocbaient, los flots, pour mon.atrer aux lsracdites le chemin de la terre apromise,, arrose'e par des torrens do miel ((et (1e lait; ou bien pour engloutir leurs suaperbes oppresseurs. Accepte-J1i comme le asceptre de 1'empire do Je'sus-Christ. Que, acette armo e'cu~meniquc-,L (ovienne datns tes amains la tei'reur des ennemis do la foi,. et aqu.'elle to tiennoe licit do gouvernail, pour conduire dans le port ouvert, par le ciel aux afide'Ies, ce, navire voguant sur une mer agiaete par los. fluctuations d'un monde pervers, nais sur qui cependan't Ia gratco (Cveille. ) Ce discours termine, le patriarche monte 7 8

Page  114 114 VINGTIEME PROMENADE. dans la salle d'audience, oii il recoit les corn-. plimens, de f~1icitation de tous les premiers personnages de la nation grecque, et de's lors il entre en exercice. Ceci suppose que l'dlu est present; miais si le choix est tombs stir u~n &v'que absent, on lui' expe'die par un. exarque l'annonce de sa nomination, accornpagne'e d 'un ferman; et jusqu'~i l'epoque de son arriv~e, le Saint-Sie'go est rempli par un suppleant pris parmi les Vevques. Lavacance du Saint-Sie'ge peut avoir lieu de deux manie'es: ou par dece's ou01 bien par suite de deposition. Cette dernie're doit tou.jours, etre motive'e par des causes graves., tirees de la conduite politique ou. ecclksiastique du disgracie'. Le Sultan et ses ministres pronioncent dans le premier cas; dans le second., clest la nation elle-me'me qui est juge, ainsi que pour celui de le'sion 'a l'cgard de ses propres inte'rets. Lorsqu'il y a lieu 'a deposition, on exige un acede de'mission du patriarche, et, apr's I'avoir souscrit, it quitte le plus souvent la capitale, pour passer en 6xil. dans lFun des dioce'ses de l'Empire. Cependant un patriarche de'pose

Page  115 'ILES DESiPRINCES. 115 ne ped passes drot a occu per par' la suite le sie'ge e'cumnenique. Les trois autres patriar.ches peuven t aussi y parven,ir. Afin d'aider le lecteur "a se former une id~ee de I'etendue des privileges ddf~r~s au patriarcat, et des liberte's dont la nation (levrait jouir si la loi C'tait e'coutec, traduisons'les articles les, plus saillans du berate de'livre6 au patriarche par la Sublime-Porte. Article jer. tu Le patriarche ne pourra e'tre de'pose queu pour des clhoses graves,. et jamnais par de'f~rence aux insinuations de ses eninemis.. U 20 Ceux qui postulent le patriarcat ne, o(doivent point le briguer en promettant au grouvernemrent plus que celui-ci ne pent le'hgitimement pre'tendre.)) Get article prouve que ce sont les Grecs qui ont corrompu les Turcs, et d~grade' leurs privikges en les, mettant aux enche'res. (,, 3Vii ne, devra e'tre nommc6 que pat' les eAecteurs reconnus par la loi, et ne pourra. etre depose' que du consentement, de ceux-ci en cas -de prevarication. 4o Les sceaux de la nation ne scront appoc ess qu'au sein du conclave et ses rnembres "les auront en de'pot. 5o Les e'glises et monaste'res grecs sont sous la protection de la a loi, et ne pourrot etre grcve's de taxes ii

Page  116 ii6 VI.NGTIEME PROMENADE. (( lgales..60 Les e've'ques,,airisi, pije tous kes membres de la comrrwnion grecque, doi-. ((vent porter aiu tribujnal du patriarche les affaires litigieuses de sa cornpe'tence;- c'est-iiu dire les causes.ci'viles'susceptibles des voies cc de la conciliation, et les causes eccle'siastiques, stir lesquelles pourtant il ne devra~ prononcer que de concert avec les 6ve~quea composant son consed.)o Cet article, comrne *on le voit, s oulage les tribunaux turcs d'une foule de d~me'les et de contestations, de fa-~,mille du ressort du tribunal domestique dont le patriarche doit Mmr le premier julge. (( 7 "Moyenn ant la somme qu'il est tenui de verser dans les coffres de l',Eta t, Ai sera A I'abri cr de toutes autres pre'tentions de la part des (( percepteurs. Mais nous avons dit que ceux - ci sont g~it~s par les contribuables. w 80 Qui que ce soiL ne pourra s'inge'rer dans v les affaires du patriarche et de 1FEglise ptiedu consentement des e'veques.. 90 Les Chre-_ tiens qui seront dans Pintention. de se ma" rier,. devront observer les coutumes pres — crites par letir religion, et aucun Musult(man ne pourra. obli'ger le patriarche 'a en(( freindre celles.-ci; en consequence aiwcunf.

Page  117 ILES DES PRINCES. 1 111.7 autorite' ne sera en droit de lever les puni-. t( tions inflige'es par luii aux papas qui se se~-raient rehtche's de ces coutumes, et il est defendu aux juges de contraindre le clerge' ai enterrer les individus qui auraient contracte'les liens du mariage avec des person - nes tenant "a eux par la parente' aux degre's (Cqui rendent les unions non. valides. 100o Tous t(les legs faits en faveur des e'glises, des pauvres ou de quelque membre dui c lerge' par qui que ce soit de la communion grecque, seront reconnus 1kgitimes. i i~ Tous les dif'~(f~rends qui s'edleveront entre le patriarche, c~les me'ropolitains, les arclieve'ques,. etc.,, i( e seront jug~es que dans la capilale par le tribunal 'imperial. i 2" Les Grecs ne pourf( ront e"Lre contraints d'abandonner leur (. croyance pour IFislamisrne. 130 Treize di4( gnitaires ecclh'siastiques seront dispense~s dui likkaratche et de toute autre espe'e d'impo~t affecte' au titre de rayas. 140 Les droits ecff cle'siastiques seront percus rnoyennant un v ferman., et le col-lecteur sera sous la protec(( tion inviolable de la loi. x 50 Les charge's de %( pouvoirs du patriarche pour recuejillir le yin, *( le ble, 9le miel, Il'huile,. les ktoffes, et autres

Page  118 jig VINGTItME PROMENADE. c~articles que les fidedes lui donnent, seront b ors de toute atteinte' de la part des douanes. G u& Caque chef de famille' du dioce'se, de 4Constantinople devra escompter annuellement douze aspres au patriarche,. et chaque pre'tre un sequin. Les Jeve'ques en recevront aautant dans leurs, dioce'ses resPectifs., 17* K Lorsque quelques affaires ne'cess'itero'nt la a pre~sence de l'un des trois patriarches dans l a capitale, ii ne pourra y paraitre sans en avoir pre~alablernent la permission du clief ec&urnnique et du synode., i~ Toutes les affaires du ressort de la religion seront ter.min'e prla Sublime-PortesinIspt ades rapports que le synode lui remettra. sur (cces objets. 190 Le patriarche et lCs e'veques D e pourrpnt etre contraints ~t recevoir tel ccjanissaire, pour sauve-garde, si le candidat (c e leur convient pas. )) Ces articles- sont suivis d'autres moins iinportans, mais qui oft toujours le me're objet en vue, et composent une charte de 1ibert~s qui contraste d'une manie're marquee avec le re~gime sous lequel les Grecs,. du momns ceux de la province sont condamne's a' vivre. 11 est aise' de d'me&icr que la politique a dicta cette charte, a en

Page  119 ILES DES PRINCES. I''9 jugerpar les ~gards touit particuliers avec lesquels le cter~ge' y est traite'; Mahomet ava-it bien devine6 que se 1'attacher e'tait le plus sAW rnloyen de se rendre mai~tre d'une nation superstitieuse, qui alors vi-vait clans tine abso — lue soumission. 'a 1'6gard de ses pre'tres. En vertu de 1'article qui constitue le patriarche, conciliateu'r clans les -diffrends d'eve~s parmi son troupeau, ce pontife. tient deux fois la semaine dyvan,. mais sous la condition que les, parties consenten~t at adrnettre sa me&diatioin; car dans lc cas contraire les tribunaux turcs prononcent. Ce dyvan pr~sente deux classes de j uges, dont la prcmie're se compose d'eveques que le patriarche preside; -la seconde d'ecckisiastiques d'un ordre infi5'rieur, et qui ne prononcent que stir des causes 'de trop peu d'importance pour me'riter la convocation de la haute-cour. Ce qui peut contribuer encore 'a attirer die 'la consideration au patriarche, c'est, le privih6ge dc se faire pr'c~der en public d'un jan issaire ainsi que du hazeran, et accorupagner de plusieurs membres, de son clergeo; mais ({uoique ces marques ext~rieures subsistent dlans lcur entier,, son credit, n'est, plus 'a beaucoup pre's le r-nme'n qu'autrefois, en sorte cque

Page  120 120 VINGTIE'ME PROMENADE. le drogman de la Porte prend le pas sur luii dans 1'opinion pre's des famnilies dufFanal, aux yeux desquelles le patriarche est une protection inutile dans ce monde, par consequent qui abandoinnent volontiers 'a la classe du peupie, celle que son autorite' spirituelle promel pour l'autre. Jusqu'au pontificat de Partenius, le bazeran, avons-nous dit, lui e'tait, donne par le Grand-Seigneur en personne, et Sa Hiautesse ajoutait "a cet honneur insigne miflk sequins de gralification; depuis, 1'inverse s'est e'tabli relativement, aux deniers,, et c'est 'a present le patriarche qui gratifie, si ce n'est, Sa Hautesse, du momns ses ministres: ce -qui peut lui cou'ter, ou pLui ~A la communaute', jusqu'a' deuc cents bourses. Skrevenus sont fonde's, 1, suir lFinstallation des me'tropolitains et des archeveques, lesquels doiveD t lUi faire un present de vingt bourses environ;.20 sur toutes les C'critures qui sortent de sa chancellerie, et les affaires porte'es 'a son tribunal: ces dernie'res, paient pour frais de proc edure le dix pour cent des sornines en litige:. c'est -a - dire, ai l'instar des' tribunaux turcs; 3. sur un cadeau, que chaque archeveque est oblige' de lui faire ~t l'epoque de sa nomination, sur quei it

Page  121 ILES DES PRINCES. 2 1 2 E,escompte annuellement soixante et dix bou'rses au miri. Oest le synode qui nomMe tous les patriarches. Le mode d'installation est le me'me que pour celui de Constantinople; cependa-nt les trois derniers ne recoivent point de caffetan, et leur investiture se fait par le patriarche &ecume~nique re'uni aux evequesJ selon, cc que pratiquaient les Ap~tres. Chacuin d'eux a sous lui des me'tropolitains, 'ceux-ci dles archeve'ques, et ces derniers des e'veques suf.fragans qui sont 'a la nomination de leurs metropolitains. Les revenus des premiers et des seconds se composen t, i 0 de l'imp0 i sur chaque famille de leurs dioceses., conforme'ment au b~rat; 20 des cadeaux de leurs suffragans ~ 1X6poque de 1'installation, de ceux-ci et- de la leur propre 50 des sommes que leur paient les proestos, dont no us parleron s plus bas; 40 enfin., ils ont leur part dans le produit des enterremens, baptemes et manages, ces derniers iie pouvant, se faire sans qu'on ait acbete'des licences. On voit que le montant de leurs revenus est fonde' Sur le nomnbre des fide'les re'partis dans leurs -diocei'ses,. t)ien pliito't que sur l'importance et

Page  122 122 VINGTII~ME PROMENADE. 1'ktedue de ceux-ci: tellernent que 1'arcbe-. veque de Ce'sare'e, qui est le premier de tous, ne'rdcolte annuellement que six ou sept bourses, tandis que I'archev'cbe' d'Ephe'se eni rapporte jusqu' a cent. Es ne sonL tenus envers la. Porte qu'Ai escompter une bourse, paye'e une fois,- pou r IJeurs bera tes. Quan t aux revenus des suffragans, ils se re'glent d'apre's la M eme base., ainsi puie leurs' de'penses, dans lesquelles le me'tropolitain entre le premier en ligne de cornpte. Ceci conduit A bien des r~flexions sur un trafic aussi scandaleux des offices exerc~s avec tant de de'sinte'ressemeut par les Apo~tres dans la primitive e6glise, et Ai s'apitoyer sur le sort de ce pauvre troupeaun, que tant de mains avides s'emploient 'a tondre; on peut Meme en de~duire que les Ottomans ont appris des Grecs Ai mettre en vente le sacre' comme le profane, puisqu'ils-sont appeles en qualite' de te'moinsdans ces marche'sofu I'intrigue a trouve' moyen de les inte'resser; et qu'elle a 6te' la premie're At leur demander le prix qu'ils pre'tendaient exi'ger du 'siege patriarcal. Combien d'autr es reproches ne seraient-ils pas en droit d'ad resser 'a la me'me nation! ILe n ombre des me'tropolitains relevant du

Page  123 ILES DES. PMNCES; siege ecumenique-est de qUatre —vtingt-h1uit,, et celui des archeve~ju-,es de vingt. deux. Ces derniers ont soixantoe e'veques suffragans, et prennent des titres fastuieux, selon-le rang qu'ilI~ tiennent sur la liste. En consequence,, leur vanite' s'est partag~e', et se dispute tout 1'anc'ien domaine de 1'Eg'lise d'Orient, dont on les croirait encore en possession a' en juger par ces qualifications brillantes; par exernple, Fun se (lit exarque de I'Arabie; un autre, exarque de la Lybie; la Syrie est de'chire'e en plusieurs, lambeaux pour fournir des exarchats, dont quelquefois le me'me compte deux ou. trois pre&tendans. Le mont Lyban, la Palestine, ne soit pas moins morcek~s dans la vue de donner de la p~ture "a l'orgueil ainsi qu'a' l'avidi'te; et mal-. gre tant de charges accablantes pour une nation que ce luxe a perdue, on voit encore des me'tropolitains cre'er des e'veques Qd hon ores., pour lesquels ils inventent, des titres, emprunte's des villes sans si'ge e'pi'scopal; et mernie obtenir 1Fagre'ment du synode, gr'avernent assemble" pour de'ibe'rer sur ces questions du ressort de la pu-re vanit6'. Parmi les me'tropolitains, ii. en est douze de premiiere classe qui re'sident toujoinrs 'a Cons

Page  124 24VI NGTEM.E`PfBOMENADE. tanLitioleofdafinJd' prendre connaissance des affaires relatives 'a l'Eglise. fis se font repr~3 -sente r dan s leuirs dioce'ses par des clhargc's de, pouvoir~s, qui rentrent dans le n(-ant en ilelY prdsence, de la manie're la plus trappante. CUs m'tropolitains sont cex:d esar~ee avec le ltitre ~d'exarque de tout l'Orient; d'Epliese, exarque de toute 1'Asie; d'JHLracl~e, ayant quatre suffragans; de -Cysiq~e, de Niconmdic, de N'iceec, de Chalcedoine, toLuS quatre exarques de la Bithynic; de Tliessaloinique, (qui a buit sut'fragans; de Dercoti, exarque du lBosphore de Thac ei des Cya1iecs; de Trfun1ove, d'Andrinoplc ct d'Amnasic: cc dernieir emprunte son titre du PontEuxin. Si l'on voulait en citer d'autres comnmc exemple de la folie hurn aine, on pourrait nommner l'archeve'que de Cre'te, don t l'eXar-1' chat se compose dc 1'Europc entie're sanj restriction; ct celui de Smyrne qui ne fait de toutc 1'Asie qu'Iun dioce'se, dont nous avoim dja'vu leveque d'EplP'se s'emparer; mais lie nous arretons pas 'a relever toutes ces cxtravagarices, et 'a concilier les diffh'rends saiis consequcnces queu~es peuvent occasionner. Le sie'ge d'Alcxandtiei a plus qu'aucun. au

Page  125 ILES DES PRINCES. I 1 2 1 tre perdu de son (lomaine, 'i raison des excursions fre'quentes des'Sarrasin8, ice qui a re6 -duit 'a quatie le normbre de ses -mitropolitiains, dont les titres sont ceux d'arch-eve~ques de Lybie-, de Memphis, de Peluse et de Me'telis. 11ne nomme pas aux trois derniers sie'ges,. se rservant ]es reve-nus qui y sont attces pour ses prof.Yres hesoins, auxquels le petit nombre des chre'tiens d'Alexandrie -ne peut sutfire; cette-conside'ration fait aussi que son se'jour hahituel est la ville (Ie Memphis. Celles de Tripoli, de Tunis et d'Alger, pourvuces de plusieurs 6glises, son tics 1)rincipau'x apanages de 1'arcleve'que de Lihye..Le p atriarche d'Antioche a. sons sa' juridiction seize me~ropolitains,. qui sont disse'mine's dans la Syric I 'Arme'nie, la Me"sopotamie,l htiiPrle, la Cilicie et le mont Lyhan. Celui de- Jiru-saleru en a' six et pareil nomIbre d'archeve'ques. La Palestine, la Jude'e et la Gyalilee composent 'Son domaine; et comne- so.n dioce'se est expos' 'a des troubles fr' quens,il fait sa r(!sidence -A' Constantinople. Lnfin, les archeve'ques du mont Sinai et (le Pile dle Chypre tiennent Un rang at part; Ddcuxi,'me est c)lu par les

Page  126 1 26 VINGTIIPME PROMENADE. eveques ses suffraganS;;! il. jouit de privilkges qui lui ont, e'teaccordes par l'Em~p'ereur Justinien, lesquels consistent 'a se parer du titre d'archeve'que de la nouvelle Justin ianopolis, de tenir un sceptre au lieu d'unp. crosse dans, 'Cs ceremonies,de se reve'tir d'une tunique rouge et d'apposer son seing avec- de l'encre, de la meme, couleur. L'archeveque du- ~mont I-Sinai. est au chOixdes, pere's de~soni,,monast~re; mnais ii ne peut se passer de la sanc'tion du patri.arche de Jerusalem pour rec~voir l'investiture, ayant ~ete' autrefois son.suffragant. La nomination des me'ropolitains de'pendant, du siege kcume'nique, se fait. dans, le synode, compos6 de tous les memnbr'es dui haut clerge' pre'sens dans la' capitale, et re'unis L cet effet dans le'4glise patri-arcale. Apre's une invocation adresse'e 'a 1'Esprit-Saint, afin~d'ob-. tenir du ciel une inspiration favorable, on en vient aux suffrages, et celuii qui rasse'mble leur majorite' est conduit, au'' patriar~che,puis recoit, linvestiture par trois archeve'ques- qui r~citent des prie'res analogues at la circonstance. Un arclheve'que ou eveqe -ne pout Cre de'place' plus de trois fois du ~6g qu'il occupe,

Page  127 ILES DES PRINCES. 7 127 et ne doit e'tre depos6' quo par une sentence du synode. Les rentLes de son d ioce'se sont Stipukees dans les titres que lui remet le grand logothe'te,. et sur leur montant doit, kre pre& leve l'inte'ret do la portion do Ia, deotte publique, affoctee 'a ce meme dioce'se., pour laquelle le patriarche ainsi quo 10 membre du synode so portent cautions. Cette dotte, qui n'est plus aujourd'htui que do quinze cents bourses environ, et s'dolvait beaucoup plus lhaut il y a (quelques anne'es, tiro son oricyine (1e5 sommes qUo la Porte exige, des ~molhrmons,. aumnones ot autres de'ponses faites au nom de la comniunaute'. Ello so ii-. quide, comme noiis venons do lo voir, ait moyen d'une re'partition sur tons los dioc'ses., dont chacun d'eux est tonu 'a payer los initere~ts do sa quote part, et At donnor annuellemont un ~-comnpte sur le capital. Ccliii - ci so prond dans los bourses des Juifs, des Armn'niens et memen des Turcs; los fortunes do plusiours f~imiiles grecques sont aussi dedpose'es dans cette caisse; assure'es par dos recus signes, 4u patriarche ainsi quo des e've'ques les plus nlarquans et hypothe&quees chacune sur un dioc'se particulier. Los int~rt'ts des somros,

Page  128 128 VINGTItME PROAMETNADE'. ainsi plac~es sont, de Lo ou i12 pour cent. Passons 'a present aux charges (jui entourent le si'ge kcume'nique, dont les unes so trouvent rem plies par des seculiers, los autres par des eccle'siasLiques, et commencons par celles qvii appartiennent 6 I'ordre se'ulier. Le grand logothe'te'est le premier des officiers do cette classe; il prencl,s~ance dans le synode au-dessus do tous los arcbeve'que5 et e'veques, li a d~roite dui patriarcho; il a aussi, dans cc cas, le pas sur 10 drogman en vertu d'une decision de Moustapha. Ill; il assisto hi 1'office divin lorsque le patriarche pontifie; il a sa place dans le chcur; re~cite le Credo ainsi que 1'Oraison Dominicale; jouit du privilege de se rondre "a le'glise 'a cheval, en hahit do ce'remonie et avec une suite; nous avons vii do plus qu'id ddlivre aux arclieve'ques leurs lettres de nomination et les instructions y relatives. Ses revenus se composent do fixe et de casuel Icl premier proviont, do cc quo liii paient certaines cite's 1'Fautre do ce qu'il re — coit des archeve'ques on rotour de leurs bre. vets. Apre's lui vient, 1' Ic gerand scevophylax (conservateur des objots pre'cieux do l'Eglise);

Page  129 ILES DES PRINCES. 2 aut~refois il avait l'insp ection des monOaste'res,. rnais aujourd'hui sa charge est presque re'duite 'a l'honorifique; cependant les couvens lui' paient encore une petiterdvne, et il jouit en outre de deux exarchats, c'est-a-dire des revenus ecclesiastiques de deux paroisses., qu'il afferme; 20 le primicerius, membre du dyvan., et collecteur des eapices que produiisent les causes jug~e's 'a ce tfribunal. Dans les jours de solennite', il 1orte devant le patriarche un cand~labre,~ et le hazelnan quand le pontife sex miontre -en public. 11 est le rapporteur de toutes les affaires adresse'es au Saint - Si~ge, et percoit les tdroits mis stir les p~erm~issions de inarage, ainsi que sur toutes le's kritures exnarnant, de la chancdllerie hiinp dont iA a sa part; 5" le protopsalte ou pe inier chiantre; 40 le larinbadarius ou second clhantre; 5" les deuix dormestici qui font la basse dans le chant; 6" le protocanoma-rchos out premier lecteur. Tous les emplois noninmes en dernier lieu tiennetnt tin rang sensiIblernemmt interieur relativement aux autres et se 1etribuent au imoyen d'exarchiats, qui comrne onl le voit, Sol-t la mionriaie cournte de FEglAise grecque. 5.9

Page  130 j3o VIINGTIEME PROMENADE. Le grand chartophilax, le grand orateur, Jo grand eccl~siarque, le protonotarius, le second Iogothke, Ihostiarius, le ref'erendarius, et plusieurs autres, n'ont aujlourd'hui, malgre' leurs, titres pompeux, de fonctions que celles de dresser les lettres et e'crits du ressort de la chancellerie. Ces notaires, tien-. nent leurs bureaux dans, la cotir nilerme du palais patriarcal, ce qui con traste beaucoup sanis doute avec. los, vestiges do splendour quo leurs niorns rotracent Dans ics offices des s~culiors,. rentrent en.core, Io lo kapjy-~keaya du patriarche, charg ' de donner conniaissance au drogman de Ia Porte do toutes, los affaires relatives 'a e'~glise et A la nation, pour quo 1'autre puisse en informer le gouvernement; 2o le premier seer'e taire, qui tient la corrospondance du patriarche avec los e'veques; 5o enfin,. le deuxic'me socre& taire', charg6' de laicomptabilite' do la dette pu. blique. Les charges ecclesiastiquos se pre'sentent dans l'ordre suivant: i Jo legrand 6conome. Cet officier est tenu d'assister ai toutos los ce're monies de I'eglise, ainsi qua dyvan, ou' ii prend rang,, apr's los eve'qucs, parmi lesjuges do la secondo classe. IL recoit quelques hono

Page  131 ILES DES PRINCES. 3 i3i rairesP et doit etre marie'. Viennent ensuite Ie socd'ion, le nomnophylax, le castritncius, le protopapas, le second des pre'tres,. le grand intendant, Icl docteur de l'6vangile, celui de's psa-iurn-e sle peare nourricier des orphelins,,et plusiecurs autres qn'iI est inutile de nommer, puisqu e par leurs offices ils sont re'duits 'a n'e'tre qiue tituiaires' 'a moins qu'on ne veujille se servir de cette longue se'rie, comnme preuve de la miltiplicite' des charges qui accablait IErnpire Grec. Enfin les officiers du patriar.che fermen t la liste,. et sont: -0 le protosyn-. g'ellus, qui -exerce son ins piction sur tbus les pretres, jouit du (iroit d-e leur irifliger deg j~-iu niti~ons,sauf cependant lapprobation dii patriarche; ajoute encore, -ices preroga Lives -celle d'etre membre ne' du petit dyvan, pour quiiies, qu-erelles (le m~uiage c6nstituetrt la p)rincipale occupation, au point qu'on penit rintituler le th6atre cornique (le FOrien't. Le protosyn.. gellus 'tire ses Crniolumnens d —e l'investiture des proestos, et des premiers priutres (Ie l'~glise. Le mode de re'utribution se continue, comnie on1 le voit: sontenii tonjours.par le me~ine esprit.; en sorte que, depuis-fe patriarchie, touteS Its charges vivent'aux de'pcns de celics qui' leur

Page  132 132 VINGTIE.ME PROMENADE. sont subordonne'es, jusqu'aux que'teurs, qui exploitent la mfine;.20 arclbimandrite,, est le premier des douze cures. de l Feglise patriar-. cale. La plus importante de ses fonctions consiste 'a recuejilir,. au profit du patriarche,. les. successions des eccle'siastiques qui ne laissent point d'bh'ritiers; 3o le syngellus, simoplement titulaire; 40 1'archidiacre, charge de de'livrer les permissions de maniage. En sa qualith' de chef des diacres, ceux-ci lui font entre eux son revenu; 5o le second diacre, garde des sceaux, qu'il n'qippose jamais sans une retribution; 6o les douze cures., qui ont pour fonctions de cdle'rer l'office divin; 70 le por. tscommis ai la garde du saint-chreome dont ii est en me'me temps le dispensateur. II fouffit 1'encre et le papier qui se consomment dans la chancelleries, et cia retour,. il a sa part du produit des lettres d'excommunication, et de celles de remission,. ce qui a.cbe've de prouver que* tout se vend dans rfEgiise d'Orient. L'officier nomme en dernier Iieu est 1'introducteur, pre's du patniarche, 'des eVeques nouvellement arrives dans la cap~itale,, et compte au nombre de ses attributions, la police, inte'rieure de 1'Eglise, qu'il

Page  133 ILES DES PRINCES. 1.33 fait exrcier par douze subalterrnes, qualifie's du titre d'euttaxines. Tous ceux que notus avon~s nommes, depuis le protosyngellus, n'ont, besoin que d'une simple be~nediction du patriarche pour etre, sanctionne's. Nous avons parke des lettres d'excommunication sans faire connai'tre les motifs qui les provoquent,1 ce qUi pourrait conduire 'a erreur,. en attribiiant 'a ces motif-s tine importance qu'iits n'ont pas; dcartons done le lecteur d'un ple6ge,. en Iui appTrenant, ~i quel emploi snbalterne sont, consacr's aujouird'ui ces foudi-es de l'Eglise Grecquequi, autrefoi s, allaient se heurter contre celles deC la cour de Rome, et n'e'pargnaient pas plus quelles les te'tes couronudes. Par exeniple, si qucique objet pre'cieux a't6 d'robe'dans une maison, les maitres font excommunier tout le domes tique, auquel un papas dIonne lecture (Ie la sentence; alors on Voit les innocens attendre avec anxie'te que la pa'eur et le trouble de'celIent le coupable, et chacun s'agiter cornme s'il ktait en effet pourS uvi par la m al6diction divine; enfin l'inter(lit) mnis autrefois sur un Etat, n'y produisait Pas une consternation plus morne.

Page  134 134 VINGTILME PROMENADEL II. nous reste 'a parler de la composition d'une paroisse, d'apre's le rite grec; en con-. s&eqience, voici lor(Ire hicrarchique qui y est e'tabli. D'abord. eie a nL~f Upluisieurs proestos, selon. ses faculte's. Cqs proestos son-t clbarge's de reciter dans l'office divin, I'Oraison Dominicale, e Credo, etc; de faire les mariages, les enterremens,. les~bapte'mes; 'a la rigueur cette charge est suiperfine; inais, cornme elie se vend au profit de 1'6ve'que, on la rencontre dans toutes les 6glises, et t'on. suprirne mmehn les auitres saris exception avant celle - Ia'. Le confesseur (pneurnaticos pNr spirituel)occupe la seconde Place. Ii achi'te, sous le manteau,, son office de Ieveqiue., et vend aux p~chieurs la remission de leurs fautes. Tout pre'tre n'est point habile 'a remplir ces fonctions; Ai faut qu'il. ait au moins quarante ans,, et uiie permission par e'crit de e'~ve'que. Le troisic'me est le papas (ephemerius ). 11 cedkbre l'of'ficc diicante 'es v'pres, les matines, et prend un role dans toutes les ceremonies de I'Sglisc. Enfin viennent le diacre, les deux chantres, qui peuvent Ctre o~rdonne's ou se'uliers; le cauonarque, ou lecteur, qui recite, les hymnes.,,

Page  135 ILES DES PRINCES. '3 i35 psalmodiees par les deux chantres, place's danis le chceur en regard Fun de l'autre; le candelanaptis qui, en sa qualite' de sacristain, est le dernier de tous. Cette enumeration suppose une grande paroisse; mais il en est d'autres qui, faute de moyeiis pecuniaires, so bornent au proestos, qui curnule alors toutes los fonctions. Los ministres du culte 'a Iexception diu proestos, sont solde's par l'eglise, et de plus ont une part dans le casuel. Les revenus d'une paroisse se composent du produit des que'tes qui so font au deli' me'me do son territoire et dans son e'glise. On les r'colte au moyen. d'un certain nombre de plats, celui-ci re'gl6' bien plt0 sur I'avidite' du clerge' que sur losfactilte's des contribuables. Le proestos a pour sa part lo rapport d'un de ces disques; dans los grandes fates Ai porike Ai baiser Ai tous ]os assistans une image qui repre'senite le sujet de la celebration, et un do sos acolytes avance en meme temps un plat pour recovoir lo prix do cette faveur; cliaque premier do mois il s'arme d'un crucifix, so fait suivre d'iin be'nitier, asperge tous ceux qui se pre'sentent stir son passa-ge, va chorcher ses paroissiens jus

Page  136 .306 VINGT1VEME PROMENADE. que dans Finte'rieur de leurs maisons:bieti entendu que ses be'nedictions ne sont pas gratuites. Trout cela, rapporte' dans I'inten tion de faire connai'tre combien il en coAte pour remplir ses (levoirs de chr~tien dans la communion grecque, rappelle ces temps d'igniorac i les Pre'tres, chez noustaiaet sur les indulgences, qui d'ailleurs sont en-~ core des effets de commerce en circulation dans la premie~re. Afin de stimuler la generousi des Amire charitables, les papas prennent dans les quoes, note par 'crit (le ceuix qui mettent au, plat, et r~citent leurs noms dans les prieres; par consequent, elies -ne regardent point ceux que la liste ne comprend pas. Ces riens sont n-oins insignifians qu'on ne le jugerait ait premier abord,. puisqu'ils aident 'a donner une ide'e exacte dui caracte're et des rnceurs de la nation qu'on 'veut peindre; aussi nous sommes nous cru. autorise's 'a n en ne~gliger aucun. Un Pre'tre, selon les canons de 1'Egalise dfO_ rient,. ne pent se marier apre's a-vowr reeii les ordres; cependant e'~tat du maniage n'interdit p oint 1'ordinatioiT. It est assez rare de trouv er

Page  137 II$S DES PHINCES. 17 dans la capitale des ministres du culte qui soient en puissance do fomnme; mais cela se voit commnune'ment dans la province, ot memne il ost beaucoup (le paroisses ol unf cclibataire no sorait point accept6' pour pas-nte ur., cc qui prouve qu'oa compte pen sur la continence des nernbres de cette 6'glise. On reconnalit ceux qui sont marie's 'a un bandeau d'une couleur obscure. Ils perdent l'habilet6' do dovenir e6veques. Los papas sont dordinaire ignorans,au 1)oint rnleme do noe savoir pas lire; leuir classe offre pourtant des exceptions, puisque plu.. sieurs eVecques, qtui ont dIa ne'cessairement jiasser par cc degre6, sont doue's d'uno instruction qUi re'pond tre~s-bien. an rang qu'fils occupent. On pout dire encore sans exage~ration, ejue dans MoEliso Grc equi, e Icas clorgr6 est re'duit "a la dernie're humiliation; los 'papas tiennentcboz los 6Veqtues la place do valets do cliarnbre dont uls remplissent los fonctions,. non-souloment envers lcurs supe'rietirs, rais encore a lcgard des (itrangers, auxquels uls pr sentent la pipe. En g'n'ral, do meme quo choz los Turcs, les, prem-iers personnagos aux yeux des Grecs kclipsent totalornent los au

Page  138 138 VINGTItME PROMEN.DE. tres; parmi ces deux nations quelle est celle qui a fourni cette coutume "a I'autre? Ii est raisonnable de croire que ce cera la seconde; puisque, sur tant d'autres points, elie a servi de mnode'le aux Osmanli,

Page  139 YVING-T-UNIEME. PROMENADE. FONTAINE DE KAlIAKOULA. Description de la valle'e de Ze'ke-de~re. -Caract~e' hospitalier de I'Osmanli d'Asie. - Diff6rence morale qui existe entre lui et le Turc, d'Europe. A quoi on peut l'attribuer. - Simplicite6 de mceurs qJuof trouve aux portes nietmes de la capitale. - De l'influence dii dogme de la predestination sur les opinions et la manie're d'e'tre des Osmanli.Ceux de la capitale sont peu anans, des plaisirs qui combat tent le repos. - Ce ne sont point les, Musulmansb qui rendent dangereuses, les routes d'Europe. -Va~he et village de Beikos. Usage -des Nymphe'es adopte's par les Orientaux. JE, viens de surprendre un des secrets de la belle nature; de pe'n~trer dans une de ces, retraites myste'rieuses oii elle,~prend plaisir a de'rober ses appas aux regards de la multitude, les r~servant, sans doute, pour re&conipenser la curiosit6 de celui qui ne se laisse point effrayer par la distance Iorsqu'il s'agit de reconnai'tre un site aimable.

Page  140 ijo VINGT-UN~TME PROMENADE. Aussi fier de ma de'couverte quoe les Pizarre et les Cortez, quoiqu'elle ne consiste pie dans uine valkee modeste et solitaire, arros~ee par une onde limpide coulant "a petit bruit ISOUS les oserais., je m'ernpresse d'en faire la e'v'lation 'a l'ami des c'hamps, certain do meriter sa reconnaissance. Ne vous offeiisez donc pas, naiade timide et mnyste'rieuse, si jo de'couvre 'i d'autres votre secret. Ras-. surez-vous., ce grand monde que les plaisirs tumultueux son t seuls capables d'attirer ne pensera. menie pas ai venir vous troubler. En effet., comment ceux qui le composent, pourraient- its distinguor le murmiure d'une fontaine "a travers leo fracas qui frappe continuellemont lours oreilles? DMin autre cote., leur gouit blase' serait-il en ktat d'apprecicr la saveur do I'onde qu'e'panche votro urne, lorsquo los ateliers de la! gourman-. disc ne r'u'ssiss'ent plus qu'a' grand poino 'a ch~itouiller Icu'r palais? Malgir6 lobscurite" dans laquelic vous vous' CoInplaisez, loin de vouis elrarouchcr do la vis~ite, pie vous rendent queocques amis qui ont Bacchus et la, gaiete' pour convi vos, vous Jour pretez obligyeamnmont yes ombragres, et

Page  141 FONTAINE DE K'ARAKOULA. i4, souriez maligrnenment de la victoire remporute' par une nyvmphe craintive stir Ie dileu bruiyant des pressoirs, en voyant vos hokes ineler 'a, sa liqueuir vernmeille votre onde fraiche e t argetitee. J'ai suirpris ce sourire malin sur les levres, de quciques graves Musulmans assis en face. de nous, et que vous aviez si~renment appeles. pou edbre'r votre triomplhe; j'ai mime vu l'instant oh' la guirlande, de roseaux entrernees de lierre., allait faire, tomber d~ans 1'oubli la couronne de-parupres. Chypre, Chio, Tenedos, effray's, se COnjurerejnt auss0~ pour sauver leur roi d'une de'faite aussi hIonteuse, et Cependant ius euirent de Ja, peine 'a ope'rer une demi- diversion. Enfini combien Mahomnet vous doit d'actions de graces pour les disciples pie vous hui conservez et les proselytes quIC vous lui faites! Un. autel en reconnaissance du ze'le que Vous mettez ai re'pandre sa doctrine, ne serait p~int supe'ieur 'a ce que vous meritez, et bien surement iA voues 1'e Ct dejla accorde', s'il ne craignait que le Paradis terrestre oh' vous h. bitez, e fi't oublier celui des bouris. INous nous mettons en route, quelques anus.

Page  142 142 VINOT-tINItME PROMENAIME et rnoi, pour cette expedition lointaine qui nous promet line autre toison d'or. Noits de'barquons au moulin inperial;- et noues nous enfoncons aussito't sous les noyers, les ch-P taigniers, les fre'nes dont est borde'e la route sinueuse qui conduit 'a -la vallke du Gr'and-Seigrneur. Mlais qui pourrait outrepasser ces frais ombrages sans s~'y arre'Ler, du moins quelques instans, et repaitre encore -tne fois ses yeux dui tableau le plus ravissant de latriche, collection que le Bosphore possf'~de? Apre~s avoir pays notre tribut Li ces lieux de deuices., noues pouirsuivons notre~*route en remontant la vallee. Parvenus Li la rencontre de deux cours d'eau qui arrivent l'un de, Tokat, l'autre de Karakoula-Souyou, Fin'certitudes nous gagne, et nous tient un instant en-.suspend srur'lechernin que nons suivrons. DRune Part., Tokat e'tale 'a nos yeux sescoteaux charge's de che~nes, echata-igniers, de buis et de',frenes, au myilie6u desquels on voit s'edever cht et La' des'pins et des cyprds enre ksd lauriers; de l'autre Ia valle'e principale ihous solicite par l'air de myst're qu'elle affecte; et nous nous de'term-inons enfin Ai nous e'garer danas Its detours se'ducteurs qu'elle pre-sente,

Page  143 FONTAINE DE KAflAKOIJLA 143 certains que les espe'rancees qu'5elle nous laisse concevoir sont loin de cacher uin pie'ge. A son de'bouche', cette valle'e est tre's-ouverte, mais configur~e cependant de manie~re at ce qu' on puisse croire qu' elle finit I"a. Les — pace que les hauteurs laissent entre cites ofre yn. gazon. que le ruisseau de'coupe dans tons les sens, lui rendant lit fraicheur at mesure que Je soleill du midi la lui enIe've. Le chene vert, l'arbousier et le myrte charg6de campanules et de chc'vre-feuille, se rassemblent, ca' ct Ia' en buissons, que tour "a tour les fleurs ct les fruits d~corent. Quel'ques pins clairseme's s'61event du milieu de ces rniodestes arbustes,.Mdlant leurs eamanations aromatiqucs 'a celles du thym et du serpolet que paissent des troupeaux nombreux. L'unique regret qti'on e'prouve, e'cest de ne pas voir ces sites anime's par les bergers de Th'o~crite, ct surtout -par ceux de Gessner, au lieu de ces asiatiques auxquels la peaui de mnouton. qui les couvre, et les armes qui leur tieninent lieu de houlcete, donn~ent un aspect sinistre qui gAte l'air de fe'te que la nature riante se plai~t A e'taler autour d'eux. INons sommes dans les premiers jours de

Page  144 i44 VINGT-UNIEME PROMENADE. juillet; Fair est elmbaume sur notre passage, par les tilleuls en fleurs, les sureaux. les jasmins sauvages; et tandis que nous nous delectons a respirer ces parfnuns enivrans qui ouvrent l'amie, et la preparent aux volnptes donces que les ombrages distillent en elle, nous nous laissons distraire par le chant des cygales suspendues sur nos tetes. It n'ya qu'un moment nous marchiolnsvers F'orient; a present nous nous dirigeons au nord, et deja nous avons perdu les traces de la route qui nous a ameres oU nous sonlmes parvenus; ne voyant imeme plus d'issue a ce bassin tortueux, dans lequel nous pourrions nous croire enfermes. - Cependant, si mes yelux ne Im'abusent pas, il nous offre une echappee, dont nous allons profiter. - Mais, que dis-je? loin de dissiper notre embarras, cette compassion trompeuse ne fitit que l'accroitre, en nous entblfcant de plus en plus dans, ce labyrinthe., oU d'ailleurs un charme ipresistible nous enlraine. Les hauteurs tantot se rapprochenit, t d'autres fois s'eloignent. Partout leurs revers sont tapisses de coudriers, de jeunes dlenes, de viornes et d'arbousiers, dont le vert fbnce atleste l'cl'rcacite dcs rayons que le soleil

Page  145 FONTAINE DE KARAKOULA. 145 leur envoie. Le fond de la vallke est defenda de Jeur ardeur par des noyers, des tilleuls, des platanes, des fre'nes, des peupliers blanes, qui ha composent des groupes d'une Ctunde ad. mnirable., ici forment des massifk continus dans lesquels la feujille changeante et -mobile du peuplier contraste, par ses reflets, avec la parure plus constante dui noyer et la teinite jaunatre du tilleul. Pre's de cette fontaine, qui va suspendre pour quelques ins tans notre marche, est arre'te un Miusulman de distinction, accompa-~ gne de deux derwiseb. Tous trois semblent n' avoir rien 'a demander an ciel an. dela de ce qui leur est accorde', et le rem ercier de ce qu'il a bien voulu semer pour eux sur cette terre tant de be'atitudes. Quels de'sirs en effet leur resteraient-ils 'a former? Is respirent "'air pur des champs; uls savourent cette bois-. sort aromahise' dont les canmpagnes de I'Yemen donnent le Principe; uts envojtent vers le ciel la fium'e du sacrifi-fe qu'ils liii adressent en action de grace. -- Mais les voila' qui se kevent pour continuer leur voyage. Au lieu de l'entreprendre 'a cheval., scion la coutume nationale, ils ont, pre'lere' la mnarche noncha3. 10

Page  146 i.46 VINGT-UN\It:ME PROMIENADE. lante et tardive dle J'arabas. Bien su'~remnent de~'1 motifisde sante' les aurontkIrce's ii user de ect tu machine iuvente'e pour flatter la mollesse d'e 1'autre sexe. - Je vois les derwiseb prendre lei premiers place u is doivent cette pre~rogative ai la consideration que leur attire le saint ca racte~re dont uls sont rev tus on aurait donc tort die les plaindre pour de pre'tendues mortifications dont uts recueillent dans cc monde In~ime la r~ecompense,. et qui leur sont pay6es si fort atn-dessus de leur veritable valeur. Les Osmnanli, par Une suite de 1'e'1oignemient qu'ils ont pour tout dt~placernent, ne voyagent d'ordinaire que Iorsqu'ii-s y sont forc~s, et jamais par pur motif de dissipation. Peu curieux par temperamnent., le de'sir de voir ne doit point e'tre e6veille6 chez cux par 1'aspect monotone et uniforine que pre'sentent leurs contrues. Toutes les villes et les c-ampagnes, turquesse ressemblent; leurshabitans portent aussi partout les me'mes traits de physionomie, et les beaux-arts, les phlaisirs, ne font en aucun. lieu sentir leur attraction sur la portion de terre occupe'e par cc peuple. Si Fon ajoute 'a ce manque des stimulans les plus actifs pour provoquer 1'amour des voya

Page  147 FONTAINE DE KARAKOULA. 147 ges, le de'aut de commodite's et quelquefois le, peu de su'rete' des routes, on n'aura plus de peine 'a s'expliquer la raison pour laquelle celles-ci nie sont 1re(1uefltees que par les caravai~es du commerce, et quelques homrnes puiblics., que leurs affaires appellent dans la capitale ou. dans le lieu de residence du gouverneur. Tous, ces voyages se font 'a cheval,- et 'a raison de huit ou. dix heures de rmarche par jour. Le bagage, tels que tentes, batterie de cuisine, tapis, coussins, etc., est proportionne',~ la fortune du voyageur, qui marche toujours escorte' de sa. maison, en le supposant un personn age important; dans ce cas,. ses femmes le suivent en Iitie'res ou dans des cotchy; mais elles cheminent comme Itii "a cheval s'il est d'un rang qui ne Iui procure qu'June aisance me'diocre. Arrive' au gifte, la tente est dressee lorsque la saison permet de coucher en plein champ; en hiver le khan recoitles voya-. geurs,,oii bien encore les habitans exercent envers eux lies devoirs de 1'hospitatite' ce qu-i ineine est assez l'ordinaire. Les Osmanli n'ont ge'neralenment pas plus legtt de la chasse que celui des voyages.

Page  148 I48N VINGT-UNIEIME PROMIENADE. Ce manque d'inclinatiort pour un exercice consacre chez toutes les nations nomades, est encore d u4 aux causes exposees pilus haut.; car l'attribuer aux re'glemiens du Prophe~te suir les -viandes re'pu tees 16gales, c'est-a'-dire pouva nt entrer dans la nourriture d'apre's la manie're selon lacjuelle les animaux out etc immole's, ce serait pronon~cer un jugement hasarde', puisque les premiers Sultans avaient un gou~t passionne' pour la chasse, commne l'attestent encore diverses charges, qUi ne conservent plus de leur institution primitive pie les titres. Mlais cette iinclination, qui su'remrneit tirait son orighine de l'arour de la guerre, s'este'teinte avec ILu au sein de la mollesse du Se'rail, en. sorte que les Sultans do nos jours ne chbassent pas plus qu'ils ne voyagent. Les seuls chasseurs qu'on renCOntre parmi les, PINusulmans de CODStantinople, sont dcs individus qui exercent cette profession par necassite,; 'quant aux grands, us la de'daignent, et pre'fere nts'aifuser au. tir do l'arc ou de la carabine, qui. ne s'e'carte point du genre de vie par eux adopte6. Cependant ceci neC doit pas s'e'tendre' l a ge'neralite' de la nation; car en Asie les ayan, ou chefs de canton,

Page  149 IFONTAINE' DE KRARAOULA. ~r rangent Ia chaisse, surtout cello des be'tes fauives, ani nom-rbre de leiirs amusernens,. pa r la raison toutc natuircile quo la nation a mienx conserve' dans ces contre'es sos inclinations nomades et son hunmcur bolliqueuse. Nous voici dans uine solitude prof'onde, oi la nature, nullement contrarkie' par Ia main de 1'homine, soemble so complaire (Ian s sos caprices. - Mais no ser~ait-ce pas une erreur que je commnettrais en me laissant persuader, sur 1'apparence do ces lioux, qu'ils no sont point habite's? Tout au momns uls servent, d'asilo aux morts, puisque sons ces chd~nes et cos hd~tres qui forment une forei im-pene'trable "a lcile sol est parsem ' do pierros ftin.6raires, cequ donne 'a presumer quo, no l In 1'i des vivans doivent avoir leur demouro. - Cette femmo, cjui vient de sortir do derrie'-re ine haie do sorbiers, et prend La fuite tout oh rajustant son voile, nous, confirme encore dans cc douto, quo nous achevons eufnin d'eclaircir en nous enfoncant sons ces titleeuls et ces noyers qui reodlent en ef~t un VIllage. Peuplade heureuse! on dont, Ic sort s'annoncc du momns comnme digrne doe nvie! oni dirait

Page  150 x50 VINGT-UNIEtME PROMENADE. que ceux qui te composen t, ont voulu se se'pa-. rer du reste de la socie&6e pour mener une vie plus tranquille, et avec intention se sont retranche's derrie're ce reinpart, de feuillage, afiri de se preserver des mnaximes d'un mnonde pervers! Qui pourrail jamais, se persuader que, si pre's d'une capitale immense, it existe tin coin de terre encore ignore', "a en juger par ces dehors, agrestes,? et ine serait-on pas en droit de se croire ici aux extre'mite's d'un em. pire, bien pilutok qu'a' queiques pas de son centre?... —Ccci YeuL dire peut-e'tre que la civilisation esL f'aiblernent avance'e chez la nation dont nous cherchons 'a pe'netrer I'inte'rieur; mais aussi cela n'annoncerait-il pas 'a sa louange, que la d6moralisation a peine 'a faire'parmiedieedesprogre~s, etquels que soient ses, efforts, ne pent de'truire les, inclinations heureuses, qu'elle tient de ses pe'res?. Nous laissons Ak-Baba et le ravin dans lequel ce village s'est re'legue6, apre's avoir jetc' cependant plus d'un regard de complaisance sur les hauteurs qui l'enferment, et dont Jes revers, offrent une fore't de figuiers, de cerisiers, et de pe'chers entrelace's de pampres. Nous, avons, delja marche' une heure et demie

Page  151 FONTAINE DE KARAKOU,LA. I5i d'un pas tardif, que le charme des lieuxralentissait et cherchait meme a suspendre; encore quelques stades, et nous serons au terme de notre voyage dont nous approchons sans desirer de le trouver. Sur notre route, nous rencontrors frequemmment des caravanes, les unes qui transportent an rivage le charbon fabrique dans les nmotagnes, d'autres chargees d'eau puisee a la fontaine de Karakoula, et qui la Iransferent au grand depot etabli a Beikos. La vallee, q'is''tait elargie pour recevoir l'alfluent d'Ak - Baba, se veseri e de nouveall, et toujours de plus en plus, tandis que la pente, devenue plus roide, annonce ceja qu'on approche de son origine. Ici Ics coudLiers, les nefliers sauvages, les coigtnassiers, les cornouillers et les erables se pressent a cote 1'un de l'autre, formant un taillis touffiu quicerne la route de toute part. Un ruisseau, ombrage de trembles et de saules, filtre entre le cresson, le nenupharl et les touffes de roseaux quicouronrullel sa strfL.ce. Quelques chitaigniers elevenlt caI et la leurs tetes chargees de grappes fleurices, pronlettant une abondante recolte. Parini les papillons, on remarque stir chaquc )planle les es

Page  152 i152- VINGT-UNItME PROMENADE. pcsrgarde'es dans nos clirnlats Coinmele plus rares 1 'aurore, le deuil, et les diff6 -rentes varie'tes du sphinx; le ca-,pricorne hi odeur de rose s'y protin~ne stir la feuille da saule, et le's buprestes etalent sur l'herbe les couleurs changeantes du riche e'tui dans lequel leurs ailes soul renferme'es. Mais le tableau riant que nous nous complaisons - " peindre va perdre toutes ses gi4aces 'a l'aspect d'une cabane dont nous approchons avec confiance, attire's par le chaume qui la couvre et la vertu qui doit l'habiter. An lieu du contentement quc nous esperions y trouver, s'offrea' nos yeux le triste spectacle d'un pestif~re' moribond, dont la couche niortif~re est entour~ee d'une famnille nombreuse qui s'approche sans crainte du plus cruel ennemi que puisse avoir 1'espe'ce humaine. Le dogrnme de la pr~destination, (lout nous voyons ici les funestes cfifets, est surenment bien pr~udiciable 'a la nation otlomnane conside'r~e en masse; cependant ne le COndamnuns pas sans, appel, puisque la philosophic est li6e envers lui par Ia gratitude h raison. des brillans re'sultats dont il compeuse, "a le'gard Ides individus, ses dommages politiques. Par

Page  153 FOINTAINE DE KARAKOTJLA. 153 exemple,. cette resignation si sublime qu'il porte au plus haut degrre dans le coeur de tous les MusulnmaDS, ferait sans doute envie au. sage de nos contre'es, chez gui son empire n'est pas encore aussi absoiun, ni si solidement assis. Bien certainement la morale e'pur~e de 1'Evangile et la philosophie, en g~ne'raljouissent de moyens persuasifs, gui offrent tin refugre assure' aux malheureux susceptibles de prter l'oreille 'a letirs consolations; miais ceux que 1'ine et 1'autre gagrnent an point de les armer d'un courage 'a toute e'preuve contre I'adversite', souL en quelque sorte des pb&nomnenes, A raison du petit nornbre qu'on pourrait en citer. Ze'~non avec peine rassembla une poigne'e de stoiciens, tandis que Mahomet est, parvenu ~i propager cette, rnime sectet dans des regions iinmnenses, gui ont donn6 le jour a une mnultitude de bdros aussi illustres pour leur de'vouemnent, que les Pills cedkebres disciples du sage forme' 'a 1'dole de C ra t"es. L'infortune est accepte'e par le Musulman comme un arre~t dr cml-, auquel lhiomme ne peut rien chmgcer; que imerne ii s'est attire' par ses fautes, sanis perdre touteti 1'esp'-.

Page  154 i54 VITNGT-UNIEME PROMENADE. rance de voir le juige supr me 'couter la voix de la. commiis~ration. Dans l'intention d'ob-. tenir sa grace, il pioie respectueusew~erit la tde sous le poids del'adversitesnsjmass hisser abattre par iele; aussi les actes de d&'sespoir sont-ils inconnus, parnmi ceux de sa croyance. Le suicide, que les lois et la refigioli ont tant de peine,. chez les autres natiijs,' combattre, et qu'elles ne re'ussissent n~ni pa ~ifaire prendre g'n'ralenient en horreur, n'Ia point besoin ici de repression; car on ignore ce piue c'est qu.'etre son propre meurtrier, et l'on est loin de cro-ire se soustraire 'a la doiileur en s'arrachant de cette vie, persuade' au contraire qu'une autre nous attend, accomnpagne'e de catimens ou (le r~compen-ses, seton qu ion a m6rite' les uns oti les autres. Le Musulman. eprouve par la fortune, provoquc donc, au plus haut degre', chez l'observateur europeen, l 'adrnirahion et le respect pour le calme sans affectation ni violence qu'il conserve, s'offrant comme la lecon de philosophic hit plus belle et Ia plus instructive que lhbumanite6 puisse recevoir. Le premier qu'on rencontre es tun -maiftre e's-arts,

Page  155 FONTAINE DE KARAKOULA. i55 aussi fort dans la pratique de sa doctrine que Socrlate lui-m'eme, et bien plus que Caton d'Uuique. Entre des milliers de preuves deC cette 'verite', je vais en citer une qui (Ion nera Mieux que des assertions vagues tine ju(Ste id~e du type national, ainsi que de la tremi-pe eprouv~e de ces, cimes robustes. Un tapissier s'e'tait engag6e a venir travailler d1anS a maison. d'un. Franc, et en consequence avait pris jour avec Iui. La nuit me'nie sa boutique, toute sa fortune enfin, est la proie des flamnines; n'importe., ii,arrive A l'eure inarqu~ee, et se met tranquillenient 'a la besogne. Le maiftre de la maison, ne comprenant rien. 'a ce sang-froid, qui du momns aurait bien pi' e4tre le'gieremen t ebrank6 sans que Mahomet ei~t droit de s'eu lbrmaliser, deinande avec e'tonnement 'a ccluii qui le gardtait avec tant de courag-e, S'il n'habitait plus le quartier incendie, OU Si lCs, flamnmes cavaierit respects sa inaison. cc Non, re'pond froideiment le Musulman, cite a e'e bruileke; mais ccDieu me l'avait donn~c, ii e'tait done biern ccle maitre de me la reprendre; d'ailleUrs, it est grand! On ne pourra se refuser at convenir qu apre~s ce peu. de mots, qui'

Page  156 i56 VINGT- UNIEME PROMENADE. renfernie la philosophic th~orique et pratique des Mahome'tans., tous nos traite.s en ccgenre seraient bien insipides; cependant un simple artisan est lFautorit6 pie nous citons,et lout autre que ui en p~areille circonstance eU't r~pondu avec le me'me bie'oisme. Nons voici 'a Ze'ke-de're, entoure' de vergers et peuple de Musulmaiis. Sans le minaret qili Dous l'apprend, nous 1'eussions dcvin6 'a l'aspect solitaire qni caracte'rise ces licux, qnoiqu'ils soeien bahit~s:c'esi 'a cc signe inf'allible que se reconnaissent tons les villages turcs. De beaux platnes ombragrent Ia fontaine; mais on passe outre,. car on n a plus que quelques pas hi faire, pour arriver at ha retraite enchanrte'e que la naiadc de Karakoula e'gaie par son doux murmurcc. Le cheinin pAi Y CODndit 'a partir du viila0ae est sin ucux et accidente. Les bords escarp qu encaissent sont converts de, lierre rampant, du milieu duquel on volt s'edarncer les tiges flenries de toutes les varietes des plantes bulbenses; les chftaigniers ySont plus multiplies, et finissent meme par se partager avec les ch-nes, le rev ers des monts, qui resserrent tonjours de plns en plus la vialle'e.

Page  157 FONTAINE DE KARAKOULA. i57 Deux plates-formes, se'pare'es par tin bassin en marbre,. le tout recouvert d'un comnbie plat, porL6 stir le devant par qua tre colonnes en bois, et reposant en arrie're sur un mur d'appui adosse' 'a la montagne; des tilleuls plante's au hasard, mais cependant avec Fintention d'offrir tin ombra,~ge cornmode; des revers escarpe's et verdoyans; tine onde tiinpide qui tomnbe dans la cuve de rnarbre et s'en chbappe ensuite, oui qui filtre stir les c' t esdumodeste 'difice, venant rejoindre le cours, principal; tels sont les objets qui composent le tableau de Karakoula, a quoi I"artiste peut ajouter, pour l'aninmer, des Musulmians assis par groupes dans le voisinagre de la lbntaine; queiquefois des femmes qui goiu'tent le frais dans la cuve; enfin des, chefs de caravane occupe's 'a remplir leurs futailles de la liqueur bienihisante qui tomibe en botu llonnant. INous avoDS "a peine pris place et etale nos provisions, qu'un Ture obligeant vient nous pro. poser d'y joindre queiques mets chamnpetres. Nous ne craignons pas d'accepter', car lorsqu'un Osmanli offre, cc serait l'offenser que de ne pas recevoir, surtout. s'il est du nom.bre

Page  158 i58 VINGT-UNItME PROMENADE. de ceux que nos relations n'ont pas habitue's 'a feindre des sentimens qui ne sont pas dans leur cemur. Nous nous laissons done conmbler par eel hoke de'bonnaidre qui, ajoutant 'a chaque moment u.1 nouveau te'tioignage de cordialit' 'a ceux qu'il nous a prodig-ties deja', fuini par ne nous perme lire de partir que sous la condition de bientP"t nous revoir. Ce qui le rend plus pressant relativenment 'a ce dernier article de notre trait6 d'amitic', c'est qn'il craint que le privilege de inous recevoitr ne lui soit enleve' par un autre Musuiman., porteur d'une de ces figures asiatiques fortement caracte'rise'es,. inais Ai travers laquelle on voit percer distinctemenlt un air d'urbanite' qui annonce la frequentation du grand monde. Venant 'a nous, ce dernier se plaint de ce uilne nous a pas eus pour h Ates, el nons engage de la rnaniere la plus affeetueuse 'ar6 parer le tort que nOUS lui aVOns fait. Interdits, embarrasse's sur le choix auquel nou devons nouis arre'ter,. nous promettons 'a tons deux d'accepter leurs offres, ne sachant pins d'un autre coe comment concilier l'aspect sauvage, l'abord farouche, l'air de defiance da Ture d'Europe, avec les vernus hospitalie'res,

Page  159 FONTAINE DE KARAKOU LA. it les mnani~res affectue uses et nobles de ccliii qui hiabite encore le sol de ses peares. Cette 01)servatlion devient plus sensible en s'enfoncant d1,'Iavatage danis les terres; et 1'on finit par bien se counvaincre que le Musulman Asia-. iiqute est, auissi tok~rant,aussi sociable que I'auLtre est soupconneux, porte' an brigan-. dagce, et ennemi irr~enc Diliable de 1'Euro-. peen. Mais qui penit produire cette bizarrerie inexplicable? Comment la barbarie et la civilis-ation h-abitent-elles si pr's, sasque la,seconde de ces deux ennemies n'exptilse l'antre,. ou ne parvienfle i la- convaincre, an mioyen de ces exemples si persuasifs qn'elle etale 'a ses yenx?.... Je crois avoir trouve' le inot de 1'enigMe:cette aversion du Tnrc d'Europe pour tout ce qui a quelque rapport avec nous, provient de Ia crainte que, notre voisinage et la snpw~riorite' de nOS moyens lui dlisrent, ainsi quie de sa position prcire, qui pen-t le faire comparer, i tine vedette clharg-6e d'observer les niouve mens de I'ennenil, pour son4i~ner la retraite 'a son approche; situation dans laquelle IPAsiatique ne se trouve pas 'a notre e'gard; que d:ailletirts, il ne peut

Page  160 i6o VINGT-UNItME PROMENADE. s'expliquer, puisque cc danger imminent ne menace point. D'un autre c6te', ce dernier In'accorde qu'un mince inte're't 'a 1'Europe, regarde'e par lui pluto't comme la patrie des, infide'les que celle de 1'islamisme, et iie se decide "a venir "a son secours que lorsqu'il y est conitraint par la voix, impe'rieuse de 1'autorite6. Ii est donc permis de dire que le Ture ignorant ne peut que contracter une plus grande aprete' de mccurs en se rapprochant de nous, et repoussera avec une obstination d'autant plus inflexible la civilisationI que celle-ci, en contact avec liii, fera plus d'efforts pour le subjuguer. Les eaux de Karakoula - Souyou, qui, comme on a Pu s'en apercevoir, sont en haute reputation parmi les itationaux, et Meme jouent un ro'le distingue' dans letir mi6 -decine domestique, doivent e~tre savonneuses, La en juger par la proprikte' dissolvante qu'orn leur attribue et Il'cume qu'clles prtdoisent. Cette dernie're observation annioneerait encore lc de'gagement du gaz acide caxrb oniqueY produit par la presence de l'acide suiftrqe, cc que confirmerait d'ailleuirs, la deguradationl sensible de toutes les pierres, calcaires que

Page  161 FONTAINE DE KARAKOULA. iji cette eau touche. Quoiqu'il en soit relativeinent 'a sa composition, on cite plus d'une cure operee par cite, et sans l'interv~ention, d'aucun mtitre spe'cifique. Apre's avoir rendu gr~tce, par une dernie're lib~ationa l a divinite qui preside "a ces ombrages, conin re 1'assurance de venir dans peU lii acquitter in. nouveau tribut, nous prenons la route du retour, avec l'inten Lion de g~agner la vallke de Beikos. En efhit, pourquoi ne pas se donnier toutes Ics jouissances qu'uri rnetne jour peuL olfrir et permet de col'oiter lorsqu'on doit craindre aussi peun d'y trouver la satieA6. Les scules,. capables de s'user souL cerles qui i~e tirent pas leur source du coeur, on. qui 1'abusent de manie're 'a laisser des regrets Capres ciles. En Partant, nous avons salue' les grnaves convives rassembles autour du kiosk, leur souhaitant, comme le premier des bieiis, de consrverleur opinio strle vrai bonheur, et surtout de ne j-amais les 6changer contre celles qu'nne fausse civilisation pourrait leur suggercr. Nous revenons d'abord sur nos pas, dont les traces subsistent encore; et cependa-nt les de'tors situcux deIa vaI1e'e reussissent 3'. 1.1

Page  162 162 VTINGT-UNlfkME PROMENADE~. avec un egal succe's 'a nous abuser. Plais'ir inde'finissable! que le co-,ur concoit si bien; mais que la plume exprime si m-al, ou ne peutt qu'e~baucher faiblenient!.... Ceux qui ont senti de doa~ces larmes humeciier leurs paupie'res en ecoutant les chansons naives dui poete de Zurich, et ses, descriptions pleines de vie, me comiprendront sans peine et m'e'pargneront la difficulte' de rendre des effets auxquels les autres n'entendraient rien, quelle que soit'Ia ve'rite' que I1'expression pourrait v mHer! Nous avons parcoluru sans la moindre inquietude des lieux qui partout ailleurs en kourniraient au voyageur, eu e'gard "a la solitude qtiiy r'g~ne, et aux repaires qu'ils pourraient offrir Ai chaque pas-. Mais it est rare que le Turc 'prenne, le me'tier de voleur de grand chemin,. et jamais il ne s'abaisse Ai celui de filou. On peut merme avancer que cette profession est inconnue dans les contre'es habite'es par lui. Les'vols "a' main arm~e se coinmettent cependant sur ses terres, -et la Turquie d'Euirope, plus qu'auctine autre contr~e', -est expos~e "a ces, de'sordres; mais, is son t presque to tjours commis par des Bulgares, qui parfois

Page  163 FONTAINE DE KARAKOULA, i63 Itirestent les routes de la Roinelie; ou par des Grecs qui, dans le E'1opone'se. occupent les deies, se contentant le plus souvent de de'trousse~rie voyage ur; onl bien par des Forbans Mainotes, qui rendent si pe'rilleuse la navigation dans la iner de 1'Archbipel, que la France et Si,'Arigleterre sont obligye's d'y tenair des croisires pour prote'ger leur commerce. Quant 4 'smanli, A esL susceptible de devenir mieurtrier Iorsqu'on aflume sa cohlere; mnais c'est toujours dans le? premier acces qu'il recourt a ses armies, ne laissant gue're dorniir la vengre arce jusqu lou lendemaitt, et me'prisant suirtout ilisage 1)erfide du stylet d'Ltalie. INous nous dirigeotls vers le point (Icpartagre de~s deux valle'es, et nous adressons un derinier adieu 'a celle de Ze'ke.DMre tout eni gravissant le revers qui la se'pare dii vallorn de Beikos. Partout noues voyons le gent ktaler sa parture saf'rneenous envoyant ses parfurns MMeleuxsti le aies 'unzephir caressanut; le nyre "i Ia -feuille de houx, qui bient "t montrera son fruit, rouge comnie le cor, il; la ~bruye're fle-urie, le caprier, l'arbousier, l'ye~use, et le coudrier qui invite de'j'a a' le d epo uil er. INous Voidi parvenus au col, et pre des-~

Page  164 i64,' VINGxT-.UNIEM:AE PROMENADE. cendre L'autre versant, oiu nous nous enfon.cons austt dans tin cirnetie're oinhrag6' de chbenes qui s 'de'ventaussi haut que lepeuplier, et qu'un berre epais garnit jusq.'a' la cime; de pruniers sauvages qui donnent, libe'ralemnent des fruits plus savoureux qu'on n'oserait les attendre de sujets abandonne's 'a la sentle nature: image bien vraie de ceux qui les ont plan t~s ou, leur ont, permis de n-aitre, sans s'engrager cependtant 'a les cultiver. On r-alentit involontairernent sa marche en tratvergant ce bois tout 'a la Iois medancolique et attachant. Un sentiment religieux s'enm pa-re de votre ime, fiaisant saig-ner les blessures recues f'raicliement par la sensibilite', rouvrant celles qtie le temps avaiL r'uissi it fermer. - Si lPon dtait seul, on s cssoierait 5ur cette pierre l'uneraire qu'un tendre r~seau -de lierre s'appr'te at couronner;. et la teate sotutenue de l'une dc ses mains,. on se laisserait entrainer par Ia pensee dans la demieure, des morts, pour alter y reveiller les objets (le ses affections. - Mai~s d'oii vietit la secre'te attraction qui in'entrahne vers cette sepulllture, sans que j'ose Mrn 1ln_ concevoir la volont6' de liii re'sister, et 'a laquelle j'e rn'abandonne sans pouvoir recoil

Page  165 FONTAINE DE KARAKOULA. i65 naitre la main invisible qui me rend- aussi docile?.... Ah! je n'ai que trop compris, et j'aurais di\ deviner "a la premniire pulsation de mon cceur: les avertissernens de la sensibilite' trompent si raremenL! Sous ces miarguerites et ces fleurs timides dont la miodestie pare le front de la vertu, reposen t les cendres d'une meare affieetneuse qu '1un fils infortune' a confie at cette terre pour qu'elle lui conserve eeL alimentide sa douleur. De jeunes cvpres entrelacent leurs branches naissan-tes CL forment tont anlonr dumonument, des guir-. landes' funn~brcs. A la melieure des ineres, dit laconiquement I'tepitaphe, cornme si les sangrlotsectles larmes eussent emp~hcl lececeur qui l'a dicte'e, detendre davantage le sentiment qui l'oppressaiL; mais ces 'mots abre'ge's, poujr qui peut en sentir la force, combien ne sont-ils pas expressifs! et quelle est la main sacrilege qui o~serait les retoucher apre's celle qu les a grave's si profOnd'mngi~ a cette inspiration sacre'e que l'affliction, lorsqu'elle est 'a son comble., est seule capable, de produire?... Je vons quitte, retraite paisible, ouii touics les passions, tous les eninss'endorment

Page  166 it6 VINGT-UlNItllME PROMENADE. i jamais dans les bras ihfleibles de la mort, Oui, malgre6 moi je dois resister au charme qcii m'invite de rester; hlais je Ie tarderai pas a tenir vous revoir, voulatt ire livretr vous sans distraction ni contrainrte. Ou serais-je mieux qie sous vos rombrages poUr nbOulrir ine melancolie, fenue par ma pernsee coinlne le bien le plus pitecieux apres celui qtie j'ai perdu!... Oii, je reviendrai, mais alors je serai seul, ou du moins n'aurai-je que la tristesse pour compagie: les Ames affligees sont trop n.al. leur aise lorsqu'elles ont d'autres tdmoins de leurs peines que les objets qui les ont fait laitre ou qi les entretiennent. -- L'aspect animne de la belle vailee de Beikos ado ucit tn pen les miennes, et hie reconcilie pour un moment avec l'espoir qi'un jour elles me permeitront de goiiter qielque adoncissement. Trace en formie d'amphitlieatre, ce beau bassin presente parlout des massifs de verdure diversement nuances; dans la composition desquels'e'nt ieht le figiier -i laorge leuilte, le jujiihier, le coignassier, le dattier de Trbizonde qui, par la forme de son feuillage, ressemble an pecher, dont il dliffere cependant par sa teinte plus foncde et son petit

Page  167 FONTAINE DE KiiRA-KOULA.. 167 fruit gluanit; ailleurs le tilleul, le noyer touffu, le nziuirier, le che'ne et le peuplier d'Italie se rasseinblent, foranart des groupes detache's que des plantations d'carbres verts dispose's en allt'es lient entre eux. - Notre route est borde'e de filas, (le la~uriers, d'arbres de Jud~e, de pruniers sauvages, et de grenwadiers. Jci la vigne ram pe stir la terre; hai elle forme des treilles,. on cherche des appuis, pour e'taler ses pampres. Queiquefois encore on repose avec inte'ret ses regards stir des saules pl eureurs qui croissent solitaire ment, comnme pour mieuix caracte'riser la douleuir echeveke' dont ils sont 1'emblernie. Avec quelle proftisioo les arbres fruitiers sont accumukes dans le fonds et sur les revers de ce hassin!.... Sa disposition ne ressenmble-t-elle, pas ~i celle de ces serres d'com-posees en gradins dans lintention de faire valoir chaque plante, dont, aucune, par suite de cet arrangrement, n'&' chappe "a 1'oi. Li hwt que les eaux y couleni. en abundance, pour que la verdure suit, aussf fra che. et la Vegvtatioui aussi active; m~ais. comiment les, apercevoir 'a travers cette for et protectrice qui se pre~te si coimplaisammient au secret qu'elles voudraient grarder, et que,

Page  168 i68 VINGT..UNILVE PROMENADE. leur murmure seul trahit? Serait-il possible. at la vue d'6puiser jamnais la multitude des objets qu'offi-e cet horizon vari6 'a l'infini? On, est tente de visiter en particulier chacuin (IC ces, groupes; d'essayer tour (h tour de l'ornbragre du tilleul, dui pin, du sycornore, de choisir diffrentes stations,, afin de r~ussir ai classer dans sa pense'e une scene aussi. riche; die s'expliquer enfin cette extase qui suspend les farcult("s de l'"IIme, et1'einp)'-che de se rendre compte des sensations confuses qui se succe'dent enecue. Mais chercher "a de'finir le bo01 -heur., n'est-ce pas -travailiei' presque toujours at le d&truire? C'est du mol'S cc qui arrive lorscque l'imao'ination en est l'auteur j ouissonls done sans remonter imprudemment aux causes des sensations voluptueuses qui'il nous fait e~prouver., Nous, vo'ici dans, le village de Beikos, dont la population se compose de iMusulmans ainsi que d'Arme'niens,,et qui est parseine' de vergers, rassemblant toutes les, espe'es de fruits. Les habitations annoneent l'aisance qu'un terroir aussi productif ne peut rnatquerd'engendrer; d'ailleurs cc sont pour la plupart, des maisons de plaisance appartenant 'a des saraffe.

Page  169 FONTAINE DE' KARAKOULA. 169 Arm~niens, on bien ~"l des Turcs de Ia classe distingti6e; quoique gne'ralement l a yl conine au champ, les e'difices particuliers portent le cachet dc la simplic'ite', an. point m1,eie qu'il devient difficile de reconnaitre ceux qui sont LOCCUpes par les premiers digrnitaires. La vigne vierge, le palma-christi d4~robent, sons leurs larges tapis, les murs de cette maison; et. s'J'evant encore plus haut que son fitte, vontL couronner cette chemnine'e de leurs pampres retomibans en gerbe. Cette autre comipte dans ses dependances un parterre diont la culture fait l'amusement du maitre; et Un kiosk oii P on n' arrive qu' apres avoir franchi ces terrasses successives, edeve'es sur le revers de la montagne. Une fois qn'on a atteint ce buit engagreant, on trouve Ia fraicheur sous des pins, et un point de vue qui ne laisse rien e'chapper de ce bassin,7.enferme' entre deux rives qui semblent se rejoindre. A mesure que nous nous rapprochons des bords de la mer, le cjuartier d~e-. vient pins fre'qunlen; et,, pres de cette fontaine entoure'e de caF6s,, le concours est aussi norn-brenx que, quelques pas pins haut, la

Page  170 170 VINGT-UNItME PROMENADE. solitude etait grande. L'eau sort ici a gros bouillons par plusieurs robinels disposes slur la largeur de la base; se repand dans un grand bassin de mnrbre, recouvert d'un cornble a colonnade; et, parsa fralcheur, que ees platanes entretiennent, captive des jours entiers ces oisifs dont l'unique occupation, eommne aussi la jouissance la plus vive, est de voir Ie temps couler all murmure de l'onde. Cesfontaines retracent les nymphees des anciens, ou ils venaient de meme gouter la fralcleur pendant les ardeurs de l'te. Nous voila einbarques et cinglant vers Therapia, qti nous rappelle, ma lgre les instances qfe nous fait le rivage que nous laissons, pour ious engager a rester. A present, mieux que jamais, nous pouvons juger de ce riche amphitheAtre ou regne la plus parfaile harmonic; promener nos regpards sur deux rives deliieuses, depuis l'entre du canal de i'Euxin jusqu'au chatean d'Europe; jouir tour a tour de l'ensemble le plus attachant, et des plus graci-enx details. Comnment reiussir a se lasser jamais de c chef-d'oeuvre de la-creation, et repaitre assczses yeux de tant de merveilles?.. Que de fois ddja les miens les out parcourues

Page  171 FONTAINE DE KARXKOULA. 1,7 aivec e'tonnenment, et rep'tndant mon extase, loin de s'Affaiblirl s~emble chaque jour s'acicroitre!.. Mai8 o it trouver aussi u ne telle profusion d'objets ravissans pwar eux-m nes et par leur arrangemnent entte mtix; des monts d'une pente rnileux calcuke poor l'effet; et d'coup6 S- aviec autant d'*:t; oii les ombres porte'es ressortent mieUx ai l'aide des revers frappe's de la lumi~re; out la magic du clairobscur off-re des etudes plus savantes!.... Avec quelle complaisance le soleit repose ses rayons su esctets, qui les r'fl'chissent; et caressc ces sombres massifs qui, en partie, les aI)sorbent. Commient rendre cette diversit6 de icintes; ces o-ppositions si bien m~nage'es; combiner ces nm)onts, ces valle'es, ces habitations., ces ombrages tous diffhrens pour la forme, I a nuance, et les contours; ces creneu, ces tours qtii apparaissent charg'es de lierre 'a travers les cypr~s? Com-ment suivre fide'lement ces de'coupures gracicuses de la cote, oii chaque chose est si bien 'a la place qu'elle doit occuper selon les lois de Ia convenance; iWen oimettre aucuine, et se conformer enfin Iau granud plan de la tialure?... Elle senicl pourrait repondre 'a cette

Page  172 1572 VINGT-UNItME PROMENADE. question de'sesp~rante pour la faible huinanite'; mais aussi comment parvenir 'a reprim-er la surabondance des sensations e'veillJ'es par elle, quand celles-ci dilatent, le cceuir au point de rendre la respiration g'n~e'e; et ne, serait-ce pas un autre acte de cruaut6 que d'interdire "a la sonsibilite' la consolation de se plaindre, lorsque, tout en lui faisant eprouver Ie besoin iinpe'rieux d'epancher son bonhbcur., on lui accorde 'a peine Ia faculte' (le le balbutier?

Page  173 VINGT-DEUXILME PROMENADE. C ON STA NT INO PL E. Quartier Kondo'scal6. - Aia -Sophia (petite SainteSophie. -Les ainimaux, me'me les volatiles, vivent familie'rement, avec les babitanis des villes mnusulmanes. - Diff6rence frappante dans la nation et le gouvernernent; dans le caracte're des gouvernaus et celui des gouverne's. - Mosque'e de MouliamedPacha. - Citerne de IBoudroun-Dgjamissi. - De la nation Armenienne; de son induistrie; de son ro'e dans 1'Empirc Ottoman; de son degr6' do civilisation,7 de sos ine-mrs; do ses usages; de sos ce're'nonies religieuses, et des points qui edablissent la se& paration entre los Armn'niens catlioliques et les schismatiques. - Colonne d'Arcadius. - Mosque'e de Daoud-Pacha. - Ve'n~ration des Musulmans pour certains arbres. - Leur gou~t pour les fleurs, et le ro'e qu'ils lour font jouer. - Tavernes. — Baladins. - ficarts anxquels les Osmanli sont sujot. - En quoi consiste vraiment l'autorite' du Sultan. Les Osmanli montrent plus d'inadependance dans la pense'e qti'on no le croit ge'neraleinent. Bizarrerie (lu gouvernenient tour 'a tour impuissant

Page  174 174 VINGT-DEUXDMIE PROMENADE, et absoiu. C'est chez les officiers militaires que reside le despotisme,.et non en la personne dui Sultan. - Re'flexioll sur le cl imat. -Ancien cou. vcnt Studitis. Citerne. Alosque'e de Vekiyer. - A quels signes le rang, se recounalt, dans l'OriCnt.-Citerne Mocisia. - Les Mlusulrnans ont adopte' cet usage des anciens, consistant 'a consacrer des fondations 'a la pie'te6, ou. bicn 'a lutilit6' publi~que. -Des femmes, de leur education, de leur genre de vie. Elles ont beaucoup plus de libert6' qu'on ne le croit en Europe. - Quartier de JRni-Baktch6'. -M~dab, ou rapsodes. - Portes d'Andrinople. JTE ie ]e've avec I'aurore et m'arme Iusmh de meon baton de voyage; car la course que je projette di'exkceter sera longue. Ii ne s'agit rien moirns que de visiLer les nomubreux quartiers de la Proponlide, c'est-hi-dire, tous ceux. qu'On trouve disse't-ine's sur la septieme colfijue et (tans le spacieux xallon qui isole celle-ci (le cette credte transversale, expriniee par six marnelons, d~tache's l'un (le l'autre par des d~prcssioDS plus ou MOiDS senties. Je m'embarque Am Top-Khane'; et doublan la lpointe dum S&rail (lont 'e loonge les murs j usqu "a leur extrt'mnIte' mn'ridionale, je sue

Page  175 CONSTANTINOPLE. 175 fais conduire 'a Le'&helle Tic1atladi-Kaposi Touis les instans, de ce trajet ont etc cowmpt~s et recucillis par la jouissance, pAu s'e'veiIle toujours aussi frai~che,. aussi suave chague fois qu'on parcourt cette route enehantee clans Tin jour lucide. be' plaisir qu'on goiute saug-. mente par le souvenir de celui qu'.2on a d ej' 4 eprouve', et du moins lPon re've le bonheur., Si Je ciel avare ne vous en accorde que les seuls prestiges. J'ai nmis pied 'a terre et m'achcmine vers la petite Sainte-Sophic, e'glise grecque chan". gee en mosquee; la plus ancienine basiliqucapre's Sainte-Irk'ne,. parmi celles, que Constan Linopic a conserve'es, et qui peut s'enor-~ giieillir d'avoir eu Justinien pour fondateur. S~rerucnt elie fut son coup d'cssai en architocture; et si on la compare 'a e'~difice sonmptueux qu'il e'ieva ensuite, de'die', de ineine qu'Aia-Sophia, "a la sagesse divine, on se deinandera. comment, apres tant de rmodestie, it finit par dc~ploycr tant. d'amnbition et de vanit4'? Mlais pour e~tre en 6tat de repondre 'a cette question embarrassante, d ihudrait avoir occupe6 le tro'ne. be nomn de Sainte-Sophie si fre'quemnAcez4

Page  176 126 VINGT-DEUXIEMAE PROMENADE. donne'. annonce que 1'intVocation. favorite des Empereurs d'Orient e'tait, la sagesse divine; leur conduite au contraire apprend que, mnal gr les temiples qn'ifs ont toujours 6lev's -' cette emnanation cedeste, us n'ont jamais pu reussir 'a fixer parmi eux sa tr~s-humnble servante, la sag-esse hiumaqine. AMa-Sophia, situe'e an dessous de I'At-nieidan, dans le quartier Kondoscale,. est un ediflce circulaire stir de petites dimensions, conrnrn~d'un d'me?i c'tes ou arre'tes vives: bizarrer~ie assez remarquable. Dans son interieur ri~gne une galerie portant sur des colonnes de vert anti-qbue et d'ordre i'onique, avec une corniclie d'une assez -belle exe'Ution. Les Osmanli y ont adapte' un peristyle accommode' 'a leur man ie're. Ici les cygrognes, quli d'ordinaire donnent la prfefrrence aux mosque~es,quoiqu'eii Turquie les animaux en general, et les volatiles surtout, n'aient pas besoin de se ranger Sons la protection des dieux pour eviter les pleges de l'homme; ici, dis-je, ces oiseaux habitent avec fine pleine se'euite6 au pointi le plus e'Ieve' du (tome, tandis que des ra-Lt miens, Jes tourterelles,. des passereaux des 4

Page  177 CONSTANTINOPLE..&endent familierement des arbres voisius oii its ont leur demeure, et viennent sau tiller en quelque sorte sous les pieds des passans. II est e'tonnant qu'on, vole- encore chez nous de semblables hokes, apres 1'accueil qiue nous leur faisons, compare A celn'i qu'ils recoivent dans les conitre'es sournises 'a liislamnisme; du moins ceux qui les out visitties' une fois doivent y rev~enir toujours,.ou leur instinct serait bien borne, et la scagesse dii crtiateur se trouverait prise en dtifaut-. Ces, aimnables babitans de lFair ne conitribuent pas peu i' reipandre de I'agreiment sur les villes, musulmanes,oii les ombrages les attirent et la garantie de leur inch pendance les retient. Ils sont les plus bruyans de tous les etres qui les peuplent, et font presqu'a eux seuls les frais dui peu de gaite' qti y re~gne, ainsi que de la conversation qU'7on y entend. us annoncent 1'aube du jour 'a leurs concitoyens, qui se lkvent av~ec eux et vont, 96 livrer an repos lorsqu e l'alouette "a cesse' de gazouilter. Ceux-ci en retou'r se font un devoit' de les racheter, de leur cote', des mains des chasseurs,qui,sachant quo ces e'tres innocens trouVeront, des libe'rateurs chez les Musulmans, 51~ ~ ~ ~ ~~~1

Page  178 17 ~3VINGT-DEUX1EME PROMENADE. fournissent 'a ces derniers abondainmnent rna. tie'rc 'a exercer leur hurnanite religieuse, semnblables en cela aux barbaresques, qui trafiquent aussi stir la libert6 des infortun&~ jete's par une fortune ennemie dlans leur&. filets; rnais, avec cette differen-ce qu'ici ce sont les chre'tiens qui jouent le r51e de ravisseurs, par consequent, que le plus beau reste, aux barbares. Le tableau que noues vetnons d'c squisser bien su'irement se sera offert commie l'image s'duisante des mucurs du premi-er aige (1U mond(e, de mnanie're ~ faire croire au lecteur qu'un boinheur sans melange habite au miilieu d'urne nation aussi persceve'rante dans 1%s coutunmes de ses pe'res. Mats, c~ette mmeni nation peut mnoims qu'laucune autre de celles qui habitecut l'Europe, se repailtre de cette dlouce cljiyi' re, car, darts le, nomnbre de ses enfans, it en est dont le bien-ktre se fondce uniquement sur l'opprcssion de. leurs fre'res, et qui ne consentent 'a reconinaitre un maitrCe que sous la condition tacite d'avoir aussi des esciaves. Tnteurs infide'Aes,. its deviennent les tyrans des orphelins, auxquels on ics a donne's cepenclant pour leur tenir lieu de pires; et re'glent leur rapacit6', leurs vexa

Page  179 CONSTANTINOPLE. 7 179 vions sur le plus ou. moins de moyens qui cur en assure, 1'impunit6' du co'te du souverain, le libre exerIcicie de la part des sujets. C'est Pour cela merne qu'Ion remarque une si grande. diff~rence entre les gouvernans et Ics o, ver-1wes, les emrploye's civils ou militai~res et les individus de la classe prive'e. Dans cet empire le pouvoir e'touffe jusqu'Iaux son pirs, de la probite' et de la vertu. expirantes;impose silence ~t Ia commiseration, de mani~re 'a cc cjuc la cupidik6. parvient sans obstacle a.se faire entendre; enfin, il est difficile de S'expliquer commient un monstre politique aussi bideux peut avoir une existence si pro — loiigee, et pourquoi ses victimes ne cberchent pas a s'en de'livrer!. Maitheureusement les nation~s de I'Orient ne produisent que des dlemi-Th~se'e et des Hercules d'gene'ris,; on abat souvent,1 il est vrai., des te~tes criminelles,. rnais-elles -se- reproduiset3t aussitbt, et 1'bydre U'3en est que phis sanguinaire. D'ailleurs, ce qui contribue beaucoup aussi au maintien d~u pouvoir, atitJiiaireen Tiir.. quiec- c'est la diversity des natimns ribu'taires stir lesquelles il pe'se presque en:en tick'; car Ics Musulmans ne s'en apercoivent pas corn

Page  180 1 8o VINGT-DEUXItMEF PROMENADE. parati-vement aux autres. Oppose'es d'int& rets, et de religion, diff~rentes d'origine et de langues; ne forrnant, jafnais entre elies d'allian. ces, les combats que ces nations se ivrent, ou tout au momns le manque d'harrmonie qui les tient edoigni'es,favorise I'appesantisse. ment du joug do'nt on les accable., lequel, es-t encore 1'ouvraige de la faiblesse du souveraiii le'gitime, et des moyens oppressif's dont jouissent ces milliers de tyrans qui lui corn. ruandent "a lui-mneme. Je m'ecarte un peu 'a droite pour aller visiter la moscjue'e Mouhamned-Pacha, et je me rencontre avec un convoi ftunebre qui s'ache.. mine vers le champ du Sommeil. L'appareil en est simple. Quelques parens suivent le cercueji or4du turban du de'funt, et port' sur les epa-ules de quatre Musulmans que d'autres reie"Vent de distance. ean distance. Je vois des, passans, strangers jusque-hI A F'action, qui, par esprit d'e ckvotion, prennent place iau branicard,; ont''ainsi 'quelques pas, puis revinnen ~ I. rote q'ils ont quitt'e. Ge silence'',. quaucun sanglot n'interrompt' dit assez que - a vie ne me'rite pas d'e'tre- rpgrette'e. Mouh amred-Pacha Dgjamissi, fonde'e par

Page  181 ,CONSTANTINOPLE.18 le c6he'bre Kiuprtilu, premier de ce nom, pre& 6ente tin aspect des plus rians. Sa cour est entourt~e de portiquies d'ol'i 1'on passe aux logernens des imam; un peristyle de marbre blanc en rnarquc la facade; til imareth, des koles et stirtout tine belle hibliothe'jue constituent ses depenclances. Le fondateur de ce monument en a laisse6 de plus honorables encore, et consacre's avec succes ai la prosiperite' de l'Etat. Homme de guerre, politiqiie profond, il donna de nobles exeniples Z'I ses en ifans, qui se crurent oblig~s de I'imiter, et apre's hii remplirent avec gloire le vesirat: unique trait en ce genre quo pre'sentent les annales ottomanes. Uja les individus rev&etus des dignite's ne paraissent qu'un instant, et rarement elles nomment le fils apre's avoir parle' du pa're. Mouharned Kiupruin e'tait gran d-vesir sous Mouhamed IV; Achmed luii suicc6daI, et Must apha, 'a celui-ci; tous trois, Medc nes de'clar's, cultivaient eux- Memes ke-s lettres, avec ardeur et succe's. On se complait, a cuiefilir des roses,. surtouit dans les lieux ofi. i'on vons -a nienace' de ne trouver que des ronces et des hruye'res. Je regragne la longue rtie qui parcourt le

Page  182 18 VINGT-DEUXItMNE PROMENADE. quartier de K~ondoscalk, et jarieercI porte Neuve et Boudroun-Dgjamissi, alicienneeglise grecque, me'tamorphose'e en mosquee, et pres de laquelle on voit une citerne thcolonnes. L'irre'gularite' de cetie construction, les formes vicieuses de ses points (lOppui, couronne~s de chapiteaux oii tous les ordres se montrent mnutiles et confondus de manie're at etre par fois, me'connaissables, me font regretter la peine que j'ai prise pour venir ANster un monument des temps corrompus; rapprochons-nous, donc de la Propontide, dont les quartiers rians et anime's me rappellent. Celui oit je me trotuve est peupic6 d'Armeniens dont les maisons 'a deux stages font ostenisiblemnent honte aux habitations turques, -iialgre' la sombre Ilivre'e que les premieres soul condamne'es 'a porter. La fortune publique semble devoir passer en entier dans, les mafins des Arme'niens,, et maiheureusement une fois qu'elle leur a fait part de ses dons, it ne lui est plus possible de les retirer. Les fausses spe'culations ne re'ussissent pas mieux que l'attrait de la de'pense 'a les tromper, queiques se'duisanis que puissent e'tre les pie'ges qu'Ielles leur tendent pour les attirer dans des entrepriscS

Page  183 CONSTANTINOPLE. 183 hasardeuses. Enfin, & l'Fheure mn'me oui je pale, toutes les fabriques un peu apparentes qui s'e'le'vent sur les rives du Bosphore, sont construites par des Arme'niens; il en est de me'me d'une partie de celles de Pe'ra comme aussi presque toutes les acquisitions se font en leur nom et aux de'pens de la nation, grecque.-Puisqu'ils se sont of-fertsa' nous., esquissons leur portrait, dans lequel on ne trouvera rien de bien original, mais qui aura cependant son inte'ret; d'ailleurs, leur nombre est trop considerable, et leur r6Ie trop important, pour qu'on puisse les passer sous silence. Les Arme'niens joignent 'a un esprit SPaculatif, solide et rare 'a rencontrer, un fond de droitLure g6ne'alement re'pandu dans, leur nation. On trouve encore chez eiux les vertus aumonieres; un attachement 'a toute e'preuve pour la religion: devouement qui ne se borne pas 'a l'exercice de pratiques rituelles, mais qui s'e'tend aussi 'a sa morale. Ils out surtout uin d~oignement marque' pour les intrigues, que1ques im portantes ou rninutieuses qu' Ielles soient; aussi le re'gime politique pour eux dif' f~re-t-il de celui qui es*: inmpose' aux Grecs, Sur lesquels le gouvernement doit tenir sans

Page  184 84VINGT-DEUXItME PROMENADE.:rel~iche les yeuix ouverts. Ils sont tres-loii d'avoir le brillant et d'e'tre doue's des moyeris se'ducteurs que ces derniers trouvent dans, leur propre fond; ils ne pensent pas non pius l'a itde~pendance qu'ils ont perdue; et, faciles "a distraire sur ce Point, 'a 1aide de la matie're 4t laquelle ils tiennent trop -onf croirait, en voyant leur resignation 4i supporter le joug, cjue jamais ils n Iont e'Le hibres, ou qu'ils no sont pas ne's pour I'etre; onfin, on peut les~re — garder comme ]es esciaves les plus fid Aes des, Ottomans, qui, en cette consideration, leur perruettent de marcher sans fers, tandis qu'ils, ont grand soin au contraire de veiller 'a ce que la chaine des Grecs, ne se rela1che ni no s'alle'ge. Sur l'article (lo la croyance., ]es Arm6niens sont divise's en d euxsectos distinctes, mais (ljii ont de la tendance "a so rapproclher, ot viveut en bonne intelligence, cc qui est le premier exemplo do cc genre. L'uno dWelles so compose des Arme'niens soumnis 'a 1'6glise romaine, et par con sequen t, reconnus pour cathboliques; dans 1'autre sont compris ]es partisans de la doctrine. d'Eutycbe's, c'est-a"dire ceux qui n'admettent qu une seulo nature en Jesus- Christ, lesquels, bien qu'ls, croiont au myste'ro do I'incarnatioji,

Page  185 CONSTANTINOPLE. 8 At la procession du Saint-Esprit, n'en portent pas moins le nom, de schismatiques dans la communion romaine. Infinirnent plus nomnbreux que les autres, ils n'en diffrent quo par ce point de doctrine; et du reste, ont la meme physionoinie physique et morale,.les mnemes inclinations, des mo~urs en tout sem.blables 'a celles des premiers; en sorte qu'il devient indiff~rent an pein~tre et Ai l'observa-.! teur de prendre son sujet d'edude dans l'une on lFautre secte. On trouve des Arme'niens catholiques 'a Con-stantiniople,'a Erze'ruim a Tre'bizonde, et ge'neralement clans toute l'Asie. On porte a cent mile le nombre des individus de cette nation habitant la catpitale, parmni lesquels ini tiers vit sous la discipline de l'ghise r. romaine. Les Arme'niennes sont gnen'ralemnent sages par principe, et petit-e'tre aussi par temperament; cc qui e'tablit la diff4erence entre elles et les femnmes Turques, avec lesquelles on pourrait les confondre, si oni ne les, consid6 -rait que sous le ropport dec la soumission aivcujgle, de 1'~ducation et des formes exte'rieures. Leur trait caracteristique le plus pro

Page  186 r86 VINGT.DEUXItME PROMENADE. inonce, est une devotion pousse'e ~i 1'exce's. Rien n'est e'difiant comme une Arne'nienne en priezre; son attitude est absolument celle de la Madeleine repentante; et qUelque severe que solit le juge auquel cule demande, pardon de ses fauLes, queiques e'norryies que soient celles-ci, on sent que taut de componction doit iie'cessairement lui faire trouver gratce. Cette passion prononc~e', join te au calme des autres, au manque de culture et 'a un esprit naturellement nonchialant, porte un grand, nornbre de ces femnmes 'a e'pouser la -vie moniastique. Celles qui s'y consacrent, apre's avoir prononce' les; vceux accoutum~s, passent leurs, jours dans la retraite, an scin meme de leurs families, prenant le noir, et observant touters les pratiques de la re'gle qu'elles ont cl)ioisi. Le sacrifice qu'eles font 'a Dieu ne paraitra que pen meritoire, si l'on con side're la trempe froide de leuir caracte're et l'd'oignement du monde que le code des coutumes arme'niennes prescriL 'a leur sexe rnmais on reviendra de ce premier jugement, si l'on re'fle'chit que chez cette nation les moeurs jonissant de toute leur Purete', une epouse concentre d'ordinaire en

Page  187 C ON SrPANT INOPL E. 18 187 elle seule toutes les affections de son e'poux., et le plus souvent a les preinices de son ceaur', que d'ailleuirs elke n'e-st jamnais en danger de perdre; de son cote, ii est rare que le sien ait park6 avant pour un autre; et -s'il prend Ja parole apr~s son union, c'est toujours en laveur (le ses devoirs. Cependant., depuis que ]es Arme'niens maniient un metal corrupteur, leurs moeurs, principalenwnt parmi les hornmes, out subi quel. qu'alte'ration. Mlais, au reste, cette nation est doue'e d'une trop faiblo dose de sensibilite, pour qu'il parvienne ~ produiire en elle ces de'sordres qu'il engendre partout ailleurs. On no doit donc pas savoir grand. gre" 'a celle-ci do sos vortus,. ni s'alarmer pour ce qu'elle deviendra un jour, en la voyant aux prises avec l'onnomi declare do notre conservation morale; car, F'or qu'olle amasso rontre dans la mine, par consequent perd cetto influence empoisonne'e qui no se de'veloppe en lui quo par la circulation. C'est chez les Arme~niennes qu'une me'nagere doit aller faire son cours d'5c'onomie domostique. On ne trouve dans aucune autre nation des femnies aussi laborieuses, aussi

Page  188 188 VINGT-DETJXIEtME PROMENADE. attentives 'a e'viter la d~pense, en mettant tout at profit; aussi sobres sur I'article des plaisirs et du luxe; enfin, si Y'on surprend une Arme& nienne occupe'e des details du me'nage,9 il est tre's-aise' "a e'~tranger de commettre une me' prise au point de la croire la derni~re servante de la maison. Les hoinmes ont tout le me'rite de cette education., 6tant les premiers 'a pr'cher 1'economnie et I'amour de la simplicite', par 1'exempie qu'ils donnent de ces vertus, qui, pousse'es par eu~x 'a 1'exc's., fin issent par de'gene'rer en vice. L'exte'rieur de I'Arme'nien est aussi mo~deste que celui du Hollandais; et chez lui, de mneme que cbez le second, on peut -vous offrir pour sie'ge une tonne d'or. Ceci, joint 'a ce qui a te dit ant "rieurernent, d oit justifier la com — paraison ktablie entre l'un et 1'autre, ainsi que Iecono de Bataves de l'Orient que nous flous permettrons dle donner au premier, sauf At mieux prouver encore par la suite sa Nouis avons dit que depuis queique temps on remarquait de 1'alte'ration dans Ies meaurs armeniens:ccci s'cntend d'un petit nombre de families seulement que des richesses sans

Page  189 CONSTANTINOPLIV. 9 borne ont Porte' 'a de'vier tant soit peu des niaximes nationales, et que 1'exemple pernficieux des Grecs a se'duites. Mais ces copistes mnaladroits sentent toujo urs leur premiere origine, et se font reconnaitre aise'ment,'de meme qu unAllemand flegmatique qui singerait les petits-mai'tres de Paris, et viserait 'a cette petulance, qui choque de's 1'instant oii Ion y entrevoit I'e'tude. Ceux dont nous parlons ireulent-.ils paraitre magnifiques? leur main,, tout en s'ouvrant' pour donner,. par une suite de i'habitude,. se ferme At demi dans I'intention de retenir; s'ils se proposent Ia'galauterie pour objet, uls passent 'a P du sente r par la de'licatesse, faute du tact ne'cessaire pour le reconnaitre, et croient avoir atteint le but,. parce que, a 1'exernple de Jupiter, uls se sont metamnorphose's en pluie d'or. L'Arrne'nien, menager ave~cles siens, s'Ientend aussi cependant 'a faire briller 1'ostenta-. tion aux yeux de I'etranger; mais il se reserve de regagner par la suite, au moyen des privations impose'es "a toute sa maison, ce que la prodigalite6 lui a fait arracher de son coifre pour ordonner convenabtene'nt le repas' de J.'hospi'talite'. Ii ne de'daigD'e mneme pas de faire

Page  190 I90 VINGT-DEUXIE'ME PROMENADE. entrer da-ns ses calculs d'e'conomiste le chioix des alimens, de manie're 'a COncilier Fabondance et la vaodicite' du prix. Les mets% les. plus consistans sont donc ceux qtii. ohtiennent sa pre'f~rence, tellement quo le pain le plus cormmun prend de lui' le nom. qu'il porte en Turquie; aussi son organisation physique et morale se ressent-elle (JO cc, regime pesant, propre seulement ai ~paissir Ja masse du slang, et Ai travailler au de'veloppement de la -matie're. Encore un trait caradct-ristique do, sa nation, c'est la malpropret6' pouss~e Si loin, q'il cesse d" tre permis do la d~crirc. Jusqu 'ici nous avons de'peint l'Arme'nien deTf'oMen et ab~ttardi,. car c'est ainsi qu'on doit qualifier celui de Constantinople,; mais, en so trans[portant danns la terre natale do ses pe'res, on trouvera un autre sujet d etude, qui offrira do grandes, diffhrences avec 1Fcsquisse que nous venous do tracer. L'Armrn~ien do Tatiris, aussi laborieux quo l'autre, a (le pius quo lLu le sontLiinentde son inldt'ppldancC, qu'il a couserve'e, eL cetto humour belliqueuse qui,a~i temps dos Rornains, cara~ct~risait sa nation. De'termir'X par son penchiant, il proud Yolontiers parti dans los, arme'es du Sophi (1e Persc, dont il

Page  191 CON STAN TIN OPLE. 19 191 est le meilleur soldat., comme le prouve la terreur que son nomn imprime aux Russes, et 1'ernpressemenlt que la compagnie anglaise des Indes met pour l'attirer 'a so n service. S'il choisit la carriii're du commerce, il e'tend- ses speculationls jusqu'au Japon et en Chine; c'est pouir lui que voyagent les nombreuses caravanies qui apportent les produits pre'cieux de ces contre'es; c'est par son intermediare que les totes couronne'es obtiennent ces richesses ste'riles qui n'ont d'autrc mc'rite que le'clat dont diles brillent; on devine bien enfin que sa physionoinie a conserve' la noblesse nationale, de'grade'e chez l'autre par l'abrutissernent que la condition servilq produit toujours dans tonics les espe'es en general. Mais revenons ace derpier, puisquc c'est lui que nous avons sous les yeux, et pour qui la toice a 6te' pre'paree. L'Arme'nien ne se laisse disti'aire des ides qiie son comnmerce lui fournit, par aucune autre qui no s'y rattacherait pas. II oublie presque sa famille lorsqu'il cst retranch6 derriere son cornptoir; et cc n'est guicre.que les jo~its db f~te qu'il partage sos affections outre ces deux Uniques aliniens do sa pens~e. Les sciences~

Page  192 i 91 VINGT-MEUXINE' PJ{OMENADI. les Iettres et les beaux arts doivent d'onc lut' ktre entie~rement strangers, au' point de ne les connaitre, pas me'me de nomn,ce qui rend.necessairement son eLdu cation tre's.- borne'e.. Onl lui ens eigne danS son enfance 'a lire et 'a' ecrire en armenien; ii apprn d 'rih tique ce qu'il Iui en faut pour tenir sa comptabilit6'; il s'exerce encor e dans la Jangue turque eu egard aux relations que par e'tat il est destine' 4 avoir avec la nation qui la panle; mais il fait surtout une e'tude particulit',re de 'ce qui a rapport 'a la religion; cornmie par exemple de psalmodieren clhceur, accompagnant ces chants spirituels de mouvemens de mains et de te'te dont il, devient impossihie de s '1expliquer le sens; qui mne'me provoquent le nrcr chcz Il'& trangen., 'a qui Is nappellent ces gestes par res-; sorts de nos marionnettes. Tel est l'emploi des annees precieuses de la jeunesse chez la nation. arme'nienne, On peut en conclure aise'ment qu'elle n'a qtie de petites kcoles. Dans le nombre- deux setulement sont entre tenues aux depens des riches, et institue'es en faveun de la classe indigente. Des inspecteurs nomrmu's par le pa triarche et les -notables, soft charge's de ptrurvoir auxt

Page  193 CONSTANTINOPLE. x 93 dekpenses de ces e'tablissemens publics, et en dressent les etats qu'ils soumettent 'a la re'vision de ces dek1gue's de la nation. Les Arme'niens ont cependant une imprimerie; mais leurs presses sont uiniquement consacrees Ai multiplier les livres de devotion et l'alphabet: ces sortes de lectures e'tant les seules qui puissent captiver -une nation pour qui toutes les traditions religieuses sont des articles de foi. L'ob~stination qu'elle met 'a pers'v~erer dans sontat d'ignorance, est, d'autant plus blAmablel, que si elle se proposait les sciences pour objet d'4iide, elle pourraity obteniraussi des succe's, crnme Ic, pr-ouvent les notions en cc genre qu'on trouve re~pandues chez quelq(ues-uAns des memres de son cler&e?, qui ayant recu leur educeation en Italie, ress-emblent eni tout aux hounmes instruits des nations e~clairees. La civilisation. s'est glissee encore dans qucieques families oii I-es deux -sexes de'gages des entraves imposeles par ic pre~jugC -et favorables aux vicilles coutumes, s'lof'frent comnme de nouvelles preuves "a l'appui (le cette remarque. D'ai~lfeurs, Uouvrage le meilleur que nous ayons dans notre laingue sur l'empire otto

Page  194 194 VINGT-DEUXItME PROMENADE. man n'Ia-t-il pas e'te e4crit par un membre de cette nation? On ne peut donc reprocher "a celle-ci que cet e'garemcnt dans lequel l'appa des richesses la jette, au, po~int de (lorner Ia predfirence 'a I'esclavage dornestique, dont l'abrutissement de l'esprit est une con se'quence inkvitable, sur la culture (ICs sciences, des Iettres, qui, en rendant Ai la pens~e son independance, lui restitnent sa premiiire noblesse, et le lifne exercice de ses facultes, dont 1'or l'a prive en TurqUie a' raison des soucis rongeurs que ce metal y e ngendre. Pour teriminer 1'article des e'tablissenrens publics, nous dirons que les Arme'niens ont depuis pen d'anne'es fonda des lipitaux, d&' termin's enfin par l'exem pie que depuis longtemps les Grecs leur ont donn6. L'industrie est l'apanage de la nation armenienne, et se decompose daris ses miains en quatre bran ches principales, savoir: i o la banque, ainsi que la re'gie des domaines pu. blics et particuliers, pour le cornpte des Turcs; 20o la fabrication des monnaies; 3o les manufactures de mousselines et toiles peintes; 40 l'orfevrerie, la bijouterie et Ia plupart des arts me'caniques.

Page  195 CONSTANTINOPLE. 195 Les individus qui choisissent la premiere de ces branches sont connus sous le nom de saraffe. Ils peuvent e'tre regarde's comme les fermiers g~ne'raux (10 IEflmpireC, ainsi que les intendans ou liommes d'affaires des grands, et ge'neralemyent. de tous ceux ayant quelqu'ingeren ce. C'est 'a eux que le kharadgi-bachi, le grand douanier, les pre'tendans aux. malikiane', et tous coux enfin qui afferment los revenus de Ie'L~at ou qui les ont en maniemont, s 'adressent pour fournir le cautionnemeat exig&' Un malikiane' s'offre-t-il do nouveau aux propositions des soumissionnaires? le Musulman qui l'a en vue clhorche les dofliers qu'il est tenu d'escompter au miri, dans la caisse d'un hanqui~r arme'nien qui los ILAi pret, moyennant, le vingt pour cent d'int& ret par an; la jouissance, jusqu'a' entie're extinction do la (lotte,. du malikiane', qui d'ordinaire paie dans quatro ou cinq ans les de&. bourse's,1 et quo le pre'teur afferme ~i un, autre Musulman,7 faute d'habilete', vu son caracUre de rayas, a I'cxploiter Iu-mme. Enfin, lo contrat porte, pour dernie're condition,quo chaque trois mois los inte'rets di~s Seront, joints au capital aVanc6.

Page  196 i96 VINIGT'DEUJXItME PROMENADE. En vertu (le cot. arrangement, l'Arme'nien est (lit saraffe du MUSisu-lran. investi dui mali. kiane', ou d1'une des branches quelconque des roveonus de l'Etat. Lo grand vesir, chacun des rnin istros, los premiers officiers civils et miii-. tairos ont los leurs. Ces horinmes d.'affaires Pour. suivent los rentr&es de fonds que leurs patrons sont en droit (loxiger; subvionnent h toutes les de'ponsos do loins maisons, o n sorte que c'est o ux que s'adressent los cre'anciers et los dehiteurs. Quiant 'a leur'comptabilit6, elle est aussi simplo quo possible, ot me'me it faut quo leur probite' soitl infailliblo, ou quo la confiance des Osmanli soil bion aveugle, car ius poss d unl o n en tier, sans jamais delivrer do litres, la fortune do ceux-ci, quii les dispensont encore — de toute reddition do coruptes. Cot apercu doit suffire pour fare jugerde6 facilite's sans hornes quo los Arm'niens out d'amnassor des richosses. 11 pourrait MUmO donner 1'oxplication do- ces fortuinos colossale qu on a vu seclover parmi euix A lissue des dernie'res revolutions et (10s ravages do la posto, puisqu'une mort impre'vue qui vient a frappor -tn Grand do la Porte, pou.t constituer le saraffre son *heritier, si celui-ci n'esqt

Page  197 CONSTANTINOPLE. 197 pas dou6e d'un grand fond de probite'. Ce sou c4onl est, merme asscz g-meneralemeneit r&e. pandu; mais aussi i, fpeut avoir kt6 sugg~r6' par une autre nation, que 1'envie rend ennemie des Arme'niens, quoiqu'elle les caresose lorsque la necessite la force de recourir 'a eux., D'un autre cotc, les avocats des suspecte's disent pour leur defense, qu'un. saraffe est toujours continue' danS ses fhnctions par le fils du patron d~funt,.ce qui suppose de la fid6'lite' clhez le p remier, au lieu du penchant. 'a la spoliation dont. la calomnie 1'accuse. Je crois prudent de ne pas chercher "a agiter plus longtern ps une question qui, "a raison des probabilite's et des inluctions qu'elle fourinit, pour et con tre; surtout, eu egard aux myste'res qu'il faucirait pe'nd'rer pour e'tre 'a me'me (Ie prononcer,. dioji rester 'a l'&cart,. comme ktait, lbeaucoup trop embarrassante et delicate. Le r6Ile de saraffe des officiers de la Porte fouirnit aux Arme'niens reve'tUs de cc titre,. lin grand credit qu'ils comsacrent tout entier amanasser die l'or, d~daignuant les autres avantages que la faveuir per-met de recueillir, mais qui flattent seulerrjent. la van ite', d'autant plus qu'une toute autre con duite mettrait leurs tr&'.

Page  198 198 YVINGT-DEUXIEtME PROMENADE. sors eni danger, et que, pour la su'irete' de ceux-cil, il n.'est pas de sacrifices dont ils ne soient capabies. C'est 'a eux que les Musuilmans me'mes s'adressent pour obtenir de leurs patrons respectifs une grace, qui rarement leur est rcfIIsee et qu.'on. paie toujours sclion sa. valeur; car dans 'Ernpire Ottoman il existe un tarif tre's - de'taiII6 pour cette b~ranche fe'onde de lfindustrie nationalc. Celui qui est force' d'engager sa proprie'te' pour suhvwenir 'a un. besoin pressant (largent, s'adresse encore 'a tin.Arme'nien. S'il n'a pas d'immeubles "a lui offrir pour garantie, il deipose un effet de, prix, que le banquier accepte me'me de pre'f~rence a l'immreuble, et qui, scion toute apparencc, finira par hii appartenir pour lc quart de, sa valeur, a raison de I'inL~e~t e'norme qu'iI exige, en lachant ses esp'ces: tel enfin quc cet inte're dans trois ou quatre ans albsotrbe ie capital. Cmc est le beau ro'lc de la pro~ession de saraffe; nmais cette m~dail1c a aussi son re-vers, qui ne ressemble point du tout "a 'efflgife. Si un Musulman, propri~taire de malikiane', vient 'a d'ce'der avant que son saraffJe ait retire" ses avances, ce qui reste A'1 rccouvrer

Page  199 CONSTANTINOPLE. 9 est perdu pour celui-ci, en sorte qu 'on pent dire qu'il a pont' stir ha rouge ou la noire. A present, est-il au service d'un ministre, et,ce dernier vient-il 'a ktre de'capite', le saraffe essuie aussi par contre-coup sa bonne part, de la disgrace. On lui laisse la teate sur lks e'paules, 1i cst vrai, miais on ILui fait en revanche line telle saigrn6 e m~taIlique, u sa. caisse a peine 'a se relever, et inncnire on l'appliquel, ati besoin, 'a la torture, si sa tendresse paternel le le rend assez fom pour Ie deterniiner ~adedendre son or. Ce qui autorise cette extorsion, c'est la caution fournie au Musulmian plar le saraffe pres de la Porte:acte qui identific la for-~ tuine du premier avec celle du second, de manie're 'a les rendre re'pondantes l'mie pouir i.'autre. On peuit done dire que le banquier. dans celtte aissociation, s'engagre a courir toutes les chiances d'une naviD'ation periI i-ise par 1'espoir d'arriver sam, Ct sau dans le p~ort, conthk' des richies-ses que le de'sir Juii nmontre comtne certaines. D'apres,, tout cc qI" vient d'e~tre (lit, on voit que Illkrne'nien est Icpeirsriteu-r, lIaffraaachi, Oil plutok I'esclave de confiance

Page  200 200oo VINGT-DEUX1flME PROMENADE. du Turc, qu'il copie si fiddlement d'ailleurs; pour tout ce qui cst mreurs et usages que c'est ou jamais le cas de dire: tel rmnulre, tel -valet. II est aise aussi de s'expliquer a present la soumission domestique, l'lunilite des Armeniens a l'egard de la nation qui commande; et l'entiere abnegation qu'ils font d'eux-memes sous le rapport des pretentions politiques. Un saraffe ne doit voir penser et agir, que par celui au service duquel il s'cst enrole. Ce personnage est pour lui l'Etat, la patrie, et tous les voeux qu'il adresse au ciel se rapportent necessairement t sa conservation. Detourne par sa passion dominante pour l'or,.des idees qui tirent leur origine de l'ambition, il se lient eloigne des intrigues du cabinet, et rapporte tout a ses speculations financieres; enfin, il est precisement tel que le gouvernernent i cut qu'on soit; aussi ce dernier le traite-il avec in(dlgence, tandis que (le leur cote les gouvernans qui ne peuvent se passer de lui, l'honorent d(e toute leur confiance, et d'une certaile obl geance que les Musullmans accordcnt rarement aux infideles; nmais ce n'est pas a titre de grace qu'il l'obticnt; ct mnme ellc lui revient

Page  201 CONSTANTINOPLE..0 de droit, puisqu'iI posse'de les ve'ritabels fitres pui atti-ient, dans l'Enipire Ottoman, la consid 'ra Lion. Les coinmercans arme'niens, queleques import.-Antes qu'on suppose les atlaires qui se font dans leurs comptoirs on mnagasins, ne S'enbourent point de cet appareil qu'on trouve chez les n~gocia ns europe'ens. Le plus soiivent, ils tiennen t "aeux seuls la correspondance ainsi que la cornptabifit6, et ne recourent a des plumes auxiliaires que dans des cas d'urgence: ceci est une preuve de leur habilete6 pour tout ce qui est operations mercantiles. Le pius gr~and nonmbre aussi se dispense d'user des 1iicilite's que le credit offre ati commerce; en sorte qu'ils de'livrent presque toujours en esp~ces sonnantes la valeur des articles 'a mesure que ceux-ci entrent dans leurs magrasins, sans avoir de comptes ouverts avec leurs correspondans. L'existence precaire des individus sous un gouvernement Si souvent inique., Joint 'a cet esprit d'.7ordre outre' de la nation Arme'nienne, donne l'explication de cette restriction apporte'e dans la Dianie're habituelle de proce'der des ne'gocianus. La prerogative la plus brillante des Arm&

Page  202 o02 VINGT-DEUXItIME PROMENADE. niens, c'est d'etre en possession, depuis plus d'unsiecle de l'h6tel des monnaies, ouils n'ont qu'un seal surveillant musulman, revetu du titre de zarpane-emini. La merne famille, a partir (le cette epoqlue, a le coin en affermage, et, moyennant six cent cinquante bourses qu'elle verse chaqne mois au miri, peut battre monnaie antant qu'elle le.vent; toutefoiscependant, sous la condition qu'elle se conformera al titre. Pour se procurer la matiere premiere, cette complagltie est attorisee a prendre, au-dessous du cours, dans toutes les caisses des saraffe les p)ieces d'or etrangi-res; elles tirent ensuite de celles-ci, au moyen de l'alliage, tn nombre de roubiers qti porte aujourd'hui a moitie en sus le gain obtenn par celte operation. Nous avons dejai parle ailleurs de l'aveng'lement dans lequel le gouvernement Ottoman persiste a cet egard, ne voulant pas voir que tons les profits reels sont pour ces mrnmes klrmiers, qmi, a chaque fois qu'ils laissent tomber le balancier, peuvent dire: nous nous enrichissons en appauvrissant I'elat et les particuliers. En effet, n'est-ce pas le corn ble de la demence que de donner en afferimnge

Page  203 CONSTANTINOPLE. 203 le privikge' pd'alt~rerlesrnonna-ies; et d'un autre 'Co~ eles de'radationsqueceIles-cisubissent successivenient, ne so-nt elles pas 1'exacte mesure de la de'tresse de l'Eitat en matie're de finances? Par suite de la perskevrance de ce dernier ai user de ce rernide aussi tromnpeur et fun este que I'opium pour tes, etres organise', aujourd'hui tous les articles, et principalement ceux de premie're ne'cessit6, ont sex tuple de valeur com'rparativement a cc qu'ils payaient itl adoz ann'es; tellement que cette m-onnaie fadsifie~e est rameniee forcenient 'a sa valeur intrinseque. Mais comment Jpourrait-it en C'tre diffehremrnent dains uin gouivernement qtii n'offre point de scirete', qui n'inspire par consequent aucune confiance? Ou' il se montre despotique, c'est dans les reni~des aussi pernicieux que le mnal, qu'il met en ce-uvre pour en corriger les effets. De temps a' -autre on tarife les mearchandises, ernme les produits de 1'industri'e qjue Ia concurrence a -setile droit d'entretenir.' leur juste prix; ct es rn~gocians sont -condamnn~s 'a se ruiner pour au'rleurs ItcAs; car, sitle grand-vesir venant at entrer dans tin magarsin, ne lc trouve pas mu ni'des articles dIC a brancbe de commerce

Page  204 2o4 VINGT-DEUXIPRME PROMENADE., de la compe'tence du marchand, il peut pousser 1'abus du pouvoir 'usqu'a' faire d~cofer ce malheureux. Mais ces moyens, tout violens qu'ils sont, et qui rappellernt la loi du maximum, ainsi que le temps des assignats, n'engendrent pas moins la p6nurie et le mepris pour la loi., par les infractions ou1trageantes auxquelles sa se'verit6 donne lieu. En~f]n, 01k n'ose vraiment porter les yeux sur I'avecmr, lorsqu'ou pense Ai 1'Empire Ottoman, scans s'effrayer pour bii en le voyant miarcher "a pas aussi pr~cipite's vers sa ruine. Les Arn-iniens, grace 'a Iesprit d'irnitalion dans les arts, pousse' par eix. tr~s-loin, ont des manufactures C'tabfies dans la capitale, et, dont nous avons eu deji' occasion d'entretenir le lectour. J~avone que je prefere parlerd'eux corn-me Cabriquans, 1)111101 que soius le litre de saraffe; car, 'a pr~sent, j e puis donner dcs edogres 'a leur indutrie, relever ics qualite's nationales,et les de'sig-ner auix Ottomans coninie leurs su~ets les plus pre'ieuIX Si les premiers s'entondaien1 'a mettre leurs. heureuses dispositions en wuvr e. AyanI t d~ja vante' ailleurs 1'adresse qu'ils inontr, nt dans 1'exercice des arts me'caniques., je me con

Page  205 CONSTANTINOPLE. 20 2o5 Ienterai de r&7eiller ta memoire stir cet article, afin de ne pas laisser mon portrait imparlait par I omission (I un coup de pinceau. Le sangr arine'nien est ge'neralement beau, et, s'.entretenant sans niedangre, se conserve parf~liternent ptir. Lcshommnesse recorinaissent au profil asiatique bien prononce'; mais jissont loin d'avoir cette noble expression quisi~ge sur la figure du iAlusuliunan; quoiqlu'its s'en rapprochent pour les traits. Leur stature est edev~e ct l'enmbonpoint s'- de'veloppe de pre'&.rence chez euix aut syste~me nerveux, d'ailleurs tres-peu irritable. Les fr mnies de cette nalion,sond pins p-ropres qu'aucuines autres ai reproduilre 1'espe'ce, et ce que nones venons de dire des hommres,. on peut le leur appliquer en cuitier. Le patriarche de Constantinople est le chief de ha nation arme'niernne en ge'n~ral. Choisi dans hi secte des schismiatiques par l'assemiblee des principaux, qui se compose des plus riches, ainsi que des chek' des corps de net~ier, ce pontife est sanctionne" par -le grand-.vesir, qui l ui fait reve'tir 'a cet effet le cafktan d'honneur. C'est 'a lti que le gouvernement s'adresse

Page  206 206 VINGT-DEUJXI]tME PROMENADE. pouir toutes ses relations avec le troupeau donL la conduite lui est confie'e, le considc6 -rant phutot comme chef' temporel que spirituel. De concert avec 1'assemble'e des principatix, Ai arre'te toutes les mesures 'a prendre, scion que les circonstances l'exigent; ainsi l'on y re'gle les taxes 'a lever d'apre's les besoins, et l'on fait la re'partition de eciles-ci entre ics contribuables proportionnellement a leurs faculte's. Le produit quelles donnent est employ6' 'a l'etretien des 6tablissernens de la communatite', Ai payer au gouvernement les sommes extraordinaires qu'iI demnande, et at venir au secours de la classe indigente, qui est tre's-peu nombreuse dans cette nation laborieuse et 6cConorne. Le patriarche tient dyvan chez lui, et, assist6 de son grand-vicaire, jouc le role de conciliateur dans les querelles domestiques; quant aux autres causes, elles Sont presque toules porte'es aux tnibunaux musulmans. Les Arme'niens schismatiques ont en outre quatre autres partriarches, nomm6s par l'assemble'e des principaux dc leurs dioce'ses respectifs I et dont Jes sieges sont: Je'rusalein, Eschrni-Azimn, Ce'sare'e de Cappadocec, et

Page  207 CONSTA NT INOPLE. 20.205r Aktamar. Les catholiques ont deux eVeques qifont leur r'sidence 't Constanitinople, et ne souL pue les vicaires a-Lpostoliques, des cardinaux investis des patriarcati. Dans l'intention de gagner les Arme'niens schism~atiques, la cour de Rome a a1banidonn6 aux pretres de cette secte la prdrogrative d'adIninistrer les sacrernens, et d'en relirer le casuel, en sorte que ce sont eux (Jui font tous les bcpidenes,. mariages et enterremens, de la ialion. Les predtres catholiqnes confessen L, instruiseut Ia jeunesse dans les devoirs dc religion, et n'ont pour reventis que le produit de leurs, messes joint "a celui des qudtles; mais on doit dire aussi que les faimilles s'ernpressent ge'ndralement 'a les recuieiliir. Cette Lolerance, sagement enten-. duje de la part du Saint-Side' e, a presquje amenelIa secte schismatique au point de se ir~coucifier avec liii et de Ie reconnaitre. Les jiuties multiplie's, longs et aulSteres, con-. tribuent enicore 'a attirer des transfuges dans le parti ronmairn, oii ceux-ci trouvent un regirne plus doux. Le clergde armdnien a des inoeurs tre~s-auste'res, eL qui contrastent autant avec celles

Page  208 208 VINGT-DEUXItkME PROMENADE. du clerge' grec,. que 1'esprit de d 'votion de la prewiniire nation avec celui de I'au tre. Chaque pre~tre ache'e du patriarche la direction dun certain nomnbre de consciences,. fixe' d'apre's la Somme qu'iI se soumnet 'a payer; a son tour il re'colte les profits des bapteines, manarges ct ernterremens; ai quoi it ajoute le produit de la be~nediction quiil dispense aux fh~tes de Noeeta~icellesdePaques suwtoutes lesmaisons de' son district, sans pourtant se fivrer "a des speculations fle'trissai tes. Lt 'sch ismatique petit se marier~, ce qui achy y-~e d'en faire, sous le rapport des micurs, un mninistre protestanit. Les usages de la nation arme'Dienne sont plus curieux que SOS D)CzeUf ls a c'r'mnioni du mariage, par exenpie, offre des traits d'originalit,6 qui rne'ritCnt d'etre pr~senutes. Ici, comme chez les OSMnanli, ce SD t Iles parentes dui jeune lhormme qui lui cherchent une comnpagne, la voicnt po~ur liii, et jugent si les 6onvenan CeS miorales ct pbysiques se Tencontrent dans 1'ob~e t qui s'est attire' leur attention. A. la premiere visite la jeUnDe fiiie peut deja" comprendre, 'a queiques sigrnes de bienveillance de la part de la ne'gociatrice) si elie est dispose'e 'a Iui accorder son suf

Page  209 CONSTANTINOPLE. Ifrage; cc que confirme uine seconde visite4 Elie vient aussirt6t lui baiser les mains en temo1ignagye de gratitude; elie hi offre ensuite les confitures, et ach6ve de se confirmner dans la persuasion qu'elle D'a plus dt craindre de rivrales. La demande de mariage se fait peu apri~s; et le temps accords pour prendre des informations sur le compte dui pre'tendant, e'tant expire, on fixe le jour des fianicaiiles. Celuici arrive', les deux families se reunissent, ainsi que leurs directeurs de conscience accoutum~s; le jeune homme donne a'ux pa.rens de la future, ' fitre de grages, une sornnw qui, pour les plus riches, s'edleve a soixante roubiers contenus dans une boite d'argent ou. d'or, enveloppee d'un mouchioir brode', et l'on arre'te l'epoque a laquelle cc premier engagement sera couronne' de la ce'r'm-onie du mariage. C'est aux p~arens du garcon ~ rappolor 'a ceux de la fille quo cette epoque approche;de part et d'autre on nommne des charge's, de pouvoirs qui fixent d~finitivement le jour; ceux du futur conviennent'en outre dui cadeau qu'il fera 'a la jeune personne pour 3. ' 4

Page  210 ,10 VINGT-D -EUX~iME PROAMLNADE. frais de bamn ainsi que des gratificaItioris accorder aux pretres, des deux families; enfin, dans cette iinc'ie seance,. le confesseur de la future en con cede la possession ai son pre'tendant, rnoyennant tine certaine soinme regrke sur les faculte's de ce dernier, et que le cornpere escornpte. La jeune fille, queiques jours avant la c6 -reirionie, est conduite au bain, d'ou' cle sort paree de ses plus riches ve'temens, pour ktre presenle'e 'a la fhniifle qui s'appredc 'a Ia recevoir ani milieu d'elle. Sa. te'L est de"'t chargee de laniettes d'or, annoncant son ch~angement pr~oe~ain (le condition; clle baise lk~ mains 'a ses nouivelles patrentes, qui jettent sur clle 'a Poigne'e des pie'es de inionnaie. La fdte commaience s~par~rnent dans chaqu e Camille le samnedi au soir, et se continue pen-. dant les trois jours, suivans qui, pour la mi-ielleure part, sont emnploye's 'a table; nitlant Idi inusique 'a ce plaisir, regard6 comme it' premier par la nation dont nous parlonDS, quoiqu'elle soiL sobre. Les grands banquets,. parmi elies, ne se do~nnent quc dans ces circonstances; et, par consequent, les imaisons 6tant mal monte'es en attirtails-de cuisine

Page  211 CONSTANTINOPLE. 211T on rove itlouer tout le ii cessaire i e'~glisc III nem, rnunie convenablenient E~l cet effct. Les deuix -sexes prerinent chacun separement leur part de la re'jouissance, et la future, la Ikte couverte d'un voile de gaze, est, retranche'e dans soni appartement avec ses jeunes compagnes. Depuis le premier jour de Ia noce, on donne aux e'poux futiurs les titres de roi et de rei ne. Le jeune homme, pour soutenir le sion, s'arrne d'un sabre; mais cet usage semble ne'anmloins devoir tomber dans l'ouHit, car it n'esL plus observe' que par le petit rinobre. Le ditmanche au niatin, les convives des deux tables s'envoient de part et d'autre des plats recherch~s. Vers le soir, il. part de la imaisou du futur tine deputation charg-ee de porter le quen'a, c'est-a'-dire un paquet de lat drogue avec laquelle Jes femmles,, daris l'Orient, se teignent, les ongoles en rouge fonctions dont la femme du pre'tre s'aequitte enivers la marie'e. A cette galanterie est jointe la piece d'e'toffe destine'e 'a envelopper la jeune fille; unc paire, de babouche~s, une grande bougrie garnie d'un ruban, et du

Page  212 2.1 2 VINGT-DEUXILME PROMENADE. sucre. Ce cadeau, qui tombe an comple dti cornpere, est Porte' avec appareil en avant de la deputation, 'a laquelle se re'unit la mn're dui jeune homme, chargyee d cs joyaux destine's "a la fnture. Le quena arriv6."a sa destination, I'tepousee est presentee "a sa belle'-m~re, qui 1'orne des di~amans, de- n10ce. Lcs parens, donnent en retour Un paquet contenant une che-. mise, un calecon, deux bandes, de toile fine, brode'es en or., pour serrer ce dernier, tin essuie-main richeinent brode' ct Une bourse vide. L'e'poux se pare le soir mnerne de ces cadeaux, qni d'ordinaire soutl1'ouvrage de celle "a laquelle sonj sort va e'tre irrevocablement lie', quoiqu'lI ne la connaisse encore que par relations. La deputation de retour, on. fait an jeune homme la barbe au son de la musique et des acciarnations des convives, qti tous, hommes et femmes,, donnent, an barbier un gratification en, especes sonnan tes,,on bien en effets, A son usage, et se piquent d'honneur stir lParticle generosit6. Les ve'temnens de e'~poux soul e"tale's ensuite dans l'assernblee, et apres que le pretre les a be'nis, chaciin des assistans vient l'aider 'a les endosser, ~i commiencer par son

Page  213 CONSTANTINOPLE. 2I3 pere, qui le baise au front, puis lui met le kalpak en tete. Cela fait, la societe achete du pretre le privilege de voir bruler le flambean nuptial, que le minisire allurme, et qui doit durer aussi long-temps que la noce. Pendant que les choses se passent ainsi chez I'epoux, la fellmne du pretre procecde chez la future a lui mettre le voile de pudeur. Pour cela, elle lui attache sur le haut de la tete un carton destine il le recevoir. Cette piece d'etoffe, longue de deux aunes et demi, se place de maniaere a cc qu'elle cnsevelit entierement la jeune fille; et cousue sur les cotes, finit par se convertir en sac sous l'aiguille de la pretressr. Cette toilette bizarre se termine en couvrant la future d'une chevelure de lamettes d'or qui pese jusqu'a cent cinquante drachmes; apres quoi chacune de ses parentes vient la baiser, sur son voile, a la place du front, et lui donne quelques sequins. La nuit s'ecoule dans les deux families au m ilieu des divertissemens, jusqu'a' deux heures avant le jour, qui est )'instant oi l'epouse doit etre amenee h son epoux. Celui-ci, ac(onipagne du pretre, du compere, des pre

Page  214 214 VINGT-DEUXIILME PR{OMENADEW iniers, personnages de Ytin et de I'autre sexe va la chercher. Les femaics entrent dans le htarem., les, hommes passent dans le saleinlik; I'eponx s assiedl 'aar suir uni si~ge qui lui est prepare', et devant lequel. bri'de le flamibeau nuptial. On se re'unit ensuite dans l'appartenment de l'pouse; les hommes se rangent sur tin des coke's de la pie'ce,, en face' des femmes, dispose'es de la mn~me mnaniere stir I'autre. L'eponx, introduit, vaI baiser respectucusement la main aux p rilncipaux de sa notuvelle parents, en commencant par son beau-peare et sa belle-meare., qui min donnent, le premnier uine bagrue oni unte inoritre, 1'autre uine tresse de lamettes d'or, (Ji: on lui attache sur le kalpak,et it laquelle d'autres parens vieniient en ajouter encore, coDmnie marque d'estim-e. Le pre'tre conduit le futur ii I'epouse, puis les am~ne tous deux, se tenant par la main, an milieu de I'assemible', oji it les b~iiit. On part enSUite pour se rendre chez 1'6poux, qui nMarche le premier avec son cortege, pr'ce'd6 par le flambeau de l'hym~n~e, et suivi de sa conjointe, 'a laquelle deux de ses co'mpagnes servent (le gruide; car. enfertn~e dans son

Page  215 CONSTANTINOPLE. 215a saelle peut-'tre mnise an r'h ng des avetigles. Arrive'e dans la m aison nuptiale, l'assembl~e' reprend 1'ordre scion lequel ellk etait rang~ee vat; les deux e'poux comparaissent de nu veau; le pre~tre met le'urs mains I'une dns, l'autre, les, fait appuyer front contre front, comme pour op rer, e' Il'ide de cet attou.chement., uin effet magne'tique, auquel le compare cherche "a aider encore en tenant stir leur te'te un crucifix; et le ministre du cuilte demande au garconi s'il est re'solti d'accepter la jeune fille pour compagrne quand1 encore elie serait borgne, boiteuse, bossie, 1n'orettant enfin dans sa kiriele aucine (les imperfections physiques; at quioi l'epoux re' --- pond qu,'il 1'a prend irre'vocab~emncnt telle qu'elle sera au sortir dii sac. La dernande adresse'e "a celle-ci est plus sagement conce;e on liii fait le tableau des vicissitudes sails nombre de la vie; on place, par supposition, l'epoux au miliieu de cette mien orag'emse. et I'om demande 'a sa compagne si clle persiste;i. braver avec iui ces autans? Suir sa re'ponse, affirmative, qu'on exige un seconde Ibis des deux parties an norn du ciel, le predre, leuir donne la benediction nuptiale. Aussito't apre'S ii lcur attache SUr la lete Ie diade'me., consis

Page  216 :~,6 VLNGT-DEUXItME PROMENADE. tant en un petit cordonnet compos6 de deux fils, 1'n rose, l'aiitre blanc, qui, par leur en-~ trelacement, exprinient 1'identit6 que 1' union de la tendresse avec la candeur va produire; et l'on separe inbumainement encore les deuix epoux pour les envoyer languir dans Jeurs appartemens particuliers, au milieu d'importuns qui ne leur permettront de se voir yie le mereredi, c'est- '-dire le quatrie~me jour at partir de celui oii la c~r~monie a com-n mence., Le mardi, la dot a &e' apportee avec appareil t la maison nuptiale. Le prd're le mniece jour a de'ache' le diade'rne, comme ayan1.t op~~re suffisammrent l'effet qu'on attendait de IUi. Le mereredi la marie'e est visite'e par les~ parens de 1'e'poux, qui lui laissent en palant des pre'sens, consistans en objets de parure; une servante fidd'e, qui J'a suivie 'a la sor tie de chez son peare., se separe d'elle 'a cettc epoqwe, emportant une piece d' etoffe dont I'epoux l'a gratific-e. Enfin, pendant les quinze jours qui suivent., les deux families se convient r~ciproquement At des ~repas oui 1'amitw~ s'6tabtit entre elles, et finit p~ar les r~mnir en tine setule. (2est clans les coinitunies nfionales1. qu'op1

Page  217 CO0N STA NTINOLE. 217 doit e'tudier le caract~re particulier d'un peuiple et le gemie qui lii est propre; par exemnpie, on reconnaitra, en lisant la cere'mnonie dii mariage nwite'e chez les Grecs, que celle que je d~cris 'a present est la parodie de l'autre dans les points de contact qu'elie a avec elle; par cons~quent que I'Arme'nien, qui ne peut e'tre inventetir, devienit copiste ridicule toutes I-es fbis qu'll s'tadresse an gout' et A -la de'Iicatesse pour ses emprunts. Cette opinion sera confirmnee en voyant, (lans la relation dui marnage grec, la jeune epouse paree au son des instnurnens par ses corn-i pagnes; quel lectetir ne croira pas alors qu'on a. voulu en effet parodier eeL usage diii atine heureuse concepLion d'un pet ij~e naturellemnent inventif, en arnenant, chez les Arni'niens, le futur au milieu (de I'assernble'e des hommies pour y etre barbifie' et veu Cerfies, on ne s'y prendrait pas diff~rernment aux htes des boulevards pour fair tober tine oeuvre dramnartique nonivellement don njee aux Fra-ncais. L'Armn~nien ir-ussit miniux sans doute Iorsqu'il se propose ic. Musul-man. pour mnode'le; car l'analdogie (le iernperament et (le principe qui le rapproche de celui ci, pent

Page  218 21i8 VINGT-DEUXIibIE PROMENADE. donner alors 'a l'imitation ce caracte're auquel l'invention se. reconnait; au contrare, ce q1u'iI prend dans son prop're Loud est generalement infornie, mat mnotive', d'uine zdle'gorie grossie're, et annonce uine civIlisation peti avancee. Mais, poursuivons le chapitre des co utumes. L'epouse etant 'a la veille de mettre anj jour le premier fruit de son union, la sage-fcmrnei est, aussito't appete'e, et tons les proches recoivent i'avis de son heureuse de'livrance. Sa mere est tenue, pour cette premie're fois seuleinent, de luii faire cadean d'un berceau, qui d'ordinaire est en bois de noyeCr, incruste de nacre d e perle, et accomnpagne' de sa layette. L'accouche'e, dans un lit de parade, recoit la visite de ses paren tes e"t amnies; Cet usage est le merme pour la nation ottomcane. Le cinquiernie ou sixieme jour, ccliii qui a jone le ro'le de comnpere dans le nmariage, vient, escort' dle quelques amis, oflirir iii habillei-nent cornplet pour l'enfarti, et Ic fait condlnire, 1'e'gliSe pour le tenir sur Ics fonds baptismaux. Le pre~tre adnirlistre au. nonveau-ne' le sacrenient du bapemne, conforIneni1ent 'a ce qui est prescrit par Ia cour (le,

Page  219 CONSTANTIINOPLE. 219 Rome, avec cette seule differcncc qu'iI einprtinte de I'1Eglise d'Orient 1'inmmersion cornpklete; ii le confirtne en suite, puis le cornumnie, et termine par liii donner le saint viatique; en sorte que 1'encant accumutle dans le menire instant touters les graces qui cbez nouis se distribtient sticcessivernent 'a diff6 -rentes e'poques de la vie. Les frais du bapie~me tombent di la charge du compe're. II est invite' le me'me jour, dans Ia fiauille du nouveau-ne, h un repas magnifiqbe, qui se termine par des cadeaux de tous Jes convives. Ce mot ca(Ieau, comnme on penit en JugerI se retrouve a chaque instant dans la civilite' orientale,et semble en etre le fond. Si la farnitle est opulente, I'enfiant recoit dans la maison paternelle le genre d'~ducation d ont nous avons offert de'j'a le tableau inodeste. S'iI appartient 'a des parens jouissant d'une aisance me -diocre, on I'envoie dans les e'coles Particulie'res; ~nfin, iA est admis dans les e'coles publiques lorsque son indigence lii en donne le droit; et dans tons les cas, 'On commence avant I'age de ptibert' "a lui faire apprendre Ia protession At Jaquelle sa fain-jute le destine.

Page  220 .220 VINGT-DEUXItME PROMENADE. Lorsque la dernie're heure de la vie est sonnee pour un Armeu'nien., 1'extre'me-onction est administre'e de rechef au moribond, comme atussi ii a recu de nouveau le sacrement de confirmation 'a 1'e'poque prescrite par I'eglise romaine. Le pre'tre receite 'a son chevet la prie~re funej'bre, assists de ses COnfrerres, si le de'funt est en kLat, par le bien qu'il laisse, de reconnatitre ces marqnes d'honneur. On 1'ba. bille de ses pius beaux -vetemens,,et on le porte 'a visage de'couver t 'aIa demeure des morts,.en se conformant pour le reste aux coutunwes des temps ancien S. Outre les, grands carernes observe's par les Arme'niens schismnatiques, tous les trois mois, ils consacrent un~e semaine au jeu'ne. Le lundi qui suit cette semaine, est donne' 'a Ia me'moire des proches qui ont cess6 d'6 tre; et les femmes acquittent la dette de larmes qui doivent bumecter leurs tombes, tandis que les pre'tres invoquent en leur faveur la inisericorde ce'leste. On pent dire que ce sont de nouvelles fune'railles qu'on cekebre, par 1'onction, le sentiment, les, regrets, le de'sespoir me~me que los acteurs de ces sc~nes attendrissantes y Indlent chacun suivan~t son "'~le. Les femmnes, surtout ot~~trdn

Page  221 CONSTANTINOPLE. ces epoques de deujil, la sensibilit6' exquise dont, leur sexe est dou6'; et cette qualite' pre& cjeuse, mais souvent ennernie du bonheur, les rend inge'Dieuses 'a I'exci~s danS la manie're de Iui payer tribut. Lorsque le cercie, de 1'a~nn'e ramene le iour des larmes, toutes les amies de la famille en sont pre'venues, et se font tin dev'oi'r d'accornpagner la veuve on la iibre affligfe' sur la tombe qui renf'erme I'objet de ses regrets. Les ve'temens du de'funt sont ktendus sur la se'pulture, et contribuent encore 'a le resstittler dans son entier Ai la ine'moire. Toutes sont agenoiiillkes reiigie-usement sur Ia -terre, tandis quie I'affliog~e, contemplanit ces tristes souvenirs, les apostrophe tour ai tour; s'adresse 'a I'objet qui n'est plus, comme s'iI' pouivait lui re'pondre, et monte par degre' son auditoire sur Ie ton d'affliction de son AXme. Pourquoi ni'avoir abandonnc.e suir cette ter~re devenue un sc'jomr de clou'leur pour Monii, dit-elle 'a l'e'tre quc sa pensc-e ressuscite? Tons mes soins n'k~aient-ils pas ~(consacre'sh te rendre Ia vie douce et, che're? (Que nmanquait - Ai enfin 'a ton bonhieur

Page  222 222 VINGT-DEUXIEME PROMENADE. ( pour avoir pu.te decider a aller Je chery cher loin de moi! Le voyez-vous? il est la, il m'adresse la parole. Sa figure n'est, point alteree; je retrouve dans ses yeux cette expression de bonte, sur ses levres ce sourire de complaisance qu'il melait i ( ses moindres discours. II mne fait signe; ( oui, il n'invite d'aller le rejoindre.... O mes compagnes! 6 mes amies! que votre a sort est pour moi digne d'envie, et cornb)ien je dois vous sembler malheureuse! ( En rentrant dans vos maisons vous trouo verez vos epoux qui vous attendent. Triste, ( solitaire, abandonnee, je cherche inuti( lement le mien, et ne puis esperer de a le revoir que dans la nuit du tombeau.... a Pleurez avec moi, 6 mes compagnes! que ( vos larmes se inelent aux miennes! veuille,( le ciel que jamais vous ne soyiez dans le a cas de me les redemander, et que je meure, avant de vous les rendre!... Puisse-tu a du moins habiter le sejour des bienheureux, 6 toi, qIui faisais le -charmne de m'i ( vie, et qui en es aujourd'hni le desesa poir! Mais, qui pourrait y habiter si cc a n'est toi? ta bont6 aurait plu aux anges

Page  223 CONSTANTINOPLE. 223 (( eux-nmmes! C'est bien pour toi que Ie r ciel a ete cree, et tu y tiens la premiere, place. Mais celui qui t'a appele a lui ne c me rejoindra-t-il pas bientot a' toi? me ( laisserait-il languir comnle ce cypres dont ( les branches dessechees annoncent que, chez lui sont taries les sources de la vie?.... ( O mes compagnes, que ces larmes me font de bien! ou puis-je en trouver encore, pour les repandre en si grande abondance? Mes paupieres en ont dejht et6 t tant de fois humectdes! Ines joues si sou(( vent arrosees, sont creusees par illes. t Si du inoins celles-ci pouvaient etre les dernlieres!... Oui, pleurez-le; il vous en( tend, il vous voit, il intercedera pour vous ( pres du Dieu clement; il saura bien vous, payer le prix de celle genereuse affliction. " Tout ce qu'il deinandera, soyez-en certaines, tout lui sera accord!... Ce ( sont-la pourtant les vetemcns dont il se ( para quelques jours avant celui ou il m'a!( quittee! que je les Iaise, que je lesbaise en(( core!... Objets qui l'ont touche! enveloppe (( precieuse de ce que j'avais dc plus cher, (( recevez mes lamnes, abreuvez vous-en!

Page  224 22-4 VINGT-DEUJXIEME PROMENADVh. (O que cette terre en soit imbibe'e et leg cclaisse pe'ne'rer jusqu.'a lui! c'est la' qu'il c dort! 6' ma douleur, ne pourras-tu pas le reveiller? mes sanglots ne sauront-ils pas le restituer 'a la vie? Quelle chai'ne! quelle "chaine inflexible le retient done pour qu'il cc ne me reponde pas, et se refuse 'a venir temprr mes Chagrins!.. Tel est, "a peu de chose pre's, la traduction. ni exag&e'r' ni embellie d'un de ces monologues larmoyans. Q ueliqefois encore on peut e'tre te'moin de mouvemens oratoires non dtudi's, et par cela Merne plus efficaces. La veuve 6plore'e, dans une sainte inspiration, enle've des bras d-'une de ses corupagnes un jetune enfant, et le de'posant au milieu des de'pouilles, iell lui adt-esse l'expression de sa douleur, "a laquelle l'innocente crteature chez qui la sympathie est facile 'a e'veiller, re'pond par des pleurs. II riest pas ne'cessaire d'a~voir I'intelligence de Ia langrue pour suivre mnot mot le discours:ces sce'nes attendrissantes sonat acconmpagne'es d'uiie pantomime si' anin~e; -l'alte'ration des traits et les transitionS (le la physionomie peigrnent si bien cc qui

Page  225 CONSTANTINOPLE. a25 se passe dans ]'me; on se trouve soi-merne si intimement en rapport pour la situation avec celle des acteurs, qu'cn consull;nt son propre coetr, celui-ci, aide dn debit, traduit litteraletnent le texte. A present qte j'ai e~ussi peut-etre a inspirer de l'interet en faveur des acteurs, et de repandre de ia verite sur la scene, on va bien suremnent m'accuser de perfidie, si je re ele que, selon l'opinion commnlne, ces pleureuses inconsolables, apres avoir epanche largement leur douleur, prennent froidement un repas goulu sur la tonbe mnme arrosee de leurs larmes. J'ai vu, en effet, ces transitions bouffonnes, mais je n'ai pas voulu en croire Ines yeux dans la crainte de detruire une illIsion chre; et j'engage le lectenr qni prelere Ie bonheur a la verite, sans laquelle le premier marche si solivent, d'iliter mon exemple, c'est ---dire, de conserver son erreur. II est bien dl'atres circonsiances dans le cours de la vie oui cette madxime est bonne a suivre, quoique generalement conlanlnee par les philosophes; du noinlr elle est la morale de mon apologue. En nous entretenant de la nation arme 3. 15

Page  226 226 VINGT-DEUXIMNIE PROMENADE. nienne, nous sommes parvenus a uneplacespa. cieuse ct belle, sans etre cependant reguliere; dans le milieu delaquelle je remarque ulne fontaine qui presente un massi ten carie, couronne d'une plate-fborne, ou l'on arrive par un escalier execulte, ainsi que Ie reste, en marbre blanc, Des futs de granit gisent slir le sol, et marqnent peut-etre l'emplhcement de quelqu'edifice somptueux qui decorait les entours du port de Theodose, Inais qui auront disparu de merne que tant d'autres. Des saules pleureurs, des ornes, des platanes, jets an hasard, achevent de donner a cette place un aspect pittoresque et champetre qui repose agreablement la vue. Un Musulman passe pres tie moi, mordant a belies dents dans un conconbre; j'en vois un autre arrete devant ce marchand fruitier, et qui ache'te des prunes cueillies bien avant l'ei,oque de leur maturite; enfin, en voila un troisirnte qui se r gale a\ec un coinl, et delie le plis fin cuisinier de lii appreter un nmets plus delicat. C'est (Dneralemert un goutr national chez les Osnlanli que celui des fruits verts; on le rencontre dairs toutes les classes, et l'anecdote suivante

Page  227 CONSTANTINOPLE. 2' )27 prouvera qu'il trouve me'me acces, pres, du tr~lle. Le sultan Sedim III avait pris 'a son ser-~ vice un jardinier Franc, et celuii-ci mettait en Cuvre tous les secrets de son art pour ob-. tenir ces phe'nome'nes que les serres chaudes produisent. Ravi d'avoir re'ussi 'a fltre arriver une pe~he 'a maturite' dans le ten'ps oht les fruits de cette espe'ce e'taient, encore 'a peine nouesI it la faut presenter au Sultan qui, an lieu de te'moigrner 'e'tonnemeneut que l'artiste esperait prdr lan moven (le cette, petitmervIlle, ne Jui accorda que de indiocres e' logyes et vingrt-cinq piastres setilemnent decgratification; car c.'est an moyen de me'taux rnonnoyes qu'unnSultan donne la mesure cle sa bienveillance, et recompense les. services; ai'lleurs, on distribue des honneurs: nmonnoic etrancg~re danus 1'Ernpire Ottoman. Notre jardinier, que nous avons Iaisse' dans la consternation, Ia raison de son pen. de sueces, ne inanqua pas de se plaindre du mepris qui'on te'nioignait pour son art; et, de'goi,,t6' de le voir si mal apprecie, allait n6gI'grei tierement les serres chiaudes, lorsque quelqu'tin, qui. connaissait, le genie naitional,lui (lit qu'il aurait obtenu picine re'Lssite si,an

Page  228 22.8 VINGT-DEUX.E'ME PROMENADE. lieu de presenter an Sultan une pekche, il lui eiut fait offrir un concomnbre hatif. L'artjste avait peine 'a se persuader qu'Une inclination aussi sauvage p4Lt se rencontrer chez une teate couronn e; cee dant, " tout hasard pourtant, il donna l'anne'e suivante quelques soins "a un plant de le~gumes de l'espe'ce qui lui avait C'e indique'e, et it n.'cut pas lieu de s'en repentir, car le premier concombre que le Sultan vit sc~ore sur sa table, hi t pay6 d'u te bourse; ce qui, d'apre's le tarif ottoman,. vent dire qu'it etait ravi, transportes d'extase. Tout en donnant une ide'e des inclinations de l'Osmanli, cette anecdote prouve encore qu'on ne doit point juger les autres d'apre's soi; mais bien d'apre's eux-memes; quoique le cntrireaitsouven liu, et occasionne une foule d'injustices. Ce reproche ne s'applique pourtant pas an. eas present; car leS Turcs sont en grande partie redevables des maladies e'pide'miques qui les afiligent 'au regime aussi contraire a l'hygie'ne que celui' dont nous venons de donner un apercu; mais cela n'empecbe pas que le pre-cepte ne trotuve plus d.'une fois sa place dans le cours de cet ouvrage. Les quartiers que je parcours possedent les

Page  229 CONSTANTINOPLE. 229 rules de la capitale les plus longrues; on y remarque beaucoup moins de mouvement que dans cetix compris entire Sainte-Sophie et la Suleimanie, dont le commerce est, en possession. lei, on ne trouve que des mnarchands de comestibles et des artisans; des maisons de particuliers menant une vie retiraee, et qui semblent prie'~s (le toute relation avec le Se'rail., au point (I Iignorer s'iI. en existe un; enfin c'est absoltument les quartiers di Marais et de Saint- Marceati de Constantinople. Je chemine chereliant et demiandant Ai tons cexque je rencontre cette clbe clrn d'Arcadius, dont le Htit, sculple' par la van ite' menson gere, a% laquelle 1'adulation aura, sOrement fourni les sujets, racontait 'a sa mani~re la vie d'un prince prive' de force et de Vertus,. des mains de qui uine fhnmme et des eunuques arrache'rent si aise'ment les re'nes de l'Empire. Sans prendre ici parti en favo ur de la verit6, je ce'de uniquement 'a 1'amour des arts, promietant;h ce dernier do mne laissor aller en entier aux emotions douces qu'i[ me feiit e~sperer. Jo dernande dono le quartier Av-ret, ]Bazar, oh je sais devoir trouver le monumient

Page  230 23o VINGT-DEUXIEME PROMENADE. a la recherche duquel je suis; que Pierre Gilles me dit avoir vu debout; sur lequel Wherler, Tournefort, Pockoke, et merme nn voyageur moderne, assurent avoir reconnu tres-distinctement les sujets traites dans les bas-reliefs; qui, eleve de cent vingt pieds, portait la statue d'un mortel indigne de commander daussi haut aux autres hommes; je m'aide de tous ces points de 7repaies,, an lieu d'arriver de prime - abord au but, je m'egare long- temps autour et le touche presque, sans meme etre prevenu par aucun indice, que j'en suis aussi pres. lMais qui reconnaitrait jamais dans un bloc, calcine par les incendies, et inotrme au point de pouvoir etre pris pour un rocher; qui reconnaltrait, dis-je, ce monument fastueux dont les traits primitifs ont subi une si grande alteration?... Cependant cc Iloc inutili est bien lc piidcstal de la colonne historique; ce qui n'en donne la conviction, c'est un A et un E qiii se lit tres-distincteinent au plafond dut petit vestibule d'oui part 1'escalier en vis Saint-Gilles, et (Iui, bien sSrenent, sont les lettrcs inititles d'Arcadius et d'Eudoxie: renmarque que je ne sache pas, qu'aucun voyageur ait faite. Un

Page  231 CONSTAN TINOPLE. 23 I Tartare a plan te sa tente ou dressd son bivouac conlre cette masse dont l'interieur seul est conserve; mnais qu'on peut encore cependant dedimler pour avoir appartenu i l'ordre dorique ronmain. Ce piedestil a dix-huit pieds erviron de haut, le lut de la colorne douze pieds de dianmetre a sa base; ce qui, d'apres les p)roportions de I'ordre doriqlle, s'accorde assez bien avec les cent vingt pieds attuibues it la hauteur totale du monuinenit, lorsqu'il dtait intact. L'interiellr, outre le petit vestibule et 1'escalier qui, jusqua' la naissance du tut, procede par revolutions Ct angles droits, renferme une piece convertie ai l'usage du propriCtaire. Sur le plalond dji vestibule, on voit des croix grecques en reliefs, et Tlautres ornemens d'un tres-niauvais goout. Telle est (enfn aujourd'hui la coloniie d'Arcadius, dont les vesliges, dans q;(:lques annees, disparaiiront sans ldoute toi,t- -la -it, 'i en ju:ger par les de&gradations qu'elle a subies depuis que I. (.lhevalier 'a vue. Le harem a abandonn- son sanctuaire pour me permettre de p6netrer dans le piedestal. Ailleurs les mlaitresses de maison paraisscnt

Page  232 232 VINGT-DEUXItME PROMENADE. pour recevoir les ktrangreri; ici, an:1 con traire, elles s'enruient, on se retranchent 'a leur approche dans leur sanctuaire; et je mie trouve seul au milieu du salon de coinpagnie, avec le mai'tre du logis, qui est 'a attendre, avec imipatience que le baktchiche sorte enfin de ma poche. Celui-ci serait plus ge'ne'eux, si le pro.. pri't'aire avait veilk6 avec iplts de soin 'a la conservation de son tre'sor; mais loin de lh, sa maison semible e'difie'e de mcanikre 'a achever au premier incendie sa destruction. Je dis adieu 'a ce monument devenui insigraifiarnt sans eprouver de regret, ni le de'sir de le revoir,. et je vais visiter la petite mosqutes de Daotid-Pacha, situe'e dans. Ie voisinage. Cct edifice n'est gubre in teressant que parce q'it rappelle l'humiliation Li laquelle Baja zet Jer condamna Paleolognue, en obligeant ce prince de souscrire 'a voir d'ever dans Jes murs de sa capitale un temple mahom~tan, et a recevoir un cadys, sons pcinie de la vie, pour l'Empire d'Orient en cas d'opposition: preuve non equivoque de l'exislcnce pre'caire de ce dernier 'a l'poque dont iA est question.

Page  233 CONSTANTINOPLE. 233 La mnosque'e de Da-oud-Pacha a pour p&ristjyle un double portique en inarbre, d'une fortyie assez gracieuse; c'est hai tout ce que le voyageur y verra qui soit unt peti digne d'attention. Cependant, it respirera avec plaisir le frais des omrbrages touffus quli l'entourent; peut-e'tre s'abusera-t-il (de mnanie're 'a croire que l'art a regk' Iassociation des diffhrentes nuances que les arbres verts," et ceux d'une teninte moins sombre, marient ensemble, produisant I'effet le, mieux calcule. Les Musulmans ont pour queiques arbres, parmji lesquels le platane tient le rang, le plus distingrue, la Illeme ve'n~raion que les an ciens accordaient au ch~ne, anupoint qu'il est permis de pr~sumer que, selon leur croyance, le premier cache, SOUs son &orce, hi l'exempie de 1'autre u tne divinit6 cha MP etre. Cet objet de leurs predilections ombragye de p'fre~rnce leurs fon Lain es; on en vo't dans, la capitale autour desquels on a construit un oratoire, deMani~re que l' arbre sort du sorn'miet du comnble de 1e'difice, semblable 'a un bouquet qui couronne tin. vase de fleurs. Parfiois encore, On se pli ai li faire produire tin de ces phe'nome' tes que la nature dc'sayoue,

Page  234 234 VINGT-DEUXIEME PROMENADE. et auxquels cependant elle veut bien se preter; c'est-a —dire qu'on plantesur son tronc un cypres ou un if dont la tige droite, et symetriquement garnie, s'eleve a travers les branches tourmentees du platane, qui imitent si bien les bras d'un infortuine luttant contre la mort. Ces ecarts innocens ne sont malheureusement pas les seuls auxquels la nation ottomane s'abandonne; mais pourquoi salir ces pages, et violenter ines pinceaux qui se relusent a decrire des scenes obscenes, surtout lorsque des sujets aimables s'offrent a eux? Par exemlple cet ulemla, arrete devant ce marchand Ileurisle, m'en fournit un tel qu'ils les demandent. Je le suis de l'oeil: il associe les roses, les jasmins, les Lubereuses. Ce bouquet n'est compose avec tant de soin que pour etre donn6e i ses f'emmes ou bien sa S m-ere, 1I ses soeurs. II n'enbaurnera point l'appartement de l'elpouse du voisin; mais peut — tre aussi ce Musulman travaille-t-il pour lui-mmee, car sa nation est passionnee pourles fleurs. Ce gout est poussesi loin chez elle, que les grands tonl de ce genre de culture une deleursplus ch;resoccupations, et les produits de leursparterres sont consacres

Page  235 CONSTANTINOPLE. 235 aides cadeaux d'amitie' ou d'etiqie tte. Ainsi les, hom-mes que le cceur rapproche, s'envoient mutuellement des fleur-s, renversant par la' toutes nos idtes de gralanterie,. et obligreant celle-ci 'a changerecnti~remnen. ses habitudes; un infi~rieur en iise de mie~tie ~I legard de cehAi dont Ai attend La protection; nous avons vui que le grand -vesir, dans certajins jours, fait offrir dles fleurs aux niriistres dtra~ngers: ijnterine'diaires bien. innocens, mais seuleinent enl apparence,1 car ces anciennecs p)ratiques ne servent plus qii'a' don ner ai jugrer des progfre's de la corruption chez tin peuple simple Iorsqtt'il les imag-ina, et au la de'guiser, sans reussir pourtant a aire des dupes. Je mec trouve sur les terres des Grecs et des Arm~niens, conmme lrannoneent ces (lelx belles e'glises en pierre, ba\ties sous le re'gne du tolerant Se'lim; ct ces tavernes re'pandues avec profusion sur mia rou te, mais h'requentees surtout par les Grecs. J'y voisetl raus des Musuirnans qui ne paraissen I porn I appartenir 'ala dernie're classe dui petiple. Puissent-ils du nioins n'y, etre attire's que par Ba,,cchus. Seul, et au sorlir de lit 'a endc~re la conscience lcujr reprocher que d'avoir viol6' la loi sur

Page  236 236 VINGT-DEUXIEMNE PROMENADE. 1'article de la temperance!... Mais peut-e tre se MOn-trerontsiis scrupuleux 'a cet 6gard, afin de se me'nager 1'autorisation de l'outragrer dans tin cokt' infiniment plus sensilble. Jusqu'ait un certain point,~ ii est possible de s'expliquLer comment des femmes vivant sous tin ciel enmbra-'se, dans 1'espe'ce de d~sespoir auquel les re'duisent des de'sirs d'autant plus impe'rieux qu'ils son't mo1imS satisfaits, se laissent e~garer par eux, et jeter dans une fausse route; m-ais ce qu'.7on ne peut vraiDnmnt coMnprendre, c'est qu'un sexe pour qui I'autre est entie'remnent sacrifie, at qui iA ne devrait pills rester la facult6' de de'sirer, s'oublie jusqtu' pr'f~rer outrager Ia nature que de lii obe'ir!... Enfin, c'est Un de ces probkrnces qu'on ne doit proposer qu'aux seuls asiatiques. Dans toutes les tavernes on voit de jeunes Grecs, ve'tus ~t la manie're des femmes, et qui en empruntent les airs, au point de tromper sur leur sexe; tout en faisant Deianmoins reconnoiftre leur am~ue profession par les danses lasives qu'ils exe'cutent soiis les yeux (le ces me~mes MusulmaDsI si s~ve'res 'a en croire leurs dehors, et pourtant qui laissent tomnber

Page  237 CONSTANTINOPLE. 23.2 3 7,sur eux les regards crimininls de la concupis~efene. Ces gtinyme~des portent les cheveux tresse's avec des ficurs et flottans suir les e'paules; de larges pantalons pairsemeis de paillettes leuir descendent 'a la hauteuir du mollet; ius dansent en marquntla mesure avec des castagnettes, prenmnent toutes les poses les plus propres laux de'sirs honteux qu'iis chercent 'a re'veiller oii bien 'a att-iser chcz ces etres dont le teint livideI la joue cave et dccharn~ee de'noncent Jes de'sordres, et font prendre plus en hiorreur levice qu'ilsprof'esscnt. -Je voulaise &terces peintures d~gradan-tcs; inais pour nous soustraire ~i' la repugynance qu'elles inspirent, il ecit falin ne point entrer dans les lieux qui en offrent les originaux, et surtout je devais reDoncer ai dire la ve'rit6 or, je perdais tout le rnerite des peines que j usqu'a' cette page je me sins donne'es pour j ustifier le titre d'auteur ve'ridique, amnbitionne" par rnoi avant tous lesautres. Les tavernes sont d'ordinaire de vastes salles, oui pluto~t des cours couvertes d'un coinbie, entoure'es de deLux etages de galeries a comnpartimens,, qui dneten redn les difrhrentes pie'es, disposees suir toute

Page  238 238 VINGT-DEUXIEME PROMENADE. leur longueur. Les murs, charges de peintures a fresque, offrent l'inage des scenes les inoins obscenes representees sir ces tliatres; en sorte que le Musulmran qui les frequente, conmet encore une autre infraction envers la loi, en arretant ses regards sur ces productions grossieres. Le Koran interdit forniellenment "i tout vrai Croyantd'avoi sursoi atcuine fi ure d'homlme ou d'anin-anx, l'attention qie celles-ci s'attirerait pouvant degenerer ein une sorte de culte, et conduire au polytheisnc. A plus forte raison il est defendu de faire eclore ces mnemes figures, soit par les secours tdu dessin, soit a ]'aide de la sculpture; car scion l'opinion recue chez eux, ces images d'etres animes intenteraient indubitablenent a leur auteur, un proces devant le createur, pour leur avoir donne une sorte d'existence, et le rendraient coniptable pour elles - rmnees au tribunal supreme. Mahomet, en disantdans son iKoran: gardezvous de rien faire qui ait de la ressemrallance avec les etres aninles, se rappelait bicn ccrlainemnent la guerre opiniatre qu'il cut a soultenir contre les Mecquois pour arriver a detruire cette multitude d'idoles qui entouraient le

Page  239 i i I CONSTANTINOPLE. 239 Kaaba:c'ctait encore tine loi dicte'e par la politique. Les Osmanli, ge'neralement, se miontrent ze e'Is observateur suv ce poitnt. On ne voit chez eux auctmne pein Lure d'honmres ou d'aniinaux; cependlant,on conserve au Se'rai1 uri albUrn de~~ine' h recevoir le p~ortrait des Sultanis ai mesure -q"i's nmontent sur le tro'ne. Nous avons dit ailleurs que tes Chiyites re'jettent cet article de doctrine; ii en est (le nie~me des Sunites du Mogot, dont les mionnoies portent L 'ef'ltgie du prince. Les SeldoTioucides se inontraient aussi peu scrupuleux l'abbd' Tode'rinii parle de mionnojes frappe's sons ces princes, et qui repre'sen tent l' in-agte (le JesusChrist; d'autres colic de Marie. Ccci vonudr~ait dire que les Musuln-lans d'alors e&aient infiriimnent plus tole'ranisque coux de nos jours; cc que prouve en effet l'histoire, qui promutlgruc piusteurs alliances desprincesMosleniavec lesang Clur'tien I et laisse aporcevoir (les relationspIlus intime~s entre lesindividus des deux croyances. lei les rues sontlJargres et bien percees; des jardins attiennent "a chaque rmaison; cctliheureux (lispositif et ces aiccessoires flattours, joints 'a la lurnie're resplendissante qUi eltaire

Page  240 240 VINGT-DEUXI1tME PROMENADE. saiis obstacle ceslijeux, leur donnent un air de fdte enchanteur. - Je me dirige vers lFaicien rnonaste're Studius T oisin du quarlier des SepL-rJIours; mais en doublant I'angle d'u ne rue, peu s'en faut que je ne foule "a mes pieds un cadavre dont, la tete de'tache'e du irone, repose sous le bras droit. Partout ailleurs un concours immense de populace m'aurait prevenus de ne point approcher dl'aussi pres; on tout au, momns m'e&it dit qu'il yav aitt hi qelque chose d'extraordinaire Le con traire a fieu ici; sans s'2arre'ter le passant jette i peine un regard (lin(Iifference sur ce spectacle degou'tant, et je ne vo'ls autour du mort que les chiens du. quartier qui men acent d'en faire leu r proie. Le cafidgi, dans la boutique duquel on n peut entrer sans enjamber le cadavre, el ofi je vois cependant les babiti,,e's rassemhke's comme a lordinaire, stans que leur Dnomlre se soiL accru ni diminue', le caifidg, dis-je, m'.7apprend que ce san~g re'pandu est tin exempie de la se've'ite' dui granid-vesir. Curieux.d'en savoir davantage, mes questions l'assi&gent, chercb ant "a de'ier sa 1langue attacb1ee an palais; enfin, obs~de', iA se laisse vaincre,

Page  241 CONSTANTINOPLE. 241 et me raconte,, le plus lacontiqtiernent quil le peut, quie depuis queiques jouws Sa Hautesse a publie6 un ferman, interdisant de fumer ailleurs que dans l'inte'rieur des maisons, on de manie're 'a n'kre pas vii; que l'ornme dont la de~pouille est sous mes yeux, maigre-' la defense, avait pris place arme' de sa pipe en avant de son cafe'; quie le grand-vesi,-, dans tine de ces rondes qu'il fait en leptil asr' ( incognito) vin t 'ipse l'instant rneme., et s'adressant an de'linquant, qui attira atissitok ses regards, lui demanda s'il n'avait pas con naissance du ferman; 'a quoi celui-ci, ne croyant pas qu'il parlait an lieutenant de Sa Hatitesse, r~pondit par ce vieji adage recu. chez les Osmanli:les fkrmian ne sont que pour I~rois jours; que le grand-vesir, irrite' de cette re'plique outrageante pour son mai~tre et pour lui-me'me, avaiL fait saisir Ie maiheureux par les dgreladds dont Ai marehe suivi; qu'alors le frondeur reconnaissant sa ineprise, et voyantl1e, danger quiIc menacait de si pre's, crut s en. racheter en se r'clamant de son erre, selictar (porte -sabre) dui premier l1iiiistre; niais que cette dernie're consid~raLion, loin de produire 1'effet espe're', h~\ta 3. 16

Page  242 2 VINGT-DEUXI1tME PROMENADE. an contraire le prononc' de la sentence de mort, qu i 1'ainstant m'nme fut niise 'i exe& cution. all1 a accompli sa destin~e', ajouta le pieux Musulman; d'ailleurs Dieu qui est grand, se montrera sui'renen L plus niise' ricordieux que lejils de l'esclave. )) C'est avec cette t'pithe'te irre'verencieuse que dans 1'Emnpire Ottoman on de'signe Sa Hautesse, lorsqu'on se croit autoris' 'a liii reprocher abus de pouvoir, l'attaquant sur sa naissance du co~te de meare. Cependant on ne conteste pas ge'neralement an C-rand-Seigneur le droit de vie et de mort sur ses sujets, vu la croyance ont l'on est qu'il agit par inspiration divine; aussi est-ce comme uine suite de cette opinio qu 'un condarn-n ~tla decollation, s'il tient,'t mnourir en bon Musulm~an, doit. kaiser respectueusement le katti - ch~rir ou sacr6 caractere qui confirme sa sentence; l'uniquc grace qu'il demande en pareil cas, est qu'oll lui permette de faire l'abdeth, c'est-a"-d'ire la prie're. Aujourd'hui, il est vrfai,' Cee excV'5 de devotion et ce respect aveuglICTe sont bie de'chus; et ce ni'est gue're qu '1en tendaint aux coupables des pie'ges, qe l'on r~ussit ~ Ies

Page  243 CONSTANTINOPLE. 243 attirer entre les deux portes du Serail, oi, parvenus une fois, il leur est impossible de se soustraire au glaive de la vengeance. Mais a le bien prendre, ce droit de propriete absotle ne s'etend guiere de fait qu'envers les sujets investis du pouvoir executif; quant a ceux-la Sa l-autesse peutles immoler sans que personne pense jamais a former opposition; I'homme du petple voit avec jubilation leurs tetes rouler dans la poussiere; il leur insulte mnme du pied avec le dernier mepris. Au contraire,ilse permettra infaillibleinent de miurmurer, si l'on t'ait tomber sous ses yeux sans motif, ou surdes miotis legers, celles des gens de la classe privee, par la raison qu'il ne se regarde point comme esclave, et tient pour tels ces autres qu'il nommnre d'un ton accommode aux paroles: populace du Se6rai.Autant on est circonspect; mesure et rernpant derriere cette muraille oh la degradation travaille sans-relache a abitardir l'espee, autant hors de cette enceinte 'criminelle on trouve' souai nt de liberte dans la penske et de franchise dans le discours. Ceci est dit avec I'intention de refotrmer de fausses idees que generalement on a str la nation et le gouvernement Ottoman. La premiiere, qu'on croit

Page  244 -244 VINGT-DEUXIE'ME PROMENADE. avilie par le Joug,1 conserve aun contraire tin esprit d'independance qui, ~i beaucotup d gards, la rapproche parflis du peuple de I' Et. rope qui se vante de jouir de la constitution Ila pIhis iibe'rale.. Par Ih je ne prt~tends point dire qu.'elle expliquie Ie niot liberle-', absolument de mehne ~que nous,. et qu'elle accorde a-la chose une aussi grande extension; seulement je veux faire entendre qu'iI existe entre la nation -et le souverain u'n contrat, que le. dernier -ne peut sans danger enfreindrc~, et dont l'autre partie connaittre's-bien, toutes les clauses. Au reste, n'51a-t-on pas vu les Osnmanli s'eriger comme ceux 'a ui -nous les avons compare~s, et dans le me'nie-temps, en tribu-!ial supreme; faire comparaitre~un' Sultan ernmine; et, en j uges inexorables, le condamner 'a descendre du tro'ne pour: aller inourir darn une prison? Cet exemple d'ailleurs se iretrouve assez fre~quemment dans. Xes arnnales ottornanes;, et ce qui. Jegitine encore la res~sernblance, que. n~ous pretendos exister:. entre deux 'nations qu'on regarde comme diame'tralerment oppose'es de p~rincipes, c'est qu'en Turquie, de~mehme qu'Ien Angleterre, on1 s'en prend le plus souvent aux ministres dles faute-s qu'on serait en droit de reprocher

Page  245 CONS,,TANTINOPLE. 2j au maitre, sur qui cependant rejaillit ostensiblement la punition, puisqu'il est d'ordinaire coitraint de jeter aux insurges, par-dessus les imurs dii Sdrail., les totes qu'on lui dernande. La qualification de koul ( esclaves) que les Su1jets prennent A I l-g-ard du souverain, n'est qu'un formuhilire, de mD me que celui par leqtiel nos convernances e'pistolaires prescrivent de, terminer Uine lettre. Ils ne se crolent pas plus esciaves du Sult-an pie nous nous teDnoS pour serviteurs tr~s - bumbles, malgyre le s~rieux avec leque-l, de part et dPautre, on sarictionne cette declaration; et leur libertd' se trouve -aussi, pen engag4ce que ntotre in'de'pendance. Le gouvernemnent est done plus mesure' qu'on ne le pense,,envers la nation en e neral; plus timide mie'.e qu'aucun aut-re, et. par consequent plus faible. I! ne, se montre energique envers ceux qui l'outragfent, quo lo.rsqu'it est perrnis do e'~tre impunernent; alors it n'y a point d'espoir de pardon avec III', et le cotupable -qu'iI pest condamner, expie les, flutes (10 ceux qu'il a 6te' force d';ibsoudre. II faut quo Mahmoud ait bien de la con

Page  246 .n46 VINGT-DEUXI E"ME PROMENADE. fiance dans ses mioyens pour avoir ose, pro. inulguer unf re'glement aussi se'v~re que celvi concernant les furneurs, fl~it bien su'irement 'a dessein d'essayer son autorite', et d'estimer j tusqu'oii Ai lii est perrnis de la porter. Cepenidaiut c'est uniquernent l'opinion qui constitue sa force, et je cherche en vain les baionnecites qui peuvent luii inspirer tant d'assurance; or, l'autoritd' fonde'e sur l'opinion ne doit raisonnablernent pas s'appeler dui nom. de despotisne, pnisque le predjugd seul. la sanctionne, conservant devers lui Ia facult' de la renverser; ce qui est La preuve irre'cusable d'uin assentiment,, du miomts tacite, de la part des commettans. Sans ceute ga-1rantie, la puissance du souverain en Turquie croulerait comme tin C'diflice dont on aurait sape' les fondemens. D'un autre co'te, qu'on n'aille point croire que le Sultan- rassemible les trois pouvoir.S Sans modification, car on serait dans une erreuir complkte. iL-. On a viu qu'ill n'a dui pouvoir legislatifquie la faculte' de faire des canons ou ordonnances, ftc pouvant porter la plus Idger atteinte aux codes politique, civil et crimi-nel, eternise's, comme us Ie sout, par la sanctioD divine. II n'a pas le droit non plus de declarerli,

Page  247 I i i I CONSTANTINOPLE. 247 guerre, ni de faire la paix, d'ktabfir de nou — velles taxes, d'introdnire des innovations ou. des changemens dans la mnanie're d'e'tre des choses, ni me'me des coutumes, sans que la question ait e'te agite'e dans l'assenib1e'e genCrale, compose'e de tout ce que la nation posse'de de recommandable; et que la decision soit sanctionne'e par le corps des ukema,1 qui tient par inclination pour les suj'ets, de pre'f~rence an maitre. 2) Maliheureusement sa faculte' exe'cutrice pent edre regarde'e comme nulle, puisque pour en jouir il est oblige' de la ravir 'a ceux qui en sont de'positaires; et danS ces sortes de combats, ii est loin d'avoir toujours la supe'riorit6. Jusqn'ici nons ne trouvons, pas Meme en I ui un monarque, et bien momns ai plus forte raison un souverain absolin. Mais, M':9objectera-.t-on, contre tous les Principes, de la samne legislation ii est investi du pouvoir judiciaire, et peuit en abuser comnne onl vient de le voir; 'a cela je repondrai que son autoritep a 6te re'gkee sur cc point comme dans les anciennes monarchies oii le chef' de l'Etat, en sa qualite' de sonverain pontife, 6tait regarde' comme juge supreme, et occupait le premier tribunal. Cette prerogative est la

Page  248 24 18 VING'T-DEUXIEME PROMENADE seule du kalifiat qui lui reste, et la seule qui I fiasse reconnaitre dans sa personrie un monarque. C'est 'a la religion d'ailleurs qu'iI en est redevable, et si on le liii retirait, la religion perdrait tout son credit. Mais qu'on se ras.. sure relativement A 1'emploi qul'il fera de cette arme unique; Ai ne la tournera point contre la nation; ii n'en usera que pour se dedendre et se venger de ses ve'ritables ennnemis; ou bien s'il en frappe une tehe obscure, ce sera iine victime immoke sur les, autels de la peur, Afn que secourable pour lui, elle se'me I'effroi dans lesrangs de ses antagonistes. Si I'autorite' du souverain ~t des bornes,. it n 3en est pas de m~rne de celle des gouver-' n eurs; ici la force appuie la volonte', le'gitime, tous ses caprices, et I'enhardit 'a se Iivrer chaque jour 'a de notiveaux de'sordres. C'est dlonc en elle que reside vraiment le despofisme, puisqu'une telle e'tendue de pouvoir, offensante pour le souverain et pour les sujets, ne peut-e~tre Ie fruit que de l'usurpation. Nous avons touch' ailleurs eeL article, trop legde m ent pourtant, eu e'gard. "a son importance et aux consequences que nous voulions en de'duire; mais 'a present j'ose esprer qe le

Page  249 CONSTANTINOPLE. 249 Sultan et la nation demeurent pleinement d~charge's du chef d'accusation, que depuis si long-temps et chaque jour encore on dirige contre eux,. de manie're 'a ne pills passer l'un pour tyran, l'autre pour esclave. Ii aura pamu e'range sans donte de voir le premier ministre d'un aussi vaste Empire, descendre aux menus details de la police mcinicipale', et le Sultan dresser les arret~s melatifs 'a cette partie subalterne de l'ordre social. Cet e'tonnement augamentera encore Iomsque notis dirons que plusieurs Sultans s'acqulittent en personne, sons le manteau de l'incognito, des fonctions, d'officier municipal; mais aloms' c'est la haute police qui est leur veritable objet, et celle de second ord-re devient l'excuse ou le pre'textc. A 1' ombre d u travestissement uAs le ur est p ossible d'e nte ndrc prononcer leur nom, et dle saisir les paroles, quil'accompagnent. Sont-ils reconnus, cc qui d'ordinaire arrive, uls peuvent juger d'apre's P'impression que icur person ne, depouilkce de l'aure'ole du diaderne,. produit sur les, esprits, et consulter de 'plus pres les visages. Mais ii fauit qu'ils prennent garde d'abuser de ce moyen, car un Sultan ne doit pas se mon

Page  250 2,50 VINGT-flEUXIEtME PROMENADE. trer de trop prei~s et trop souvent "a ses sujets. Je m'e'tais mis, en route,. determine' par 1'aurore trompeuse d'un beau jour; et le ciel si pur au re'veiI de la lumie're. a present se charge de nuages apporte's de la Mer-Noire ou engendre's dans les fords, de Belgrade. L'inconstance est le propre du climat de Constantinople, 'a raison de ces deux voisi-. nages pernicieux et favorables tout "a la fois pour elle: pernicieux 'a cause des jours, ne'buleux et des orages qu'ils lui procurent; favorabies par les, vents e'tesiens qui viennent Si ai propos temperer les, ardeurs de le'te. En general, le printemps, est tre's - incertain 'a Con'stantinople, surtout dans le VOiSina ge. du canal de la mer Noire, pr~sentant des alternatives de vents de sud et de nord don t less premiers chassent les nuages que les seconds apportent ai cette e'poque. Ce n'est gue're que dans le mois de juin que les beaux jours se declarent; alors le vent du nord, j usque la' contraire, purge 1'atmosphe're et fait god'Ier pendant pluisieurs mois tous les prestiges, d'un printemps continu; niettant "a part cependant les jours ou. il se laisse dompter par son rival, dont l'haleine alors est bru'lante. L'autoMDne,

Page  251 CONSTANTINOPL. 215! touljours beau, ne se de~ment qu'a' e'~poque.de le'quinoxe, quli assez volontiers est accom-rpagnee de bourasques se'veres, mais, de courte d-ure'e. Le re'gne du vent dui sud. recommence at la fin d'octobre, et entretient d'ordinaire le ciel luicide jusqu')en janvier; il. pent me~me arriver qu'il prolonge les beaux jours de manie're 'a ce qu'ils atteignent la mifevrier. L'aquilon. apporte 'a son tour des neiges, parfois tre's-abondantes, et un. froid rigcide, contre lequel. on n'a pour se d~fcndre que des pelisses dont on se charge, ct un brasier dont on concentre Ia chaleur sous tine table,. au rnoyen d'une couverture ouate'e sons laquelle on s'introduit jusqu'au menton. Ce foyer, qui se nomme tendour, est ge'neralement usite' chez les Francs, chez les- Grecs, dans les harem, partout enfin, en de'pit des incendies auxquels ii donne lieu, et des accidens que le gaz asphyxiateur qui s'en de'gage, lorsque le charbon n'a pas et bien consume, occasionrne fre'queniment; sans parler duin auvais air produit par les transpirations qu'il provoque, et de bien. d'autres inconve'niens. L'hiver est done, sous cc rapport, ua temps tre's-de'sagre'able 'a passer ai Constanti

Page  252 a5 V"INGT-DEUXIEME PROMENADE. nople lorsque la gelee l'accompagne; et d'autant plus que le genre de construction des edifices particuliers est calculh' uniquement pour la belle saison qili, on doit le dire, dedommage bien en revawtche des sacrifices de l'attente. Selon nioi enfin, iisri1 ~ie qu'on pu't se changer pendant quatre mois de I'anne'e en chrysalide, sous la condition de sortir de cet engourdissement aux premiers rayons du soleil printanier,. et de, prendre;alors des ailes qui vous porteraient alternativement d'une rive du Bosphore "a 1autre, favorisant votre inconstance, quijamais n 'aurait e'te mieux- rotive'e. Nous voici arriv~s daDs l'enceinte du monaste're Studius, fonde' par Le'on-le-Grand, et approprie aii culte des MusulnianS S0U5 Ie nom, d'Emir-ahor-Dgjamissi ( mosque'e de I'ecuyer). Cet edifice est annonce' par tin vestibule orn6~ de quatre colonnes d'ordre corinthien,. en rnarbre blanc, supportant tin enltablement d'un tre's-bon style. Le vaisseau se compose de trois nefs, se'parees par deux doubles rangs, chacun de douze colonnes, qui dans uin temhps e'aient toutes de vert antique, mais dont aujourd'hui seutlement

Page  253 CONSTANTINOPLE. 2,53 celles du rang~inf~rieur de gauche sont telles, tandis que les, autres, figur~es grossie~rement., ne produisent pas la moindre illusion. On voit encore le parvis, execute' en cornpartimens;,quant aux plafonds, ius sont en bois; cependant la coupe. et le plan primitif de la basilique se reconnaissent 'a travers, les reparations -qui les ont alte're's. Le terrain envir'onnant, dans une etendue considerable, est couvert de troncons de colonnes., de chapiteaux, de. debris de corniches en ruarbre, et me'me de fragmens de vert antique; enfin ces muines et- quelques pans de niurs qu'on voit ca et la' debouit, annoncent suffisanmment que cet edifice 6tait digne de la-cdei1brite' dont iijouissait chez les Grecs dui JBas-Emnpire& Sosle sot que l'on foule, est une t~-el citerne de tr'ente-deux pas -de longueur, sur vingt-trois en largeur, dont la voeite est d&.W compoSee en petites coupoles reposant sum vingt-trois colonnes de mambre blanc et de gr;init, avec -des chcapiteauix corinthiens. Ce.pendant, tout en admirant cette magnificence., on ne peut s'empeeber de tmou'ver de l'incon-. venance dan's 1'ernipoi d'un ordre aussi e'le'

Page  254 2514 VINGT-DEUXAtME PROMENADE. gant pour une construction d'un genre aussi severe. Un vestibule attenant "a la citerne, et qui indiquait peut-e'tre -le puisard, se voit dans le jardin d'un Ture. Ii est recouvert e'ga-. lement de petites coupoles auxquelles deux colonnes de granit avec chapteaux ionique, offrent des points d'appui sur le milieu. Nous avoiis atteint le terme des antiquit~s que Constantinople renferme; cependan t elics ont toutes ete, passe'es en revue par nolls sx~fns en omettre u~ne seule. Ceux qui auront visitu' les tr~sors de Rome et de Ia Grece,, trouveront ici de l'indigence,, et peut-etre m' accuseront de ne leur avoir rien montr6, ou seulement de leur avoir offert des monumens les Uns mAU61ks, les autres de date trop frai~che pour engendrer ces souvenirs qu'on se plai4t ~acultiver. Mais qu'ils se plaignent 'a Constantin., et liii reprochent d'avoir e'leve' avec trop de h ate tant d'e'difices, dont les noms se-uls, subsistent encore;- d'un autre cote, qu'ils accusent les barbares des outrages qu'ailleurs nous, avons remarques, et finalem-ient qu'ils ne d~iaignent pas tant cette se~rie de ruines, qui, 'a raison de la difference d'a ges, peuvent si bien servir 'a ecrire I'histoire de la

Page  255 CONSTANTINOPLE. 25 255 decadence des arts depuis la translation du sie'ge de l'Ernpire sur les rives du Bosphore, et la relation de l'Orient et da -Nord avec les contre'es me'ridionales, de manic're 'a c'aracte'riser chacun des sie'cles inclus dans ce laps de temps. Prenonslaroute de Pe'ra., en nous dirigreant vers Ederne'-Capoussi, autremnent nomm~e porte d'Andrinople.Je me trouve sur le plateau spaeieux de la septie'me colline, qui in'offre des rvues Jarges et bien perceesY des maisons de belle apparence, de vastes jardins plante's en legumes., etsouveut des terrains vagyues d'oit les incendies on t chasse' les habitans. Plusieurs fois de'ja? je me suis rencontre' avec des Musulmans de distinction, qui reviennent 'a cheval de la Porte ou du Seraitl, escorte's de leurs tchokadar, qui les suivent 'a pied ranges stir detix files. Le coursier est. chez les nations Tartares, Penseigne du rang,; selon que celuii-ci est 6leve', il donne le' privilege de se faire pr~c~cler d'un certain nobre de clhevaux de main harnache's. Pour rendre hommagre "a uu personnage de distinction, arrivant (lans ifine ville, le pacha ou le hey envoie 'a sa ren

Page  256 .256 VINGT-DEUXItMEt PROMENADE. contre des chevaux pre~ts "a e4tre monte's; et le rayas., par suite de ce pre'juge' pluth~t naturel et national que sanctionne' par des re'glemens ecrits, n'oserait gue're passer ~ cheval dans les rues de Constantinople, surtout si sa, monture 6tait belle ou. couverte de riches har.nois. Les ine'decins, seuls, 'a raison de leur caracte're respectable aux yeux des Turcs, jouissent de cette prerogative; encore estelle restreinte, car 'a la rencontre d'un grand dignitaire de l'Empire, le disciple de Saint-~ Come doit mettre bumblement pied A& terre. Je passe pr~s des murs d'encaissement d'une vaste citerne devenue aujourd'hui- un jardin potager, et reconnue par M. Chevalier pour dtre la citern e Mocisia. Elie est, l'ou vrage d'Anastase, ce vandale, qui fit fondre les, bronzes ravis par Constantin 'a la Gre'ce," pour s'6riger une statue colossale sur Ja colonne historique de The'odose, e'levee par cet empereur au milieu de la place du Taurus. A co'te de ce contre-sens barbare et re~voltant, on aurait d U4 placer le ge'nie des arts en pleurs eteignant, son flambeau, Au temps des empereurs d'Orient, quelb ques monumens sacres et profanes 6'taienit

Page  257 CONSTANT INOPLE. 25 0. -2 37 encore duis 'a la magnificene d(,s part'~iclers, par 'tn reste de cette noble.mtlaic qui portait les anciens 'a d'ever 'a l'envi des wi ---npies, des cirques,des tleatres, et tous- les genres d'e'd ifices consacre's Ll'ea7n~ isksernint eta'i l'utifite' pub-lique. Les vilies, (le Ibur c oAte, dans ces beaux jours, ne demeuraient pas en reste, et s'acquittaient envers ces genereux citoyens avee une mnonnaic digne dPisainsi. que de ceux pour qui ecles avaient ete iniaginees, Soilt en leur assiguwant des places de distinction an Prytane'e, an Cirque; soiL meme en leur edevant des statues, ou bien en k[ernisant leur me'moire par des me'dai11es. Les Musulmans., conmme nous I'avons VUi ont adopte en partie cette coutUme; mais de'ternmiines 'a la suivre par uin autre motif que celui qui dirig-eait les ancienScl ehz cux oni laisse au ciel, en consideration de qui les fondations sont toujours faites, le soin de r~compeuser leuirs auteurs. Chaque nation a son mobile parliculier, re'gle' to-ujours, d'apres les institutions poliLiques. Je reneontre souvent dans ces quartiers, tout retire's qu'iis sont, des femmes qui marehentde conserve; nxais jatnais aucun individu 3 1 7

Page  258 2.5~ VINGT-DEUXIEtME PROME NADE. ayant atteint I'Aige de pubert6, ne les accom~pagne, on seulement ne les arrete,. ni me'me ne les, salue. Chacun des deux sexes passe en silence et sanS se regarder l'un 'a co6Lt de l'autre, conirne si I'&lucation avait d~truit la force d'attraction que la nature a e'tablie entre eux. Cette femme qui chemine,, tenant par la main un jeune enfant, sur le front duquel je vois une me'daille d'or, et autour du cou -un collier de sequins, nie quitte son voile qn'eD presence de son pere., de son epoux, de son fre're ou de son fils, de ceux enfin avec lesquels la parente' hal interdit le mariage. Lorsqu'elle aura atteint ceage qui n'est, plus propre 'a servir la seduction en eveillant les d~sirs, diele pourra se montrer mons, rigide dans I'observance de cette loi, impIose~e par le legislateur lui-menme, qui, micux qu'un autre, connaissaitl'influence dawgereuse de sonsexe, bien qu'il soit faible, et la ne'cessite' de le condamner 'a la nullite' dans les contr'es, me'ridionales. Moyennant ce voile,. ce surtout en drap, oile luxe a cependant trouve' moyen 'ta cher quelques fils d'or, et la socie'te de ses.

Page  259 CONSTANTINOPLE. 259 compagnes, cette meme elnmme peut aller oii bon luisemble, aux champs ou ' la vil le, sans pecher contre les convenances, ni outrepasser les libertes dont il lni est accorde de jouir. Elle n'est done point, a beaucoup pres, aussi esclave que chaque jouron nouslerepete; par consequent, voici encore une erreur a redresser. Seulement elle doit etre tres-reservee dans ses demarches; car ses compagnes exercent sur elle une espionnage rigoureux qui releverait les moindres ecarts, surtout si ellesontatteintl'ge ohul'on n'en commetplus. Dans le cas contraire, il lui reste l'espoir de les attirer dans son parti "a Faide du nieme motif qui la porte a oublier ses devoirs; et ses fautes pourront etre ignorees moyennant qu'elle usera pour ses complices de la mieme condescendance. Je lui conseille cependant d'eviter les Europdennes; car la diff6rence de condition pourrait l'engager a rcflechir sur la sienne; aussi son epoux, j'en suis certain, la tiendra eloignee tonjours de ces dangereuses f'equentations, qui troubleraient infailliblement le calme dont elle jouit. Son education a ete calculee stir le role modeste qu'elle est destinee a jouer dans le

Page  260 260 VINGT-DEUXIE'ME PROMENADE. monde. La musique, la danse, tous les arts d'agre'ment eiifin lui sont ktrangers. Peut-etre aura-t-on daigne' ILuienseigfnerai lire, et M ene Ai former quielques caracte'res; mais c'Iest la, plus qu'il iie lui en faut pour remuplir sa t~che, qui consiste 'a commander aux femmes., et A prendre pour son compte seulement une Ifaible partie des soins domestiques, I'autre restant at la charge des hommes. Chez elle, on ne trouv era pas d'eunuques; ces objets dii luxe sont re'serv~s aux grands, trop pre'occuipes de leur rang ou de leur fortune pour veiller eux - me'mes, sur leur honneur. Si dans sa maison it rne gunUe certaine aisancee, son 6,poux et clle auront leurs tables separeces, les enl'ans mles imne en commun, et les domestiques de chaque sexe mangeronit separe'menit. Si clle ne partage pas seulc le litre d'e'pouse, ses compag'nes ou ses rivales, comme ii plraira de les nomimer, auront aussi leurs tables particulie'res. Elle voit son maitre entrer dantS le haremapres la priP're et le repas du soir; it y preiid son caf6 le- matin en fumant sa pipe; ii (in sort plus ou momDs tardI scion que ses GccLupations l'appellent au dehors; mais si vous

Page  261 CONSTANTINOPLE. 26 26.t avez des liaisons avec Iui, quelque intimes qu'elles soient, qlu'il ne vous arrive jamais de lui demander des nouvelles de sa fteinme, fi't-elle Mernie en couche; vous p' chred'une manie~re rnarqu~ee oir biens~ances orientales, comme d'ailleurs son silence vous l'apprendrait. Q uant aux plaisirs de ce deriiier, c'est uniquement dans le harem qu'it ics trouvye, ai moins qu'on ne de'core de ce litre ies inistans qu'il va perdre au caf46, et les heures qu'il passe en plein air sous unf platane. Sa femme est sans inquietude relativement 'a la foi c'onjugale; elle ne craint point non plus qu'il aille dissiper au jeu 'le patrimoine de ses enfans, car it se permettra an plus de faire quelques parties d'&checs; enfin, es moe urs son t e cale me tt aust' res des d eux co ~s, etla tcon duite aussire'guli'ere, quoique lesnmotifs soient diff~rens. Tout ce qui vient d'e~tre dit, pris en somine, d~truit, comme on le voit, une partie de l'ine'galite' que l'opinion etablit entre les conditions des deux sexes chez Jes nations musulmanes, oui le plus grand avantage que les hommes aient, sur les femmes, est le privilege de veiller au maintien des

Page  262 262 VINGT-DIEUXIEME PROMENADE. lois, que d'un autre cok6 As doivent les tons prerniers respecter scrupuleusement. ILes en fans, chez cette nation, passent successivement des bras de P'un des auteiIrs de leuirs jouirs dans cetix de 1'autre, en sorte quie la condition de cet 'age, nulle part n'est plus heureuse. D'ordi-naire us sont allaite's pl'ir celles dont les flancs les ont piorte's; et iA faut qu.'il y aitimpossibilite irre'vocable pojr qu'un~e m re se decide 'a ahandonner'inatr et ta~che aussi anoblissante dans 1'opinion yie che're "a ses yeux. Dans ce cas, Ihl nouiruwe est agre'gee 'a la famille pouir Je reste de sa vie; ou. bien, si elle prefe~re s'e'tab!ir hors de(1 la maison,. on liii fait un sort heureux. II eii est de rn, me parmi la ncation grecque,. et eeL usage remonte chez elie au temnps des he'ros d'Hone're, se re trouvan t encore dans tous les sie'clcs poste'rieurs. Me voici danDs un vallon ricant,. oh mes regaiuds se prome~nent stir des jardins productifs des champs couverts de moissons,. des prairies qui serublent avoir rassemnble' sur leur verduire e'niaille'e touis les habitans des qua~rtiers voisins. Un petit cotirs d'eau coule dans le milieu.; ses revers, exprimes par des pen Le

Page  263 CONSTANTrINOPLE 23 263 im1senlsibles, sont, charge's de maisons et (htrbres fruitiers 'jete's dans un de'sordre ravissatit; en avant, ma. vue est arrke'e par les niurs d'enceinte couronne's de lauriers eL tapisses de lierre. Quel con traste de l'aspect de ce quartier avec celui des be'sestins! Tout me porte 'a croire que je suis aux chamyps, qtuoique renlerm 6' dansla c-a pitale; aussi mi'estit facile de m'exp)iiquer la cause d'un concours atissi granid d'individus (le tous sexes et de toutes conditions. Apre's avoir travers6' ce vallon spacieux nionime Jeni-baktche' (Jardins niouvecaux) je rentre peu ai peu dans les quartiers habite's; et parvenU 'a la grande cre'te, j'arrive enfin 'a la porte d'Andrinople. La', niesyeux s'arraLeti sup une anciC1erme glise consacr'ee autrefois aux saints ApCtres (Fe'lise' DgJ'amissi), et sur une belle mosque'e qui prenjd son nomi de la Porte, digne elle-mn~me de quielque attention. Je la Urancha i, et mre dirige vers l'une des 6c~helles voisiines, en longreant, exte'rieurenaent 1'enceinte; car le soleil est pre's dii Lermie de sa, course, et mes janbes, petit6tre aussi mon. lecteur, demandent 'a se reposer J'aurais pu, it est vrai, partager les

Page  264 2?64 VINGT-DEUXIE~ME PROMENADE. fati&'rues de cette journ~e, et ren-voyer tine moitie au lendemain,en mn'emba —rquant "a I'echefle Psamatia-kapoussi, situe'e 'a une rnI i'diocre distance d'Ernir-Ahor-Dgjnimissi; aloi-; la sep mm olie et son vallon eussent foir n ensen ble n'iatiecre 'a une autre proinenadvo. Dan~z le Irajet de la porte d'Andrinop~lea' l'E1lchc'e, 1cje s pe d'un caft6 situe'~ queiqu_,Ics pas, d'F,,,ri-Capoui, et dans lequel tin conteur (nmudab~) a rassemnbid un nomibreux auditoire fornuani cercie autour de lui, Chacun de ceux qui le coinposent, pretent iine oreille attentive, au rapsode, qui de son cote exe 'ce son talentd'imnprovisateur sur des sujets fiaisarit suite aux Mulle et une Nuits. Son introduction est ordinairement l'aPologie du Sultan r~gnant, accompagn~e'de voeux pour' sa conservation:de rn~me que tous les livres musulmans commencent toujours par le norn de Dieu. De la, le con tetir passe au veritable sujet, que l'arnour et les kOAli de Bagdad lui fournissent,et qu'il enirichit de tous les tresors de 1'imaginat'ion orien tale. En voyant tous ces auditeurs, qui gardent

Page  265 CONSTAN~rINopiE..265 le plus profond silence et e'coutent avec une sorte d'avidite' ces fables e'rotiques justement attachantes pour eux, puisqu'elles sont tire'es de leur histoire; en arretant, dis-je, les yeux sur ce tableau vivant, ne se rappelle-t-on pas les beaujx jours de la G-re'e, lorsque des rapsodes allaient par le monde r~citant les chants d'He'si ode et d.'Hornere? Du moins I'illusion est pour moi si complete, que j'ai peine 'a en secouier les prestiges, et "a rn'arracher des lieux qu lontfait 'clore, dautant plus quelecm~dab que j'ecoute est de nmrne que le poete de Sinyrne, prive' de la vue.

Page  266 ........... VINGT-TRO1SI1EME PROMENADE. T LIERA P IA. Campagnes de The'rapia. -Caracte're, nwcurs et usage de la nation grecque enue'ne'ral, et plus par. ticulie'rement des Grecs dii Fariia. - Essai sur la languie et la versification des Grecs modernes, redige" d'apre's les notes d'un habitant du Fanal. CAMPAGNES fraiches et attrayantes, va~llkes sinucuses et ombrage'es,.coteaux couronne's de pampres, habitations riantes, qui, par votre heureuse situation, savez captiver sous vos toits hospitaliers; lieux enfin oii ious ]es souvenirs que mon coeur laissera stir les rives dii Bosphore, SOuLtconcentr's, se raitachant aux moindres ohjets, av~ec justice je pourrais kLre par votistaxed (linlgratitulde, si j'oubliais de vous pyrutn tribu t quc votus vous e'tes si bien acquis. A Dieutine pla-ise qtue j',arrive jusqu'"a mec rendre aussi coupable C'Gest bien pour votis que je reserve nmes coups dc pinceaux irs plus ani m es m Res couleurs les plus fraichies et

Page  267 TH1-iRAPIA. 267 les plus vives! Le sentiment s'y melera dans toutes et guidera ma main; mon esquisse sera son ouvrage, et pour s'en convaincre, il suffira de l'avoir une seule fois eprouve. C'est a Therapia medme que j'ecris ces pages; c'est au nmilieu de ces objets si chers qui, tous a la fois reclamnent mon attention et me jettent dans l'embarras en se la disputant, que je charge ma palette et que je vais y recourir sans pouvoir I'dpuiser. Mon coeur est plein; les pensees se pressent en foule, deinandant avec une instance egale a s'ecouler par ma plume; celle-ci, ineertaine dans son choix, demeure suspendue: bien surement Ic desordre naltra de cette perplexite; mais ceux que la conlbormite de situation aura appris a etre indulgens me le pardonncront sans peine, et meme n'en sauront gre: leur sufflage est tout ce qu'il Ime faut; quant aux autres ils peuvent me condarmner, ce n'estpas pour eux que j'ecris. Therapia etait connu des anciens sous le nom de Pharmacias; c'est lat, disent-ils, que la jalouse Miedee deposa ses poisons (i). De(l) pLOxc'lo; ';vo; a-c;, golfe dcs poisons. OEpci..-ri, Budrison.

Page  268 268S VINGT-TROISItME PROMENADE. puis, ces licux si indignement profane's, anront ket bie cetainernent purg's de P'air mephytique que l'amour e'gare par la plus perfide des passony avait laisse'; car celui qu'on y respire, puise' aux sources les pills pures, tout en alunenlant la vie, porte 'a I'Ame urne volupte' douce qui lui fail e6prouver ces dedicieux transports attribue's j'usqu'ici 'a la seule ambrosie. Aujourd'hui M~de'e ne s'arre~terait plus impunernent sur ce rivage hospitalier; et le bonheur, ami du calme, qui y veille 'a la suAtrete' de ses habitans, repousserait ce MOnStr'e vomi par Choichos, le renvoyant aux r~gions lointaines qui lPont vu. naltre. A Therapia ct 'a Kurut-chesnie, autre village du Bosphore, se sont retirees les lurnikres du Fanal, qui jettent des e'tincelles d'autant plus Mcatantes, qu.'elles brillent au scmn des te'nebres conjure'es pour Ics e'Loufir; c'esta~-dire que dans ces lieux se sont r~fugie'es les premieres families de la nation grecque, attire'es par la liberte' quelles y trouvent, et qui leur 6tait refuse'e dans le quartier du Fanal, oU' cules habitaicnt un d~emi-sie~cle auparavant. A quelle route mn'abandonnerai-je 'a travers la multitude de celles qui tentent de me s'

Page  269 TH1tRAPIA. 269 duire et qui m'appellent par un de'sir e'galemnent vif? Quelle que soit celle 'a laquelle je me laisse aller., elle me retracera des souvenirs chers, qui me'me infiluent trop puissamment sur mon bonheur pour ne pas conspirer quelque jour contre mon repos ci. me faire payer par d'amers regrets la f~1icite' dont "a pre~sent its m'enivrent. Partout je la retrouverai celle dans les yeux de laquelle mon bonheur est 'crit, tdn je ne renm con ire jamais les regards sans croire cpue la ciel m'est ouvert. Si je vais me reposer "a la cime de cc mont couronne6 d'une pelouse unie qui porte le nom d'Alonaki, je verrai la place oj-i, assis aux co t's l'un de 1'autre sur l'herbe fleurie, nous contemplons si souvent un. des tableaux les plus ravissaus de la nature; et que mnalgre6 sa varie'te, sa inagic., nous oublions biento't pour ne plus voir que nous. L'aspect, imposant dii Pont-EuxinI dont l'oeil cherche en vain les rives lointaines et fugiti'ves; cc bel. amniphitbhtre de monts que pre'sen tent' i envi les co'tes d'Asie cet d'Europe; cc canal sin ueux oit1 les richesses et l'abondance coulent avec, l'onde qui l'arrose; tous ces stimulans se joi

Page  270 270 VINGT..TROISItME PROMENADE. gnent a" d'autres, plas, OIctiques encore pour obtenir la predfrence. Mlais ls, sont combattus par ceux qtue recee ctairsite non mnois aimable, oti une onde pure et fraiche, OD-) brag~e de platanes, totiffiis,~ rassemble anutour d'elle, dans, les bewax jours, la socie'te'la mietix choisie, et oii tant de fois, parmii toutes, les fleoirs que le printemps fait e'clore, J'ai pu me convaincre quo, la rose ni'a pas de rivale. Ce'derai-je au de'sir par6 des charmies de la reminiscence, qui voudrait me conduire ii Ke'retchc-Bourou, ou Li en obeiirai-je 'aIFattraction secre'te qui me sollicite et m'appellfe dans ces allkes Ombrag~es de tilleuls et de chiarmes; d'oia l'on jouit de ce coup d'ceil enchanteur que presente le port de Tbe'rapia, defendti des vents par une suite de monts couronnes d'ombrages, garnis "a leur pied d'habitations riantes, et qui s'ouvrent complaisamment, vers leur milieu pour donner passage ai cdeux N~'alees?.. Oui, c'est kM que nws pas doi~ent. se porter (lahord,. car c'est daws ce~s ileux que pour la premiere fois je la vis, et qu'une (obilie commotion notis fit e'proiuver les doux efhets de la sympathie. Laissom~noji5 y, done entitihier par Paimable recvC-ci(~

Page  271 THPRAPIA. 271 puisque ces pages sont consacre'es surtout 'a eclire l'histoire de mon cceur. De cc point avance qui domine et d'oii P'or de'couvre au loin, je contemple avec volupte' cette association heureuse de verdure et de fabriques, ces jardins assis sur la croupe des monts et de'coupe's en terrasses qu'Iombragent des pins, des platanes et des cypres; que le lierre marie' au palma-christi lapissent; oit l'on reCOnnait la difficulte' vaincue et les efforts quo- Fart a dU'~ faire pour subjuguer la nature, livre'c 'a ses caprices partout oii les, Musuhnans habitent. Je me comiplais ~~ observer cette foret de rnatLs, dont queiques-uns soul encore garnis. de leurs, voiles, mais que l'ancre s'appre'te "a fixer; ces pavilions flottans au gre' des vents; ce tumulte qui accompagne les manceuvres; le inouvement querecoit le tableau de cette multitude de matelots que les besoins et les plaisirs applent "a terre; qui parlent des langues ditffrentes, et dont le costume fait reconiiaiti'e la parie 'a des yeux un peu exerce's. Do lM mes regards plongent encore dans cette valle'e, garnie 'a sa naissance de jardins oii des legumes frais eL savourecux croissent a, lonIvi, invite's par la nature du sol, los a-van

Page  272 .272 VINGT-TRO1SfltME PROMENADE. tages de 1'exposition et les arrosages qui leur sont prodigue's. Tous ces objets voudraieint les captiver; mais ils les laissent bient t pour revenir "a ce modeste sie'ge de verdure, que des tilleuls omlbragent, et que les amours auraient di A semer d'immortelles; car c'est IAi que dans le calme d'un beau soir nous nous jur~imes de nous aimer toujours; prenant 'a te'moin de nos sermens la chaste Phceb4' qui nous pro-_ tait complaisamment sa lumi'ere. et qui notus I'ei~t bien sluiremnent retire'e si nous devious etre des amans parjures. Une voix secrete rn'appelle et m'entraine au rivage. Suivons cc quai borde' de maisons dont 1'ext'rieur, tout modeste qu'il est, trabit l'inte'rieur qu'il voudrait de'guiser, et de'note 1'aisance de ceux qui les habitent. Dans les,soirees d'e'te ces lieux presentent 'a chaquje pas des reunions d'individus des deux sexes, qui,. captive's par la fraichieur., le calmie et la douce clarte" de l'astre des nuits,. se livrent 'a des entretiens oii la gaiete' nationale trionmphe des entraves d'un gouvernement oppresseur Dans le n~~etems d'autres socie'te's se prome~nent sur les ondes paisibles du Bospbore, qui alors ne sont plus agit~es que par les

Page  273 THtRAPIA. 2a73 ranmes et les jeux divertissans des dauph'ins. Souvent encore le -silence que gard e la nature assoupie, est interrompu pa.r des bandes de miusiciens qni fournissent "a I'ob~servateur le rnoyen de jnger du genie de leur art en Turquie,- sous le double rapport de l'exe~ciition et de la composition. L~es oreilles, queique cbastes qu'on les suppose, ne sont point off ense's; mais le gol'lt europ~6n, habitue' 'a d'autres re.gles, se sent dispos i se plaindre; an reste it est de'dormage'-par des concerts calculeIs d'apre~s ses inclinations propres, et qui, de me'me que les premiers,Sont pour l'ordi'naire des tributspay~sA Ilamour. La lune re'fus'e-t-elle son ptie flambeau it la nuit, le Bosphore pre'sente alors un autre' spec'tacle: la co'te (1'Asie est garnie d'un cordon de lumie'res qtu' sechappent d'une mul-. titude de bateaux pe'cheurs, -dont les filets se renipdissent, sans, peine des poissons lesi plus, exq~uis. Ce ux - ci qniittent en automne les g'rhis p)Aturag9e's (de la Mer - Noire pour se re'pandre dAns I'Helle~spont et la Me'diterrarnee; le pie'ge le, plus grossier suffit pour les tromper, et plu'sieurs vienn~ent se prencire 3. i

Page  274 ,,-4 VINGT-TRO1IEME IPROMETNADE. sans. me~me qu 'il, soit in cessaire de recourir Les habitans des deux rivers font de Cette Peclbe facile un de leurs plus grands divertissemens,et les- dames franques et grecques ae dedaignent point d'y prendre part. Une socidt6 joyeuse se rassemble dans le imeme, bateau, met~tn t ~iprofit, le calme que promet un, ciel L~oik; 1'amant sop~pirc apre's ces uuits de lboidleur qui le rapprocbent de celle q'it aimue, et (lans Icsqiiell~es unf hasard ~i nage ~i plaisir, le place 'a ses c~te's. La jeune beautei semble occupe'e 'a aller cberclie~r aU fond des eaux une proie d~sir~e -,mnais un teridre serrement de main I1Iavertit que, IOUt en voulant trom per des poissous cr~dules, elhl( sur-prend des cnurs; et de son c6 Le' ele r6 -pond L~ Iamant lieureux de rnanliere a~ lui faire comprendre quil n'est, pas seu~l dans les filets 4le 1'amour, 11 est: d1autresi divertissemens auxquels. nai sexe ajinable participe, et,qui-contrihuent remplacer les spectacles, les ciercles brillarts de 1'Europe; Ia chasse, par exernpleivc encore les belles,. non. que par l"' je vetiiilk dtire que semblables, 'a Diane, cues clhau,%iu

Page  275 TH1tRAPIA. 9 le- cothurne, s'arment du carquois, et s'attaclient ai la poursu te des biches, moins tirnides, qu'elles. Plus hutnaines et moins belliqueuses, elies pref~rent pre'sider 'a cette autre chasse en harmonie avec les inclinations de leur sexe,. dans laquelic on voit des milliers, d'liabitans de l'air venir perdre- leur liherte' sur des gluaux~ perfides, ou. sous, des filets e'galement trompeurs. rfouche'es des efforts de ces it' ressans captifs pour reconqud'rir le bien le plus cher, souvent on en tend d'aimables, suppliantes solliciter leur affran~chissernent, et ion Yoit celles qui le plus souvent se rient des maiheureux qu'ellks trai'nent en esciavage, par une de ces bizarreries auxquelles ce sexe ni'est que trop enclin, s'apitoyer sur le sort d'e'tres strangers "a leur espece, bieii certainement parce qu'elles peuvenit dans cette circonstance deouter sans danger Ia voix de la commiseration. Combien encore ce divertissement innocent sert merveilleusement P'a. rnour, qui, retire' sous, les auvents de f'euillage avec les arnans qu'iI a eu Fart d'y fa'dre rencontrer,. met 'a profit lsdistractions daU reste de la societd' pour faivoriser les intel-~,iences de'ses privile'gtks., et op~rer de doux

Page  276 2a~ VINGT-TROISIt-,ME PIIOMENADE. eclanges de regards accompagne's de soupirs! On devine que Ic parle encore par re'min'IS& &ence. Tout en me repaissant de ces souvenirs si frais pour ma. nehmoire, qui d'ailleurs en amasse chaque jour de nouveaux et ~i chaque instant en deniande d'autres, je suis parvenu au fond du port oii aboutissent (leux vallkes arrosees par des cours d'eau. -Suivons la plus profonde consacre'e, de me'rne que la premiere, an Dieu des jardins. Reserre'e par les coteaux qui la bordent, eL dont les revrers offrent d-es plants de vignes entremrnlks de taillis naissans, elie p~ne'tre bien avant dans l'inte'rieur de ce sol accident'., ne se de'ouvrant Ai lkail que graduellement, comme pour inviter le promeneur solitaire Ai la parcourir en entier. Ces fleurs., re'pandues avec profusion sun Cette route,. sont autant de traces des pas de celle que ma pensee croit y voir encore. Ici je d&' robai. 'a cet arbousier 1'ne de ses tiges les pluis belles sur laquelle ses regards s'e'taient arrtete's avec les apparences du de'sir; lIa sa jolie main cuejillit une tuhe'reuse qu'elle associa, "a cette autre fleur dont mon cceur sena touj~ours le dedpositaire, et qui, par le nom touchaut que

Page  277 TlitRAPLA. 277 le grec lui a donne'.. me dit: Ne m'ozubliez pas. Mais devrait-elle avoir une semblable inquietude; et in'est-ce pas a moi plut t de craindre que son image se soit pour toujours attache'e 'a ma. pen se?e. Quel charme j'e'prouve a parcourir ce sen tier tortueux et enseveli SOLIS CeS Ombrages for-. mes par deux bhties de viornes, d'eglaii tiers et de vignes vierges pare'es de la couleur empourpr~ee de 1'automne! Ces coteaux, de' pouilles aujourd'hui, 4taieflt nagueres encore garnis d'une riche re'colte, les ris, lea jeux, les plaisirs ] es parcouraient par bandes enjoue'es que guidaient Bacchus et 1'Amour. Le silence y rane ' present, et d 'jh le vent du nord de'tache ces feujilles inourantes 'a qui les tiges refusent la se've qui leur est 'a ellesmemes refusee. Toys ces kiosk., assis Sur lea points lea plus favorables 'a la vue, ktaient alors autant de temples eleve's h- la gaiete' dopnt on1c6brait la f~te; et 1'~cho r~pe'tait avec; complaisance les airs cliantc~s en l'lionneur de cette aimable de'esse. L Cclo,. interdit par les approches de l'hiver, derneure silencietix 'a present; mnais sous ce beau ciel il suffira d'un ray-on du soleil pour le re'Neiller et di,-siper los VW

Page  278 .?-78 VINGT-TROISIPME PROMENADE. -vapeurs de 1'atmosphe're. Alors reljarai'tront sur la cime des mouts les bandes de nape'es (4 d'hamadryades, semblables aux violettes qui se laissent si aisement persuader de sortir (Lu 1)outon 'a la plus lkge'e invitation du z&' phiyr. Mle -voila' sous ces antiques platanes qui entretiennent I'omhre pour cette eau dont la fralcheur liii a valu le nom de fontaine froide. Que cette solitude est ravissante! Combien el le esL favorable aux doux transports!... Ne croirait-on. pas que le jeune dieu de la 'tendresse preside 'a cette valI~e, pre'pare'e, si 1'on en juge par, cette route tortueuse,, pour rece-.voir ses piegces et st-irprendre les cruelles? Egarcies en effet par la crainte d'un danger 4PIte celics-ci ne redoutent que parce qu'elles ni'en- co-nnaissent pas les charmes, elles s'engagent, Jpoursuivies par cet aiguillon puissant, darts Ihklappe'e trompeuse qui leur promet de les soustraire aux transports d'arnans trop pressans; eltes arrivent hors d'haleine sous ces (oMbrages perfides, lot tombent de de'sespoir autant que (le lassitude sur le aazon.car totite retraite leur est ferme'e, et le monde semble finir ici. Mais 1Famour attentif les recoit mollement

Page  279 THERAPIA. 279 dans ses bras., et leur offre ces lits de verdure (Jil asu appr'terpourelles, recuejillant, d'un air moqueur,. son pardon, que leurs le'vres ne peuvent luii refuser. Si mneme on en croit une opinion qui n'est pas seulement celle du vul-. gaire, cette eau n'est aussi limpide et fralcice, que pour mieux inviter 'a s'y de'salte'rer; et la naiade complaisante, qui la verse de son urne penche'e, la puise, dit-on, 'a une source ofi le dieu de Paphos me'le ses filtres enivrans. Bevenons, au point ofi nouis avons quitte, le, port, et suivons ce sen tier ptie la rner 1)aigne d'un 0C.t, tandis quec des nmonts d'un pente roide., quelquefois me'me coup~s Ai Pic, le bor(lent de 1'autre. Avec quelle volupte' mes regards parcourenit le. rivage d'Asie, dessine6 en demni - cercie,. entrecoupe de coteaux et de vallees, couvert d '0ombrages et cI'habitations, enfin oft chaque pas est marque par un site plus airnable encore que celi-i qu'on vient de quitter! Quel plaisir secret la pense'e trouve dans cet air de myste're que ces platanes tonf'fus pre'tent au paysage! Mais j'emnbras~serai rnieux ce beau cadre des hauteurs (le JeniKeuiu,. oiu ma route me condujit; pour le mornent, de'taillons cette rive' agreste et sauvage

Page  280 2 8o VINGT-TROISIfPME PROMENADE. que nous suivons,. et dont kes accide-us pittoresques lie me'ritent siutrement, pas d'etre de'daignes..Les che'nes-verts, l~es cestes, les: arbousiers croissent hardiment par touffes sur ces. revers qui s'e'kewent en mniirailles., De ces rochers que lei eaux ont mis 4 nud, tombent des. festons et des guirlandes composees, de toutes les plantes rampantes ciue le sol nourrit, p-re'sentant., au lieu de fleurs, des grappes de fruits v ermeils. M~e voici parvenu. 'a cette fontaine de laquelle l es mes cr6dules ne s'approchent pas sans res pect, et dont les eaux alimentent les, prejhuges bien pluto't que la devotion du vulgaire grossier. Dans le jour consacr~i ' cet ajas ma., un. papas est commis ~ la distribution de la liqueur rdv~re'e. D'une main it tend la tasse piciiie,. et recoit de I'autre en paiement queiques aspres qu'un bostandgi cornpte de oejil, afin de pr'Aever ensuite son droit. A CA t6 eStunptite terrasse fi~quente'e par l~s Musulmans du haut parage, et oi' 1on peut souvent les surprendre en prieres; plus loin, ion trouve Kalender qui offre un tapis, de verdure, arrose par une source~frai'ch~e, ombrage' de jeunWs

Page  281 TUHtRAPIA.28 peupliers, cerne' par des hauteurs boise'es, et oii le Grand-Seigneur s'est fait elever un kiosk. Le rivage est borde' de p'cheries qui presentent de petites buttes perch~es 'a la somnmite' de trois mn~s dispose's de manie're "a fournir Ai ces e'troits belve'deres autant de points d'appui. Ceux qui les habitent, place's en sentinelle, plongent de1'ceil dans I'inte'ricur de leurs, filets tendus autour d'eux, et guettent Finstant favorable pour les tirer. Cette maniere de peclier s'e'tend depuis les c~tes de 1'Adriatique jusqu'a' celles de l'Euxin. Je suis aux portes de Jeni-Keuiu:cornbien lFaspect de ce village est moins riant que celui que nous, venons de quitter,. et que ces campagnes me paraissent flues comparees aux autres! - Mais la vue y trouve en revanche At se de'domirnager, en quittant l'Lurope pour se porter sur l'Asie; il suffit 'a lFobservateur d'atteindre cc plateau, d'oii il coimmandera 'a toute la contr~e environnante. -De Ih les yeux se promenent. 'a loisir depuis les hauteurs ombrage'es du chateau d'Anatolie, jusqu'au canal de la Mer-Noire; ils parcourent en de'tail tous, ces villages qui s'dtendent "a Fen~vi le long du rivage y rernonte'nt dans l'n

Page  282 282. VINGT-TROISIAME PROMENADE. te'rieur des valle'es,2 gravissent les pen tes douces des Monts., s'entofirent de figuiers, de gre*riadie!'s, de p'chers, d'arbres frtiteiers de-tonices les espe'ces.,dont les prodnits les de'domrnagetnt anliplemnent des faibles soins que leur culture exige. Ici, est Tchiboucli,. oui aboutit umne vallce parsemnee de, jardi'ns et qui recie'l un bois mystcrieux; vient ensuite IngirKcniiu, qui doit son nom aux figu es exquises et ahondantes qu'il rucolte; puis se dessine cette antrc vallke cach~e Solis les~ ornbragres, qui, par la beau te de son site, la fraicheur de ses eaux, attire souvent lc souverain, et me' ritle bien le nom de, Sultanie' ju'elle porte; pius loin,la vue rencontre lali-Kcuiu uni Beiko's, oji,~ si V'on en croit 'les conjectures des, savans, Armycus,. cet enfant redloutahle de Neptune quec vainquit Pollux, tenait sa' cour; lentr~e de la prairie dii Grand-Seigneur se laisse dc~couvrir aussi de cet observatoire, accordant sculkernen* une 'clhappie. Du pied des m'onts jusquA'i leurs cimes, tout cc qn I'on voit plait et captive; ici cc sont des plants de pins qui onibragyent des plateaux situ6s de, manie're 'a ermbrasser cc bel amphith6MAre; a'se dessinent sur le fond plus clair du ta

Page  283 TH1RRAPIA, 283 bleau, des rideaux de cypres et d'if's qui balancent leurs tetcs mobiles sur des se'pultures. Les cretes, parseme'es cle lauriers et d'autres arbustes aromatiques, ressor tent sur le fond azur6 des cieux, atissi pur qu'il est possible ~i la poe'sie de le dire, et au pin ceau de I1Iex-. primer, mais pas encore autant que ma pens~e lorsqu'elle s'adresse 'a elle. Si je rame'ne mes regards sur la cote d'Europe, uls rencon tren t au sud Ics hauLeUrs qui enferment le port de Ste'gna, tenu 'a si juste' titre pour Je meitleur dU Bosphore, et sur lequel, pour cette raison,. un puissance ennemie naturell~e de la Porte formai t nag-uere des pre'ten tioDS. Ce port se trouve situp' 'a quelques pas seulement du chateau que le terrible Mahomet II d'eva sur les terres de l'Ernpire cad uc d'Occident,. trop, extenule de viefltesse pour inettre opposition a cet acte de violence. C'e'tait donc sous le canon rneine de ce chbtteau, monument cotW, sacre' 'a la gloire des Ottomans et 'a la honte de leurs ennemnis,. que les enfans du Nord allaient 6riger peut-e'tre un semblable troph~e, ~. si une natiouwge'nereuse et puissante n'elult etendu son bras protecteur vers l'Empire des lialif, et consolide' pour queique temps en'tore ]cur tro~ne cbancelant.

Page  284 284 VINGT-TBOISILEME PROMENAfl'L Pourquoi la politique n'a-t-elle pas mieux conseillk ces derniers? Des succ's, auxquels, il ne leur est plus permis de pre'tendre, eussent coron leur eiitreprise. Re'habilit's dans leur ancien domnaine,. a Crime'e fi~t rentre'e sous leur Ioi, et une camnpagne beureuse eu't suffi pour re'parer les de'sastres cause's par uin siekle d'infortunes. Mes regards nc se de'tacbent qu'~l regret de ces re'vers plante's de cypre's, charge's de s&' pultures, ob' la me'lancolie se prome'ne en silence,. suivie des sornbres, reveries et de la douleur en larmes, ses compagues fide'les. Ileureux mille fois, ceux 'a qui de semblables objets ne retracent pas de tristes souvenirs, ou qui peuvent les conside'rer sans, se laisser emouvoir! Mais il faudrait e'tre insensible pour aspirer Ai une semblable felicite'; pour former un. vecu aussi barbare; et quel serait,4nsenes. ou. le maiheureux accable' par I'infortune au point de consentir 'a acheter la paix de 1'Ame 'a ce prix? Non,. conservoniS notre sensibilite' et les souffrances qui en sont inse'parables, dussent-es neme nous coU'ter la vie! Le de'clin du jour me rappelle i mon. habitation chamnPetre, dont je ne m'arrache jarnais

Page  285 THIRAPIA. so.28a sanis emporter avec moi le de'sir de la revoir bient~t. Avec qudlle force cependant ce sen. timent, que le curur nourrit. avec le plus de volupte', rejaillit sur tout cc qili approche de 1'objet de nos affections, quelque faible que soit la relation existante avec liii! Quel charme indedinissable il relpand sur tout ce que celui.-ci a touche', ne fit-ce encore que des yeux!... Un. regard suffit'alors pour consacrer l'etre le plus eltranger, et lui donner uye- part a notre inte'ret en le comprenant dans le cercie de nos pense'es les plus -che'res!.. Ces, observations et cette experience s ache'tent presque toujours aux de'pens dui calme moral;- car le bonheur me'me a ses agitations, surtout Iorsque c'Iest l'amour qui le produit. Je vais prendre ma. route sur la crete de ces monts,. et poursuivre la lumie're fugitive qui leur adresse ses rayofis "a demi-e'teints. Un. sen - tier borde' d'arbousiers., de lauriers, de che'vrefeujilles, et qui serpente sur le revers des c6teauxt garnis de vignes, s'offre 'a moi, me prornettant de me reconduire 'a ma demeure. De lai je pourrai dire encore adieu At cette belle contr~e' prc"te Ai s'assoupir dans les bras de la nuit, qui de'ja e6tend sur elle ses voile's humides.

Page  286 286 VINGT-TROISIEME PROMTENADE. A chaque pas mon cceur rn'avertit que je me rapproche dui foyer de mes affectionS., et mec dit, par ses pulsations plus pre'cipite'es, que je rentre dans cette sphere d'activite' oii Une force d'attraction invincible me rame'ne opiniktrement. Cependant que notre organi-. sation inte'rieure est difficile A- expliquer!.... En effet, comment se rendre compte de cc besoin moral plus impe'rieux, ou dui mohis aussi iniportun que ceux auxquels notre etre physique est, condamne' 'a obe'ir; de cette inqifie'tude qui s'attache ~i vos pas de's le premier que vous faites pour vous J'oigner de l'objeL aime'; de cc de'sir insatiable que sa pre' sence meme ne peut contenter,. et qui voudrait vous ramener pre's de lu~i avant de 1'avoir quitte', 6veille' par la crainte d'etre. un jour ohlig6 de vou-s et) s~parer; de cette identiu6 de rapports si parfaite, de cette intimit6 ktablie "a un degre' tel entre de ux Ames cre'es l'une pour I'autre,. que parfois, elles sepee trent, d'autrefois, changent re'ciproquement de denmeure, ou bien se lient,, s'attacbent par des points de contact si multiplie's,, que concentre'es ainsi en une seule,. elles peuvent dICher toutes les vicissitudes humaines (loser Ies

Page  287 THt RAPI-A.28 de'sunir? Je me demande la solution de ce probleme; mais ne, la trouve-je pas dans la cause nmame de cet effet, inintelligyihie seulemieat pour le tre's-petit nombre de ceux, qui lui sont strangers? De'j'a mesyeux de'ouvrentle toit sousleqiieI habite celle qui me donne si aise'ment 1'expli-. cation que je cherche; avec quelle complaisance ils s'y arre'tenL! et que de charmes la douce illusioii, nourri'e par la r~aliLt,e m e fournit, en cot instant!.. Su'irement dans une de ces attitud es, cj ue lui a enseigne'es la me'lancolie, cule pense "a celui qui. no forme dc pense'es quo pour iele; peu-tre rMdite-t-elle mnon boheur, tandis que 1'amour, qui preside 'a ces do~ux arrangemens, veille sur mnesine reAs, ci s'eniend avec le myste're pour 1'ex&cution du projet le plus d(Alicieux....Mais je ne puis mne rassasier de ces speculations enchanteresses, et tie fussent-elles qu'un simple reve, je los poursu~ivrai,. Oui., je mnenivreraix de ce nectar juq'i~user la coupe, sans m' inquie'ter du rcveil. A present quo j'ai con tente' un cceur, desi-. reux de parler, ct qui cbez les imaginations ardentes a, do droit le pas sur le raisonnemen t,

Page  288 ,288 VINGT-TROISIPtM1 PROMENADE: accordons aussi Ai ce dernier son tour qu'il reclame; pour cela rassemblons dans ce cadre les mocurs et -usagres de la nation grec. que, si curiense et si inte'ressante sous tant de rapports. De toutes celles que no'us connaissonsi n'Ien est aucune dont les traits de physionomie s'accordent aujourd'hui aussi exactement que les siens, avec 'ce que nous a transmis sur I'antiquit64 le burin. ve'ridique de l'histoirc; tellement qu'on pourrait croire qu.'elle n'a pas viefili depuis que ces premieres ktudes ont ete' recuejillies. Par une consequence naturelle,. elle forme un' contraste frappant avec le gouvernement qui lui commande, 'et les flations a'vec lesquelles elle est contrainte de So'us le~ rapport politique ce conttaste se mnonfte au premier abord dans I'esprit d'inde6 -pedance qu'elle- a-conserv' en d'pit- du joug oppresseur., qui dep'uis-pres de quatrelsie&Ies 1'accable; pa~t ces soupirs qui blui kchppentsi souvent en pensant 'a la liberte' qu'elle a perduc, et les vceux fervens qu'elle adresse, sans cessea celle que I'espe'rance lui laisse. entrevoir dans I'aven'ir; il se fait encore sentir dans Iles de~mar

Page  289 TH~tRAPIA..289 cation qu'clle admet de son plein gre', et qu'elle respecte religieusemeiit, sanis 6gard pour u'n gouvernement qui les rejette toutes par prin-,cipe, et dont la defiance s'eveille pour peu qu'une te'te de'passe les autres. A pr~sent, si' nous la comparons aux nations tirqUe et ar'. menienne, nous trouverons cliez ces cfernie~res une gravit6 asiatique, qui doit se r~volter de 1'enjouement grec; le sentiment du repos moral, qui contraste avec cet esprit remnant et inquiet, qui caracte'rise l'autre; urne imagyition calme,,on peutldire me'nie glace'e, q uin 'arrive jamais ~i s'expliquer les eruptions volcaniques produites par les passions dans la premietre;1'amour de I'obscurit6, 1'esprit d'ordre, que nous avons vu. de'ge'D~rer eni parcirnonie chez les Arme'niens, et au contraire parmi les Grecs le gout de la de'pense et du faste pouss6 jusqu.'a la dissipation la plus folle. Ajoutez a ces premiers traits: de 1'inconstance, de la le'gerete', de 1'inconse'quenceI un amourpropre que la vanit6' et 1'ambition. tiennent continuellement en haleine, et que le propos le ph-is innocent ou. la moindre inadvertance suffit pour blesser; uric penetratLion d'esprit incroyable, d'oui resulte une facilite' rare 'a 3. 1 9

Page  290 290 VING-T-TROISItME PROMENADE. rendre ses id'es com eassi 'i deviner celles des autres; du penchant "a la raillerie, joint l a crajinte du ridicule,eu tl'ur o ss aussi loin que dans un temps ces deux travers pouvaient 1'e'tre 'aA Ath'n es; l'esprit d'in trigue, qui par habitude s'e'tend aux circonstances les plus minutieuses de la vie, et sans lequel it semblerait que les choses ne sont pas reve'tues des formes voulues; ie sentiment de l'envie, capable d'oser tout, sans respect melme pour les liens du sang qu'il ne brise que trop, souvent avec uri heroisme digne d'une meilleure cause; tel est le portrait fide'le de cette nation, tir6 dapre's les Grecs d u Fanal, qui., eu e'ga rd 'a I'evidence dans laquelle leur rang les met, la representent, et sont en droit de se regarder comme les de'positaires du type national.. A present supprimons les coups de pinceaux qui tiennent aux passions que les grandeurs eveillent, passons l'adouci sur quelques autres, et nous aurons ie portrait du peu pie, qu'i est d'ailleurs toujours facile de d 'duire de celui des gens -de la. bonne cornpagnie, en se bornant 'a une simple ebauche des premuiers traits. 11 ne faut pas moins qu'un joug de fer

Page  291 THtRAPIA. 2.91 comme celui que le gouvernement ottoman impose aux vaincus, pour contenir une nation aussi remuante; encore parviendrait-elle A le secouer si l'harrnonie unissait toutes ses parties entre elles. Mais par une suite de son caractere envieux et de son penchant decide6 ~i l d~aionelle rive ses chaines, exercant sur elle-merne tine police se'vere, qui de'nonce les projets formes,qui meme en prete, Si besoin est, "a ceux qu'elle veut perdre; en sorte que les Ottomans pourrout s'en reposer sur elle du soin de veiller 'a ses entraves, aussi long-temps que la pomme (le discorde existera dans son scmi. Cet avantage est le seul que l'Empire retire de la possession de la Valachie et de la Moldavie, qui dutn autre Co'te lui est si funeste; mais ceci s'expliquera bientOAt avec: plus de de'veloppement: disons auparavant tin mot de l'organisation politi-. que, que nous reconnaltospu ~ te fn uniquement Sur le prejuge' et des lois tacites de convention.' Les Grecs sont partage's en deux classes bien distinctes, dont la premiere se compose des individus qui ont occupe' des emplois dans les provinces tributaires; la seconde corn

Page  292 292 VINGT-TROISIEtME PROMENADE. prend le reste de la nation, qu.'on peut encore regarder comme se'pare'e de la premie're par une autre qui est celle des ne'gocians. Cette classe interm~diaire est ra'nge'e par l'opinion bien au - dessous de la plus e'ev~e'e, et ses membres ne recoivenlt pas "a beaucoup pre's des boyards les, marques de de'f~rence que de leur c~te' Us leur accordent, assez gratuitement cependant; car rien ne les, y oblige, si ce nlest le prejuge. Ces Seigneurs, il est vrai, jouent souvent de tr&'-beauix r6LIes, au point qu'on est autorise' 'a dire que leur condition est la meilleure que l'on puisse obtenir dans l'Empire Ottoman, si l'on fait attention aux avantages politiques don t uS jouissent de droit, et 'a ceux qu'ils usurperit "a 1'aide d'une sup~riorit6 'marquee sur la -nation qui croit commander. Un autre fleuron non momns brillant de leur couronne, clest d'e'tre les ve'ritables rouages en vertu desquels l'Empire obe'it aux lois du mnouvemeut: grace aux principaute's de Valachie et de Molda-vie qui leur appartiennent sans, partage, et Ai l'office de drogman qu'ilsremplissent entre la Porte et les, puissances 6trange'res,. se renant mitrte par Ii des se

Page  293 TH1tRAPIA. 29z$3f crets les plus chers de l'Etat. Tout cela peut jusqu'a' un certain point les faire parai~tre excusables pour I'importance qu'ils attachent4 des titres de'pouilles de re'alit6 lorsque la de'position les a force's ~r descendre du trone; quoiq'ils con trastent souvent avec le ddAahremeiit de leur fortune; mais ii ebt plus diificle de se de'fendre de les trouver ridicules dans le culte q'ils rendent Ar la vanite, qu'o roiatlu divinite' unique, 'a voir des fetrnmes dedaigner le nomn de l'epoux parce qu'iI est momDs bril-. lant que le leur, et transmettre ce derniier 'a des enf ans., familiarise's eux-memes de's le berceau avec les ide'es de grandeur par leui's nourrices qui les endorment en leur promettant les tro'nes de Valachie et de Moldavie; enfin, ce qu'il devient impossible de leur pardoner c'est de d issiper follement pour soutenir des titres, mensongers., leurs tre'sors en moins de temps encore, qu'ils n'en ont mis 'a les acque'rir. Chacun d'eux s'enro'le sous les bannie'res d'un premier personnage qui re'pond (le la conduite de tous les membres composaut sa cour, et que ceux-ci compromettraient. in-. failliblement pour peu qu'ils de'viasse-nt de la

Page  294 2,94 VINGT-TROISItME PROMENADE. ligne droite. Par une suite de l'abitude qu'ils ont, de s'observer entre eux et de de'duire des motifis criminels des actes les plus innocens, ils osent, d'autant, momns se montrer en public avec un Franc reve'tu d'un caracte're diplomatique, qu'ils s~ont plus edeve's en charge, et osent bien moins encore le visiter ou. le recevoir chez eux,. car leurs antagonistes ne manqueraient, pas de leur faire payer ces imprudences au prix me'me de leurs te'tes ou tout au mons, de 1'exil. Le couteau, 'a deux tranchans que le gouvernement, leur a donne' pour exercer sur eux* Memes, ses propres vengeances, ne se repose guere que lorsque 1'ennemi les a chasses des trones de Valachie et de Moldavie:objets chers pour la possession desquels cet instrument perfide joue sans re1 ache. Alors on Ics voit se rapprocher, faire cause commune, et soupirer apre's l'instant oh' la guerre, reveillce par la moindre lueur d'espe'rance d' un retour de fortune, se rallumera entre eux. La paix. enitre la Russie et la Porte donnie le signal (le cette guerre machiave'lique; aussiOt "t les hostilite's recommencent dans le Faiial sous, les dehors de la cordialite les autels

Page  295 THtRAPIA..295 de 1'ambition sont, de nouveau arrose's du sang de victimes, qui perissent aux. pieds de cette divinite' perfide, en I'adorant encore, quoique immolees souvent par des prochies ou de faux amis; enfin on les, voit, passer be6 -roiquement te'te baiss~e, comme des De'cius,. travers tant de precipices dont le chernin qui conduit au tro~ne est parseme' pour eux. IUne fortune brillante couronnle, il est vrai,9 leur entreprise hardie, quand ils ont, Pu arriver sains et saufs au but desire'. Couverts alors comme, les pacha 'a trois queues de la pelisse d'honneur que le Grand- Seignreur leur fait reve'tir en sa, presence, ils partent pour leurs principaute's suivis d'une cour nombreuse. Nantis de tous les pouvoirs, uls peuvent 'a vo-. Ionte' rendre heureux ou maliheureux les mil. hers de sujets que Sa Hautesse leur aban-. donne. Comptables de leur gestion, envers eux seuls, uls administrent ha justice et les finances commre ils l'entendent. Mais cette excessive liberte',1 ce pouvoir sans borues,, leur cachent un pie~ge oii il est rare qu'ils ne tombent pas avant le terme de sept ans mar-. qu6 pour leur regne d'apre's les statuts de leur nomination; car lorsqulils se croient le plus

Page  296 .296 VINGT-TROISIE'ME PROMENADE. assures de la fortune, des mains ennemies profitent de leurs plus lege'res inadver'tances;rninent sourdement le'difice fragile de leur grandeur, qui, en s'e'croulant, lese 'crase quelquefois sous ses ruines; ou bien, s'il con. sent 'a e'pargner leurs jours, du moins il les fait rentrer dans la classe priv~ee1 avec cette foule de courtisans attache's 'a leur char. En adrnettant encore ce tempraent,combien alors leurs condition est triste par le joug accahiant qu'ils doivent porter! A quelue reserve. a combien de me'nagernens, fatigans ne se trouvent - ils pas comdamne's! Un prince de'pose'n'ose de Ionga-temps se montrer en public; il est tenu pareillement 'a s'observer de tre's-pre's suir les visites qu'il recoit. Sans cette conduite mesure'e jusqu'a'1l'exce's dans les moindres details,. on en conclurait aussito't qu'il intrigue, et le parti contraire n! aurait pas de peine 4 le persuader au gouvernement,de'siretux d'ailleurs d'avoir un pretexte pour les de'pouiller. C'est aussi par une suite de la crainte de la seduction qu'ils portent avec eux, que ceIluj-ci interdit aux dis gracie's d'habiter le Fanal, oii ils seraient en ef apofe t trop ~prt "e des mi

Page  297 THtRLAPIA. -197 riistres pour ne pas profiter de la facilite' qu'yon trouve 'a les corrompre. L'or de la Valachie et de la Moldavie leur en fournit les moyens; ce sont a& ces mines que se puise le poison lent, qui, distill6' dans le coeur de 1'Empire, entretient le chancre rongeur qui le consume et le de'vore. Elles servent en- outre 'a enrichir les families appeleos 'a la cour pour y remplir les differentes charges, et 'a fournir des secouirs alimentaires aux cliens des princes de' poses. C'est encore at leurs de'pens, que ceux qui re'gnent font des pensions A leurs antagonistes, afin de les mettre 'a meme de soutefir leur rang. Mais ces actes de bienfaisance sont-ils vraiment dus 'a la vertu dont uls empruntent le nom, et la vanit6 n'est-elle pas encore en droit ici de reclamer?... Enfin lorsque ces provinces sont au pouvoir de 1'ennecmi, et ne peuivent plus entretenir leurs nombreux pensionnaires, c'1est la caisse nationale qui Prend 'a son compte tous ces secours on&"reux; et le patriarche les dispense sans que la nation songe me'me Ai murmurer, tant est grande la force du pre'juge'. Q ue l'on compare Ai present le gouverneMent qui pe'se en Turquic sur les suijets ct

Page  298 298 VINGT-TROISItME PROMENADE. les esclaves; les regards nwprisans que les premiers laissent tomber sur les autres; la reprobation gene'rale proi-oncee contre tout ce qui porte le nom d'inficdd'es; qu'on compare, dis-je, ces traits caract~ristiques diti gou. vernement et de la nation, avec ce ro"Ie brillant que des affranchis sont parvenus 'a s'arroger, 'a 1'influence marquee qti'ils se sont acquise, au point d'e're les arhitres des destinu'es d'un Empire qu'ils re'gisscnt invisible.. inent; qu'on 6tablisse ces coritraostes, et V'on confessera qu'il faut True Ics uns soient bien adroits on. les autres bien faciles, pour qu'il se soit engendre6 une pareille subversion de principes. Si je n' ecoutais pie le sentiment et ne'loignais de, ma pense'e le souvenir de queiques Grecs de distinction que 1'amitic a pour toujours inscrits sur mes tablettes, je d'clhirerais bien s 64rement celies de ces pages qui contiennent des ve'rit~s dures,. les rem placant aussi to t par d'autres oii j'accorderais toutes les qualite's du eceur et de 1'esprit 'a une nation qui n'aurait plus de reproches 'a craindre si cule parvenait ~ se guerir des vices que 1'ambition traine 'a sa suite. Combien alors elle serait

Page  299 TH1tRAPIA..299 amiable, et quel charme on goi'iterait 'a se livrer sans deffiance Ai limpulsion qui attire vers elie! En rappelant Ai mon souvenir ceux qui savent si bien lui faire trouver grAce 'a mes yeux., mon ccrur me reproche d'avoir e'e trop severe. Peut-e'tre m'me, qencnsid 'ration de ces amis estimables, j'aurais du'l mc montrer plus indulgent. Mais que dis-je? Is seraient les premiers 'a bIWmer cet acte de faiblesse, et Ai m'accuser d'infide'it, Si, prevenu par l'amitie', j'c'tcndais ~i tous un d'oge que d'ailleurs le partage ne manquerait pas d'affaiblir. Oui, je prC'ffre le re'server tout entier pour eux seuls, qui le meritent A tant de titres. - PourqUoi m'est-il de'fendu de re've'ler des nomns qu'il me serait si doux de prononcer, accompagnes de ces expressions touchantes que dicte la reconnaissance!I Au reste, il deviendra facile "a ceux qui ont visite'les rives du Bosphore, de les deviner, lorsque, pour les mettre Sur la voie, j'aurai dit que les Iettres et les sciences, e'garees dansl'Enipire Ottoman, out trouve' chez eux un asile, oii tous les soins de l'hospitalite" sont prodigu~s 't ces timnides etrange~res. Les Grecs du Fanal sont aussi attentifs 'a

Page  300 3oo VINGT-TROISMtME PROMENADE. de'guiser leur fortune,, que les pacha. et autres individus reve'tus d'offices capables d'attirer I'attention. du souverain. Un prince d&pose' crie mise're avant me'mne d'e'tre d~pouille de la pourpre. Ii revieritcacbe'sousl1'exterieur leplus rno(este; se me'nage, au moyen d'empruns faits 'a plaisir, des cre'anciers incomnmodes dont il. provoque les poursuites, afin. qu'ils publie-nt sa, pre'tendue indigence., et le de'1ivrent des harpies mille fois plus redoutables qui l'observent; en. me'me temps il est tre'ssoigneux de mettre ses tre'sors 'a couvert., en les versant dans les banques e'trange'res. Les boyards qui, par leur rang et 1'e'tat de leur fortune,. ont moins 'a craindrel, se contentent de convertir leur avoir en wacouf qu'ils font passer au nom, des femmes. Moyennant cette ruse., ils peuvent s'exposer impuinerent "a la de~collation, et se m'Ier parmi les combattans;, aussi est-il permis de dire que cet acte ressemnble beaucoup au testament qu'Iun militaire prevoyant dicte avant son entree en camnpagne. I Les sacrifices que la noblesse grecque est, oblige'e de faire pour s'Ientretenir en bonne intelligence avec le gouvernemnent, et la guerr'e ai mort que les individus de cette classe se

Page  301 THtRAPIA. 301 d'clarent entre eux, son t des obstacles oppose's continuellement aux A'ans que la 1iberte' fait cbez cette nation pour s'affranchir, lesquels d'ans se manifestent sans re'serve dans la classe du peuple qui, n'ayant rien 'a per(Ire, peut tout esperer d'un changement de situation poli tique. Mais, pour retrouver le feui sacre de la liberte', aussi pur, aussi incandescent que sur les autels e'leve'~s 'a Lacedemone en 1'lionneur de cette divinit6.c est encore cnez les (lesceildans des Spartiates., c'est-a'dire chiez les Mainotes, qu'il faut aller. L'inclination naturelle porte les Grecs vers les arts me'caniques, pour lesquels ils sont tre's-aptes, et qu'ils exercent avec plus d'intelligence qu'aucune des autres nations de 1'Emnpire; vers le commerce, dont ils pi-'ne'. trent tous les secrets, et dans lequ~el uls font peut-e'tre parfois des speculations hasardeuses, toujours par suite de, cette meme imagination., trop souvent consulte' par eux 'a la place de la raison. et de la su~rete'; aux lettres,. aux sciences et aux arts libe'raux,. en depit de l'oppression individuelle et politique qui cherche t etouffer ces e'tincelles., aussito~t que leur kclat est assez vif pour offuscjuer l'igno..

Page  302 302 YINGT-TROJSItME PROMENADE. rance, compagne fidede du fanatisme. Ii r'e. suite de la' que les artisans les plus adroits, et les cultivateurs les plus laborieux sont g&. neralement de la nation Grecque, et que presque tous les negocians qui font le cabotage et le commerce 'a l'inte'rieur, lui appar-. tiennent aussi; que l'architecture, le seul des arts Iibe'raux en honneur danis l'Empire Otto-. man, recrute chez elle presque tous ses sujets;enfin 1'intelligence des differentes larngues de 1'Europe et de celles qu'on panle dans l'Orient, jointe 'a un esprit cultiver,, mais exerce' surtout dans F'art de Vintrignie, donne, avons nous dit, t itre d'apanag, 'a la classe distingu 'e, la prerogative de s'immiscer dans les inte'rets politiques les plis importans, au moyen des emplois de drogman pre's de la Porte, de l'ami.raute6, et des ambasadeurs dans les cours e'trange~res; de se re-ndre par consequent maitres de 1'esprit dui grand-vezir, du ministere en general, du capitan-pacha, et des repre'sentans du Sultan pre's des autres souveraiins. Jusqu'ici nous n'avons parle' quie d'un sexe; 1'autre cependant me'rite, 'a tous e'gards, qu'on s'en occupe., et d'autant plus volontiers que cbez la' nation Grecque. ii compte pour

Page  303 THtRAPIA. 3o3 beaucoup dans la socie'te' au point d'y tenir un rang politique; ce qui est tout le contraire parmi celles avec qui nous Ia mettous en parallede, of-i 'a pr-ne est-il considers civilemnent. Son cr~dit mne;ne est. tel, chez les Grecs,. pie je m'~adresserai At li comime au me'diateur le plus habile, afin qu'il '%Yteille bien rnenager ma reconciliation avec le sexe inasculin., envers lequel j'ai Ret s~ve're sans ce~ser d'etre juste; et je l'invoquerai pour qu'il (daigne emprunter, s'iI est ne~cessaire, Ie6gi(Ie de Iflinerve, afin que je puisse meretranclher deri~ihre ccrem-. part, con tre l'ennenrm quej'ai ose provoquer. Les dames Grecques f'ornment, avec les fernmes Arme'niennes et Turques, uri contraste aussi frappant que les lbommes de la premiere de ces nations avec ceux des deux a-utres. En les comparant au physique, loin (de trouver chez elies cet embonpoint qui obstrue les voies de 1'entendement, leur taille svelte et (iclicee rappelle ces formes qui servent encore de, mode'les 'a nos artistes. Leur dernarche emprunte de Ia mollesse orientale ce qu'il en faut pour donner aux gxfces cet air voiuptueux et nornchalant, sous l equel lFamoir, comnie on le *ai, cache ses pi "ges les plus certains. Une

Page  304 3o4 VINGT-TROISUIME PROMENADE jamnbe moulee se termine chez elles, le plus souvent, par un. pied qu~on. voudrait entraver, autant parce qu'il est mignon, qu'afin d'6'ter, Ai celle qui posse'de ce tre'sor, la facult' de se soustraire aux transports qu'elle e'veille. Si 1'on est assez te'me'aire pour oser arr Ater ses regards sur les siens, on trotive deux. grands jyeux d'un noir fonce', ou bien re'fle'hissant l'azur du ciel., d'oii le feui jaillit par (Aincelles tellement efficaces et rapides, qu'une seule suffit presque touj ours pour allumer un incendie qu'en suite il devient difficile d'kteindre. De longs cils, garnissant des paupiP'res 'a qui l'attitude mourante (donnle une expression qu'en vain on chercherait ~t rendre; des sourcils arque's, et qui con tribuent,. avec des cheveux d'un rioir de jais, 'a faire ressortir un teint dont la blancheur virginale n'est alte're'e que par les roses de la pudeur; une main potelee et stir laquelle les, amours qui n'ont Pu trouver place dans, les fossettes, des joues onl sur les levres,. se sont crense' des nids charmans, comme autant d'embuscades, d'oiui leurs traits partent At coup silxr; unf son cje voix qui se prte ~t toutes, les inflexions de la langue la plus harmonieuse; qui rend jusqu'aux moin

Page  305 TL1IRAPIN.3 (l1res nuances de la pens'e; les transmiettant avec une egale facilite' chez ceux qui ecoutent; ct par sa douceur, sa mediodie arrive sans detour 'a lImAre, qu'iI faii vibrer dle me'me (Tue la corde aitaque'e par lFarcliet, du plus lhabile artiste; entfin un ensemble qui retrace ces contours bien conserve's de P'antique le plus pur, et (Ill oni remnarcjue surtout dans lFangle facial, oim le. caracte're est associc au coup de ciseau. le pins gracicux. Unec chose encore quii laivorise Pdlusion que co, tout cuichanteur e'veille, c 'est l'arrangernent dies cheveux, dont une partic torube en ondoyant sin' les 6paules, ct descend le plus souvent, au bas des reins, tanrdis qu iune autre, tresst~c avec des fleurs, forme une couronne autour (de la taeLe: telles enfin qu'on represerite les pretresses de Diane. Le reste dum costume se ressent, prsn 'Igacedu go " t de celles qui le -portent, et sait f-aire waloir la tailic tout en so pre'tant au d rape'. Sous le rapport moral, ces me'mes fetumes contrastent davantag'e encore avec celles auxquelleS nous leS COMPaVonS. Une irnagintation vive, ct brillante, qmi se de'ce'l daus le regyard et dans le jeu do la physionomie; un1 3. ~~~~~20

Page  306 30)6 VINGT-TROISIftME PROMENADE. esprit aussi p~nd'rant qu'il est possible de I'imnaginer chez un sexe qui a surtout ce don en partage; des mani~res Leciles et gracieuses; une pr~voyance, une politesse qu' on ne rencontre que dans Ita bonne compagrInie; je ne tarirais pas enfin, si je voulais dire tout ce qu~e la nature libe'rale a fait pour ces enfans gat~, qui d'ailleurs s'entendent "a inerveille ai tirer pa-rti de ces, avanttages. Tant d'urbanit6 et u ne recherche si exquise dans les manie'res, ne pe uvent e'tre dues qu'au commerce des deuix sexes entre eux:commerce auquetlI'un et t'autre gragnent C'galenient, ce qui sutUfira pour expliffier la dIff&rence existante entre les, Grecs et les nations orientales sous Ic rapport des inoeurs, des prejugy~s ct des usages; les premiers admettant notre galanterie et notre enjouernent que I'auste'rite' et la taciturnite' des autres rejettent. On doit, confesser cependant que la vanite et 1 'ambition font souvent oublier 'a des etres, que nous n'avonS point encore d' peints aussi aimables qu'ils le sont en effetl le sexe auquel As appartiennent, et que les femmes ne contribuent pas peu Ai attiser ces passions chez les hommes, qu'elles poussent mdiifie dans 1'(abhme en les engageaut 'a bri

Page  307 THVRAPIA. 307 g'uer des honneurs funestes pour les partager avec eux. (, QU' 7on me donne le titre de prin-, "cesse et je mourrai contente: c'est la' leur rdevise. Eussiez-vous mieux aime' qu'iI eiki ((rendu I'Ahne commne un. baccale (mraruf chand de coruestibles ), re'pondit une d'elles aux coniplimens de condoh~ance qu'1or Iui Cadressait sur la mort de son, e( poux, qui -venait de finir tragTiquenment uses jouirs entre les deux portes du Se'rail? En cela elles ont quciques traits de ressemblance avec les femmes Spartiates; mais cornbien elles, en different, Si I'on considere le motf qui engendre chez elles un h'roismne que d~s lors, on cesse d'adrnirer. On a de'j " devine' cue les moeurs, ne ga-. gnent pas aux points nmultipli~s de contact tetablis entre les deux sexes; et me voici encore dans la dure ne'cessite' de porter un jugement severe que je ne pourrais, adoucir sans offenser la ve'rite'. Cependant doit - oil impuiter 'a crime ce qui est L'ouvrage de la sensibilite',veiIIe'e par une imagination vive; et les e'garemens du coeur ne me'itent-ils pas d'e~tre exciis~s lorsqu'ils sont produits pa-Cr le sentiment et non par le caprice?'

Page  308 Jo8 VINGT-TK1O01SIEME PIIME'.IN ADE. Un usage qui contraste avec les relations qie les, deux sexes Ont entre eux,1H ma is quiw l'on petit coiisid~rer comme uin tribut pkaye aux prejuges, de la nation qui comnmaride, et dont la rigidite' est plus contraire aux mceurs que l'autre par sa, trop grande facifit6, c'est celui qui dedend aux. filles de se inontrer a des hoinmes auixquels la parente n'interdit pas de pre'tendre 'a leur main. Cette loi s6 -veire ne permettant qu'aux fre'res et aux cousins d'approcber des e'tres sensibles chez qui les passions deviennent, d'autant plus imperieuses qu'elks sont plus contrarie'es, peut bien jeter deins des e&arts que l'opinion r&prouve; mais c'est encore la fatite dui code des cotItumfes grecques, si peu d'accord avece luji-mthne et outre' d&ns les deux cas. On doit dire cependa-,nt qu'aujourd'hui cette loi a perdu beaucotup de sa force parmi la noblesse, qti'une, tendfance-irre'sistible attire de plus en phis vers nos usages, et qui respecte ties -siens itniq teinent pour nie- pas de'plai-re attgotivernemenef. Cehii don tnous pa-riob~ re~motite "a la plus haute antiqu'it6; les jeunes genis, chez les Grecs an1cieis, tIle voyaient celles qui pouvaient ~devenir leurs

Page  309 T H1PRAP IA.39 3og compagnes que dans les ceremonies relicrieuses, et n'avaient jamais legitimement d'entretiens avec elles. Du reste il. ne se rencontre gyuere que parmi ]es Grecs, dii Fan d; encore, i 1Pon en croit la raillerie, lesjeespsonnes qui aujourd'hui perse'v~rent 'a se cacher, sont celles qui ne gagnent pas "a etre vues. Dans quelques fles de l'Archipel, et pruincipalement 'a Chio, les filles, de me4me qu'Ien Suisse et en Angleterre, jouissent de la plus grande fiberte', et la perdent aussitot qu'elles deviennent spouses. Les mains garnics de ficurs,. elles vont atn-devant de ceux qui leur offrent 1'espe'rance d'une union, et renvoieut la reserve au temps o it leur foi nje leur appartiendra plus. Le'ducation est tre's-soign~e chez les Grecs dui Fanal; les femmes de cette classe recoivent aIussi Une culture d'esprit peu commune,. et qui, trouvant un fond tr('s-fertile, ne petit mnanquer d'obtenir son salaire avec usure. Ces dames aquie'rent 1'intelligence (le phisieurs Jangyues, prineipalenhent du francais, ainsi que dii grec litt~ral; elles s'elevent, Meme 'a la hauteur des sciences exactes; At

Page  310 3io VINGT-TROISItME PROMENADE. quoi elles savent joindre encore les talens agreables qui font briller leur sexe chez Dolls. La classe des n6gocians, depuis quelque temps, veut aussi prendre sa part des lumie'res:- invite'e par les encourageinens que lFinstruction publique recut pendant le re'gne du bon Selimn, qui, de'gage' des prejuge's et des craintes de ses pre'decesseurs, voyait avec complaisance cette nation 4couter son g~nie naturel. Alors florissaicut les &'oles de Kouroutchesm6,, de Smyrne, de. Pathmos, et quelques autres fonde'es en More'e; fime itt-i primerie s'&ablit par les soins des Grecs dui Fanal, qui 'a I'envi s'appliquaient 'a faire patsser dans leur langue les auteurs classiques francais. italiens et anglais. Je puis citer. l'app~ui de cette assertion les traductions des OEuvres de Condillac, de Millot, du Voyage d'Anachiarsis, de l'Iistoire de la G-re'ce par 1'anglais Gillies, etc., lesquelles sont encore ine'dites, mais digrnes de voirla lumnie're. Une autre preuve non momns digne d'int~re~t, viernt s'offrir 'a ma plume; elie m'est fournie par de jennes Grecs re'unis nouvellement en Societ6' pour faire un Dictionnaire francais et grec,

Page  311 T IIARAP fIA. 31 sur le modele de celui de notre Academiie. ls n'ont pour stimulant dans cette entreprise laborieuse que le de;sir (de propager les Inmieres parmi leurs concitoyens, joint a 1'amou.r pure des lettres, et neanmoins, chose qu'on aura peine a croire, des dames ont pris aussi une ttchle dans ce travail epireux. A la mort du prince protecteur des lettlwes, les ecoles toiIberent dans la languenr; niais aujound'hui elles seniblent vouloir se relever ainsi que 'inmprinmerie, et deji elles laissent briller des elincelles d'icie notuvelle vie. Des professeurs fournis par la nation ellememe, et envoyes dans les principales universits de l'Europe, occlpent avec distinction les difftrentes chaires de l'instruction publique: reglee sur le plan suivi en France. Ainsi 'on y enseigne lcs sciences physiques et mathematiques, lc grec litteral, Ie francais, la geographie, l'listoire, la rlidtorique; en un mot, tout ce qui entre dans noire education. La revolution lrancaise, en jetant sur les rives du Bosphore, plusieurs victimes dont les luniieres constituaient alors toule la fortune, contribua beaucoup aux progres des sciences ct des lettres chezlesGrecs de Constantinople; cn sorte qu'en relour des connaissances que

Page  312 312 VLNGT-TROISIEME PROMNENADE. leurs peres porterent en Europe, lors de!a chute de 1'Empire d'Orient, l'Europe donne aujourd'hui des Imaltres a leurs enfans, restituant a ceux-ci ie depot qui luiavait ete confie. Enfin, les Grecs du Fanal, penetres de cette nlaxirne: Qu'ue bonne education est I'heritage le plus precieux qu'un pere puisse laisser a ses enfans, sacrifient tout a cet avantage inappreciable. Ce precete s'est tonuours nlaintenu chez eux; rnais, depuis un demiisiecle, il a obtenu plus de credit que jamais, et ses brillans succes sont le presage de ceux que l'avenir lui proniet. Ians l'entretien ftlinilier, ]es Grecs, surtlot les femmes, fiit un singulier abus de:iniures ct de sermens. Mais aussi combien est pcrsuasit le langage qu'un amante tient ' I'objet de sa tendresse...... Craignnt de rester au-dessous du sentiment qu'elle vent peindre, elle prend les Dieux et les homnres a temoins de la sinceriite de ses transporls, et accuse menue la langue de lui fournir des expressions trop faibles; clle engage la vie de sa mere pour donner plus de force a ses protestations, et se persuade a elle-nimee ce qu'elle a sipeu de peine a persuader. L'amour i '(;i dans aucune langue ne dit avec auttan.1 - n

Page  313 TifI", R API1A. 3t tion. et d'e'nergrie ce quj'il venlt faire croire;c')est aussi chez la nation greeque qtu'iI triomnphe av17ec le plus de succ's, et quo, secondd' do I'imagin ation, it le've ses trophedcs J es plus g1orieux, sans en e~tre plus durables. Cortnme la langute allegorique est tr~s-perfectionne'e chez les Grocs, c'est ~t ello quo le sentiment s'adresse pour s'oxprimor; ainsi tine jeune fille a recours 'a des flours, diffdremnient miancees et assoclees entre elles, selon Ia pensee qu'e~ll veut rendre:certaino de so flawie comiprendre de I.'arnant qui, de son ck'1 liii re'pond dans la me~me languie "a la portdee de tous par le grand usage qu'on en fait, ot le temps qu'ello a cu pour se perlection nor. Ce'dait aussi la langac~i des Grecs ancions. LEmpire do, la religion est plus tyran niquc chez los Grecs en general quo parmi aucuine des sectes qui suivent la loi do I'Evangilo. Nous avons vu ailleUrs, cotibien la partie rituollo est charge'e do pratiques minutieuses, do je ines exte'nuans, do fates invente'es et soutenuies par I'oisivet~. Tous s'Iy conforment scrupuleusement, sans e'tre pour cola plus se've'res sum 1'article de la morale, quo los papas d'ailleurs ne s'entendent guere 'a pre'cher. On vit

Page  314 314 VINGT-TROISMfME PROMENADE~ danslaretraite le jour de la confession; mais on se reserve de contenter toutes ses passions, et meme d'assouvir sa vengeance au sortir de la sainte table. Aux approches de la pa~qie, l'amrnant prive' de voir Lobjet de ses affections penit croire que cet ange est allk hahiter Ie ciel, et de'j'a va l'y chercher de la pensce, lorsqu'il reparait inopine'melt ai ses yeux, et le rassure 'a l'e'gard de son ascension pre'suMaee c n Iui apprenant qu'il est redevenu, comme qnelques jours auparavant, unle faible mortelle. L'antique prejuge que le patriarche Photiuis 'vIlla, en declarant la guerre au Saint-Si'ge s'est conserve' intact chcz cette nation, tellement qu'aujourd'huii encore cule ne v'ent point des Latins pour L'Caider 'a recouquerir sa iiberte', et que la conforrnite'de croyance porte le peuple 'a itendre les bras vers les Russes, comme anx libe'rateurs que le cici mui reserve. La classe instruite et p-rivilegie'e ne forme pas generaterneut ces vceux; cc qu'on compren-. dra sans peine, en r'fhlchissannt que ses int&' rat Bson~t diffrns oposeS n rD m~e ~i ceux di, reste de la nation; d'un autre coke, la civilisation du peuple dun nord ne uIm sembic pas

Page  315 THtRAPI.A. n 315 assez avancee pour qu elle Puisse sympathiser avec le caracte're grec; en sorle que noitbre de boyards, qui calculent plus ju.-dieieusernent que qiielques autres, sont loin de de'sirer que la puissance ottornane soit confi-~ nee en Asic, jugeant d'ailleurs que la cour de Pe'tersbouroa ne leur conserverait pas le ro"Ie brillant dont uls soni en possession; malgre' les espe'rances ht l'aide desquelles on cherche 'a les se'duire,. en flattant stirtout leur vanite'. Cette mernc classe se rnontre autant dega".gee de prejug~s quc l'autre en est esciave; on pourrait, A cette occasion, lui reprocher de pousser trop, loin la philosop~hic, et de tirer vanitte, d'opinions qui ne soul excusables qu'autant quL'on ite ics pulblie pas. Ceperndant la religion ne perd rien de ses droits chez les lemnmes nobles, qui rme'ent rnerne des scr1-~ piles aussi ouitre's quc lc vulgaire, 'a lobscrvance de sos pratiques. Elkes y sont d'Aillcus tenues par la ne'essite6 d'e'difier leurs mai.uSODs; Sans cela on ne m~anquerait pas de crier ail scandale aulour d'elles; ce qui oblige j'us-. qui'aux maitres 'a feindre unic devotion qu'ilAs Sont loin d'avoir, sauf la prendre leur re-~ vanche dans le particulier. Ccci est encore

Page  316 3 6 VINGT-TROISItME PROI\MENAD1E-. i'ouvrage des Musulmans, en general, dont 1'opini~on cond'amne comme dangereux et r0pouv tout homme n'admettant a ucune croyance; or, la prerni~re chose pour tin Grec dii Fanal, c'est de conserver son credit pres du gouvernenhent. Une autre observation qu,'iI est bon aussi de noter, c'est que ces ine'mes hoyards, qui Solivent deduisent tine 1umie're trompeuse dii flainbeau de la philosophie, ont de la religion par vanit6, touites, les fois que celle-cei est mise en jeti par 1'autre; ainsi, par exemple, on ics a VI] disputer, par unie suite de cette faiblesse, la possession dui Saint-Se'pulcre a la. nation Arre'nienne, et entrainer la leur d'ans d1'&' normes sacrifices, qu eendant n'ont pu halancer ceux que fit la partie adverse pour acheter pre's de l'a Sublime-Porte le gain de cette cause. Les femmes se MOntrent tre's-adroites danS tous les ouvrages qui sont du ressort de leur sexe; elles poussent tre's-loin surtout I'art de labroderie, auquel elles font produ ire de vrais prodiges. Elles ne de'daignent point non plus les, soins domestiques,. quel que soit leur rang, ainsi que leur fortune; et la fille d'unl prince pre'side, encore comme aux temups cc

Page  317 THf~RAPIA. 3i7, le'br~s par le chantre de 1'Iliade, au gouver.. nemnent interieur. Dans chaque famille distinguwe'e, et merne chez celles qui jouissernt d'une certaine aisauce, ii yunjeune personnequ'onDnomme fille d'Arne ( 7raepati'p,) Prise dans la classe indigente, on la donne d's1'e nf'ance pour cornpagne aux filles du maitre, et on liii fait une dot Iorsqn'elle a atteint I'age de s'e'tablir; c'est la tout son salaire; en outre de ce qu.'on pourvoit g'ne'reusement 'a ses besoins; inais ce qui doit Ia flatter davanltage, c'cst de partaorer avee, ses maitresses tous ics agrernens attache's 'a cc titre, et principalernent d'etre de'positfaire de leurs plus secre'tes penseces. Les Grecs, d'aujourd'hui se servent, ainsi pi-e le fais-aient leurs pa'res, de femimes pour le service domestique; dans I'Iliade, lorscjue Clhrys~s,.ient redemander sa filhe, Agramemnon lui re'pond qu'il ne la reuverra qu'apres qu'elle aura vicilli dans son palais, enl travaillant aux ouvrages de la maison., et ein Prenant soin de son fit. Du reste, le r~ginme domestique chcz les G-recs du Fanal est assez Confornme au no~e a queciqes modificaions pre'S. Its laissent, ~t la classe ordinaire les

Page  318 3i8 VINGT-TROISIkME, PROMENADE. usages orientaux relatifs aux rep~as, n'en cornservant que ce qui me'rite d'etre retenu pour la proprete', tel que de faire d'abondantes ablutions sur toutes les parties qui ont touche6 aux alimens. Outre les solias qui gar.. nissent tous les apparternens, on y, trouve encor des sie'ges 'a 1'europeenne, de maniere ai con tenterl'un et 1'au tre goi't. Le'ursli ts sont tenus avec la merme proprete' que les notres. Es se montrent, aussi dedicats stir le choix des al~imens, et donnent, pourtant, a-l'imitation des OrientauxI la prcfsence 'a tout ce qui est confitures, bonbonneries et douceurs. Cec ne veut pas dire qu'on doive rang'er Ia, temperance et la sobrie'te' au nombre de leurs vertus; le peuple an contraire remplit, les tavernesI et Iles gens aise's trouvent de la jouissance arassembler souvent, des. convives autotur d'Une table bien servie: plaisir inconnu partout ailleurs dans I'Orient. Mais, it conriptait aussi dans le nombre de'ceux qui cliatoujilaient, le phus la sensualite' des Grecs ancienDS; et c'ktait la coupe en main que l'amitie', la craiete' se lijraient ht tine entie're expansion; que le poee sentait s'eveiller en liii ces inspirations qui liii faisaient demander sa lyre.

Page  319 THIRRAPIA. 3i9 Une antique vertu que les sie~cles leur out encore transmise, c'est L'hospitalit', qu'ils exercent avec tons les soins et toute la recherdie qui la caracLe'risait autrefois. Ii n'est pas rare de voir une famille erntie're venir en visi-~ ter un autre, et se fixer au milieu d'elle des mois entiers sans parvenir 'a lasser la cordialite' de ses hates. Le gouvernement domestique,. quoiqu'il ine soit point seve~re par le fait, l'est par principe, comme une suite de l'influence du gouvernemnent politique. Outre le respect que les en fans doivent aux, auteurs de leurs jour-s, uls usent de de'f~rence entre eix, scion le droit de prirnog4'niture; ainsi, un fre're ou une sceur vont baiser la main de leur ain6 le jour de sa fete, et lui parlent toujours avec tine certaine reserve que son atge commande. Les Grecs, des les teinps h6roiques, pratiquiaient de'ja' ces vertus avec un rigorisme, dont l'histoire de leurs mueurs offre de fre'quens exemples dans tons les si'cles. La distinction que la coiffujre e'tablit chez les Mu'sulmans, est admise aussi dans la nation grecque. L'htomme du peuple porte un tturban )IeU, le ne'gociant un kalpak noir, coupe e

Page  320 320 VINGT-TROISItMIE PROMENADE. forme de ballon,. tandis que le kalpak en astrfacan gris fait reconnaitre le boyard. Les mHes, jusqu" I"'cge de pubert6', ne portentt que le fe'sse rouge., retenu par un mouchoir lie' autour de [a ta'te; 'a cette e'poque As prennenit le kalpak, cc qui re'pond assez "a l'usage consacre par les ancienS Iorsqu'ils faisaient quiitte-,r la robe de I'enfancc pour celle de I'aidolescence. Le notivel duL vient, baiser respectueusement la main dc ses parens; dc's ce moment it acquiert une certaine COnside'ration dans sa. famille ainsi que dans la soci te', et ha jeUne file qui la veille se inontrait At li sans scrupule, se cache aussit Ot que sa ta~te a ceintt cet dpouvantail. Les seigneurs qui on~ete en charge, jouisscnt du privilege de conserver la barbe, et tous, sont aifranchis de la capitation irnpose'e aux autres rayas: ce qui ache've de les assimiler aux Turcs,,sur lesquels uls ofit d'ujn autre cuts bien des avantages. Les Grecs de la classe ordinaire, et les fem-mes en gemneral, infiniment plus adonne's que leurs pe'res 'a la superstition, re'glent leurs actions d'apr's des augures tire's des circonstances les plus ktrange'res 'a l'inte'ret qui les occupe. HWsiode, dansson poem.ie (des travaux,

Page  321 T II1tRAP IA.9 9 ') 91 1 indique les jours, qui doivenL e'tre temnis pour lieureux ou maiheureux,, et re'v~le leur vertu particutie'rc. Ce pre'jug6, qui chez nous ne figure plus que comnme tine extravagance dans, les alrnatiachs, et menme fait la rise'e du peuple, n'Fa rien perdu de son credit pres de ceux dont notus parlons. Chaque jour de la semaine a des proprie't~s tellement reconnues, que le mardi, par exemple, sigrn a1 coimre re~protiv, fe it COU coup tr ecciouer les en trepri~ses ten teies sous ses auspices: bien len~tendu par suite de l'infltuence pie son nom cxerce sur l'opinion. Le catliv' occ/do, ou. le mahkfice, fournit pour son compte unue foule d'inquie'tudes enguendre'es encore par ce ineme esprit, amant du merveilleux. Cet e4tre iniagiinaire est cornbattu., il est vrai,. par des talismans qui rassurent aiitant que l'autre alarme, et qui cornpltent par leur nature cc chefd'oeuvre d'extravagance. Ainsi les enfans portent, com~me arnulettes,. certain es pierres pendues au cou, charge'es de les pr~server du cattiv'occlhio. Lorsqu'on baXtit une maison,,qu'onl construit un navire, tine chaloupe, une simple gousse d'ail d~pose'e 'a 1'inte'rieur, rassure 1'habitant ou le pilote contre les incen2 1

Page  322 32A2 VINGT-TROISIE'ME PROMENADE. dies ou les naufrages. Un malade, pour obte.nir sa gue'rison, ou du moins 1'espe'rance d'en jouir par la suite, nWcst tenu qu'a' aller boire de 1'eau d'un aj'asma: pourvu toutefois qu'il ait la precaution d'appendrc unme loque de son vetementL-aux arbustes voi'sins, et suirtout de semer qielques paras dans les mains du clerge'. Uric Bohe'mienne parait-elle, on I'entourc, on la presse; c'est 'a qui obtiendra le premier son horoscope; enfin le pre'juge' le plns grossier jouit cbez cettc nation de l'empire ic plus absoiu, ct n'est combattu par autcun de ces palliatitfs qni gue'rissent pei "a peu le grenre humain de ses folies: cc sont bien hi lcs Grecs de tons lcs si'cles,. de tons Iles 'ages. Passons 'a present aux noces et aux fune'railles, comme pouvant nous offrir plusieurs traits ingenieux et pittoresqucs, inte'ressans d'ailleurs par les trcsuIls conservent des sidcles e'couls ConfornmenMet "a cc quc prescrit e'~glise grecque, les alliances ne peuvent se former eiitrc parens qn 'an delA dui quratriime degr6. C'est rineme en v'crtu don accominodement qu'elle veut bien s'arre"Ler "a ce termie;car it y a uric trentaine d'anne'es que par unme riguei cr qui n'e'tait plus tolerable., su~rLout daris le

Page  323 TH1 RAPIA. 32i3 petit nonmbre des fainilies, du Fanal, il. fallait que les liens dii sang n'existassent en queique sorte plus, pour qu'elle consentit "a former ceux du mariage. Par uni motif aussi difficile 'a s'expliquer, elie interdit e'galement toute union entre les fre'res et sornrs spirituels: c'est-a'-dire ceuix tenus sur les fonts baptismaux LXpar le mmene par-rain. Mais elle se montre plus judicieuse et acconmmoda-nte pour rompre les unions mial assorties, admettant le divorce., cependant q'elle ne consent ~tponne uautant que les demandeurs ont surmonte' toutes les entraves, sagement oppose'es par elle 'a une ressource extre~me,qui, cbez une nationle'g~re, pourrait si facilenient d'ge'n~rer en de'sordre. Lorsque Aes parens croient de'neler chez tine jeune personne les qualite's requises pour former avec leurs fils une union heureuse, uls en. font faiire la demande 'a sa. famille par une personne digne d'une semblable marque de confance. Ce ndegociateur porte le nomn d'e proxenites s'il est du sexe masculin, e t de proxernta s'il appartient 'a l'autre: usiage et denominations qui remontent 'a la plus haute antiquite'. Les parens d'une jeune fille tiennent

Page  324 324 VINGTf-TROISIEME PROMENADE11. la x neme marche, si c'est d'eux qu e part la dexnande: ce qui d'ailleurs a le plus souvent lieti. Dans le cas o"ules deux partie~ssont consentantes,. on dresse un acte qui stipule la dot de la fille, ainsi que les avantages faits au futur; et le patriarche, l'tvqe obien simplernent' le papas, ainsi que kes pareas,crev~isn de leurs seings. Les flancailles vien~nent ensuite;on en reconnait de deux sortes j admettant l'une on lautre suivant que le cas lFexige. Les fi-ancailles simples, qui ne sonta iprop'rement parlerqu'ti it demi..engagemnent, se bornent 1'u formulaire suivant: les parens du j eune honume' se rassemnblent dans sa maison,.ceux de 'la jeune filue en font antant de leur cote, et cliacune des deux parties envoie-; l'autre urn gage, tel qu'un. diamant, si les fiance's sont de Ia classe,aise'e.; un simple anneau ou quelque chose equivalent pour les personnes dui peo'ple; les Parens se font re'ciproquement aussi des ca-, deaux.; Di~s lors la JeUnefilue- vit,avec pluAts de reserve encore qu'auparavan't, se regrardan t comme engag~es; le. jeune hornme de soni cotW prend pour -rigle de ne donner-rie-n a reprendre dans sa conduite, ne se. laissaint

Page  325 THLi RAPIA. 'IV fl3 2. a 1amnais, surprendre que sous, les fene'tres de sa compagne future, qui se montre queiquefois 'a lui 'a travers, ]es jalousies, mais touj ours a~ la de'rob~e. Cependant comnbien ces pre'hides charnianis font d'heureux parm-i cette nation, a laquelle iif faut opposer des obstacles, si on veut qu'elle jouisse, puisqu'cll e tire la majeure part de son bonheur de l'iniagi-nation. Les fiancailles, plus sc~rieuses obtiennenit la pr 6trence lorsqu'on craint un d'dit de la part du futur, soit que la le'g~ret6, de son caracte're ou le peu de m~rite de la belle inspire cette de'fiance; pour lors, la religion s'en mIeP et prononce, par l'organe de l'un de ses ministries, un demi-mariage, au rnoyeri duquel le jeune liomme se trouve lie' par sa conscience et I'honneur, en sorte qu'il ne pourrait sans les outrager tons deux rnanquer 'a s~a par~ole. A ce prix, ii acquiert le privikge de voir sa Future, scion les anciens re'gcleiens; imais encore une ibis ils tombent end6 sue'tude, et je ne sais trop si l'on a raison de les, changer contre les notres,,calcules comme its l'ont ke sur le caracte're national; du momns leur grand Ag'e devrait les faire respecter

Page  326 3!26' VINGT-TROISIEtME PROMENADE. Malgre' le caracte~re grave et serieux que la religion irnpriine aux fiancailles, ii peut encore cependa-Cnt y avoir rupture; et celle-ci est reputie' legale lorsque les deux parties la demandent de concert; dans ce cas, on se renvoie de part et d'autre les gages. Mais si I tune des deux seule'ment.bravant l'opinion, vient 'a se re'tracter, alors, en supposant qu'elle reussisse 'a surmonter les difficulte's, cule perd la garantie de sa parole, d'autant plus que ces fiancailies portent tellement le cachet du maniage, que la mort de 1'un des e'poux constitue 1'antre he'ritier des gages donne's. Pour leur impnimer ce caracte're sacre qu'on veut qu'elles aient, les futurs se rendent 'a I'eglise, ou bien le pre'tre va chez l'un d'eux s'ils sont d'un certain rang. Debout, lFun A c0"t6 de l'autre, devant l'autel, et ayant chacun un cierge en main, le ministre du culte depose sur la sainte table un anncau d'or et un atitre d'argent dans une situati~fi embl&'matique exprimant l'attraction qui doit agir sun les deux 6poux; ii agite autour d'eux l'encensoir, adresse au ciel des prii'res par Icsquelles il luii demande que leurs dispositions soient acconmpagijees de la perseverance et

Page  327 TH1PRAPIA. 3' amienent une union heureuse. Ii prend les deux bagues, fait des signes de croix stir le front de P.epotux avec celle d'or, en fait autant ai I'epouse avec I'autre, tout en prononcant l'engagemont des fiancailles. L e comnpere ensuite changre alternativerment troi's fois ces me'mes bagruos, les passant du doig-,t de F'un 'a celui de l'autre conjoint, comme pour ruioux e'tablir' 1'identite6 entre eux; at quoi le pre'tre ajoute de nouvelles pri~res, dicte'es dans le m erne esprit quo los preniieres, et qui terminuent Ia ce'remonie. Voici cello qui est observe'e dans le maniage. Elle doit touours se ce'lebrer le dimanche. La future, en me'rmoire des anciens usages. est conduite en pompe, le vendrodi, au hail]. oii elle donne une f~te 'a toutes sos arnies. Le futur liii envoie tine cassette danis laquelle elke trouve des parfums, des bijoux et une bourse Plus ou moins bien garnie pour servir 'a traiter' sos compagfnes. Le sarnedi, celles'-ci se rassemblent chez elle en habit do gala, et proce'dent 'a sa toilette pour le Iendenmain. Leurs jolies mains s'ernl-)oiont A~ tresser sa longue chevelure, 'a yr melor artistenent, des fleurs et des lauiettes d'or qui descendent

Page  328 32-8 VINGT-TROISI1tME PROMENADE. jusque suir ses, talons, et dont elles-me'mes4 ornent aussi leurs te~tes; enfin, on la pare au son des instrumens comme une victime qui doit Chtre immole'e sur les autels de l'hymen. De son elle distribue 'i ses jue me les confitures que son futur lui a envoye'es, et la nuit se passe en. danses, dans i'attente du momenttout " la fois craint et de'sir'. Enfin l'heure a sonn6. Les futurs, se icndenta Pl'~glise prece'des de deux flambeaux repr6sentant ceux de I'amour etde l'hynie'nee, et TiC portent deux jeunes gens qui sont lemil)lemne de ce couple b~eureux. Le prehre mnarche devant lese'poux; iilchante et invoque LIt f~condite# en faveur de leur union; les ~prtfres et les arnis les suivent. La nymphi, c'c1 st ainsi qu'on appelle encore aujourd'hui la iniarke'e, a deux assistantes (paranymphe's) qui ne la quittent point dans tout le cours de Ia journ~e'; rassurant sa tiniidite' alarme'e, (le'robant aux regards sa confusion, et reparant les de'sordres de sa toilette. Le cortege arrive' 'a 1'e'glise, le ininistre dti cuife entonne des hynmnes dans lesquels est retracee Il'heureuse union des patriarches, et quti lappellent la protectiora du ciel suir celle

Page  329 TH1tRAPIA. 329 qui va se former. II be'nit les epoux, en leur exposant tons les devoirs conjugaux, et leur prend "a chacun une main qu'il met l'une dans I'autre. On apporte ensuite (les couronnes dont les feuilles factices imitent celles des pampres, choisis coinme I'emible'ne de la f1condite'. Le pretre les pose sur leurs te~tes; les change trois Ibis en les faisant passer de 1'ne 'a 1'autre, et prononce dans le me'me temps les paroles irre'vocables du maniage. Le compere,. de son cote repete cette pratique symbolique, et jette, de concert gavec tous les assistans,. des poigynees de znonnaie sur les conjoints en signe de prospe'rite' et dPabonldance. Apre's queiques prie'res,. on apprteun err oi deux morceaux de pain s'imbiben tdans le yin.- Le pre'tre les, b'n'it, en fait partager un aux marie's, et donne I'autre an. compare (comparos). 1i prend ensuite I'epoux par la main; celui-ci en fait autant. ai la nymphi qui, de son co6 donne la sienne 'a une des paranyrnphes, ainsi d-e suite, et A se forme une couronne mobile autouir du pupitre oii le livre des e'van~giles est dak. Toous ceUx qui Ia composent mn'lent leurs; voix auIx chants spirituels entonnes par Je

Page  330 33o VINGT-TROJSItME PROMENADE. papas, tandis que le compere, pla&6 derrikre les conjoints,. assure leurs guirlandes, afin qu'elles ne viennent pas at tomber, prevenant par la' un des plus mpauvais presages que cette journee pourrait offrir. Le pre~tre ensuite prend successivernent chacune des couron nes, et, l'appliquant sur le front auquel elle appartient, prononce ces mots: Sois heureux cornomme Abraham et Isaac; que ta post~rite' etsoit aussi nombreuse que celle de Jacob; cc mais, pour obtenir ces graces emanant da ((ciel, montre-toi fidee "a observer ics devoirs cccon jugaux, dicte's par Dieu dans les saintes octables. - Les paretis donnent uni baiser 'a chacune des couronnes, ainsi qu'a ceux qui en son t pare's; et ces, derniers les rendent aux auteurs de leurs, jours sur la. i~ain en signe de respect:ici finit la c're'nionie religicse. Le cortegoe se met en marche au son des instrumens, et accompagne les e6poux 'a leur habitation nuptiale, oui les felicitations letir arrivent de toute part. Les flambeaux (le l'hyrnen, qui bru'laient dev ant eux pendant le, retour, sont piace's "a la porte de la maison, et des gardiens, attentifs Yeillent avec grand soin 'a ce qu'ils ne s'e6teigncnt pas, car eel

Page  331 T11ItRAPIA. 33E accident, quelque innocent qu'il soit en luimneme, Porterait aussitok le trouble et la consternatiion dans des esprits habitue's "a tirer des inoindres, e'venemnens un presage favorable ou sinistre. La table se dresse; les e'poux y prennent place aux c6t's, l'un de Pautre, et pre~s d'eux les paranymphe's, qu'on pourrait prendre pour la nouvelle marieec, ayantI, comnme celle-ci, la te'te charge'e de lamettes d'or; mais la premiere doit les conserver pendant huit jours, sans les, quitter me'me la nuit, les autres, au contraire les, de'posent le lendemain. Au reste, cet~ornement entre dans toutes les coiffures de la noce:en beaucoup moindre quantite', it est vrai, que dans celles, des principaux acteurs. L'epo ux se montre atte nti fpre's d e sa rnoitie, descend avec elle 'a tous les, petits soirns les, plus recherceh's que la tendresse peut suggerer, s'applique 'a liii rendre cher son nouvel. etat et 'a dissiper les inquie'tudes q'il 'veille en elt. Apr's les sant~s usite's, qu'on accompagne de saillies oii l'esprit national, stimnulk par Baccehus, se vetige de la contrainte qu'il a e't6 jusque-hi force' de s'im — poser, les instrumens appellent la jeunessea

Page  332 332 VINGT-TROISIE'ME PROMENADE. la danse que les deux marits ouvrent par la rotn-eca. L'e'poux est condamnn' 'a re'primer son enmpressement jusqu' a ce qu'on lui permette de jouir d'un objet auel Ai est sou vent lie, par les fiancailles depuis des anne'es entie'res. Enfin, on conduit en pompe la victime au lieu du sacrifice; un te'moin, qui est toujours une femme Aig~e, recucille 'a la porte ses plain tes, et pre'sente le lendemain les preuves irre'cusables de sa virgrinite' "a qui vent se convaincre par les yeux, inais surtout 'a la me're de l'poux. Elle recoit de ce dernier une r~compense ge'nereuse pour ces bons offices. Chez les personnies d'un certain rang, phusicurs de ces pratiques, qu'on devinera aise'ment 9D(, n s'observent plus, depuis queiques ann~es: dn momns avec le mehn'e rigorisme; et la ce'remonie, au lieu de se passer Ai I'eglise, se ce'le'bre dans la niaison de l'un (les con joints. On a diu' trouver, parmi tout cc que iions avons dit, plusicurs traits de physionomie de l'antiquite'; mais si l'on se transportait dans, certains Scantons de la Greace, oii les etrangers ont rare ment acc's, on les trou

Page  333 r1'HERAPIA. ~.A O)I verait beaucoup micux conserves; on remnarqucrai emtne une opposition formelle de leur part.avec la nouvelle croyance, qui a beau leur reprocherdA'etre enfi-ins d'une rivale, et se consume en effortsimipuissans pourles faire oujlier:consacre~s, comme uls le sont,. par l'habitude, le ge'nie national, et uine contiDUite' de sie'cIes. On Ca Pu observer encore que les Osmanli et, le s Arme'Diens ont emprunte' des Grecs une bonne part de leur ce're'monial usite' dans, le maniage; ce qui est une preuve marquee de la supterionite ainsi que de L'influence tacite de ceux-ci sur les, deux autres nations. Un veuf ou une veuive, d'apre~s les statuts de l'eglise grecque, ne peut convoler que trois, fois Ai de nouveaux liens; encore dans ce cas, la o'aiet6 et l'air de fate qui caracte'nisent Jes premiweres noces, ne. sip trouvent 4e'j "a plus convie's. IAUX secondes. En parcille Circonstancejq,l Pretre rappelle tristenmnt que Jes lois dui destin'ayant romnpu l'anieinne union, les ~lois de. la socike, veuilen hien acc'der ~ celles dejla natre en tolh'rant d'autres nwudi. Enfin, cetLe ce're'monie semble etre la pompe fune'bre du premier epoux. Nous voici arrive's L' uin article aus.5i somibre,

Page  334 334 VINGT-TROIS~tME PROMENADE. aussi lugubre que 1'autre inspire de gaiete' et d'alkgese.Les fune'railles. cbez les Grecs, sont de toutes leurs pratiques celles qn'on reconnal't le rnieux Ai travers la roujille dui temps, et les alterations apporte'es par la nouvelle croyance, pour dater d'un autre -'ige que le notre. En les de'crivant telles qu'elles se pratiquent, on de'medera sans peine ce qui appartient "a 1'antiquite', de ce qui est l'ouivrage des sie~cles modernes; nous laisserons done ce tie satisfaiction au lecteur. Aussitt qu'un rnalade donne les sigrnes de l'agonie, tin pre'tre vient s'asseoir 'a son chevet, et lui fait lecture des quatre e'vangiles. De's qu'il a clos pour toujours la paupie're, on repare daiis l'arrangement de ses membres le de'sordre que la luite entre la mort et la vie y'aurait occasionne'. On soumet le corps 'a une lotion d'arornatesinfus~s dans le yin; on I1'enveloppe d'un linceul pAi lui laisse seulement la teate de'couverte, et le pre~tre encense le corps en invoquant Dieu, afin qu'il daigne re~cueilliir I'itme qui queiques heures avant 1'habitait encore; le'gfise, dans be nme~re temps-, fait annoncer sa mort,- en invitant les fide'les it accompagner la pompe fune'bre.

Page  335 I THE~RAPIA. 335 Par6 de ses plus riches vedemens, le ddfunt est place'suir tin lit de parade. On le porte ainisi ai I'eglise, pre&6d' d'un clerge', nombreux en proportion de son rang-, et suivi de pleureuses tellernent exerce'es dansIl'art de re'pandre des larmes, qu'elles en font couler des yeux de ceux me4 me les plus en garde contre.cet effet synipathique, tant leurs sanglolts, quoique achetes, ont les apparences du veritable de'sespoir. En dernier lieu viennent les parens et amis qui donnent aussi cours 'a le-ur dou-. leur., mais en conservant, ne'anmoins plus de de'cence. De toutes les maisons devant lesquelles le convoi passe, on re'pand sur le corps des essences., tandis qu'aux cot&s de la litie're on bruile des parfumsdans des cassolettes. Arrive's 'a l''glise, on proce'de 'a l'office usite, pendant leque'l chaque pre~tre vient ii son tour encenser le corps, et rassurer l'aine stir la rernission de ses peche's. Un orateur eccle'slastique monte enisuite en chiaire, et prononce oune oraison ftme'bre dans laquetle it tire avantage des moindres qualite's dii dd'unt, pour provoquer les regrets de son atiditoire; oui bien, aui de'faut de celles-ci, it corrigelIa st~rilite'deson sujet en rec~ourant 'a tine question de miorale. Ce dis

Page  336 3,36 VINGT-TROISIEME PROMNEJNIADE. ' cours finit toujours par une exhortation adress6e aux. assistans pour solfliciter, en faveur du mort, le pardon des offenses qu'il aurait Pu leur faire; mais ricn. n.'est susceptible d'enmouvoir comme le chiant fune'bre, qui invite les parens et arnis "a donner le dernier adieu ai celui cjui a cess' (le'tre Alors les, g~missemens et les larmes, qui avaient kt4 comprinie's par le respect du4 au li~eu, et par la lecture des livres saintsI recommencent, avec une nouvelle expansion,,que Fid~e d'une s~paration e'ernelle porte au plus haut degre' oui la sensibil.46, re'duite an -desespoir, peut atteindre. Les amnis approchent, et baisen~t une image de la Vierge qui recouvre la poitrine dui mort; les parens apposent en outre leurs levres sur sa maiin glace'e. On Porte le corps 'a sa dernie're derneure; on le, depose dans, la fosse, I a face tour~eC vers I'Orient; le predre le couvre, de la premiereterre q'il re'pand de ranie're Li d essiner Une croix; il en Cait autant ave'c la cendre de 1'encensoir.sturernent pour exprimer l'e'tat' de poussie're auquel la dissolution va dans peu~ le r6duire. II est certains cantonls

Page  337 THt.RAPIA 337 de la Greke, et p'rincipalement dans I'Ar-,chipel, oui l'on fauit, avec de la cire, une croix sous le nez du tre'passe, comme preservatif contre les esprits malins qui, selon la croyance vulgaire, troublent Ic repos des n'orts, et sortent des tombeaux pour inquie'ter les vivans. Les pre'tres distribuent, des gelteaux', prepares suremnent dns, l'intention d'apaiser le vorace Cerbe're. Us se composent, de frarne d'orge et de miel, saupoudr~s de sucre, et representent des suj'ets analogues 'a la circonstances, tel par exemple que le cercuecii du ddfunt. Au retour des obse~quies I 'affliction porte' ason comble, donne A t jger de ce qu'elle est capable de sugge'rer At des imaginations ardentes, qui pouissent tous les, sentim ens 'a I'exag~ration. Dans le moment oui nous somrnes arrive's, elke.enfiinte les 616g'ies les pi-Ls po&. fiques et les plus touchantes. Less parens s'emparent ensnite des proches du de'funt, car on ne peut allumer de feuI le jour de l'enterrement, dan's 'la maison oj il, est d~ce'de'. On for~ce lesafigsi s'asseoir au banquet de farnilfle, pendant lequel on se Iivre "a tine douleur plus calme, 3. ~~~~~2 2

Page  338 338 VINGT-TROISIE'ME' PROMENADE. et qui permet de raconter les vertus et lets actions louables de celui qu'7o~n pleuire, Le neuvierne, le quarantie'me jour et celui de l'anniversaire, on vient de nouveau arroser la toinbe de larmes, accornpagne'es de prie~res, et l'on fait auix assistans d'autres distributions de gatteaux, de grains d'orge boujillis et sucres; chacuin en prend une poigne'e et la mnange, en demandant pardon 'a Dieu pour le dc'funt.~ ci ce sont les pre'tres qui se montrent les plis empress's 'a me'riter la grcice sollicite'e, ou bien plutot 'a laisser percer leur gourmandise: qualite6 qui marche de conserve chez eux avec l'avidite'. Tel est le tableau que j'ai promis de la nation Grecque: il a le m4~rite d'avoir 6te compose d'apre's nature, et une observation so'utenUe dsoriginaux. La matie're,. quoique etendue, est loin pourtant d'e'tre e'puise'e; bien d'autres choses resteraient encore 'a dire sur.lartjcie des usages, si Fon voulait. le scruter "a, ondA; mais ce qui rn'a 'principale'ment aittache'. c'est la physionomie morale, auquel je crois avoir donne, de la ve'rite, puisque plusicurs Ole ceux d'apre's lesquels j'en ai pris l'esquisse. s'y sont reconnus. On a dU't la trouver sans dopte. beau

Page  339 THE" RAPIA. 3 coup enlaidie par 1'arnbition et les autres- de'" Cauts que l'union de cette passion avec la vanite6 enfante; mais quelles soot les nations qui peuvent se vanter d'6tre parfaites! et quelue est celle qui a droit plus que la nation grecque de pre'tendre 'a la palrne, si on I'accorde 'a l'imagination, a la sensibili~te, et aux qualite's brillantes de I'esprit? Essai sur lat languie et la versfilcation des~ Grecs mzodernes, dr-ess-e siwl les notes d'ta& habi'tant thi 1Panal. Pour se faire une ide'e precise de la poe'sie grecque moderne, it est, indispensable d'exa-,. miner d'abord L'tat de la langue dont iell se sert pour don ner essor 'a I'imagination.D~chue entiei'rement, de son ancienne splen.. deur; de'grade'e par 1'ignorance dans laquelle etait tombe'e la nation qui la parne; alt'r~ee encore par 1'intorcalation de nombre d'expressions ktrange'res que la necessite' et la servitude I'avaient f'orc6 d'adopter, la langute grecque se trouvait parvenue au dernier p&. nrode de la decadence, et cependant ne s'5,

Page  340 34o VINGT-TROISIME PROMENADE. tait point de'tache'e dc ses bases primitives de manie're 'a 6tIer tout espoir de retour a ses vieux principes. En s'appliquant 'a la reconnaltre 'a travers, son. de'guisemenit, on s' assu-. rera, me'nie que quant au fond elle est suffi-. samment conservee pour qu,'avec le temps on puisse la ramener 'aun degre de perfcction tel que la langue me~re ne la de'savoue plus pour sa. file. Get avantage apercu des Grecs du Fanal, filt mis, " profit par eux, avec d'a utantplusd'ardeur, que dans le MeMe temps o&" cette de'couverte consolante venait s'offrir "a leur esprit p~ne' trant, celui-ci voyait l'abime que la barbaric creusait devant ses, pas, afin de le condamnner aen faiire chaque jour de re'trogrades. En consequence,~ effraye's et encourage's tout 'a Ia fois, depuis, un dlemi-sie'cle, les efforts des Grecs se trouventconcentr's dansutne puissance unique, coscee " lutter constamment pour les soustraire au pi~ge; et de concert uls travaillent avec le courage de l'esp~rance, au graiid coeuv~re de leur r6ge'ne'ration morale. La noble emulation quiles anime aujourd'hui, e'tend son influence "a toutes les, branches de la litte'rature, et des sciences que leur situation politique letir

Page  341 Tff tRAPIA. 34i permet de cultiver; ils s'adonnent surtout 'a l'6puration de la langue qui, en sa qualite d'instrument, est en effet la Premie're chose que l'artiste doit perfectionner. Leur application a donc pour objet d'associer dans la diction, la nettete', 1'eh16gance, le coloris, l'harmonie, et de Iui donner un caracte~re assez prononce pour qu'on puisse fixer la langue; enfin u~s hatent l'instan t oii it letir sera permis d'e'ablir des re'gles g~ne'rales, propres 'a diriger chaque esprit en particulier vers ce point (le perfection que la nature et le goluit ache'vent d'inidiquer lorsque I'assiduite' et l'inclination s'associent avec eix, pour obtenir un re'sultat. DanS la position oii se trouvent les Grecs: priv~s des premiers e'lemens necessaires 'a l'ac. complissement du noble projet qui les anime, les efforts g~nedreux qu'ils font 'a l'en vi, me& iritent doublement les edoges des nations libres et hien constitue'es. En effet, celles-ci doivent penser,. qu'elles jouissent de la fiaculte'(l'e tablir au milieu. d-'elles ces socie'tes litt~raires qui,. semblables "a de~s fanaux, re'pandent dans toutes, les classes leurs lumie'res secourables;dont les lettres, les sciences,. les arts re-. cueillent la be'nigne influence,. et qui. tiennent

Page  342 ~4 VINGT-ThOSISfIME PROMENADE. con inuelle-mente'veiIle el'e'nil~atioii chez ceu~x qui en recoiven t les rayons inspirateurs. Les, Grecs,. au contraire, prive's de la liberte' politiqtie, ge~nes dans leurs moindres-entreprises, surveilhks jusque dans leurs pense'es,. sooit re'duits 'a user des selils moyens pie chacun d'euix peut avoir en p-articuuier; en sorte qu'une ktincelle rareruent doit le jour 'a tine autre etincelle, et ne peut gue're en faire jaillir hot's du foyer qui l'a vu. briller. Ii resulte de cet isolernent, de ce manque de rapports litte'raires, le de'faut d'Uniformnit6 dans la diction, que la tendance dle toils vers la langue anciennle, pour le moment, ach' ve de rendre sensible; chaque plume 'tablissant entre celle-ci ct le grec vulgaire plus oti momns de points de contact, selon que son erudition la met ai mt~rne d'emprunter "a la premie're. Mais ce de'faut sera infailliblement corrige' par le principe m'm'e adop[6 tacitemi~ent de tons les collaborateurs.j'e'veux dire. lidentiflcation des deux flangues; phiusqu'en Se COnformant danis la maniere de'crire la inoderne, A l'accentuiation ou pro~sodie de la langue miere, et en appropriant 'a l'autre ces. v~xpreSSionsquirepandenttantd'edegaDCe et dle

Page  343 THItRAPIA. 343 clarte' sur les ouvrages immortels des anciens; au moyen de ces signaux de reconnaissance qui tracent des routes convergantes, ceux qui' les parcourent isoleinen t aujourd'hui, finirout par se rencontrer au meme but, et par s'entendre sur le choix d'une route unique. L'affinite' des deux langolues est, telle que leur raprochenient, avec un peu d'aide, seruhie s'operer comine de lui - ma~ine. L'alte'rat-ion que le grec litte'ral a souffert se borne: "a la terminaison de queiques no-ns et de queiques verbes qu'on peut inseiisiblernent rAoiener "a leur ktat premier; 'a I'aban don d'un grand nombre, ii est vrai, d'expressions, mais qu'on retrouvera. chez les ancienus, et~ dont nieme une partie a de'j'a revu. la lumie're; enfin cite consiste encore dans 1'adoptLion. de quelques mots stringers que ic contact avec ics Musulyi~ans et les Francs ja produit, mnais que le bon goi4 t conserve le droit de bannir. Cormme 0ok le voit, toutes ces difficult~s, ne sont rien moins q'insurnmontables, et Ics progri" qu]es Grecs ont faits depuis quelques.anne'es dans Ia langue e'crite, sont'lesgaransde cette assertioun 4ju'on peut kten-dre m'me Ai la langue parke. Ainsi, pour r~sumer cc qui vient d'etre diL

Page  344 344 VINGTr-TROISIE'ME PROMENADE. le grec moderne, dans son C'tat actuel, doit etre regards' comme un enfant dou6 de toutes, les dispositions ne'cessaires pour accomplir un jour de brillantes esperance3, et cependant 4ont il latut attendre la maturite' pour signaler avec precision son caracte're; jusqu'a cette e~poque la diction grecque variera 'a 1'i~nfini, n'7ayant de re~gle que la force des diff~rens helle'nistes qui mettront en ceuvre la languie. Cette anomalie de la prose doit ne'cessairement se retrouver dans la po6sie; aussi peuton appliquer ~t cette dernie're tout ce queDnous avons, dit relativement 'a Lautre. Cependant elle a, par rapport "a die, un avantage cjue Iui donnent les re~gles de la versification, stir lesquelles on est assez d'accord, et que nous ailons offrir en les appuyant d'exemples, afim q'en ninme temps on puisse juger des progres, de la po'sie moderne. Une simple c,~oruparaison suffira pour doniner une idee g~ine'rale de la poe'sie grecque actuelle, en disant que, sous le rapport des regImes et du. ge'nie, elle est aux vers dWHOmere, de Pindare, d'Anacre'on., ce que la poesie italienne, de laquelle elle se rapproche

Page  345 TH1tRAPIA. 345 pour le me'canisne., est aux ceuvres de Virgile, d'Horace et d'Ovide. Cette difference etablie, il est vrai, sur un point capital., est la plus sensible de toutes celles qui exi~ent entre la Jangue ma're et la de'rive'e. Notre comparaison en ame'n~e une autre: c'est le parallele des nations grecque et italienne, qui toutes deux pouvant, se targuer d'une origine illustre, ont laisse' cependant alte'rer au ]Meme point leurs caracte'res, leurs moeurs et jusqu'a' leurs langues, par l'influence des hordes barbares. Enfin noms ajouterons cette derni~re remarque: que puisque le regwime politique est parvenu ehez la seconde 'a ranimner te feu du ge~nie, ii pourrait "a plus forte raison ope'rer tin effet aussi brillant. chez celle qui d'elle-me'me va au-devant de Ia civilisation., et donne d~es roses au lieu des ronces qu'on voudrait mu' faire produire. Les Grecs, I L'Pexemple des peuples modenes, ont adopte6 la rime, la prosodie, le rhythme, le choix des expressionsI d'apres le rang qu'elles tiennent dans la langue, les inversions et le moyen de les amener sans contraction. be nombre des syllahes, une attention recherchees dans leur arrangement

Page  346 346. VINGT-TROISItME PROMENADE. d'apre~s l'aecentuation et conforme'ment a l'h~armonie, donnent lieu, 'a d'autres articles qui, joints au- premier, constituent le code de versification de cette langue, l equel, s'annonce comme suffisamiment coniplet pour favoriser l'essor -d'un vers heureux et en r~gler convenablement la texture. De meme que danS le grec litte'ral, 1'ac-. cent indiquc ici qu e la voix doit appuyer stir la syllabe qui en est affecte'e; et comme l'agent de la prosodic, cet accent devient de dr'oit celui principal de la versification, gui s'en sert pour decider de la nature du vers, d'apre~s la place qu'il occupe:en conse'quence, s'il est sur la syllabe gui termine cc vers, celui-ci s'appelle oxytone; si c'cst la pe'nultie'me qui le recoit, [e vers est dit paroxytone; et it prend le nom de proparoxy tone dans le cas oii lc Mneme signe tornbe stir l'ant'pe'nUltie'me. Cet article est pris des Itahiens, ou auira ete ernprunte' par eux; car c'e~st bien luii qu'31on retrouve dans les de'norninations-de tronchi, de piani, de sdiuccioli, qu'ils donnent:aux vers, scion la place qu'-occupcela syllabe longucedansIc mot final, comme dans virtu's p aine,JPrpido,

Page  347 TIIP, RAPIA. 347 AsVota, bene' que les syllabes qui dans ui inot polysyllabe prece~dent I'ant~p~nul tkere tie peuvent point recevoir cet accent. Les vers subissenL encore un autre classement, re'g~surlenombre des syllabes ainsi (lans chacune des trois divisions que nous venons d'indiquer, le poete peut rassembler depuis trois jusqti'a' quitnze syllabes, et le vers Prendra, scion son etenduc, Ics noms (le trisyllabe, tetr~asyl1abe, pendesyllabe, pen(Ickasyllabe, etc.; cc qui faisant treize subdivisions pour chaque classe,. donnera, trenteneuf esp'ces distinctes de vers, reconnus le'gitimes par la poe'sie moderne. Cette libe'ralite doit, faire la fortuoe des podtes, puisqe lcs homnes qui rnarquent la carrie're que, Jeur verve peut parcourir, sont 'a une telle distance l'une de 1'autre, que Pimnagination. conserve la faculte' de contenter tous ses caprices. Passons 'a present aux exempiles.

Page  348 348 VINGT-TROISIEME PROMENADE. Fragment d'im poeme ine'dit, dotnen coinine exemiple dans le genre heroi'que. IExeiggP 7v W'LECtVi, EiS CLh)~iPv 01v14p6nn EX 'rot' AdcqkrcprV P'rpGyo'vb F4cv tYOP AVyY(/JC;0EVr, rixjxiv T4`40 o Xtiii vOctoct 7 7,crUvps'pTnV XP6OVoV Ncav4rieropoc o 7rodciALp pEel -ii~v Af ~uabvWY. 'EX. 601ov; 7rgr 'A)upixW; TpEYjsW Tn; 'rwncplp a L.IoE~uho'&Xeel g'; "'V:hI~aTTW UC-Tct' AcctDVEI'ez. E57 V TfV VaCteLOJctV Sit' X OcCI &OPGLGc. Lae wo'?0'VP Ai A 'T '9pd% V OtL' dA / V 'Exit IAAwU1; JpogCIsfhov, eiXE ql xaeW On p ice, c),wo'0'ct TpEdEl 0 S'i-A.Ac, q(p 'I 17 ip11hcI, C01 4ITr7aX0oi7 Go' 7riefnxe;, 05 lMqual 'TeO AVpoYe"TcOV elvICi ~e7at) 9plgij0t 'O'AWY cT&'flo TfTOP 'H I V'LrW c'9Xp t o wov ` Asr st 7c: tpu4X7"pu 'Axc',us JV h iyvCe'PTotr 7V'Y 6lVpe'wivilYV XE'pcL. tAohx~ ket s JA6-caXOIDpEIW4, a, Ypco'h;- X4i;palat) A~31o~vwUc ycvviifs~41a fhctA civei, 7r 'avlct 4ec ~v;'r', c~aV01Vel 'O <pv7o, aLql, Pc)q~d(EE5 K: Ctwopor 7rJ &Z7WV XotT'c 7W; 24'cX AC7C TOp1OcJc'O, Kl' otV'T" n C4'Vc4Chk97n0-Ky 1 XctT" 776pt'(pov, Xoiph 'ripr TEvnX &4nH X6lA'jcVWV Tzig t";40 we P T ctv1it (A optA 9tvi~I.0 C'41ZptpXlidt JAE opUI' eiPUre'PXOC, LrVP'3I IE1i6 f5o1iv, Jevf'pct rhovc7, 'rv KCoxCqaOjv 4v3/;3EI. rx(' 9&v'c '7: 'rVctv~ b 9 irp41 'X A1 np..rc. Tr S'Ct?' O'.OAW; 'rO TFpIZPbP geilO; "rci &Aoht4ce'1u, TNv "rpco'Tnv s p'n'7A tp ct AX V I MX 4)1. o-g P;WoMEAJh, )'I 7,NCI~ 'pCpCOIJVIEl,

Page  349 THItRAPIA. 349 '0 KOXxo. itpp rtyvv7 l x.)r pO xttpm ~sts. nl0oov xiocLvono Eiv' "sc 6,fi n Wvs! AiVE1, Itrdi)EI Ts7ixk c XaTM pfltf IvfEISf, Kcca n p0op& [jXAS T'n (PiT vePTrF' 'V yi. Av~v CoTfrl XctvETO f 7racfYysv~l. TojouVTOv GT A Ejr Y Iyio T 'r'v fM'ewc Avrl-7npkWy, Nk o-rvuywliorc T'\ avj.,CW l cAt 'x Twl Y U'zvWEayt/vYv. TcpolcIs11cc\ T 7.rhyof, tirE7 /tftAnvi 6 oupovos o cO*tpros IUEsC uXpIKV aCsLp:fIS. Tn\v tvx7ct, AJOcSiXlJ c TOe <sfTYo TWr $ nfuS'pae, Kai} a 'vn, rpoCaivovaca T"psl7czC eic a'rs/~. ' C 7,bOov........ Traduction libre. ( Au deli de l'Atlantique, dans cet autre ( monde inconnu des siicles anciens et de-. couvert par nos peres,unfleuve majestueux, ( anobli encore par le nom de riviere des a Amazones, descend des pics eleves de 1'A( merique meridionale, et vient verser ses ( eaux dans le sein du vaste Ocean. ( Jamaisl'on n'a surpris de dryades se baiu gnant dans son onde verdatre; jamais non ( plus naiade ne s'est jouee au milieu de ses ( roseaux. Sur ses rives sauvages et inhospi( talieres, on ne rencontre que le caiman ( perfide et vorace, ou ces autres animaux ((alteres de sang, quiseuls troublentle silence

Page  350 35o VINGT-TROTSItME PRO0MENAD1. ac des fore'ts a l'ombre desquels ils naissen) t e f ((meurent. Cependant leurs solitudesst egayees par cette nomnbreuse famille d'oseaux au plumage varie', qui recoivent si ~ais~ment de l'homme le don de la parole; ainsi que par cette autre, non mons ctirieuse, ~dont les e~tres se rapprochent, de nous par la ~conformatLion physique, et se plaisent encore (a etre nos imitateurs. (( La nature conserve h dans toute sa, purete" sncaracte're primordial; car Ia main de l'hommc n'a point encore ose' la de'figrurcr. OSimple et cependant majestueuse; agreste et tz belle tout "a la fois, elle n'a pas besoin de (lui pour se reproduire ni pour se conserver. Stimule'e par elle seule, la plante germe, o se de'veloppe, arrive 'a rnaturite6, meurt et renatt d'e1Ie-merne, de'posant sur le sol Ja ((semence qui doit, la fatire revivre; et ce a retour pe'riodique 'a Ia lumiere brave toutes les saisons sans le secours de ces preservatt (inventesailleur'sparlI'art.L'impe'tueux Bor~ee rc fond-il sur cette terre,,de la cime glace'e dcs monts qui la dominent, et vont cacher leur (front dans la nue? les arbres, moins flexibics ~que les roseaux, succombent-ils aux assaiut5

Page  351 TIHtRAPiA. 35i R redoubles et d~sastreux de ce, me'teore devastateur? la nature en convulsion presente-~ t-elle l'image de l'alte'ration et du d~sordre au point de faire craindre que le ciel n'ait (Cperdu 'a ja~mais sa se'renite'? Le retour de la luiere, accompagne'e d'un printemps viviaflant., chasse loin de ces contre'es le nuage csourcilleux qui les voilait; les beauxjours re. (Cparaissent; l'a nature rassuree sourit comme (la veille, avec des lkvres de roses; la terre se pare de verdure nouvelle, et les germes fe& condos doiinent desfleurs: pr~sagesdes fruits ~qui dans pe leur succe'deront. - Combien (cependant Ia nature est admirable, mais "difficile aussi At comprendre!... elle travaille asa. destruction et 'a se recre'er dans le Meme (temps et en observant les 'lois inmnuables, tw qu'elle s'est trace'e. Le de'perissement des "Ntres est aussi un effet de sa profonde sa(Cgesse, puisqu'elle -leur me~nage par kai les (Ccharnties de la reproduction. Meditez un seul ~instant. sur le plus curieux de ses phe"no — (Mens elle a fonde' Ia conservation -de FlUnivers sur des contraires qui sans cesse luttent ensemnblec, et tour 'a tour sout vaincus eCt triomiphateurs; le caime revient et finit

Page  352 352 VINGT-TROISIEME PROMENADE. c( par ecarter la tempete, qui elle-m'me l'avait. condamne a fuir; la clarte met un terme aux c tenebres qu'elle fait palir et disparaitre, et ( le soleil qui le matin se leve, le soir se de( robe pour aller eclairer un autre Univers. ~ tpitaphe enz vers decasp llabes. 'fi cl CctCAct, OTctV tsepOWN9 ALIXPv TOU fyo, acp a's?'w vTradu V aionlf tv. a Voyageur, suspends un instant tes pas; r tu foules la cendre d'une infotunee const damnee par le sort inexorable a descendre,, au printemps de la vie,dansl'troite demeure (( que cette pierre recouvre. Laisse couler une ', larme sur cette rose fletrie, et permets a f ton coeur de ceder t la compassion que la i( destinge cruelle d'une victime de Ia sensibi( lite ne pourra manquer de lui inspirer. Souvent dans la meme piece on emploie

Page  353 THtRAPIA. 353 deux on trois especes de vers, et cette combinaison, artistement tissue, produit une harmonie tres-agreable. gous citerons un exemple de poesie anacreontique d'Athanase, qui, malgre l'incorrection et le pen de noblesse de la diction, ne laisse pas d'avoir du merite sous le rapport de l'imagination et de la naivete. EXs lovvbv a> ', O' o ept xc<' b yoiyLin twov t^nc3, x' o teb KculpbF, o ypof, LCtIvuCo^fyUP u6o(i. 'H &t'ycn h ' ^(a.4 orsUou C I3/ cif 0rv pLoy7 TbY 4 fl t >Y ~X ~ gp/?e Tf'TOfy e,, 2roi>oi6V, )y" AW, ', Tp( Tou, / x~),un,rvXy' oyCrpoK^. R 'H rxA? vvv5p6cQLy pyov,,,, 3. g AetOW, 2f3v T fl4.1 T,, 1 Ao,' s, X,) Top ssv6 KeU& T0 dL^UVQVV atXfiti,^%^OVV, XCLI 7ff OyV, M rOuVY lryffa. s TOrtW ^X; ha T;, 'H 0cn7 yAMs, XvrTd3*,. /t (I > pi<s _ <eay Of dCa. 3. a5

Page  354 354 VIlNGT-TRIOISllME PROMENADE. T 0,$O 4epw07at; 71pI~B V~, m7r'- JA iov- Kcupo'. T RA lU C T ION. cc La tendresse,1'a'mour, le temps et moi ccnous chmnossur le flane d'un'e mondttagne escarpee qu'a lenvi nous cherchions cca franchir. La tendresse, mnalgre' que je la cc Portasse dans mon sein, ce'dant 'a la fatigue, (cperdait de plus en plus ses forces, tandis que c1'Iamour., maim et- volage,, nous de'passait c(avec le temps. Arrtehe, dis-je au dieu qui cc preside aux doux transports, oi cor-tu ccdeIa sorte? ma c'ompagne est hors d'haleine, cc et menace me'ane "de s'evanouir si tu ne Cc viens la ranimer. Mais c'est en vain que ma CC voix suppliante les rappelle; tous deux de'ccploient leurs a~iles, prenne'nt leur essor et ccs'enfuient plus ii~itoyablement qu'aupacc ravant. O mes ainis! de' nouveau m'&crie'j e, oii volez-vous en si gyrande hate? Pourquoi cet emipressement a vous edoigner de ceux ccqui cherchent "a vous retenlr? De gr-Cce!. si ci a Pitie' peut entrer dans vos cceurs, don nez

Page  355 TH1tRAPIA. 355 ccnous, un regard; vous verrez la tendriesse expirante; la tendresse que je ne puis de'ja. vcplus r&apeler Ai l.a vie, et d~ont je~n'attends quie le dernier~ soupir. A ces mots le fils de ccCyprine se retourniint, me repond d'un air moqtieur: Ne sais-tu pas pie depuis, la prec~mire aurore que le. monde a vu luire, L'acc mour s'envole et disparaift avec le temps. Ces differentes pieces ont receu Ie jour dans le Fanal; par consequent, eies sont purgees des boursouflures qui ge'neratement font tort aiux oeuvres poe 'iques des Grecs modernes.

Page  356 REPONSES TrEXTUELLES D'UN'DOCTEUR DE LA LO 'A QTJELQUES QUESTIONS QUE LVAUTEtXR LUI AVAIT ADRESSItES. Ji dit que les. Osmanli ne sont point aussi.barbares et ennemis de- la civilisation. qu.'on nous les, depeint; j'ai avance6 qu,'on trouvait les germes de celle-ci de -pr-ef~rence dans le corps des ule'ma, plus porte' aussi que les autres, 'a la tolerance, malgre' son caractere sacerdotal., mais par une suite naturelle de ses lumie'res; les preuves qu.'on va lire, quoique de'duites d'un cas particulier, fourniront cependant au lecteur moyen de reconnaitre que les deux vertus cit6es plus haut, ne sont rien. momns que reprouve, es chez ceux dont nous parIons; et que 1'aptitude de ces derniers est susceptible tie se'tendre au delai du Koran et de la bibliothe~que orientaled. Elles offriront en m~me temps un. exemple de la concision avec laquelle les Osmanli s'expriment; enfin, de ces echantillons ou" l'on reniarquera que, loin de

Page  357 IRt PONSE S DUN DOCTEUR DE LA LOT. 35,7 s'egarer en courant apres- le brillant, ils vont an but par'la route la plus directe; on pourra de'duire encore tun nouveau te'mO'igfnaEge de ce que nous avons cru pouvoir avalcer: c'est-hdire que la preftiire qualite' de leur esprit est fa solidite'; par consequent- -q~ue les, sciences exaetes, et les branches de la litt~rature qui exigent tine Mt&e labo~ieuse, sont celles.qisacm moderaient le miepix avec, leurs 'inclinations. naturell-es.. ~ —Je n'ai fait auctine -correction aux r6ponses~suivaiites: -on petit douc etre assure' de les lire telles qu'elles 'sonl: sorties de la plume quiles a' trace'es. Elles Ceront connaitre, de quelle nature 6taient. les- questions qui les out provoquc'es, et que des liaisons d'gmitie' m'autorise'rent de proposer' 'a un docteur dela loi. Cet honme estimable, douc' des mneurs les plus douces, et du plus vif' desir, de s"'instruire, a fait passer dans so langue quelques livres de ixzahetliatiques et de 'm'edecine em. prunte's du franc~ais et de l'talien. Maigre le de'Pouuilement de pre'juge'siu'annonce ses relations avec nous, on doit dire encore 'a sa louange qu'il n'a rien perdu de son titre de bon Musulman: autre preuve qui vient "a l'appui de cette opinion de'ja' 6nonce'e: que les

Page  358 358 * RtPONSES disciples de Mahomet peuvent s'instruire sans cesser de se tourner vers la ville sainte, comrne les Abassides d'ailleurs l'ont justifie. Seulement ils doivent avoir l'attention de rejeter tout ce qui choquerait ou affaiblirait leurs opinions religieuses. PREMIERE REPONSE. S *Lorsqu'un hornme veutse marier, les femmes de sa parente cherchent et trouvint une fille convenable. On appelle lesparens et les amti$ dss:deua csotes das la maison de la fille,.ot l'imanl-effiedy 'fait le mariage; ensuite on envoie enipompe,les vgtemens et les diamans de la mariee dans la maison de l'epiux,,Apris quelques; jours, lorsque les preparatifssont faits, oh orne la! marike avec ses vetemens riches, ses diamans, si elle en a; on d4crit sursesijoues avec de l'or, des roses; on,l'amene ainsi en pompe chez.'epoux oi l'n.faitlerepas:etul'von /joue des inslrumens d cmsusique etc e.:l el t l'usage de la nation; cependant la religioi ne defend pas a l'homme de voir la femine'qu'il veut epouser (t).,I Mahot eommande dans. Koran aux par.. i )~ Mahxmet recommande dlans le Koran aus par~

Page  359 D'UN DOCTEUR DE LA LOT. 359 DEUXI1EM E1PONSE. Ove'tudie premiereme~ntlagrammaire arabe, ensuite la gramnmaire permane; apres I'tude des grammaires, onapend la logique, la rhe'torique, la philosophie, etc.; apres tout cela, on e'tudie les Tegt# rnens, les Comman'. demens de Notre-Seign'eur, et la juistice ~(2). TROISIIEME R1'PONS5E. Le maitre d'une rnaison, commande les homnmes' qui y * demneorent0 -et' la mai~tresse -commande les femmes de la m~me mnaison. QUATRIEWM] REPO1SE. Le gouvernemnent a destine' aux ualemra les ties contractantes d'e'prouver s'iI y a entre elles cornatibilite' d'humneurs, avant de s'unir par ics liens di mariage. Ses intentions sont donc loin d'etre remplies,sur cc point de haute importane. (i) Par les commanlernens de Notre-Seigneur, le mude'is entend dire les canons dles diff~rens Sultans, tels sont ceux de Suleiman, (lAchbmet III, etc.; on comprendra aiserncnt que le mnot justice veut dire la mani're (le Padminisirer 16galement. Cet t'nonce' tient au genie de la langue I Lque

Page  360 36o R1IPONSES D'UN DOCTEUR DE LA LOI. revenus, nomm~s, (maiket) malikiane', de dix a douze bourses juspla'i cent piastres pour un. miois, suivant le degre' de la dignit6. * LI- y a deux sortes, de Juges,. 1' eom cadys, qui rend -la justice dans, les, villes et dans les. villages; l'autre n'omm6~ molla, qui est ministre de Ila Jqp~tice dans les, villes supe6 -reures et dangls levices,, commie Sm.yrne, 1'Egypte, la Mecque., etc.; et qui se mnt'le dans les grandes afaires de l'tten ~i (maltre de science), arrive' a la sule'imanie, devient mo~ll~; et, lorsqu'iI a passe' les quatre degre's de la mollalie, it devient istamboleffendissi (juge de Constantinople), ensuite caditesker et grand-mouphty, qiaI'autorite' sur tous les, ule'ma. L'administration de la justice est l'application juste du Koran et des comnmandemnens sacres.

Page  361 LE SULTAN MAHMOUD. PouR peindre 'a l'Europe le sultan Mahmoud avec les traits qu'il'offre au burin de l'liistoire, il conviendrait d'Iemprunter, 'a son exemple, de ses illustres aieux., les vertus qui les faisaient ressortir avec le plus d'avantage; comme il faudrait aussi le transporter idalemnent aux epoques glorieuses des Ottomans, pour bien mesurer l'4'tendue de ses facults royales ainsi quc~sa passion pour les grandtes choses, l'une et 1'autre calculees d'apre's ce qu'il ose entre. prendre chaque jour au sein d'un Empire dont Ri cherche par tous les moyens de ranimer 1fexisten'ce. En le suivant pas 'a pas dans -sa conduite mnesuree, et en observant sa tendance -opini~itre vers le but unique qu'il s'est propose" de's l'instant oii" il. est monte' sur le tro'ne,. on S'etonne que 1'e'ducation du S&rail ait Pu enfanter un semblable prodige, et qu'il soit sorti ui autre phe~nix de cendre~s qu'on croyait en

Page  362 V 36.2 LE SULTAN MAHMOUD. tie~rement redfroidies, ai en juger par les k~re. abatardis auxquels depuis long -temps iell donnaient le jour. Ces dernie'res paroles n doivent pas s'entendre de Selim: digne partout ailleurs d'occu'per un tro'ne, mais trol bon pour conuenir Ai une nation qui demand(.un maitre se'vere aussi long-temps que la civilisation ne I'aura pas rendue- susceptible d'ap pr~cier -chez son souverain la tendresse pa. ternelle, et de ne plus confondre cette qualith precieuse avec la faiblesse d'esprit. Poureci revenir -au sultan Mabmoud, on se persuaderait sans peine, qu.'iI descend i'mme'diatemeni de Suleiman-le-Grand, commelui: de'veloppanfun grand caracte're, surtouti une volontte im, mnuable, soutenue de 1'esprit le plus entre. prenant;on serait tente, merne en parcourant les annales ottornanes, de hier leurs his.toires, afin de n'avoir point ~t lire celle de princes de'biles,, assis comme des manhequins sur tin tr ne chauicelant. Avant d'6crire la sienne propre., remoritons ai e'poque de, la declaration de guerre qui pr6ce'da son ave'inement. II est juste, en effet., que le lectear sach-e 'a quel point de'sesp'r' les choses e'taient parvenues lorsqu Non de'posa

Page  363 LE SULTAN MAHMOUD. 363 dans ses mains Its r'enes flottantes de 1'Empire; et de 1'absoudre des de'sordres qu on pourrait etre tentts de, lui attribuer, par la seule raison. qu'il onclt sous son regne. i8o6.- i809. On sait que les Russes s'emparerent en pleine paix de Bender, Kotin, et Ismailow, sous le pre'texte de -re'habiliter le sultan Sedim. dans toutes les attributions de l'autorite' royale dont on accusait les ministres de 1Pavoir d&pouillek; mais bien plut~t dans l'intention, dq prevenir les effetsredou tables du nizam-dg"did, qui accroissait chaque jour les forces permanentes delI'Empire. La France ne pent donc pas 41re accus~e d'avoir entilaine' imprud'erment le cabinet Ottoman dan's cette guerre, puisqu'iI ne restait 'a ce dernier d'autre parti que de la soutenir. On nomnma grand-vesir Flalimi-Pacha, qui alla planter le saint ktendard A'Chttumla, derri~r leDanbedonnant la pr'frrence ii cette position defensive, plus encore par temperament, que par e'gard pour la difficultd' de prendre l'offensive, -avec ls mToyels (lont il

Page  364 364 LE SUYLTAN MAHMOTJD. pouvalit disposer. Son caractere tempori-seui de'plut, en sorte qu'on Iui retira, les sceaux de l'Empire, pour les donn~er "a Yssuf-Pacha, le me'me qui a soutenu en qualite' de gra'ndvesir, la guerre d'Egypte., et qui se trouvait alors re~legue' dans le gouvernement d'Erzerum. Ce nouveau ge'neral, au lieu de regarder la disgrkce de son~pre'decesseur commre une le~on ai Jui adress~e', tint. un e conduite.aussi Pell conforme aux -intentions du gouvernement, et ne tarda pas Li Ctre remplac~ par Achmet-~ Pacha, ayan d'lbrialowv. Doue' d'une bravoure facile Ai de~ge'nerer en t~me~ritd, comme on levyerra par la suite, ce grand ve~sir forrnait un contraste marque avec les hommes lents et timides auxquels i ucce'dait. Mais des motifs de me'contente'ment amenerent aussi sa disgraice; on le renvoya, donc dans son gouvernement, pour lui subsfituer Seymen-Bachi-.Moustapha-Pacha. Ce dernier signa un armistice, apre's trois cam pagnes, qui de'jai s'e'taient termine'es depuis la declaration de guerre, sans qu'iI en fut re'sulte' aucun fait d'armes remarqtuahle. Pendant cette succession d'e~v6nemens le

Page  365 LE SULTAN MAHMOUD. 365 sultan Sedim, avait 6te de~pos6, et le tro~ne devait changer aussi souven-t de maitre que, l'arme'e de~ chefP en sorte que tout semblait conspirer pour provoquer la decadence d'une puissance abandonne'e d'ailleuirs 'a ses propres forces, depuis la paix de Tilsit, qui en avait fait la proie' h~gitime de son ennemi. Eniferme' dans la cage avec Mabmoud, et instruit 'a 1'e'cole dui maliheur, Sdlim. citait au jeup'e prince ses propres fautesI afin que si la fortune l'appelait 'a r~gner, il sut se de'fendre des pie'ges dont les souverains sont entoure's. Plus habile en the'orie que dans 1'exe'cution,. il jetait des sernences pre'cieuses chez une Ame capable, non-seulement de conceroir, mais encore de re'aliser ses projets, et l'cnrichissait de toute 1'experience qu'il avait acquiseI 4t si haut prix. Pour tout autre Empire, U~1~ ete' pre'parer 4 coup siuir des jours, de gloire! Nous avons vu ailleurs que Bairactar pro-s fita.de l'armistice pour venir au secouirs dui sultan Se'lim., ou plut6t pour achever de le perdre; nouws savons de *is quelle fut Ia fin tragique de ce prince; comment s'ope'ra Ia deposition du sultan Moustapha,, et sous quels;auspices Mahmnoud monta sur le trone. Age'

Page  366 366 LE SULTAN MAHMOUD. de vingt-quatre ans lorsqu'Ion l'investit du titre de Sultan., on lui. laissait au dehors 'a soutenir -tine guerre malheu reu~e, qui depuis plusieurs campagnes privait 1'tat de ses possessions au deki du Danube; 'a 1'inte'rioeur des partis Ai concilier, des fdlons 'a re'duire,. des finlances epuise'es, une nmilice qui faisait trembler ses mal'tres,;.enfin, ii trouvait une t~cbe bien superieure auf forces de I'Age viril, -et par conseqjient qui doublait ses me'rites pour oser l'entreprendre, prive' de cette experience qui ne peut e'tre q'ue le fruit de longues anne'es de pouvoir, mais, "a laquelle une ame forte jointe ai un esprit transcendant peuvent supple'er. Nous savons, de'jA tout ce qui se passa depuis l'ave'nernent de Malimoud jusqu'a' la re'volution dont Moustapha et Bairactar furent victimes; nous avons admire' le Sultan au mnilieu de cet orage qui menacait de l'~cra'ser,.,et duquel ii aurait desire' reti~rer son fre're.avec la vie,. se montrant aussi gene'reyx A I'4egard de cc competiteur qu'impassible dans le danger. II nouW-este pre'sentement h ra conter quels furent enfin le's re'sultats, de cettc guerre d'observation, qui en'tretenait l'ennemni sur les terres de l'Empire, minant sourdewelnt

Page  367 LE SULTAN MAIIMOUD. 367 cc dernier; nodus parlerons ensuite de la cOn. duite domestique de Mahmoud. 1809.- 1812'. A la mort de Bairactar., Achmet-Pacha fut de nouveau investi des sceaux de l'Etat, et vint reprendre le commandement de 1 'arm'e, 'toujours stationnee Ai Cbdumla. On l'avait ace's de lenteur et de timidite; soeaatre d'ailleurs lui conseillait 1Pexce's contraire; ili se de~cide donc 'a un coup d~cisif, entraine' peut-e~tre 'a, ce parti par des insinuations perfides. nait d'autant plus condamnable, que.par une conduite tre's-impolitique, il s'e'tait alie'De ceux qui pouvaient lui assurer des chan ces de succes; je veux dire, le corps' Albanais soug les ordres de Wely, fils du pacha de Janina, i qui e'tait confie'e la garde du Rutchiuk, et 'a la de~fection duquel. l'elnnemi aida' beaucoup au moyen des intelligences qu'il's'e'tait me~nagees dans le conseil du grand-vesir. De'puis, six campagnes,- les deux arme'es se bornaierit a s'observer; et certainement celle

Page  368 368 LE SULTAN MAHMOUD. des Ottomans aurait dA~ d'~s long tetnps prendre 1'offensive; mais ~ e'~poque dont nous parlons, ses v'ritables int'r AtS conseillaient 'a son gen~ral. de temporiser encore. Cependant Aclimet-Pacha, emporte par un courage aveugle, et trompe par l'espoir de plaire 'a son miaitre, se d~cide "a operer sanis de'lai le passage du Danube. Ii avait 45,ooo hommes et les Russes ne pouvaient gue're lui en opposer que 40,00o0.t aa veille de se d' bander -pour voler ~ un danger plus pressant, dont les armies francaises menacaient leur propre territoire. Ce tte consideration seule noe devait- elle pas retarder 1'exe'cution d'un projet aussi hasardeux ot qui pouvait, en echouant, o ntrainer la chute de 1'Empire. On verra. par son re'sultat quo les Ottomans se trouveront place's dans les memes circonstances que Pierre-le-Grand, avec cette diffo.. rence, quo le ciol leur donna de's te'moignages beaucoup plus marque's de son assistance, dont ilsn'use'rent ne'anmoinsque pour modifier une d'faite au I~i do s'en aider de manie~re Ai rappelor A eux la victoire. Le grand-vesir no pe'cha pas seuloment par une precipitation mal raisonne'e; iA commit

Page  369 LE SULTAN MAIIMOUIID. 6 *ftore tine Caute tre~s-grave dans l'exe'cution; car aui lieu de concentrer ses forces, afin de les trouver toutes re'unies sur tin seul point au dela dui fleuve, et de pouvoir se porter austt en avant, dcit-il pour cela livrer ba.taille; par tine subversion des premiers edleinens de la guerre, it envoya un corps de i 5,ooo hommes traverser Ie Danube audessus de Croja, c'est-a'-dire 'a tune distance, telle di -lieu o&" ii opera. de sa personne le passage, que les relations ne pouvraient ktre etablies entre les deux corps. Ce n'est pas tout; afin de mieux se morceler, Ai jeta uin de'tachement aussi fort que le premier, en avant de Rutcbitik, dans ueLie dui Danube, qu'il devenait, ii est vrai, indispensable de garder; mais oua des ouvrages en terre, appuyes dui canon, auraient rempli bien mieux le ime objet, puisqu'iI ne s'agissait point d'y soutenir une bataille rang~e'e, et qu'eile 6tait difficile "a approvisionner. Enfin, pour comble d'imprudence, it laissa la garde de Rutchiuk j c'est4a-dire du point unique sur lequel. sa retraite, en cas de revers, devait s'ope'rer, il le laissa, dis-je., Ai la garde de ces Znmes Albanais, gagne's au parti ennemi, 3. 24

Page  370 370 LE SULTAN MAUMOUD. et qui manifestaient assez. ouvertement leurs intentions pour se rendre plus qu'e suspects. Ce plan ridicule eut l'issue q'Io n est en droit d'en attendre. L'ennemiA s ~rret bien informs, ine s'.9opposa. nullenment "a son execution,. la favorisa Meme:ne pouvant de'sirer rien de pl us con Corre 'a ses vues; en consequence, chacune des trois portions de I'arme'e ottomane arriva sans obstacle at sa destination. Mais le corps d~tach~e sur Croia fuit 'a l'instant meme coupe; le g~ne'al Langeron, avec six mille homines seulement, bloqua herrrn~tiquement les quinze mulle jet~s si im-prudemirnen t dans l'l1 et Je-grand-vesir euim'ne, reconnaissant,. mais trop lard, la *faute impardonnable qu'il avait conmm-ise, a l'aspect des ennemis, qui le tenait assie'g6 de toutes parts; de'couragt6 d'ailleurs par la cons., ternation des siens, embrassa un parti diam& tralement oppos6 au premier, com-me it arrive ctoujours, aux esprits me'diocres. It se dicide ausit o a repasser en fugitif, et seulement de sa personne, stir la rive op-~ pos~ee ce qu'il exe'cute sans coup f6rir, laissant ses troupes a~ la merci de l'eninemi,. et portant avec lui la terreur, qui avait me'tamorphose' en solIdaL pusillanimne lc ge'n~ral

Page  371 LE SULTAN MALINIOUD. 37 37',aiudacieux dont quelques instarns auparavant il remrpllssmL le personwiage. Ce qii prouve en-cure les intelligences que le crencrai Russe entretenait dans le camp dlu grrand-xvesir, c'esL, que, stir les infornia.. Pioils qu'il recut dii changernent op-ere' dans, i'csprit de cc dernier, A laissa librernent passer la nacelle qui allait le rendre di lautre rive: celtain, 1.I d'apre's tous les rapports qu'on lui f~iisait tenir, que eel antagoniste, meprisable curmne homnre de guerre, serait l'ar-. tisart le plus actif d'une paix qu'il devenait indispensable 'a Ia, cour de Moscou de conclure; car l'instant de Ia rupture avec la France semblait arrive'. Achinet-Pacha, remplit dans leur p-lenitude les espe'rances qu'il avail fait concev'oir. Trouvant Rutchiuk abandonne' par les Albanais, qui avaient livre' en quelque sorte cette place 'a l'eneni; celui-ci, occupe a poursuivre stir la rouite de Chiumla, les victimnes echapp~es aii naurrage, et mai~tre des e'qji'pages dii defterdar, ainsi que du re'is-effendy; incapable d'ailleurs pour sorn comipte de croire au rem~de quand encore le maM U't pas ete incurable, Achmnet presenta aussitot la

Page  372 372. LE SULTAN MAHMOUD. paix 'a son maltre coinme e'tant d'une n~e'es-~ site' rigoureuse, quelqtie fat le prix qu'y inettrait la Russie. A ce mot, qu'il n'e'tait rien moins que prepare Ai entendre, le sultaii Mahmoud fre'mit. Cependant Ai contint son indignation n,se re& servant d'en faire e'prouver plus Lard les terribles, effets 'a ceux sur qui cule devait e'dater; pour le moment it se borna 'a regsister aux wolficitations re'ite'rees de son premier miinistre; chercha "a gagner du ternps, espe'rant qu'enfin la Russie aurait sur les bras l'ennemi redoutable, qui la menapait alors iplus, que jamais. Le corps bloqu6' an milieu du Danube 6tait re'duit, iA est vrai,a~ la plus dure n~ecessite, aupitqe le d 'sespoir seul soutenait les, forces de tous ceux qui le cornposaient; les deux autres. se trouvaient dans une situation qui n'6-tait gue're momns horrible; mais le Sultan, en homme superieur, appre& ciait ces considerations pour cc qu.'elles me' ritent de I'etve lorsqu'il s'agit des destine'es d'un Empire. Maiheureusement, tout, jusqu'aux circonstances, qui devaient e're le plus favorables au Sultan, semblaient se tourner contre lui et

Page  373 LE SULTAN MAHlMOUD. 373 firprouver sa fer-mete'. II attendait un secouirs de vingt mulle hommes demands' aux pro-. vinces d'Asie, lequel arriva en effe t; mais "a peitie eut-il mis le pied en Europe, qu'it entendit proclainer la paix, comme si d~ja' elle fiut sigrne'e, taut e'tait grand le de'si"r de la voir conclure, ou plutokt tel e'tait l'aveuglement de la nation stir ses ve'ritables inte'res Ces bruits trompeurs, partis dui camp, et repandus par l'ennemi 1u-mme au. cceur de l'Empire, de'toiirnerent les trouipes de la route de Chiumla,.oji, leiur disait-on,. iles, ne trouveraient plus d'arm~e', et leur persuade~rent de regagner leur platrie. D'un autre cet, 'pqeoi" 1Napoleon devait mettre en oeuvre les immenses pre'paratifs dont it menacait la Russie, n'arrivait point, malgr6' les instances du cabinet' Ottoman, et la de'tes ilaquelle ii se voyait forc6 (de ceder pour pen pie les de'lais se prolongeassent encore. Le retard qu'on mit 'a faire agir nos armees, sans egard pour des considerations auissi ptiissantes, acheva & renverser les pro-. jets -de Mabmoud, qui d'ailleurs entendait sortir de toutes les bouches, de celles me'mes de ses, ministres, le niot de pa-ix que la nal

Page  374 374 LE SULTAN MAIIMOUD. tion entiere faisait retentir a haute voix; tandis qle I'Angleterre de son cote presageait 1'Empire Ottoman, peut- tre pas sans motif reei, qu'il serait inonde danspeu par lemnelme torrent dont le Nord etait menace, n'epargnant rien d'aillenrs pour laire echouer une alliance qni,ettait sa politique aux abois, et alarnIait la Russie an degre le plus eminent. Mahmoud, seul de son p.irti an miliel~ d'un Empire immense, le desespoir dans I'ame, se vit reduit a la dure necessite de preter l'oreille aux propositions nue, j}lsquehta. il avait rejetees, et a traiter de la paix a I'instant meme ot l'ennemi retirait forcement une bonne partie (le ses troupes qu'il avait sur le Danube, pour les opposer aux armees francaises. II allait, il est vrai, I'obtenir par suite de cette diversion, it des conditions moins onereuses; mais cc miserable a\-antage etait-il que!que chose a ses yeux, coinpar' avec les resultats brillans que lui promettait la continuation de la guLterre so0s les auspices d'une alliance formidable! Les plenipotenliaires s':asseni)lcrent Idonec /I BukarLest. ct apres des negociations que to Sultan traina en longueur pcndlant huit

Page  375 LE SULTAN MAIIIMOI.JrD. O~ " P, 07.4 mois, toujours dans l'espoir que ses vceux seraient enfin exau~es, Ai sigyna cette paix desastreuse, lorsque les, arm~es trancai-ses avaient d~jat cominence leurs, hosLilite's. Quelle violence ne di'It-iJ pais se faire pour apposer les sacres caract es, laveul d'un digne descendant des premiers Ottomans, au bas de l'acte qui siipulait la ruine prochaine du domaine de ses pe'res!..Du moins la vengeance ne la manie're des Sultans, rentrant ai son tour dans ses, privileges, sans que la nation murmurat. II fit tomber les etes de ceux qui, par leuir politique artificieuse, avaient creuse sous ses pas cet abime; ii exila cet autre, qui, par sa mialadresse et son courage te'meraire, s'y e'tait laiss~ entrai'ner; iA prouva enfin 'a 1'Eur(pe entie~re que, quoiq-ue Sultan, loin d'avoir e'coute' sa 'olone', if n'avait fait q'ob~ir ~i ses suj'ets et aux itrige' e n nernis de son Empire, ninaitres alors, de son cabinet, vendu "a l'Angleterre. 1812 - 81/4. Voulant att~nuer autant cjue possible les

Page  376 36 LE SULTAN MAHM'OUD. dommages que l'Etat devait recevoir d'un' traite' aussi pre'judiciable 'a ses inte'rets, et neme dans lequel on avait tente' de stipuler une alliance offensive et defensive entre deux puissances ennemies naturelles, contre 1'autre qui est I'appui de la plus faible; toutes les vues de Mahrnoud, dis-je, se tourne~rent aussit~t vers son inte'rieur, oii il travailla 'a reconquerir graduellement son autorite' me'connue par le corps des janissaires, ainsi que par plusieurs ayan et gouverneurs: c'est ainsi que les esprits sup~rieurs savent firer parti in e me d es revers ou des contrarie'tes de la fortune pour se degager des entraves de l'adversite', et faire des pas vers une condition meilleure. En consequerice, depuis la ratification de la paix de Bulkarest, le sultan ]!Vahnmoud a d~jrt r&duit sous le joug dui devoir les avan de Romelie; entre autres, le parent et successeur du fameiux.Passvan-Og-lou de Wfidin,. reste formidable de cette horde de brigands qui prit naissance sous le faible Abdul.-Harnid. U1 a oblige 'a l'ob~issance le pacha de iBagdad, celui de Damnai, les hey d'Egypte, et le gouverneur de Satalie, que ICapita n-Pacha vien enfin de forcer dans ses retranchemenis. Unie

Page  377 LE SULTAN MAHMOUD. 37 partie de la Bosnie qui s'e'tait insurge'e est rentre'e dans l'ordre; la secte des Vahhabi a 6te chass~e de la Mecque et de M6dine; la Servie reconquise par le nouveau grandvesir. II est vrai qua'I l'instant Meme ii s'opere dans cette province inqui~te des mouvemerns alarmans pour les Ottomans, en ce qu'ils semblent les presages d'e'venernens plus Sinistres. Enfin Mahmoud travaille sous main ai re'duire le pacha de Janina, le sent gouverneur de la Turquie d'Europe q'ui soit encore redoutable, mais qui donne du moins des marques d'une soumnission apparente. Cet atitre Jugurtha, aussi dangereux quie le iNuruiide, sait par experience que l'or 'a Constantinople, comnie 'a Rome, ne trouve rien d'impossible. Les janissaires ont attir6 principalemient irattention. de Mahrnoud; nous avons annonice ailleurs les re'formes ope'rees par lui dans la vie licencieuse que la majeure partie de ces soldats sans discipline, menait 'a la fhce d'une nation, oii des e'trcs aussi degrade's fornient disparite' ouverte sous le rapport (les mceurs. En consequence, ii a fait; rentrer dansIl'ordre ceux de la capitale, et pour y parvenir, it

Page  378 328 LE SULTAN IM'AIMOUD. a d~truit ces chambres dites de garpons, c'7est-a'-dire les lieux de de'bauche; Ai a interdit 1'exercice des professions me'caniques 'a ceux qui ne sont point nantis de patentes; il a impose' [obligration de recevoir personnellement la solde; a aboli le port d'arnes, et surtout iA a facit passer aux oubliettes les s~ditieux qui sentient signale's daus les trois revolutions,. apportant eii outire des entraves au recrutement, qui d'ailleurs se ralentit de 1ui-Me~me par suite de la mnisc en vigueur des anciens re'glemens, is u de la suppression. des pre'rogatives; mais oui sa politiquc se montre avec le plus de profondeur et de sagesse, c' est dans l'exe'cution de ce grand oeuvre, auquel il trav'aille sans 6clat, sans ferman, de mnaui~re enfin 'a ne point fournir de miotif 'a ses ennernis, de' sonner l'alarme. Mouharned-Tcbiapan-Ogliou, grand feudataire d'Asie, a fait de son cM6e rentrer drans.le devoir les janissaires d'Alep, non momDs turbulens quc les premiers. Le pacha de Candie a obtenU le pachalik de cette Life qui, avant hli, en formairt trois distincts, l'a obteDu,~ dis-je,; titre de rC.coDipcnse pour avoir

Page  379 LE SULTAN MAHMOUD. 379 subjugue ceux de Lacanee; ct afin de l'interesser davantage a soumettre le detachement de cette milice qui occipe le siege de son gouvernement, dontl'entre lui a ete refusee. Mais Mahmoud fait-il bien de travailler i aneantir les grands feudataires de l'Asie; c'est-a-dire, ces families qui sont en possessions de provinces entieres depluis pinsieurs generations?... II est assez raisonnable d'appeler du norm d'nsurpation la succession a ces fiefs dont l'autorite sonveraine se trouve deponille par le droit d'hercdite non concede; d'unautre cole cependant, les preuves de fidelite an trone que ceux qui en sont investis ont generalement donnees, devraient aussi entrcr en consideration, et Iaire craindre de changer ce r;gime contre un autre dont on connait les effrts. Une des qualites qui distingue le sultan Mahmoud, c'est le discernement qu'il apporte dans ses choix et les depositions qu'il prononce. Parmi ces dernieres, on pout citer celle de Gal1b-Effeiidi, hornmie d'un talent rare, umais fun des instrumens (lu traite de Bukarest. Le Sultan a rctarIde jusqu'au mois de juin 18i4, pour envoyer ce coupable en

Page  380 38o LE SULTAN MAHMOUD. exit, sachant que ses lumie'res pouvaient l1ii eLre de grand secours. Un autre xn~rite de ce prince, qu.'on ne doit pas passer non plus sous silence, c'est d'avoirI le premier de tous les Sultans, concu. lide'e d'un contremninisti~reUne volonte' absolue et irrevocable; tine connaissance prof'onde dii gouv~ernernent fainsi que de 1'administration; l'anmour du travail devant lequel toutes les distractions du. Serail perdent leur cifet; 1'abitude de voir et de faire par lui-memene, si. necessaire dans un E~tat oii les ministres trompent avec si peu de retenue leur maitre; mais surtout un secret aussi impenetrable que celui qui caracte'risait Mahornet II telles sont les rares, qualite's qui justifient 1e'loge que nous avons fait dii sultan Mahmoud. All1'guons "a l'appuii de celles que je viens de citer, deux preuves, dont la premih're donnera encore a.i jugrer sous quel rapport le Sultan est impune'ment absolu. Un bostandgi a e'e de'capite' pour s'tre perinis d'annoncer, sans en avoir la mission, la naissance d'tun prince. La punition nous sernblera outr~e'; mais Si elle eiuit 6L wuutige~e, on n'aurait plus ajoute' foi dans le

Page  381 LE SULTAN MAHMOUJI. 8 &~rail, au respect duX a celui dont 1'autoritd' souvent est limite'e par les murailles de cette prison; et au dehors on se f~t montre' plus dispos~ encore e& la mecon'naitre. Voici le second exeinpie dui myste're qu'il sait garder; Ic pacha, de Saint-Jean-d'Acre e'crivit de Da-. mas au cafmacan, pe, conforme'ment "a l'ordre recu,. il avait feint de marcher contre les, Wahhabi,. afin de tromper le pacha de Damas,.et de re'ussir ~i le surprendre. Je L'ai manque' d'une heure, ajoutait-il; mais je me suis empare' de ses fenmmes, de ses. tre'sors,; et j'attends les ordres de Sa Hautesse pour en faire l'emploi qu'elle prescrira. Le caimiacan, qui n'avait point connaissance des instructions en vertu desquelles le pacha de Saint-Jean -d'Acre venait, d'entreprendre cette expedition, s'adresse, pour s 'en instruire, au reis-cffendy, puis au bedliktchieffendy (contrcileur charge' de mettre le visa au dos des fermnan ), qu'il trouve aussi pen instruits, que lui-me'me. II sc decide donc "a se presenter au Sultan qui, devinant lc motif de l'audience demnand~e', accuieillit en souriant son ministre, et luii dit: J'ai compris; mais ce dont vous, avez intention de m'cxv

Page  382 382 LE SULTrAN MAUMOUD. tretenir est mon afaire; qtu'elle ne provoque, dlone en rien. votre sollicitude. Le pacha de Saint-Jean-d'Acre depuis a ke' de'pose 'pour n'avoir obtenU qu'tin detini-succ~s, car~Sultan MXahmoud vetit qu'on re'ussisse, en admyettant toutefois cepeiwdant la possibilite'. Etifin j'ai trace' le portrait d'un Sulttan aeconmpli; c'est 'a-dire, celu d'un prince tel qu'il le faut a -tne nation dont la portion saine, quoique incomparativement la plus nombreuse, permet qu'nine poigne'e de seditieux dicte des lois et lessanctionne de son propre nomn, sans pour cela. qu'on I'ait consulth'e. A pre'sent si c'est imue'loge digne d'un souverain, et des rnerites qui puissent e~tre vante's apre.s les quaJite's royales donL notus venous de faire 1'e'nu-me~ration, je dirai encore que ce prince est tre.s-adroit daus [es exercices du corps, bieri fait de s'a personne,. et porteur d'unIe figure qui trahirait son rang s'il voulait le de'guiser. A4rticles.comdnlpern~taires. Avant (le quitter la capitale de J'Ernpirc Ottoman, j'ai pu luger par nmoi-m~m e de la

Page  383 LE SULTAN MAHMOUD. 3`83 fdonie de cette milice, cekbre aujourd'hui par ses desordres; et acquerir la conviction materielle de tout ce que eet article contient sur le sultan Mahnioud. L'rnieute dont je vais donner la relation, se serait intI~tIlliblement convertie en reiolution sous un prince faible; inais en de'pit de ses efforts pour s'e'tendre, elle est demeure'e concentree dans la ckiserne des janissaircs, oii elie avait pris naissance. D'ailleurs, ce qui a contribue' beancoup encore a' la forccr d'abandonncr le plan des — tructeur qu'elle s'e'tait trace, ce sont les autres corps militaires, les uherna, les citovens (le la classe prive'e, dont Ia condiiite, quoique passive, a protive cependant quo tous blaurmaient lInsurrection, et que ranuges en silence dans le parti dui souverain, a Ia premie're re'cidive, its pour-raicnt bien so declarer ouvertemen-t potir lIi. On est done en droit de de'duire do cette e'preuve at Iaquelle la nation a e'e misc, qu'elle a fait des pas vers le but oii" son Ibon ge'nie doit sans cesse l'entrainer; et quo les janissaires ont beaucoup perdu de leur credit dans l'opinion. Uine antre rema~rquc at Ia Iouangoe de ces derniers., c'est quo -do tous.

Page  384 384 LE SULTAN MAHMOtJD. ceux qui se parent de ce titre, la seule por-~ tion casern~e', c'est —a'-dire la plus impure, s'est rendue criminelle dans cette crise politique, destin~e, solon 1'intention, des aute-urs, 'a faire suite aux dernie'res revolutions. Voici le fait racont6' d'a:pre's des renseignemens authentiques. Le sultan Mabmoud poursiuivant son plan do guerre 'a mort con tre les, assassins de Se'lrn, avait ordonne' quo six ousta (sous-offi — ciers des janissaires), acteurs ce'lebres dans cette trage'die, fussent pris et k~rangle's. L'ag~a les fait en consequence arreter et conduire au rivage, pour e~tre transf~re's au a teau d'Europe, afin d'y subir la sentence: preimnare qui eurent lieu tin mardi ( 14 f~vrier), deux heures avant le coucher du soleil. Chernin faiisant pour se rendre d'Aga-' Capsou (palais, du janissaire-aga) 'a l'Echelle ou'ilus doivent s'ernbarquer, quatro des condamne's s'6chbappent. courent aux casernes, y sonnent la trompotte do l'insurrection dlont les accens arneutent anssiLo't des esprits, aigris depuis long-tomps contre Ie Sultan. Les mutins so rassemblent au nombre de deux 'a tx~is

Page  385 LE SULTAN MANIMOUD. 3 8.;5 mIle, se rendent en diligence i1Ehle uoh its-trouvent leur agfa. N e respectant plus Ie titre dont it est reve'tu, 'Is s'assurenl; de sa. personne; d'autres s'61ancent dans son bateau, ai force de ramyes rejoignent la nacelle qui Porte leurs confre'res au supplice et les enl~vent des mnains des bourreaux, tandis, que ceux qui sonL reste' suir le rivage rame'nent leur chef prisonnier a Aga-Capsou, l'obligeant, de s'y rendre, h pied. La', apries l'avoir de'orade', Iuiavoirf [ait esstuyer mile ouirages, usb) fin iss'ent p ar le- mttre aux fers, tln tonrer de tous les avamntcouiretirs de la niort. Le koul-kea'yassi rernplace' de droit l'aga lorsqu'it s'absente ou vi~nt "a manquer. Les mutioTnvficompardiitre ~Oe second chef de Ia niilice, et, 16i sigrni-fienit d'avoir 'a prendre les foncionsinsique le titre d'agra. Celui-ci, Jug~eant eftihomme sens6 des perils qui le meiiacent; tant, du coke' des siens, d'apre's le triste,exeinpie qu'il a sous les yeux, que de la part du Sulhan dont il craint avec raisori de pro voquer le courroux en se rendaxit 'a 1'ordre qui lui est intime', n'he'site pas un seul instant 'a refuser. Le ton. sur lequel on lui parle n'en devient que plus imipe'atif; il est re'dtiit ~ ~etr 0. 2ti~~~~~~

Page  386 3586 G bE SULTAN MAHMOUD. cier, et finit par obtenir d'e'tre envoye en qualite' de me'diateur "a la Sublime-Porte, pour remettre au grand-vesir tine supplique, adresse'e au nom du corps 'a Sa Hautesse. Elle est re'dige'e, d~pose'e par le koul-keayassi. entre les mains du premier ministre qui, voyant le danger dont il est ui-eme menace, va. la presenter au Sultan, quoiqu'it sache d'avance la re'ponse qu'elle obtiendra. En jugeant que Sa Hautesse mettrait, n~ant au bas de la reque'te, et se roidirait contre la violence, loin de lui ceder, le grand-v esir lie sk tait point trompe. II revient du Serail, to-urmenten par l'inquie'tude que lii donne le mnauivais message dont ii est porteur; il sait que 1'inflexibilit6' du Sultan va immanquablewent achever de faire e'clater I'incendie,, et cet autre jugement se re'alise aussi pleinement que le premier. Les insurge's ont 'a peine entendu de la bouche du depute', que le GrandSeigneur veut absolumient quon Iui rende son aga, que la fivre re'volutionnaire. les transporte. Hors d'eux, ne se connaissant plus, uls se jettent, sur le niallheureux captif, Ie massacrent, et menacent du mehme sort son successeur, s'il diffhre un instant d'accepter

Page  387 LE SULTAN MAHMOUD. 387 les fonctions qui, de's lors, lui sont devo-. lues. Gelui-ci obtient cependant encore ua sursis dont it profite pour porter un second message atu premier ministre. Le Grand-. Seignenur y r~pond, en disant qu'il me'connait les janissaires pour Musuilnans; d'aille urs qu'il n'y a plus de j anissaires:faisan t, par ces mots de reproches, allusion a la conduite la'chel, tenue par le corps dans la derriiere, guerre;'il ajoute me'me qu'il n'a plus de capitlae, qu'iI renonce au S~rail, et qu'il va passer eni Asie avec le sandgjak-c'heri1' ( 6ten-~ dard de Mahomet), Iivrant les coupables la la vengeance divine. Cette sentence tie pouvait produire qu'un effet iniutile, en sqi-ppo,_ san t encore qu'elle provoquht le repen tir, puisque I'agp avait ke mis en pieces. Le Sul-. tan hii-me'me, apre's les, premiers momens d'un courrouxbienlegitime, re'fle'chissantqu'i~ ne ressucitera pas les cendres du mort; pie le koul-k-eaya~ssi estle substituit ne'de l'aga;,et que, de son co'te', it n,'a aucun rnoyen de' repression a opposer, aux insurges, consent ' rte 1'orell au Doseils qui, de toule parts, le sollicitent pour qu'il recule l'in'st'ant de la vengeance, dans- l'intention de la ren-.

Page  388 388 LE SULTAN MAHMOUD. dre plus terrible; en consequence, il finit par perniettre an grand-vesir de'revetir le caffetan au koul-keayassi, ce qui s'execute aussitot; etle nouvel aga, usant sans obstacle de son autorite, fait rentrer d'un clin-d'oeil les muttins dans ''ordre. 'Le calme est si bien retabli, du moins en apparence, que six heures apres le premier tclair, precurseur de lorage, un incendie, occasionne par unaccident, se manifeste dans Constantinople, et oblige, selon la coutume, le grand-vesir a se rendre sur les lieux. Totusles janissaires s'y ttovieiVt:, et mleme c'est a qui, parmi elx,' donn6itaplus de preuves de devdnehnent, en sorte qu'abi 'bout de quelqnues instanis le feu esfi'entiierement eteint. Cependant oA doit sfatendre que, mafgre le traite ie paix, les 'ddux partis s'observent inutuellehniat, et que l'inquimtude i n'st pas entierement dissipee chez les habitans de la ca* pitale. Le iiercredi et le jeudi s'ecoulent dans le silence e part et:d'autre; mais dind cnt silence morne qui, d'ordinaire, estde maiivais presage. Chacnn attend avec anxiete l'aurore du vehdredi. Lorsqu'elle est arrive e, on

Page  389 LE SULTAN MAHMOUD. 389 soupire apres le milieu du jour pour voir si le Sultan s'exposera a sortir. du $erail et.a se rendre a la mosquee. Les gens de bier craignent qu'en bravant ceux qu'il doit regarder comme des ennemis implacal!es, il n'expose des jours precieul&,poiw: 4'Etat; d'autres, tout en eprQopant cc seniment d'inquietude, sont desireut de le voir jusaier par un nouvel exemple de lermete le caractere que jusque-la il:'a,amais deinenti; en effet, c'est dans des circonstances aussi epineuse, dont les aimes fortessont seules cap^bles de soutenir l'epr.euve.que celles-ci, se reconnoissent vraiment. 7L'heure apprqhIe, sonne, et le Sultan parait se dirigeaift vers le temple pour aller faire sa: prier:; gais,ou? -A la mosquee elevee par li,, coniAe,.iu trophee, sur les ruines.,de cps;repate oQP la lie des janissaires passait, trois:aunees auparavant, les j ours dans; la dbauche. N'est-ce pas, celebrer 'anniyersaire de cette victoire, eti ieme en remporter une autre non puoins brillante, que de forcer, les vaincus asuivre son char triomphal dans les lieux qui:leur rappellent une sanglante defaite?.... Le concours est immense. To: les vrais sujets se

Page  390 390go LE'SULTAN MAHMOUD. pressent sur le passage dti Sultan. Le nouvel aga vient a sa rencontre, et l'aborde avec les 'tembignages d'une servitude sans reserve. Les janissaires se presentent en coupables honteux, et peut-etre repentans, si l'on en croit leur maintien mlal assure. Chacun d'eux craint qu'on ne lise sur son front le crime, et qu'i cote lon n'y ecrive l'arret; mais le jour de la vengeance n'est pas encore arrive. Souvent c'est la condition des Sultans d'etre forces de la retarder; et combien memie en est-il qui ont ete contraints d'ensevelir l'offense dans un entier oubli! L'aga enleve les bottines a Sa Hau'tsse. Ce moment etait regarde comme le plus critique de tous ceux que la journee devait offrir; cependant on croirait que le Sultaln-n'a pas change d'esclave, a voir l'unifoririite dejeodnduite qi'il met a soutenir cette ~preuve. Enfin lesdeux partis se separent; et, si 'utn d'elx a eu la veille la superiorite, l'autre 'a' reprise le jOursniarint, de mnaniere a contenter sa dignite offensee, et a ne plus laisser a venger que la slret6 de 1'Etat compromise. '' A ~rilysons ai preseht le dtlit, et ramenons a sa juste-valeur l'atteinte qu'en a recue la mnajesat6 royale. Sans contredit, elle a ete

Page  391 LE SULTAN MAHMOUD. 3) outrage'e, puisque c'est le Grand-Seigneur qui nomnme l'a'ga des janissaires; mais, d'un autre coe' Sa Hautesse donne 'a ceux-ci utt chef pour, qu'en qualite' davocat du. corps, it soutienne ses int~rets et le prot~ge pre's dui trone; aussi ce rd'e est-il celui que s'Imposent presque tous, les aga, lesquels', me'we en l'outrantI oublient entie'rement 1'autorite' de qui u'Ls releivent. L'aga quje nous venons de voir ininuol par suite d'une conduite tout-Ai-Tait contraire, c'est-a'-dire, pour avoir secondri le Grand-Seigrneur dans ses executions secretes, au lieu de s'e~tre acquitte' des fonctions de de'fenseur 'a 1'6gard des siens, Cr) Jeur servant de refuge, renversait toutes les, ide'es recues dans son corps; et cc dernier, tie pouvant obtenir que par un crime de se d~fivrer d'un protecteur plus dan~g'ereux qu'un ennemi declare, n'Ia point he'site6 de le commettre, f'aisant d'ailleurs aibstraction de la dignite souveraine, au moment le phis terrible de sa ven - geanice; qui seule l'occupait.. Si les'insurg11,s se fussent souillks dui sang dui grand-vesir, celui-ci ktant l'mage- vivante du Graind-Seigrneur, le crime de kese-majeste se trouvait consomnm6; mais ces me'mes mu tins, dispose's

Page  392 392 LE SULTAN MALIMOUD. ai demander la te4te du premier mninistre., celles, du capitan-p-acha, du topdgi-baehi, et toutes les tetes enfin des officiers qui leur forgent des fers, intimide's par la contenance ferme duSultn, nont plus ose pr'senter une reqUete "a laquelle Su~rement ils se seraient fait faire droit sous tout autre re~gne. Dui, reste, les coupables doivent trembler, car AS De peuvent point espe'er, qu'aver Mahmoud, letir crime demeure imponi; iA est mime hiie croire que cc prince me'dite dans cc inoment de vastes projets qui n'ont seulenwnt pas pour objet quelques- te'tes-crilxiiinelles. La rebellion des fils de Re'geb-ikicba est, certainemeent un motif tre's-spe'cieux d-e Calre arriver des troupes d'Asie; mais seront-elles tou~,es destiin ees, " r'duire Orsova, et ichasser de 1li Valachie le parti- qui s'y. est jete'?... On ne. peuk, f'or~ner~, at cet 6gard-, que. de simples conjectures; ccpendant, ii es~t assez raisonnabkc.de Pr'esumer Ique Mahmoo'd n'oubliera, pas les J~anissa. res de la capitale dam.. le nomibre des fdons 'a sub jugfuer.

Page  393 QUELQUES AUTRES PROMEN~ADES. Dolmna,-Bakt'che'. - Betchik - Tach. - Te'ke t- Ijissar. -Stegnia. - Retour par la rive d'7Asie. -R'esume. Ow ne tarirait pas si l'on votilait citer tous les points de vue (lignes d'e'tre' 1isite's,' tou tes les promenades attrayantes que petit fourn'ir le sol in epuiisable de Constantinople. Quelquie direction ~qu'on suive en remontant les vallkes du Bosphore, on bien en parcourant les crates qui ledorninent, les yeux trouivent abondaminent ii sqe -repaitre sains rencontrer jamais la satitet';ca-Ir la- varie'te des: objets pre'vient la monotOnie, et nourrit touj ours le de'sir de voir, qut'ici, l'air' myste'rieux du ~site, hIa un horizon immense, tiennent continuellement e'veifle'. Lndiqu-onglenco're quelqu'es -unes de ces courses pittores~que's, choisissant celles que nousserions le mnomns' excusabtes de passer. sous silence, puisque ces omissions laisseraient des Jacunes trop sensibles dans notre porte-feuitle. U-ne promenade qui satisfaira souq le double rapport des beaute's d'ensemble et de details.I

Page  394 09j1 QUELQUES AUTRES PROMENiNDES. c'est celle qui conduit "a Te'ket-Hissar, situ&l au-dessus du chateau d'Europe, et qu'ori petit entreprendre sans trop de fatign~en. choisissant Pe'a comnine point de depart. Nou~ avons, de'jA de'crit la voie de mer, suivois, done cette fois la route qui parcourt le litoral, et traverse dans le sens de leur longueur les, nombreux villages dont ii est bord6. On descend de la grande caserne, dans la valhse. de Dolma-Baktche', soit, en s'abandonnant au sentier silenejeux qui traverse. le champ des'Morts musulmaDn, ou. bien en si van t unm autre,.qui est tracs sur la eroupe des monts et part dui cimnetie-re arme'nien. Si I'irondelle a annonce6 Jc retour de la belle saison, on trouve assis au de'bouebe' de cette vallse, un camp on, pour mieux dire, uric Ville tartare,. dont ch~aque- tente offre unm caf6 et rime reunion de fuineurs. Les Uris se d' leetenit avee Ia. pipe turque, d'auitres avec Ic narguilet, pipe persane,. dont le..tuyari, en cuir flexible., serpente autour-d'un vase de cristal. rempli d'eau. dans laquelle la funic va, de'poser.son aeret6 et n'arri've 'a labo0uchc qu'apr~s plusieurs d-6tours de la sommitetdill vase o" e tabae bridle.

Page  395 QUELQUES AUTRES PROMENADES. 395) Sur un plateau,1 faisant face au champ des Morts, est u n kiosk imperial d'oii Sa Hatutesse preside au jeu du dgirite que ses noirs executent le matin lorsqu'elle habite le palais de Dolbna-Baktche'. Des jardins'potagers attenanta't cc dernier, occupent la partie extreme de la valhle', dans-laquelle on trouVe, en la remontant., un champ de tir pour la cible, inais surtout tine terrasme ombrag~e de pins qui fournit tine e'chappe'e de vue des plus ravissan les. isA la faveur de celle-ci,3 on petit promener,ses regards sur la c'te d'Asie depuis Scutari jusqu'A la pointe extrenie de Chalc6doine;.stir Ia br de LUandre et les ties parsemees dan's-la Propontide; sur la rivc lointaine del l'ancienne Apamece; fatigru~e enfin de ces excursions loin-taines, la vue revient cormplaisamrnient se reposer stir les revers; om-brage's de cypre~set le 'fond du vallon cons'acre' 'a la culture,- qui, 'tout, en la ramen-ant 'a Iui, fait promettre- 'a l'amateur de venir d6 nouveau le visiter. On traverse.Dolh a.-Baktch4" en longeant stin ses derrieres. je pala-is inmpe~rial, et l'on quitte cc premier ~viliage pour entrer dans

Page  396 396 QUELQUES AUTRES PROMENADES. celui de Betchik-Tache. Ici, on trouve une autre vallee plus profonde que la premiere; aussi attrayante quoique moins anime, et qui offre, a la sommite du plateau auquel elle se rattache, un point de repos indique par nn kiosk et une fontaine en marbre blanc. De 1l, tous embrassez une partie:du Bosphore, malgre les sinuosites au moyen desquelles il cheiche a vous echapper, et vous voyez devant vos un ravin plante de cypres funebres qui vous conduit a Orta-Keuiu. Si l'on remonte la branche gauche, on arrive a uneterrasse, elablie pourprofiterd'un autre point de vue. Au pied de cette terrasse est un bassin ou l'onde jaillit dans le marbre qui l'emprisonne, et sur lequel des platanes etendent leur ombrage protecteur. Cette vallee peut a elle seule fournir, comme on le voit, -matiere a une promenade tres-recreative, qui procure en outre l'occasion de voir la maison de plaisance deBetchik-Tache. Orta-Keduiu etKourou tchesme, qu'on trouve ensuite, sont lies l'un a 'autre au moyen des deux palais habites par les siltanes, et adosses a la montagne, couverte; jusqu'a sa cime, de chanesverts' de lauriers, d'arbousiers et

Page  397 QUELQUES AUJTRES PROMENADES. 397 d'arbres de Jude'e, du~ sein desquels s'd'ancent caet hai par bouquets) des ifs, des pins, des cypres et des peupliers. Tout, A tour on est ~i la yulle et aux champs l'Paspect de la cainpagnesuccdant 'a cehui que pr'sent ent des rues populeuses, des bazare., des places qui servent de d~bouche's 'a des 6chelles e~ntour'es de caft~s et de boutiques. On traverse Kou.vout-chesine', qui se fait remarquer. par ses fabriques, ge'neralerneni belles quoiqu'en deuji, et l'om arrive "a Arnaout-Keuiu sans se douter qu'on a chttng6 devillagre, tantl'intirniite'qui les uni~test gra-nde. Ici, les habitations bordent le rivage et s'enfoncent dans le ravin. La route, qu"i j usqu' acc moment a Presque toujours chernine' entre deiix rangs de maisons, gagne lc litoral,et, d~gag~eant enfin la vue-des entraves. qui Ia captivaient, Iui restitue un tableau d'autant plus iravissant qu'iI a ete Iong-temps voike. Apre's avoir double' le cap, marquA6 par une fontaine, en marbre, votus de'couvrez un 8spa~ietIx bass'in encadre' par unc bordure cirvulaire de hauteurs qui captivent 1'atteution., quelque part qu'ele s'arre"'te sur Ics~airnahlbcs objets dont cUes son'tparsemnces.

Page  398 398 QUELQtUES AUTRES PROMENADES. On arrive 'a Ilebek, qu'on, reconnai~t au palais peint en rouge consacr6 'a la valide; aux magasins, danS lesquels, la marine vient s'approv'isionner de biscuit; 'a la jolie mcaison de plaisaD-e -SitUee sur le rivage, entour~e de platanes, de saules pleureurs, de peupliers, et connue sous le nom de kiosk des conf&rences, parceque le rells- effendy y donne ses audiences particuli'eres auX ministres etrangers. Si l'on passe outre, on' trouve un mille plus loin le chaXteau d'Europe, en che-. minant le long d'um cimetie're oii l'on voit plusieurs -sepultures remarquables par leur somptuosit6; et dont le site inontueux vous offre les accidens les plus pittoresques: tels, par exemple, que des quartiers, de rochers fixe's au sol par le lierre qui les a entoure de liens, comme pour les empe'cher de s'abimer sur voiis. * En rernontant la ddlicieuse valle'e de Bebek, on arrive au Teket, que nous aurions trouv6 bien plus tok sans doute, s'il nous euit e'te possible de passer si pre's des sites attrayans que. nous avons visite's, sans nous kisser ecarter de notre -route. lci l'horizon, agrandi. biexii au dela' des

Page  399 QIJELQIJES AUTRES PROMENADES. 399a limites de la vie,.comprend. dans son domaine le ciel, la terre et l'onde, pare's l'un et l'autre de tout ce qui re'ussit le mieux 'a les, faire valoir. La ccote d'Asie et celle d'Europe se presenhent de'coupees en ravins multiplies, du sein. desquels on voit s'e'lancer uine ve'getation vigoureuse et varie'e. On jouit en mterme temps d'un lointain et d'uin premier plan daDuns rapport parfait entre eux, et sv'pares par un fleuve majestueux qui se complait 'a r~pe'ter ses rlives, comme pour en reproduire L'image enchianteresse. L'air que vous resp~irez., d&. gage6 de toute alteration, Porte sensiblement le Principe de la vie, que vouis reconnaissez 'a son passage dans le poumnon. Le ciel pur qui vous eclaire, laisse voira't travers les couches aeriennes qui l'erveloppent, les be'atitudes dont it est le s~jour, et vous, invite 'a y monter pour en jouir; mais d'un autre cot6 les lieux qne vous allez quitter, vous paraissent si atta('hans par les charmes qu'ils d'al~ent 'a vos yeux,'que nie sachant plus auquel. donner la pr~fe'rence, vouis demneurez inde'cis Si vous devez choisir le sort d'immortel ou. cel~ui d'habilant de la terre.. En parcourant les, entours de cet. ermitage, vous remnarqucz -su~rtoudtiUn cirnetie're

Page  400 4oo QUELQUES AUTRES PROMENADES. plante' de che~nes me'lange's avec des arbustes, et pmreme' de cippes, coiffes pour. le plus grand nombre du bonnet de derwisch. Quel.. ques-unes de ces se'pultures s'attirent lMomnmage superstitieux des de'vo'ts:ce qu'indiquent des locques appendues aux rame'aux qui les ombragent. L'babitation, commode sans etre po~urtant spacieuse, est occupe'e par le sclieik et queiques religicux qui accuejillent tre's-bien les e6trangL-ers; qui meme ont du viii 'a leur offrir, quoique l'usage des liqueurs ferment~e'e ne Isoit pas plus permis. par lit regle des bektachi, suivie, dans ce tek't, qu'aIux autres Mlusulmans.- Un terrain assez eitendu, que ces derwvisch cultivent de leurs maIns, et les aulMones abondantes qu'ils re'coltent,.procurent. 'a cette petite,association -une -honne~te, aisance qui devra-it ne lui haisser auctin d~sir 'a former. Le retour a' Pe'ra peut s'effectuer en tenant la,'crete des hauteurs; m -ais on y trouve partOut un Sol nutl o1 simplement plante' de bruybres, qui vous inspire de vifs regrets pour oce que 'voui'-avez. laisse'. 11 ~vaut donC mineux s'embarquer 'a Arnia6ut-Keuiui, pour, vogrueride la' jusqu'au point dti'dpart. II est, san-s quitter ce rivwge, unf aumre but

Page  401 IQU1tLQUES AUTRES PROMENADES. 4,ot de promenade, qui, quoique moins attrayant,. a cependant aussi ses chartnes; c'est de Stegrna dont je veux parler. Sa valle'e est riante et -profond~e, son port spacieux et toujours bien garni;- mais ce qui se'duit la' da'vatitage, c'est -an cimetie're qui borde le rivage et atteint le Sommet des hauteurs, oii la vue trouve le champ le plus vaste. Si 1'on passe sur la cote oppose'e, et qu'on se fasse de brqr' Sultani6, on y voit sous, les, platanes, qui l'ombragent uine fontaine de la plus grande magnificence, et souvent un concours considerable de Musu1lmans invite's par la fraicheur dont ce lieu est l'asile. Sur une petite 'Ile situe'e vis-ht-vis', "a quelques pas du rivage, on remarque des vestig~es, d'architecture qui portent le cac'het des Enipereurs, Grecs. La montagne du Geant attite i'galement uin grand nombre de visiteurs., ainsi' que les ruines, dui moyen Age qui recouvrent celles du temple de Jupiter-Urius. De la', en suivant le plateau, on arrive 'a uin petit bobs de che~nes qui ombrage des se'pultures, et d'oii Itt vue va se perdre dans l'irnmensite' que l'Exin luii offre; enfin le Littoral d'Asie, depuis L'Echelle 3. 26

Page  402 402 QUELQUES AUTRES PROMENADES"Y.. du Grand-Seigneur jusqu'~t Scutari, fournit une foule de beaute's qu'oi re'ussit i recucillir sans omission, en les voyant, d'abord du canal, puis en les visitant de, plus pres au retour. Tehiboucli est la prerniere station qui arrdte le promeneur' apre's Sultanie'. On s'engage d'abord dans les jardins dont le terrain esL Parsem';o visite ensuite. tivois belles, citernes, L'une Atciel ouvert, lesa~utres Von-. to'es,- qui doivent etre les restes de que~quesunes de ces nombreuses maisons de plaisance C'difikes par les Empereurs Grecs, dans les entours de -leur capitale; ou bien enicore,qui indiq'uent la place occupe'e jadis, par des mojoasteres. Ce'dant 'a l'attraction bien plut~t qu'a' la fatigue, si facile 'a oublier an seim des distractions, on finit par aller se reposer a- l'ombre d'un -bois de che'nes et de ch~agniers, retra' ch d ans l'int~rieur de la vall~e mais do'i iA devient difficile de s'arracher; car pour cela on doit ompre eslens jpvisibles, au moyen desque'ls le's dryades se sont plu i4`aire de vous leut captif; vous condamnant at usn esciavage tellement doux,, qu'oM ne retourne qu 'a' regret a la Liberte'.

Page  403 QUELQUES AUTRES PROMENADES. 4oJ Immediatement apres avoir double le cap qui couvre Tchiboucli au sud, on met le pied sur lne terre plus dangereuse encore par toutes les seductions dont elle est parsemee, et contre lesquelles, la resistance perd sa ver.tnt Kandlgia, qui est ce village enchante, formn une ~qontinuitde d'habitations ayant la mer devant. elle,, immediatemnent derriere la croupe de plusieursramifications chargees de cypr's, sepfrees par deds avins oi croistent l'axbre dIJu4dp, lqs lils.,;les lauriers, et allant se rattaqher a la crgte principale sur laquplle s'etend un bois de piig ~lbr-semnes C'~st la qui'oq retrouye les cha6nes qu'on avait brisees avec tant de peine: ofrtifies par des charmes nouveaux, d'ap!ant plus.pist sans qu'on n'etait point premuni contre leut effiei- j.,,. *,'; ',,. Apries avoir rendu 'a JKtndpli l'hommae qui lui est 4du; on faiturne station a Kodp!Ba*tchessi,,.ou le plttoresque se montre sous un atre,aspect. Io oq trouve une fortification ruin e, sur la coupe, d'un conre-fort qui separe deuK ravins ombrago deo platanes remarquables par le deploiement de leurs rameaux tortueux. Devaut soi, sur la c4te op

Page  404 4o4 QUELQUES AUTRES PROMENADES. pos~ee, se dessine Be'bekI le Champ des Morts de Rome'li-Hissar et les, palais des Sultanes; enfin parvient-on 'a reprendre sa rot, c'est pour aller se reposer "i quelques pas plus loin, toujours se'duit par le site s'aetant 'a BeilerlBey,A ~ILstavros-, 't Kouz' gound-.Jouk, avant d'ar'river 'a Scutari, qu'on ne quitte pas avec mons, de peine. A l'instant me'me oii je trace ces lig'nes,, je touche au jour critique oii je doi's dire adieu aune contr~e' dont les charmes ont agi trop, efficacemerit siir moi pour;ne pa s M' en arracher avec regret, et adresser des voeux ani ciel afin qu'il 'me permette de la revoir, car jamais encore e'lle ne m'avait seznble aussil belle. Ces dernie'res paroles,. qui renferment l'hommage le plus since're et le rnieux mierite', sont dites 'a titre de reparation pour d'autres, prof~r~es trop'legei'rem~e'nt e'ni cornmenant, et avec lesquielles elkes vont former contraste. Mais n'ai-j a an'nocane-teur qile ce livre e'tait, a proprement parler, le journal de mes pensees, ai partir de mon ari~ iConstantinople; cette cont'radiction n'est donc pas la seule qu'il 'aura remnarqu~e.dans le cours de la lecture; car 'avant de Vo0-ir"

Page  405 QUELQUES.AUTRES PROMENADES. 4o5 les objets' sous leurs, ve'itables formes, il a 'faliu que pre'alablement 1'observation chez rnoi les de'pouill1't de celles qu e l'opinion ge& nerale leur prete; que je m'en fusse approche' graduellement jusqu'a' finir par oser les toucher; et de me~me que l'enfant qu'on veut guerir de la crainte des farfade s, qu'il rn'eca ete possible de reconnaitre enfin que ces memes objets sont loin de ressembi er aux chime~res., sous les traits desquelles on les represente, afin de les rendre plus effrayans. J'aurais Pu reformer ces contradictions, et dies la premiere page annoncer ce que j'ai, reserve pour cette dernie're; mais ne'~tait - it pas mieux entendu de travailler "a la conversion du lecteur, d'apre's la mnianire dont s'est operee la mienne propre, et. de l'ame — ner insensiblement "a e'couter une nouvelle doctrine qui demande 'a e~tre annonce'e avec management pour produire tout son effet? Da~nsle principe ta dc~fiance m'e'taitpermise, et je pouvais craindre qu'ici les etres'pensans n' empruntassent leur me'rite des objets inanime's; mais apres des observations aussi re'ite& rees, il est de toute impossibilit6 que je m'abuse au point de vo~ir ce qui n'existerait pas,

Page  406 4o6 QUELQUES AUTRES PROMENADES. revet cependant de toutesles apparenees de la rdalitd. iUn reve niensonger nereussirait pas a se jouer aussi long-temps de 1'imagination la plus credule, saris que la raison la moins severe ne parvlit enfin a detruire le prestige. Un aussi long assdupissement surpasserait le pouvoir de Circe et d'Armide. Dailleurs la nature, sur les rives dI Bo0ph6re', s montre trop ennemie du deguiseiient pour accorder a ces enchanteresses son assistance dans Fintention de les aider a fasciner les yeux. Non, encore une fois, ce n'est point uhe fausse doctrine que j'ai pr6chee, et Ie leeteur pent s'y abandonner avee'pleine confiance, certain de n'etre jamais condamnd a un retour penible. Pour se convaincre de ma veracite, s'il lui reste des doutes, il lui suffira de detailler avec quelqiie attention mes ebauehes sur les mceurs et le gouvernement. Relativement aux premieres, il verra percer mon impartialite dans l'opposition que j'^tablis entre les vertus et les vices de la nation Ottomane. II m'accordera, apres nn meme exafnet, de ne point m'^tre l eisse blbouir par les unes de manriere t' ces/' de paraite offusque par les autres. L'etixrait qluil devra tirer de cet

Page  407 QUELQUES AUTRES PROMENADES. 407 article, si j'ai bien su me faire comprendre, est celui-ci, en dernier resume: Io Que les grands, pour la plupart, sont accessibles a la corruption'et rarement remplissent les obligations qu'ils s'imposent en acceptant les premieres charges de l'Empire; que presque toujours ils cedent; par une lache complaisance ou bien par pusillanimite, a la volonte du souverain, lorsqu'il:s'egare par exces de severite ou de faiblesse;;que souvent ils sacrifient les interets les plus chers a l'appat trompeur que des puissances ennemies leur offrent, et anquel ils se. laissent prendre, cependant autant par ignorance sur t16 consequences de leurs abeArratiens que par lattrait perfide que les presens ont a leurs yeux. 2~ J'ai relegue dans la lie du peuple 'intolerance, le fanatisme et tous les prejuges qui elevent cette barriere qae la civilisation a tant de peine a franehir. 59 Enfin j'ai reserve les vertus pour la classe mitayenne, qui les possede en effet, comprenant sous cette denomination ies'particuliers au-dessus du besoin, le corps desulemal qnelques-uns des membres du. pouvoir execntif. C'est bien a celle-la qu'il appartient de fixer l'opinion, puisque c'est generalemeat stP ldie qu'on prend 1'em

Page  408 4o8 QUELQUES ALJTRES PROMENADES. p'reinte du caracte're national, laquelle em-. preinte ne pourrait manquer d'ehre trom-. peuse, si pour l'obtenir on s'latachait "a conside'rer exciusivement l'un ou l'autre de ces deux extre'mes. A I'egard dui gouvernement, considers" dans sa forme et dans sa, manie're de proce'der, nous, avons dit: to que l'autorite' dui Sultan ne peut point porter le nom, de pouvoir absoii, pisque le corps politique n'a rien s a craindre de ses atteintes. Que la su'trete' idividuelle est quelquefois,' il est vrai, compro-. mise par suite de la faculte de juger que le titre de kalif lui defrere; mais nous avons ajoute' aussi qoe l'abus. de cette faculte' e'st conteint par le droit de reprisailles, dont ~en pareil cas le corps politique use sais r' serve,, comme le prouvent nombre d'exem.pies, des annales ottomanes 20 On a d voir que l'emploi de I'autorite' propre dii Sultan est ge'neralement peu raisonne'e relafivement 'a ceux qu'ilinvestit mnaladroitement de tous ses pouvoirs, et auxquels ii abandonne plus mialadroitement encore la faculte' d'agir. Loin donc de bla'mer la reserve que le souverain s'est menag~ee, de pouvoir ai son gre6 disposer de tetes Si souvent crimnunelles.

Page  409 QUELQUES AUTRES PROMENADES. 409 on doit regretter au, contraire qu'iI se soit conserve' de trop faibles moyens pour les faire -tomber. Ce principe entraine naturellement la consequence suivante:que la nation proprement, dite vit 'a l'ornbre des lois, ignorant qu'iL existe une puissance illimit'e., ou s'en inquietant fort pen, puisque ce n'est pas pour elle qu'elle'a e'te cre'e. 3o Enfin nous avons dit pie ce sont les membres du pou-.voir exe'utif qui ont engendre' le despotisme, mais que ce renversernent du principe poli-~ tique atteint kegelrement les Musulmans, faisant porter tout le poids de son joug odieux aux infortune's rayas, qui, a n'envisager qu'eux, justifient pleinement l'epithe'te si generalement, employee "a qualifier le gouvernement Ottoman. Ce. ver rongeur; 1'obstination de cette classe abjecte qui commande sous le norn de janissaires; I'Mducation effemine'e du S&rail, et d'autres causes de'rive'es de celles-lat, qu'on pe'ut nommer causes premieres, sont les agens funestes qui minent sourdement, la puissance Ottomane,. et auxquels elle serait en droit de reprocher sa chute si les e'tais secourabies qui l'appuient venaient, par un d' rangement daus la balance politique, 'a luii

Page  410 4Io QUELQUES AUTRES PROMENADES. manquer, de maniere a l';abandonner au seul contre-poidsque ses facultes actuelles lui fournissent. Cependant, qnqique ebranle, cecolosse ne pourrait etre abatti sans ecraser ilne multitude des artisans de'sa chute. Le courage du d&sespoir viendrait a son secours; et de quoi ne seraient pas capables ces menles Musulmlans reveilles par la religion, qui leur dirait d'une voix altree: I1 faut abandonner les tombeaux de vos peres aux ennemis de la foi et sauver votre croyance loin des lieux quivousont vu naltre. Ces champs ensernences par vos mains, leur dirait a son tour le sentiment de la propriete alarme, il aut les laisser moissonner par le fer des infideles, et renoncer ia janais a leur demander la subsistance de vos enfans, de vos femmes qui, ajouterait aussit6t l'amour pdternel et conjugal, vont devenir k^ proie d'un vainqueur, avec lequel il n'est poit pour vous d'accommodement. Oui, reptreidraient ensemble ces moteurs eloquens et clect'riqtes, vois devez vots decider / tanti de sacrifices, ou bien il faut,... Aucun Musutman ne les laisseraient achever, et totn s'crieraient de concert II faut mourir! * i;,,;~~~~~~~~,

Page  411 UN 'SOU. VN UN SOUVNI

Page  412 LA Dalmatie tient de si pre's 'a la Turquie, dont on pourrait, croire qu'elle fait encorie partie, 4i en juger par la ressemblance morale et physique dfe ses habitans, compare's aux Bosniaques, leurs voisins, que Von me saura gr6 sans doute d'avoir compris, cette esquisse dans, ma collection; D'ailleurs cette contre'e, sortie depuis quelques anne'es de l'oubli, dans lequel peut-6tre elle va rentrer pour longtemps, a acquis, pendant ce court intervalle, des droits "a une place honorable dans les annales du siecle.

Page  413 UN SOUVENIR. Details topograpbiquesI historiques, moraux et descriptifs sur la Dalmatie, les lttats de Raguse e t 1'Albanie ve'nitienne. DAIGNE accuejillir un des nombreux souvenirs que mon coeur t'accorde avec tant de complaisance, terre hospitalie're,, au sein de laquelle j'ai vu s'e'couler queiques-uns de mes jeunes ans., et qui es si loin d'e'tre appr'ci~ee scion tes me'rites. A ta me'moire se rattachent pour moi tous les souvenirs les plus chers de I'amitie'. Cette divinite' consolante m'accueillit sur ton rivage,~ et sut d~guiser sous des fleurs jusqu'AI tes rochers sauvages. Puissiez-vous lire ces pages, 6 vous! qui avez Ie me'rite de cette,dspe'e d'enchantement. Pussiez-vous e~tre te& moins de 1'emotion, qui de mon cceur se communique 'a ma main,. et rend incertains les caracte'res que trace ma. plumie!Je goi~terais du momns la consolation de penser que vous, ne doutez pas de ma reconnaissance etqu'e I'&_

Page  414 414 UN SOUVENIR. loignement ni le temps ne peuvent rien sur des sentimens n6tirris par nmon'cceur lorsque c'est le v6tre qui les a e.ngendres. Peut-etre quelques lecteurs prevenus par des relations mensongeres, et surpris de la profession de foi que je vieils d'emettre, croient dIeja m'entendre prddiguer des eloges non nmerites S cette terre adoptive mais qu'ils se detrompent et se rassurent, la verite veille chez moi B c6te de la tendresse, et retisera totites les paroles dictees par elle.. Afin meme de prouver la sincdrite de 1'engagement que je viens de prendre, j'entrerai en matiere par declarer que je ne vanterai pas les belles campagnes etle sol fertile de la Dalmatie, au point d'en faire une terre de promission. Loin de msoi 'exageration et totit ce qui pourrait rendte mes jugemens suspects0 Je la plaindrai au contraire di- hId condition servile A laquelle depuiis les Rofnains juscqu'I nou's elle a presque tojours de 'concamnee.-. ' Ses nontagnes depouillees aujourd'hui et couvertes tutrefois de foretas imslenees attestent la rapacite des envoyes. de Venise, que la cupidite seule attirait dalni cette -ontree, et dont ces sangsues se detacliaient apres

Page  415 UN SOUVENIR. 41i5 S'etre amplement gorgees aux de'pens de sea inaiheureux habitans:c'est-Ai-dire au bout de trois ann~e'es qu'on leur accordait uniquernent pour assouvir leur soif; apre's lesquelles d'autres sangsues les forcaient de ktcher prise, De'lave'es par les eaux pluviales, ces muontagnes aujourd'hai montrent leburs, rochers "a nu, comme une preuve effrayante de cequ'e~t capable de produire l'incurie jointe 4i la mal-' versation., Les sources ne se re'pandent plus avec abondance 'a la su rface -de son sol,. comme on doit s'y attendre d'apre's la spoliation. qu'il a souf. ferte. Cette disiette pe~ut encore etare attribwie A la dispositiou inclin~e ede.ses coudibes calcaires, qui ne peuvent manquer de favoriaer la filtration 'a l'inte'rieur; ainsi,,qi' la rareti des nuages qui s'arre'tent sur cette contre'e. Je ne vantero& pas non plus find-ustrie et la diligence de ceux qui. babiterat. ses. canipagnes; j~e pousserai inknle la sinc~rite'jusiqu' a adresser des reproches aux citadins, sur leur peu d'emr pressement A, encourager les travaux' de leurs colons, qu'ils pourraient, tirer- d'une apathie pilutot contracte'e que naturelle, en leur r'i4. lant les secrets do l'agronomnie, et ene'veillant cbez eux l'anour du travail,. ainsi que le d~i*

Page  416 06 4i6 UIN SOUVENIR. dui gain, au inoyen de ces commodite's de la vie que l'homme des champs peut connaltre sans danger. Je me r4~crierai encore sur I'ine'galite' des fortunes, dans le partage desquelles le culti-. vateur a aujourd'hui une si mince portion, que tenant faiblement an sol,. les emigrations appauvrissent chaque jour la population. On Voit jusqu'ici que la mauvaise administration politique et rurale recuejile tous ces reproches, qui d'un autre cote sont les garans de ma franchise. On peut y ajouter les fre'quens changemens de condition, dont les, de'sordres sont une consequence inevitable. Mais iA est temps de re'parer par des e'loges me'rit's, les v~i~ peut - tre un peu dures, u~ regret je viens d'adresser "a cette terre hos-. Qu'on n'aille pas croire comme quelqueVuns le disent, que le sol. de'la Dalmatie n'offre partout que des rochers ste'riles, de'vore's par un solvel bri'dant; combien de coins de terre oila nature a pris plaisir At 'taler, ainsi que dans les plus riantes contr~es., ses charmes les plus s4'ducteurs. A. l'appui de cette assertion, je citerai la belle campagne de Dernitz, situe'e au pied des monts interposes entre la IBosnie

Page  417 UN SOUVENIR. 417 et la Dalmatie; celle de Verlika, 0gl ment fertile et attrayante pir -son air de fralcheur; les cam pagnes de Varna, plusieu~rs portions des vallkes qu'arrosent la Kerka' le Cettina, I a Narrenta et la Norine; le plus grand nombre des flies setmees sur la longueur de la co te.;. o' 1le mytte et le laurier croissent ict des grenadiers, des -oliviers et 'de la vign e; la c6te elle-me~me ombrage'e de figuiers, de juj ubiers et -de tous les autres arbres quc rious avons dejAi nomme's, qui prospe~rent sous le ciel le plus favorable a leur v~ge'taUpn. Que pourrait- on citer enfin, apres Ia rI~re de Castelti, qui a des traits de ressemblance si marque's avec celle de Ge'nes? 'Mais reservons-nous d'en esquisser plus bas les gracicux details; pre'sentement, poursuivo-ns lesavantages que le sujet nous foisnit sous tant d'aultres rapports que nous n'avons point encore examine'se Fiuit-il jamnais un 6iel plu's constant que' c'elui de la Dalmatie; et quelle contre'e peut, SC vanter d'e'tre moins qu'elle attriste' par des jours ne'buleux? Ui l'hirondelle et l'alouette,gazouillent quand les rigueurs de la saison les chassent des autres climats; et de meme pie

Page  418 418 4i8 UN SOUVENIR. l'hivery est tardif, le printcrnpsy est 6galement prmcoce. Ces violettes que le mois dejanvier voit 6clore, en sont la preuve irre'cusable; et ceux qui les ont cuefilies,. golultant alors tous les charmes de la belle saison,. devraient - ils oublier qu'a' la m'm-e epoque les frirnas font porter le deuji 'a beaucoup d'autres contre'es, et retiennent dans des cellules bien ferme'es, leurs habitans. On devine aise'ment que la terre,, f~cond~ee par un, solcil aussi a'moureux, doit annoncer pa a nature de ses productions-, cette douce In nce. En effet, la vigne ne donne nulle part des-raisins aussi exquis, et un vin plus genereux; nulle part la figue n'est plus sucr~e, et l'olivier ne rend avec plus de libe'ralite' une liqueur plus onctueuse. Les rochers ste'riles en apparenc*, flourrissent, cependant des plantes arornatics e, que de nombreux trotipeaux partagent avec une prodigieuse quantiteI' degibierdont la chair est exquise. La mer n'est pas momns feconde en p~turages, qui attirent les especes les plus distingue'es des habitans de l'onde,. et foUrnissent 'a ce'ux de la c6te la majeure part de leur subsistance. A chaque pas le navigateur rencontre dans

Page  419 UN SOUVENIR. 419 ces, parages des ports spacieux, ou' les flottes les plus nombreuses seraient 'a labri de tons les vents. Nulle part ailleurs ces asiles rmul1 -tiplue's ne sont mieux garantis, etm~re pourvus avec plus de soin des avantages qui contribuent ~t leur me'rite. Les nommer tous serait trop long; je me contenterai de citer le port de Gravosa ou de Raguse, qui n'a pas son pareil; le port de Locino, ceux de Lissa, (le Lesina,. auxquels je pourrais en ajouter taut d'autres, qui sans ALre dou's d'avantages aussi brillans que les premiers, sauraient se faire apprecier partout ailleurs que sur une c0t si abondante eni abris. A present si l'on envisage le caracte're des Dalmates, on ne pourra leur refuser csvertus hospitalie'res et patriarcales, qui -ont fait donner le Dom d'a'ge d'or aux prexniers sie'les du monide. L'ctranger egare sur ces monts ou ces plagres, a-t-il jamais abord6' lhurmble cabanie d'un de ces e~tres qui ne connaiSSent encore ni les biens, iii les inconv'niens de la civi'lisation, sans qtue le chef de la farnille ne soit venu au de vant de son h Ate, et ne lui ait offert ou I e lait de son troupeau., ou le produit de sat

Page  420 420 UN SOUVENIR., vigne et de son champ?... Sachons respecter la vertu partout oii elle existe, et soyons d'au-. tant plus reconnaissans envers la bienfai-. sance, que ses dons sont moins dus ' la superfluit6. D'ailleurs, ce quji est une preuve irrecusable du caracte're liberal des Dalmates, c'est qu'Iavant notre arrive'e, les h~telleries n'et~aien't poin t conn ues chez eux, et que les f'amilies sontlie'es encore aujourd'hui entreecles par le droit d'hospitalite. Les Romnains vantaient d~ja' pour leur bra-~ voure les 1epgions dairnates; et nous avons e'te at meme de nous convaincre,-au champ de 1'honneur, que chez cette nation les vertus guerrie'res sont loin d'avoir deener' Le port noble et fier des individus qui la composent; leur constitution physique Ai l'6preuve de toutes les privations et de toutes ics rigueurs, atm osphe'riqnes; la vie frugale et austere qu'ils me'neit; ces armes qu'ils ne quittent jamai~s, et qui constituent Jeur bien Ie plus cher, semblables sur ces deuix points 'a leurs redoutables voisins:tout cela doit eA tre Ia garantie de leur valeur, et les faire teunir 'a haut. prix par leurs maitres. Quelle r~colte abondante offre 'a l'observateur cette nation

Page  421 UN SOUVENIR.42 421 separee des autres par ses mueurs et ses usages! Revenant aux sites, trace's les uns "a grands traits, d'autres sur lescjuels les graices ont passe leurs pinceaux, nous demanderons 'a l'amant de la belle nature, s'il lui est possible de voir sans e'motion [es cataracltes hardies de la Kerka, oii l'aspect sauvage de Ia scene,, ornee de tous ces prestiges qui produisent l'tonnement, re'pond si bien -'t l'action qui l'anitne. Ce point de vue ne denmeure en rien au-dessous des plus pittoresques dont les Alpes s'enorgueillisent, et cc serait se m' nager des regrets qUe d'aborder siir ce rivagre sans Contenter, 'a cet e6gard, sa curiosite'. Lca Kerka, apr~s avoir cou 16 pendant quelques mulles daris un lit trd-s-encaisse' et borde' de precipices, se repose tin instant pre's de Rundeheslap, dii cours pre'cipit6:que la pente et, l'irre'gularite' dii sol l'ont forc6' de suivre; et forme un lac du sein duquel s'6'leve une une petite `1ie Abite'e par des caloyers. Elle s'abandonne de nouveau 'a son irnpe'tuosite, et arrive entre deux remparts de rochers mine's par elle,. d6pouille's de toute espe'ce dle v'g'tation, sur le bord d'un abinic oii cite

Page  422 422 422 ~UN SOUVENIR. se precipite par plusieurs torrens, inondant un bassin spacicux dii fond duquel on ne (Iecouvre que 1'azur du ciel et les deux murailles escarp~es qui I'enlernment. Tous ces torrens, qui se partagent les eaux de Ia Kerka quelques instans avant leur chute, siljonnem tine pelouse forme'e de terres dllVions, d'coupt'e en des milliers, d'Iles verdoyantes qu'ombragent des saules et des peupliers Sur les plus spacieuses, sont ktablis des moulins et d'autres usines, au etn profit ces cours d'eau pour recevoir un mouvement dont les, re'sultats pr~cieux s'etendent ai toute la portion de la contre'e comprise entre Spalatro et Zar~a. Dans Ia saison des pluies, ces mn~mes torrens- se re'unissent pour ne former qu'une seute nappe, qui se pre'cipite, en e'cumant,. dans le vaste recipient p)repar6 pour lh. recevoir. Ce n'est pais sans, emotion qu'.7on arrive aupied de cc rocher qui, bien avant 1'instant oii i'celJe de'couvre, s',annonce par le fracas cdes cataracles.-uxquelles it donne naissance:aucgunene' encore par Je murmure coflus (des e'ehos rnuttipliks que ces lieux rece'lent. On s'embarque ~iScardonna sur

Page  423 UN SOUVEJNIR. 423 une nacelle Ie'ge're, et I'on s'engage dans ce bassin dont les rives escarpees vous' enfer-~ ment biento't daCns tine solitude proftonde. Vous vous persuaderiez slans, peine que le souffle de la vie n'a jarnais, anirni ces lieux,7 Si parfois vous ne de'couyriez quelques Dalrnates ou queiques, che'vres,. suspendus 'a la pcointe des rochers qui inenaCent votre Pe~te. Leur nudit6 effrayante vous f~iit soupirer en memee temips apre's le tableau sC(Iaisaft -que la vege'tation offre au peintre de la nature; mais, ces.impressions pe'nibles ne sont que passageres, et calcuk~es de manie're 'a doubler la consolation que les, effets des contrastes vonsm' nagfe nt 'a l'approche de cc tertre ainiable., encadre dainsla -solitude, I'aridite", et des abi'mes sur lesquels, l'oil craint de s'arr~ter. L'Archipel toraie avec le continent tin canal presque sans interruption jusqu'aux bouches du Cattaro, et poss"' de a ussi tine n-niltitude (le sites gracieux, qui font e'galement goaltter tousles charmnes, des contrastes. La' on trouive des hak~bitations partout oui A existe des otubrag~es; et sonuvent mrniue les rochers sont dcgu's par les soins opinia'tres de l'agriculture. Les Iles de Veglia, d'Arbe, d'Uglian,

Page  424 424 ~UN SOUVENIR. de Morter, de Slarine ouLile d'Or, celles de Solta, de Coursola et de Meleda, m'qen four-. nissent la preuve. On y voit avec contentem-ent ce que petit 1'inidustrie encourag~e par Ic climat et la bont6 du sol. Maiheureusement le -continent ni'est. pas aussi bien traits, et le voyrageur y rencontre des terres, qui ne produisent rien faute de bras pour les, culfiver. Puisqtue je fais l'cnurnl'~ration des paysages oii la nature s'est montre'e libe'rale,- suirement avec l'1intention de d6dommager ces lieux de la severite' que parfois elie laisse percer h leur egard, je ne dois point passer sous silence un sentier danis lequel je me sufis taut de fois Cgare; qui part des portes de Zara, suit lc littoral sur une rive escarpe'e, que les olhviers, et les figuiiers ombragent, ct-d'oii la vue se promene sur un large canal, borde" h l'ouest par des lies montueuses. J'emportais dans ces promenades solitaires, ~l'amitie', ma compagne ifide'le; je m'oubiiais des heures'entie'res au sein des douces reminiscences et des impressions nouivelies qu'eiie me procurait chaque jour; grace ai ses soins touchans,) je seritais temperer alors les regrets que pouvait eveilter

Page  425 UN SOUVENIR. 425 en moi le souvenir de ma premiere patrie; ou j'acquerais dui moins la force d'attendre I'instant de la revoir. It existe pour moi de tels rapports entre ces lieux et ceux qui in'ont vu naitre, qu'il arrive souivent 'a mon coeur de les confondreY et "ai ma pensee d'errer des unsauxautescherchant dans sa perplexit6 at les, re'unir sous le me~me ciel. Mais pour faire passer sur ces details oii" moi seul je peux trouver de l'intrer~t, donnons en abie'ge la description historique et topographique de la Dalmatic, comme un sujet qui n')a e'te'jusqu'ici qu'imparfaitement traite'. La chaine de Likaner, ou si 1'on aime micux cette ramification, appel&e par les Anciens du nomn d'AlPes Juliennes, traverse la Dalmatie da-,ns ic sens de sa longuecur., et la couivre sur toute sa surface, d'aspe'rite's souvent tr's prononcees. Elie est p~artage'e en trois bassins prlincipatux, danschacun desqiiels coule une des riires que nons avons djai nornmecs ct qui, prenant icur source dans, Ia clhaine, recoivent quciqucs a-ffluens pendant lecur cours, lequel est entre Je nord ct I'cst, t'ouest ce Ic sud; cnfin, versent Jeurs eca~ux (tains Ie grolfe Adriatique. 111 esi aise' de reconnaitre lit la nature, diQ

Page  426 426 426 UN SOUVENIR. pierres de'te'riorees qui he'rissent le revers des monts; aux enfoncemens multiplies que la c0t presente; ati contact irnimediat de la mer avec le pied des hmuteurs, ainsi qu'a' cette continuit6' de portions de'acbe'es du continent, qtiiis'k~endent stir toute la Jongueur de ce littoral; it est ais6 de reconnaltre, dis-je, yaces in-dicesnon equivo~ques, que lesol de la Dalmatie a ke tournyent6 Fortement par les eaux, et peut-e'tre me'tn-e par lcs feux souterrains dans ces revolutions que le globe a subies ante'rieurement 'a notre 'age, lorsque Jes mers n'avaient point encore de lits de'termines; que stpare'es l'une de l'autre elics travaillaient 'a se rej'oindre, et s'ouvraien tces passages au roycn desquels l''qu~iIibre s'e'ta-bit en un instant entre leurs mass-es liquides, par un de'versemen t funeste mix contre'es situe'es au-dessous dui point de nivellenient. Ici on ne remnarque point dans la configu)ration cette re'iailarite avec la-,quelle proc~de, Ia nature lorsqu'elle n'est pas contrari-e dans sa -n-arche ordina-ire, et les lois qu'elle s'est Laute. Livree ~ ses 6carts, on ne retrouve, plus chez cite de plain, plus aucune intention dedrrnlin~c; 1a' ce sont des, foiidri~res; plus

Page  427 UN SOUVENIR.42 427 loin des bassins sans de'bou quiAservent de recipiens "a des eaux stagy antes, ou. bien qui sont tellement sinueux et incertains dans leur direction,. que, pour les deviner, it faut arriver avec eux jusqu'A leur confluent. Le sol est partout calcaire. A sa surface ii presente fre'quemment des rochers faciles 'a de'raciner,1 sous lesquels on trouve une terre rougeatre qui invite la vigne et liii fournit les sucs les plus substantiels. La population de toute la province peut s'edever 'a trois cent trente mille Ames, en y comprenant la petite r~publique de Ragruse et les bouches de Cattaro. Son commerce d'exportation consiste en builes, en vins,1 en fruits secs et en cochons sale's qui passent 'a Fiumne. 'a Trieste et dans les ports d'Ialie. Elle a recours"a cette dernidre pour des objets manufactiires, du riz et des grains que son sot ne produit pas en r~aison de sa consomination. Eie en demande aussi "a la Bosnie, qui lui donne encore des bestiaux., dii fer., (le la laine, du miel, de la cire et du betirre. lile acquitte ces envois avec du se] fire6 de ses salines de Pagro et de Makarska, comnle't'ant. le paiement -avec les me~taux cju!'CIle

Page  428 42,8 UN SOUVENIR. retire de la vei.Je de ses productions territo-~ riales. La pekcb-est aussi pour cite de quelque rapport, quoiqu'en ge'n~ral elle suit loin de profiter comme clle le devrait des ressources que Iui offre tine mer poiSSOnneuse; enfin, elle se trouve avantageusement place'e entre la Bosnie et l'Italie pour servir A nouer leurs relations. Une route principale appuye'e "a la chaine, Ia traverse dans toute sa longueur, si I'on en excepte un espace de plusicurs lieues dans le voisin age de Raguse, oii ii y a interruption. D'autres routes, du second ordre, ktablissent des relations entre ses villes situe'es sur le littoral et la grande route; des chemins vicinaux, queiquefois "a peine trace's, it est vrai, et souvent impraticables en apparence, maias dont les chevaux du pays se tirent sans faire de fiaux pas, ache'veDnt de completer le sys1e'me des COMMUnication~s, que les facilite's offertes par la mer, ainsi que la pratique des transports "a dos de mulct, avaient porte6 naturellenent 'a ne'rig'er. Le gouvernement Ve'nit-ien, qui par sa politique tatroce, e'tait inte'ress6 "a retarder la civilisation dans ce-tte province, par la crainte

Page  429 UN SOUVENIR. 9 420 qu'elle ne conniuh les avantages de sa posision sous le rapport di- commerce, et ne r' clanmak son ind.ependance; ce gou vernement, dis-je, n'avait rieni fait pour faciliter les rela-. tions entre ses habitans et ceux des autres contre'es. II se contentait d'y envoyer des' mnembres de sa noblesse dont la fortune avait besoin dl'etre relev~e'; et. de prodiguer des titres, joints 'a queiques avantages pe'cuniaires aux principales families dui pays, ne comptant le peuple pour rien; en, effet, on a le suffrage de ce dernier, lorsqu'onr s'est nminage ccluii des autres, e gard ' Fin'fluence sans borne que le citadin a sur ses Colons. Le gouvernement Autrichien usa envers la Dalmatie d'un regime plus paternel. Sous son regrne commencerent 'a s'ouvrir queiques communications, dont le svste~me, conside'rablement agrandi par nous, doit son exe& cution et son perfection nement 'a notre s'j our dans ces contre'es. Pour accomplir ce Projet liberal, sugge're par la civilisation elle-me~rne, ai Iexernple des ge'neraux de Rome, le due de R~aguse mit At profit les loisirs d'Yune petite armea qui pendant trois ans attendlit vi~

Page  430 43o 43o UN SOUVENIR. nwnt les hautes destin~es qui luii t6taient pronwi~es; mais qui, 'a leur defaut, finit par s'en crier d'autres non moins brillantes: prenant poutr son plan de campagne, au milieu des nombreuses provinces ennemies qu'elle traversa vietoricusernent, la retraite des dix ipille. C'etait aussi le nombre de nos braives. A partir de l'occupation. de.la Dalmatie par nos troupes, jusqu'a' notre rentr~e dans cette province apres la campagne de 1809-), nous-pbrtArnes et re'.pandb-nes partout la prospe'rite' et Fabondance. Les einplois civils et militaires e'taient prodigue's aux habitans dles villes, qui en retiraient de fortes re'tributions; ceux des campagnes re'coltaient, au moyen de letirns denre'es, Ia paye genereuse accorde'e Am I'arnie'e; ii re'gnait enfin dans troutes les, parties uine surabondance qui provoqua le commnerce sans 6veiller cependant l'industrie; aussi conime le -pays ne tirait pas de son propre fond la majeure partie des objets de~consommration, it y e!st peu reste' des m~taux que nous y avonS verses am pleines mains. Depuis n~Lre retour dans cette contr~e, l'issue de la camnpacgne de 1809, on se mon Ira'

Page  431 UN SOUVENIR.43 431. moins liberal envers elle, et les talens des administrateurs mis 'a l'preuve, furent en — fie'rement consacre's 'a ler entre elles des parties jusque-la' etrange'res l'iine 'a l'autre; principalement 'a faire e'quilibrer la d6 -pense avec la recette, de manie're "a ce que les provinces Illyriennes parvinssent 'a subvenir sans secours estrangers 'a letirs propres besoins. MVais it ne fallut pas moins qu'ulne economie domestique qui bannit sa'ns exception cc qui n'est pas reconnu d'une ne'essite' indispensable, et des administrateurs ais eclaire's qu'inte'cres et attentifs "a tirer parti des moindres ressources, pour re'soudre ce proble~me, dont la solution exigfeait tous les artifices du calcul. Quel art auissi ne dut-on pas employer pour donner de I'affinit6 "'i des parties qui seinbliaent frappe'es de re~pulsion, et qui an premier instant de leur rapprochemnent se seraient mutuellement e'vite'es, saris les m&,1 -nagemens pre'disposans dont sut user 'a leur' e grard eelui qui fuit charge' de cette ta che (-'pi neuse? - Revenons 'a la partie ge'ographique, en passant en revue les diff~rentes villes de la Dalmatie, 'a conmnencer par Zara. Cette cite'. connue des anciens sous le nola

Page  432 432 UN SOUVENIR, de Jadera, e'tait primitivement capitale de la Liburnie, et ne le devint de la Dalmatie que lorsque les barbares eurent- enseveli Salone sous des ruines. Alors elle he'rita de quciques-unes des de~pouilles de cette iv ale orgueilleu~e; mais pour espe'rer l'galer j'arnais, iA aurait fallu, qu'un DiocW~tien fti t -n e dans ses murs., ou pluitot y eut choisi sa retraite; d'ailleurs son extensio'ne st liinitee par la nature me~me du site qu'elle occupe. Ses, campagnes offrent le contraste de la cut.. ture et de la ste'rifit6' cette, decmnie're, due at Iaridit46 de. son sol.- A l'inte'rieur., comme toutes les villes de ces contr~es, elie est perc~ee de rues Ie plus souvent trop 6troites pour permettre la circulation des voitures. De'fendue par de bons ouvrages., m-unie de beaux et no~mbreux e'tablissemens militaires, cette place est Ie boulevard de la Dalmatie, saiis occuper cependant une position convenable pour ce ro'e important; puisqu'elle est rekegue'e dans uin coin perdu de la province, et qu'elie ne defend en rien leii communicitlions; pourtant on ne peut pas se dire maitre du pays Jorsqu'on n'est point miaitre de cette. place.

Page  433 IUN SOUVENIR. 431 3. Q ueiques e'difices anciens qu'on y remarque, tels qu'un temple consacre6 'a Diane, scIon les conjectures des antiquaires; des d4' bris d'architecture qu'offre la porte de SaintChrysosto'me; plusicurs vestiges de maconnerie qu'on voit dans la campagne, et qui pourraient bien etre des restes d'aque'ducs; deux colonnes encore debout dans son inte'-. rieur; tout cela re'uni, dis-Je, atteste le s~jour des Romains. Mfais cc qui m~rite principalement l'attention du voyageur, cc sont ses citernes spacieuses, construites sijr le mnode'le de celles de Vienise, d'apre's le ce'le'bre Palladio, et qui, bien que nombreuse,6 et vastes, ne suffi.. sent pas toujours cependant aux besoins de la 'population,tant les pluie's sont rares sous ce beau ciel., Elle coinpte huit mulle habitans environ, qui parlent indiff~remmcnt les ]angues italienne et illyrique, de me~me que ceux des autres villes de la province, et des ports les plus fre'quente's de Ia c~te. Dans l'int4~rieur des terres,1 la seconde dc ces langues est la seule connue. Les moeurs des citadins Dalmates sont douces, surtout celles des gens de la bonne compagnie, qui choisissent Venise pour iteur 5. 28

Page  434 434 UN SOUVENIR. ecole ainsi que Padoue, et Iles Ve'nitiens pour mode'les. line imagrination vive et brillante les caracte'rise. Am ans des plaisirs, et peut-. etre un peu trop de la representation., As ont de la libe'alit6; s'6cartent encore des Italiens sur lParticle de la table, qui a pour eux des charrnes, et 'a laqu telle As font'asseoir avec cordialite" les 'etr'angets. Les femmes y recoiventuone toute autre 6ducation qu'en Ihalie. De's leur enfance on les familiarise avec les soins domestiques; et elles apprennent ai etre m~res de famille, rnenagi~res, sans que ces, vertus nuisent en rien ii lamabilite6 qu'elles pourraient professer avec autant de succies que celles qui font de ce talent leur seutle occupation. Les bals, les th~a'tres, les, cercies les familiarisent, avec toutes les na.ini eres de la bonne corn pagnie; et 'a ce premier avantage, fruit de le'ducation, elles j oignent encore ceux non momns seduisans que la nature libe'rale se, plait 'a accorder "a leursee Les moe-urs de 1habitant de la campagrne sont au con'traire tout-a'-f'ait sauvages et rappellent absolument l'etat de nature. Son habitation n'est le plus souvent qu'une hutte couverte en chaume, oii la distribution se repduit A~

Page  435 UN SOUVENIR.43 435 une seule pie~ce dont, le sot n'est pas merme d~gage' des pointes de rocher qui le he'rissen t. 11 derneure la' avec sa nombreuse faimille, etendant, pour se coucher, queiques peaux, de moutons sur la terre. Dans les journees froides de l'hiver, it s'y renferme au milieu d'une e6paisse fumni'e, qui n'a d'issue que par la Porte, et rassemble sur le brasier quelques morceaux, de bois, rares, de'robe's avoc leurs racines aux. montagnes environnantes,, tandis que l'itnpe'tueux Bore'e menace de faire crouler sur lui sa fre'le habitation, ou tout au moins pe'ne're 'a travers le6 pierres disjointes qui la composent. Les villages du littoral font exception 'a cette re'gle, sont mieux bcitis, et offrent plus de ressources; rnais dans l'inte'rieur des terres, c'est assez la" le type de la maison rustique. Pre~s de la demneure du mai'tre est celle des bestiaux. c'Iest-a'-dire des che'vres, des brebis, des chevaux, qui sont petits,, inais in.. fatigables et de quciques be'tes 'a comnes d'uj~e espe~ce aba'tardie. Ces animaux composent, avec sa conmpagne et ses enfans, qui'il traite a peu pres de me~me,. toute sa, socie'~le. La soumission des femmes et leur nullite'

Page  436 436 4~~ U-N SOUVENIR. y est aussi grande qu'en Turquie, sans e'tre i& beaucoup, pre~s a~ussi bien partage'es sous les rapports qui de'dommnagent celies auxquelles nous les comparons. Une mi-aiheureuse Dalmate est colndamnee,, cornine iune be'te doc somine, ~tous les travaux leS pIUS pe'Dibles, au point que les form'es (de son sexe ne se reconnaissent plus en elles. Oni la trouve courbe'e sous une charge de bois qui accablerait uin baudet, et qu'elle porte sur ses, e~paules quelquefois 'a la distance de plusieurs, mulles; oiu bien remplissant. daDS la culture lsfntions que notre sexe s'est generue ment re'serve'es partout ailleurs. Elle se couvre d'une longue souquenille, fendue 'a la hauteur des 6paules pour laisser. sortir les bras, et garnie d'une encadrure fore~e par une broderie grossiere en lamne de couleur. Sur son,- sein edt applique'e une espece d e cotte de, mnille, de coquillages; ses, cheveux sontI tresse's, et Si elle est encore fille, tine petite calotte rouge qu'elle quittera le jour de ses iioces,, apprendl qu.'elle cherche ujn epo~ux. Cetui-ci ordinairement 1'enle've., de gre on de force, et alors ses parens ne peuvent plus

Page  437 UN SOUVTENIR. 43-7 la redemander. Dans le premier cas, elle depose stir sa couceavant de quitter la maison paternelle, le t6moigng de sa virginite', qui recouvrait sa eate, ct disparalt avec celnii auquel elle donne sa main. Le Dalmate, en et' n'a qu'un pan talon hotigrois d'une ktofe grossiere tissue,avec Ia htine de ses troupeaux, tine cbem-ise de toil~e,- ci une veste tress'e "a la bongr4~oise, stir laiqueflle est roule'e une ceinture' ot'i reposent deux s-P-.1 tolets~ et un yattagan. Ses cheveux sont rassemble's dans Une' IongUe' tresse qui lui bat stir les reins; sa teate est gara'ntie des ardeurs dui soleil par une calotte rouge; et son fusil, passe6 en 1)andoulie're, le met 'a nm'me de coucher has le gibier qu'iI rencon-tre. En biver', it ajoute a cc costume trop Ie'ger une blatide,de gros dra'p toujours, sortie de ses lfabriqu'es, on uciuefisune peau de mouton, dont la ibur~rure est en' dedanDs.- Sa- chaussure se comnpose de sandales, tissues Avec -des coftrries., qui recouvrent tin demi-bas en lamne. Moyennant- Ce foible pr'eservatif, il brave tout~s les aspiitcsdu sot rocailleux qu'iI habit(-, et inarche des jours entiers sans prendre presquc de repos.

Page  438 f lo VO 438 UN SOUVENIR. Son r~gime domestique consiste "t faire rotir le dinmanche tin agneau, qu'il traverse a cet effet d'un pal; "a apporter sur la table tout le yin de sa cave, et h ne quitter la place que Iorsqu'iI ne reste plus rien 'a boire ni "a manger, satuf "a se nourrir pendant le reste de la semaine d'herbes bouuillies et arrose'es d'un peu d'huile. 'Par caracte're, il est tre'svindicatifC, et transmet a% ses arrieres- petits-. fils sa rancuine, leur laissant, comme prernier heritage, ses inimitie's 'a vengfer;- d'oh resulte que les Dalmates. attentent entre etix fre'-.quemment at le-urs jours, et que le sang ne se lave qui~ par le sang.c L'usage des chants fune'bres est recu chez cette nation; la veuve, y " genoux pres du corps de son 6poux, cherche ~'l le rappeler 'a la vie -par ses plaintes, moduh~es sur un ton Jugubre, et soumises -a une espece de rhythme. Les pre~tres,. quioique tries - ignorans et ne connaissant que la litburgie illy'rique, ont tin grand credit sur 1'esprit de ce troul)eau. docile sans restriction 'a leur voix. La confiraternite' y est en grande vogue, surtout parri les femrnes; elles se reconnaissent pour sceurs au piedl des autels, quoique se'pare'es par le sang,

Page  439 UN SOUVENIR.43 43,9 ce qui donne lieu "a une ceremonie assez touchante et bien entendue, puisqu'elle contribue 'a rapprocher les parties de la societe'.. Enfin, on pourrait 6crire un gros volume Si l'on voulait Ciire le code des couturnes Dalmaltes; mais cc n'est point la' l'oIjet que nous nous somnmes proposes; iA ne s'agyissait que de recuellfir qu~elques-uns des traits de physionomie Its plus saillans de cette nation, qui, cornmne on le voit,.ari rn besoin d etre police'e.. Apre's Zara, on trouve sur le littoral ZaraVTecchia, entoure6 d'oliviers et de Vignes; Scardona, petite yulle situe'e 'a l'embouchure de la Kerka, habite'e en partie par des Grecs, et qui fait un important com merce avec la Tturquie; Sebenico, plus considerable quo l'autre, entoure'e de montagnes arides; miais dont le terroir, ainsi que les iles d~peudantes, donneiit un yin excjuis; Traii (Tragurium), qui posse'de, Une belle cathedrale; Spalatro, qui doit son existence 'a Diochktien, et s'annonce comnme l'omhre de Scalone, dont on retrouve le tombeau 'a trois mules del a";. Al — missa, Makarsca, Fort-Opus, et les deux Stagnio enfin, qui ne sont ge'neralement que des i

Page  440 440 44o UN SOUVENIR. bourgs, niais dont le deuxie'me prend chaque jour des aceroissemens, gra~ce 'a ses relations commerciales avec la Turquie. Viennent en-. suite: Ragruse,. naguere tre's-florissante, all point que cette petite r~publique avait jusqu' quatre cents navires diss'min's sur toutes les mers; Raguse-Vieux,. autrefois Epidaure, et" en Albanie, Perasto, Buuda et Cattaro. Situe'e au fond de-s bou'chcs dii me'me norn, que cette yulle defend, cite est encore 4V n rempart Oleve' contre ics Monte'negrins, le plus remuant de tous les, peupics. Dans Ics iles, on trouve des villes qui renfer ment depuis mulle jusqu'a' deux mille cinq cents Ames de population: telics sont celles de Veglia, de Cherso, de Locino, d'Arbe, de Pago, de Morter, de Lesina, de Coursola et quciques lautres. Sur la frontie're de la Bosnie on ne rencontre gue're quc des forts charge's de garder les passages: tels sont ceux de Knin, de Klissa (I'Andetitim de Strabon, et 1'Anderium de Ptolom~e'); dans les bouches: astelNuovo et le fort de la Trinit'; cc dernier est situe6 sur les confins du MonteNegro. Enfin A la frontiere, aux points de communication de la Dalmatie avec la Bos

Page  441 UN SOUVENIR.44 441. nie et l'Erze'govine, on voit quelques bourgs qui, ailleurs, ne seraienat que des villages,, et se presentent dans 1'ordre suivant Dernitz, Verlika, Sign, Imosky Tel est le tableau ge'ograpbique de la Dalmatie, dont le nom vient de1'Vancienne Del-. mnium ou Delminium, que les Roinains rui-. nerent l'an 597 de Rome. Cette province ne fc~t vraiment soumnise qu'a' partir du re~gne d'Auguste, car jusqu'a' cette e'poque eite se montre dan's l'istoire, ernpresse'e "a secoucr le joug aussi souven tqu'elle en trou ve l'occasion. Dans le partagre du monide eite e&hut 'a 1'EmPire d'Occid'ent, et se vit 'a plusieurs reprises la proi'e des barbares. Sous Justinien, iell changea de mai'tres et fut anne'x~e 'a l'Empire d'Orient; enfin au de'niembrement de cdlui-ci et apre's l'invasion des Esciavons, cule se, gouverna un instant par ses lois, pubs devin t successivement sujette des Hongrois, des Venitiens, des Atitrichiens, et des Francais, qui 1'ont perdue par le traite' de Fontainebleau. Son nualheur est d'entrer, touj'ours, sans qu'on la consulte, dans les arrangemens des tetes couronne'es, et de n'avoir pas un maitre assez iminuablement (ietermine' pour n'etre point exposee a en changCer.

Page  442 441 UiN SOUVENIR. Nous avons passe', en courant de Traii 'a Spalatro; cependant, cet te portion de terre merite bien qu'on vienne la revoir et n7ieme q'on s'y arr~te En effet, tout ca qui peut rendre enchanteuruin paysage est rassemnble dans l'espace qu i se'pare ces deux villes, c'est a'-dire,. sur une eLendue de dix buit milles -environ. Si l'on part de Sebenico,,bientot on arrive dans une pla ine, termine'e d'un cote par la mer, de 1'au tre,. par les monts Mossore; et oi l'on trouve la culture pouss'eae ot l'industrie et la vigtieur dont elle peut etre, susceptible. La mer elle-nie'me se pre'sente ici comme un fleuve majestueux qui coule ente continent et 'l'le de Buacbr par le s'j our de plusieurs illustres exiles Romains, et dont.la.nudite, jointe au caracte're severe des monts, qui ILi sont opposes, trailchent admirablement bien avec cette plaine riante. Traht au delai duquel elie se prolonge en~ore d quequesstades vers le n~ord-ouest, estbak miti' ur.lecontinent, emii sur Fi"le, oii ii s'e'keve en amphithe'Atre. Un pont de bateau ktablit la communication entre ses deux parties de'tache'es. A peine e'tes-vous hors de l'enceinte de cette yulle, que vous trouvcz des ombrages forme's par les grenadiers,

Page  443 U'N SOUVENIR. 44-3 les saules pleureurs, les figuiers, les oliviers et les myrtes, dont les plantations s'6tendent jusqu'au pied des monts et couronnent le rivage, tcnu. presque au niveau de la mer. La route trac~e au bord de celle-ci,. rencontre "a chaque pas des villages, qui sont autant de bourgs meubles de maisons dont les villes les, mieux ba~ties tireraient vanit&, et dans lesquels un peuple nombreux goluke les charmes de l'aisance que ce sol f~cond lIni procure. De cette route part une multitude de sentiers qui vont se perdre sous les grenadiers; se croisent, se de'ournent "a plaisir du but oii d'abord uls semblent tendre, et ne vous 'en e'cartent que pour prolonger vos jouissances. Pendant que l'alouette vous fait e'ntendre son gracicux ramagce accompagne' des chants que le contentement dicte 'a l'habitant de cette heureuse con tre'e, la mer vou-s offre le spectacle m obile de voiles enfle'es par un zeplkyr caressant qui coduit complaisamment le navigateur oii ic de'sirl'appelIe. '-Je trace cette esquisse irnparfaite snr les rives Meme de ce Bosphore de Thrace,. si f~cond en sites enchante's, et tous les prestiges qui m'ento-urent ne servent qu'a' don ner une nouvelle vie "a ces autres qui ont

Page  444 444 UN SOUVENIR. mis avec un egal succes ma sensibilite a I'epreuve, sans qte la realite diminue en rien les effets du souvenir, dont l'illusion dans ce moment est pour moi complete. Mais nous voici parvenus a la station la plus favorable pour la vue. Devant nous se presentent ces monts brules par le soleil; qui n'offrent pour toute vegetation que quelques genevriers tortueux, rivalisant pour la hauteur avec l'olivier. Une route est traeee sur leurs revers; elle gagne c6tte gorge en passant sous le fort de Klissa qu'on voit assis d'un air menacant sur cette proeminence, sans etre cependant aussi redoutable quiil cherche \ le para'ltre. Cette meme route conduit a Sign, puis au Polocque, d'ou elle entre en Bosnie. Au pied de la chalne, s'etend une plaine que le Salon arrose; que couvrent des ruineg entassees contusement, sans meie conserver des formes assez distinctes pour se preter a des conjectures certaines. C'est la que Diocletien vint chercher A oublier la pourpre; c'est la qu'abandot'ne du monde, it setudiait a' faire croire anx autres et a se persuader 'a lui-nimre qu'il l'avait laisse, feignant de caresser la sagesse; mais ce ver rongeur,. qui se glisse

Page  445 UN SOUVENIR. 44J5 dans le sein des ambitieuix, ne le suivit-il pas jutsqtie sur les rives de cc co trs d'eau paisible? Et ces, peupliers, par la frai~cheur de leurs, onibrages, ces jardins delicieux oi ii Cher-. chiait, au sein des de'lassemnens champetrest calmer les souvenirs du passe,. cet ensemble accompli erifin, qui contente tons les de'sirs d'un Coeur fait pour les crmotions, honnt~es reussissait-i1 "a temperer ses regrets., et surtout les remords qui devaient le d~vorer? Non, je suis, trop plein de la p~ersuasion que le CAe est juste, pour croire qu'il permette aux mechans de savourer les jonissances cr~epes pour Il'honmne de bien. C'est encore dans cette mehne Salone: habitue'c, depuis Diockle'ien, "a recevoir d'illustres exik~s, qu'ou vit deux empercurs, Glycerius et Nepos, dorit le premier, Chasse" du trone par le second, fut contraint d''chan.. ger le sceptre contre la crossc 6piscopale; qu~on vit, dis-je, ces deux joesde la fortune se rencontrer sans que la conformite' de situation -et le maiheur pussent les reconcilier. Les souvenirs que cette terre retrace ne sont pas les plus ehers quc l'histoire conserve; mais bien des siecles cependant se

Page  446 446 446 UN SOUVENIR. sont e'coule's depuis les beaux jours de Salone jusqu.'a' celui oui nous vivons, et l'imagination tirouve'encore dans ce laps de -temps, ainsi que dans cet amas de muines, des alimens capabies de la repaitre. Salone fut ruin~e par Auguste, re'tablie par Tibe're, embellie par Diocletien, et de'truite encore par les Vandales. Son circuit pouivait e~tre de huit milles. Elle occupait sans doute une position tres-heureuse. Travers~ee par la petite rivie're qui a recu d'elle son nom, elle avait 'a sa portee Ia mer ainsi que cas campagnes riantes; et sutirement les monts, que nous voyofl5 si nus aujourd'hui,, offraient alors des fore'ts, epaisses qui fournissaient aux besoinis d'une nombreuse population; mais Spalatro qui, 'a cette meme epoque,, n.'eait qu-'une maison de plais ance, somptueuse, it est vrai, a en juger par les restes pre'cieux que le temps a bien voulu nous conserver; Spala tro n'est-iI pas 6Ieve' sur un site infiniment plus avantageux, puisqu'il se trouve en relation iimmediate avec la mer, dispose, comnme il I'est.. sur les bords du golffe de'coup6' dans, la partie avance'e de cette Iangue de terre? Le sol. qui l'entoure n'lest pas mnoms riche que I'autre; partout on1 nC

Page  447 UN SOUVENIR. 447 wit ' sa surface q'u'habitations champ etres et omibrage's dont aucun n'est st~rile. Ici se presente la Madonna dle' Paludi, qui offre -un but de promenade tre~s-engageant; ailleurs., -d'autres routes nion moiris 1r'rquente'es, conduisent cah et la' "a des lieux aussi ainiables, et, Si l'on quitte la terre pour porter ses regards sur cette nappe liquide qu'~une l~e'rre ondulation agrite, As rencontrent les dles de la Braza, de Lesina, de Solta et me~rne de Lis-3a, qui gTarniss ent le. fond de l'ho'rizon. Salone, "a laquelle nous' revenons., maitrises par le regret qu'on e'pronive at s'arraclier de ses ruines, pre~sente aujourd'hui queiques moulinis e'tablis sur le cours d'eau,. et de che'tives cabanes disse'inie~es au milieu. des de'combres; mais cc sol precieux renferme bien. des tr~sors que chaque jour la charrue de'couvre et que l'antipuaire recueille. Spalatro est Ievev au milieu de ces jardins si justement ce'lehres, et occ'upe 'a peine I'enceinte de Ia maison. modeste de ce philosophe qui cherchait "a se de'rober aux regards du mnonde tout en conservant dans son cceur le sentiment de ses vanite'. Les demeures des dieux et des hornines y e'aient confondues;'

Page  448 448 UN SOUVENIR. on y voyait 1'ordre corinthien prodigue'; partout enfin on y reconnaift encore la magni-~ ficence imperiale des beaux sie'cles de Rome. La facade du palai's reg~ardant la mer subsiste en grande partie, mais les en-tre-colonnem ens sont obstrue' par des e'difices modernes. Ce qu-'on y voit de mieux conserve', c'est tine place rectangulaire, ornace jadis de portiques, et dont, 1'un des petits coke's presente 1'entr~e principale du palais, tandis que ceux. adj'acens sonL de'ore's de deux temples. Le plus imposant, et auquiel le, Pantheon a servi de mode'le, e'tait, dit-on3, consacre' 'a Esculape, ou bien 'a Jupiter selon d'autres, et sert aujourd'hui de cathe'd-rale. Son da'me est un octogone entoure' d'un portique exte'rieur soutenu do colonnes de graniit oriental. AI'inte'rieur, on voit seize colonnes, dispose'es suir deux rangs. Huit sont de porphyre, les, autres, de granit oriental et dordre corinthien. L'un de ces, rangs est einlDPOyV ai SOUtenir une galerie qui rf'gne sur le pourtour de la coupole; le second aide 'a porter celle-ci. La vouXte pst en briques artistenwent lie'es et dis-pose'es par compartimens. Des de6bris de Salo1ne, on a tire detmate'riaux pour e'difier un clocher

Page  449 UN SOUVENIR. 44 9 wassi'fqui choque par le contre-sens r6voltant qu'il produit; enfin, le parvis repose stir des Voiutes souterraimes. Le second temple, sert aujourd'hui de hap.. tistaire au premier, et renfermait autreibis les autels de Diane. Ii c1st dans le style grec, c'est-aI-dire, de forme rectangrulaire,, et recoit la lumicire par la porte. line corniche artis-. ternent tr~availl~e re'gne tont au tour. liaaguse n'est remrnaquable que par ses &i fices pa-rticuliers, quidenotent que ses habitans jouissaient d'une grande aisamee lorsq u 'Li l'omhre de letirs lois, ius pro-fitaienti de I'etat de pad1x dans lequel As vivaienlt avec ton tes les nationls, pour s alonner an commerce. Orn trouve chez eux une urtbanite' qui a Eht' donner, par les FrancaisL leur ville, le nonm de Paris de. la Daliiwtie; de "'instruiction quie le genre de vie quitls mfeflent, LI l'exempie des Phe'niciens, ne pent manqtier de leur (hire ac-querir; on leur reproc-he seutlement uri ridicule: celui d'atiacher -trop d'importance Ai leurs, Litres de noblesse. Mais qu'on n'aille pas croire d'apri~s cdla, qu'ils ont une sotte mnorgue; cencst point cc que j'a vonu ire; 3. ~~~~~29

Page  450 45o UN SOUVENIR. car ce le'gerdedfut disparal'ta' c6te'des qualite's precieuses dont ils ontl'esprit et le cceur orne's, Jamais peuple n'a etet' plus jaloux de s liberte' que cette petite nation estimable. Elle avait puise' scirement dans la politique du cabinet de Saint-Marc cette inquietude, eet esprit de de'fiance qui caract~risaient au su,preme degre' la vieille re'publique d'Italie. Pour donner Une ide'e de celui de Raguse, it nous suffira de dire pie les clefs du chateau ne restaient que quelques joursseulement dans les memes mains, et faisaient par conase'qUe~t dans l'anne'e le tour du se'nat:cela r~pond bien 'a l'institution des inquisiteurs. Cattaro, perdu comme it 1'est dans, un lieu e'loigne' de la route du commerce, n'est; pas, hi beaucoup pr's, un sejour aussi anime' et. aussi agre'able que celui de Zara, de Spalatro et de Raguse. Cette yulle renferme des families qui vivent de leuirs, revenuis en terres et des emplois civils. Le voisinage des Monte'negrins tient continuellement, ses, habitans dans I'inquietude Iorsque la bonne intelligence, avee cette peuplade redoutable est alte'ree; au, point qu'it n'est pas prudent alors dese promener stir la route qui y conduit.

Page  451 UN SOUVENIR. 45i Les rives du golfe au fond duquel Cattaro tit situ6, sonit habite'es piar des families qui en Partie exercent le commerce,. en partie se, livrent 'a la profession d'honmmes de mer dans laquelle As excellent. On y voit des maisons bien baties et des campagnes cultive'es avec soin; mais ces contr~es, en- ge'nDral, ne peuvent pas 6trc heurcuses sans la paix, puisq'incapablcs de se suffire "i elles-mn4ns ii fliut qu'elles aieut retourls aux relations commerciales -pour supple'er 'a' cc qui leur nianquc; aussi 'a titre de d~dommagemien t, jouissent-cites de la situation la plus 6ivorable et de toutes les commnodite's locales que cc genre d'industrie peut exig-er. Enfin, mettant dans la balance le bien et le mal, les privations ainsi que les joulssances, et pesant le tout avec Cquite', le lecteur concevra( sans peine que la nature est' loin d'avoir traite' Ia Dalmatie 'en mnaratre; quc me[wd l'on pent se plaire daris cette contrece, et bien plus encore,- il finira par convenir qu'il est tre's-facile de contrac'ter pour elie un fond d'in clination tel., qu'on forne en la quittani des voeux pour la revoir.

Page  452 --- DESCRIPTION DES VUES QUI DOIVEINT FAIRE SUITE A CET 0UVRAGE. IJNE CARTE DE CONSTANTINOPLE ET DU B3OSPIIORE. PLANCHE I. Vue de la partie iiniridiona&? de Constantinople. EXPLICATION. CETTE vue, prise du proiniontoiresitu6 entre Scutari et Chalce'doine,, s'6tend depuis le& Sept-Tours jusqu'a" Dolma-Baktclie'. Elle olffre successivernent la mosque'e Achmet et Sainte-. Sopbie, la' parti m~ridion ale dui S'rail, l'en~tree du port, la tour de Galata, 1'arsenal, de terre, Fondoukli, et le grand. champ Id es M~orts de'velopp6 sur le revers des bauteurs de Pe'ra. Le dessin donne en me~me temps "a juger du dispositif des murs d'enceinte, et comprend une 4'tendue de dix milks, parsemee sur toute sa longueur d'ohjets attachans~ qui, par leur reuiiion, composent un tableau unique.

Page  453 DESCRIPTION DES VUES. 453 PLANCHE II. Vue de Constanltinople depuis la pointe du Serail jusqcu't a laouz du Jan'issa'ire-Aga. Cette vue, prise de l'inlerieur du port "a la hauteur de Top-Khane, offre la portion la plus interessante de Constantinople; comme l'on peut en juger au grand nomnbre d'edifices que 'ceil rencontre en la parcourant. II se promene d'abord sur le Sdrail, qui de la se presente le phls avantageusernent possible, pour etre delaille. Partant (le la pointe extreme et en suivant le rivage, il trouve aussitot Mermer-Kiosk, le Kiosk-Verd ensuite, puis la mosquee de la Valide. S'il franchit le port, il decouvre le magasin au plomb, a travers la portion extreme de la lmarine qui borde le rivage de Galata; enfin, en se portant dans le lointain, il voit les edifices qui garnissent l'interieur du Serail; Sainte-Irene, que sa coupole faitreconnaitre, cote de celle-ci, Sainte-Sophie; et la mos-,li:ee Achmet avec ses six minarets; plus loin I'Osmanie qui en a deux, la mosqueeeBajazet pareil nrombre, celle de Suleimnan quatie, et la Trur du Janissaire-Aga, ainsi que

Page  454 454 DESCRIPTION ]es murs d~eve's du vieux S&rail. Tous ees &lifices se dessinent sur le ciel, sans quo l'artiste ait eu besoin d'aider At 1'effet, eu ~gard a ux points culminans qu'ils occupent stir la longueur de la cr~le. PLAI'CHE ii. rue de c onstantinople depuis la Tour du Janissaire-4ga/jusqu'I 4son extre'initd' clu codte' de terre. Pour retrouver le point d'oii cette vue a &6t prise, ii faut se porter suir la hauteur du palais d'Angleterre. On y de'mele encore, en de'taillant le dernier plan, la Tour du Ja.nj1ssairc-Aga et la mnosque'e Bajae qui ferment 'a I'Otiest le dessin precedent., Laque&. duc de Yalens se pr4~sente ensuite, puis la mosquee de Mouhained, flaiiquee de se's deux MInarets, de me'me, que celle de Selim qu'on apercoit plus loin; en~fin, les quartiers q ui Sc rattachent "a lenceinte de terre. En se rapprochant on de'couvre la portion du port que les quartiers de Balata et du Fanal bordent. d'un ct';ceux de Cassem.-Pacha et de Kasse1(euiu de l'autre. Le premier plan presente le petit champ des Morts qui, des derrikres 4e, fira, s'e'tend jusqu'au pala~du Capitan.:

Page  455 DES VUES. 45S5 Pacha. Quant 'a cet 6difice, Ai se laisse suffisarnment deviner'a' l'intention de L'artiste qui, pour le tirer du vaporeux dans lequel l'e'loignement voudrait le noyer, a mis avantageusement 'a profit la situation dominante qu'it occupe. PLANCHE IV. Vue dufond du Por't, et du bo9urg d'-Eyub. La caserne des bombardiers a k6 choisie ici pour coin de tableau, comnme l'un des e'diflces militaires de Constantinople les, plus marquans. On doit commnencer 4 s'apercevoir que le crayon qui a esquisse' ces dessins, s'est reghk sur la plume qui a trface' Fouvrage. Par la suite on jugera mieux encore que le premier s'est applique' 'a offrir des modedes dans, tous les genres d'architecture; 'a traitor dans le paysage los sujels les plus riches de composition, et at les animrer par des sce'nes empruntdos de la religion ou des. muours, de manie're 'a mettre en e'vidence la lecture. Le second coin du tableau offiro ke palais, de la sultane veuv'e d'Hussein-Paehia. Le fond se trouve garni par le bourg d'Eyubdont on distingue la mosquce, et d'oii l'oeil, `ns'cartant 'i droite, pout deViner l'entr'e

Page  456 4.56 DESCRIPTION des Eaux-Douces, tandis qu'eni s'edevan tdan5 la direction oppos~e it verra Ranied-Pacha.Tchiflik au sonimet des hauteurs qui formient le loin tain. PLANC'HE V. Vue des Eta blisseizens de la TUarine. On reconnaL'ra. ani goiuit que I'Cartiste a apporte' dans sa manie're en rend-ant cc siujet., les ressources infinies qu'iI fournit au crayon, miais en meme temps combien. ce dernier a dUt 1'eludier pour e'viter la confusion qu' unc si grande prodigalite petit si aisement engendrer sur le papier. Le point de vue a ete'_p"r'is dii port, 'a la hauiteur de la machine 'a mater plac~e', -par cetle raison,. en avant - scene. IL'~difice assis stir la -hauteur de droite est le palais dii Capitan-Pacha; au pied se -voient les e'tablissemenS de la marine, le chantier de construction, un vfaissecaii au moment d-'Ctre lanc6 'a la mer, et stir le rivage, Ie chef de la Ioi a(Iressant au ciet la prie're ainsi que le sacrifice accoutume's, auiquel participe uric foule immwense. Au dela' du Kiosk, oji ic capilanpacha. tient dvvan, et que I'on distinguc sur le rivag~e apres les magasins de la marine, on

Page  457 DES VUES. 457 reconnatt sur l'antre versant de la vallee, eI petit champ des Morts, la tour de Galata; dans le lointrain les derrieres de Pera,ainsi que le palais d'Anlgleterre; et en se rapprochalt du port, le devant de la place de I'Airautte sittlee an confluent de trois vallees; le bassin (ce construction, une caserne de la marine, enfln I'extrerami du port marcland. PLAN(:IE VI. Vue de la pl/ace de TopKhan'. Tout en fais-int de la fbntaine le sujet principal, on ne lui a cependant pas entierement sacrifie les accessoires dont elle est entouree. Le dessin offre a gauche la mosque d'Ali-Pacha avec ses ombrages; a droite et dans le troisierne plan, le palais du general de l'artillerie, dont on reconnait le porche a l'dlegance qui le caractlrise. La place de Top-Khane etant une espece de foire a raison de l'affluence continuelle qui l'encombre, la (omposition a encore le merite d'une grande vdrite sous ce rapport. On y voit des marchands de bois, de fruits, de comestibles; et parmi ces episodes, la marche triomphale

Page  458 458 DESCRIPTION de la marmite des janissaires, place'e sur le de-. vant du tableau. PLANWCHE VII. Fite de la Porte —Dorede. On n'a pu faire paraitre ici que la portion de la Porte-Dore'e attenant 'a l'enceinte exterieure; mais les deux tours carr~es qu'on remarque en arrie're, signalentl'autre, quelles flanquent. Outre ce monument, 1'un des plus remarquables que Constantinople poss'de, l'artiste s'est encore appliqu~ ' donner -une ide'e nette des trois enveloppes qui ceignent la place du c~t6 de terre, ainsi qu'a rendre 1'aspect pittoresque qu'eles recoivent des massifs de verdure dont leurs creneaux sont couronn~s. Quant au premier plan it represente deux fenmmes Musulmanes assises pres d'une sepulture qu'elles vont arroser de leurs larmes, tandis qu'un iniam s'appre~te de son cot ea yire quelques versets duKoran pour le repos dc I'A'me de ccliii qu'elle ren-~ ferme. Cet incident a e'e deSSiD6 d'apre's nature., et s'offre avec trop (le fr~quence dans les cimnetie~res des nations orientales pour D'etre pas reconnu de prime abord par ceux qui ont baibite' au milieu d'elles..

Page  459 DES VUES. 9 45.9 PLAciW H VIII. Vue de la place de l'Iyp Podrome. La place de l'Hyppodrome est la premnie'rl chose que le voyageur demande "a voir en de'arquant 'a Constantinople, et le sujet (lofl le pinceau de 1'arfiste s'empare avec le plus d'empressernent, 'a raison des souvenirs joints au pittoresque qu'elle offre ai l'un et "a IPa-utre. On a choisi,pour la rendre, l'instant qui ui est le plus favorable; c'est-i — dire, lorspie le Grand-Seigneuir vient de faire la prikre dui vendredi 'a la mosqu~ee Achrnet. On le voit 'a cheval, entoure' de sa cour,. de ses gardes, et du concours conside't-abe que son apparition attire toujours. Ce dessin a encore pour objet de faire voir une rnosque'e, de manikre "a ce qII'Ion puisse juger en general du plan, de 1'd1evation et de l'annonce de ces, edtifices. En consequence., on trouve ici dans le mn~me cadre $Sainte -Sophie et Achmet-Dgjamissi, plac~es, par le hasard aussi heureusement que si P'intention s'en fuht mrnlhe, de rnaniere qu.'' l'aide de la corinparaison, on est 'a me'me d'ar'reter Auec precision ses idees sur cet article in

Page  460 46o 46o DESCRIPTION te'ressant des arts. L'anfiqnite6 ajoute encore ace dessin un autre genre dl'int~re't. C'est le ce'ebre obedisque, et la colonne torse d'une origfine non moins illustre, qui fournissernt le sujet du premier plan. PLALNCHE IX. Viie dii toinbeau du. Sultan Suidjinan. Nous l'avons dit: les, monurnens fun~hraires sont, chez les Musulinans, les seuls edifices ai 'u sage des miortels, portant un caracte're (IC permanence; pour s'en convaincre, il snufira de compare~r le turbe's dii sultan Suleimran, represents' dans ce desssin, avec les, kiosk et les miaisons irnperiales, parseme's dans cette galerie. L'invention n'a rien ajoute' 'a la -varikte non plus qtu'a l'leureuse association des diff6rens onubragres qui forment autour dii tombeau un bois consacre6 'a la re~verle eL"I la d'votion. La sce'ne ainsi prepar~e, et ten idu.e 'en quelque sorte de nioir,. devait recevloir une action analogue; celle qui l'occupe est venue d'elle-me"rne s'offrir au crayon. C'est en preminiire ligrne tin convoi fuinebre, pa~ se dirige ai la mosqui~e afin d'y de~poser le corps kisqu'' l'instant presenit pour le

Page  461 DES VUES. 46t transf6rer 'a sa demeuire dernie're. Dans l'in-~ tention de completer le suijet, on a place' sur le cM6te, le torn beau d'un bienheureux pre's duquel -tne femnme agenouille'e se prepare ai attac'her aux ar~bustes en-vironnans un lamnbeau de ses ve'temeDS. PLAINCHE X. Vue de l'uine des enceintes funeraires d'Eyub. On doit s'attendre 'a voir souvent revenir l'idee nwlancoliq'ue de la, mort dans les, esquisses que le poete et le peintre pren —; dront, sur les rives du Bosphore, car partout son image se re'pete au point que les "yeux finissent, par s'y hiabituer, et menie font trouver quelque attrait danS l'impression relif~ieuse qu'elie laisse apres elle. Ce dessin la rarnime encore; mais, avec la parure' qu'elle a dans I'original. Pour se la procurer telle qu'on la voit, iA est allk la prendre au milIfieu d'une multitude de monurnens, tous eleves pour en perpe'tuer le soiuvenir, et qui 1'ernhniwrasslaient (tans son choix, mIt offrant chacuin qu~htiv"ye nm6rite 'articdier digne d.'etre r6v,61. Si I'ou)) cornp.'u "e s turb~s qu'on a ici sons les yeux, aveir eehfvi qui vient de

Page  462 462 DESCRIPTION pase 1i'exposition, on reconnaftra. an sty4 plus modeste qui le distingyue du premier que ce sont les, cendres de quelque pacha qui les habitent. En poursuivant l'horizoit fogitif, I'ceiL staisit l'extretnite6 du tombeau (jtii cait face au Palais d' Hussern-Pacha, mais que le cad~re n'a pas permis de comprendre en entier dans le tableau. Les personnages, sont (les derwisch avec leurs bonnets coniques, un bammale ploy6 sous le faix, des imarchands de. pain, de gateaux, et des fern mes de la classe commune qui s'fapprovisionnent At ces boutiques ambulantes. PLALNCHE XI. Pitu de la maiso n imipdrial& des Eaux-Douces d'Eurvpe. Ce dessin a plus que les aufres eOicore le merite de Ia nouveau t6, puisqu.'il s'est e'coule' ai peine une anne'e depuis que e'~difice qui ert fait le sujet est edeve' II remplit deux buts: celui d'offrir un des sites les plus, ced1bres de la campagne de Constantinople et de donner, 1'exemple le mieux eboisi d'un kiosk impera, car I'edifice uonvolt ici n'est alt~r par aucune de ces formes d'emprunt que les autres dans le me'me genre tiennent de nous,

Page  463 DIES VUES, 463 Dans le premier plan coule le canal'. sur lequel, on voit des cascades artificielles et des pavilions en harinonie parfaite avec le sujet principal. Au delai est le champ (lu Dgirite; en -dechi un emplacement clos et spe'cialement reserve' aux femnmes. L'artiste, en prenant son esquisse, aura regrette' sans doute de ne pouvoir embrasser une plus grande, etendue du paysage d~licieux an milieu duquel cette riante habitation se trouve plac~e' et plus d'une fois se sera senti tents d ecarter avec le crayon les omrbrages, afin de de'cou-. vrir le revers des hauteurs pour en faire le fond de son tableau; mais s'e'tant impose I'obligation d'e'tre fide'e, it. a craint de cornmettre une infraction 'a sa loi., peut-e'tre aussi d'outrager la nature, en cherchant h la parer dl'autres attraits, que ceux dont clle est redevable "a elle-rnicme. PLANCHE XII. Vue de la Caserne, et dit chanmp des Morts de Pedra. Le sujet de ce dessin a, coln'me fe pr'ce& dent, le me'rite de la nouveaute', joint a celui qu'il tire de son propre fbnd. It (levient inu tile d'engager I'amateur de lui donner son atlexw

Page  464 464 DESCRIPTION tion; ce serait I'offienser que de r'clamner Ae lui tin homma;,ge qu'iI accor(Iera sans C~!re sollicit6. En effet, toutes les convenances so, trouvent reinplies dans la grande c.aserne de, Pe'ra, et it serait difficile d',associer avec phis de suicce's la noblesse 'a Pei',Vgance. On Volt sur le cok'ti ne petite portion de ce cinmetic're inmmense qui chaque jour s'agran(Iit encore, afin de pouvoir loger les nouveaux hores qiwe' la mort liii envoie. L'autre coin du tableau est iin r 'pition du premier, et an milieu de ce cadre fun'bire ondstingue la terrasse, indique'e par deux Arme'niens arnes, (le leurs pipes. Une marche d'animnaux met sur la voie pour trouver une fontaine rustique, telle qu'on en voit fr&~quemmnent dans, ces contre'es., et qui vient s'offrir la' comme uri exemple de ce genre d'architecture. PLANCHE XIII. Vue de FeneriBakiche', et de? la campagne de Chalceddoine. La vue de Fener-Bak-tche' reste gyrave'e day-s la me'noire de tous, ceuix qu i ont parcouru Ics rives, du IBosphore. En arrivant 'a Constantinople, les yeux se fixent sur cette langule de terr'e coarofnnee d'ombragres; uls s'y arrdcite

Page  465 DES VUES.46 465 avec l'expression de la tristesse, lorsqu-'onl s'6loigne de cette capitale, et le souven'ir n'50en ramene jamais l'image sans qu'5elle ne soit accompagne'e de regrets. Le Fanal ne serait rien si,. de'pouiill6 de ses accessoires, on le conside'rait isolernent; mais les avantages du site oii" ii s'edeve, Ia riche parure de Ia campagne qui l'entoure et dont les attraits re'jaillissent sur mlu, le font briller de cet eclat pie queiques astres empruntent, d'autres par la re'flexion. Dans le dessin, on a cherch' 'a rendre ce genire de me'rite, et celui qu'y ajouite encore la vue de Constantinople, que l'on apercoit dans un demi-loint~ain. Les bateaux qui abordent au rocher stir lequel it s''v dye les figures qui errent sous les ombrages, annoneent que c'est un lieu de promenade tre's - suivi dans presque toutes les saisons. PLAINCHE XIV. Vue de la valle'e de DolmaBaktche'. On a'profite'de Ia vallke de Dolma-Baktcbe' pour offrir Ia vue de la co'te d'Asie, qui sert ici de fond au tableau, et celle de la tour de Le'andre, qui s'e'kve du scmn Ales eaux '~a 0. 50

Page  466 466 466 ~DESCRIPTION mi-canal; pour 'croquer un kiosk, d'autres acci'denis de paysage, mais surtout pour esquisser une de ces representations nation ales, dont les Musuhnans sont aussi avides que le-s anciens pouvaient I'tetre des jeux qui se donnaient d'ans le cirque et 1'amplhithe'Atre. Le dgirite, qui anime ces cavaliers "a se poursuivre dans la plaine, et motive cette reunion de spectateurs de totage, de tout sexe, qui garniSSent le revers de 1'e'minence d'oi" le kioslk domine le champ de bataille, rapproche beaucoup -les Osmanli des nations indique'es plus haut. De Meme que les Grecs, uls tiennent 'a haut prix une victoire due "a Ia forcea Filagilite' et ~i I'adresse. Le genre d'exercice qui la procure anoblit tous ceux qui s'y fivrent, queiquc soit le rang que de'j'a is occupent; et les yeux des spectateurs, anime's de cet inte'ret que tes jeux olyinpiques reusissaient si bien 'a e'veiller., suivent le vainqueur iA travers la menlee, oii celui-ci ne 5'9 engage jamais sans avoir reconnu. avant, lhnterstice qui lui fournira le moyeut d'en sortir. - Le point de vue est, pris Suir lc sentier qui, dui de'bouche' de Ia valle'e, conduit "atiune terrasse,couronnee de pins.

Page  467 DIES VUES.46 467 PLANCHE XV. Vue e la Fontaine et de la cote d4cj wari. La fontaine de Sctitari, miois clharg~e' d'ornemens pie celle de 1'op —Khan6', imais quise pr~sente comnie le modd'e de nomnbrc d'autres dont I'int6ricur et la campagrne de Constantinople soul de'core's, dernandait par cela meme "a e~tre cite'e. Elie faisait valoir, comme titres 'a iemriter la preWerence, le nom. de Chrysopolis, que portait jadis sa 61le na tale; la terre antique ofi cite s'e&eve., les objets f~conds en prestiges qui l'entourent, et surtout les charmyes du site. On a cherche' "a luii conserver ceux de ces avantagres que le dessin peut exprinmer, et c'est dans cecte intention que la perspective est, partie de ce nMonument, pour rendre, en faisant fuir le plan, la portion cnchante'e dti rivagre que Scutari couvre. La transparence et le cainie des eaux, I etat de repos des figures, Con1courent "a cxprimer tine de, ces journe'es pai-sibles, ofi les vents laissent dc concert s'e&-ouler d'ellesMe~mes les ondes du Bosphore, sins acc~lervr Di ralentir lecur iiouvement.

Page  468 468 468 DES CRIP~TI ON PLANCHE3XVI. Vue dti k-iosk des EauxDouces d'Asj1At de Kandeli. Iei, Ics objets, se disputenit le premier emIploi, et I'artiste s'est vu oblige' de condaruner les hauteurs de Kandeli au r6Ile secondaire, pour conserver au kiosk imp~rial son caracte're. Mais le dernier plan se trouvant 'a une ne'diocre distance de 1'avant-sce'ne, 1'on joiiit encore de ha facult6 d'y reconnaitre une granide pantic des details qui 1'enrichissent. Les personnages qui garnissent I'Mchelle sont dans l'attente de Sa Hautesse qui vogrue dans, une felouque, couverte d'une espe'ce de dais, et pr'ce'de'e de plusieurs cai~cs. PLANCHE XVII. Vute dii kiosk (les Coiii~rences, et de Bebek. La coke de Bebek est destite'e par la nature a Caire pendant-'a celle de Kandeli, de inme'e que le kiosk des conferences l'est par 1'art, relativement 'a celui des eaux douces d'Asie. Ic capendant l'architecture se rapproche plus de la n6tre. Le point extrene du dessin laisse apercevoir Ia. sommnite' d'une des tours dui chkheau, d'Eu rope. En partant de I?,' pour

Page  469 DIES VUES. 469 revenir au kiosk, on trouve d'abord le cime. fi~re attenant it cette forteresse. puis les lha-. bitations qui bordent le rivagre stir- toute son etendue. La nmer offre un de ces iiavires connussousleciioin de Volichie,et qu~icouv'rent l'Euxin ainsi pie la Propontide. PLANCIIE XVIII. Viie (1Xnadoli-fissar. Ce dessin porte un caracte're que nous nl'avons pas encor~e trouve' dans notre collection: je veux dire celui que lui donne cette Iorte'. resse ancienne, contrastant avec uine campagne riante. Dans le lointain,. on a indique' le village de Kaudigia, sur le retour des hauteurs d'Anadoli-Hissar, aucpiel le chitteau se lie; et les hateaux qui s'engagent dans les terres, font siiffisamnmuent reconnaiftre 'ernbouchure de la rivie're qui vient se jeter dans la mner. PLANCHE XIX. Vue de The'rapia. Cette vue est prise du cafe', qui, par consequent, fait coin de tableau. Elie n'offre, il est vrai, qu'une moifi~ des hauteurs qui enferment le port; rnais, en se restreigrnant, elie a conserve' la facutlte' de saisir los detaits gracieux dont cette rive est sme'ne. Elle s'est PI

Page  470 47/o 4;o ~DESCRIPTION procure en outre 1'avantage de faire connaltre un de ces lieux de ddlices oji la pipe, le caf6 et le repos, attirent par leurs seuls attraits, une foule d'amateurs. Ceux que l'on voit ici rassemble's sont en grande partie des Grecs, et des Arme'niens. Enfin, dans l'intention d'exprimer que les premiers composent en niajeure partie la population de ces, lieux., on a mis en sc~ne des dames grecques dont la toilette est de'gage'e de toutes les entraves, que ce sexe traine avec lui chez les Arme'niens et les Musulinans,,lorsqu'il sort de derrie're ses jalousies. PLANCHE XX. Vue de la co'te d'A4sie, depuis la monhagne dia Giant jusqu'au cap de Tcliboucli. L'oeil parcourt daris ce dessin un espace de plusiecurs millks out la nature n'a laisse6 aucune lacune qui puisse annoncer la privation de ses dons. Plus affectueuse, pet.tpu certaines parties du paysage, mais, partoutlibe& rale, on retrouve "a chaque pas une meare qui s'1est plu 'a parer sa fille che'rie pour le j our de son hymen. L'artistc, place' 'a Jeni-Keuku, comme point central, a mis d'abord sur le papier la mnontagne du Ge'ant, d'oii il est

Page  471 DES VUES. 47' descendu pour indiquer ensuite le moulin impdrial et I'echelle du Grand - Seigneur. Poursuivant son eptude, Ai a successivement cornpris, dans son cadre les villages de JaliKeuiu., de Beikos, d'Ingir-Keuiu, les ombragyes de Sultu-ni6' et de Tchiboucli. Pour animer la sce~ne, A liii a suffi de saisir au passage queiques-uns de ces nombreux caics qui se croisent et se poursuivent sur le Bos-. phore. PLANCHRE XXI. Vim die la valle'e dii GrandSeigneur. S'iI 6-tait permis 'a Ve'nus et aux GrAces de se faire voir chez les Musulnians 'a visage d&couvert, et de de~pouiller leurs ceintures pour foda~trer suir le gazon fleuri avec les Amnours, cc serait, cette famille aime'e des dieux et des homnmcs qui devrait animer le paysage enclhanteur qu'on s'est 6tudie' 'a rendre dans cc dessin. Mais, puisque la beaute' ne pent ici se montrer sans voi'le, qu'a' la d~rob~ee on a cherche' 'a se de'doaimager de la privation in-~ posee par tine loi rigoureuse,, en mettant "a profit le cara~cte're imposant et majestudux du site, pour y faire paralitre le Sultan entour6' de sa cour. On le distincgue assis a la mnanie're

Page  472 47 DESCRIPTION orientale, sous la tente la plus apparenie. Tous cetux qui l'environnent, composent sa maison; et ca' et lait, on voit des curieux qui errent sous les ombrages, se reposent 'a Ieutr pied, on bien garnissent le devant ct, les entours du caf6. Parmi les figures, on a eu l'mntention d'offrir un-e societe' juive groupe'e sur le gazon dans le premier plan; le troisieme offl'e une meare qui endort son enfant dans un schal suspendu aux branches d'un arbre; dans le second, on pouirra reconnai'tre un mnar-~ chand de friandises., un cafetier dont le laboratoire est e'difie' au pied d'un platane, enfin des femmes avec le feredge' et le yachmak. Le point de vue a e't pris queiques cents pas en avant de l'&'helle. PL&N.CHIE XXII. rue dela prairi'e de BuykDere'. Le site esquisse' dans ce dessin, offre, il est vrai., dans 1'original, des individus de toutes les nations; en consequence,. ilsemble qu'7on aurait du ajouter quelques Francs aux figures qui le meublent; mais notre costume mesquin nous rapetisse tellement, Iorsqu'iI est mis en paralle'le avec les amples vc~temens des Orientaux,. que c'eu~i etc nouis faire tort A

Page  473 DES VUES. 473 Ious-'mernes, tout en nuisant 'a 1'ef'fet dui paysage. A 1'ombre de cet e'norme bouquet dt-e platanes, qui occupe avec tant de rnajeste6 1'avant-sce'ne,. on a donc: pre'f~rr placer des Musulrnans dans les diff~rentes attitudes rehigieuses, et ce recuejillement e~difiant que leur prescrit la prie're. Tourne's vers lFOrient l~eurs ames portees sur les ailes cle la pens~e, s'd'ancent vers celui qui est l'auteur de toutes Ichoses, et dont la puissance s'annonce par des milliers de te'moign ages irre'cusables, dans ces lieux oii la nature d'apre's seas ordres, s'est proPos6 le grandiose pour stijet. Comme si lhiumanite' i'eit devine'e ou se fu~iL entendue avec elie pour l'aidera'i attehidre son but, deson c~t elle a prescrit 'a lFart de travailler sur ce plan, en y ajoutant I-es accessoires les. plus propres 'a le faire ressortir. Celui-ci,. docile, a imagine' 1'aque'duc: imposant, qui, jete' d'une crte at I'autre, cornpk'teen effet, avec unpleinsucc'es 1'ins tnuction prerniere. C'est celui de Baktcliu"Keuiu, &oigyn6 de trois milles environ du preMier plan, qui offre encore une de ces voitures (arabas ), dont les femmes de ces contrees fon t un de leurs principaux arnusemens. Sur la gauche on voit des habitations parsemees au miliieu dlo~nbrages; c'est le villag,,e (IC i

Page  474 474 DESCIRIPTIOIN K'f'eli-K~ueiu; enfin, an a place' dans la prairie un troupeau conduit par un paitre bulgare, comme. un accident qui s'y rencontre avec fre~quence. PLAN CUE XXIII. Kue du Binde de la Valide. Le binde de la Valide6 est voisin de Baktch&'-Keuiu, village gr'ec; les conditions prescrites par la vraisemblance, sont done remnplies relativeinent "a la danse, qui fait e'~pisode de ce sujet,. et s'y trouve d'autant rnieux 'a s place, que ce lieu retire' seruble appre toi expres pour offrir un refuge 'a la gaiete', qui, chez les Musulmans, n'a pas le droit de rire tout baut., ni trop publiquement. On a cherch' "a rendre les details de l'arcbitecture, ainsi que le plan suivi dans les constructions de ce genre. On reconnaltra qu'elles tirent leur principal mn'rite de la solidite6; mais cependant, que l''le'gance, ou pour mieux dire la nohiesse,1 sont prises aussi en consideration. Un effet qu'on n'a Pu qu'indiquer, c'est celui que produit le'lac forme "a la partie superieure, au moyen de la retenue. Sa surface unie, 1a, transparence de ses eaux, la fraiclheir et le touffu des ornbrages qui renferment,. offren t

Page  475 DES VUES. 4 7 5 DES VUES. 4;3~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~1 la solitude la plus absolue, tout en presentant l'image du calme le plus parfait. PLANCIIE XXIV. Vue de Buyuck-De'r-e. Ona choisi icila partie du village dc BuynkDere attenante 'a l'entr~e de la Mler-Noire,. afin de pouvoir mnontrer le Bospliore dans l'nn de ses points de vue les, plus inte'ressans., considers ge'ographiquement. Par suite de cet arrangement,, ons'est'de plus me'nage'l'avantagc de faure paraitre le large quai qui pr'ce'de los habitations Au partir du Tchiartchi; de perrnettre au crayon d )entrer dans quelquies de' tails do construction relativement aux e'difices particuliers, qui, comme l'on peut en juger, sont:pr'ced~s de saillies soutenues par des arcs-boutans, remplissahit les fonctions do cariatides. Enfin,. l'on sWest encore rendu maiftre du mouilage: ressource dont.on a profite' pour esquisser tune marine, tout en se montrant sobre sur ce point, afin de ne pas offusquer les fabriques par une fo-. ret do m~its. PLAXCIHE XXV. Vue de Jianaraki, et des Cyane'es. Le premier dessin en offrant la Propontide

Page  476 476 DESCRIPTION DES VUES. et l'entre'e du Bosphore, semblait promettre la sortie de cc canal, et une vue de I'Euxin; engagement que nous tenons par un double motif, puisque nous pouvons fournir "a l'amateur la satisfaction d'arre'ter ses regards sur ces 6cueils redoutables, range's depuis les Argonautes au nombre des terres classiques. On distingue au sornmet de la principale des ilies Cyane'es., un monument aussi cedlebre que modeste, et qu'on montre au voyageur sous le nom de colonne de Pompe'e. En regard, sur la cote d'Europe, s'e'leve le phare et le village de Fanaraki entoure' de ses batteries fermes L'oil, qui jusqu'ici s'est promene' stir la verdure et les fleurs, ne se repose sans doute qu'avec regret sur ce so aride, qui n'a que des rochers 'a lui montrer; et, d'un autre co~te', se porte avec une sarte d'inquie'tude sur une mner que les vents se font un jeu d'irriter. Ces rochers sont en effet les limites de I'Elyse~e ofii 1'on vient de s'e6garer,. FIN.

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